La mare aux mots
Parcourir le tag

Clotilde Bernos

Pas facile, la famille

Par 12 mai 2015 Livres Jeunesse

alors alfred« Alors, Alfred ? » Voici la phrase que notre jeune héros entend le plus. Il est toujours un peu à côté de ses baskets, en décalage par rapport aux événements et ce qu’on attend de lui. Cette attitude nonchalante ne manque pas de mettre sa grand-mère sur les nerfs. Selon elle, il faut lui apprendre la vie ! Le faire redescendre de force de la lune et lui remettre les deux pieds bien enfoncés dans le sol ! Alfred n’en peut plus de cette vieille sorcière qui ne cesse de l’accabler de reproches et d’émettre des jugements sur l’éducation que lui prodiguent ses parents. Un jour, Alfred décide de laisser de côté sa discrétion habituelle et de clouer le bec de cette grand-mère envahissante. Mais comment assumer qu’on n’aime pas un membre de sa famille quand on a que 8 ans ?
Ce roman aborde une question rarement abordée avec les enfants, celle des conflits familiaux. Dans la famille d’Alfred, sa grand-mère est parvenue à imposer ses jugements sans que personne ne s’y oppose. Les parents d’Alfred étant souvent en déplacement, c’est à elle que revient la tâche de garder les enfants. Mais elle use et abuse de cette position et ne tarit pas de critique envers son petit fils ou ses parents. La révolte d’Alfred est celle que ses parents n’ont jamais osé mener des années durant contre cette personnalité toxique.
Si ces situations ont lieu dans beaucoup de familles, il est peu courant de rencontrer un tel franc-parler : Alfred ne se fait pas punir pour s’être opposé à sa grand-mère, il est normal de se rebeller contre une personne malfaisante, quel que soit son lien de parenté ou son statut. Ce court roman plaira aux jeunes lecteurs sensibles aux relations, parfois compliquées, entre les membres d’une même famille. Véritable plaidoyer pour la tolérance, il rappelle qu’il est parfois difficile d’aimer son prochain, même quand il est issu de la même lignée.

la fille qui avait deux ombresÉlisa, ne supporte plus sa grand-mère. Il faut dire que Rose se comporte comme un vrai chef de clan. Despotique, sans tendresse, elle ne rate pas une occasion de rappeler à sa fille et son beau-fils qu’ils vivent sous son toit avec leurs enfants et qu’ils doivent se plier à ses règles. Les parents d’Élisa se sont en effet installés dans le corps de ferme familial après avoir perdu leur emploi. La famille vivote, chacun cherche sa place, mais l’équilibre fragile est dangereusement menacé quand Élisa décide de se dresser contre le joug de la matriarche. En même temps, tout va de travers ces derniers temps : des objets changent de place mystérieusement, de vieilles lettres en italien refont surface, Rose prend des décisions délirantes… Il va falloir bien du courage à la jeune collégienne pour se confronter à la colère de sa grand-mère et découvrir quelles sont les blessures qu’elle a enfouies derrière son attitude de tyran domestique.
Dès les premières pages de ce roman, on s’installe, on se fait une place bien douillette, et on laisse la magie opérer. Ce roman est peuplé de personnages au magnétisme solaire, auprès desquels on se réfugie volontiers, comme Élisa le fait dans le grenier de la maison où elle s’est construit un petit théâtre. Les rapports humains sont décrits avec une finesse travaillée, mais jamais maniérée, à l’image des silences bienveillants entre Élisa et son père en tête à tête à la table du petit déjeuner, ou la protection distante qu’exerce son grand frère envers sa petite sœur au caractère entêté. Happé par cette famille, on embrasse également ses problèmes. Le mal-être d’Élisa résonne en chacun : elle souffre des non-dits qui accablent certaines familles, des rapports de force non résolus qui empoisonnent la vie familiale. La quête d’Élisa est comme une aventure intérieure dans une contrée méconnue et intime : celle de l’histoire de sa famille.
Le roman de Sigrid Baffert évoque la question des secrets de famille avec une grande subtilité. Il parle de transmission, de vieillesse, de la difficulté des rapports familiaux, d’amour, aussi… le tout dans une langue très imagée et dans un style aussi vif qu’intelligent. On quitte cette famille presque à regret au terme de la lecture. On aimerait prolonger les moments passés avec Jules, le grand-père, occupé à trouver la meilleure combinaison pour sa bière artisanale, on voudrait fouiner encore le grenier à la recherche d’un vieux chariot de Poste ou d’un buste de couture à remettre en état…
Un très joli texte qui allie humour, mystère, et surtout tendresse : une réussite !
Le même vu par Chez Clarabel et Enfantipages.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué un ouvrage de Clotilde Bernos (Ram et Lila) et de Sigrid Baffert (Halb, l’autre moitié).

Alors, Alfred ?
de Clotilde Bernos
Bulles de savon
7,50 €, 140 x 190 mm, 96 pages, imprimé en République Tchèque, 2015.
La fille qui avait deux ombres
de Sigrid Baffaert
l’école des loisirs dans la collection Médium
15,80 €, 148 mm × 218 mm, 267 pages, imprimé en France, 2015.

À part ça ?

telle mere telle filleOn remplit les albums de naissance de nos bambins avec une attention de collectionneurs : « Ah, son premier sourire, et les premiers pas, son premier mot ! Qu’est-ce qu’elle était mignonne à cet âge-là ! » Les éditions Minus vous proposent de poursuivre l’expérience une fois vos enfants, en l’occurrence vos filles, devenues grandes. Pas toujours facile de garder de bons rapports mères-filles quand l’adolescence montre son nez ! Ce petit cahier a pour ambition de renouer le dialogue sous le signe de l’humour. Ce cahier à remplir à quatre mains revient sur les bons souvenirs (la maman se souvient du choix du prénom, de la naissance…), on compare ses enfances à une génération d’intervalle, on se dit des choses importantes (« ce que j’admire chez toi » contre « ce qui m’agace »), d’autres plus futiles. Lili Scratchy met son dessin pop au service d’un petit carnet qui déjoue les pièges du cliché. Le ton est toujours un peu décalé, à l’image de la liste des ressemblances à cocher par la mère « tu as le caractère du caniche de ta grand-mère, ou les pieds de ton père… ». On est loin de la vision un peu bête des fifilles qui prennent le vernis à ongles de leur maman ! Parfait pour passer entre mère et grande fille.
Telle mère, telle fille, de Lili ScratchyMinus éditions, collection Grand Minus, 2015.

Laura

You Might Also Like

Voyageons, en Inde ou en ballon !

Par 4 juin 2013 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous emmène en voyage !
la maison de la famille hippoOn embarque d’abord avec la famille Hippo (ça faisait longtemps que je n’avais pas mis les hippopotames à l’honneur !).
Toto vit avec ses parents et sa petite soeur, dans leur boutique-bazar. Ils ont beaucoup de succès auprès des habitants, jusqu’au jour où une grande route est construite et incitent les clients à préférer la ville pour faire leurs courses. Pour gagner en visibilité, ils décident d’accrocher une belle enseigne lumineuse… et de gros ballons. Résultat : en pleine nuit, la maison s’envole ! Voilà la famille Hippo embarquée dans une drôle d’aventure : ils vont devoir affronter la tempête, mais aussi sauver un fou brun (un oiseau maritime) un peu maladroit. Fêtés en héros par la famille et les amis du jeune volatile imprudent, ils se rendent compte que la vie de star n’est décidément pas faite pour eux, et décident de repartir à l’aventure, à laquelle ils ont finalement pris goût.

famille hippoJ’ai eu un véritable coup de cœur pour cet album écrit et illustré par Yukio Abe. Les illustrations, justement, c’est ce qui m’a d’abord impressionnée : extrêmement fouillées, on ne sait pas où donner de la tête : on passe un long moment à observer les détails de la maison, ou bien la foule qui ovationne les hippopotames courageux. Et en même temps, les héros sont toujours mis en valeur, comme éclairés. C’est vraiment un univers particulier, et on en prend plein les yeux. Et comme en plus, l’histoire est vivante, originale, et pleine d’humour, on a vraiment affaire à un album de qualité !

Maintenant, direction les rives de l’Océan Indien…

ram et lila (2)

Ram et Lila c’est l’histoire de deux amis, voisins, qui aiment passer des heures sous le margousier. Un jour, Ram trouve dans ses branches un tout petit singe, Tombi. Mais une nuit, l’animal disparaît, et les deux enfants décident de partir à sa recherche. On les suit donc dans leur périple, au milieu des temples hindous et des jungles denses, à la rencontre de personnages, de traditions et de cultures indiennes.

Avec ce conte, Clotilde Bernos nous emmène loin, très loin de notre quotidien.ram et lila Même si j’ai trouvé les visages des enfants un peu étranges, les illustrations, mélange de dessins et de collages nous transportent directement en Inde. Ram et Lila sont attachants, et pleins de vie, et on le suit avec plaisir dans leurs aventures pleines de péripéties et de rencontres. Voici un album idéal pour faire découvrir aux plus jeunes un peu de la culture indienne !

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué plusieurs livres qui mettent en scène des hippopotames : Mon hippopotame, Jojo l’hippopo sur son bateau, Jojo l’hippopo dans son avion, Au revoir, bonjour.

La maison-ballon de la Famille Hippo
de Yukio Abe
Nobi-Nobi
15,50 €,300 x 229 mm, 40 pages, imprimé en République Tchèque, 2013
Ram et Lila
de Clotilde Bernos
Les P’tits Totems
13,90 €, 220 x 220 mm, 40 pages, imprimé en Union Européenne, 2012

A part ça ?

Pour terminer cette chronique placée sous le signe du voyage, je vous invite à suivre Yu Yamauchi, qui a photographié 600 levers de soleils au sommet du mont Fuji ! Evasion garantie !

Marianne

 

You Might Also Like

Secured By miniOrange