La mare aux mots
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Claire Lebourg

Du berger à la bergère : d’Ella Charbon à Claire Lebourg

Par 7 août 2019 Les invités du mercredi

Cet été encore, on vous propose à nouveau la rubrique du berger à la bergère tous les mercredis. Cette rubrique vous avait tellement plu les trois derniers étés, nous nous devions de la reprendre (il faut dire qu’à nous aussi elle plaît beaucoup) ! Donc tous les mercredis jusqu’à la rentrée, ce sont des auteur·trice·s et des illustrateur·trice·s qui posent trois questions à un·e auteur·trice ou un·e illustrateur·trice de leur choix. Puis c’est à l’interviewé·e d’en poser trois à son tour à son intervieweur·euse d’un jour. Après Fanny Joly et Catharina Valcks, Clémence Pollet et Sandrine Thommen, Marc Daniau et Natalie Fortier, Gaya Wisniewski à Gaëtan Dorémus, cette semaine c’est Ella Charbon qui a choisi de poser des questions à Claire Lebourg !

Ella Charbon : Les expressions de tes personnages sont irrésistibles, de quoi t’inspires-tu pour les capter avec autant de justesse ?
Claire Lebourg : Merci ! C’est toujours difficile de répondre à une question comme celle-ci, je ne sais pas exactement d’où vient l’inspiration, tout ce que je peux dire c’est que ces expressions sont très importantes pour moi, il m’arrive de recommencer un dessin uniquement parce que le regard ou le sourire de tel ou tel personnage ne me plaît pas ! Ça se joue parfois à rien, un trait d’encre un peu trop fin, trop court, trop épais… Trop de poils, pas assez de rose sur les joues, un sourcil trop bas, chaque détail participe à l’expression finale du personnage.

Ella Charbon : As-tu pensé à mettre en scène un petit héros humain ? 
Claire Lebourg : J’y ai déjà pensé mais je m’amuse tellement avec les animaux que ça ne s’est jamais fait. J’aime la fantaisie et l’humour qu’offre le monde animal. J’ai aussi l’impression qu’en tant que lecteur, il est parfois plus facile de se trouver des points communs avec un orang-outang ou un chien plutôt qu’avec un autre être humain.
Mais rien n’est exclu, il suffit d’inventer la bonne histoire.

Ella Charbon : Tes héros, as-tu du mal à les quitter une fois le livre terminé ?
Claire Lebourg : Même quand le livre est terminé, ils ne me quittent jamais vraiment. Et les enfants se les approprient en les dessinant à leur tour, en se racontant ce que pourrait être la suite de l’histoire… Pour moi, c’est le signe que le livre est réussi. On ne parle plus « du personnage du livre » mais de Nénette, de Mousse, de Pull. Ils continuent leur vie.

Claire Lebourg : Tu écris et illustres des livres pour les tout petits, ce qui me parait être l’exercice le plus difficile en littérature jeunesse. Comment procèdes-tu pour t’adresser à cette classe d’âge particulière ? Ton éditeur te conseille-t-il beaucoup ?
Ella Charbon : Le choix d’illustrer et d’écrire pour les tout petits s’est fait naturellement, sans réfléchir. J’ai commencé à dessiner des formes de couleurs très simples pour mon fils, Timothée, alors qu’il était tout bébé… Il a grandi, et moi, j’ai continué à m’adresser aux tout petits.
Je me sens à l’aise dans cet univers.
Je joue sur les couleurs très vives, les formes simples, les mouvements et les expressions des personnages pour rendre l’ensemble très vivant.
Les petits lecteurs sont particulièrement sensibles aux expressions, il faut qu’ils comprennent en regardant seulement le dessin, ce que ressentent ces personnages.
Je m’amuse aussi beaucoup avec le jeu des regards. Je crée ainsi une complicité entre les protagonistes, mais aussi avec le lecteur.
Je réalise beaucoup de projets avec Gwendoline [NDLR Raisson] et Jean [NDLR Leroy], on s’apporte mutuellement des idées, on essaie d’être toujours très attentifs à l’âge de nos petits lecteurs. Il nous arrive parfois de nous perdre un peu, et de nous adresser sans le vouloir à des plus grands. Notre éditeur, Grégoire Solotareff, peut alors nous en faire la remarque. On essaie de modifier, quand cela est possible.
C’est une vraie chance de travailler avec lui. Il nous laisse très libres sur les projets que nous proposons et ses conseils, ses remarques sont précieux.

Claire Lebourg : J’ai remarqué que tu accordais une grande attention au dessin des personnages, l’histoire est très souvent centrée sur eux et tu ne dessines quasiment aucun élément de contexte. Pour moi qui fais des dessins avec beaucoup de détails, cela me parait être un tour de force. Est-ce les histoires qui conditionnent ton dessin ou l’inverse (dans les livres dont tu es l’autrice et illustratrice) ? T’imposes-tu certaines contraintes graphiques ?
Ella Charbon : Pour moi justement, le tour de force est d’aller dans les détails. J’adore travailler sur fond blanc et en effet axer toute l’action sur les personnages et comme je le disais plus haut sur leurs expressions.
Les tout petits lecteurs à qui je m’adresse ne savent pas encore lire. Ils découvriront l’histoire avec un adulte, puis se l’approprieront, seuls, et ce, grâce aux dessins qui les guideront dans le récit.
Ces derniers temps, je tends à apporter plus de détails, comme dans On s’ennuie !, réalisé avec Jean qui sortira à l’automne chez loulou et Cie. J’ai mis pas mal de « bazar » sur le sol du salon de notre famille croco. Une partie de l’histoire se passant en extérieur, j’ai été amenée à dessiner un fond de verdure. Une nouveauté pour moi !
Dans un autre projet, À l’eau, Super !, réalisé cette fois avec Gwendoline, qui verra le jour au printemps 2020, toujours chez loulou et Cie, on trouvera aussi plus de détails, en marge de l’histoire principale.
Je dois avouer une chose, ça m’a plu de chercher et d’ajouter ces détails !
Pour ce qui est de la naissance d’un projet que j’illustre et j’écris, c’est très variable. Ça peut partir des illustrations, comme pour Caché-Trouvé, j’ai élaboré le projet à partir de photos déjà existantes.
Pour Mes petits moments choisis, les illustrations sont nées après le concept imaginé.
Quant à Zélie, viens t’habiller ! L’histoire est née de mon quotidien avec ma fille, les illustrations ont donc pris forme après la rédaction du texte.
Non, je n’ai pas l’impression de m’imposer des contraintes graphiques. On peut peut-être parler de contraintes quand on sort de sa zone de confort, comme par exemple pour ma part, passer d’un fond blanc à un fond de couleurs, ajouter des détails quand on est habitués à en mettre très peu…
Mais finalement, le projet prenant forme, les illustrations avançant, ce ne sont pas des contraintes, ça devient un vrai plaisir de faire les choses différemment.
Ça me bouscule, ça me permet d’aller ailleurs, d’évoluer.

Claire Lebourg : As-tu des projets sur lesquels tu rêverais de travailler, mais que tu gardes dans un coin de ta tête faute de trouver le temps ou l’énergie de t’y mettre (des projets différents de ce que tu as déjà fait, pas obligatoirement des livres) ?
Ella Charbon : Ah oui, j’ai un énorme rêve, monter sur scène et réaliser un spectacle de claquettes… euh, non, en fait pas du tout…
Tout simplement, ça me plairait, je crois, d’essayer d’écrire aussi pour un peu plus grands.
Trouver un nouveau projet autour de la photo me démange pas mal, j’ai quelques idées, mais rien de concret pour le moment.
Je reste autour du livre et des petits. Je m’y sens bien.
Et j’ai encore pas mal de choses à découvrir, à développer. Je prends le temps. On verra…

Bibliographie de Claire Lebourg :

  • Les trésors de Mousse, roman, texte et illustrations, l’école des loisirs (2019).
  • Pull, album, texte et illustrations, MeMo (2019).
  • Quelle horreur !, album, texte et illustrations, l’école des loisirs (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Bonnes vacances Mousse, roman, texte et illustrations, l’école des loisirs (2017).
  • La nuit d’anniversaire, album, texte et illustrations, l’école des loisirs (2016).
  • Une journée avec Mousse, roman, texte et illustrations, l’école des loisirs (2017).
  • La retraite de Nénette, album, texte et illustrations, autoédité (2014) puis l’école des loisirs (2017), que nous avons chroniqué ici et .

Son site : http://www.clairelebourg.com.

Bibliographie sélective d’Ella Charbon :

  • Zélie, viens t’habiller !, texte et illustrations, l’école des loisirs (2019).
  • Nous, on répare tout !, illustration d’un texte de Jean Leroy, l’école des loisirs (2018).
  • Mes petits moments choisis, texte et illustrations, l’école des loisirs (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Caché-Trouvé, texte et illustrations, l’école des loisirs (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Dodo, Super !, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, l’école des loisirs (2017).
  • La soupe aux frites, illustration d’un texte de Jean Leroy, l’école des loisirs (2017).
  • Un gâteau comment ?, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, l’école des loisirs (2017).
  • Raspoutine se déguise, illustration d’un texte de Jean Leroy, l’école des loisirs (2016).
  • La montagne, illustration d’un texte de Delphine Huguet, Milan (2016).
  • D’un côté… et de l’autre, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, l’école des loisirs (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Félix à Paris, illustration d’un texte de Géraldine Renault, Éditions Tourbillon (2014).
  • Debout, Super !, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, l’école des loisirs (2014).
  • Vite !, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, l’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le grand voyage d’un petit escargot, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, Circonflexe (2013).
  • De toutes les couleurs, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, Circonflexe (2012).
  • Des flots de bisous, texte et illustrations, Gautier-Languereau (2009).
  • Ani’gommettes, texte et illustrations, Gautier Languereau (2008).

Le site d’Ella Charbon : http://ellacharbon.ultra-book.com.

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Les invité·e·s du mercredi : Myren Duval, Claire Lebourg et Christelle Renault

Par 6 mars 2019 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, nous partons à la rencontre de Myren Duval, dont le dernier roman, Mon chien Dieu et les Pokétrucs, avait été un de mes gros coups de cœur. Ensuite, Claire Lebourg et Christelle Renault nous disent tout sur le délicieux Quelle horreur !. Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Myren Duval

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Maternité – Picardie – Le Caire – Katmandou - ? – Tombeau

Votre roman Mon chien, Dieu et les Pokétrucs aborde la guerre en Syrie et l’accueil des réfugié·e·s, perçus à travers le regard d’une petite fille. Est-ce que ce sont des thèmes qui vous sont chers ? Et pourquoi avoir choisi ce point de vue pour l’évoquer ?
Parce que si vous dites à des adultes : « Il y a ces gens dehors qui n’ont nulle part où aller », ils répondent « oui horrible mais bon chômage tout ça pas évident danger choc culturel sécurité et puis toute la misère bah non dans le gymnase pas possible mardi j’ai Pilates », alors que les enfants sont plus pragmatiques, moins frileux, ils vous regardent comme si vous aviez oublié de réfléchir et ils disent : « ben ils ont qu’à venir chez nous ».

Y a-t-il des sujets que vous n’avez pas osé aborder dans ce roman ? Pensez-vous que l’on peut tout évoquer en littérature jeunesse ?
Pas osé, non, pas eu l’occasion, oui. J’imagine que l’on peut tout évoquer en littérature jeunesse, par petites touches, comme Marie-Sabine Roger dans À la vie, à la… Elle parle de la maladie/mort d’un enfant condamné avec des mots inventés, un univers tellement imagé et parlant. Le thème est dramatique, le livre est poétique et touchant.
Puisque vous me posez cette question et que je lis en ce moment My absolute Darling, de Gabriel Tallent, je pense évidemment à tous ces thèmes tabous : maltraitance, inceste, violences sexuelles, et je me demande s’ils ont déjà été abordés en littérature jeunesse et si oui, comment ? (on a le droit de poser des questions à l’interviewer ?)

Oui, on a souvent parlé de livres qui parlent de ces sujets, on vous donnera quelques conseils à l’occasion ! Mais revenons à nos moutons… Comment s’est passée la collaboration avec Charles Dutertre qui a illustré le texte ?
L’éditeur a envoyé le manuscrit à Charles Dutertre qui a accepté de l’illustrer. J’ai reçu les premiers dessins : Pauline en pantalon à rayures et en chaussettes. Comme j’adore les pantalons à rayures et que Charles adore les chaussettes, on a accepté de travailler ensemble.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Je ne sais pas/plus. Mes parents disent : La comtesse de Ségur, Le club des cinq, et le dictionnaire (?!) Enfant, je me souviens d’avoir beaucoup aimé Primprenelle et le poireau farceur (oui, pour moi aussi c’est mystérieux). Puis Mon bel oranger, de Jose Mauro de Vasconcelos dont je garde vraiment un souvenir intense, je trouvais ce livre formidable, cet oranger dans le jardin… celui-ci je vais le relire.

Avez-vous quelques coups de cœur en littérature jeunesse à nous faire partager ?
La rédaction, d’Antonio Skarmeta, un album puissant sur la dictature de Pinochet
Là où vont nos pères, de Shaun Tan, une BD magnifique, sans texte, sur l’exil.
Un petit chaperon rouge de Marjolaine Leray et C’est un livre de Lane Smith, qui m’amusent infiniment.
Et j’aimerais lire Les riches heures de Jacominus Gainsborough de Rebecca Dautremer parce que les illustrations sont splendides (pour mes proches qui liraient cette interview : j’aimerais vraiment lire ce livre mais malheureusement je ne l’ai pas).

Peut-on en apprendre un peu plus sur vos prochains projets ?
J’ai « terminé » un manuscrit qui est un presque huis-clos mère alcoolique/fillette, un texte que j’aime beaucoup dont mon éditeur doit précisément me parler demain (croisez les doigts s’il vous plaît, merci), un roman pour adolescents en cours d’écriture, et un très grand projet de livre illisible dont je ne peux absolument pas vous parler car évidemment c’est un concept inédit 😉

Bibliographie :

  • Mon chien, Dieu et les Pokétrucs, roman illustré par Charles Dutertre, Le Rouergue (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Emmène-moi Place Tahrir, roman, L’Harmattan Jeunesse (2014).

Parlez-moi de… Quelle horreur !

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur·trice, son illustrateur·trice et/ou son éditeur·trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Quelle horreur ! que nous revenons avec son autrice et illustratrice Claire Lebourg et son éditrice Christelle Renault.

Claire Lebourg, autrice et illustratrice:
Parfois l’idée d’un livre démarre avec un dessin et c’est ce qu’il s’est passé pour Quelle horreur !
J’avais dessiné une petite fourmi en train de peindre dans son atelier pour l’offrir à une illustratrice amie dont j’aime beaucoup le travail : Colette Portal. C’était au moment où son livre La Vie d’une Reine avait été réédité par Michel Lagarde (un livre magnifique avec des dessins de fourmis qui me touchent beaucoup).
Voici le dessin en question :

Plus tard, je me suis dit qu’un petit insecte dans un atelier était une bonne idée pour démarrer un livre. Pour l’histoire, j’ai tout de suite pensé aux nombreux enfants que je croise dans les ateliers et rencontres scolaires. Il m’arrive d’être très surprise par leurs réactions. Parfois, un enfant fait un dessin magnifique mais se met à pleurer car il le trouve raté et n’arrive pas à gérer l’énorme pression qu’il s’est lui-même infligé.
Après avoir posé le décor, une artiste papillon dans son atelier, j’ai pensé que confronter ses œuvres au regard de ses amis (qui viennent gentiment poser), pouvait créer des situations très drôles et amener l’enfant à se poser la question de ce qui est réussi, de ce qui ne l’ait pas, bref de la subjectivité totale d’un dessin.
Paty finit par douter bien sûr, mais elle continue à travailler, ce qui me semble être un message important… Pour tout le monde !
Pour ce qui est des illustrations, j’ai moi-même beaucoup douté. Pour l’atelier en lui-même, c’était assez facile, je me suis inspirée d’ateliers d’artistes qui me faisaient rêver.

 

Mais cela a été plus difficile pour les personnages. Christelle (mon éditrice) a reçu de très nombreuses versions pendant de longs mois.
Même à la fin, quand je pensais avoir terminé, j’ai réalisé qu’une chose ne fonctionnait pas : j’avais dessiné moi-même les œuvres de Paty accrochées dans la galerie. Graphiquement, ça ressemblait trop aux dessins de mon livre, ça n’allait pas du tout.
De nouveau, j’ai pensé aux enfants et à leur manière de dessiner, souvent très expressive, que j’adore. J’ai donc demandé aux neveux d’un ami, Lucien et Louise, de faire les portraits d’Isabelle, Pierre et Mona. Je leur ai donné des plumes, de l’encre, de l’aquarelle et des papiers découpés pour qu’ils soient dans les mêmes conditions de création que Paty. Et ils ont fait des dessins superbes, naïfs et sensibles, drôles, touchants et surtout en parfait décalage avec mes propres dessins, ce qui était vraiment nécessaire.

Après ça, j’étais soulagée car il était très important que ces portraits soient réussis pour que l’histoire fonctionne.
J’ai aussi créé une page sur laquelle les enfants peuvent directement dessiner en espérant secrètement retrouver quelques œuvres d’enfants dans mes livres d’ici quelques années, dans un vide-grenier par exemple !

Christelle Renault, éditrice chez L’école des loisirs:
Quand Claire m’a envoyé son projet, j’ai tout de suite été charmée par son histoire (très originale), ses dialogues (très drôles), son héroïne (très touchante), ses modèles (très expressifs), et bien sûr son sujet (très pertinent) : qui est le mieux placé pour juger de la réussite d’un dessin, ou de la beauté d’un tableau ?
Les enfants, comme les adultes, sont inquiets de la manière dont les autres vont les percevoir, ils redoutent leurs réactions… et cet album montre cela de manière particulièrement élégante.
Le contraste entre les nombreux efforts déployés par Paty – qui s’applique vraiment pour chaque portrait, en utilisant différentes techniques – et la réaction effarée des modèles qui repartent tous fâchés, est réjouissant pour le lecteur impliqué dans cette mise en scène théâtrale.
Cerises sur le gâteau :
– le flap avec les portes de la galerie qui s’ouvrent sur l’exposition des tableaux, le soir du vernissage
– l’insertion de vrais dessins d’enfants exposés sur les murs de la galerie
– les toits de Paris avec vue sur les ateliers d’artistes (dont celui de l’héroïne)
– le tableau de la Joconde, avec le modèle furieux qui voulait le même genre de portrait
– l’ajout d’un cadre à la fin de l’histoire pour que les enfants dessinent ou collent un portrait directement dans le livre (on les encourage à le faire)
– la mise en abyme du travail artistique… et comme toujours avec Claire, le soin apporté à la fabrication de l’album, jusque dans les moindres détails !


Quelle horreur !

de Claire Lebourg
sorti à l’école des loisirs (2018),
chroniqué ici.

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Aujourd’hui, je vous présente deux albums qui célèbrent l’art et la liberté de créer : le premier nous fait rencontrer une adorable fillette passionnée de danse, et le second nous présente une peintre créative mais pour le moins incomprise…

Diane danse
de Luciano Lozano (traduit par Sébastien Cordin)
Les éditions des éléphants
14,50 €, 210×300 mm, 44 pages, imprimé en Slovaquie chez un imprimeur écoresponsable, 2018.
Quelle horreur !
de Claire Lebourg
L’école des loisirs
12,70 €, 196×268 mm, 36 pages, imprimé en France, 2018.

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Aujourd’hui, deux beaux albums qui ont pour personnage principal un animal hors du commun. Le premier est la mystérieuse grenouille fantôme (oui, vous avez bien lu) et la seconde est Nénette, orang-outan ayant coulé des jours paisibles au Jardin des plantes.

Grenouille fantôme
de Ohara Hale
La Pastèque
14 €, 180 x 230 mm, 40 pages, imprimé en Asie, 2017.
La Retraite de Nénette
de Claire Lebourg
L’école des loisirs
13,50 €, 246 x 156 mm, 60 de pages, imprimé en Italie, 2017.

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Les invité-e-s du mercredi : Claire Lebourg et Virginie, institutrice (+ concours)

Par 12 novembre 2014 Les invités du mercredi

Quand j’ai lu le superbe La retraite de Nénette (chroniqué ici et coup de cœur du mois de septembre) j’ai tout de suite eu envie d’en savoir plus sur son auteur, illustratrice et éditrice Claire Lebourg. C’est quand même très rare de voir arriver un tel livre auto édité, une telle réussite. Elle a accepté de répondre à mes questions et vous propose même de gagner un exemplaire de ce magnifique album… dédicacé ! Ensuite, on a rendez-vous avec Virginie, prof des écoles depuis 12 ans et maîtresse de CM2 depuis 6 ans, pour un nouveau Dans la classe de. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Claire Lebourg

Claire LebourgParlez-nous de vous, de votre parcours.
J’ai fait cinq ans d’études aux Arts Déco de Strasbourg dans la section Livre puis une année de DUT Édition à Bordeaux. J’habite à Toulouse depuis quelques années, une ville que j’adore. Je travaille dans un atelier avec d’autres illustrateurs. En plus de nos activités personnelles, nous animons des ateliers pour enfants et adultes. Ça s’appelle Le Canapé.

Que lisiez-vous enfant, adolescente ?

Une lettre pour le tigre 1980

extrait d’Une lettre pour le tigre de Janosh

On m’a lu beaucoup de livres enfant. Certains m’ont profondément marquée et me touchent toujours aujourd’hui. Je pense à l’auteur Janosch. Son univers avec la chaumière, les meubles rustiques et le petit champignon accroché au plafond avec une ficelle… J’y vois un lien très fort avec mon travail.
Je me souviens aussi des histoires du Père Castor. Il y a peu, j’ai acheté Poule Rousse dans une brocante, car je pensais ne l’avoir jamais lu. J’ai commencé à le lire et je connaissais tout, l’histoire et chaque minuscule détail des illustrations ! C’est magique de réaliser que tout ça était stocké quelque part dans ma mémoire.
Adolescente, j’ai beaucoup moins de souvenirs. Ça ne m’intéressait plus trop, j’ai repris la lecture plus tard, au lycée. Je me souviens quand même de quelques livres, notamment la trilogie Les Royaumes du Nord de Pullman.

Parlez-nous de La Retraite de Nénette, comment est née cette histoire ?
La retraite de NénetteJ’avais envie de faire une histoire avec un singe. J’avais en tête le zoo, la vieillesse de certains animaux. J’ai commencé une histoire et dans la foulée j’ai vu le documentaire de Nicolas Philibert, Nénette. Il dresse son portrait à travers tout ce qui est dit ou chuchoté devant sa cage. C’est très touchant.
À partir de ce moment, mon personnage ne pouvait plus être incarné que par Nénette. J’ai vu en elle une vieille Parisienne et toute l’histoire a suivi logiquement, c’était presque inscrit dans son physique. Quand on la voit à la ménagerie, comment ne pas l’imaginer tirer un caddie plein de bananes à Monoprix ou faisant mollement de la gymnastique devant son poste de télévision ?

Par contre, vous lui offrez une retraite qu’elle n’a jamais eue
Effectivement. Il y a un message caché. Un message politique !

C’est un livre que vous avez autoédité, pourquoi ce choix ?
Deux choses m’ont poussée vers l’auto-édition.
D’une part, je me disais « je vis dans une époque géniale où je peux faire un livre seule. J’ai tous les outilsLa retaite de nénette à portée de main, les crayons, la boîte d’aquarelle, le scanner, l’ordinateur, des logiciels de mise en page etc. » Bref, tout cela n’était pas possible il y a quelques années, un livre mobilisait beaucoup de techniques et techniciens. J’ai également une passion secrète pour l’imprimerie, je rêvais du moment où j’irai chez l’imprimeur et où je verrai le livre sortir des presses ! J’ai beaucoup moins ri quand la palette de livres est arrivée devant ma porte. J’ai paniqué, je me suis dit « Que vais-je faire de tous ces livres si je n’en vends que 50 exemplaires ? ».
Et d’autre part, j’ai rencontré l’artiste-auteur-illustrateur-éditeur Benoît Jacques. Je suis restée un petit moment comme « stagiaire » dans son atelier, il n’avait pas grand-chose à me faire faire alors nous avons passé beaucoup de temps à discuter, c’était passionnant. Tous ses livres sont magnifiques et lui-même est une personne magnifique. J’ai pensé que je pouvais peut-être tenter l’aventure. Il m’a donné beaucoup de conseils judicieux pour La Retraite de Nénette, avec du recul, je réalise qu’il a joué le rôle d’éditeur.
La retraite de NénetteCette expérience d’auto-édition a été très enrichissante. Surtout en ce qui concerne la diffusion. Si proposer son livre en démarchant physiquement les librairies est très difficile, une fois qu’il est « adopté », c’est très agréable de travailler avec les libraires, les bibliothécaires. J’ai rencontré des personnes ouvertes, curieuses et sympathiques. Je n’aurais pas fait toutes ces rencontres en empruntant le parcours « classique ».

Vous avez quand même réussi à avoir de la presse comme par exemple Télérama alors que de grosses maisons d’édition se battraient pour y être
La chronique de Télérama a été une chance énorme. Je comprends pourquoi les maisons d’édition se battent pour y être car l’impact est incroyable. Aujourd’hui encore j’ai des commandes « Télérama »faire part Claire Lebourg (une personne commande un exemplaire dans une petite librairie, dans une petite ville inconnue après avoir lu l’article) alors que cela fait des mois qu’elle est parue.
Par la suite, j’ai su que la journaliste avait tout simplement acheté mon livre dans une librairie à Paris. C’est très encourageant d’avoir des retours positifs dans des chroniques. Les mails des lecteurs qui ont aimé le livre me font aussi très plaisir.

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
Je travaille très simplement, avec de l’encre, de l’aquarelle, parfois un peu de crayons de couleur. Il m’arrive de déplacer un petit élément du dessin sur l’ordinateur pour des raisons techniques, mais c’est tout. Si l’original ne me plaît pas, je sais qu’il ne me plaira pas plus retouché sur Photoshop alors je recommence tout le dessin. Si je refais le dessin et qu’il ne me plaît toujours pas, je sais que je dois abandonner mon idée. Et je suis bien embêtée, car il faut que je trouve une idée d’illustration différente pour cette même page ! C’est un peu mystique cette histoire de ne dessiner que deux fois la même illustration…

Parlez-nous de vos projets
mousse Claire LebourgJe viens de finir un livre pour l’école des loisirs qui sortira début 2015 (Une journée avec Mousse, dans la collection Mouche) et je commence un nouvel album. Je travaille également sur un livre à systèmes avec l’auteur-illustrateur Mickaël Jourdan. En parallèle, je fais des faire-parts pour des particuliers, c’est un travail très différent, mais que j’aime beaucoup !

Bibliographie sélective :

  • La retraite de Nénette, album écrit, illustré et édité par Claire Lebourg (2014), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez Claire Lebourg sur son blog : http://www.clairelebourg.com.

Concours
Comme je vous le disais avant cette interview, l’un de vous va avoir la chance de gagner un exemplaire du magnifique album de Claire Lebourg, La retraite de Nénette… dédicacé ! Pour participer, dites-moi, en commentaire quelle serait la retraite idéale pour vous. Vous pouvez proposer n’importe quoi, même si c’est pas réaliste (tant qu’à faire). Je tirerai au sort parmi vos réponses, vous avez jusqu’à mardi, 20 h ! Bonne chance à tous.


Dans la classe de… Virginie

Régulièrement, un-e instituteur-trice nous parle de livres de sa classe. Ouvrages qu’il-elle aime lire aux élèves, ouvrages que ses élèves aiment particulièrement, livres du moment ou éternels… Les maître-sse-s connaissent bien la littérature jeunesse, nous leur donnons la parole (et si vous voulez être un des prochains invités envoyez-nous un mail à danslaclassede@lamareauxmots.com). Cette semaine, c’est Virginie Neufville qui nous parle des livres de sa classe. Virginie est prof des écoles depuis 12 ans et maîtresse de CM2 depuis 6 ans à l’école Jules Michelet de Béthune (62)

Quand on a 10 ans, la première chose qu’on regarde avant d’emprunter un livre, c’est le nombre de pages. C’est en tout cas ce que j’ai constaté au bout de six années de CM2. Alors, depuis deux ans, je laisse à disposition une vingtaine d’albums, régulièrement renouvelés, pour laisser à mes élèves le temps de s’approprier l’objet livre, et surtout leur faire comprendre qu’il n’y pas d’âge pour lire et apprécier un album.

La sorcière a le bluesChaque année, je travaille en rédaction à partir d’un album de Vincent Wagner La sorcière a le blues (Bayard Jeunesse, 2006) dont la particularité non négligeable est qu’il ne contient pas de texte. De ce fait, les enfants s’approprient les images, les interprètent selon leur sensibilité, et réécrivent l’histoire de cette sorcière qui se sent bien seule.

Troie, la guerre sans cesse recommencée10 ans c’est aussi l’âge où on s’intéresse à la mythologie et tout ce qui touche de près ou de loin au fantastique. Pour cela Troie, la guerre sans cesse recommencée de Yvan Pommaux (l’école des loisirs, 2012) est un petit bijou pour aborder les mythes. À la fois album et BD, la lecture magistrale en est facilitée, si bien que par la suite, il est sans cesse emprunté.

Avant quand y'avait pas l'écoleQuand je sens que les enfants sont fatigués ou expriment un rejet ponctuel vis-à-vis des apprentissages, je leur lis Avant quand y’avait pas d’école d’André Bouchard (Seuil, 2013), pour leur montrer, sous couvert de l’humour ravageur de l’auteur, qu’il faut dédramatiser les petits coups de mou et les échecs du jour.

Enfin, si je fais le total des albums empruntés sur une période, Les perles de Jadetrois d’entre eux connaissent un succès sans cesse renouvelé : Les perles de Jade de Gaëlle Callac (Le Buveur d’encre, 2013) dans lequel une petite fille tente de cacher à sa grand-mère un collier de perles cassé, Est-ce que la maîtresse dort à l’école de Carole Fives (l’école des loisirs, 2014) qui surfe sur la légende de la maîtresse qui vit dans sa classe, et Comment éduquer son mammouth de compagnie de Quentin Gréban (Mijade, 2012) dans lequel un petit garçon explique qu’il n’est pas toujours facile cover Maitressed’éduquer un animal préhistorique. Et là, ce sont les titres et la couverture qui attirent les jeunes lecteurs.

Enfin, tous ces albums, je les mets à disposition des bénévoles de l’association Lire et Faire lire qui, dans mon école, viennent deux fois par semaine lire à voix haute des albums aux élèves.

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