La mare aux mots
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Claudine Furlano

La chronique numérique : Histoires multilingues

Par 14 juin 2015 Livres numériques, Numérique

Nombreuses sont les histoires numériques que l’on peut lire ou écouter dans différentes langues, mais peu sont multilingues et pensées pour faire découvrir une autre langue que le français. En voici quelques-unes.

Ilma n'est pas maladeLa collection P’tit Bili de Zoom Éditions réunit des petites histoires bilingues qui font découvrir les langues étrangères utilisées au quotidien. Une partie de ses titres est aujourd’hui adaptée en numérique.
Ilma n’est pas malade : Aujourd’hui pour Ilma, c’est le jour de la visite médicale à l’école, et elle n’est pas très rassurée, c’est le moins qu’on puisse dire. Elle a beau inventer des excuses, la maîtresse ne tombe pas dans le panneau : Ilma va devoir aller voir le docteur. Il ne lui reste plus qu’une solution : trouver une bonne cachette.
Pipite a disparu : Pierre déménage. Tout est prêt, les cartons sont faits, le camion attend pour partir dans la nouvelle maison de Pierre. Il y aura même un jardin ! Mais que se passe-t-il ?Pipite a disparu Pipite, le chat, a disparu. Pierre le cherche partout : il reste introuvable. Ne vous inquiétez pas, l’histoire finit bien…
Anne dans la ville : Anne va visiter le musée des Beaux-Arts avec sa grand-mère. Ensemble, elles traversent la ville et passent par le marché pour acheter un petit goûter. Le musée émerveille Anne, Anne dans la villemais il est tellement grand qu’elle en sort épuisée. Direction le parc pour faire une pause. Dès qu’elle voit l’aire de jeux, la fatigue est oubliée, Anne se précipite sur les toboggans, les tourniquets et les balançoires. C’est l’heure de retourner voir grand-mère. Mais où est-elle ? Elle a disparu. Heureusement un gardien va aider Anne à retrouver sa mamie.
Chacune des histoires est disponible en plusieurs langues : français, anglais, allemand, espagnol, italien et luxembourgeois. Elles ont chacune leur Ilma n'est pas maladethématique : l’école, la maison et la ville ; et sont divisées en trois parties, l’histoire en elle-même, un glossaire et des « activités » centrées sur un apprentissage de vocabulaire. Sur la page d’accueil, deux petits drapeaux nous permettent de choisir les deux langues dans lesquelles l’histoire va nous être contée. À chaque page, il suffira ainsi de cliquer sur l’un des deux drapeaux pour lire et entendre le texte dans les deux langues sélectionnées. Anne dans la villeLe glossaire est une liste de vocabulaire : tous les mots de l’histoire apparaissent, par ordre alphabétique, dans les deux langues. On entend leur prononciation en cliquant dessus. Enfin, les activités, qui  sont construites sur le principe similaire : on doit retrouver des éléments, dont le nom est énoncé dans les deux langues, dans une image. Dans Ilma, pour l’activité « La salle de classe », on doit ainsi reconnaître le coin dessin, le coin bibliothèque, le coin peinture, etc. ; dans Anne, ce sont les différents moyens de transport (bus, tramway, métro, moto…) qu’il faut retrouver, et dans Pipite les pièces de la maison.
Joliment illustrées, ces trois histoires peuvent être un bon support pour un apprentissage des mots du quotidien dans les langues proposées. Il faut quand même souligner que la sobriété est de mise ici : les images ne sont pas animées et peu interactives, et il n’y a pas de bruitage sonore. La prononciation est en revanche très claire. C’est parfait pour enrichir son vocabulaire, même si l’aspect ludique qu’offre la tablette est peu exploité.

Mimi1Avec Mimi et Léo, on fait la connaissance de deux super copains, Léo le renard et Mimi la souris. Ils passent tout leur temps à jouer ensemble dans la forêt. Aujourd’hui, ils ont décidé de jouer à cache-cache. Mimi se cache derrière un arbre, mais surgit un gros chat noir qui a l’air de vouloir s’attaquer à la petite souris. Léo se précipite pour aider son amie. En faisant tournoyer sa queue, il se transforme… en hélicoptère…
Ici aussi, trois sections pour cette appli : l’histoire, des jeux et un lexique. Il s’agit d’une histoire animée, que l’on peut lire et écouter en quatre langues, français, alsacien, allemand et Mimi et Léoanglais. Les quatre drapeaux sont présents sur toutes les pages, et l’on peut donc écouter le texte dans chacune des langues. L’appli comprend quatre jeux : un jeu avec les chiffres dans lequel on doit compter les animaux, un jeu avec les couleurs où l’on colorie les animaux dans les couleurs demandées, un jeu avec les animaux où il faut retrouver la queue de chaque animal, et un jeu dans la nature dans lequel on clique sur un élément de l’image pour entendre son nom dans toutes les langues de l’appli. Le lexique se présente sous forme de cartes qui présentent un dessin et le nom de l’objet représenté.Mimi et Léo
Mimi et Léo est une appli mise au point par l’Office de la langue et la culture d’Alsace. C’est vraiment joli, le graphisme est très doux et la musique accompagne l’histoire discrètement et de manière très agréable. C’est un peu court, mais l’appli propose une amusante découverte des langues.

Ilma n’est pas malade
Texte de Calouan, illustrations de Ninie
Zoom Éditions dans la collection P’tit Bili
Prix constaté : 3,99 € (Apple).
Pipite a disparu
Texte de Calouan, illustrations de Clémence Ihizçaga
Zoom Éditions dans la collection P’tit Bili
Prix constaté : 3,99 € (Apple).
Anne dans la ville
Texte et illustrations de Claudine Furlano
Zoom Éditions dans la collection P’tit Bili
Prix constaté : 3,99 € (Apple).
Mimi et Léo
Texte et illustrations de Sandrine Thommen
Amopix / Office de la langue et de la culture d’Alsace
Prix constaté :  gratuit (Apple et Android).

À part ça ?

HergéAu Musée en Herbe, à Paris, a lieu en ce moment, et jusqu’au 31 août, une chouette expo sur Tintin, Le Musée imaginaire de Tintin. Se côtoient dessins et planches originales d’Hergé, vignettes agrandies des albums de Tintin et œuvres d’art et objets ethnologiques originaux. Des visites guidées pour les enfants sont organisées, dans lesquelles ils partent à la recherche du trésor de Rackham le Rouge.

Erica

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Les invité-e-s du mercredi : Patricia Côté, Guénola Moreau et Lola Roig (+concours)

Par 17 décembre 2014 Les invités du mercredi

Aujourd’hui c’est mercredi, et pour la dernière interview de l’année, je vous propose de découvrir Patricia Côté, qui a écrit Où es-tu petite boule rouge ? (chroniqué ici), un premier livre cartonné, à destination des plus jeunes. Six d’entre vous pourront gagner un exemplaire de cette belle histoire grâce à un concours en fin d’interview. Puis, pour la rubrique Parlez-moi de…, Guénola Moreau , Lola Roig  et Claudine Furlano reviennent sur la naissance de La cigogne de fer qui déposa mon frère, un album que nous avions chroniqué ici. Bon mercredi !


L’invitée du mercredi : Patricia Côté

patricia côtéQuel est votre parcours ?
Je suis une amoureuse des mots et des histoires qui font rêver, adorant l’univers de l’enfance et tout l’émerveillement qui vient avec ! Ça faisait quelque temps que je souhaitais mettre sur papier une histoire pour les tout-petits. Histoire teintée de quête, de rêve et de bonheur à cultiver.
Déjà toute petite, j’aimais beaucoup les livres que je « lisais » à ma maman avant même de savoir lire ! Dès que j’ai pu écrire, j’ai confectionné mon premier livre artisanal que j’ai écrit, illustré et relié moi-même… en édition limitée bien sûr ! Baccalauréat et travail dans le domaine de la santé, mon parcours m’a amené à vivre des expériences de coopération internationale (Afrique, Espagne, Turquie) et des voyages plus personnels (Inde, Népal, Tibet), en passant par la création d’une petite chocolaterie artisanale ! Tout ce cheminement m’a aussi permis de voyager à l’intérieur de moi-même et de me connecter avec ma créativité pour ainsi revenir vers mes premiers amours. Ainsi, je me suis laissée transporter dans l’univers de l’enfance et de l’émerveillement en créant ma première histoire pour les tout-petits : Où es-tu Petite boule rouge ?, aux Éditions de la Bagnole. Une petite boule rouge qui explore et expérimente différentes activités qui lui ressemblent, et qui, à travers de belles rencontres, trouve sa voie et réalise ses rêves ! Au fond… il y a beaucoup de moi dans Où es-tu petite boule rouge ? !

Que lisiez-vous enfant, adolescente ?
La collection de Disney (un classique !) ; La collection Martine ; j’aimais bien apprendre sur les différentes personnalités avec la collection « L’une des belles histoires vraies de Grolier » (ex : Un bel exemple de persévérance : Hellen Keller) ; la revue J’aime lire. À l’adolescence, j’ai lu tous les livres de la Comtesse de Ségur, Le Petit Prince de St-Exupéry et beaucoup d’autres dont je ne me souviens plus trop ! J’aimais bien la bande dessinée Archies aussi !

où es-tu petite boule rougeQue pensez-vous de la littérature de jeunesse actuellement ?
Je pense qu’elle est très riche et diversifiée. Il y en a pour tous les goûts ! Elle est essentielle pour semer le goût de lire, le goût d’apprendre et d’écrire et l’ouverture sur d’autres mondes aux jeunes.

Où es-tu petite boule rouge ?, votre premier livre, est un album cartonné à destination des plus jeunes. Pourquoi ce choix ?
Initialement, il a été pensé pour être un album illustré destiné aux 4 à 6 ans. C’est la maison d’édition qui m’a suggéré ce choix d’album cartonné. Et je suis très heureuse du résultat final. Je trouve que le livre est un très bel objet en soi ; il a un format original et agréable pour les enfants et un côté simple, minimaliste, épuré, qui apporte un côté très artistique au livre. Sans oublier les magnifiques illustrations de Yayo qui reflètent une belle sensibilité et une belle poésie. Sincèrement, je n’aurais pu rêver mieux comme premier livre ! Pour les tout-petits, il offre aussi une belle stimulation au niveau sensoriel (format, boule rouge et autres couleurs, pages cartonnées qui se tournent facilement), un premier contact amusant avec un livre pour l’enfant et une initiation agréable à la lecture.

Où puisez-vous votre inspiration ?
Dans mon quotidien, autour de moi, dans les expériences qui m’habitent. L’idée de la petite boule rouge m’est venue alors que j’ai posé le regard sur des nez de clown que j’avais chez moi ! L’idée d’une petite boule rouge comme personnage, provient du fait que j’aime bien humaniser un personnage qui n’est pas une personne à la base ; pour moi ça unifie les gens, ils peuvent se voir en la petite boule, connecter avec ce qui leur parle, leur propre reflet. J’aime aussi le côté un peu absurde, créatif et ludique. L’histoire en est une qui permet de beaux échanges avec les enfants ; elle leur permet d’imaginer d’autres aventures pour la petite boule rouge ou encore, de verbaliser sur leurs propres rêves qu’ils aimeraient réaliser au cours de leur vie. Ceci rejoint directement mon côté empathique et humaniste qui m’habite dans la vie comme dans mon travail. L’idée que la petite boule rouge cherche sa voie, recherche son bonheur et le trouve à la fin est pour moi une façon de semer des petites graines sur l’importante de croire en soi et de réaliser ses rêves à la hauteur des tout-petits.

Quels sont vos projets ?
Continuer d’écrire pour les enfants et éventuellement pour les adolescents. Faire des animations dans les écoles et les bibliothèques. Et qui sait, peut-être traverser l’océan pour venir rencontrer mes petits fans français ?

Bibliographie :

Où es-tu petite boule rouge ?, illustré par Yayo, Éditions de La Bagnole, 2014, que nous avons chroniqué ici.

Concours :
Grâce aux Éditions de la Bagnole, vous avez donc la possibilité de gagner un exemplaire d’Où es-tu petite boule rouge ? (que nous avons chroniqué ici). Pour cela, laissez un commentaire pour participer au tirage au sort, en indiquant, si vous le souhaitez, à quoi vous fait penser la couleur rouge ! Vous avez jusqu’à mardi 20h, et il y aura 6 gagnants !


Parlez-moi de… La cigogne de fer qui déposa mon frère

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur, éventuellement son illustrateur et son éditeur. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a plu. Cette fois-ci, c’est sur La cigogne de fer qui déposa mon frère (chroniqué ici), une histoire sur l’adoption, racontée du point de vue de la fratrie. Guénola Moreau, l’auteur, Lola Roig, l’illustratrice, et les éditeurs de Zoom, nous en parlent.

La cigogne de fer qui déposa mon petit frèreGuénola Moreau, auteur:
L’idée d´écrire l’histoire de La cigogne de fer qui déposa mon frère m’est venue un matin un peu par hasard, sans que ce ne soit un projet qui avait été vraiment envisagé auparavant. C´est une histoire finalement très personnelle et qui faisait tellement « naturellement » partie de moi que je n´avais jamais pensé « l´extraire » ainsi pour la relater et la transmettre, ou la regarder de l´extérieur. L´autre jour, en retombant sur le manuscrit dans mon carnet (du moins le premier jet), j’ai pu constater qu’il était entouré d’un texte pour « grands » et d’un autre pour « petits », les deux non achevés (ça m’arrive souvent…). La chance de La cigogne… a peut-être été justement de me « tomber dessus » d´un coup et d’une traite, si bien qu’il ne restait ensuite plus qu’à retaper ces notes éparses, les retravailler puis songer à en faire quelque chose de plus. C’est là qu’entre en scène un couple d’amis catalans qui m’est cher, Meritxell Martí et Xavier Salomó, auteure et illustrateur respectivement. Un jour où ils étaient venus fêter la Chandeleur chez moi, je leur expliquais entre deux sauts de crêpes que j’avais terminé peu de temps avant un texte relatant l’arrivée de mon frère adoptif mais que je n’avais pas du tout envie d’envoyer ce manuscrit comme ça aux maisons d’édition, sans savoir qui l’illustrerait. Meritxell a immédiatement pensé à une illustratrice qui avait assisté à un de ses ateliers sur l’édition quelques semaines avant et lui avait dit à peu près la même chose dans l’autre sens : qu’elle avait envie de travailler en binôme avec un(e) auteur(e) et qu’elle aimerait aussi s’ouvrir au monde de l’édition de l’autre côté des Pyrénées. J’avais donc noté l’adresse de son site, et dès que j’y suis entrée, son univers m’a plu et j’ai su que j’avais envie de travailler avec elle. Ce qui était intrigant d’ailleurs, c’était cet aspect un peu oriental dans les traits des personnages qu’elle dessine, et puis j’ai aimé la finesse et la poésie de ses illustrations et leur côté peu conventionnel. Je l’ai contactée et lui ai envoyé le manuscrit et peu de temps après je recevais une réponse enthousiaste et positive : l’histoire et le texte lui avaient beaucoup plu et elle était prête à se lancer dans l’aventure. Il y a eu quelques rencontres, beaucoup d’échanges via mail, des sessions de travail ensemble vraiment passionnantes, quelques interruptions et une énergie partagée ensuite à s’atteler à ce qui demande le plus de patience : chercher des maisons d’édition susceptibles d’être intéressées par le projet, et aller à quelques salons (Lola à Bologne d’abord puis nous deux ensembles à Montreuil en décembre dernier), ce qui n’est pas évident pour nous puisque nous vivons et travaillons en Catalogne, avec des emplois du temps compliqués.
Quant à l’histoire de La cigogne…, mon intention a été simplement de me replonger entièrement dans les souvenirs de cette date clef de notre biographie familiale et de retrouver les sensations qui avaient accompagné l’arrivée de mon frère adoptif. J’ai laissé couler l’encre et les souvenirs, en même temps… (plus tard j’ai élagué…). J’ai pris pour point de départ la surprise des enfants de l’école quand ils apprennent qu’on va le chercher à l’aéroport car c’est vraiment à ce moment-là que moi, petite fille, et mon frère aîné peut-être aussi, nous avons réalisé qu’il y avait quelque chose de spécial et de différent dans cette histoire. Avec le recul, je suis assez fascinée par la façon dont mes parents ont amené tout cela avec naturel et simplicité car tel que je l’exprime dans l’album, pour nous tout semblait vraiment « couler de source » : un petit frère pouvait aussi arriver de cette façon-là. On avait sa photo, comme d’autres ont leur échographie, il allait « atterrir » là et c’était notre frère. Au-delà du récit, c’était cette dimension qui m’intéressait dans ce projet d’album jeunesse : faire partager cette capacité immense des enfants à accepter les choses telles qu’elles viennent, sans préjugés ou préoccupations démesurées. J’ai très peu lu de livres sur l’adoption ; après avoir écrit cette histoire, je me suis intéressée à ce qui existait sur le sujet mais finalement je n´ai pas eu ces livres entre les mains – j’avais constaté néanmoins qu’ils semblaient toujours partir du point de vue de l’enfant adopté ou des parents adoptants. Et en effet, un jour je suis tombée par hasard sur un album (espagnol il me semble) dans une bibliothèque près de chez moi et j´ai été assez surprise par le côté presque technique avec lequel l’auteure (elle-même parent adoptant) racontait cette histoire, en donnant toutes sortes de détails sur les procédures administratives par lesquelles elle avait dû passer. Cette réalité existe, bien entendu, mais c’est celle des parents. Pour moi, ça ne correspond pas du tout à ce que vivent les enfants (frères ou sœurs ou l’enfant adoptif) et ce n’est pas du tout ce qu’on a envie ni besoin de savoir à ce moment-là. Dans notre famille, nous en avons parlé beaucoup plus tard quand, ados ou adultes déjà, nous étions plus intéressés par cet aspect ou quand mon frère, dans le besoin naturel de connaître ses origines, commençait des démarches dans ce sens.
Une autre anecdote allant dans ce sens : il y a quelques jours j’ai découvert en librairie un album sur le thème et, curieuse de voir comment était traitée l’histoire mais aussi attirée par les illustrations, j’ai décidé de l’acheter. Je ne devrais peut-être pas l’avouer car c’est la première fois que je fais ça et j’en étais presque meurtrie mais le lendemain je suis allée voir le libraire pour lui demander si je pouvais échanger cet album contre un autre : j’avais été choquée par le ton du livre qui commençait de manière très sombre du type « Comme tellement d´autres enfants, X était un pauvre enfant orphelin, qui n’avait pas été désiré, très triste et se retrouvant dans un orphelinat où personne ne le prenait jamais dans ses bras… ». Waouh ! Comment lire cela à des enfants, en particulier à ceux dont c’est peut-être l’histoire ? Est-il besoin de mettre des mots si crus sur une réalité dont nous méconnaissons en outre presque tout dans la grande majorité des cas ? Même si cela se « terminait bien » dans ce livre, j’ai été incapable de le lire à ma fille de six ans. Je préfère vraiment pour ma part donner à lire une expérience positive (et tout aussi réelle) qui fait la part belle à l’humour, voire l’espièglerie des enfants, ne cherche pas à fouiller ni l’origine ni les motifs de la blessure originelle de l’enfant adoptif mais rend hommage à ce qu’il représente aux yeux de sa famille et de ceux qu’il connaîtra : un trésor de vie et un véritable cadeau. Au-delà de l’adoption en soi, c’est la question de la construction d’une famille qui est en jeu : « comment devient-on parents, enfant de ses parents, frères et sœurs ? Qu’est-ce qui nous lie ? Comment s’apprivoise-t-on et s’adopte-t-on mutuellement ? ». À l’heure actuelle, sur fond de tant d’intolérances face à ces questions, l’histoire devait résonner en moi de façon sensible. C’est peut-être aussi pour cela qu’elle m’est revenue comme ça, sans crier gare. En tout cas je n’aurais pas pu extorquer mes souvenirs ni raconter une autre histoire sur ce sujet : c’est celle que j’ai vécue enfant et celle qui m’a fait grandir.

Lola Roig, illustratrice:
J’ai connu Guénola à travers l’auteure Meritxell Martí, quand, dans un atelier auquel j’avais assisté, j’ai manifesté mon désir de collaborer à un projet avec un écrivain et d´avoir un bon texte à illustrer. Je voulais une histoire qui me touche le cœur. Peu de temps après, Guénola m’a contactée et m’a parlé de son histoire. Tout de suite j´ai accroché avec le point de vue frais et naturel qu’elle donnait sur le sujet de l’adoption et qui n’est pas facile à trouver dans d’autres textes.
J’ai été ravie d’avoir une histoire de première main, c’est-à-dire, une histoire vraie ; une histoire intime et émouvante. Cela m’a plu que ce soit la sœur qui attende avec émotion son nouveau frère, celle qui donne voix au récit, avec un langage riche et direct, et à la fois évocateur, en repêchant des souvenirs et des moments uniques qui sont restés gravés dans la mémoire de cette petite fille. Cela m’a permis de connecter avec mes propres souvenirs d’enfance, quand tout était excitant, magique et à la fois naturel.
Spontanéité, poésie, et humour ; l’excitation autour du grand jour, de l’attente, et l’impatience de l’arrivée. L’étonnement et la surprise, la joie et la réjouissance qui sont provoquées chez tous par le fait d’arriver en avion, m’a fait penser que cet élément se promènerait sur toutes les pages de l´album comme fil conducteur : « l’avion », comme symbole de ce qui est excitant et surprenant, quelque chose d’innocent, presque comme un jeu.
Guénola et moi avons eu quelques rencontres pour nous connaître et pour établir un fil conducteur au livre, mais aussi pour clarifier quelques doutes qui pouvaient surgir de l’interprétation, surtout parce que c’était la première fois que j’illustrais un texte en français et je ne voulais rien en perdre.
Comme nous vivons toutes les deux en Catalogne (bien que séparées par quelques centaines de kilomètres), nous sommes en train de préparer des présentations du livre dans différents lieux, pour faire connaître, à la communauté francophone d’ici, et à toutes les personnes qui désirent s’en approcher, cette histoire précieuse d’amour fraternel.

Claude Furlano, éditrice:
La genèse de La cigogne de fer qui déposa mon frère aux éditions Zoom est, comme d’habitude, d’abord l’histoire d’une rencontre fortuite.
Lola Roig et Guénola Moreau s’étaient proposé de nous montrer leur projet en gestation à l’occasion du salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil 2013. Pour nous, Montreuil sert à ça en premier lieu. On a accepté, naturellement. Claudine Furlano, la directrice de Zoom, a regardé. Puis elle est rentrée en disant qu’elle avait vu un très beau projet pour notre collection Gros Béguin.
Chez Zoom, cette collection tient une place particulière. Elle propose des cartes blanches à des auteurs et des illustrateurs, à condition de respecter deux contraintes : traiter d’un sujet sociétal non consensuel ou problématique ; respecter le format italien du livre, sans limites de pages a priori. Comme son nom l’indique, cette collection laisse transparaître nos coups de cœur et nos questionnements sans considération commerciale ni de marketing. Le seul critère : notre subjectivité esthétique et littéraire.
Chez Zoom, on est deux, il vaut donc mieux que les deux soient d’accord. Et ce fut le cas ici sans discussions ni persuasion.
La cigogne de fer qui déposa mon frère n’a suscité aucune hésitation. Un « beau » livre, comme on aime à en trouver parfois. Un graphisme rare, délicat, riche et précis au service d’une histoire touchante mais pas mièvre, drôle et légère dans la pesanteur du thème abordé. Nous n’avions encore jamais traité ce sujet de l’adoption, dans les pays lointains de surcroît, propice aux différends mais qui ne laisse personne insensible.
Il nous a été servi par Lola et Guénola comme sur un plateau. Nous sommes, de notre côté, ravis d’avoir pu contribuer à lui donner vie. La collaboration avec elles s’est faite sans problèmes et toute en douceur, comme le livre.
Dans la collection Gros Béguin, nous pensons qu’on peut parler de tout. Tout dépend de la façon dont on en parle. Et pour parler de ce sujet délicat, on peut dire que Lola et Guénola ont su trouver les mots et les images particulièrement justes. Rien à dire de plus. Il faut lire le livre et le regarder, et puis ensuite le relire et le regarder à nouveau… on ne s’en lasse pas.

La cigogne de fer qui déposa mon petit frère La cigogne de fer qui déposa mon frère
Texte de Guénola Moreau, illustré par Lola Roig
Sorti chez Zoom Editions
2014
Chroniqué ici.

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On lit l’histoire puis on cuisine !

Par 18 octobre 2012 Livres Jeunesse

On continue notre « semaine du goût » avec aujourd’hui des livres qui racontent des histoires dans lesquelles la gourmandise est à l’honneur. Et dans les cinq livres que je vous présente, des recettes évoquées dans l’histoire sont données en fin d’ouvrage.

Clovis est le fils d’un boulanger qui a pour meilleur ami un vieux monsieur, Maître Lorenz. Le vieil homme vit dans une maison en piteux état mais sur laquelle une enseigne est accrochée : un ours qui tient entre ses pattes un drôle de gâteau en forme de cœur sur lequel il est écrit Lebküchler. Un jour le jeune garçon apprend qu’en fait son ami est un ancien pain d’épicier  mais, trop vieux pour continuer, il a décidé de fermer sa boutique. Clovis veut qu’il lui enseigne à faire de pain d’épice et ainsi participer à un concours organisé par la princesse Hilda.

Petite vidéo de présentation du livre

C’est un livre absolument merveilleux que nous proposent là les éditions Feuilles de menthe. Un texte magnifique de Séverine Vidal (oui je sais c’est un pléonasme) et de très belles illustrations un peu rétro signées Anne Hemstege pour raconter cette histoire sur la transmission, le goût des bonnes choses (Clovis apprendra à utiliser de bons produits pour faire de délicieux pains d’épices), l’artisanat ou encore le fait de croire en soi (Clovis arrivera-t-il à faire un meilleur pain d’épices pour la princesse que tous ceux qui en font depuis des années ?). A la fin de l’ouvrage, une partie documentaire très bien faite sur ce délicieux gâteau et une recette traditionnelle des bonshommes de pain d’épices signée Christophe Felder (ça tombe bien le livre met en appétit). Un beau livre dont l’histoire est aussi jolie que les illustrations et qui nous apprend des tas de choses.

Noémie, jeune camerounaise, est enceinte et elle rêve de beignets. Son mari, Nvondo, va essayer plusieurs recettes, parcourir le pays pour trouver les meilleurs ingrédients pour lui cuisiner ceux qui vont la faire fondre.

Le livre est absolument magnifique malgré sa couverture souple : beau papier et très belles illustrations de Nicolas Lefrançois et Claudine Furlano. L’histoire est à la fois drôle et douce et, à ma connaissance, il y a peu de livres qui parlent des envies des femmes enceintes. C’est vraiment un beau voyage que l’on fait avec l’ouvrage, un voyage dépaysant qui donne envie d’essayer les fameuses recettes de beignets au maïs et de galettes de manioc… ce que j’ai fait (clic et clic) et je peux vous dire que nous nous sommes régalés (même si d’après moi il y a une erreur dans la recette des galettes de manioc) ! Le livre nous apprend également de nombreuses choses sur le Cameroun. Un très bel album pour lequel j’ai eu un coup de cœur.

Dans la même collection, 1001 crêpes pour la lune. Ici on a rendez-vous au bord du Nil où vivent Dasine et Bakou, deux enfants qui décident d’aider une vieille dame à porter son seau d’eau jusqu’à chez elle. Sauf que la vieille dame en question est une sorcière, elle arrive à enfermer Bakou qu’elle va garder prisonnier pour l’engraisser… afin de la manger ! Dasine va devoir se faire aider de la lune pour sauver Bakou.

Ici on est donc plus dans un conte traditionnel, avec un côté Hansel et Gretel. Et ce coup-ci c’est la recette des crêpes qui nous sera donnée. On y apprend aussi des petites choses sur le miel, le tournesol,… et le livre comporte même une énigme à déchiffrer. Même si dans celui-ci j’ai été moins fan des illustrations, cette jolie histoire m’a plutôt séduit.

Rien à faire, Mimi Biscuit ne mangera pas du gâteau au chocolat de sa mamie, elle ce qu’elle aime ce sont les « gâteaux magasins » ! Jamais elle ne mangera autre chose. Alors qu’elle a décidé de s’enfermer dans sa chambre, elle rencontre la fée Cabosse qui l’amène sur le Mont Millefeuille… changera-t-elle d’avis ?

Une jolie histoire autour du gâteau au chocolat (l’auteur et l’illustratrice nous donnent d’ailleurs en fin d’ouvrage chacune leur recette). L’album est grand et les illustrations de Virginie Grosos sont pleines de charme. On parle ici aussi du fait de faire soi-même, du goût des bonnes choses… et de la magie ! Un livre qui séduire tous les gourmands.

Barbouille est un renard très gourmand, il rencontre Mauricette, une souris avec qui il se trouve tout de suite un point commun : ils ont tous les deux la bouche barbouillée de rouge ! C’est que Barbouille vient de se gaver de fruits… Mauricette elle préfère les confitures, et si elle apprenait au renard à les faire ?

Petite vidéo de présentation du livre

 

Cette petite histoire de souris et de renard qui se rencontrent autour de leur gourmandise est très sympathique. Elle est suivie de 7 recettes de confitures (avec des  petits conseils pour bien les faire). On va donc apprendre à préparer des confitures de fraises, de châtaignes ou encore de la gelée de fleurs ! Les illustrations de Laure Cadars ont un côté très graphique et c’est plutôt réussi. Un bien joli livre pour les amoureux de confitures ! (si vous voulez m’envoyer des pots n’hésitez pas ! )

Quelques pas de plus…
Retrouvez Séverine Vidal en interview sur le blog et nos chroniques de ses autres livres : Rien qu’une fois, Philo mène la danse, Plus jamais petite, Comment j’ai connu papa, Arsène veut grandir, Lâcher sa main, Rouge Bitume, Comme une plume, J’attends Mamy, Roulette Russe tome 1 Noël en juillet, Je n’irai pas, Léontine, princesse en salopette, Mamythologie, On n’a rien vu venir, Du fil à retordre, Prune, tome 1 : La grosse rumeurPrune, tome 2 : Le fils de la nouvelle fiancée de papa, Prune, tome 3 : Prune et la colo d’enfer, 5h22, Les petites marées et La meilleure nuit de tous les temps. Retrouvez aussi ses réponses à Dis, c’est quoi ton métier…
Un autre livre de Virginie Grosos que nous avons chroniqué : Une vie de château.
Retrouvez tous les jours de cette semaine des chroniques en lien avec le goût sur la page facebook d’À l’ombre du grand arbre.

Clovis & le pain d’épices
de Séverine Vidal, illustré par Anne Hemstege
Éditions Feuilles de menthe dans la collection Le thé aux histoires
13,90€, 200×230 mm, 48 pages, imprimé en France
Makala, la légende des beignets au maïs
de Jessica et Didier Reuss-Nliba, illustré par Nicolas Lefrançois et Claudine Furlano
Zoom éditions dans la collection Danse du ventre
14€, 240×240 mm, 40 pages, imprimé en République Tchèque
1001 crêpes pour la lune
de Catarina Michelini
Zoom éditions dans la collection Danse du ventre
14€, 240×240 mm, 40 pages, imprimé en République Tchèque
Mimi Biscuit et la fée Cabosse
de Delphine Ratel, illustré par Virginie Grosos
Millefeuille
14,50€, 230×280 mm, 48 pages, imprimé en France
Barbouille et Mauricette font de la confiture avec les fruits de la forêt
de Laure Cadars
Éponymes Jeunesse
10€, 217×218 mm, 46 pages, imprimé dans la CEE

A part ça ?

Des idées cuisine pour enfants sur l’excellent site Tête à modeler.

Gabriel

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