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Doublemoon production

La chronique numérique : Histoires à jouer

Par 15 février 2015 Livres numériques, Numérique

Les Histoires de lapinIl était une fois un lapin qui s’appelait Lapin le lapin. Ce lapin-là n’aimait pas l’école et préférait rêvasser dans les champs de coquelicots, faire la sieste à l’ombre d’un grand arbre, et jouer avec les papillons. Quoi de plus normal jusque là ? Mais Lapin va faire des rencontres qui vont lui faire changer d’avis, et tout ce joli monde se retrouvera sur les bancs de l’école. Les Histoires de lapin de Soledad Bravi est une petite appli d’histoires personnalisables et interactives, et ça, c’est une très bonne idée.
Ça marche comment ? Premier choix, l’enfant va devoir colorier Lapin afin qu’il devienneLes Histoires de lapin son lapin, en jaune, en bleu, en rouge ou en violet. Et c’est lui qui va ensuite décider de l’histoire qui va lui être lue, ou qu’il va lire puisque les deux options existent. Au total, trois histoires : une histoire avec un loup, une avec une princesse et une dernière avec un dragon. L’histoire se déroule ensuite, il suffit de cliquer sur les flèches pour avancer ou reculer dans les pages (mais il n’y a pas de sommaire). Lorsque l’on choisit le mode « écoute », sur certaines pages apparaît une petite main sur laquelle on peut cliquer. Elle ouvre une fenêtre qui indique un jeu de rôle ou un petit défi : « Fais semblant de pleurer en disant “ouin” », « Refais le dialogue en te bouchant le nez », et autre. Mis à part cela, pas d’interactions dans les pages, mais celles-ci Les Histoires de lapinsont légèrement animées.
Et j’en pense quoi ? Les Histoires de lapin est une appli simplissime, avec une touche d’interactivité. Ce qui fait sa force, ce sont les illustrations gaies et colorées de Soledad Bravi, l’humour du texte, bien écrit par ailleurs, et bien sûr l’impression pour l’enfant d’être acteur et de choisir le personnage et l’histoire. La narration, par Thibaut Lacour, est vraiment excellente et rend les personnages vivants. Il faut entendre le bébé dragon demander à tout bout de champ au lapin qui tente vainement de lui inculquer quelques règles de sécurité sur le feu, « Ben pourquoi », ou « Encore » pour réclamer une autre chanson. Craquant. Les personnages et les histoires sont drôles et dLes Histoires de Lapinécalés. Le loup n’est pas un méchant loup, mais un loup obsédé par les puzzles qui cherche un ami pour l’aider à terminer les plus compliqués. La princesse quant à elle cherche un doudou et ne manque pas de caractère. Et le bébé dragon s’ennuie tout seul à carboniser les forêts alors que ce qu’il veut, c’est qu’on lui chante des chansons ! Une appli pleine de charme, drôle et intelligente. À signaler aussi qu’il existe un complément jeu avec les mêmes personnages, Les Jeux de lapins, qui réunit memory, puzzle et jeu des différences à partir des images des Histoires de lapin.
Bande-annonce :

Il était des foisIl était des fois un chevalier, une princesse et un dragon. Ou plutôt un méchant, un héros et une victime. Mais qui est quoi ? C’est à nous de le décider. Il était des fois permet de créer des histoires et de choisir le point de vue sous lequel elles vont nous être racontées.
Ça marche comment ? Il était des fois, c’est donc six histoires en une seule appli. Les personnages n’ont pas de rôle prédéfini, c’est le lecteur qui va devoir distribuer les rôles : qui va être le héros de son histoire, qui le méchant et qui la victime. Une fois ce choix fait, c’est aussi lui qui va déterminer l’angle de l’histoire : est-ce qu’il va plutôt lire l’histoire vue par le chevalier, par le dragon ou bien par la princesse ? Ainsi si l’on décide que le dragon sera le héros, la princesse une méchante et le chevalier la victime, trois possibilités de lecture s’ouvrent à nous : « Carton rouge pourIl était des fois la princesse », « Le Dragon gardien de but », « Le Chevalier et la Finale des champions ». La même histoire, mais racontée par les différents personnages. Pour lire l’histoire, il suffit de faire dérouler les images en cliquant dessus. Pour chaque image, le texte peut être lu ou écouté. L’histoire centrale est toujours celle du héros. Mais quand on tourne la tablette de 90°, on change de point de vue dans le même récit. Un coup à gauche, et c’est l’histoire vue par le méchant qui s’affiche, un coup à droite, l’histoire Il était des foisracontée sous l’angle de la victime. On tourne la tablette à 180° et les trois points de vue s’affichent simultanément. Chaque personnage a une couleur qui lui est attribuée (le texte de son histoire apparaît ainsi dans cette couleur, qui est aussi la couleur dominante des images de son point de vue) : au dragon le vert, à la princesse le rose, au chevalier le bleu. Dans ce mode, toutes les images sont superposées, mais en pinçant l’écran, elles se désolidarisent. Il est enfin possible, à partir du moment où les rôles ont été attribués, de ne faire défiler que les images, sans texte (en cliquant sur la petiteIl était des fois croix en bas de l’écran). Et le lecteur peut alors imaginer son propre scénario à partir des images.
Et j’en pense quoi ? Il était des fois est le résultat d’un projet de fin d’études de l’École supérieure des Arts décoratifs de Strasbourg qui a été finalisé au sein de l’incubateur de projets de l’école de l’image des Gobelins. Cette appli permet de décortiquer les mécanismes du récit et les modes de narration possibles. Ne serait-ce que pour cela, elle mérite amplement de s’y attarder. Car une histoire, c’est comme un objet, il faut tourner autour pour se l’approprier. La sobriété du graphisme, peu de couleur et peu de détails, permet aussi cela, le lecteur n’étant pas ralenti dans sa lecture. Les illustrations, justement, ouvrent aussi une autre perspective, celle d’une critique des images. Dans « La Princesse comblée », la deuxième image est la même pour l’histoire du dragon et de la Il était des foisprincesse : au milieu de la forêt, un dragon se tient debout devant la princesse, crachant du feu. Mais alors que le dragon pense dévoiler ses sentiments à la princesse, dont il est amoureux, en lui faisant une déclaration… enflammée, la princesse ne voit qu’un dragon lui baragouinant un message incompréhensible et lui bloquant le passage. Pendant ce temps, le chevalier renifle une drôle d’odeur de brûlé… C’est aussi grâce à cette stylisation que le mode sans texte fonctionne parfaitement puisqu’il permet d’écrire une nouvelle histoire à partir des illustrations d’une histoire déjà existante. Certaines histoires font des sauts de narration, parfois un peu gênants. À savoir que sans lire les autres points de vue, on ne comprend pas toujours le fil narratif. Les trois points de vue sont non seulement complémentaires, mais aussi indispensables. Si cela permet au lecteur d’appréhender qu’un même événement recèle plusieurs facettes, que sans apparaître sur l’image un personnage peut avoir un rôle central dans une histoire, il en ressort un manque de cohérence dans les visions individuelles des différents personnages, qui restent, malgré tout, un peu stéréotypés. Il était des fois entraîne les enfants dans les arcanes de la narration avec une grande finesse. C’est très bien vu, et, finalement, c’est l’enfant qui se retrouve le héros de l’histoire…
Bande-annonce :

Il était des fois – Récits numériques interactifs jeunesses – Présentation from Il était des fois on Vimeo.

Histoires de lapin
Texte et illustrations de Soledad Bravi
Europa-Apps
Prix constaté : 1,99 € (Apple).
Il était des fois
Texte de Guillaume Deloizon et Valentin Gall, illustrations de Valentin Gall
Doublemoon production
Prix constaté : 3,99 € (Apple).

Erica

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