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Elice

Du berger à la bergère : d’Annelise Heurtier à Élice

Par 10 août 2016 Les invités du mercredi

Cet été, on vous propose encore une nouvelle rubrique pour nos invité.e.s du mercredi. Après les questions sur les métiers et les questions des enfants, on a proposé cet été à des auteur.e.s et des illustrateurs.trices de poser trois questions à un auteur.e ou une illustrateur.trice de leur choix. Puis à l’interviewé.e d’en poser une à son tour à son intervieweur.euse d’un jour. Après Jean-Luc Englebert et Benjamin Chaud, Fred Bernard et Loïc Clément, Marine Carteron et Clémentine Beauvais, Clément Lefèvre et Matthieu Maudet, Dorothée de Monfreid et Clothilde Delacroix cette semaine c’est à Élice qu’Annelise Heurtier a choisi de poser des questions.

Annelise Heurtier : Je me pose toujours la question (indiscrète ?)… pourquoi un pseudo ?
Élice
Élice : Va savoir pourquoi, ça me paraissait évident d’avoir un pseudo pour ce genre de métier. Peut être parce que certains de mes profs, qui étaient des dessinateurs de BD, avaient un pseudo. Un jour à l’école, il a fallu que je dessine une hélice de bateau à 3 pales, en perspective. J’ai bien galéré. Alors on a commencé à délirer sur « Alice qui dessine une hélice »… Et c’est de là qu’est partie naturellement l’idée d’en faire un pseudo. L’idée d’un mot court avec lequel on peut jouer, ça me plaisait. Le concept de l’hélice aussi.
Mais récemment, je me suis posé la même question que tu me poses là. Et je me suis demandé pourquoi je n’utilisais pas mon vrai nom. Le pseudo, c’est un peu une mini création (ou le caprice de choisir son nom, yeaaah !), ça me paraissait assez logique dans un métier créatif. Mais je crois que c’est surtout une prise de distance par rapport à ma vie privée. Mon nom et mon prénom réfèrent à mon identité. Mon pseudo caractérise ce que je crée, mon travail, pas qui je suis. Même si, forcément, c’est un peu lié. La limite est souvent floue et c’est pas toujours facile de s’y retrouver. Mon lieu de travail est le même que mon lieu de vie, les horaires pas bien définis. Mais c’est justement pour ça que j’aime bien l’idée de tenter de séparer vie perso et boulot. C’est peut-être un moyen d’éviter la névrose. Et puis, si un jour je sors un gros navet que je n’ai pas envie d’assumer, je changerai de pseudo. Ahah !

Annelise Heurtier : Qu’est-ce qui t’a amenée au dessin ? Voulais-tu devenir illustratrice quand tu étais petite ? Raconte-nous comment tu en es arrivée là…
Élice : J’ai voulu être beaucoup de choses quand j’étais petite. Institutrice, fauconnière, vétérinaire, garde forestier… mais illustratrice, je n’y avais pas pensé. Je passais du temps à dessiner, mais comme beaucoup d’enfants je crois. J’aimais surtout les travaux manuels, les activités créatives, fabriquer des trucs, bricoler.  7_illu_BertilleAu lycée, j’ai un peu slalomé : première S, Terminale L, club ciné. J’ai commencé une fac de cinéma, mais j’ai vite laissé tomber. Je ne savais pas trop quoi faire en fait, mais je voulais être dans un domaine créatif. S’il fallait bosser 40 ans de sa vie, autant que ce soit un peu intéressant. Mon frère suivait une formation de 3D dans une école d’art sur Bordeaux. J’ai regardé de plus près les sections proposées. Comme je ne dessinais pas réellement (j’avais bien pris option BD en fac de cinéma, mais ça se limitait à un cours une fois de temps en temps, on étudiait les ombres et les lumières sur des capuchons de stabilo…), je n’avais pas grand-chose à montrer lors de l’entretien, mes autres dessins remontaient à l’époque du collège ! J’ai fait une année de prépa pour me remettre à niveau, dans l’idée de poursuivre sur un BTS communication visuelle. En cours d’année, j’ai découvert la section illustration/BD. À la fin de mon année de prépa, j’avais le niveau suffisant pour y entrer. C’était une bonne surprise ! J’ai beaucoup appris dans les deux années qui ont suivi.
Mais du coup, je suis loin d’être une grosse tueuse en dessin, j’ai des lacunes certaines, je m’arrache les cheveux pour que ce qu’il y a dans mon cerveau atterrisse sur le papier, mais je fais mon petit truc et ça a l’air de fonctionner… En tous cas, ça me laisse une bonne marge de progression ! 🙂

Annelise Heurtier : Comment conçois-tu ton métier ?
Élice : Je crois que le but de l’illustration c’est d’accompagner un texte. Arriver à trouver un équilibre pour servir le propos de l’histoire sans être redondant, mais sans être complètement à côté de la plaque non plus (sauf quand c’est un parti pris, ça peut être marrant). Je trouve ça plus ou moins évident selon les projets. J’adore les livres dont les images et le texte créent une vraie synergie, lorsqu’ils se complètent, qu’on ne peut pas les dissocier sans perdre du sens.
36_illu_LeRireDuPapillonL’auteur est souvent à l’origine de l’histoire. C’est sa création, son idée au départ. Les illustrations viennent se greffer ensuite au projet, mais ne sont pas indispensables à la compréhension de l’histoire. C’est mon expérience en tous cas. C’est ça qui est difficile je trouve, faire en sorte que les images apportent quelque chose en plus, qu’elles aient une raison d’être.
Je vois mon travail d’illustration comme une interprétation, une adaptation de cette histoire filtrée par mon regard. Quand je commence à illustrer un livre, j’aime échanger avec l’auteur, confronter nos points de vue, et arriver à un équilibre pour rester fidèle au propos tout en dessinant ce qui me fait plaisir. De l’échange naissent aussi les idées.
J’attache beaucoup d’importance à la composition et au cadrage, et à la place du texte dans l’image. Peut-être que ça vient de mon petit bout de chemin en cinéma, ou bien de ma formation qui était plus orientée BD ? C’est là-dedans que je trouve la plus grosse part de créativité, que j’ai le plus de liberté et de choix. On peut suggérer beaucoup par le cadrage. Quand je regarde mon chemin de fer avec toutes mes petites vignettes représentant chaque page esquissée, ça me donne une vue globale du livre, ça ressemble à une petite BD. Il faut qu’il y ait une certaine fluidité et une cohérence de cet ensemble, et pas trop de répétitions.
Danse HitaneaJe pense qu’il y a toujours moyen de se faire plaisir en illustrant, même si c’est un travail de commande ou un boulot « chiant ». Puisque c’est une interprétation, je crois qu’on peut presque toujours l’orienter dans un sens qui nous correspond. J’aime le détail, les petits trucs que l’on découvre souvent à la deuxième lecture, les personnages qui n’existent pas dans le texte, mais qui vivent leur vie en parallèle de l’histoire qui se raconte, le « background ».
Je pense aussi que chaque projet est une occasion de tester et de découvrir de nouvelles choses. Je n’ai pas de style bien défini, ça me permet d’expérimenter, de tester des techniques que l’histoire m’inspire. Je me nourris aussi beaucoup de ce que je vois, de ce que font les autres. J’ai tendance à accumuler pas mal de photos et d’images de références, ça me permet d’encrer mes illustrations dans des univers plus crédibles.

Élice : À mon tour de te poser une question ! Il y a une partie du métier (dont je n’ai pas du tout parlé) qui m’impressionne beaucoup, c’est la rencontre avec le public (enfants et adultes). La création, c’est une étape plutôt solitaire, et d’un coup tu te retrouves à parler face à ceux qui lisent tes histoires. Je suis curieuse de savoir comment tu le ressens, comment tu vis cette partie de ton métier ?

Annelise HeurtierAnnelise Heurtier : J’imagine que ces temps de rencontres sont appréhendés de manières différentes en fonction des auteurs/illustrateurs… Personnellement je suis d’un naturel plutôt bavard et ouvert, donc je trouve ces journées très récréatives ! Elles sont très importantes pour moi : elles cassent la solitude du métier et me permettent de me confronter aux réactions directes des lecteurs. Dialoguer avec un lecteur, c’est tout de même différent que de lire sa chronique en ligne, aussi dithyrambique soit-elle 😉
Je conçois ces journées comme une partie intégrante de mon travail d’auteur. À ce titre, je passe toujours beaucoup de temps à les préparer, en fonction des besoins et des souhaits de l’équipe pédagogique. Les enseignants et les établissements scolaires investissent en temps et en argent pour nous recevoir, j’estime donc que nous nous devons d’apporter une vraie valeur ajoutée. Pour ma part, j’ai mis au point plusieurs animations autour de la chaîne du livre, que je propose quand je sens que le besoin est latent. Je peux aussi animer des petites « conférences » lorsque le sujet du roman s’y prête (pour Sweet Sixteen, par exemple, j’ai mis au point un diaporama qui a pour but de bien resituer le contexte politique et social de l’époque). J’apporte aussi souvent des « matériaux » pour rendre mes propos plus concrets (brouillons, corrections de l’éditeur, contrats, différentes éditions d’un même texte, traductions….). J’aime que ces rencontres soient interactives, alors je m’efforce de faire participer les lecteurs en les questionnant aussi !

Bibliographie d’Élice :

  • Mazort Fugus, album, illustration d’un texte de Perrine Joe, Auzou (2015).
  • Danse Hinatea, album, illustration d’un texte d’Annelise Heurtier, Au vent des îles (2015).
  • Des enfants A-DO-RA-BLES !, album, illustration d’un texte de Sandrine Beau, Limonade (2014).
  • Série Je suis un autre, romans, illustration de textes d’Anne-Gaëlle Balpe, Alice Jeunesse (2012-2014).
  • Le secret de Madame Tannenbaum, album, illustration d’un texte d’Amélie Billon-Le Guennec, Des ronds dans l’O (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le fenouil et le marron, album, illustration d’un texte d’Emmel, Lilly Jeunesse (2013).
  • La super chouette histoire de Ginette, album, illustration d’un texte d’Emmel, Lilly Jeunesse (2013).
  • La vieille dame toute ratatinée, album, illustration d’un texte de France Quatromme, Planète Rêvée (2013).
  • Inspecteur Sauciflard, album numérique, illustration d’un texte d’Olivier Dupin, Square Igloo (2012).
  • Bertille au chocolat, roman, illustration d’un texte d’Annelise Heurtier, Alice Jeunesse (2012).
  • Série Les potions de Papi-Guérit-Tout, romans, illustration de textes d’Anne-Gaêlle Balpe, Les lucioles (2011).
  • L’été où mon grand-père est devenu jaunophile, roman, illustration d’un texte de Sandrine Beau, Les lucioles (2011), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez Élice sur son site : http://www.elice-illustration.com.

Bibliographie sélective d’Annelise Heurtier :

  • Le complexe du papillon, roman, Casterman (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Danse Hinatea !, album illustré par Élice, Au vent des îles (2015).
  • Refuges, roman, Casterman (2015)
  • Série Charly Tempête, romans, Casterman (2013-2014), que nous avons chroniqués ici, et ici.
  • Là où naissent les nuages, roman, Casterman (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Combien de terre faut-il à un homme ?, album illustré par Raphaël Urwiller, Thierry Magnier (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Babakunde, album illustré par Mariona Cabassa, (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Sweet Sixteen, roman, Casterman (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • On n’a rien vu venir, roman collectif, Alice Jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Bertille au chocolat, roman illustré par Élice, Alice Jeunesse (2012).
  • La fille aux cheveux d’encre, roman illustré par Princesse Camcam, Éditions Casterman (2012) que nous avons chroniqué ici.
  • Le carnet rouge, roman, Casterman (2011), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez la bibliographie complète d’Annelise Heurtier sur son blog.

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À la rencontre du voisin

Par 24 octobre 2013 Livres Jeunesse

Deux albums dans lesquels les héros vont apprendre à mieux connaître la personne qui habite à côté d’eux.

Madame TannenbaumEncore une fois, Marie va chez sa voisine Sara pour apprendre le violon. Marie a 8 ans, Sara, elle, est très âgée. Mais surtout, Sara est triste et assez sévère, chez elle il fait sombre. Marie en est certaine, elle cache un secret (la preuve elle entrepose du sucre et de la farine en grosse quantité). Quel est donc le secret de Sara ? Est-ce lié à l’étoile qu’elle a sur son manteau sur les vieilles photos ?

Le secret de Madame Tannenbaum est un très bel album. Il parle d’un sujet lourd tout en retenue. On aborde donc ici la Shoah, mais avec l’insouciance des enfants, sans que ce soit pesant. Et même si la dernière page, l’ultime réplique (sublime) de l’enfant, nous fait monter un peu les larmes c’est plus par émotion. Les illustrations d’Élice accompagnent parfaitement le très joli texte d’Amélie Billon-Le Guennec. Un très bel album pour aborder la Shoah ou tout simplement sur l’amitié transgénérationnelle, et donner envie aux enfants d’aller vers leurs voisins, peu importe leur âge (par exemple grâce à la très belle association Voisin-âge, voir dans le À part ça ?).
Des extraits en ligne.

Edmond La Fete sous LuneEdmond est du genre timide. Chez lui c’est très ordonné, c’est normal c’est là qu’il passe le plus de temps à cuisiner, lire ou faire des pompons. Dans le même arbre, au-dessus de chez Edmond, vit Georges, le hibou. Lui, c’est l’inverse, il aime sortir il ne rentre que pour fabriquer des costumes avec ce qu’il a récolté lors de ses voyages. En dessous de chez eux vit le fêtard Édouard, un ours qui passe son temps à organiser des fêtes. D’ailleurs dans quelques jours aura lieu la prochaine ! Edmond aimerait bien aller, ça serait plus sympa que d’écouter la fête de chez lui et puis il se sent un peu seul… Et si grâce à Georges tout le monde rencontrait Edmond ?

C’est une très jolie histoire qu’a écrite Astrid Desbordes, une histoire riche où l’on aborde autant la solitude que les différences. A priori, tout sépare nos trois héros, mais ils vivent dans le même arbre. On pense bien entendu à la solitude de certains habitants des grandes villes. Bien qu’il ait une vie bien remplie (ou bien qu’il se cherche des occupations pour remplir sa vie, au choix), Edmond est malheureux et pleure en faisant ses confitures seul pendant que les autres en dessous s’amusent. Les illustrations de Marc Boutavant sont comme d’habitude des petites merveilles pleines de couleurs et de vie. Un très bel album qui donne envie d’aller inviter ses voisins.
Le même vu par Enfantipages, Bricabook, À l’ombre du saule et Les mercredis de Julie.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué plusieurs livres d’Amélie Billon-Le Guennec (Bonne nuit Eddie et Eulalie de la grande rêverie), d’Élice (L’été où mon grand-père est devenu jaunophile) et de Marc Boutavant (Chien Pourri et Bogueugueu est amoureux).
On parle aussi des voisins dans : Des amis à chaque étage, Voisins, voisines et Jules le chat, Les écharpes de Mamie Berthe, Mon voisin, Quand le loup a faim
Et un autre album sur la Shoah : L’arbre à musique.

Le secret de Madame Tannenbaum
Texte d’Amélie Billon-Le Guennec, illustré par Élice
Des ronds dans l’O
14,90€, 210×210 mm, 40 pages, imprimé en France, 2013.
Edmond, la fête sous la lune
Texte d’Astrid Desbordes, illustré par Marc Boutavant
Nathan dans la collection Albums Nathan
10€, 215×264 mm, 32 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2013.

À part ça ?

Pourquoi ne pas profiter de cet article pour reparler une nouvelle fois de l’association Voisin-âge ? Cette association propose de se faire se rencontrer des personnes âgées seules (parce que leur famille est loin ou absente) et des gens qui ont du temps (même une heure par mois) à leur consacrer le temps d’une visite ou d’un coup de téléphone, par exemple. Grâce à cette association j’ai fait de vraiment très belles rencontres, de celles qui marquent et j’ai eu l’impression de servir à quelque chose juste en buvant en café en discutant.

Gabriel

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Quand la littérature jeunesse s’intéresse aux grands-pères…

Par 7 février 2012 Livres Jeunesse

Le grand-père on peut dire qu’il a été heureux. Il a pris le bon côté des choses. Les dernières années, il les a passées à sculpter de la vigne sur les buffets et les chaises, à se balader avec les gosses, faire des bons petits plats, aller voir le lever de la lune au-dessus des genêts.
Le grand père,
Brigitte Fontaine

Quand j’avais chroniqué deux livres parlant de grands-mères on m’avait demandé des livres sur les grands-pères. J’ai donc décidé de vous faire une petite chronique thématique sur ce sujet. Par contre j’ai remarqué que très souvent, quand on évoque le grand-père, c’est pour parler de la mort. Mais il y a quelques exceptions.

Dis, pépé, est-ce que toi aussi tu as eu un pépé ? c’est ce que demande un petit garçon à son grand-père, et à peine a-t-il eu sa réponse qu’il veut savoir qui était le pépé de ce pépé là… et ainsi de suite. Ainsi on va remonter l’histoire du pépé du temps des voitures tirées par les chevaux à celui qui vivait à l’époque des dinosaures.

Ce grand-père là déborde d’imagination et il met toute son énergie à raconter la vie de ses aïeux : il lève les bras au ciel, s’agite, met sa veste sur sa tête bref il vit les histoires qu’il raconte. Et c’est grâce aux illustrations à la Sempé de Ronan Badel que cet album est aussi vivant et aussi drôle. Cet album a eu le prix chronos de la littérature 2011 CE1-CE2. Un grand père très tendre, qui aime raconter des histoires à son petit fils… comme dans l’histoire suivante.

Il en est arrivé des aventures à ce grand-père ! Une abeille qui l’a suivi toute une semaine, un ballon lancé si fort qu’il a crevé un nuage et fait tomber la pluie, une paire d’ailes trouvée dans un bois qui lui a permis de voler… bref des périples extraordinaires racontés par un grand-père aux joues rouges et quand mon grand père dit quelque chose, c’est que c’est vrai.

Les joues rouges est un très bel album, sorti chez Notari (Marianne vous a parlé régulièrement d’eux et de leurs magnifiques ouvrages). Le grand-père, ici aussi, déborde d’imagination (mais il y a vraiment une différence de ton entre les deux albums, dans Le pépé de mon pépé on est vraiment dans le registre comique et ici c’est très très poétique), les histoires qu’il raconte semblent sortir d’un conte. Mais ce grand-père raconte-t-il vraiment tout ça ou est-ce ce petit garçon qui imagine son grand-père ? Les grands illustrations d’Aljoscha Blau sont très belles et ajoutent encore de la poésie au texte de Heinz Janish qui n’en manquait pourtant pas, de plus il y a une vraie recherche graphique, le texte est écrit sur des lignes comme si c’était un enfant qui avait rédigé cette histoire dans son cahier d’écolier.

Le petit garçon de Se balader  a un grand père qui marche, qui se promène tout le temps, alors il le suit. Et quand on suit son grand-père, rien ne peut vous arriver… et il s’en passe des choses ! Un bâton trouvé sur le bord de la route se transforme en rame et voilà notre héros qui conduit son bateau pour rejoindre son grand-père, parfois il faut traverser un pont qui va s’écrouler et sous lequel attendent des tigres affamés mais si une voiture noire apparaît au bout de la rue on est sauvé… Se balader avec son grand-père c’est une vraie aventure !

Cet album, également édité par Notari, est une magnifique ode à l’imagination comme dans les livres précédents. On parle aussi de l’amour des balades (et de ceux qui n’ont pas la chance de connaitre ça et passe leur temps devant la télé) et de l’amour pour son grand-père (qui permet plus de choses que les parents !). Les illustrations de Madalena Matoso sont lumineuses, c’est un album très joyeux. On est dans l’univers délirant des enfants et des jeux qu’ils font en marchant (vous n’avez jamais, vous, joué à « si je fais plus de 37 pas avant d’arriver au poteau je suis mort » ou « si mes pieds touchent un des traits je vais être mangé par des crocodiles » ?). Un bien bel album.

Et les grands-pères amoureux ?

Chaque année Adrien passe ses vacances chez son grand-père, c’est pour lui le meilleur moment de l’année, il l’attend avec impatience. Faut dire que son grand-père c’est quelqu’un ! Incollable sur la nature (et surtout sur les chauves souris), drôle, inventif,… Et donc cette année encore Adrien est heureux de le retrouver… sauf que son grand-père a rencontré quelqu’un, et ça, ça ne plaît pas du tout à Adrien qui aurait préféré avoir son grand-père pour lui seul.

Elle est belle cette histoire d’amour entre un petit-fils et son grand père, belle et originale. Déjà la complicité entre un petit-fils et son grand-père c’est un sujet peu traité mais les histoires d’amour du troisième-âge… n’en parlons pas ! Et ici c’est fait avec délicatesse et avec humour. J’aime décidément la plume de Sandrine Beau, pleine d’énergie. Comme dans L’hippopotin c’est multicouche, ça traite d’un sujet mais pas que… il y a plein de petites choses abordées, sous-jacente. Bref une très belle histoire d’amour, d’admiration d’un petit-fils pour son grand-père.

Et parfois le grand-père nous quitte…

Barzolo et Barzolino se souviennent de leur grand-père. Quand ils faisaient du ski avec lui ou partaient à la pêche… ou quand il leur faisait des farces ! Les deux oursons ont grandit aujourd’hui mais leur grand-père est toujours dans leur mémoire.

Avec Tu te souviens ? on est vraiment dans la littérature jeunesse classique, des albums comme on a lu chez nos grands-parents justement. C’est doux et tendre. Dans celui-ci on parle donc de la mort, mais ce n’est pas triste. Les ours, à l’âge adulte, sont pressés de parler de leur grand-père à leurs enfants, on parle des générations, de la transmission.

Boubou adore son grand-père, quand il doit passer la journée avec lui c’est la fête ! Faut dire qu’il est drôle le grand-père, il est farceur et joueur. Mais un matin le grand-père de Boubou ne se réveille plus…

Boubou est un héros récurent des éditions Casterman, à qui il arrive beaucoup d’aventures. C’est un enfant Pygmée. Ici donc il va rencontrer Jèngi, un esprit qui va emmener son grand-père. L’album n’est pas triste (il s’adresse aux plus petits et la mort est pour eux une notion inconnue) et Boubou va très vite reprendre sa vie normale et continuer à faire ce qu’il faisait avec son grand-père, mais seul… et tout en pensant à lui. C’est très tendre. En fin d’ouvrage l’auteur nous explique comment se passe la mort chez les Pygmées. Ce livre a reçu également le prix chronos 2011 pour les maternelles et CP.

Le pépé de mon pépé de Noé Carlain, illustré par Ronan Badel
L’élan vert, 12€
Public : A leur lire / lecteurs débutants

Les joues rouges de Heinz Janisch, illustré par Aljoscha Blau
Notari, 17€
Public : A leur lire / lecteurs débutants
Extraits

Se balader d’Isabel Minhós Martins, illustré par Madalena Matoso
Notari, 14€
Public : A leur lire / lecteurs débutants
Extraits

L’été où mon grand-père est devenu jaunophile de Sandrine Beau, illustré par Élice
Éditions Les Lucioles
Public : lecteurs débutants / Lecteurs confirmés

Tu te souviens ? de Martine Beck, illustré par Annie Bonhomme
Kaléidoscope, 12,04€
Public : A leur lire / lecteurs débutants

Boubou et grand-père de Cyril Hahn
Casterman, 8,50€
Public : Tout petits / A leur lire / lecteurs débutants

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A part ça ?

Un petit court-métrage sur le temps qui passe, très poétique et avec pas mal de métaphores. Je vous préviens c’est pas super gai…

Gabriel

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