La mare aux mots
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Pôle fiction (collection)

Futurs proches

Par 23 juillet 2015 Livres Jeunesse

chimères le casino dont on ne revient jamaisAnders vit dans la périphérie d’une grande ville en 2100. Le développement des nouvelles technologies et la fabrication de robots humanoïdes ont conduit les humains à perdre leurs emplois. C’est le cas des parents du jeune adolescent qui vivent à la petite semaine de boulots plus ou moins déclarés. Le père d’Anders est contraint de partir de longues semaines pour travailler sur des chantiers sans pouvoir contacter sa famille. Alors qu’une de ces absences dure plus qu’à l’accoutumée, Anders a un mauvais pressentiment : son père ne serait-il pas victime d’une « chimère » ? Ces virus informatiques seraient responsables de la disparition physique de dizaines de personnes, une policière est venue leur en parler au collège. Anders va partir sur les traces de son père aidé par un mystérieux voisin et son cousin féru d’informatique.
Ce roman d’anticipation ne manque pas d’imagination. On y croise une policière humanoïde qui se découvre des sentiments humains, des mafieux assoiffés d’argent, ancien agent de police reconverti en retraité tranquille amateur de livres, et même un chat mécanique. L’univers dans lequel vit Anders est proche de la dystopie : à trop laisser les machines et les ordinateurs travailler à leur place, les humains en sont devenus complètement dépendants. Une autre dépendance dirige la vie des personnages de ce livre : celle qu’ils ont vis-à-vis de l’argent. La précarité pousse le père d’Anders à courir d’énormes risques et à mettre sa famille en péril.
En dépit de ces thématiques assez intéressantes, le roman de Pascal Hérault pèche par son manque de cohérence. Nous changeons brutalement de point de vue, et il est parfois compliqué de comprendre les motivations des personnages comme leurs sentiments. Nous délaissons un peu trop rapidement les angoisses d’Anders pour son père, son sentiment de culpabilité par rapport à la détresse de ses parents pour rentrer dans le récit de l’enquête à proprement parler.
Ce roman entre science-fiction et policier décrit un avenir inquiétant, sans qu’on arrive à se lier réellement avec les personnages principaux

Ici et maintenantPrenna vit dans une communauté très fermée avec sa mère. Cette jeune femme de 17 ans a le droit d’aller au lycée, mais pas de nouer de lien trop intime avec les autres élèves. En régissant la vie des membres de la communauté, les dirigeants pensent protéger leur terrible secret : s’ils se tiennent à part du reste de la société, c’est qu’ils viennent d’ailleurs, ou plutôt, d’un autre moment de l’histoire de l’humanité. Prenna, sa mère, et les autres « voyageurs » sont en effet les derniers survivants d’une époque future pendant laquelle la planète sera décimée par les épidémies et les catastrophes naturelles. Pour survivre, ils ont dû voyager dans le temps, mais doivent se montrer d’une grande discrétion. Pour Prenna, les règles sont difficiles à accepter : comment se tenir en dehors du monde sans tenter d’éviter la catastrophe qui va se produire ? Et pourquoi se sent-elle attirée par Ethan, un camarade de classe qui semble tout connaître de ses secrets ?
Ce roman flirte avec la science-fiction, la romance et l’enquête en tirant le meilleur de tous ces genres. Les faits décrits se déroulent à notre époque, mais les catastrophes qu’ont connu Prenna et ses proches semblent terriblement plausibles. Dans son monde, le réchauffement climatique est à l’origine de beaucoup de catastrophes naturelles, mais surtout de l’invasion du monde entier par de terribles créatures sanguinaires : les moustiques. Peste, paludisme… Les épidémies se sont succédé jusqu’à détruire l’humanité. Sauf que son monde, c’est le nôtre, dans quelques dizaines d’année seulement.
En plus de ce plaidoyer pour la planète qui est loin d’être pesant, Ann Brashares nous offre une histoire d’amour passionnante couplée avec une enquête pleine de suspense.
Un roman sensible, intelligent et nécessaire.
Le même vu par Chez Clarabel et Délivrer des livres.

Chimères
de Pascal Hérault
Oskar jeunesse dans la collection Polar
14,95 €, 132 x 210 mm, 246 pages, imprimé en Europe, 2015.
Ici et maintenant
de Ann Brashares traduit par Vanessa Rubio-Barreau
Gallimard jeunesse dans la collection Pôle fiction
6,10 €, 110 x 180 mm, 288 pages, imprimé en France, 2015.

À part ça ?

Par ce beau temps, il est toujours agréable de se rendre compte que la nature reprend ses droits sur le béton. C’est le cas dans le 18e arrondissement de Paris, où une friche de 2000 mètres carrés a été aménagée en jardin pour le bonheur des Parisiens de tout âge. La particularité de cet espace vert ? Il a été conçu pour promouvoir la biodiversité en plein Montmartre. Insectariums, plantes sauvages… on goûte en famille à la fraîcheur des arbres et à la mélodie du chant des oiseaux.
Une initiative en faveur de l’écologie qui offre une pause rafraîchissante au cœur de Montmartre.
Jardin Sauvage Saint-Vincent, face au 14, rue Lamarck, Paris 18e, plus d’informations sur le site de la Mairie de Paris.

Laura

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Voyage en adolescence

Par 2 juillet 2015 Livres Jeunesse

Les rêves rougesLachlan est un jeune Indien qui vit seul avec sa mère au bord du lac Okanagan au Canada. Contrairement au reste de sa famille qui vit dans la réserve indienne, il mène l’existence d’un adolescent moderne, partagée entre sa bande de copains, le collège et les remontrances de sa mère. Mais un jour, Lachlan rencontre Daffodil, la nouvelle élève de sa classe, et se trouve irrépressiblement attiré par ses grands yeux mauves, son caractère fantasque et cette drôle d’habitude qui la pousse à s’arracher les cheveux par poignées lorsqu’elle est angoissée. Ce coup de foudre va changer sa vie, car Daffodil est différente des autres : Lachlan va peu à peu devenir « celui qui sort avec l’Anormale ». Il se moque bien de ce quolibet, mais les choses dégénèrent quand la fille aux yeux mauves révèle à l’ensemble des élèves du collège qu’elle a aperçu Ogopogo, créature légendaire cousine du monstre du Loch Ness, censée hanter les tréfonds du Lac Okanagan. Lachlan va apprendre à ses dépens à quel point la différence peut attirer la haine et la violence et qu’il est difficile de protéger ceux qu’on aime.
Ce roman mêle avec brio le genre fantastique, le roman social, la romance, et même l’enquête policière. Le suspense reste intact tout au long de l’intrigue qui est à la fois riche et très bien ficelée. Même si l’on peut se sentir déstabilisé par l’incursion du surnaturel, la justesse des personnages fait qu’on pourrait croire que cette histoire est réelle. Leurs répliques sont pleines d’esprit, et leurs mésaventures nous tiennent en haleine. Le moindre personnage secondaire est doté d’un caractère bien construit et les liens entre les protagonistes sont solidement tissés, c’est un plaisir de se laisser emporter par cette histoire.
Jean-François Chabas aborde les thématiques du racisme, du harcèlement scolaire et de la différence sans pathos, mais avec un talent d’écriture rare. Une vraie réussite.
Le même vu par Le tiroir à histoires.

HighlineLa pièce l’a décidé, c’est lui qui doit relever le défi : traverser les 50 mètres qui séparent le balcon de son ami Mouss de l’immeuble d’en face à 100 mètres du sol, sans protection. 50 petits mètres, à peine cinq minutes en prenant son temps. 50 interminables mètres, perché sur une « slackline » quelques centimètres de large, sans avoir le droit à la moindre défaillance ni du corps, encore moins de l’esprit : « si on doute de soi, on tombe, mais si on est trop sûr, on tombe aussi. »
On traverse le monologue du jeune funambule d’une traite, la mâchoire serrée et le cœur gros, redoutant le moindre faux pas, ou qu’une infime pensée vagabonde ne le déconcentre. Ce que réalise le jeune homme est bien plus qu’une prouesse sportive, c’est une épreuve mentale, un pied de nez aux éléments et aux lois de la gravité. Le héros veut s’élever au-dessus de ses contemporains, accomplir un acte sans commune mesure, faire de sa vie une exception. Ce court texte ménage très bien le suspense. Le style parfois télégraphique, abrupt, retranscrit les pensées qui affluent dans l’esprit du jeune homme alors que, comme elle ne tient plus qu’à un fil, il réalise à quel point il chérit son existence.
Ce livre est une métaphore réussie de l’adolescence pendant laquelle on est vulnérable tout en recherchant l’absolu. Où l’on veut donner un sens à sa vie, parfois en la mettant en danger.
Le même vu par Dans la bibliothèque de Noukette.

Tout foutre en lairC’est certain, ce soir, elle le fait. Peu importe ce que disent les autres, ses parents, ses amis. Elle s’enfuit dans la nuit et il est là à l’attendre. Lui seul comprend le vide dans son ventre, sa solitude. Il n’y a qu’avec lui qu’elle peut le faire. C’est certain, ce soir, ensemble, ils mettront fin à leurs jours.
Antoine Dole s’attelle au difficile sujet du suicide des adolescents par l’intermédiaire d’un monologue, forme privilégiée de la collection D’une seule voix chez Actes Sud. Au fur et à mesure de la fuite des amants dans la ville, on partage les pensées et les doutes de la jeune fille. Elle repense à ce qui l’a menée à cette situation, elle réfléchit à son attachement pour ce garçon… Et pourtant ses sentiments ne prennent pas corps. Peut-être est-ce parce que l’histoire d’amour entre les deux protagonistes n’est évoquée que brièvement, simplement pour nous apprendre qu’ils se sont rencontrés sur internet, mais on a du mal à croire à ce couple qui, à peine réuni, entreprend d’en finir.
Néanmoins, comme les autres titres de la collection, ce texte aborde l’adolescence avec finesse. Les personnages rencontrent des problèmes très complexes, bien loin des représentations qui les montrent comme des créatures superficielles, accrochées à leur portable toute la journée. On découvre des êtres encore en formation, à fleur de peau, menacés de nombreux dangers.
Un petit livre qui revient sur les doutes existentiels des adolescents en les prenant au sérieux.
Le même vu par La bibliothèque de Noukette, Les lectures de Liyah et Bricabook.

A comme aujourd'huiChaque jour depuis sa naissance, A se réveille dans la peau d’une nouvelle personne. Il peut être un jour une fille, une autre un garçon, parfois riche, parfois pauvre, tantôt membre d’une famille aimante, tantôt orphelin… Une seule chose reste la même : chaque jour à minuit il quittera le corps et la vie qu’il a occupé pendant la journée. A s’accommode comme il peut de cette vie sans attache. Il joue le rôle de son hôte pendant 24 heures en tâchant de ne rien modifier au cours naturel des vies qu’il emprunte. Mais tout change le jour où il occupe le corps de Kevin, un jeune adolescent comme les autres. Enfin, presque comme les autres, puisqu’il sort avec la plus belle fille que A n’ait jamais rencontré en 16 années de cette vie bien remplie. A en est persuadé : un lien existe entre cette fille et lui, et il doit tout faire pour la revoir malgré son destin si particulier.
Bien que l’intrigue appartienne au domaine du fantastique, ce roman est une sorte de fresque quasi documentaire sur l’adolescence. Chaque jour, nous découvrons un nouvel ado avec ses passions, ses projets, ses difficultés scolaires ou même ses problèmes de santé. L’extraordinaire condition du héros nous permet de faire un voyage dans le monde si varié et complexe de l’adolescence. Le roman milite de façon efficace pour la tolérance : on est littéralement forcé de se mettre dans la peau de l’autre quels que soient son handicap, son style, son orientation sexuelle, etc.
Ce roman d’une grande originalité s’adresse aux très bons lecteurs. Les situations décrites sont parfois éprouvantes et les sentiments du héros sont subtils, difficiles à saisir par moment. David Levithan file une métaphore habile de cette période qu’est l’adolescence pendant laquelle on a du mal à trouver son identité et à reconnaître son propre corps. Une lecture exigeante, mais pleine d’enseignements.
Le même vu par Délivrer des livres, Butiner de livres en livres et Sous le feuillage

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué d’autres livres de Jean-François Chabas (Récits extraordinaires et 
Féroce).

Les rêves rouges
de Jean-François Chabas
Gallimard dans la collection Scripto
11,90 €, 130×200 mm, 278 pages, imprimé en Italie, 2015.
High Line
de Charlotte Erlih
Actes Sud Junior dans la collection D’une seule voix
9 €, 115 x 215 mm, 96 pages, imprimé en France, 2015.
Tout foutre en l’air
d’Antoine Dole
Actes Sud Junior dans la collection D’une seule voix
9 €, 115 x 215 mm, 58 pages, imprimé en France, 2015.
A comme aujourd’hui
de David Levithan (traduit par Simon Baril)
Gallimard dans la collection Pôle fiction
7,75 €, 108 x 178 mm, 440 pages, imprimé en France, 2015.

À part ça ?

À quoi peuvent servir tous les livres de votre bibliothèque une fois lus ? Regardez la vidéo du défi que les employés de la Bibliothèque de Seattle se sont lancé !

Laura

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Récits historiques

Par 23 mai 2015 Livres Jeunesse

ce qu'ils n'ont pas pu nous prendreLina a 15 ans. Elle vit avec ses parents et son frère dans une maison accueillante, remplie des rires et des débats des amis de l’université de son père. Elle connaît aussi ses premiers émois amoureux, se projette dans sa future vie d’étudiante puisqu’elle s’apprête à intégrer une école d’art… Elle mène la vie classique d’une adolescente, en somme. Mais un soir de 1941, la vie telle qu’elle la connaissait est interrompue par une volée de coups sur la porte d’entrée de la maison familiale. Ce soir-là, elle est déportée avec sa famille pour servir de main-d’œuvre dans les camps de travail soviétiques pendant les dix années à venir.
Ce roman de 400 pages est de ceux dont on ne sent pas les pages tourner. On se retrouve aimanté à la destinée de cette famille brisée par le régime de Staline. La grande force du récit réside dans le point de vue adopté. Ruta Sepetys parvient à se mettre dans la peau d’une jeune adolescente lituanienne sans caricature ni concession. L’histoire qui nous est racontée est bien celle d’une enfant, mais une enfant qui va vivre les pires atrocités. Elle va connaître la promiscuité du wagon à bestiaux pendant six semaines, les travaux forcés dans le froid sibérien, la violence des officiers qui n’hésitent pas à abattre les réfractaires d’une balle dans la tête… Mais elle conserve malgré tout une part d’enfance. Elle s’émeut pour les grands yeux d’Andrius, un jeune Lituanien de son âge. Elle brave les interdits et persiste à dessiner ce qu’elle voit pour témoigner des crimes soviétiques. Elle se raccroche au doux regard de sa mère pour surmonter les épreuves. Le ton est direct, sans mélo, mais touche en pleine poitrine.
À plusieurs reprises ce récit poignant m’a arraché des larmes. On ne peut pourtant pas lui reprocher d’être larmoyant ni de faire du sensationnel. Ce livre est bien construit, alternant le récit au jour le jour des épreuves subies par Lina et les souvenirs de sa vie d’avant. Il nous pousse à nous poser des questions, non seulement sur les crimes des systèmes totalitaires, mais aussi sur notre vision de l’Histoire. J’ai personnellement assisté à un bon nombre de leçons concernant la dictature soviétique, j’ai peiné à orthographier correctement le mot “kolkhoze” dans mes devoirs, mais je n’ai jamais compris aussi clairement ce qu’était la vie dans les camps de Staline qu’en lisant ce roman. Cette lecture forte, parfois violente, est un plaidoyer pour le devoir de mémoire sans pathos, une description des horreurs que les hommes peuvent commettre, mais aussi de leur incroyable instinct de survie.
Ce livre a obtenu le Prix Lire en 2011 et le Prix des Incorruptibles en 2014.
Le même vu par L’ivresse des mots et Délivrer des livres.

le sang du serpent à plumesÀ l’arrivée de la flotte espagnole sur le territoire mexicain en 1519, Marina, jeune esclave propriété d’un marchand maya, est offerte en cadeau aux visiteurs de l’Ancien Monde. Sous la protection du capitaine Hernán Cortés, elle va s’arracher à sa destinée d’esclave autrefois promise au sacrifice humain en l’honneur des divinités mayas. Marina est en effet dotée d’une très grande aisance avec les langues étrangères, elle devient donc l’interprète officielle de l’expédition espagnole. Mais ce qui commençait comme une découverte devient rapidement une conquête. Charles Quint, qui entend soumettre le Nouveau Monde à la domination catholique et Cortès est son bras armé en Amérique latine. En sa qualité d’interprète, Marina est aux premières loges de la rencontre entre les peuples et les conquistadores espagnols. Elle va peu à peu apprendre à connaître ces chrétiens qui vénèrent un Dieu unique, comme elle va découvrir la richesse de la culture mexica qui sacrifie tant à des divinités auxquelles elle prête des pouvoirs colossaux. A travers son journal, Marina offre son point de vue spécial sur l’histoire de la conquête du Mexique, à la fois reconnaissante envers les Espagnols et admirative de la beauté de l’empire mexica dont elle est originaire.
La forme du journal permet de suivre ce récit historique avec beaucoup de subtilité. Si le propos est bien un récit de conquête, on échappe aux longues descriptions de batailles qui peuvent être assez assommantes. Marina, surnommée “la Malinche”, a été témoin de la rencontre, puis de l’affrontement entre deux peuples. Les récits au jour le jour permettent de comprendre la difficulté de la diplomatie, de la rencontre entre les cultures chrétienne et mexica, et aussi de la violence des affrontements et des pertes humaines, d’un côté comme de l’autre.
Le journal instaure un rythme tout à fait soutenu, on dévore le récit de Marina à toute vitesse, découvrant en même temps qu’elle le Monde Unique, empire mexica aux centaines de couleurs et de divinités. L’univers décrit est terrifiant, mais fascinant. Je n’avais aucune idée de l’existence de la Malinche, cette ancienne esclave qui a accompagné les troupes espagnoles sur les terres mexicas. Si, bien sûr, ce journal a été réécrit de toutes pièces et certains éléments ont été romancés, ce récit est riche d’enseignements. L’enjeu est moins de retenir les dates clefs de la conquête du Mexique que de comprendre la complexité de l’Histoire qui ne connaît ni bons, ni méchants. Le témoignage de Marina comporte bien des interrogations. L’avidité de l’homme, qui le conduit à constamment rechercher les richesses, n’est-elle pas le moteur de toute aventure ? Les sacrifices humains qui répugnent tant les Espagnols sont-ils si différents des guerres que ceux-ci perpètrent pour conquérir le monde ? Comment des croyances diamétralement opposées peuvent-elles se tolérer ?
Ce livre dense séduira les bons lecteurs et les passionnés d’Histoire.

La Marque Des SoyeuxVivien est un jeune écolier qui peine à se faire des amis : ses parents ne cessent de déménager, mais en plus il est défiguré par une tache de vin qui lui vaut les insultes et le harcèlement de la part des autres enfants. Nouvellement arrivé à Lyon, Vivien ne se fait guère d’illusion sur l’accueil que vont lui réserver les autres enfants et se réfugie une fois de plus dans les livres, ses compagnons fidèles. Mais, alors qu’il se plonge dans la lecture d’un documentaire sur sa nouvelle ville, il est littéralement happé par l’histoire de la révolte des canuts en 1831. Grâce à ce voyage dans le temps, il va découvrir les conditions difficiles dans lesquelles vivaient ces ouvriers tisserands lyonnais qui se sont battus pour leurs droits en faisant preuve de solidarité.
J’ai été agréablement surprise par le sujet de ce petit livre destiné aux lecteurs débutants. La révolte des Canuts est une des premières révoltes ouvrières de l’Histoire, et elle a marqué la ville de Lyon, comme la France du XIXe siècle. Nous traversons le Lyon des tisserands, qui est un dédale de traboules, vivons au rythme des enfants employés par les négociants en soie, tremblons au bruit des bottes de la Garde Nationale venue mater la rébellion. Dommage que le personnage de Vivien manque de caractérisation, on passe un peu rapidement sur son histoire personnelle qui n’est au final qu’un prétexte. Le livre est suivi d’un dossier documentaire succinct mais évocateur, bien utile pour replacer cette révolte dans son époque troublée.
Bien que l’intrigue de départ reste un peu artificielle, ce petit roman est très intéressant et éveille la curiosité sur des aspects peu connus de l’Histoire de France.
Un extrait sur le site de l’éditeur.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué d’autres livres de la collection Un regard sur…

Ce qu’ils n’ont pas pu nous prendre
de Ruta Sepetys
Gallimard Jeunesse dans la collection Pôle fiction
7,75€, 108×178 mm, 432 pages, imprimé en France, 2015.
Le sang du serpent à plumes, journal de la conquête du Mexique
de Laurence Schaack
Nathan dans la collection Un regard sur…
5,50€, 121×181 mm, 192 pages, imprimé en France, 2015.
La marque des soyeux
de Laura Millaud
Balivernes dans la collection Carabistouilles
9,50€, 130×180 mm, 128 pages, imprimé en Europe, 2014.

À part ça ?

revue dadaLa revue Dada fête son 200e numéro. Depuis 1991, cette revue rend l’art accessible aux plus jeunes, sans lésiner sur le fond, toujours exigeant et varié. Pour ce nouveau numéro sorti fin avril, l’équipe Dada se penche sur les œuvres de jeunesse des grands maîtres. Comment dessinaient Picasso, Giacometti, Hergé ou Raphaël lorsqu’ils étaient enfants et adolescents? Éclectique et didactique, Dada offre des éclairages historiques et des idées d’ateliers pour sensibiliser les plus jeunes à l’art avec humour et pédagogie. À l’occasion de ce numéro anniversaire, une série d’ateliers en librairies et une exposition seront organisés dans les mois à venir, retrouvez le programme sur le site de la revue Dada.
Dada numéro 200 : L’enfance de l’art, 66 pages, 9,90€.
Des extraits sur le site de la revue.

Laura

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Une fille qui fait disparaître les choses et un garçon qui se fait passer pour une fille

Par 17 janvier 2013 Livres Jeunesse

Les disparitions d'Annaëlle FaierAnnaëlle est une héroïne inversée. Elle ne vole pas, elle n’a pas de batmobile, elle fait disparaître les choses… Ça pourrait sembler positif, intéressant, utile… sauf qu’Annaëlle fait disparaître les sentiments (ceux de ses parents, ceux de son amoureux). La jeune fille voit aussi autour d’elle des tas de choses qui disparaissent. Elle voudrait que cesse cette malédiction.

Quel beau roman que Les disparitions d’Annaëlle Faier. Je découvre avec ce livre son auteur Jean-Noël Sciarini et ça aurait été dommage de passer à côté d’une telle plume. J’ai adoré son écriture, l’histoire d’Annaëlle. On parle ici des ruptures sentimentales, de l’amour, de la dépression, de l’amitié et de la magie. Le livre parle bien des moments où l’on sombre, où tout semble nous échapper. Il y a quelque chose de magique dans ce roman justement. Le genre de roman qui nous reste en tête bien après l’avoir posé. Le genre de personnage qui rentre vraiment dans notre vie. C’est à la fois beau et plein d’humour, Annaëlle jeune fille bien dans son époque qui bascule d’un coup dans une période noire tout en gardant son côté piquant. Jean-Noël Sciarini a mis dans son récit des tas de petites scènes ou de détails qui sont de très beaux moments (une théorie sur les gens et les livres, des couverts qui disparaissent et réapparaissent au restaurant, des anniversaires aléatoires). C’est beau, c’est poétique, c’est un roman qui fait du bien.

Garcon ou FilleA partir d’aujourd’hui, Matthew va devoir cohabiter avec son cousin Sam. Celui-ci vient de perdre sa mère et son père est en prison, il va donc quitter les Etats-Unis pour l’Angleterre et vivre dans cette famille très différente de la sienne. Pour les deux garçons pas facile de cohabiter. Sam est arrogant, méprisant et assez vite ça tourne mal. Pourtant il n’imagine pas arriver dans une nouvelle école sans amis et va donc devoir accepter un petit « jeu » pour se faire accepter, Matthew et ses copains ont eu comme idée que Sam deviendrait Samantha et qu’il se ferait donc passer pour une fille à l’école.

Ici on est très loin du style littéraire, de la belle plume de Jean-Noël Sciarini, on est plus proche de la littérature de plage mais Garçon ou fille est un roman plaisant à lire, où l’on ne s’ennuie jamais. Construit sous forme de petits chapitres qui donnent chaque fois la parole à des héros de l’histoire (excepté Sam), c’est un roman assez original. On pense à des films où plusieurs personnages raconteraient comment ils ont vécu un évènement. On va, par exemple, avoir la vision du barman lors d’une altercation dans un bar ou celle de la directrice de l’école lors d’une partie de foot au collège, chaque personnage, même croisé, aura ainsi la parole. Le roman parle aussi bien-sûr des différences entre les filles et les garçons et notamment des différences « clichées ». Les garçons jouent au foot et les filles sont plutôt superficielles mais elles vont se rendre compte qu’une fille peut faire du foot. De même un garçon et une fille vont tous les deux tomber amoureux de Sam en croyant que c’est un garçon… mais tout ça restera très bon enfant.

Quelques pas de plus…
Un autre roman de Jean-Noël Sciarini chroniqué par Kik, Tarja (dont je vous parlerai prochainement)

Les disparitions d’Annaëlle Faier
de Jean-Noël Sciarini
L’école des loisirs dans la collection Médium
10€, 125×190 mm, 231 pages, imprimé en France, 2013
Garçon ou fille
de Terence Blacker (traduit de l’anglais par Stéphane Carn)
Gallimard Jeunesse dans la collection Pôle fiction
6,70€, 110×180 mm, 332 pages, imprimé en France, 2012.

A part ça ?

Gallimard Jeunesse a commandé à l’institut Ipsos une grande étude nationale sur la lecture chez les 7-15 ans. Vous pouvez lire ces chiffres intéressants (et plutôt encourageants) ici.

Gabriel

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