La mare aux mots
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Éric Puybaret

Deux beaux contes

Par 25 janvier 2018 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous emmène découvrir deux très beaux albums avec 100 % d’héroïnes féminines dedans ! Dans le premier, trois sœurs avides d’aventures essayent de débusquer le mystérieux Quetzalcoatl et dans le second, deux orphelines se lient d’amitié et sont littéralement fascinées par un anneau d’or aux grands pouvoirs.

Quetzalcoatl
Texte de Taï-Marc Le Thanh, illustré par Éric Puybaret
Gautier-Languereau
14 €, 240 x 305 mm, 40 pages, imprimé en France, 2017.
La Malédiction de l’anneau d’or
Texte de Fred Bernard, illustré par François Roca
Albin Michel Jeunesse
19 €, 285 x 355 mm, 48 pages, imprimé en Italie, 2017.

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Contes et légendes

Par 10 mars 2015 Livres Jeunesse

L'ours et les trolls de la montagneUn berger, bien embêté par son ours apprivoisé devenu trop imposant, décide de l’offrir au roi et de l’emmener jusqu’à son palais le jour de Noël. Pris dans une tempête de neige, il demande abri à une famille qui vit dans une petite cabane isolée. À l’intérieur, le repas de Noël est bien alléchant, mais la famille prévient le berger : ils vont tous devoir quitter la maison avant les 12 coups de minuit, car bientôt, les affreux trolls de la montagne vont débarquer et tout manger, comme chaque année. Cachés dans la maison, le petit berger et son ours attendent ses affreuses créatures, bien décidés à leur donner une bonne leçon.
Ce petit album souple est vraiment adorable ! Les personnages sont très attachants et les illustrations aux couleurs vives sont très agréables à regarder : on en voudrait plus ! Pour une amoureuse de la Suède comme moi, c’était un plaisir de retrouver ce petit conte amusant et des motifs très scandinaves dans les dessins. On a envie de le lire encore et encore, blotti au coin du feu, découvrant à chaque lecture de nouveaux détails dans les illustrations.
Le même vu par Enfantipages.

Le sourire de la nuitAlors que la fête bat son plein dans un petit village enneigé, un couple d’étrangers avance pieds nus et demande l’aide des habitants dans une langue que ceux-ci ne comprennent pas… et ne cherchent pas à comprendre. Ici, on n’aime pas trop les étrangers, surtout ceux qui gâchent la fête avec leur air désespéré et leur bébé prêt à naître. Tandis qu’ils s’apprêtent à repartir, une vieille dame les arrête et leur offre l’hospitalité. Il était temps car bientôt, le bébé se manifeste : la naissance est proche. Tout le village se précipite alors dans la bergerie. Et c’est là que les miracles commencent à arriver : les généreux sont récompensés, les malveillants sont pardonnés, et une communion pleine d’amour et de magie englobe le village et ses habitants.
C’est un très joli conte que nous offre Roxane Marie Galliez, un texte qui en dit plus qu’il n’en a l’air, une réflexion sur la générosité et sur la peur infondée de l’autre et de l’étranger. Un petit rappel, bien utile, que l’on gagne toujours à être bon et ouvert.
Pour ne rien gâcher, les illustrations d’Éric Puybaret sont magnifiques, bien mises en valeur par l’album grand format et le papier mat : il se dégage une telle douceur des couleurs et des dessins qu’on a envie de s’y blottir. Oui, tout à fait, j’ai eu envie de me blottir dans le livre ! Inutile de vous dire donc c’est un livre parfait à lire avant de s’endormir, une bouillotte sur les pieds et la couette tirée jusqu’au menton !
Le même vu par Sous le feuillage et Les Lectures de Liyah.

Les Contes de A à ZDifficile de résumer l’histoire de cet album, car en fait, il y a des tas d’histoires… en suspend ! Les Contes de A à Z est un abécédaire, avec, sur chaque page, une lettrine, une grande illustration et un petit texte. Le principe paraît simple et on imagine que chaque lettre fait référence au titre d’un conte ou à un personnage. Alors on lit la première page : la lettre A est un extrait du conte Peau d’Âne. Tiens, l’auteur triche un peu, non ? Soit, on continue. Seconde page : on passe à un autre conte, une autre histoire, qu’on semble prendre au milieu, alors même qu’on a eu droit qu’à un tout petit bout du conte de Peau d’Âne… Et là, apparaît à nos yeux toute l’ingéniosité de cet abécédaire !
Ici, les textes importent peu finalement, ce sont des extraits de quelques lignes tirés des contes de Perrault, Grimm, Jacobs. Ce qui compte surtout, ce sont les illustrations, grandes, foisonnantes et… pleines de détails ! La page du C par exemple : le récit parle de Cendrillon (les mots Cendrillon, Carrosse, Citrouille, Cheval se distinguent dans le texte) et au centre du dessin, Cendrillon part dans son Carrosse. Puis notre regard s’attarde sur tout ce qui entoure Cendrillon… Oh, les 3 petits Cochons se construisent une maison ! Et là, le petit Chaperon rouge s’enfonce dans la forêt avec son panier, tandis que le Chat botté discute avec une souris…
En fait, cet album est une invitation à jouer avec l’enfant, propice à de nombreuses mécaniques : repérer tous les mots qui commencent par la lettre en question, retrouver les contes cités, imaginer une histoire dans laquelle se rencontrent les personnes de plusieurs récits… D’autres idées ?

Maritchka et MarieÀ l’orée d’une forêt enchantée vivent Maritchka et son père. Quand celui-ci se remarie, sa nouvelle femme et sa fille Marie viennent vivre avec eux dans la petite maison en bois, et tous sont heureux. Mais bientôt, la marâtre devient méchante avec Maritchka, qui doit s’occuper de toutes les corvées de la maison. Un jour, elle exige de son mari qu’il abandonne sa fille dans la forêt. S’enfonçant dans les bois, Maritchka est recueillie par une vieille dame. Devinant une grande gentillesse chez la petite fille, la magicienne l’emmène près d’une rivière enchantée et lui dit d’attraper dans les flots ce qui vient à elle : Maritchka attrape un coffret plein de bijoux. Les cheveux couverts d’or, la petite fille retourne chez elle et offre son trésor à ses parents. Jalouse, la belle-mère demande à son mari d’abandonner Marie au même endroit, dans l’espoir que celle-ci revienne à son tour couverte d’or. Mais Marie, trop choyée et privilégiée par sa maman, est loin d’avoir en elle la gentillesse de Maritchka…
Inspiré d’un conte traditionnel bulgare, spécialité de la jeune maison d’édition Élitchka, Maritchka et Marie suit un schéma très classique, avec un message moral sur le bien et le mal. Ça n’est pas un album révolutionnaire, mais il est très agréable à lire et à regarder, notamment grâce aux illustrations d’Elisabeth K. Hamon, et pour qui aime les contes et leur univers magique, c’est parfait ! Le début est certes un peu rude (la perte de la mère, l’arrivée de la méchante marâtre, l’abandon par le père dans la forêt), mais rassurez-vous, tout se termine bien, même pour Marie !

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué d’autres livres de Nathalie Ragondet (La Bretagne et ses contes, ses visites, ses recettes…), de Roxane Marie Galliez (Le petit théâtre de Casse-Noisette, J’ai laissé mon âme au vent), d’Éric Puybaret (J’ai laissé mon âme au vent), de Françoise Rogier (C’est pour mieux te manger).

L’ours et les trolls de la montagne
Texte d’Albena Ivanovich-Lair, illustré par Nathalie Ragondet
Père Castor, dans la collection Les Classiques du Père Castor
4,75€, 180 x 210 mm, 24 pages, imprimé en France, 2014.
Le sourire de la nuit
Texte de Roxane Marie Galliez, illustré par Éric Puybaret
De La Marinière Jeunesse
14,50€, 245 x 345 mm, 32 pages, imprimé en France, 2014.
Les Contes de A à Z
De Françoise Rogier
À pas de loups
16€, 235 x 335 mm, 36 pages, imprimé en Belgique, 2014.
Maritchka et Marie
Texte d’Eli, illustré par Elisabeth K. Hamon
Élitchka
16,50€, 245 x 280 mm, 44 pages, imprimé en Bulgarie, 2014.

À part ça ?

Les après-midis des enfants, aux Forum des Images, vous connaissez ?

Marie

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Parler de la mort…

Par 31 octobre 2013 Livres Jeunesse

Comme régulièrement voici une petite sélection de livres sur la mort. Parce que c’est un sujet tellement délicat qu’on est toujours content de trouver des livres jeunesse qui parlent de ce moment difficile que vont connaître certains enfants.

J'ai laissé mon âme au ventUn grand-père s’adresse à son petit-fils. Il lui conseille de ne pas s’inquiéter pour le jardin, le voisin s’en occupera. Il lui dit que les nuages seront toujours là pour l’abriter du soleil, qu’il y aura encore des sourires, des gourmandises (et qu’il faudra croquer dedans), lui… il a laissé son âme au vent.

Je commence par un coup de cœur, le magnifique J’ai laissé mon âme au vent de Roxane Marie Galliez et d’Éric Puybaret, véritable merveille de poésie. Ici, on dit que la vie continue, qu’il FAUT qu’elle continue malgré la tristesse. Le grand-père dit à son petit-fils qu’il est toujours là, quelque part et qu’il ne faut pas l’oublier. Mais quand il pense à lui il faut que ce soit en pensant à ses facéties, qu’il ne soit pas triste. Le texte est extrêmement bien écrit et les grandes illustrations d’Éric Puybaret les accompagnent à merveille. C’est assez rare un texte dont le narrateur est déjà mort. C’est souvent une personne âgée qui parle de l’après, là on y est… J’ai rarement été aussi ému par un album, un petit bijou.
Écoutez un extrait du texte sur le site de l’auteur.
Le même vu par Sous le feuillage et Enfantipages.

L'étoile de Grand'Pa Petit Ours entend ses parents parler, il perçoit des mots « Grand’ Pa », « lui dire », « demain »… Il sait très bien de quoi ils parlent, demain il ira voir son grand-père comme chaque été. Le lendemain, il se lève tout heureux, il a hâte d’y être. Sur le chemin, il imagine déjà tout ce qu’ils vont faire ensemble, il se remémore l’année dernière, il a hâte de lui montrer ce qu’il arrive à faire maintenant et qu’il ne savait pas faire avant. Son père, lui, est triste, il veut dire quelque chose à Petit Ours, mais n’y arrive pas. Quand ils arrivent chez Grand’ Pa ils ne l’y trouvent pas et ‘Pa trouve enfin la force de parler à son fils…

C’est une histoire sur la difficulté d’annoncer la mort aux enfants que nous raconte Jean-Marie Robillard. Que c’est difficile d’annoncer à un enfant qui se réjouit de revoir son grand-père que plus jamais il ne le reverra, mais qu’il est là toujours, en lui. Petit Ours se souviendra que son grand-père lui a dit que lorsqu’un ours meurt, un aigle vient cueillir sa dernière étincelle de vie et l’emporte dans le ciel, c’est ce qui fait les étoiles. Petit Ours saura ainsi que son grand-père veille sur lui. Xu Hualing  a fait un très beau travail sur cet album et certaines illustrations sont absolument merveilleuses. Elles sont bien mises en valeur par la taille de l’album et couvrent parfois des doubles pages. Un bien bel album sur ceux qui ne sont plus là, mais veillent encore sur nous.
Plusieurs planches du livres sur le site de l’illustratrice.

une chanson pour l'oiseauIl n’était pas mort depuis longtemps quand les enfants ont trouvé cet oiseau. Il était encore tiède, mais très vite il est devenu raide et froid. Alors, très tristes, ils décidèrent de l’enterrer. Ils ont creusé un trou dans la terre pour lui, ont mis une pierre sur laquelle ils ont écrit “Ici repose un oiseau qui est mort” et ils sont retournés jouer.

La collection Cligne cligne, chez Didier Jeunesse, ressort des petits trésors anciens de la littérature jeunesse, comme ce Une chanson pour l’oiseau sorti en 1958 aux États-Unis (et jamais sorti en France). Avec beaucoup de justesse et de poésie, Margaret Wise Brown et Remy Charlip nous montrent  les réactions des enfants face à la mort. C’est toujours la vie qui reprend le dessus, la tristesse est vite oubliée pour retourner jouer. C’est un petit album au format à l’italienne dont les doubles pages textes alternent avec les doubles pages illustrations. Un magnifique ouvrage sur l’enfance et son rapport à la mort.
Des extraits sur le site de Didier Jeunesse.
Le même vu par Fantasia, Les lectures de Kik et Les lectures de Liyah.

Le tracteur aux dromadairesC’est en patois que lui parlait son grand-père. Raphaël était très proche de ce vieux monsieur qui adorait son tracteur et qui se désolait de la désertification de la campagne. Le vieil homme se souvenait d’un voyage dans le Sahara, il repensait aux gens qui y vivent. Un soir, il prit une décision, après sa mort il voulait que son tracteur soit envoyé là-bas, il se disait qu’il aurait beaucoup plus d’utilité pour ces gens. Bien sûr, on l’avait écouté comme on écoute parfois (malheureusement) les paroles des vieux, se disant que ce ne sont que des délires séniles. Son petit-fils, lui, l’avait vraiment entendu.

J’avais eu la chance de voir il y a quelques années Yannick Jaulin sur scène (malheureusement trop brièvement). Très célèbre dans la région nantaise, sa popularité gagne de plus en plus le reste de la France… et réputation n’est pas usurpée ! Yannick Jaulin est fabuleux à écouter. Ici, il s’agit de le lire (mais tout en lisant l’histoire je l’imaginais la racontant). Il nous conte donc l’histoire de ce vieil homme plus vraiment écouté (parce qu’il ne parle pas comme ses enfants, parce que ses passions semblent désuètes) et de l’amour de son petit-fils. Alors bien sûr le grand-père va partir (sinon le livre ne serait pas dans une chronique sur la mort) et le petit-fils va tout faire pour honorer la mémoire de celui qu’il a tant aimé. C’est une histoire entre la réalité et le conte, un pied dans le réel (il y a rarement de tracteurs dans les contes) et un autre dans l’imaginaire (un enfant qui part en tracteur jusque dans le Sahara sans qu’on se demande où il trouve l’essence ou comment il traverse la mer). Et même si je n’ai pas du tout été touché par les illustrations (mais c’est une affaire de goût), j’ai trouvé très belle cette histoire sur la transmission, le partage, la mort et les expériences dont on sort grandit.
Des extraits sur le site de Rêves bleus.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des livres de Jean-Marie Robillard (Le messager du clair de lune), Xu Hualing (Manon et la caverne aux brigands) et Margery Williams (Le lapin en peluche).
Retrouvez toutes nos chroniques sur les livres pour enfants parlant de la mort et du deuil sur notre fiche thématique et sur le forum (que vous pouvez compléter !).

J’ai laissé mon âme au vent
Texte de Roxane Marie Galliez, illustré par Éric Puybaret
De la Martinière Jeunesse
14,50€, 251×352 mm, 32 pages, imprimé en Belgique, 2013.
L’étoile de Grand-Pa
Texte de Jean-Marie Robillard, illustré par Xu Hualing
Le buveur d’encre
16€, 300×280 mm, 40 pages, imprimé en Italie, 2011.
Une chanson pour l’oiseau
Texte de Margaret Wise Brown, illustré par Remy Charlip
Didier Jeunesse dans la collection Cligne Cligne
11,90€, 150×210 mm, 42 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2013.
Le tracteur aux dromadaires
Texte de Yannick Jaulin, illustré par Marie-France Goyet
Rêves Bleus
15€, 240×320 mm, 36 pages, imprimé en Europe chez un imprimeur éco-responsable, 2013.


À part ça ?

Paroles au Paradis Lucernaire 2013Puisque dans cette rubrique je parlais de conteur (avec Yannick Jaulin)… en ce moment au Lucernaire (à Paris) dans le cadre du festival Paroles au Paradis, un festival de contes, de très bons conteurs sont programmés. Moi je suis allé voir Zouj de Pierre Delye et Halima Hamdane, c’était absolument magnifique. Il s’agit d’un spectacle pour adultes dans lequel les deux conteurs content chacun à leur tour ou ensemble, en comparant les histoires de « chez eux ». Ils sont vraiment extraordinaires, il faut absolument aller les voir, c’est jusqu’au 9 novembre. Plus d’informations ici et sur le site de Clair de lune.

Gabriel

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