La mare aux mots
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Emigration

Ceux et celles qui partent… [ARTICLE EN ACCÈS LIBRE]

Par 11 juillet 2019 Livres Jeunesse

Deux petits romans où il est joliment question d’entraide et de solidarité envers ceux et celles qui, un jour, n’ont pas eu d’autre choix que de quitter leur pays meurtri.

Il s’appelle Nadim et son prénom veut dire compagnon. Dans la petite ville, les bonnes volontés s’affairent en vue de réserver le plus chaleureux des accueils à sa famille. Les enfants de l’école n’ont retenu qu’une chose : ce jeune garçon viendrait, semble-t-il, de la jungle. Leur imagination débordante s’imagine alors les feuillages et les arbres majestueux, s’enrobe aussitôt d’une chaleur étouffante et ce soupçon d’exotisme suffit à les rendre impatients. Mais Nadim arrive à l’école et leur ressemble bien plus qu’ils·elles ne l’imaginaient. Sa langue est autre, ses gestes dénotent et sa spontanéité amuse.
Deux mondes se mêlent ainsi dans ce récit : celui des enfants, qui n’ont pas encore conscience des raisons qui ont conduit Nadim à venir en France et celui des adultes qui se démènent pour adoucir une réalité terrifiante qu’ils·elles connaissent. Dans un petit texte d’une grande humanité, Marie Fouquet rappelle combien l’entraide peut être salvatrice. Solidarité, altruisme et amitié naissante, autant de valeurs qui sont ici mises en avant comme un pied de nez aux intolérant·e·s et aux esprits injustement étriqués.
Un petit roman qui redonne foi en l’humanité.

Les langues se délient et la rumeur enfle. Non loin de la mairie, un camp de réfugié·e·s s’est installé et voilà que les gros titres de la presse ne cessent d’alerter les habitant·e·s sur cette arrivée qui divisent la population. Certain·e·s affichent ostensiblement leur mécontentement et d’autres sont sensibles à la situation de ces familles qui ont tout quitté pour trouver une vie meilleure. Elsa n’a que quatorze ans mais elle se sent prise à la gorge par une émotion qui la submerge : comment les aider ? Comment leur apporter un tant soit peu de confort ? Difficile de s’impliquer quand son père voit d’un très mauvais œil ces étrangers qu’il ne semble pas apprécier. En cachette, et avec l’aide de quelques personnes de bonne volonté, elle tente par tous les moyens d’apporter un peu de douceur et de confort à ces gens qui n’ont plus rien. Et si la caravane abandonnée non loin de chez elle pouvait abriter la famille de Bachir ?
Il ne vous faudra pas beaucoup de pages pour apprécier cette histoire de rencontre. Deux adolescent·e·s et deux vies que tout oppose. Et pourtant, à travers l’engagement de cette héroïne passionnée, c’est aussi une amitié pudique qui s’écrit. Malgré son jeune âge, Elsa fait partie de ces personnages qu’on aime aussitôt qu’on la découvre tant sa force d’esprit et sa persévérance sont exemplaires. Elle transforme sa révolte et son incompréhension en interrogeant le monde qui l’entoure et chaque page témoigne de sa volonté sans pareille pour affronter ces adultes qui ont encore beaucoup à apprendre sur la solidarité et l’entraide.
Un petit roman qui relate à merveille la fougue des indigné·e·s et l’engagement adolescent.

Mon ami de la jungle
Texte de Marie Fouquet, illustré par Amélie Clavier
Éditions Kilowatt dans la collection Les Kapoches
7,30 €, 140×180 mm, 48 pages, imprimé en Europe, 2018.
La Cache
de Thierry Robberecht
Éditions Mijade dans la collection Zone J
6 €, 178 x 124 mm, 76 pages, imprimé en Belgique, 2019

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Solidarité à l’école

Par 11 mai 2015 Livres Jeunesse

Rouge Oh Arthur est tout rouge ! Forcément, c’est rigolo ! Une petite fille sourit puis il y a les chuchotements, les gloussements, les coups de coude. Alors Arthur est de plus en plus rouge. Il aimerait qu’on le laisse tranquille. Puis, il y a Paul qui rit de plus en plus fort, qui donne même un petit coup à Arthur pour se moquer. Qui osera réagir ? Paul c’est le dur de la classe, pas facile d’oser intervenir… Même quand la maîtresse arrive pour voir ce qu’il se passe, tout le monde se tait.
Pas facile de réagir, de défendre un copain, d’oser contredire les fortes têtes. Pas facile non plus de dénoncer, pourtant quand les témoins sont nombreux, on ne peut rien contre eux. L’album est magnifique, les illustrations superbes. On parle ici de la timidité, des petites moqueries qui dérapent, de l’intimidation, de ceux qui osent dénoncer, de ceux qui refusent de se taire.
Un superbe album sur les dérapages à l’école et de l’importance que les adultes réagissent.
À noter qu’une partie des bénéfices est reversée à l’association Lire et faire lire.
Le même vu par Sous le feuillage et Butiner de livres en livres.

anisiaAnisia a quitté son pays, l’Angola, une nuit. Elle se souvient de la fumée qui sortait de sa bouche quand elle parlait en arrivant en France. Elle venait de découvrir l’hiver. Au début, Anisia ne quittait pas la maison, pas facile quand on ne parle pas la langue. Puis, il a fallu aller à l’école. Anissa aimait ça, elle apprenait à lire et à écrire, elle pouvait aider sa mère. Mais un jour, une lettre parlant de « reconduite à la frontière » est arrivée, sa mère a pleuré, l’école s’est mobilisée.
C’est, là aussi, un très bel album. Des mots simples pour une situation qui ne l’est pas, des illustrations poétiques pour des choses bien réelles. On parle d’expulsion, de mobilisation, de solidarité.
Un magnifique album sur l’importance de l’école comme lien social.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué d’autres livres de Pauline Comis (Le secret le plus fort du monde).

Rouge
de Jan De Kinder (traduit par Marie Hooghe)
Didier Jeunesse
13,10 €, 200×260 mm, 40 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2015.
Anisia
Texte de Marion Le Hir de Fallois, illustré par Pauline Comis
Kilowatt
10,20 €, 170×240 mm, 30 pages, imprimé à Singapour, 2010.

À part ça ?

quand je dessine, je peux dépasser... « 50 illustrateurs s’emparent de 50 mots ». En hommage aux victimes de la tuerie de Charlie Hebdo et pour rappeler l’importance de la liberté de dessiner, Anouck Boisrobert et Louis Rigaud, Benjamin Chaud, Emmanuelle Houdart, Magali Le Huche, Dorothée de Monfreid… illustrent les mots Composer, Refaire, Tatouer, S’appliquer, Démontrer… Cahier de coloriage, ou pas, c’est en tout cas un bien bel album, 50 dessins en noir et blancs rassemblés.
À noter que tous les bénéfices sont reversés à Charlie Hebdo.
Quand je dessine, je peux dépasser… collectif, 12,90 €.

Gabriel

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Parler de sujets graves

Par 26 octobre 2013 Livres Jeunesse

Deux époques, deux sujets graves, deux albums pour en parler avec les enfants, même grands. Deux coups de cœur !

Je suis un papillonUn papillon éphémère ne vit qu’une journée. Il estime avoir de la chance puisqu’il va la passer avec les Hoffmann qui sont tous réunis au jardin pour un repas familial. Il y a notamment Clara, avec ses deux nœuds dans les cheveux. Des enfants qui courent, des saucisses grillées, un air d’accordéon, une sieste dans la chaise longue,… Le temps s’écoule paisiblement, et chacun profite de cette belle journée. Et soudain, l’ambiance change radicalement… Des hommes en costume beige, brassard rouge et cheveux rasés, font irruption dans le jardin. La musique cesse, tout le monde baisse la tête et le papillon assiste à de violentes scènes : le mobilier vole, les coups aussi… Seule la petite Clara réussira à désarmer, avec sa candeur, ces hommes violents.

Alors que l’histoire démarre de la manière la plus paisible qu’il soit et que l’on s’attend à un délicieux récit de repas de famille, plein de détails savoureux qui nous plongent complètement dans l’ambiance, la rupture est brutale. Aussi brutale que la détermination de ces soldats nazis qui viennent semer la terreur, affoler tout le monde, et dessiner une étoile sur le portail bleu… Racontée du point de vue d’un papillon, pour apporter à la fois recul, légèreté et gravité (oui, c’est possible de mélanger les deux), cette histoire m’a beaucoup émue. Vincent Cuvellier choisit ses mots avec justesse, il n’en dit ni trop ni trop peu pour que chacun se figure à son niveau les événements. C’est fort ! Les illustrations de Sandrine Martin sont quant à elles parfaitement adaptées à l’ambiance, à la fois simples, vivantes et détaillées. C’est un album original, qui s’intéresse à un sujet difficile abordé sous un angle différent et qui fait monter les larmes aux yeux.

paris-paradisMoussa part pour Paris-Paradis, capitale de la France ainsi surnommée pour l’eldorado qu’elle représente pour le jeune homme et ses compagnons de galère. Il devra pour cela traverser des villages, parcourir des pistes et des déserts. Plusieurs véhicules pour rejoindre la côte, puis le paiement de l’accès à la pirogue avec toutes ses économies et enfin, la traversée, si dangereuse, avec les vagues, les enfants qui pleurent, et les passagers qui ne savent pas nager. A l’approche des côtes françaises, ils sont remorqués, puis Moussa rencontre Chloé…

Malheureusement très tristement d’actualité, Paris-Paradis deuxième partie (le premier tome racontait la prise de décision du jeune garçon de quitter l’Afrique, mais on lit sans problème les albums de manière indépendante), raconte l’épopée de ces centaines de personnes qui chaque jour tentent d’arriver en France, dans des conditions souvent très difficiles. Rien n’est épargné : l’épuisement, la trahison de certaines rencontres qu’il croit d’abord bienfaisantes, la fragilité de la pirogue, la peur des autorités, et les premiers pas sur le sol français… Didier Jean et Zad, comme à leur habitude, savent traiter des sujets les plus graves, avec émotion et justesse, mais sans pathos. Le texte est très poétique, très fort, et les illustrations de Bénédicte Nemo simplement magnifiques. On ressent la force de Moussa, mais aussi la force des éléments, et la dureté de l’épreuve. C’est beau, ça me donne envie de lire rapidement le premier tome en attendant de découvrir un jour le troisième, qui est prévu.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué d’autres ouvrages de Vincent Cuvellier (Les socquettes blanches, La fille verte, La première fois que je suis née, Émile veut une chauve-souris, Émile fait la fête, Émile est invisible, Émile veut un plâtre, Emile se déguise), et de Didier Jean et Zad (Parle-moi Papa, Comme deux confettis, Gaufrette et Nougat jouent au papa et à la maman et Les Artichauts).

Je suis un papillon
Texte de Vincent Cuvellier, illustré par Sandrine Martin
Gallimard Jeunesse Giboulées
12,50 €, 215 x 255 mm, 24 pages, lieu d’impression non précisé, 2013
Paris-Paradis, deuxième partie
Texte de Didier Jean et Zad, illustré par Bénédicte Nemo
2 Vives Voix dans la collection Bisous de famille
15,50 €, 220 x 320 mm, 40 pages, imprimé en France sur papier issu de forêts durablement gérées, à l’aide d’encres végétales, 2013

A part ça ?

Mercredi dernier Gabriel a présenté sa première chronique radio dans l’émission Écoute ! il y a un éléphant dans le jardin, sur Aligre FM. Retrouvez bientôt l’émission en intégralité en suivant ce lien, et écoutez dès à présent la chronique grâce à l’onglet dédié sur le blog.

Marianne

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