La mare aux mots
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Delphine Beauvois

Super héros (ou pas) et conquérants

Par 11 décembre 2014 Livres Jeunesse

On n'est pas des super hérosUn garçon c’est forcément fort ! Non ? En tout cas, c’est ce que clame un groupe de garçons habillés en super héros, ils se disent même les rois du monde. Un enfant les regarde, il leur affirme que lui, il n’est pas un super-héros, il est juste un garçon. Il n’est pas forcé d’être toujours le plus ceci ou le plus cela, il a le droit de pleurer, d’avoir peur, d’être câliné, de jouer à la poupée pour s’entraîner à être un papa… C’est un garçon !
Après On n’est pas des poupées, le premier manifeste féministe (chroniqué ici), voici donc son pendant masculin On n’est pas des super héros, mon premier manuel antisexiste. Même s’il est peut-être regrettable d’avoir fait un livre pour les filles, puis un livre pour les garçons (parce que justement…) et le fait que quand on parle des filles on parle de féminisme et des garçons d’antisexisme (alors que je trouverai ça tellement plus productif de toujours parler d’antisexisme, car les deux s’emboîtent et je pourrai développer, mais évitons les digressions)… Même si, donc… On n’est pas des super héros est vraiment réussi. Réussi parce qu’il dit simplement les choses (oui, un garçon peut pleurer, oui un garçon peut avoir peur, non on n’a pas besoin d’être le plus fort sous prétexte qu’on est un garçon), qu’il est percutant, direct. Que ce soit dans le texte de Delphine Beauvois ou dans les illustrations de Claire Cantais d’ailleurs. On y rappelle aussi que la parole, ça se partage et qu’il vaut mieux être super-égaux que super héros.
Un super livre antisexiste à offrir (avec On n’est pas des poupées, tant qu’à faire) aux garçons ET aux filles pour faire évoluer les mentalités, faire réfléchir, débattre (ces livres sont d’ailleurs parfaits pour les classes).

CV Le livre des superpouvoirsPuisqu’on parle des super héros, Le livre des super pouvoirs les met à l’honneur… mais ici ce ne sont que des garçons. On nous présente Marion Mégadécalage horaire (qui voyage dans le temps), Malcom maxi-minus (qui peut rétrécir), Baptiste Proutman (qui fait des superprouts), Zelda superfusée (qui vole plus vite que les avions)… En plus du catalogue de super héros on trouve les conseils pour s’habiller en super héros, se trouver un nom, etc. C’est décalé et franchement hilarant.

P'tit NapoP’tit Napo est passionné de clefs, il les collectionne depuis le berceau. Il y a la clef de la boîte à musique de laquelle sort un cheval qui tourne au son de « au pas mon dada, au pas mon dada, au pas, au pas… », la clef du coffre à jouets dans lequel sont rangés les soldats de plomb… Mais P’tit Napo grandit, il lui faut d’autres clefs : celles du palais de Paris, les clefs de nombreuses villes, celle du cœur de Joséphine, celle de la banque de France… petit à petit, P’tit Napo a la plus belle collection de clefs… mais attention, le vent peut tourner…
P’tit Napo, vous l’aurez compris, c’est la vie de Napoléon racontée dans un album jeunesse (la vraie vie est rappelée à la fin et l’on est bluffé de voir à quel point elle ressemble à celle de P’tit Napo). C’est drôle, bourré de référence (Ronan Badel parodie huit œuvres en rapport avec Napoléon, un régal !), bref c’est une vraie réussite ! Ça parle autant aux enfants qu’aux parents, ça permet d’apprendre des choses en Histoire et les illustrations de Ronan Badel sont magnifiques.
Vive le P’tit Napo !

léopold le chevalier au mille-pattesLéopold, lui, aime pérégriner. À cheval sur son mille-pattes, il va rencontrer Miguel de la Hipopotamidos de la Mancha (qui lui chevauche un hippopotame de combat) et un lapin-dragon amateur de barbecue. Mais Léopold a un rêve, il veut rencontrer une princesse… il va la trouver… mais elle ne sera pas aussi facile à séduire qu’il le croit !
Vous savez que j’adore Nicolas Gouny, mais je ne connaissais pas cet album qui date de 2010. On retrouve ici son humour déjanté, ses illustrations aussi drôles que poétiques et ses histoires décalées. Même si ici un prince rêve de sauver une princesse, elle n’est pas mièvre, ils n’auront pas forcément plein d’enfants (en tout cas pas tout de suite, y’a tellement de choses à faire avant !).
Un bel album aux pages épaisses, plein d’humour, où ça pérégrine beaucoup !

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des livres de Delphine Beauvois (On n’est pas des poupées), Claire Cantais (On n’est pas des poupées et Avec de l’ail et du beurre), Roland Garrigue (Au secours ! Un fantôme, Mille milliards de fourmis, Mon gros dico des monstres à ratatinerAu secours ! Une sorcière au nez crochu, Comment ratatiner les cauchemars, Comment ratatiner les méchants et  Ah ! Si j’étais président), Géraldine Elschner (Je t’aime !), Ronan Badel (Cucu la praline met son grain de selCucu la praline mène la danse, Le cahier de Leïla, de l’Algérie à Billancourt, Lyuba ou la tête dans les étoiles, Les Roms, de la Roumanie à l’Île-de-France, Le carnet secret de Timothey Fusée, La bonne humeur de Loup GrisDragons père et fils, Billie du bayou, le banjo de Will, Billie du bayou, SOS Garp en détresseHenri ne veut pas aller au centre de loisirs, Cucu la praline se déchaîne, Émile se déguise, Bob le loup, Émile veut une chauve-souris, Émile est invisible, Émile fait la fête, Émile veut un plâtre, La mémé de ma mémé, Tout ce qu’une maman ne dira jamais et Le pépé de mon pépé) et Nicolas Gouny (À cache-cache avec les contraires, À cache-cache avec les formes et les couleurs, Quand on sera grands, Le soleil sur la colline, Vacances à la ferme, Il était une fois… une grenouille, Il était une fois… un papillon, Paolo, La vérité sort toujours de la bouche des enfants, Meuh non ! Y’a pas que les vaches qui pètent qui polluent la planète, Jérôme, Amédée et les girafes et Fête d’anniversaire chez la famille Pompom). Retrouvez aussi nos interviews de Ronan Badel et de Nicolas Gouny.

On n’est pas des super héros
Texte de Delphine Beauvois, illustré par Claire Cantais 
La ville brûle dans la collection Jamais trop tôt…
13 €, 171×239 mm, 36 pages, imprimé Union Européenne, 2014.
Le livre Super Pouvoirs
Texte de Xavier Mauméjean, illustré par Roland Garrigue
Syros
15,90 €, 200×267 mm, 110 pages, imprimé en Espagne chez un imprimeur éco-responsable, 2014.
P’tit Napo
Texte de Géraldine Elschner, illustré par Ronan Badel
p’titGlénat dans la collection Quand les grands étaient petit
12 €, 255×284 mm, 40 pages, imprimé en Espagne chez un imprimeur éco-responsable, 2014.
Léopold le chevalier au mille-pattes
de Nicolas Gouny
Frimousse dans la collection Maxi Boom
15 €, 237×310 mm, 28 pages, imprimé en Malaisie, 2010.

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Les invités du mercredi : Alexandre Zouaghi, Delphine Beauvois, Claire Cantais et Marianne Zuzula (+ concours)

Par 4 décembre 2013 Les invités du mercredi

Alexandre Zouaghi est un tout jeune auteur qui a une vraie plume, il nous l’a prouvé avec deux superbes albums sortis chez HongFei. Il est non seulement talentueux mais c’est en plus quelqu’un d’extrêmement sympathique. J’ai eu envie de lui poser quelques questions, il a accepté de me répondre. À la suite de cette interview vous pourrez tenter de gagner son dernier album La légende du serpent blanc grâce aux éditions HongFei. Ensuite nous avons rendez-vous avec Delphine Beauvois, Claire Cantais et Marianne Zuzula avec qui on reviendra sur l’album On n’est pas des poupées. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Alexandre Zouaghi

Alexandre Zouaghi

Photo de Maman Baobab

Parlez-nous de votre parcours ?
J’ai suivi une formation de sinologie à l’Université Paris VII où je me suis formé en langue et civilisation chinoise, pas grand-chose à voir avec la littérature de jeunesse !  La Chine me passionne depuis mes 7 ans, âge auquel j’ai commencé à apprendre le chinois ! Ma licence de chinois en poche, je me suis envolé pour Pékin pour une année universitaire avant de revenir en France valider mon master et passer mon CAPES. C’est durant cette année passée à l’autre bout du monde que j’ai commencé à m’intéresser à la littérature de jeunesse. La médiathèque française de mon université à Pékin avait un rayon bien fourni en littérature de jeunesse. J’y ai découvert beaucoup d’auteurs chinois et français et me suis complètement laissé porter par la magie du texte et des illustrations ! Aujourd’hui, j’enseigne le chinois au collège et au lycée et me laisse parfois, entre deux copies, le temps de m’adonner à ma deuxième passion : l’écriture.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
On ne lisait pas beaucoup de livres chez moi et ce n’est qu’au collège et au lycée que j’ai véritablement découvert les plaisirs de la lecture ! Comme beaucoup de jeunes adolescents, la saga Harry Potter y a joué pour beaucoup. Depuis, je me rattrape grâce à ma compagne, institutrice et grande lectrice depuis toujours, qui me fait redécouvrir, toujours avec plaisir, les grands classiques de la littérature de jeunesse et toutes les nouveautés qu’elle propose à ses propres élèves !

Comment est né le projet La légende du serpent blanc et La legende du serpent blanccomment s’est passé votre travail sur cet album ?
Le projet a commencé à prendre forme en 2012. Loïc Jacob et Chun-Liang Yeh des éditions Hongfei Cultures avec qui nous avions déjà publié L’auberge des ânes (illustré par Clémence Pollet) m’ont une nouvelle fois fait confiance pour adapter l’une des plus belles histoires d’amour chinoises. J’ai évidemment été très touché par leur sollicitation, d’autant plus que la part du texte pour cet album est bien plus importante que sur le précédent. J’ai donc travaillé plusieurs mois sur cette histoire afin de la rendre accessible aux jeunes lecteurs français tout en essayant de préserver la saveur et le caractère de ses origines chinoises. Cette histoire ancestrale véhicule un message de liberté d’aimer et de tolérance remis en cause dans notre société actuelle et il était important pour moi de le retranscrire avec justesse et sincérité. J’espère y être arrivé.

Parlez-nous de la collaboration avec Wang Yi ?
Depuis que je connais les éditions Hongfei Cultures, j’apprécie chacun des albums de Wang Yi, c’est l’une de mes illustratrices préférées. Nous nous sommes rencontrés à Montreuil il y a trois ans et sommes devenus amis depuis. Son univers poétique et L"auberge des ânesenchanteur me touche tout particulièrement, j’aime la façon dont elle s’exprime au travers de ses illustrations, toujours avec beaucoup de grâce et de tendresse. Je suis plus qu’honoré d’avoir eu l’opportunité de travailler avec une artiste comme elle.

Quels sont vos projets ?
Les éditions Hongfei Cultures me portent depuis mes débuts dans l’écriture. C’est une belle relation qui nous lie et que nous allons poursuivre au travers de nouveaux projets ensemble l’année prochaine ! Cette fois, c’est un projet tout particulièrement original et inattendu sur lequel nous travaillons ! Mais chut…, je ne vous en dis pas plus 😉

Bibliographie :

  • La légende du serpent blanc, texte illustré par Wang Yi, HongFei (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • L’auberge des ânes, coécrit avec Chun-Liang Yeh, illustré par Clémence Pollet, HongFei (2012), que nous avons chroniqué ici.

Comme je vous le disais avant cette interview, grâce aux éditions HongFei, je vais faire un chanceux parmi vous ! L’un de vous gagnera le magnifique La légende du serpent blanc (qui était d’ailleurs un de mes coups de cœur ce mois-ci). Pour participer, dites-moi, en commentaire, quelle est la légende qui vous a le plus marqué. Si vous n’en voyez pas, dites-le vous participerez quand même ! Vous avez jusqu’à lundi 20 h. Bonne chance à tous !


Parlez-moi de… On n’est pas des poupées

Une fois par mois, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur, éventuellement son illustrateur et son éditeur. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a plu. Cette semaine c’est On n’est pas des poupées (chroniqué ici), le « premier manifeste féministe » signé Delphine Beauvois et Claire Cantais sorti chez La ville brûle sur lequel j’ai eu envie de revenir.

Delphine BeauvoisDelphine Beauvois (auteur) :
Quand Marianne, des éditions La ville brûle, m’a proposé de travailler sur On n’est pas des poupées, mon premier manifeste féministe, j’ai été ravie – et un peu paniquée aussi ! Je ne voulais  ni tomber dans la caricature ni édulcorer mon propos  !!!
Combattre les clichés, les comportements sexistes et les inégalités garçons-filles, c’est ce que je fais quotidiennement, aussi bien dans ma pratique professionnelle (je suis enseignante) que dans mes activités militantes. Les stéréotypes de genre sont si profondément ancrés que les déconstruire dès le plus jeune âge est pour moi une priorité : les enfants sont, en fonction de leur genre, soumis à des injonctions très fortes, qui créent des inégalités, et ces inégalités en entraînant d’autres, les filles se retrouvent – ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres – pénalisées sur le marché du travail.
J’ai donc listé les clichés, les stéréotypes attribués aux filles (elles sont passives, craintives, calmes, douces, elles seront des mères, elles n’aiment pas les sciences…), avec pour objectif de les déconstruire et de les dénaturaliser, pour permettre aux enfants de comprendre qu’il n’y a rien de « normal » dans tout cela, que tout est construit. Lors des goûters philos que je fais dans les librairies qui m’invitent, je m’appuie également sur des pages de catalogues de jouets qui sont majoritairement d’un sexisme effrayant et j’essaie ainsi d’amener les enfants à réfléchir au fait « qu’on ne naît pas femme, on le devient » (Simone de Beauvoir).
Il s’agissait également pour moi de construire un ouvrage « partagé », par là j’entends, un ouvrage qui permet un échange avec les parents, grands-parents… Je souhaitais créer du débat en famille et ainsi interroger aussi les adultes, car chacun-e d’entre nous avons intériorisé beaucoup d’élément du schéma patriarcal.
Les écueils que j’ai rencontrés au fil de ce travail sont les suivants : simplifier des choses aussi complexes, ce n’est pas facile du tout ! Dire tout cela simplement, mais avec humour et nuances, éviter les caricatures, et surtout, toujours, rappeler qu’on a le choix.
Le résultat final doit énormément au travail de Claire, qui a su apporter tout l’humour, toute la fantaisie nécessaire pour que les enfants y trouvent leur compte et puissent se saisir du livre avec plaisir.

Claire CantaisClaire Cantais (illustratrice):
C’est mon petit album à poils Rosalie aime le rose, mais pas seulement, qui semble avoir donné l’idée à Marianne, éditrice de La ville brûle, de me confier les illustrations du petit manifeste… Riche idée, car cette collaboration à trois a été une belle aventure !
Ce projet était différent de mon travail habituel ; tout d’abord, car cette fois je n’étais pas auteure – et ça m’a plu… La forme au centre de laquelle évoluer m’était proposée, je n’avais pas à la chercher… C’est reposant ! J’avais toute latitude alors de me concentrer sur la cohérence esthétique. Différent aussi, car il ne s’agissait pas d’illustrer un récit, une histoire linéaire, mais une suite de petits énoncés isolés. Je les ai traités comme des tableaux indépendants, chaque double page étant une petite histoire en soi.
Dans Rosalie aime le rose, mais pas seulement et mes autres petits livres poilus, j’avais cherché une forme épurée au maximum (un personnage = une couleur, un caractère = la seule expression de deux yeux). Je voulais, dans Les poupées, retrouver un peu de cette simplicité. Mais ce serait forcément différent, puisque nous avions des humains et non des boules de poils ! Très vite, il m’est apparu que ne représenter qu’une seule petite fille tout au long de l’album serait assez fastidieux, aussi nous avons opté pour une héroïne différente à chaque page, toutes d’origines et de morphologies différentes, ce qui, de plus, apportait un coté universel au message.
J’ai fait poser de vraies petites filles, je me suis inspirée de leur gestuelle pour les dessins au papier découpé, et j’ai gardé des éléments de leurs visages en photo. Je voulais des personnages pas trop lisses (pas trop heurtés non plus !), et ce procédé m’a permis de dynamiser mes personnages de papier.
Marianne, et Delphine (l’auteure) m’ont accompagnée de leur bienveillante et attentive présence. Nous nous réunissions parfois pour faire le point, texte et images s’enrichissaient alors mutuellement.
Le projet continue, et je m’en réjouis ! Au printemps, nous attaquons, toujours avec Delphine Beauvois, On n’est pas des super héros, mon premier manuel antisexiste, puis un 3ème titre avec une autre auteure sera consacré aux stéréotypes liés aux handicaps. Nous allons donc continuer à tordre le cou aux stéréotypes !

Marianne ZuzulaMarianne Zuzula (éditrice):
Les éditions La ville brûle sont une maison d’édition militante, et nous publions principalement des essais de sciences sociales et sciences politiques (quelques petits lâchages littéraires et livres-objets également !). Notre collection jeunesse, qui s’appelle Jamais trop tôt (pour lutter contre les stéréotypes) s’est finalement imposée d’elle-même : pour déconstruire les discours dominants, et se défaire des stéréotypes, il faut s’y prendre très tôt, le plus tôt possible ! Nous avons souhaité le faire en nous adressant aux enfants comme nous nous adressons aux adultes, sous une forme proche de l’essai : ces albums ne racontent pas d’histoire, ne proposent pas de récit, mais une suite de propositions qui permettent d’initier une discussion entre l’enfant et l’adulte qui lui lit le livre.
Les stéréotypes de genre se sont imposés comme premier thème de cette nouvelle collection : je suis féministe, et il nous semblait nécessaire de prendre le contrepied d’une certaine tendance lourde de l’édition jeunesse, qui propose de plus en plus d’ouvrages genrés, avec des déclinaisons fille/garçon, à grand coup de couvertures dégoulinantes de rose.
J’ai donc proposé à Delphine Beauvois, qui est militante féministe et enseignante, et qui travaille et réfléchit à cette question au quotidien avec ses élèves, de se pencher sur les textes, et à Claire Cantais, dont j’adore le travail et la fantaisie de réaliser les illustrations. Et c’était vraiment chouette de voir le livre se construire, s’enrichir au fil des allers-retours, et finalement atterrir entre les mains des enfants et voir qu’il fonctionne super bien et rempli son rôle de support !

On n'est pas des poupées

On n’est pas des poupées
Texte de Delphine Beauvois
Illustré par Claire Cantais
Sorti chez La ville brûle dans la collection Jamais trop tôt
2013
Chroniqué ici.

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Garçons, filles et poupées

Par 4 novembre 2013 Livres Jeunesse

Vous le savez, nous aimons les livres qui luttent contre les clichés sexistes, chaque fois que nous pouvons vous parler de ce genre d’ouvrages nous le faisons avec plaisir !

Les poupees c'est pour les fillesQu’est-ce que c’est que cette tante bizarre qui offre une poupée à un garçon ! En plus, il a l’air d’aimer ça ! Papa se rassure, ça lui passera ! Sauf qu’on ne rigole plus du tout quand il décide de sortir hors de la maison avec la poupée, imaginez un peu la honte ! Non non non il faut prendre les choses en main et aller de toutes urgences acheter à cet enfant un VRAI jouet de garçon !

C’est un sujet qu’on croise de plus en plus, les garçons et les poupées (on a déjà chroniqué sur le sujet La poupée d’Auguste et Nils, Barbie et le problème du pistolet), c’est un peu un sujet à la mode… mais on ne va pas s’en plaindre ! Ici, on a affaire à un très bon livre. Le sujet est vraiment bien traité, avec intelligence et finesse (il n’y a pas de grosses ficelles). On parle du fait que le sexisme c’est souvent quand ça arrange les gens (le père qui offre une boîte à outils à son fils dit à sa femme qu’elle peut jouer avec lui, après tout les femmes aussi peuvent bricoler…) et souvent pas très réfléchis (pourquoi ce père qui s’est occupé de ses bébés refuse-t-il que son enfant fasse comme lui avec une poupée ?). Bref, le texte est très bon, drôle et plein de réflexions. Les illustrations de Jean-Luc Englebert rendent l’ouvrage beau en plus d’être bon. Un très bon ouvrage !
Le même vu par Enfantipages et par Butiner de livres en livres.

On n'est pas des poupéesUne fille… ah oui ! C’est quelqu’un qui aime s’habiller en danseuse et qui adore le rose… ça va pas non ??? Mais non une fille, ça peut aussi vouloir être une chevalière pour zigouiller des dragons ! Ce n’est pas parce qu’on est une fille qu’on adore faire le ménage et s’habiller en robe. On n’est pas obligée d’accepter les bisous des garçons, on peut aussi choisir QUI nous embrasse et QUAND ! Non mais !

On n’est pas des poupées, mon premier manifeste féministe est un livre que j’ai tout de suite adoré (à quelques détails près… je vais aussi en parler). Ici, on parle des clichés sur les filles : le fait qu’elles aiment le rose, qu’elles sont passives, qu’elles seront forcément mamans, qu’elles sont fragiles, qu’elles doivent être sages… C’est amené avec énormément d’humour et de pep’s. Des phrases courtes et percutantes et les illustrations de Claire Cantais (que personnellement j’aime beaucoup, mais je pense qu’on aime ou on déteste) rajoutent encore plus de vitalité à tout ça. En fin d’album, on revient sur des personnages historiques (Olympe de Gouges, Angela Davis, Louise Michel…) qu’on a croisés dans l’album grâce aux collages. Bref, voilà un album intelligent et bien fait ! Sauf que deux petits détails me chiffonnent… j’hésite même à parler de ces détails, car je ne veux pas dire un truc négatif sur cet album que je veux vraiment absolument vous donner envie de découvrir… J’ai coutume de dire que je ne suis pas féministe mais antisexiste et ça s’est encore confirmé ici… Je pense qu’on ne peut pas avancer d’un côté sans négliger l’autre côté. Je m’explique : alors que dans l’album on voit un garçon jouer à la poupée (ici aussi), on lit une phrase de l’éditeur au tout début du livre Le livre est fini, mais pas l’histoire, et le combat pour l’égalité des droits continue. Allez les filles ! L’égalité des droits n’est pas que l’affaire des filles… et je dirais même justement au contraire ! Si l’on n’apprend pas aussi aux garçons que l’égalité est importante est-ce que tout ça est utile ? Est-ce plus important de faire réfléchir sur le racisme ceux qui en sont victimes ou les racistes eux-mêmes ? Je prends cet exemple exprès, car je le trouve plus parlant. Je trouve ce « allez les filles ! » justement sexiste. Il sous-entend que ce livre est un livre pour les filles… et donc c’est pour moi sexiste. C’est un tout petit détail (surtout qu’il est du fait des éditeurs et non des auteurs je pense)… mais qui, je trouve, a quand même son importance ! Autre petit détail (et là encore, on sort de l’album), si vous achetez ce livre sur le site de l’éditeur on vous offre des « bons points »… et dans les « bons points » il y en a un « Le rose ? Beurk beurk beurk » et là aussi j’ai du mal… Autant je trouve ça super qu’une fille aime le noir plus que le rose, autant je trouve qu’une fille qui aime le rose il faut la laisser aimer le rose. Pour prendre ma fille comme exemple, elle n’a jamais été élevée dans le trip « rose », « princesses», etc. Et pourtant, elle adore le rose, je ne vais pas l’en empêcher et lui donner un bon point parce qu’enfin elle n’aimerait plus cette couleur (j’avoue qu’en plus personnellement j’aime beaucoup le rose, avant La mare aux mots j’avais un forum sur la culture qui était entièrement rose). C’est super qu’on laisse un garçon jouer à la poupée et aimer le rose, une fille jouer aux petites voitures et aimer le bleu mais attention, les forcer contre leurs goûts (ou les récompenser de bons points) c’est aussi peu tolérant que ceux qui font l’inverse. Mais je veux redire à quel point hormis ces deux détails (qui sont vraiment des détails mais qui me tenaient à cœur), ce livre est vraiment un super livre et que je vous le conseille fortement… pour les filles et les garçons !
Si vous êtes sur la région parisienne, vous pouvez participer à un goûter philo autour de ce livre le 16 novembre à 16h à la Librairie Violette and Co (102 rue de Charonne), plus d’infos ici.
Des extraits sur le site de l’éditeur.
Le même vu par Le tiroir à histoires (que j’ai lu après avoir rédigé ma chronique et qui soulève un autre point).

Quelques pas de plus…
Une autre chronique sur l’antisexisme : Princesse un jour et boniche pour toujours et plein d’autres livres sur le sujet sur notre fiche thématique.
Nous avions déjà chroniqué un livre de Claire Cantais (Avec de l’ail et du beurre).

Les poupées c’est pour les filles
Texte de Ludovic Flamant, illustré par Jean-Luc Englebert
Pastel dans la collection OFF – Pastel
10€, 140×190 mm, 40 pages, imprimé en Italie, 2013.
On n’est pas des poupées
Texte de Delphine Beauvois, illustré par Claire Cantais
La ville brûle dans la collection Jamais trop tôt
13€, 172×236 mm, 32 pages, imprimé en Union Européenne, 2013.


À part ça ?

Même si c’est un magnifique coup de marketing, ça mérite d’être salué (en attendant que ça soit banal) ! Tout comme l’année dernière, Super U ne fait pas dans le sexisme dans son catalogue de Noël… et le pire c’est que ça ne plait pas à tout le monde !  Un article du Point ici.

Gabriel

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