La mare aux mots
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Didier Debord

Ils se sont battus pour faire avancer l’Histoire

Par 30 juillet 2013 Livres Jeunesse

Clément Ader, Lucie et Raymond Aubrac, Catherine Kousmine, des noms qui ont marqué l’histoire, chacun à leur manière.

Clément un garçon dans le ventDepuis son enfance Clément n’a qu’un rêve en tête : voler. Il ne vit que pour ça, toute sa vie est rythmée par ses essais pour y arriver. Pour financer ses travaux, il invente les vélos avec des pneus en caoutchouc et commercialise le téléphone. Il passe le plus de temps possible à observer les oiseaux, à essayer d’alléger sa machine mais un jour il en est sûr… il volera.

Elle est passionnante l’histoire de Clément Ader, surtout racontée par Didier Debord. J’avoue que je ne le connaissais que de nom et j’ai été captivé par cet homme, au point d’avoir envie d’en lire encore plus. Didier Debord rend son récit passionnant grâce à des anecdotes comme lorsque Clément Ader passe pour un espion auprès des allemands… alors qu’il étudiait juste les cigognes. Une très belle histoire sur la passion, sur le rêve, sur l’entêtement.

Lucie et Raymond AubracAlors qu’il est réuni avec d’autres résistants, dont Jean Moulin, Raymond Aubrac est arrêté par les allemands. Lucie, sa femme, fera tout ce qui lui est possible (et plus encore) pour le libérer.

C’est une magnifique histoire d’amour et de courage que celle des époux Aubrac, Patrick Bousquet-Schneeweis nous raconte avec beaucoup de précision cette période de leur vie (entre l’arrestation de Raymond et sa libération), on plonge dans cet épisode historique, c’est captivant et ça se lit comme un roman policier. En fin d’ouvrage, une partie documentaire très détaillée (sur la résistance, l’occupation, l’appel du 18 juin,…) qui rappellera aux enfants que tout ça est arrivé, qui leur montrera le courage de ces hommes et de ces femmes qui se sont battus contre les allemands pendant la guerre. Un très bel ouvrage.

Catherine KOUSMINE Catherine Kousmine aussi est une battante. Médecin à 24 ans (autant dire qu’en 1928 pour une femme c’est chose rare !), elle va très vite comprendre que notre alimentation influence notre santé. Que le cancer n’est pas résistant de la même façon suivant ce que nous mangeons.

Dans la série Des graines et des guides dont nous vous avons déjà parlé (Georges Brassens, avec à la lèvre un doux chant, Alexandra David-Néel, une exploratrice sur le toit du monde et Jacques Brel, vivre à mille temps), Jacqueline Aymeries nous raconte la vie de Catherine Kousmine, une des fondatrices de la médecine orthomoléculaire. De son enfance entre la Russie et la Suisse à ses recherches, le court récit est passionnant. Il faut que nos enfants comprennent l’importance de l’alimentation, Catherine Kousmine, une détective dans nos assiettes illustré par Julia Perrin participera peut-être à cette prise de conscience.

Quelques pas de plus…
Nous avons interviewé Didier Debord et chroniqué sa trilogie La quête de l’horizon.

Clément un garçon dans le vent
de Didier Debord
Le griffon bleu
6€, 180×130 mm, 102 pages, imprimé en France chez un éditeur éco-responsable, 2010.
Lucie et Raymond Aubrac à la vie à la mort
de Patrick Bousquet-Schneeweis
Oskar éditeur dans la collection Histoire et Société
8,95€, 145×190 mm, 66 pages, imprimé en Europe, 2013.
Catherine Kousmine, une détective dans nos assiettes
Texte de Jacqueline Aymeries, illustré par Julia Perrin
A dos d’âne dans la collection Des graines et des guides
7€, 105×150 mm, 45 pages, imprimé en Italie, 2011.

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Les invités du mercredi : Didier Debord et Marie Moinard

Par 6 mars 2013 Les invités du mercredi

Aujourd’hui j’ai la chance de recevoir deux personnes qui ont en commun d’être auteurs et éditeurs, et tous les deux ont un vrai discours, ils ont vraiment quelque chose à dire. Je suis heureux de vous faire découvrir ou mieux connaître Didier Debord, pour commencer, qui a accepté de répondre à mes questions. Ensuite je vous propose de lire les coup de cœur et coup de gueule de Marie Moinard. Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Didier Debord

Didier DebordVous êtes auteur, éditeur, traducteur… quel a été le chemin pour arriver jusque-là ?
Je suis arrivé là de la manière la plus détournée qui soit ! Rien ne me prédestinait à la littérature, puisque je devais devenir vétérinaire. Mais quand on a 14 ans en 1968, qui plus est dans une grande ville comme Lyon, on se laisse aspirer par la vague de liberté et je me suis dit que vétérinaire n’était pas forcément synonyme de liberté. En résumé : j’ai tout arrêté en première après trois redoublements (CM2, 3ème – tiens, j’avais 14 ans ! – et seconde) et de fortes chances de redoubler ma première. Par bonheur, j’ai pu ensuite passer le bac SMD et ai alors commencé un long cursus de quinze ans d’études. Le bac SMD ? Vous savez ce bateau qui fait la navette entre Saint-Malo et Douvres, le but de mon premier voyage, de quinze ans de voyage, de pérégrinations et d’errance…
Mahmoud, petit prince du desertDisons que l’écriture résulte directement des voyages, des rencontres, des expériences. Il y a matière à raconter, à partager. Mais c’est aussi en voyageant que j’ai appris trois langues étrangères, l’allemand, l’anglais et l’espagnol, sur le terrain, parfois sur l’oreiller. C’est une excellente formation, ludique, mais surtout efficace si j’en juge à ma bibliographie, que ce soit adulte ou jeunesse.
Tout le reste est dans ma pièce de théâtre Papi était hippy, parue aux éditions Le Griffon bleu.

Justement, parlez-nous des éditions du Griffon bleu.
Le Griffon bleu est un canidé-éditeur assez remuant. Tel chien, tel maître. Je l’ai voulu ainsi, je n’irai pas me plaindre. Lui aussi est un contestataire, un militant, un engagé, j’ai bien dit « engagé » et non « enragé », qu’on ne me l’abatte pas ! Je l’ai créé avec mon ami Frédéric Besnault, un infographiste, pour éditer des intermittents du spectacle, des conteurs et des comédiens. Donnant-donnant, comme disait je-ne-sais-plus-qui. Le Griffon bleu les publie Papiet ils se/nous diffusent à travers leurs spectacles. Ensuite, nous avons créé une collection de romans, On Ré-Agit !, dont le programme est dans le nom. Ce sont des romans sur des thèmes qui concernent la jeunesse, mais pas qu’elle, et que nous abordons avec franchise, sérieux et décontraction. Ce n’est pas parce qu’on parle de l’anorexie dans La fille qui n’existe pas, de la mondialisation dans Chicharra et les vautours, des relations élèves-profs-parents-administration dans L’arène du collège qu’il faut pleurer. Lisez Un scooter d’enfer qui parle des clichés sur la banlieue : on rit et on pleure. Mais on rit.
Nous commençons à publier des pièces de théâtre écrites par les détenues de la prison de Seysses au cours d’ateliers organisés par Stéphanie Fontez et Alice Subias, et nous sommes sur la piste de publications multimédias de contes en langue des signes qui pourraient également être écoutés par les malvoyants.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Hmmm… Joker ! Bon, soyons francs, je ne lisais pas. J’ai été élevé dans une famille de scientifiques (papa toubib, frère toubib, sœur aînée prof de biologie, sœur cadette orthophoniste et moi…) où seule ma grande sœur lisait. J’en suis resté au Club des Cinq et, un peu plus tard, aux San Antonio. Au pays du soleil levantPlus tard encore, mes « études » m’ont également empêché de lire : vous vous voyez transporter une bibliothèque dans un sac à dos ? Moi pas… J’ai découvert la lecture à plus de trente ans.

Parlez-moi de la trilogie La quête de l’horizon, comment est-elle née ?
C’est l’un des fruits de mes quinze années d’études ! J’ai traversé en trois mois et en 2 CV camionnette le Sahara marocain et algérien d’est en ouest pour rencontrer les Sahraouis et j’en ai tiré, beaucoup plus tard, deux romans, La guerre des sables, pour la collection On Ré-Agit !, puis Mahmoud, petit prince du désert, le premier tome de La quête de l’horizon parue aux éditions Le Jasmin. Entre-temps, je suis parti comme brigadiste (non armé, je précise) en Amérique Centrale pendant la guerre qui opposait au Nicaragua les Sandinistes à la Contra (la contre-révolution). J’ai sillonné le quartier avec mon sac à dos pendant trois mois et en ai tiré un reportage de guerre pour un quotidien allemand. C’était la première fois que j’écrivais quelque chose et j’avais 34 ans. J’en ai tiré par la suite le deuxième tome : Le secret de Teotihuacan. Par contre, je ne suis pas allé au Japon, eh non ! Mais, pour écrire Au pays du soleil levant, je me suis sacrément documenté – pas seulement en fréquentant les restaurants chinois et en buvant du saké. J’ai énormément parlé avec des gens qui connaissent bien le Japon, j’ai regardé des cassettes, lu des livres et recueilli des témoignages. Je l’ai finalement fait « valider » par des nippons qui m’ont dit s’y reconnaître.
Un auteur est un passeur de mots. Regardez mon essai historique, Les Espagnols en France, une vie au-delà des Pyrénées, co-écrit avec Bruno Vargas et paru aux éditions de L’Attribut. Je n’ai pas fait la guerre d’Espagne et n’ai pas connu la retirada, et pourtant, je raconte cette période comme si je l’avais vécue.

Ane

« Didier tient de l’âne, il est têtu et toujours sur la paille » (illustration Birgit Kilian)

J’ai eu l’impression qu’à travers le regard des enfants, vous faisiez passer votre propre regard sur les gens, les lieux, que vous aviez ressenti ce qu’ils ressentent dans leurs voyages, est-ce que je me trompe ?
Et vice-versa ! Les enfants sont les vecteurs de mon ressenti et je suis le vecteur de leur ressenti. J’ai toujours beaucoup parlé et joué avec les enfants et ils m’ont énormément raconté de choses que j’ai pour ainsi dire « vécues par procuration ». Je voyageais le plus souvent seul et ils ont écrit avec moi mon carnet de voyage. La partie de foot dans La guerre des sables est vécue avec eux et j’ai rencontré avec eux le « vieillard » (à peine cinquante ans) rentré invalide des mines de phosphate du grand sud. J’adore les marmots et les marmottes. Ils sont tellement petits et grands, gamins et mûrs, spontanés et réfléchis, francs et attentifs, et tout et tout… Et pis d’abord, chu aussi resté un n’enfant, na !

J’ai remarqué que l’âge des enfants n’est jamais donné et on ne sait pas comment ils voyagent, ils ne sont jamais accompagnés de leurs parents (on imagine que des parents laissent rarement des enfants faire le tour du monde seuls !), est-ce un choix ? Pourquoi ce choix ?
Des enfants qui voyagent seuls ? Bah, rien de nouveau sous le soleil, Nils Olgerson l’a fait bien avant mes héros. Si je ne donne pas leur âge, c’est pour qu’une vaste palette de lecteurs puisse s’identifier avec eux. Pour moi, ils peuvent avoir entre 8 et 12 ans, un âge où on peut tout se permettre, parce qu’on est inconscient et de toute façon immortel.

Verrons-nous une suite ?
Je ne pense pas faire La quête de l’horizon, le retour. Je voulais faire passer des messages, et notamment dans les dernières lignes, je voulais faire rêver, donner envie de découvrir le monde, ouvrir les cœurs vers l’autre. J’espère que c’est (bien ?) fait. Je passe à autre chose, mais souhaite vivement rencontrer mes lecteurs pour continuer à faire vivre ces livres avec eux et à travers eux.

Quels sont vos projets ?Clément un garçon dans le vent
Actuellement, j’écris un gros roman autobiographique adulte, sur mes « études » et leurs conséquences sur ma vie. Deux vies pour le prix d’une, avec, en sous-titre De hippy jeune et beau, à papi plus très jeune, mais… On se fiche d’ailleurs pas mal de ma vie, elle est juste un prétexte. Par contre, je veux utiliser mon personnage pour m’en prendre au misérabilisme ambiant, au renfermement sur soi, à la peur de soi, de l’autre, de l’avenir. J’ai commencé dans le caniveau. Á l’époque, j’étais un hippy, maintenant, je serais assimilé SDF, avec tout ce que cela implique en consommations diverses et variées, en nuits ni câlines ni de Chine ni d’amour, en incertitudes, en dangers physiques et autres, en carences… mais aussi en infinies possibilités qu’il faut savoir provoquer et saisir… La vie est dans la rue, elle n’est pas dans la boîte à images. La première phrase du livre est celle-ci :
Tout corps plongé dans un sable mouvant reçoit de celui-ci une poussée verticale égale au poids du volume de sable [mouvant] déplacé – vers le haut : il n’y a pas de fatalités !
Autrement, eh bien, j’ai l’intention de vivre avec mes trois marmots et marmottes et avec leur illustratrice de maman, Birgit Kilian (pub : www.bkilian.com), et avec la terre entière, rien que ça ! Et si on parlait de vous, maintenant…

Le site de Didier Debord : http://www.d-debord.com et celui des éditions Le Griffon bleu : http://www.editions-legriffonbleu.fr.

Bibliographie (jeunesse) sélective :

En tant qu’auteur :

En tant que traducteur :

  • Les animaux reviennent, de Michael Krüger, illustré par Quint Buchholz, Plume de Carotte
  • Le paysan qui rêvait de bateau, de Jens Rassmus, Gründ

Les derniers titres parus au Griffon bleu :

  • La fille qui n’existe pas, roman de Marie Mélisou (2012)
  • Un scooter d’enfer, roman de Gérard Lapagesse (2012)
  • L’arène du collège, roman de Micheline Jeanjean (2012)

Retrouvez toute la bibliographie (jeunesse, adulte et traduction) de Didier Debord sur son site.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Marie Moinard

Une fois par mois un acteur de l’édition jeunesse (auteur, illustrateur, éditeur,…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché, ému ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé. Cette semaine c’est l’auteur Marie Moinard qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Coup de cœur :

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Marie Moinard et Stéphane Hessel, photo de François Boudet

Alors que je voulais parler d’un livre de Martin Wincker, Le chœur des femmes, coup de cœur résolument féministe en littérature ado adulte, j’apprends le décès d’un homme juste que j’ai eu le plaisir de rencontrer pour mon travail. Je laisse mon coup de cœur littéraire de côté, Martin Winckler est bien trop intelligent pour m’en vouloir, pour rendre hommage à Stéphane Hessel, parti à 95 ans. 95 ans d’une vie lumineuse malgré les drames qu’il a vécus et les obstacles qu’il a surmontés. Rien n’a arrêté la volonté farouche de Stéphane Hessel de dessiner un monde meilleur au travers de ses actes, de ses propos, de ses livres et de ses prises de position. Il a, à lui tout seul, suscité l’indignation chez une grande partie de la jeunesse, qui s’est alors élevée contre les dogmes, contre la pauvreté et l’injustice, contre les mauvaises décisions, d’où qu’elles viennent, qui mettent en péril le juste équilibre de la vie. Il a proposé des solutions, œuvré, nourri des espoirs fondés pour un avenir plus solide. Il a survécu aux camps de concentration comme d’autres mais lui a eu un destin très peu ordinaire le conduisant à de hautes fonctions, notamment celle de diplomate, celle de membre de l’ONU, ou encore celle de co auteur de la déclaration des droits de l’Homme de 1948. Quand je l’ai rencontré, j’ai été  subjuguée par cet homme souriant, âgé  – 92 ans – trottant comme un lapin alors qu’il s’était excusé de marcher difficilement en raison de douleurs à une jambe. Il allait plus vite que moi ! Nous avions rendez-vous dans un café près de chez de lui en plein mois d’août ! Et tous les établissements étant fermés, il m’a emmenée chez lui pour pouvoir discuter calmement de cette préface que je voulais lui demander. Préface qu’il a bien voulu me donner. Je l’ai enregistré mais, trop timide, je n’ai pas osé lui demander de la signer de sa main. Et pour aller au bout de son engagement, il a accepté de participer à une émission de TV : Un monde de bulles autour de KZ Dora, l’album en question. La rencontre était improbable, elle a pourtant eu lieu, elle a été unique pour l’auteur de KZ Dora. C’est un cadeau. C’est ce qui le définissait entre autre à mes yeux : il était disponible pour donner des explications sur le monde tel qu’il le percevait afin que l’Histoire serve le futur mais ça c’est une autre histoire. Avec toute mon admiration.

Coup de gueule :
Belle et bêteMon coup de gueule va à un éditeur : Stock. Éditeur qui vient de publier un livre sous couvert de littérature, ce qui est plutôt banal dans le métier d’éditeur mais qui l’est beaucoup moins pour le titre en question. Il s’agit de Belle et bête de Marcela Iacub. Ce texte est apparu comme un roman aux yeux de certains journalistes qui l’ont soutenu comme on soutient un chef d’œuvre en lui consacrant sa Une (Le Nouvel Observateur, Libération) ce qui est exceptionnel pour un livre. Pourtant, ce texte relève plus d’un article racoleur écrit par une journaliste dont on dit qu’elle est féministe mais qui s’exprime régulièrement en faveur de la dépénalisation du viol. On a même voulu comparer ce livre à la littérature de Marie Darrieussecq et son roman Truismes, parce qu’on y parle aussi de cochon ! Entendez par là que l’auteure s’est éprise d’un homme parce qu’il est un cochon ce qui le rend sublime à ses yeux. J’ai eu le livre entre les mains. Ce que j’en ai lu m’a mise en colère. De quelle littérature parle-t-on ? C’est pas comme si on laissait croire aux consommateurs qu’ils mangent du bœuf alors qu’en réalité on leur sert du cheval ! Je ne développerai pas davantage le sujet qui, à mon sens, n’aurait jamais dû sortir de l’échange privé. Je retiens de cette publication qu’il s’agit d’un acte mercantile pour lequel l’éditeur a finalement été condamné à mettre un encart dans chacun des 40 000 exemplaires imprimés ainsi qu’à une amende conséquente. Le Nouvel Obs est également condamné. Dans ce monde où l’égalité femme-homme reste un combat quotidien, la publication de ce livre participe à la régression de l’émancipation des femmes.

Marie MoinardMarie Moinard est auteur et éditrice.

Bibliographie (jeunesse) sélective :

En tant qu’auteur :

En tant qu’éditrice :

Retrouvez la bibliographie complète de Marie Moinard le site des éditions Des ronds dans l’O.

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Quêtes

Par 31 janvier 2013 Livres Jeunesse

Le Royaume d'ElioushaEliousha a 5 ans, il vit avec ses parents, ses grandes sœurs et son petit frère en Ukraine. Sa vie bascule quand son père doit partir se battre avec l’armée rouge contre l’Allemagne d’Hitler.  Il va alors parcourir l’Europe avec sa mère, son frère et ses sœurs. Alors qu’il vivait dans une famille sans soucis d’argent il va devoir apprendre à se débrouiller pour ramener de la nourriture et accepter de vivre dans des conditions rudimentaires.

Inspiré d’une histoire vraie, Le Royaume d’Eliousha est un magnifique roman sur un enfant pendant la seconde guerre mondiale. On a peu l’habitude de voir ce genre de témoignages, on connaît plus ce qu’il se passait en France ou dans les pays proches, ici on est donc entre l’Ukraine, le Kazakhstan et Israël. Eliousha va vivre dans un village musulman et dans un kibboutz, il va chasser et pêcher, il va apprendre à vivre avec les autres, des gens dont il ne comprend pas toujours la langue ou la façon de vivre. C’est une très belle histoire (sans scènes dures, je préfère le préciser) sur la différence, le fait de devoir se débrouiller, la famille, la vie en communauté.

On quitte les années 40 pour rencontrer deux enfants d’aujourd’hui…

Agnès et Vincent sont deux enfants dont le rêve est de voir l’horizon, là où le soleil se couche. Pour ça il va falloir faire de beaux voyages qui seront l’occasion de rencontres inoubliables.

Mahmoud, petit prince du desertLe premier voyage les mène en Algérie, Agnès et Vincent vont voyager dans le désert avec un jeune nomade prénommé Mahmoud. Ils découvriront les nuits fraîches sous la tente, les fossiles que l’on trouve dans le désert, les lacs salés, les rites des nomades (notamment suite à une naissance), ils joueront au foot avec des amis de Mahmoud, ils assisteront à des débats entre les anciens sur la survie de leur peuple à une époque où les camions transportent plus de choses en un voyage qu’eux en une année et ils iront à la rencontre d’un conteur qui leur apprendra que l’horizon est ailleurs… au Mexique

Le secret de Teotihuacan Le deuxième voyage sera donc au Mexique, là où Agnès et Vincent vont rencontrer Pedro qui les mènera dans la légendaire cité de Teotihuacán. Tantôt dans des bus surchargés, tantôt à pied, les enfants vont faire un long voyage pendant lequel ils vont tout savoir de l’histoire des Aztèques, de la construction de leur cité à leur chute au moment où les colons sont arrivés. Les histoires de Pedro seront parfois très dures, mais toujours passionnantes. Ce voyage sera aussi l’occasion de rencontrer des enfants qui mendient aux carrefours, respirant l’air pollué à longueur de journée et dont l’espérance de vie est très basse et de voir à quel point les lieux historiques ne sont plus que des attractions à touristes.

Au pays du soleil levantAu Mexique les enfants ont rencontré un vieux japonais leur ayant appris que c’est dans son pays que de lève le soleil, voilà donc Agnès et Vincent partis pour le Japon. Chiens robotisés, gens aux looks très décalés, écoles où les enfants sont très disciplinés, appartements minuscules où tout est calculé pour gagner de la place, les enfants vont voir un énorme décalage avec le Mexique ! Trouveront-ils ici l’horizon ?

La quête de l’horizon est une très bonne trilogie signée Didier Debord. D’après moi l’auteur a dû voyager dans ces pays tant les anecdotes, les descriptions sont nombreuses et détaillées. Certaines scènes sentent vraiment le vécu et on imagine bien l’auteur avoir pensé ce que pensent les enfants, s’être émerveillé de certaines choses comme eux ou tout comme eux avoir été peiné par d’autres (après tout dans un pays étranger dont on ne connait rien, on est souvent tel un enfant qui découvre les choses). En tout cas il est certain qu’il a décidé ici de donner un grand coup de pied aux clichés, les autochtones que croisent Agnès et Vincent s’amusent d’ailleurs des idées que les français se font d’eux.

Les trois livres se lisent indépendamment comme le précise la quatrième de couverture (mais il est certain que c’est plus intéressant de lire les trois et dans l’ordre) et sont finalement assez différents. Le premier est très descriptif, on est assez proche de carnet de voyageur. On nous raconte tout de la vie des nomades et de leur lieu de vie. Le deuxième, mon préféré, est vraiment plus basé sur les légendes. Enfin le troisième est le plus drôle des trois (une scène de quiproquo m’a particulièrement fait rire d’ailleurs). Les trois sont particulièrement bien écrits et on sent chez Didier Debord un amour des mots autant que son amour des gens et des voyages. Ce sont vraiment des livres qui, encore une fois, sentent le vécu et qui parlent d’énormément de choses : du voyage et de la différence bien-sûr, mais de tellement d’autres choses… C’est une vraie quête dans laquelle les enfants se sont lancés, et il y a toute une réflexion sur les choses, sur la vie, sur l’horizon… une trilogie vraiment réussie.

Quelques pas de plus…
Un roman un peu dans le même esprit, que j’avais beaucoup aimé, Liberté pour Hannah. Et La quête de l’horizon m’a fait penser un petit peu à une série de romans/documentaires, Les carnets de Timéo.

Le royaume d’Eliousha
de Uri Olev (traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen), illustré par Claire Perret
Flammarion dans la collection Castor Poche romans
8,10€, 135×179 mm, 320 pages, lieu d’impression non indiqué, 2012.
Mahmoud, petit prince du désert
de Didier Debord
Éditions du Jasmin dans la série La Quête de l’horizon
7,90€,130×190 mm, 64 pages, imprimé en Tchéquie, 2012.
Le secret de Teotihuacán
de Didier Debord
Éditions du Jasmin dans la série La Quête de l’horizon
7,90€,130×190 mm, 70 pages, imprimé en Tchéquie, 2012.
Au pays du soleil levant
de Didier Debord
Éditions du Jasmin dans la série La Quête de l’horizon
7,90€,130×190 mm, 66 pages, imprimé en Tchéquie, 2012.

A part ça ?

Et voilà que janvier se termine… Il est temps de vous donner nos coups de cœur album du mois ! Marianne a choisi C’est pour mieux te manger ! de Françoise Rogier édité par L’atelier du poisson soluble et moi Paul d’Alice Brière-Haquet et Csil édité par Frimousse. Retrouvez nos coups de cœur des mois précédents sur le blog, sur Facebook (ici pour les albums et pour les romans) et sur Pinterest (ici pour les albums et pour les romans).

Gabriel

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