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Dans la classe de

Les invité-e-s du mercredi : François Place et Andrea, institutrice (+ concours)

Par 3 juin 2015 Les invités du mercredi

Cette semaine, nous accueillons un auteur-illustrateur dont l’univers invite au voyage, François Place. À l’issu de l’interview, vous pourrez tenter de remporter son ouvrage Le sourire de la montagne (que nous avons chroniqué ici) qui traite de la démolition des Bouddhas de Bamyans par les talibans en 2001, triste précédent aux destructions en cours dans le Sud de la Syrie. Enfin, c’est Andrea, professeure d’allemand qui nous présentera les livres qu’elle utilise dans sa classe. Bon mercredi à tous !


L’interview du mercredi : François Place

francois placeAvez-vous toujours su que vous vous destiniez à faire du dessin et de l’écriture votre activité professionnelle ?
Cela remonte à mon adolescence. C’est pour cette raison que j’ai choisi, juste avant le bac, de tenter l’école Estienne qui se présentait comme une très bonne préparation aux arts graphiques.

Effectuez-vous beaucoup de recherches graphiques et historiques pour chaque nouveau projet ? Combien de temps dure cette préparation ?
Je passe effectivement beaucoup de temps à préparer mes illustrations en faisant des recherches, autant par nécessité que par plaisir, et au risque, bien souvent, de me perdre dans ce vagabondage dans les documents.

Votre écriture est très imagée, comme si vous étiez attaché à transmettre le moindre détail de la silhouette d’un personnage, ce que pourrait faire un dessin en un coup d’œil. Comment choisissez-vous votre mode d’expression ? Pourquoi privilégiez-vous parfois le dessin parfois les mots ?
C’est difficile pour moi de dire s’il faut privilégier le dessin ou l’écriture. Pendant la phase de préparation, j’ai tendance à les considérer comme des modes d’expression jumeaux et complémentaires. Les notes et les croquis s’accumulent sans schéma préconçu, je passe d’une lecture à l’exploration iconographique sans me fixer. Mais il y a un moment où le texte doit l’emporter, c’est-à-dire prendre une forme quasi définitive, ne serait-ce que pour présenter à l’éditeur une version à partir de laquelle on peut commencer à travailler sur la maquette, avec quelques croquis pour indiquer l’esprit que prendront les illustrations.

Dans vos histoires, les livres tiennent une place ambiguë. Ils sont à la fois une source de connaissance du monde, comme des pourvoyeurs de mensonges et de grands dangers, à l’image du livre d’Archibald qui révèle au monde l’existence des Derniers géants et met leur vie en péril. D’où vous vient ce rapport particulier avec l’objet « livre » ?
J’ai l’impression qu’il y a parfois un malentendu sur la fin de cet album. Archibald Leopold Ruthmore provoque le malheur et la destruction du peuple deles derniers géantss géants qu’il a rencontrés parce qu’il veut à tout prix, et pour des raisons de notoriété savante, révéler le secret de leur existence. Il utilise pour cela tous les moyens à sa disposition dans la polémique qui l’oppose aux autres savants : publications, journaux, conférences. Mais ce sont les livres qui jouent le premier rôle dans sa campagne de « médiatisation » : question d’époque. Aujourd’hui, il passerait par les canaux plus immédiats et plus spectaculaires qu’offrent les écrans de toutes sortes.
J’aime trop la lecture pour la considérer comme un danger. Je pense au contraire qu’il faut défendre plus que jamais les livres, la librairie et la lecture publique. Et, quand j’oppose dans un conte la culture savante, issue de l’écriture, à une culture plus « sauvage » issue de l’oralité, l’essentiel de mes sources sur cette dernière vient de mes propres lectures ! Un des tout derniers livres que j’ai lus est Le monde jusqu’à hier de Jared Diamond qui dresse une comparaison condensée entre les sociétés traditionnelles et les sociétés dites « avancées ».

Quelles étaient vos lectures d’enfance ?
Assez variées : des bandes dessinées qui m’enchantaient (Tintin, Lucky Luke, Valérian, Blueberry, des séries en bibliothèque rose ou verte, les collections « contes et légendes », et « mille soleils » puis des Jules Verne et Alexandre Dumas, une version allégée de Moby Dick, etc… avec un penchant pour l’aventure…)

Vous avez reçu de nombreuses distinctions pour vos ouvrages. Quel effet cette reconnaissance a-t-elle sur votre travail ? Est-ce grisant ?
Je suis reconnaissant de cette reconnaissance ! Il y a des moments où l’on doute, on fatigue, on n’y voit moins clair et moins loin, et c’est une chance de recevoir, de temps à autre, un clin d’œil ou un coup de chapeau. Comme dans tout travail solitaire, on a besoin d’un regard extérieur. Parfois c’est pour une critique, parfois pour une louange… C’est difficile de ne pas préférer la seconde à la première…

tobie lolnessVous avez collaboré à plusieurs reprises avec Timothée de Fombelle, pouvez-vous nous en dire plus sur ce que vous percevez de son univers ?
C’est juste de parler à son égard d’« univers ». D’abord parce qu’il pratique avec bonheur des écritures très différentes, roman, théâtre, scénario, ensuite parce qu’il a commencé à déployer un monde dont nous n’avons vu que les premières portes, et pas des portes dérobées ! Je suis admiratif de son énergie, de son imagination, de la drôlerie de ses dialogues, de sa capacité à nous faire partir dès les premières pages. J’ai adoré Tobie Lolness, comme beaucoup de lecteurs : j’avais soudain l’âge du héros.

francois-place-la-douane-volante-couverture« La connerie des hommes », pour reprendre l’expression utilisée par le mentor du héros de La douane volante, est souvent à l’œuvre dans vos livres, en particulier lorsqu’elle conduit à la destruction. Vous adressez-vous à la jeunesse pour lui faire passer un message ?
Sincèrement, je ne sais pas qui c’est, la jeunesse. Je n’ai aucune envie de lui donner des leçons. Je raconte des histoires et je croise les doigts pour qu’on les lise. Je les écris et les dessine en m’immergeant autant qu’il m’est possible et comme j’aime les ciels tourmentés de Stevenson ou Conrad, j’avoue qu’il m’arrive parfois d’aborder des rivages un peu sombres.
Quant aux personnages, il faut bien leur attribuer des pensées, des songes, des paroles, un for intérieur… Le père Braz qui parle, dans La Douane volante, de la connerie des hommes, est bien placé pour la dénoncer, puisqu’il pressent la catastrophe que sera le déclenchement de la guerre de 14 pour sa chère Bretagne.

Vos personnages ont une vie spirituelle riche, vous vous intéressez beaucoup aux croyances et aux rites. Pensez-vous que la spiritualité soit essentielle dans la vie des hommes ?
Je partage avec beaucoup de mes contemporains une perception inquiète du monde, devant l’épuisement accéléré des ressources de la planète. Les injonctions d’innovation, de créativité, de rentabilité, le mythe d’un progrès continu, irréversible et inéluctable, bref, tout ce flot de discours et d’images auxquels nous sommes soumis pèsent de façon continue sur notre existence. Je pense qu’il faut ré-enchanter le monde, chacun à notre échelle et selon nos moyens, le regard, l’écoute, la parole, les gestes, la poésie, le rire, et qu’il n’est pas obligatoire de croire pour cela. Le divin est une croyance, le spirituel une nécessité.

Le tome 4 de Lou Pilouface sera en librairie en juin 2015, quels sont vos autres projets en cours ?
Le tome 5 ! Et une re-parution de l’Atlas des géographes d’Orbæ.

Bibliographie sélective :

  • Angel, l’indien blanc, Casterman (2014).
  • Lou Pilouface, tome 1 : Passagère clandestine, Gallimard Jeunesse, (2014).
  • Le vieil homme et la mer, illustration d’un texte d’Ernest Hemingway, Gallimard Jeunesse (2013).
  • Le sourire de la montagne, Gallimard Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le secret d’Orbae, Casterman (2011).
  • La douane volante, Gallimard Jeunesse (2010).
  • La Fille des Bataille, Casterman (2007).
  • Tobie Lolness, illustration d’un texte de Timothée de Fombelle, Gallimard Jeunesse (2006).
  • Le prince bégayant, Gallimard Jeunesse (2006), que nous avons chroniqué ici.
  • Le vieux fou de dessin, Gallimard Jeunesse (2001).
  • Le royaume de Kensukeillustration d’un texte de Michaël Morpugo, Gallimard Jeunesse (2001).
  • Les Derniers Géants, Casterman (1992).

Retrouvez François Place sur son site internet.

le sourire de la montagneConcours :
Grâce aux éditions Gallimard Jeunesse, l’un-e de vous va pouvoir remporter un exemplaire de l’album Le sourire de la montagne. Pour tenter votre chance, dites-nous quel est votre ouvrage préféré de François Place (si vous n’avez rien lu de lui, vous pouvez nous dire que vous avez justement envie de le découvrir avec cet ouvrage, vous participerez aussi !). Vous avez jusqu’à mardi 20 h ! Bonne chance à tou-te-s !


Dans la classe d’Andrea

Régulièrement, un-e instituteur-trice nous parle de livres de sa classe. Ouvrages qu’il-elle aime lire aux élèves, ouvrages que ses élèves aiment particulièrement, livres du moment ou éternels… Les maître-sse-s connaissent bien la littérature jeunesse, nous leur donnons la parole (et si vous voulez être un des prochains invités envoyez-nous un mail à danslaclassede@lamareauxmots.com). Cette semaine, c’est Andrea qui nous parle des livres de sa classe. Andrea enseigne l’allemand dans une école primaire à Lille, elle anime des ateliers de langue en périscolaire et propose des lectures d’albums en allemand pour enfants dans des librairies et médiathèques de la métropole lilloise.

Les enfants aiment entendre des histoires. Ils sont captivés par celles-ci et ne cherchent qu’à comprendre l’histoire à travers les images et à connaître la suite. Les albums pour enfants sont donc pour eux un support idéal pour se familiariser avec une langue étrangère et découvrir une autre culture. La lecture à voix haute leur permet de s’imprégner du rythme et de la musicalité de la phrase allemande.
Mon objectif n’est pas seulement de permettre aux enfants de découvrir la langue allemande, mais aussi de leur faire connaître des auteurs et illustrateurs germanophones. Les albums que je vais vous présenter ont tous été traduits en français. Ils sont adaptés à des enfants de 3 à 5 ans.

la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la têteUn grand classique de la littérature jeunesse : De la petite taupe qui voulait savoir qui lui avait fait sur la tête (Milan) de Werner HOLZWARTH et Wolf ERLBRUCH.
Une petite taupe sort la tête de la terre et reçoit aussitôt un gros caca sur la tête. Elle cherche le coupable parmi les animaux de la ferme. Chacun lui prouve cependant que ce n’est pas lui qui a fait ce cadeau en lui donnant un exemple « en direct » de son caca. La taupe finira par démasquer le coupable et ira se venger. À sa façon.
L’album de Werner Holzwarth  est un grand classique de la littérature enfantine – il y a 26 ans déjà la petite taupe sortait son nez du trou. L’histoire est simple (sans beaucoup d’action) et s’appuie sur la répétition. Il y a la répétition des rencontres d’animaux de la ferme et surtout de la question – réponse : « Est-ce toi qui m’as fait sur la tête ? » – « Moi ? Mais non, voyons ! Moi, je fais comme ça ! »
De la petite taupeLe charme de l’album doit beaucoup à cette interaction texte – illustration et à leur disposition sur la double page. Sur la première quand la petite taupe pose la question nous voyons la tête de l’animal, et sur la deuxième quand l’animal répond nous voyons son postérieur. De plus les proportions, les dimensions et les formes sont respectées entre les différents personnages et leurs excréments. Et c’est à nouveau le texte, l’onomatopée, qui reproduit à merveille la façon de faire caca propre à chaque animal, par exemple « splatschh » pour le pigeon et « pouf, pouf, pouf » pour le cheval.
Wolf Erlbruch capte dans ses illustrations l’essentiel du texte et y met beaucoup d’humour dans les détails : ainsi la petite taupe porte des lunettes, des chaussures, et son pelage aux pattes de derrière se termine en bas en forme de jambes de pantalon.
Ce sont, en effet, ces superbes illustrations sans fioritures ainsi que les répétitions multiples qui permettent aux débutants en allemand de comprendre l’histoire.

anton et la feuilleUn autre héros bien connu est Anton d’Ole KÖNNECKE. Mon album préféré de la série, c’est Anton et la feuille (l’école des loisirs). Un beau jour d’automne, Anton ramasse les feuilles tombées. Il a une belle pile, mais il en manque une que le vent emporte ! Lancé à sa poursuite, Anton est bientôt rejoint par ses amis, Lukas, Greta et Nina. 
Le style d’Ole Könnecke séduit par des illustrations sobres et des phrases courtes et descriptives. Chaque image est resserrée sur le personnage principal,anton et la feuille all Anton, et sur ses amis, au trait noir et dans des couleurs automnales sur fond blanc. Le texte minimaliste et répétitif et surtout les illustrations expressives fournissent un repère idéal pour les débutants en allemand comme pour les élèves de maternelle.
Cet album dépeint une belle situation d’entraide, de joies partagées et montre l’infinie patience que les enfants peuvent manifester.

les petits mecsManuela OLTEN nous présente un tout autre genre de héros. Les petits mecs (Seuil) n’ont peur de rien et trouvent que « les filles sont tellement ennuyeuses ! » : elles sont trop occupées à coiffer leurs poupées, elles sont peureuses et dorment avec leur nounours. Les deux mecs s’en donnent à cœur joie et sautent sur leur lit. Le texte minimaliste est également en mouvement : des lettres en rouge et bleu grandissent en largeur proportionnellement au ton triomphal des garçons.
les petits mecs allLa fin de l’histoire met les deux sexes sur un pied d’égalité. Les remarques avec lesquelles les deux mecs se moquent des filles perdent de leur puissance. Quand ils prennent peur à leur tour, ils se réfugient chez leur sœur et ses nounours.
Manuela Olten a capturé et caricaturé les clichés courants sur les deux sexes avec beaucoup d’esprit d’observation.


le cinquièmeLes enfants aiment les rimes et jouer avec les mots. Le poème Le cinquième (l’école des loisirs) a été écrit par le poète autrichien Ernst JANDL, le maître des jeux de mots. Norman JUNGE a conçu le poème comme un livre d’images avec plusieurs jouets cassés qui sont Le cinquième allen attente de leur visite chez le docteur réparateur de jouets. Junge révèle certes la chute du poème, mais la mine et la tenue mettent l’individualité de chaque patient en avant. On compatit avec les jeunes patients qui attentent anxieusement dans cette sombre salle d’attente et qui disparaissent, chacun à leur tour, derrière une porte bien mystérieuse.

un deux trois et toiComment un cochon se transforme-t-il en souris, une chèvre en lapin ou un hibou en poisson ? Par des associations et des rimes. Dans son magnifique livre illustré, Un deux trois et toi (Être éditions), Nadia BUDDE révèle son amour pour les rimes et les jeux de langage. Trois termes liés de par leurs thèmes sont suivis, sans cohérence évidente, par le nom d’un animal qui rime : trois garçons, eins zwei« André, Rémi, Milou » et un loup, puis trois loups, « costaud, moyen, ronchon » et un cochon.
Le style de dessin de Nadia Budde est simple. Des contours noirs, une sélection limitée de couleurs et un arrière-plan réduit suffisent à faire vivre les personnages qui ressemblent à des caricatures. Ce livre d’images poétique invite les jeunes lecteurs à répéter les rimes et à en trouver d’autres.

Le blog d’Andrea : http://buecherwurm-bibliophage.blogspot.fr.

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Les invité-e-s du mercredi : Xavière Broncard et Ségolen, institutrice (+ concours)

Par 29 avril 2015 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, nous recevons Xavière Broncard dont j’ai beaucoup aimé le travail sur Raconte encore grand-mère ! (grâce à Samir éditeur vous pouvez d’ailleurs tenter de gagner ce très bel album à la suite de l’interview). Ensuite, nous avons rendez-vous avec la rubrique Dans la classe de, cette fois-ci c’est Ségolen, institutrice en maternelle, qui nous parle des livres de sa classe. Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Xavière Broncard

Xavière BroncardQuel a été votre parcours ?
J’ai suivi des études scientifiques et me suis orientée vers une maîtrise Arts & techniques du bois et de l’ameublement qui m’a permis de travailler dans l’industrie du mobilier.
En 2010, j’ai choisi d’arrêter mon métier et c’est alors que j’ai rencontré l’illustratrice Martine Bourre lors d’une séance de présentation de son travail dans une librairie. Entendre cette femme parler de son métier avec tant de passion a été pour moi un vrai déclic et j’ai décidé de me lancer dans l’illustration jeunesse.
J’ai commencé ce métier en cherchant sur internet, en faisant beaucoup d’essais et d’erreurs ce qui m’a permis de progresser.
ABêêCdaireJ’ai sorti mon premier livre en 2012 avec Marido Viale : ABêêCdaire, idiotismes animaliers et autres Bêêtises aux éditions Belize.
Depuis je ne cesse de travailler et je cherche toujours à progresser.

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
J’aime utiliser différentes techniques selon mes envies tout en conservant mon style épuré avec très peu de couleurs. La technique qui me plaît beaucoup en ce moment c’est la linogravure. J’aime découvrir mon illustration, couleur après couleur, avec ses imperfections qui lui donnent du charme. J’y prends beaucoup de plaisir.
Je travaille aussi souvent sur ma tablette graphique. C’est aussi très agréable de pouvoir modifier aisément ce qui ne me plaît pas et le résultat final peut être aussi parfois très surprenant !

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Xavière Broncard
Ma mère m’achetait pas mal de livres quand j’étais petite. Je me souviens de certains albums comme La chenille qui fait des trous de Éric Carle et de La maison hantée de Jan Pienkowski.
J’avais aussi beaucoup de livres de contes.
Un livre que j’ai toujours adoré : Grain d’aile de Paul Eluard.
Je l’ai toujours dans ma bibliothèque.

Que lisez-vous à vos enfants ?
Je ne lis plus rien à mes grands, je ne peux que les conseiller quand je découvre un beau livre pour ados (comme Elle est où la ligne de Davide Cali et Joëlle Jolivet paru chez Oskar), mais quand ils étaient petits je leur lisais beaucoup les magazines auxquels ils étaient abonnés comme les Belles Histoires. Je me souviens de ma fille dans son transat qui était très attentive et regardait les images avec de grands yeux.
Et ils avaient leurs histoires préférées comme Le petit lapin d’Alex Sanders que je connais encore aujourd’hui par cœur.
Quant à la petite, c’est elle qui a été la plus gâtée côté histoires car elle a pu profiter de ma découverte du métier de l’édition !

Raconte encore grand-mère !Parlez-nous de votre travail sur Raconte encore grand-mère !
Un soir, ma copine Marido Viale m’a envoyé un texte qui lui avait été inspiré par sa fille et elle m’a demandé ce que j’en pensais. Je l’ai trouvé joli, simple et touchant. Je le lui ai dit. Deux jours après, je l’ai repris alors que je regardais la télévision et j’ai dessiné tous les croquis d’une traite, au stylo bille et en ajoutant au feutre du bleu et de l’orange.
Elle a tout de suite adhéré à mon idée alors j’ai fait quatre illustrations au propre et nous avons envoyé notre dossier à quelques éditeurs.
Les éditions Samir ont été séduites par notre projet et nous avons convenu d’une date pour commencer le travail. Tout s’est déroulé avec eux dans le plus grand respect et professionnalisme. Ça a été un travail très agréable. L’éditrice Joanna El Mir a complètement respecté mes choix graphiques et la graphiste Maryse Guittet a été également une aide précieuse et nous a aidées à atteindre le niveau qualitatif que nous souhaitions pour ce livre.

Quels sont vos projets ?
Je viens de terminer un album intitulé Petit qui paraîtra aux éditions Alice jeunesse avant l’été. C’est un projet personnel très graphique, une histoire sans paroles. J’y tiens beaucoup et j’espère qu’il sera bien accueilli par le public.
Je travaille toujours sur plusieurs projets en même temps. En ce moment je fais des recherches pour illustrer un très beau texte d’Isabelle Wlodarczyk que j’apprécie particulièrement.
Pour 2016, j’aimerais préparer une exposition de linogravures. C’est du temps de préparation mais c’est aussi plaisant d’échanger avec le public et de confronter son travail au regard des autres pour progresser.

Bibliographie :

  • Les cris des animaux en cinq langues, illustration d’un texte de Félix Cornec, Circonflexe (2015).
  • Raconte encore grand-mère ! et Ehki li baado ya jaddati !, illustration d’un texte de Marido Viale, Samir Éditeur (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Mes plus belles histoires de France, illustrations d’un collectif, Rue des Enfants (2014).
  • ABêêCdaire, idiotismes animaliers et autres bêêtises, illustration d’un texte de Marido Viale, Belize (2012).
  • Lettres de campagne, propositions de François Hollande pour la jeunesse, Belize (2012).

Le site de Xavière Broncardhttp://www.xavierebroncard.com.

Concours :
Comme je vous l’annonçais en début d’article, grâce à Samir Éditeur nous vous proposons de gagner un exemplaire de Raconte encore grand-mère !. Pour cela, parlez-nous, en commentaire à cet article, de votre grand-mère (vous pouvez ne pas avoir envie et nous dire que vous voulez juste participer). Un tirage au sort désignera le gagnant ! Vous avez jusqu’à mardi, 20 h !


Dans la classe de Ségolen

Régulièrement, un-e instituteur-trice nous parle de livres de sa classe. Ouvrages qu’il-elle aime lire aux élèves, ouvrages que ses élèves aiment particulièrement, livres du moment ou éternels… Les maître-sse-s connaissent bien la littérature jeunesse, nous leur donnons la parole (et si vous voulez être un des prochains invités envoyez-nous un mail à danslaclassede@lamareauxmots.com). Cette semaine, c’est Ségolen qui nous parle des livres de sa classe. 

J’aime les livres, les albums… J’aime que mes élèves s’installent et ouvrent ces objets, racontent à leur voisin ou imaginent dans leur tête… J’aime qu’ils puissent regarder seulement les illustrations si c’est ce qu’ils souhaitent… J’aime qu’ils s’emplissent la tête de toutes ces histoires, ces personnages, ces structures pour à leur tour pouvoir créer et imaginer leurs propres récits…

Enseignante en MS-GS, je travaille beaucoup autour de la littérature en réseau. Je lis entre 20 et 30 albums par période et travaille sur plusieurs simultanément. Les albums changent toutes les périodes.
Du coup, très difficile de faire une sélection !! J’en ai donc choisi 5 qui j’espère seront pertinents.

L'anniversaire de Monsieur GuillaumeL’anniversaire de Monsieur Guillaume de Vaugelade :

Tous les Vaugelade présentent un intérêt (la série des Quichon a beaucoup de succès auprès des élèves). Celui-ci a une structure de randonnée par accumulation (gros mot qui veut juste dire que le personnage principal rencontre les autres personnages au fil de l’histoire et que chaque personnage le suit). C’est l’histoire d’un petit garçon dont c’est l’anniversaire et qui a faim. Il décide donc d’aller au restaurant. Sur son chemin, il rencontre plusieurs animaux qui le rejoignent jusqu’à rencontrer… un loup. Comment va-t-il réussir à ne pas se faire croquer ?
Les élèves adorent le jouer, le raconter avec des marottes…
J’aime particulièrement l’univers naïf de Vaugelade, les couleurs claires, les structures de phrases parfois alambiquées et le vocabulaire jamais choisi par hasard.

Mon chat le plus bête du mondeMon chat le plus bête du monde de Gilles Bachelet

Livre tellement drôle. Second degré très facilement accessible. L’auteur nous y présente son « chat » (qui est un éléphant) et ses habitudes étonnantes. Les illustrations sont un régal, beaucoup de références mais aussi de l’humour au premier degré.

La Belle aux bois dormantLa Belle au Bois Dormant illustré par Anja Klauss

Découverte de cette année. Gros coup de cœur pour ces sublimes illustrations et cette version grand format… La version reste classique et le texte très accessible et chaque page suscite des réflexions, des interprétations de la part des élèves tant les images sont belles…

Le petit voleur de motsLe petit voleur de mots de Nathalie Minne

Un peu comme le géant de Dahl qui mettait les rêves des enfants en bocaux, ici c’est un petit garçon qui collectionne les mots et les met dans des bocaux selon qu’ils parlent de choses rouges, de peur, d’amour… Chemin tout tracé vers les champs lexicaux et travail d’illustration superbe en papiers collés.

Billy se bileBilly se bile d’Anthony Browne

Browne est à mes yeux (et à ceux de beaucoup d’autres !) une merveille. Des Marcels aux livres sur la famille, en passant par Hansel et Gretel, ses ouvrages sont vraiment très riches.
Ici, c’est un petit garçon qui a des terreurs nocturnes et à qui l’on raconte l’histoire des poupées tracas. Il plaît beaucoup car parle de la peur la nuit, commune à beaucoup d’élèves et propose une solution. On construit généralement à la suite de ce livre nos propres poupées tracas.

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Les invité-e-s du mercredi : Florian Le Priol et Frédérique, institutrice (+ concours)

Par 1 avril 2015 Les invités du mercredi

L’invité de ce mercredi c’est Florian Le Priol, jeune illustrateur que je suivais sur les réseaux sociaux et que j’ai rencontré au Salon de Paris. Son talent et sa gentillesse m’ont donné envie d’en savoir plus sur lui, et de vous le faire découvrir. À la suite de cette interview, grâce à La Palissade, l’un de vous pourra gagner son dernier album  ! Puis nous avons rendez-vous avec la rubrique Dans la classe de, cette fois-ci c’est Frédérique, institutrice en maternelle, qui nous parle des livres de sa classe. Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Florian Le Priol

Florian Le PriolQuel a été votre parcours ?
J’ai fait un bac littéraire au lycée Jeanne d’Arc à Pontivy en Bretagne et je suis tout de suite allé après l’obtention de mon diplôme en 2006, dans une école d’art appelée « l’école Pivaut » sur Nantes. J’ai réussi le concours d’entrée et cela m’a ouvert les portes de trois années d’apprentissage intensives qui m’ont permis de progresser à grande vitesse dans la pratique du dessin et de ses connaissances fondamentales. Je suis donc arrivé dans cette nouvelle ville, la guitare et le carton à dessin sous le bras, 18 ans, prêt à en découdre. J’habitais au fond d’un jardin dans un ancien garage réaménagé en petit appartement. L’aventure commençait ! Pendant trois ans, pas d’internet, pas d’ordi, pas de tablette graphique chez moi, juste des feuilles et de la peinture, je n’avais jamais eu l’habitude d’internet quand j’étais chez mes parents, donc pas de manque !
Florian Le PriolLa première année était un tronc commun avec une multitude de cours divers et variés tout en étant techniques et en restant toujours dans le domaine du dessin. Au programme perspective, modèle vivant, sculpture, story-board, bande dessinée, cours de couleurs et décors, etc. La deuxième année était une spécialisation, j’ai choisi par envie, la branche dite du « Dessin d’animation », voie qui me donnait l’opportunité d’apprendre encore de nouvelles choses plus approfondies. La dernière année fut assez intense, car nous avions un court métrage à réaliser seul de A à Z : de l’ébauche de l’histoire, en passant par le story-board, le montage de l’animatic, la création des décors, animation, montage, musique, FX et tout ça bien entendu sur du très bon matériel fournit par l’école, des Cintiq, le Graal des illustrateurs. Nous étions aussi, bien entendu, suivis par nos professeurs et intervenants de renom. À côté de ça je réalisais lors de mes temps libres, des vidéos de montage avec des effets spéciaux sur after-effect, cela m’a permis d’apprendre à utiliser ce logiciel qui m’a bien aidé par la suite à trouver du travail !
Florian Le PriolMon court métrage s’appelait LUZ, durée sept minutes, qui racontait l’histoire d’un inventeur habitant dans une caravane en haut d’un arbre géant et qui avait trouvé le moyen de faire se lever le soleil par le biais d’un vélo volant magique. Grâce à ce film j’ai terminé premier de ma section en 2009 mention félicitation du jury. Je suis ensuite parti en stage au sein du studio d’animation « 2 minutes » dans la ville d’Angoulême où j’étais animateur Flash. LUZ a été plus tard acheté par la bibliothèque de la cité des sciences de Paris, après avoir fait quelques festivals sur grand écran !
Je suis ensuite allé travailler quelques semaines sur Paris dans le studio d’animation « Caribara » où je remplaçais un directeur artistique qui était absent, je faisais juste des montages et de l’animation sur after-effect je n’étais pas en charge du reste de son travail. J’ai ensuite travaillé pour cette boîte depuis chez mes parents en Bretagne : montage d’animatic, reportage, etc.
Patatra la p'tite sorcièreLe hasard et les rencontres ont fait que je me suis orienté vers l’univers des livres jeunesse, et le domaine de l’animation s’est éloigné naturellement. Un jour, une auteure, Juliette Parachini, m’a contacté, car elle était tombée par hasard sur un dessin de mon site internet. Ce dessin était la représentation exacte d’une histoire qu’elle avait écrite, et cela collait parfaitement ! Comme quoi le hasard n’existe pas, nous avons donc monté un projet commun et démarché les maisons d’édition. Ce projet Le semeur de notes est finalement sorti très longtemps après, mais cela a été mon premier contact dans ce milieu. De fil en aiguille j’ai décroché un deuxième contrat et je commence aujourd’hui tout doucement et découvrir ce milieu que je trouve formidable ! (il y a les mauvais côtés aussi et les mauvaises personnes, mais restons optimistes !)

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
Quelles techniques ? Un peu de tout ! Je dessine énormément au stylo Bic dans la rue, notamment aussi pour tous les croquis, recherches et ébauches de planches, de pages et de compositions pour mes projets. J’ai aussi une grande affinité avec les encres aquarellesFlorian Le Priol et l’aquarelle en général, j’ai toujours aimé travailler ce médium riche en couleur et en pigment. Je faisais aussi pas mal de peinture en plein air à l’acrylique sur des petits carnets. Désormais, vu que je possède une tablette graphique, la plupart de mes travaux pros (quasiment la totalité) sont ainsi terminés sur Photoshop. J’ai travaillé pendant un moment sur Corel Painter, mais je passais trop de temps à peaufiner les détails et c’était moins pratique, Photoshop m’a fait gagner du temps ! Et en manipulant les brosses, j’ai réussi à y trouver une certaine affinité que je travaille tous les jours, en essayant de montrer mes travaux le plus régulièrement possible, notamment grâce aux réseaux sociaux.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
J’ai été bercé petit par les livres audio pour enfants,  Mes histoires à moi, les plus belles histoires du monde où toutes les deux semaines je recevais un livre avec 5/6 histoires illustrées avec une cassette audio qui racontait en musique et en parole chaque aventure. Et on suivait aussi au fur et à mesure des numéros une histoire qui était récurrente, celle du Magicien d’Oz. J’étais transporté à chaque fois. C’est pour ça que je trouve merveilleux Florian Le Priolaujourd’hui de pouvoir dessiner des livres jeunesse, et de réussir, à ma mesure, à faire rêver des enfants en les faisant voyager dans des histoires imaginaires. Plus tard j’ai été aussi emporté par la trilogie de Philip Pullman, Les royaumes du nord que j’ai dû relire au moins 5 à 6 fois dans son intégralité et dont j’adore toujours autant l’univers (je pense que c’est cette trilogie qui m’a imprégné de cet univers fantastique que j’aime tant, et qui m’a donné aussi l’envie d’écrire à mes heures perdues). Ensuite, forcément, comme pas mal de personnes de ma génération, j’ai été un grand fan de toute la série des Harry Potter, toujours ce côté fantastique onirique que j’aimerais développer plus dans mon travail. Bien entendu il y’a encore bon nombre d’ouvrages que je pourrais décrire et qui m’ont inspiré, mais je vais terminer sur l’univers de Bernard Werber que j’adore. Que ce soit depuis sa trilogie des Fourmis à sa dernière trilogie La voix de la terre, ses romans m’ont toujours fait voyager, me poser des questions, et développer mon imagination. Forcement il y a aussi les Jules Verne, Jack London, etc. ! Il y a de quoi faire ^^

La petite fille de pain d'épiceParlez-nous de votre travail sur La petite fille en pain d’épice
Pour ce projet je me suis réellement fait plaisir, une partie du livre a été réalisée sur papier : crayons, encres aquarelles pour les personnages, et l’autre partie, les décors qui sont entièrement en numérique sur Photoshop. C’était un joli mix à trouver, une bonne cuisine personnelle pour que, au final ce soit plaisant au regard. Cela faisait pas mal de temps que je n’avais pas travaillé les encres pour un contrat de livre, je remercie les éditions de La Palissade pour m’avoir donné leur confiance, en espérant que ce projet ouvrira la voie sur un autre ouvrage chez eux !

Quels sont vos projets ?
Actuellement je suis sur le troisième livre de la collection Patatra la p’tite sorcière publiée aux éditions Karibencyla. Ensuite je dois enchaîner sur plusieurs projets pour les éditions Le roi de la jungle marmaille et compagnieMarmaille et compagnie, notamment un projet de livre encore mystérieux dont je ne peux dévoiler pour le moment le nom ou les personnes qui seront dans le projet (en cours de négociation), si ce projet prend un peu plus de temps à voir le jour je partirais sûrement sur la suite de mon premier livre chez eux, la suite des aventures du petit lion qui ne voulait pas dormir écrit par Julie Bélaval Bazin.
Pour le moment je me laisse guider par les rencontres et essayant de faire du bon travail, et j’aimerais un jour pouvoir travailler sur des livres de science-fiction pour enfant que ce soit, au dessin, mais pourquoi pas aussi en tant que duo d’auteur !

Bibliographie :

Le site de Florian Le Priol : http://pecheurdereve.blogspot.fr.

Concours :
Comme je vous l’annonçais en début d’article, les éditions La Palissade vous proposent de gagner un exemplaire de La petite fille en pain d’épice. Pour cela, il vous suffit de laisser un commentaire sous cet article. Un tirage au sort désignera le gagnant ! Vous avez jusqu’à mardi 14, 20h !


Dans la classe de Frédérique

Régulièrement, un-e instituteur-trice nous parle de livres de sa classe. Ouvrages qu’il-elle aime lire aux élèves, ouvrages que ses élèves aiment particulièrement, livres du moment ou éternels… Les maître-sse-s connaissent bien la littérature jeunesse, nous leur donnons la parole (et si vous voulez être un des prochains invités envoyez-nous un mail à danslaclassede@lamareauxmots.com). Cette semaine, c’est Frédérique qui nous parle des livres de sa classe. Frédérique est enseignante à Voisins-le-Bretonneux (78) en maternelle.

Comment je suis devenue magicienne.

Depuis que je suis maîtresse d’école, depuis ce premier jour de ce premier stage, j’ai eu peur me transformer en sorcière.
Je suis là, au milieu de la classe, cela fait quelques minutes que je ne parviens plus à obtenir le calme suffisamment longtemps pour aligner deux phrases sans interruption.
Je me sens comme un dompteur au milieu des fauves, les murs de la classe se resserrent sur moi, j’essaie de m’extraire du centre de l’arène, sans perdre totalement le contrôle.
Je tente encore quelques sursauts d’autorité, je hausse le ton, je menace : la terreur comme dernière arme pour ne pas se laisser déborder, avant de quitter le navire…

Rien n’y fait.

Il me faut une croquette, pas une de ces ridicules et minuscules croquettes pour chat, mais une croquette géante pour lions affamés. La croquette qui va fasciner mes élèves et les rendre aussi dociles que des chats repus.
Et bien un jour j’ai trouvé cette merveille, ce lapin à sortir du chapeau au moment où mon public se lasse et m’abandonne.
Chhht !« Chhhht ! »  « Tu vas entrer dans le château d’un géant… » « À partir de maintenant, parle tout bas sinon… » Et le miracle a lieu. Le calme se fait rapidement. Le silence s’installe progressivement à l’attaque de chaque nouvelle page. À la 3e page, le silence est parfait, je peux moi-même « parler tout bas » tout en étant entendue de tous.
Quel bonheur ! Pour eux, emportés par l’histoire dont ils sont les héros ; pour moi, qui n’en finis pas de savourer cet instant de grâce où je partage avec eux la joie de lire, le bonheur d’imaginer, le plaisir de se faire peur, juste un peu.
Quel suspens ! Réussirons-nous à visiter le château de l’ogre sans le réveiller ?
Ce silence de plomb lorsque j’ouvre une porte pour voir si nous avons suffisamment été silencieux pour ne pas réveiller la chatte de l’ogre : un régal.
Et j’installe ma souveraineté en refermant le livre à temps pour y enfermer le géant avant qu’il ne nous ait attrapés et que les enfants réclament une seconde lecture, que je refuse dans l’immédiat pour la remettre à plus tard.

À l’accueil dans la classe, le lendemain, ils trouveront le livre et pourront le consulter librement. On entendra des enfants réunis autour l’album chuchoter au milieu du brouhaha habituel de la classe.

Magique. Ce livre est magique.
Une fois par an, pendant quelques semaines, il fait de moi une magicienne.

Chhht ! Sally Grindley, Peter Utton.

Retrouvez Frédérique sur son blog de pédagogie et de partage de ressources.

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Les invité-e-s du mercredi : Mickaël El-Fathi et Martine, institutrice (+ concours)

Par 11 février 2015 Les invités du mercredi

Aujourd’hui c’est mercredi ! Nous vous proposons l’interview de Mickaël El-Fathi, un auteur et illustrateur qui nous invite au voyage ! Suite à cette interview, vous pourrez tenter de gagner un exemplaire de Moi, quand je serai grand, je serai voyageur, un bel album qui donne envie de prendre la poudre d’escampette ! Ensuite, c’est avec Martine, une enseignante marseillaise que l’on a rendez-vous pour Dans la classe de ! Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Mickaël El-Fathi

Mickaël El FathiParlez-nous de votre parcours…
Un atelier d’art, des études de cinéma d’animation, plusieurs années à travailler dans les effets spéciaux, en tant que graphiste et réalisateur 3D. Jusque là, rien de plus classique.
Oui mais voilà, à 28 ans, je lâche tout et décide de voyager. D’abord avec des sponsors, seul, façon aventurier de l’extrême, puis sans sponsor mais avec ma compagne.
Plusieurs années de crapahutage dans ce charmant pays qu’on appelle le Monde pour finir en Nouvelle-Zélande, ce petit joyau à l’autre bout du globe. Il en fallait un beau projet pour revenir en métropole ! Beau… comme écrire des albums jeunesse !

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
À part Tom-Tom et Nana, je lisais plutôt de la littérature pour adultes : des BD de Comès, des romans de science-fiction, d’aventure… Un peu plus tard, j’ai plongé dans le grand bain des romans historiques d’aventure, comme Les trois Mousquetaires qui m’a fait essuyer une larme, Le chevalier de Pardaillan, un héros incroyable, le chevalier De La Barre, blasphémateur, Monte Christo, le plus grand vengeur de tous les temps…

mo-moLe voyage tient-il une place aussi importante dans votre vie que dans vos livres ?
Cela a été le cas, jusqu’à peu. Maintenant que je me suis sédentarisé, le voyage prend plutôt la forme d’escapades dans les Pyrénées. C’est l’avantage des montagnes. Qu’on soit dans un massif pyrénéen, himalayen ou caucasien, on y retrouve toujours des éléments communs : des crêtes enneigées, des animaux sauvages, des lacs d’altitude et un horizon qui déguerpit à toute vitesse.

Comment partagez-vous votre temps entre l’écriture et l’illustration ?
L’illustration prenant un temps infiniment plus long que l’écriture, j’y consacre naturellement une très large partie de mon quotidien. Puis, soudain, quand l’inspiration vient, je me lance sur mon clavier et j’écris. N’étant pas un écrivain inné, l’écriture est pour moi un travail laborieux. Je peux mettre plusieurs années avant de mettre un point final à une histoire. Finalement, c’est peut-être encore plus long que les illustrations…

Les illustrations de Momo et de Moi, quand je serai grand, je serai voyageur, sont tout à fait différentes. En fonction du projet, comment choisissez-vous la technique ?
J’aime aborder chaque projet différemment, en fonction du sujet, de mon envie du moment, de certaines contraintes. Pour Moi quand je serai grand, je serai voyageur, par exemple, j’ai commencé les illustrations en voyage. Je n’avais sous la main que mes aquarelles. Le choix fut vite fait. Et puis ce medium apporte une légèreté qui convenait bien au texte. Pour Mo-Mo et d’autres livres en cours, je prends beaucoup de plaisir à mixer le dessin et le médium informatique. Cela engendre des images qu’on n’a pas l’impression d’avoir vu tous les quatre matins, qu’on les aime ou pas.

moi quand je serai grand je serai voyageurOù puisez-vous votre inspiration ?
Un peu partout ! Chaque projet m’amène à m’intéresser de très près à des domaines différents : le tapis berbère, les organismes microscopiques, les volcans, les arbres, les paresseux, etc… Je régurgite aussi les milliers de choses observées au cours de mes voyages et qui mettent parfois plusieurs années avant de trouver leur finalité sur une toile, un livre, un texte…

Quels sont vos projets ?
Un album sur les bienfaits qu’apporte l’eau à un paysage, à une communauté. Un autre sur l’histoire du plus vieil arbre du monde et les relations entre l’homme et la forêt. Des collaborations avec des auteurs, prévues pour 2016. Et enfin, un essai de 800 pages sur les légumes et féculents oubliés du 16ème siècle. Non, je plaisante !

Bibliographie :

  • Mo-Mo,  Motus  (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Moi, quand je serai grand, je serai voyageur, Océan Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.

Le site de Mickaël El-Fathi : http://www.mickaelelfathi.com.

Concours :
Comme je vous l’annonçais en début d’article, les éditions Océan Jeunesse vous proposent de gagner un exemplaire de Moi, quand je serai grand, je serai voyageur (chroniqué ici). Pour cela, il vous suffit de commenter cet article en indiquant que vous souhaitez participer au tirage au sort, et pourquoi pas nous parler d’un souvenir de voyage ! Nous tirerons au sort cinq gagnants ! Vous avez jusqu’à mardi, 20h !


Dans la classe de Martine

Régulièrement, un-e instituteur-trice nous parle de livres de sa classe. Ouvrages qu’il-elle aime lire aux élèves, ouvrages que ses élèves aiment particulièrement, livres du moment ou éternels… Les maître-sse-s connaissent bien la littérature jeunesse, nous leur donnons la parole (et si vous voulez être un des prochains invités envoyez-nous un mail à danslaclassede@lamareauxmots.com). Cette semaine, c’est Martine Thibault qui nous parle des livres de sa classe. Martine est enseignante à Marseille en grande section de maternelle.

Le moment de l’histoire est un moment tout particulièrement attendu, chaque matin par mes élèves de grande section. Après les rituels, les enfants se regroupent devant le tableau, face à moi. Et là, ils découvrent l’album que je leur ai choisi et ils annoncent en chœur « c’est le moment de l’histoire ! ». C’est un moment assez magique différent du reste de la journée de classe que j’apprécie aussi car j’aime les surprendre par les choix que je fais en fonction d’un thème que je veux travailler ou d’un auteur que je tiens à leur faire connaître. Derrière mon livre, je les observe et j’aime découvrir sur leur visage la tristesse, la joie, la peur, l’émerveillement ….

je veux pas aller à l'écoleLe jour de la rentrée, pour « apprivoiser » et détendre mes petits élèves, j’adore leur raconter Je veux pas aller à l’école de Stéphanie Blake.
C’est l’histoire d’un petit lapin, Simon, qui est angoissé par la rentrée des classes et qui répond inlassablement à ses parents qui tentent de le rassurer « ça va pas non ! »
Je modifie ma voix, je crie, je chuchote …la classe rit aux éclats, elle est conquise et moi je suis ravie quand tout le monde reprend en chœur avec moi « ça va pas non ! ».

Au mois de novembre, je fais un travail particulier sur les droits des enfants. Je leur lis Homme de couleur de Jérôme Ruillier. HOMME DE COULEURC’est l’occasion de leur apprendre la tolérance, le respect de la différence. C’est un texte poétique tiré d’un conte africain connu grâce au poème de Senghor Poème à mon frère blanc.
Ruillier nous présente un homme blanc qui change de couleur selon les situations (au soleil, quand il a froid, quand il a peur…) et un homme noir qui lui, reste invariablement noir : d’où la subtilité du titre « homme de couleur ». Certains enfants de ma classe sont surpris par cette lecture, d’autres rassurés, mais jamais personne ne reste indifférent !

LA CHAMBRE DE VINCENTDans un tout autre genre, La chambre de Vincent de Kimiko et Solotareff, nous fait pénétrer dans la vie de Vincent Van Gogh, plus précisément dans sa chambre.
C’est l’histoire de Mitsou et Kimi, deux adorables petites souris peintres, qui habitent dans la chambre de Vincent. Tout se passe très bien pour elles car Vincent les laisse tranquilles, jusqu’au jour où Mitsou se prend la patte dans un piège ! L’intrigue est lancée…Qui a posé ce piège ? Est-ce Vincent ? Paul ? La femme de ménage… Les enfants se prennent au jeu et un vrai échange s’installe entre eux pour tenter d’identifier le coupable.
Il est préférable, bien sûr, de lire ce livre quand les enfants ont déjà rencontré quelques œuvres de Van Gogh. C’est dans l’album d’Anthony Browne, Les tableaux de Marcel que nous découvrons les peintres et Van Gogh en particulier.

patatrasEt puis, comme j’adore Philippe Corentin, je leur fais découvrir cet auteur plein d’humour qui renverse tous les stéréotypes !
Dans Patatras, le loup est affublé d’un nez rouge, « il est », comme l’écrit Corentin, « complètement pas très malin » !
Dans Tête à claques  on jubile ! Un petit loup râleur, froussard qui ne sait pas jouer « au loup », des lapins malins et effrayants avec leurs énormes dents qui y jouent mieux que lui et qui essaient de lui apprendre!
Dans Mademoiselle Sauve-qui-peut, une petite fille espiègle ridiculise le grand méchant loup qui tremble de peur devant elle !
Des histoires pleines d’humour, qui nous replongent dans l’enfance avec bonheur.
Dans tous ses albums, Corentin aborde en dédramatisant  tous les thèmes chers aux enfants: la jalousie dans la fratrie dans Machin Chouette, la peur du grand méchant loup dans Mademoiselle Sauve-qui-peut, la peur du noir dans Papa !
mademoiselle sauve qui peutLes albums de Corentin sont de toute évidence une « lecture-plaisir » mais invitent aussi à travailler la langue : les différents registres, les jeux de mots, les expressions …
Voilà comment il se définit : « J’essaie de faire rire les enfants, c’est tout. Ça les enquiquine le pathos « gnangnan cucul » que le soir on leur lit au lit pour les endormir (plus tard, à la seule vue d’un livre ils somnoleront). C’est le contraire qu’il faut faire : il faut les réveiller avec des histoires qui les font rire. Les enfants adorent les chatouilles, alors chatouillons-les dès le matin avec des livres guili-guili. Moi je fais des livres guili-guili. » Philippe Corentin.

Bonne lecture !

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Les invité-e-s du mercredi : Sébastien Chebret et Mirontaine (+ concours)

Par 28 janvier 2015 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, c’est Sébastien Chebret qui a accepté de répondre à mes questions. Avec lui, nous revenons sur son parcours. À la suite de cette interview, vous pourrez tenter de gagner un de ses albums. Ensuite, c’est avec une enseignante auprès d’enfants du voyage avec qui l’on a rendez-vous pour le Dans la classe de ! Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Sébastien Chebret

Sébastien ChebretParlez-nous de votre parcours ?
J’ai fait des études d’arts plastiques à Bordeaux avant de partir voyager pour dessiner. Quelque temps après mon retour, j’ai rencontré Gigi Bigot, conteuse qui m’a « connecté » avec les éditions Vents d’ailleurs, mon premier éditeur.

Quelle(s) technique(s) d’illustration utilisez-vous ?
Elles sont différentes en fonction des projets sur lesquels je travaille. Aquarelle, gouache, Les Etoiles d'Hubertacrylique, infographie, collages. J’aime ne pas rester sur une même technique mais en chercher des nouvelles.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
J’adorais lire les bandes dessinées classiques, Tintin, Asterix, Lucky Lucke, Pif et Hercule, Le journal de Spirou.

Y a-t-il des illustrateurs actuels que vous aimez particulièrement ?
Olivier Tallec, Christian Heinrich, Benjamin Flao, Jean-Francois Martin, Claude Boujon, Gwen Keraval, Olivier Latyk, Thomas Ott, Christophe Merlin, Marcelino Truong, et tellement d’autres…..

arrête de bouderPouvez-vous nous dire quelques mots sur votre travail sur Arrête de bouder sorti chez Les p’tits bérets ?
Un projet avec mon ami Christophe qui est né de notre rencontre avec Gaëlle Perret, éditrice aux p’tits bérets. Elle nous a évoqué de faire une histoire sur un loup, et Christophe a très vite trouvé cette histoire amusante. Pour la technique, j’ai scanné mes palettes d’aquarelle que j’applique par ordinateur sur mes dessins. Cela me permet d’insérer des petits détails.

Quels sont vos projets ?
J’illustre des histoires courtes pour tout petits écrites par Christophe Pernaudet et Géraldine Collet aux éditions Lito, des histoires moins courtes pour jeunes lecteurs aux éditions Marmaille. Des projets d’albums avec différents auteurs. Et un projet BD.

Bibliographie sélective

  • Chien boudin, illustration d’un texte de Zidrou, Les 400 coups (2014).
  • Toute la lumière sur l’obscurité, illustration d’un texte de Christophe Pernaudet, Les 400 coups (2014).
  • Chien fou, illustration d’un texte de Zidrou, Les 400 coups (2014).
  • Arrête de bouder, illustration d’un texte de Christophe Pernaudet, Les p’tits bérets (2014), que nous avons chroniqués ici.
  • Les étoiles d’Hubert, illustration d’un texte de Dominique Dimey, Les éditions des Braques (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Pourquoi les éléphants sont-ils gris ?, 50 devinettes spécial éléphants, illustration d’un texte de Pierre Ruaud, Gründ (2013).
  • Contes d’Afrique, illustration d’un texte de Claude Lemoine, Tana Editions (2012)
  • La mystérieuse lettre au Père Noël, illustration d’un texte de Christine Deroin, Oslo Éditions (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon album à compter, illustration d’un texte d’Évelyne Touchard, Le pommier (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • L’entrée en maternelle, illustration d’un texte de Sandrine Bosc, Éveil et découvertes (2011), que nous avons chroniqué ici.

Le site de Sébastien Chebret : http://www.sebastienchebret.com.

Concours :
Comme je vous le disais avant cette interview, grâce aux éditions Les p’tits bérets je vous propose de gagner un exemplaire d’Arrête de bouder de Sébastien Chebret (chroniqué ici). Pour cela, dites-moi, en commentaire, si vos enfants sont des boudeurs (ou si vous-même l’étiez) ! Vous avez jusqu’à mardi, 20 h !


Dans la classe de Mirontaine

Régulièrement, un-e instituteur-trice nous parle de livres de sa classe. Ouvrages qu’il-elle aime lire aux élèves, ouvrages que ses élèves aiment particulièrement, livres du moment ou éternels… Les maître-sse-s connaissent bien la littérature jeunesse, nous leur donnons la parole (et si vous voulez être un des prochains invités envoyez-nous un mail à danslaclassede@lamareauxmots.com). Cette semaine, c’est Mirontaine qui nous parle des livres de sa classe. Mirontaine enseigne aux enfants du voyage.

Mirontaine, professeur des écoles cycle 3 et collège adapté, accompagne les enfants du voyage par correspondance et sur les aires d’accueil. La classe est différente puisqu’elle est itinérante. Accompagner les enfants du voyage se fait le plus souvent « hors classe » puisque leur mode de vie itinérante ne permet pas l’inscription en milieu scolaire ordinaire. Je travaille donc par correspondance avec les enfants mais aussi en présentiel dans les aires d’accueil lorsqu’ils sont de passage.

Les enfants du voyage n’ont peut-être pas de classe mais ils ont la même capacité à s’émerveiller face à la littérature jeunesse, hors les murs, en revendiquant leur liberté !

Un peu à la manière d’Esther dans Grâce et dénuement d’Alice Ferney, je tente d’apporter aux fils du vent l’émerveillement face à l’objet livre.

Mes supports préférés sont :

La caravaneLa Caravane de Kochka éditions Thierry Magnier.

Un court texte publié chez Thierry Magnier éditions dans la collection Petite poche. Un texte dans lequel je pioche des phrases pour tenter d’attirer la curiosité des enfants que j’accompagne. Ce petit livre aborde la scolarisation des enfants du voyage. Un sujet difficile puisque la vie itinérante ne permet pas toujours l’accès aux écoles pour les enfants de la communauté. De plus, l’éducation repose essentiellement sur l’oralité. On trouve peu d’écrits dans la culture tsigane, et encore moins des livres dont les enfants gitans sont les héros. Il en existe mais les titres sont peu nombreux.

La porte de l’école s’ouvre pourtant pour Jessy. Elle parcourt les routes avec sa famille et sur les lieux de campement, elle est inscrite provisoirement dans l’école communale, l’école de Jeanne. Jeanne et Jessy deviennent amies.

La lecture n’est pas une priorité pour la communauté tsigane, pourtant Django, le père de Jessy, souhaite qu’elle apprenne à lire et à écrire.

Dans la classe de CM1 de Madame Hallart, Jessy prend vite conscience qu’elle n’est pas comme les autres. Les vies sont différentes mais les enfants ont tant à apprendre les uns des autres. Jeanne collectionne les bruits de la montagne, elle ne peut que s’entendre avec la petite gitane.

On apprend mieux dans un esprit d’amitié. Mais comme toujours la quiétude du quotidien semble être bouleversée. Jessy, fille du vent, n’est que de passage.

Le vocabulaire simple, la typographie en gros caractères permet une lecture aisée pour les apprentis lecteurs ou les enfants non allophones.

Une autre pépite :

Je m'appelle NakoJe m’appelle Nako de Guia Risari, illustré par Magali Dulain, éditions Le baron perché.

Nako est un jeune garçon de la communauté des gens du voyage. Ceux que l’on appelle Tsiganes, Manouches, Bohémiens, Gitans, Romanichels, Sintis, Roms ou nomades.

Guia Risari s’intéresse aux gens qui n’ont pas de frontières, aux oiseaux de passage. Nako évoque son quotidien, à l’école où l’intégration est difficile. Il parle de sa maison avec des roues, de ses espoirs, ses rêves. On apprend à ses côtés la richesse de la culture tsigane, des coutumes, du sens accordé aux mots et dictons, aux valeurs de la communauté. L’histoire des Tsiganes n’est pas écrite, ce sont des traces, des histoires qui se racontent. Nako nous explique les noms donnés par les gadjé, des noms inventés, utiles pour l’administration. Ces noms n’évoquent rien pour les Tsiganes.

L’album révèle un foisonnement de styles et celui de l’illustratrice offre une jolie inventivité sur cette narration singulière. Les dessins de Magali Dulain illustrent parfaitement la spécificité du texte, certains dessins me rappellent ceux d’Audrey Calléja. Elle réussit brillamment à suggérer l’espace de liberté des campements tsiganes. Ses dessins miment l’expérience illusoire du temps et du mouvement.

À la fin de l’album, la chanson tsigane Djelem, Djelem de Zàrko Jovanovìc Jagdino est mise à l’honneur. L’hymne du peuple gitan fait référence à Porajmos (la dévastation) : l’extermination des Sintis par les nazis. Souvent l’ensemble de la communauté reprend le chant en cœur.

Un texte que j’aime faire lire aux plus grands :

L'été des gitansL’Été des gitans de Sylvie Fournout, chez Oskar Éditeur.

Un village du Sud, la chaleur d’un ciel de plomb, la douceur d’une maison, celle de Maria la grand-mère de Julie. Les cigales chantent, les vergers offrent des fruits délicieux, les vignes sont abondantes, c’est l’heure des vendanges. Comme chaque été, Maria accueille des gitans pour récolter le raisin. Nad est un fils du vent, le regard sombre comme celui d’un loup, très séduisant. Nad le gitan plaît à Sarah, la cousine de Julie mais aussi à Noah, la fille du maire. Une amourette d’été ? Un roman du terroir ? Un texte sur le racisme ?

L’Été des gitans est une leçon sur l’histoire d’une intégration difficile des peuples nomades. Les romans de littérature jeunesse évoquent souvent sur cette thématique la difficile intégration des enfants du voyage au sein des écoles. Sylvie Fournout choisit le temps d’un été, loin de l’espace clos des écoles. Le texte souligne la faculté du peuple gitan tel le loup intelligent qui réussit à survivre par une sorte d’adaptation naturelle, d’ajustement au milieu ambiant. Nad se sent chez lui dehors, lorsque la lune est solitaire, la fraîcheur se déploie, l’odeur des résineux devient intense et son cœur s’allège des paroles douloureuses. Tel le loup il n’y a plus rien entre le ciel et lui. C’est un beau roman sur la peur parce que « la haine, ça trouve son chemin tout seul ». Les histoires et les secrets s’entremêlent, celle de Nad et celle de Baptiste, le grand-père, sauvagement abattu. Autre temps, autre époque et les histoires se perpétuent de la même manière et l’on entend encore le vol noir des corbeaux.

Très belle parution avec une densité romanesque remarquable et un talent descriptif subtil chez Oskar Éditeur. Souvent toute la famille se réunit pour écouter la lecture de cette histoire et la communauté reste émue, une fois le livre refermé.

Alors petit à petit, heureux de constater qu’ils existent dans les livres des gadjés, les enfants se tournent vers d’autres livres…

La caravane

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