La mare aux mots
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collection Contes de Chine

D’autres contes

Par 3 février 2014 Livres Jeunesse

On aime vous parler des contes connus, il y a sans arrêt de nouvelles versions d’histoires qu’on nous a lues enfants et que nos parents (et les parents de nos parents) ont écouté également quand ils étaient petits. Mais on aime aussi les autres contes, ceux que l’on ne connaît pas parce qu’ils sont peu connus, venus d’ailleurs ou tout simplement récents. Aujourd’hui, je vais vous présenter un conte venu de Chine, un conte inuit, un conte tunisien, mais je commence par un conte récent.

Le fils du géantParce qu’il était tout petit, un roi et une reine avaient décidé d’abandonner leur enfant. Ils l’avaient déposé dans un dé à coudre d’or qu’ils avaient confié à la rivière. C’est ainsi que, sur son embarcation, l’enfant fut trouvé par deux géants qui décidèrent de l’élever. Ils lui donnèrent tout ce dont il avait besoin et grâce à ça, l’enfant grandit, devint un jeune homme robuste. Un jour, le roi et la reine, surpris par un terrible orage, vinrent dans la grotte des deux géants… et reconnurent le dé en or…

Avec une construction de conte classique, c’est une magnifique histoire que nous raconte Gaël Aymon, auteur que nous aimons décidément beaucoup. On nous parle donc ici d’un enfant différent abandonné par ses géniteurs. Un enfant qui aura le choix, une fois adulte, de vivre avec ses vrais parents une vie de prince, ou de rester avec ceux qui l’ont recueilli puis élevé pour continuer à être simple pêcheur. La fin est absolument magnifique… mais bien entendu je vous laisse la découvrir. Les illustrations de Lucie Rioland sont superbes et mettent parfaitement en image la belle histoire de Gaël Aymon, elles font juste regretter que l’album ne soit pas plus grand. Un magnifique conte, de ceux qui restent, avec même en arrière-plan une histoire d’homoparentalité.

Grand-tante tigreAlors que leur mère s’est absentée, A-king, dix ans, et A-Yu, sept ans, entendent frapper à la porte de leur maison. Leur mère les a bien mises en garde, il ne faut pas ouvrir ! Seulement, la personne qui frappe à la porte prétend justement être leur mère alors les filles décident d’ouvrir… et se rendent vite compte que ce n’est pas elle. La vieille dame qui leur fait face leur dit être une grand’tante venue veiller sur elles… Seulement les petites filles ont quelques doutes…

Ici encore, c’est un conte comme on a l’habitude d’en lire, mais qu’on ne connaît pas. Les contes venus de Chine sont souvent plus cruels, plus durs (ce qui ne dérange pas les enfants) que nos versions édulcorées du petit chaperon rouge ou de Cendrillon (merci Perrault…). Ici, un enfant sera croqué (il y a même un morceau de doigt), la Grand-Tante Tigre ne s’en sortira pas. C’est, comme souvent, un très bel album que nous proposent les éditions HongFei, tant dans l’histoire que dans les illustrations et, on n’en parle pas assez souvent, mais aussi dans la maquette (je trouve toujours la mise en page des albums HongFei particulièrement soignée). Un très beau conte pour ceux qui aiment les histoires qui font un peu peur.

Il était une (mini) fois,
Des histoires fortes, des récits venus d’ailleurs
merveilleusement écrits,
par des conteurs d’aujourd’hui…
Il était une (mini) fois,

Des classiques à découvrir dans leur version d’origine
ou écourtée avec un grand respect…
Voilà le principe d’une toute nouvelle collection de chez Didier Jeunesse. Des petits livres (à prix mini), parfaits pour les tout jeunes lecteurs (mais on peut aussi les lires à ceux qui sont un peu plus jeunes). Huit titres sont déjà sortis, je vous en présente deux aujourd’hui.

Le premier amour de grand corbeauPour les Inuit, le grand créateur c’est un corbeau. Un oiseau capable de se transformer en homme. Quand il eut fini de créer le monde, il y descendit pour contempler son œuvre. C’est là qu’il rencontra une énorme baleine, et à l’intérieur du corps de la baleine, une jeune femme qui dansait et dont les mouvements faisaient bouger le cétacé. Le grand corbeau était tombé amoureux de la jeune fille et voulait l’emporter avec lui…

J’aime beaucoup les contes inuit, j’avais d’ailleurs chroniqué un magnifique recueil de contes de cette peuplade. Là encore, on retrouve cet univers particulier, un conte comme on en voit peu chez nous. On nous parle du premier amour du monde, des premières larmes du monde et du premier chant du monde. Muriel Bloch fait partie de ces auteurs qui sont tout simplement passionnants, captivants, dont le style est un délice à lire. On sent ses mots bien choisis. C’est d’ailleurs une chose commune aux conteurs et donc quelque chose qu’on retrouve dans cette collection… c’est encore le cas avec le conte suivant.

Aïcha et l'ogreParce qu’il devait partir en voyage quarante-quatre jours et quarante-quatre nuits, un homme enferma sa fille derrière une haute muraille fermée par un grand portail qui comportait sept serrures différentes. Aïcha, c’était le nom de la jeune fille, resta donc, là, seule avec son chat à s’amuser, sans personne pour la commander. Seulement un jour, le chat fit tomber la boîte d’allumettes dans le puits et Aïcha ne pouvait plus se faire à manger… elle dû sortir en faisant un trou dans la palissade, et rencontra un ogre. Celui-ci accepta de la laisser partir si elle lui donnait son doigt à sucer quand il viendrait chez elle…

Là encore, grâce à la conteuse Praline Gay-Para, on prend beaucoup de plaisir à lire, à voix haute, cette histoire de petite fille qui paye sa désobéissance. Ici, c’est un conte tunisien et là encore c’est assez différent de nos contes traditionnels. Tout comme le précédent, c’est un conte qui était déjà sorti chez Didier jeunesse (dans une version illustrée et même une version livre-disque pour celui-ci) et qu’on retrouve ici, donc, en format poche contenant uniquement le texte. Une collection à suivre de près !

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des ouvrages de Gaël Aymon (L’anniversaire à l’envers, Les souliers écarlatesLa princesse Rose-Praline, Une place dans la cour, Contes d’un autre genre et Giga Boy), Muriel Bloch (Le vieux Cric CracPetites sagesses du soir et Le Schmat doudou) et Praline Gay-Para (Petit beignet rond et doré, L’ogresse et les sept chevreaux et Au loup !). Retrouvez aussi notre interview de Gaël Aymon.

Le fils des géants
Texte de Gaël Aymon, illustré par Lucie Rioland
Talents Hauts
13,80€, 230×200 mm, 24 pages, imprimé en Italie, 2013.
Grand’Tante Tigre
Texte de Blanche Chiu, illustré par Minji Lee-Diebold
HongFei dans la collection Contes de Chine
15,20€, 225×279 mm, 28 pages, imprimé à Taïwan, 2013.
Le premier amour de grand corbeau
Texte de Muriel Bloch
Didier Jeunesse dans la collection Il était une (mini) fois
3€, 115×165 mm, 28 pages, imprimé en France, chez un imprimeur éco-responsable, 2014.
Aïcha et l’Ogre
Texte de Praline Gay-Para
Didier Jeunesse dans la collection Il était une (mini) fois
3€, 115×165 mm, 28 pages, imprimé en France, chez un imprimeur éco-responsable, 2014.

À part ça ?

La Revue des livres pour enfants 274Connaissez-vous La revue des livres pour enfants, éditée par le Centre national de la littérature pour la jeunesse de la BNF ? C’est Véronique Soulé de l’émission Écoute, il y a un éléphant dans le jardin qui m’a fait découvrir cette super revue, qui paraît six fois dans l’année. Dans le numéro 274 on va trouver, comme à chaque fois, une sélection d’albums, de romans, de documentaires, de CD… pour enfants et adolescents. On trouvera, par exemple, dans ce numéro des critiques de livres que nous avons chroniqués comme Réveillés les premiers de Komako Sakaï, Issun Böshi d’Icinori, Pépito Super-Héros de Yann Walker et Magali Le Huche, Un jour j’irai chercher mon prince en skate de Jo Witek, Jonah de Taï-Marc Le Thanh… Mais ce ne sont que quelques exemples, car ici on parle de très nombreux ouvrages… et on en parle bien ! Le cahier critique de plus de cinquante pages est suivi d’informations sur les revues pour enfants, les livres sur la littérature jeunesse… puis c’est un dossier de plus de cinquante pages sur les littératures de l’imaginaire qu’on nous propose. De La Belle et la Bête à Hunger Games en passant par les manga ou Harry Potter, un dossier très complet qui nous propose aussi des interviews (Michel Honaker et Johan Helliot). Enfin, on nous propose un article sur le livre d’art, une analyse d’Éclats de lune de Pierre Cornuel et l’actualité des bibliothèques. La revue des livres pour enfants c’est vraiment un guide pour tous les amoureux de la littérature jeunesse. Ils y trouveront des conseils de lecture et des tas d’informations. Vous pouvez en savoir plus sur cette super revue ici (vous trouverez même dans la colonne de droite les liens pour vous abonner ou pour commander ce numéro ou les anciens).

Gabriel

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Femme fragile et femme forte

Par 8 octobre 2012 Livres Jeunesse

Un seigneur puissant avait épousé une femme aussi fragile qu’il était fort ainsi se sentait-il encore plus fort et pour que ce sentiment augmente il la malmenait, la frappait. Bien-sûr pas pour son propre plaisir, lui expliquait-il mais pour son bien à elle… Malgré les cadeaux dont la couvrait le seigneur pour se faire pardonner, la jeune fille était malheureuse et se transformait physiquement. Aux gens qui s’étonnaient de ce changement le seigneur prétextait que cette sale mine venait du petit pois qu’elle gardait sous son matelas. Mais un jour la poupée demanda des souliers écarlates et grâce à eux… elle réussit à s’évader la nuit… jusqu’à ce que le seigneur ne le découvre…

Il fallait le tact et la finesse des mots de Gaël Aymon pour parler d’un sujet aussi grave que celui des femmes battues et réussir à en faire une belle histoire. Alors bien-sûr c’est une histoire dure mais pleine d’espoir, et les contes sont souvent durs. D’ailleurs les Contes d’un autre genre de Gaël Aymon, sont assez proches des contes classiques, car ceux-ci aussi comportaient souvent des éléments horribles, que l’on a gommés avec le temps comme si les enfants n’étaient pas capables de les entendre. Comme dans ces vieux contes, Gaël Aymon glisse des choses réelles, de nos quotidiens dans des éléments fantastiques, ce côté fantastique fait d’ailleurs que ce n’est pas trop plombant, qu’on s’échappe de la réalité. Ici la jeune fille réussira à s’évader en claquant trois fois des talons telle Dorothy pour passer dans un monde où elle veut fuir. L’histoire peut être aussi lue à un autre degré… Comme dans Le magicien d’Oz, ce monde existe-t-il vraiment ? N’est-ce pas une échappatoire où la jeune fille s’évade en pensée ? Toujours est-il que l’histoire est superbe et captivante. Les illustrations de Nancy Ribard sont magnifiques. L’objet lui-même est très beau avec son dos toilé. Je le dis à chaque fois, mais décidément Gaël Aymon est un auteur à suivre de très près, c’est un des rares auteurs dont je ne veux louper aucun livre. Ici encore il nous transporte dans un conte merveilleux tout en nous parlant de choses graves. Le livre a d’ailleurs reçu le soutien de Amnesty International.

Il y a bien longtemps, dans la ville de Bianzhou, en Chine, une femme nommée Sansan avait une auberge. Personne ne savait d’où elle venait et d’où elle tenait sa richesse mais elle avait réussi a acquérir plusieurs maisons et de nombreux ânes. Son auberge était très fréquentée par les voyageurs et c’est ainsi que Zhao s’y arrêta lui aussi. Le jeune homme n’était pas du genre à participer aux bavardages et à boire comme les autres, ainsi quand il se coucha il était le seul à ne pas être ivre… et ce qu’il vu cette nuit-là allait répondre à bien des questions sur l’aubergiste…

Quel bonheur de retrouver un nouvel ouvrage des éditions HongFei ! L’auberge des ânes est un très bel album. L’histoire est un conte chinois du IXème siècle pour la première fois illustré et adapté en français, le précise le dos de couv’… et quel magnifique conte ! J’adore ce genre d’histoire traditionnelle avec une partie de magie, de sorcellerie. Les illustrations de Clémence Pollet sont très belles également, elles sont lumineuses, elles apportent beaucoup au récit et en font un album aussi captivant à lire qu’esthétique. Venez donc rencontrer Sansan mais attention… gardez l’œil ouvert cette nuit !

Quelques pas de plus…
Retrouvez Gaël Aymon en interview sur le blog et nos chroniques de ses autres livres : La princesse Rose-Praline, Une place dans la cour, Contes d’un autre genre et Giga Boy.
Les livres que nous avons chroniqués de Chun-Liang Yeh : Pi, Po, Pierrot, Yexian et le soulier d’or, Le duc aime le dragon et L’autre bout du monde.

Les souliers écarlates
de Gaël Aymon, illustré par Nancy Ribard
Talents Hauts
13,80€, 195×260 mm, 24 pages, imprimé en Italie
L’auberge des ânes
de Alexandre Zouaghi et Chun-Liang Yeh, illustré par Clémence Pollet
HongFei dans la collection Contes de Chine
15,20€, 218×275 mm, 40 pages, imprimé à Taïwan

A part ça ?

Le week-end dernier j’ai vu un spectacle que je vous recommande si vous habitez Paris : Loulou par Les muettes bavardes à la Manufacture des Abbesses. Deux comédiennes et un musicien sur scène pour jouer Loulou et Tom, les fameux héros du livre de Grégoire Solotareff. Marionnettes, ombres chinoises, chant, danse, musique,… un spectacle complet qui captive les enfants (et les effrayent un peu parfois). On a passé un très bon moment. Ma fille, 4 ans, a adoré et nous a demandé, en sortant, quand on y retournait ! C’est jusqu’au 6 janvier 2013 (le spectacle a tellement de succès qu’il a été prolongé). Plus d’info sur la compagnie ici et sur la salle .

Gabriel

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