La mare aux mots
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Clément Lefèvre

Du berger à la bergère : de Matthieu Maudet à Clément Lefèvre

Par 27 juillet 2016 Les invités du mercredi

Cet été, on vous propose encore une nouvelle rubrique pour nos invité.e.s du mercredi. Après les questions sur les métiers et les questions des enfants, on a proposé cet été à des auteur.e.s et des illustrateurs.trices de poser trois questions à un auteur.e ou une illustrateur.trice de leur choix. Puis à l’interviewé.e d’en poser une à son tour à son intervieweur.euse d’un jour. Après Jean-Luc Englebert et Benjamin Chaud, Fred Bernard et Loïc Clément, Marine Carteron et Clémentine Beauvais cette semaine c’est à Clément Lefèvre que Matthieu Maudet a choisi de poser des questions.

Matthieu Maudet : La première fois que tu as senti que tu ne dessinais pas « comme tout le monde », c’était quand ? C’était quoi ? C’était qui ?
Clément LefèvreClément Lefèvre : Haha ! elle est amusante cette question ! Je ne sais pas comment l’aborder d’ailleurs. Pour de vrai, je n’ai pas l’impression que mon travail soit éloigné de  « comme tout le monde » et j’ai même le sentiment qu’il ne serait rien sans celui des autres. J’adore passer des heures à regarder des images, c’est très nourrissant. M’en éloigner quand j’attaque les miennes, par contre, c’est plus difficile. Malgré tout, on m’a déjà dit un truc comme ça, et une de mes éditrices d’ailleurs me pousse à développer les petites choses qu’elle considère comme « à part », c’est stimulant, et j’y travaille ! Après, je pense qu’en effet, il y a certaines étapes qui nous permettent d’en franchir d’autre, alors pour le « quoi et le quand » de ta question Matthieu, Clément Lefèvreje dirai qu’en dessin mon bouquin Susine et le dorméveil est une de ces étapes que j’ai encore envie de développer dans mes prochains livres.

Matthieu Maudet : La première personne « pro » qui t’a encouragé ? Collègue ? Éditeur ? Libraire ?
Clément Lefèvre : La toute première, je pense ça a été mon copain l’illustrateur Jérôme Brasseur ! On avait été mis en relation par le biais d’un éditeur pour que je fasse de la couleur sur ses images. Ça lui a plu, et il m’a contacté pour savoir si je voulais en faire d’autres. On a papoté, il a voulu que je lui montre mes dessins, et après il m’a poussé au cul pour que je contacte quelques uns de ses éditeurs. J’étais super timide, pas confiant du tout, et Clément Lefevrepas mal empoté, il faut le dire ! Jérôme m’appelait à l’aube pour savoir si j’avais appelé ses contacts, et à chaque fois j’avais honte quand ce n’était pas le cas ! Alors au bout d’un moment, j’ai franchi le cap, obtenu des rendez-vous et ça s’est plutôt bien passé. Après ça, la plupart des personnes que j’ai rencontrées dans le milieu m’ont encouragées et je suis devenu un peu moins empoté ^^

Matthieu Maudet : Et une dernière question plus… « intime », mais que toute la profession se pose : le secret de cette barbe duveteuse, c’est quoi ???
Clément Lefèvre : Tu l’as dit, c’est un secret, mais comme on est entre nous, je peux te les dire, je la décroche chaque matin et je la roule dans les fleurs ^^

Clément Lefèvre : Mon cher Matthieu, quel est le secret de ton incroyable production et comment arrives-tu à être toujours aussi inspiré ?
Matthieu Maudet
Matthieu Maudet : J’aime bien faire des albums qui ne se ressemblent pas, et comme j’en fais souvent plusieurs à la fois, ça me pousse à trouver de nouvelles formes et ça me permet de faire des pauses pour prendre du recul, de les montrer, de digérer les commentaires, chercher de nouvelles pistes en partant dans toutes les directions sans m’essouffler.
Il y a aussi les textes des auteurs qui m’aident à trouver de nouvelles idées, soit parce que je vois tout de suite comment le faire, soit parce que j’adore le texte mais que je ne sais pas du tout comment me débrouiller avec ça. Les défis c’est bon pour l’inspiration !

Clément Lefèvre : As-tu envie et projettes-tu de nous faire un livre tout à la peinture ?
Matthieu Maudet : Tout à la peinture ??? Ça me semble presque impossible. Même si j’aimerais bien.
J’ai fait pas mal d’essais, à l’encre, au feutre, à l’acrylique, mais à chaque fois le rendu me semblait moins abouti qu’en passant par l’ordinateur.
Le pirate et le roi - Matthieu MaudetPourtant dans Le pirate et le roi, tout le dessin a été fait au pinceau et à la brosse avec du brou de noix. J’aurai presque pu faire les bleus et le jaune sur papier aussi, mais j’ai craqué…
Je scanne mes dessins chez moi et souvent je me rends compte d’un détail oublié à la dernière minute, alors si les originaux sont chez l’éditeur… il faut les envoyer de nouveau..
Là je me sens un peu plus libre de recommencer, surtout quand c’est dans la nuit juste avant l’envoie des pages finalisées !
Un autre frein, c’est les problèmes de rendus entre l’original et l’impression. J’ai vu tellement de collègues déçus..
Mais si tu me donnes tes petits secrets de la joie et la bonne humeur par la peinture, je me lance!

Clément Lefèvre : Une petite dernière question, mais essentielle : Comment fais-tu pour supporter Michaël Escoffier ?
Matthieu Maudet : Je vois que nous avons le même genre de soucis…
Au début, je me bouchais les oreilles et je faisais BLABLABLA (comme tu me l’avais montré).
Mais comme le plus souvent, c’est par mail que l’on travaille, ça marche moyennement bien…
Alors, la vraie solution, c’est la diversion ! Quand il pinaille pour la quinzième fois sur le dessin de la page 12, je lui demande si la virgule de la page 5 est vraiment nécessaire.
Essaies et tu verras ! Parfois, ça marche !

Bibliographie sélective de Clément Lefèvre :

  • Épouvantable Peur d’Épiphanie Frayeur, illustration d’un texte de Séverine Gauthier, Soleil (à sortir en octobre 2016).
  • Adopte un Tetrok, 3 tomes, illustration de textes d’Anne-Fleur Drillon, Margot éditions (2015-2016).
  • Monsieur Walter, texte et illustrations, Chocolat (2015).
  • La maîtresse vient de Mars, illustration d’un texte de Michaël Escoffier, Frimousse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Susine et le Dorméveil, 2 tomes, illustration de textes de Bruno Enna, Soleil, (2012-2014).
  • Victor et son loup, illustration d’un texte de Michaël Escoffier, Chocolat (2013).
  • Le Voleur d’enfants, illustration d’un texte de Michaël Escoffier, Chocolat (2010).
  • Thomas le magicien, illustration d’un texte de Sébastien Pérez, Seuil Jeunesse (2010).
  • Le pitou, illustration d’un texte de Michaël Escoffier, Frimousse (2009).
  • Le déserteur, illustration d’un texte de Boris Vian, Petit à Petit (2009).

Retrouvez Clément Lefèvre sur son site : http://nenent.ultra-book.com.

Bibliographie sélective de Matthieu Maudet :

Retrouvez Matthieu Maudet sur son blog : http://matthieumaudet.blogspot.fr.

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Monstres, martiens et trouillosaures

Par 7 mars 2015 Livres Jeunesse

Il y a un p'tit monstre qui habite chez moiDepuis quelque temps, il y a un monstre chez lui. Un tout petit. Ses parents le voient et le pire c’est qu’ils ont l’air ravi ! Le monstre hurle (surtout la nuit), fais caca n’importe quand, mais visiblement ça ne dérange personne. Et quand il rote, on applaudit ! Mais ils ont quoi ces parents ?
Je ne vous dévoile pas la fin, mais je pense que vous avez compris quel est ce petit monstre qui a emménagé dans la maison de notre héros ! Frédéric Laurent parle donc avec beaucoup d’humour d’un sujet qui touche souvent les enfants, d’un passage de leur vie pas toujours facile à gérer. Je suis très fan du travail de cet auteur/illustrateur, j’avoue que j’ai été moins séduit par ses illustrations sur cet album, mais son humour, son originalité, eux, me plaisent toujours autant.
Un chouette album pour tous les enfants chez qui un monstre débarque un beau matin.
Le même vu par Les lectures de Liyah et Maman Baobab.

Les monstres au plafondIl fait nuit. Seul le bruit d’un coucou se fait entendre. Dans son lit, Étienne ne dort pas, il voit des ombres au plafond qui bougent. Il sait très bien que c’est l’ombre d’une branche, mais dès qu’il ferme les yeux les formes deviennent des monstres… Étienne a peur, et il ne sait pas quoi faire.
On pense à la littérature anglo-saxonne en voyant les belles illustrations noires et rouges de Joanna Winograd. Sujet classique de la littérature jeunesse, on parle des peurs nocturnes. Étienne devra trouver une solution pour être rassuré et réussir à dormir, et il y arrivera sans réveiller les membres de la famille.
Un joli petit album qui parle de la peur qui apparaît quand vient la nuit.

La maitresse vient de marsIl y a une nouvelle maîtresse et sur le chemin de l’école, la rumeur enfle. Ce serait une sorcière d’après l’une, un ogre d’après l’autre, un troisième parle même de Mars ! La vérité est encore pire…
Michaël Escoffier croque avec beaucoup de justesse la rumeur, l’angoisse de la rentrée et l’imagination débordante des enfants. Chacun y va de sa légende sur la nouvelle maîtresse (faut dire qu’une nouvelle maîtresse c’est source d’angoisse !) et la version de chacun terrifie les autres. Clément Lefèvre sème dans ses belles illustrations des références à la littérature jeunesse et des détails pleins d’humour.
On sourit, on a peur et l’on rigole bien quand vient le dénouement.

Le trouillosaureIl y a bien longtemps, au temps des dinosaures, vivait le trouillausaure. Comme son nom l’indique, il était peureux, si peureux qu’il se cachait tout le temps. Au moindre crac, il se planquait. Au moindre Scrounch Scrounch, il décampait. Bref, il passait son temps à fuir ! C’est pour ça, en fait, qu’on n’en a jamais entendu parler…
Le trouillausaure, c’est un album cartonné plein d’humour sorti chez Amaterra et signé Sandra Solinet et Peter Elliott. C’est vraiment drôle (surtout si vous aimez les blagues de prout et de caca), c’est plein de pep’s, on ne s’ennuie pas une seconde.
Un album très drôle sur un petit froussard.

L'Art des monstresOn fini avec un beau livre d’art sorti chez Palette… mais on reste chez les monstres ! l’Art des monstres propose de revenir sur les monstres dans l’art. Hybrides, dragons, Satan, licornes, sirènes, vampires… les monstres sont nombreux dans la peinture, mais aussi la sculpture et évidemment le cinéma. On nous les présente donc ici avec de grandes et belles photos (accompagnées de textes explicatifs). Comme toujours avec Palette… nos yeux se régalent et l’on apprend plein de choses. Mais surtout, ça donne envie d’aller plus loin. Palette… fait décidément des livres qui donnent une première approche ludique de l’art, les enfants vont s’intéresser aux œuvres parce que le sujet les intéresse et iront ensuite voir ce que Picasso, Munch ou Ambroise Paré ont fait d’autre.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué d’autres livres de Frédéric Laurent (La Vraie Fausse Histoire du Minotaure, L’oubli de Noé, Un autre monde, Momotaro, Monstres en ville, Les deux poissons et Fipopus et Gropopus), de Michaël Escoffier (20 bonnes raisons d’aller à l’école, Le moustoc, 20 bonnes raisons de croire au Père Noël, Ouvre-moi ta porte, Le chevalier noir, L’anniversaire, La croccinelle, Le ça, Tous les monstres ont peur du noir, Trois petits riens, Le jour où j’ai perdu mes super pouvoirs, Zizi, Zézette, mode d’emploi, Le grand lapin blanc, Vacances à la ferme, Bonjour FacteurLa plume, Sans le A et Bonjour Docteur) et de Sandra Solinet (L’Archipel de Nouna). Retrouvez également nos interviews de Frédéric Laurent et de Michaël Escoffier.

Il y a un p’tit monstre qui habite chez moi
de Frédéric Laurent
Balivernes
9 €, 208×158 mm, 37 pages, imprimé en Belgique, 2014.
Les monstres au plafond
Texte de Séverine Loizon, illustré par Joanna Winograd
Magnard Jeunesse
11,90 €, 163×221 mm, 42 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2015.
La maîtresse vient de Mars
Texte de Michaël Escoffier, illustré par Clément Lefèvre
Frimousse dans la collection Sa majesté du soir
14,90 €,  225×290 mm, 25 pages, imprimé en Slovénie, 2014.
Le trouillosaure
Texte de Sandra Solinet, illustré par Peter Elliott
Amaterra
9,50 €, 157×220 mm, 24 pages, imprimé en Union Européenne, 2015.
L’Art des monstres
Texte de Johann Protais et Eloi Rousseau
Palette…
24,50 €, 239×270 mm, 80 pages, imprimé en France, 2015.


À part ça ?

Demain, c’est le 8 mars, la journée internationale des droits des femmes (et non pas « journée de la femme » comme on l’entend trop souvent). À cette occasion, nous vous proposons une sélection d’ouvrages.

Gabriel

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