La mare aux mots
Parcourir le tag

Eric Simard

A cause d’une couleur de peau…

Par 20 juin 2013 Livres Jeunesse

Deux beaux romans qui nous parlent du racisme quotidien.

Le banc« Alex bol de riz » voilà ce qu’il est écrit sur le banc où déjeune chaque midi Alexandre, « Alex bol de riz », une autre fois c’est « Alex tronche de nem »… c’est idiot, les nems c’est vietnamien alors qu’Alex vient de Taïwan… mais on ne demande pas aux racistes d’avoir de la culture ! Les propos crétins sur ses origines sont le quotidien de l’adolescent, les gens qui s’étirent les yeux en lançant des « ching chang chong », ceux qui disent après un séisme que des morts en Chine c’est pas grave, y’en a plein des chinois, ceux qui le surnomment Jackie Chan,… Alors Alex doit lutter avec ses armes à lui, lui qui refuse le communautarisme, qui voudrait s’intégrer. Et si un séisme sur l’île de ses origines était un bon moyen de se faire aimer… mais pour ça il va falloir mentir…

Le banc est un très bon roman sur les préjugés racistes mais pas seulement ! On parle ici de précarité, de maman solo, d’amitié, d’amour, de ragots, du communautarisme et du mensonge… ce qu’on raconte un jour pour se rendre intéressant, mais qui finira toujours pas nous retomber dessus. Sandrine Kao est-elle même d’origine taïwanaise et elle s’attaque aux préjugés et aux blagues douteuses (qu’elle a certainement entendu elle-même). Elle nous livre un très beau roman, Alex est un personnage touchant, qui ne sait plus s’il est de là-bas où d’ici et pourquoi il est victime des moqueries. Avec douceur et subtilité, elle nous fait comprendre à quel point même une blague anodine peut faire mal. Un très beau roman.

La femme noire qui refusa de se soumettreRosa est noire de peau dans une Amérique qui n’aime pas vraiment les gens comme elle. Née en 1913 elle grandit dans la peur du Ku Klux Klan et autres personnes violentes, dans la ségrégation. Pourtant Rosa a du mal à subir sans rien dire et ses parents et grands-parents ont peur qu’elle finisse lynchée. Quelques années plus tard, le premier décembre 1955 Rosa sera la première femme noire à refuser de se lever pour laisser sa place dans le bus à un blanc. Ce geste lui apportera beaucoup d’ennuis mais aussi de soutiens et la fera entrer dans l’histoire.

La vie de Rosa Parks racontée par son sourire (pas la meilleure idée du livre mais on oublie vite le concept étrange). L’histoire d’une femme qui s’est battue toute sa vie et qui est entrée dans l’histoire par un geste symbolique, fort. Éric Simard nous raconte cette histoire passionnante, de son éducation et sa prise de conscience à sa mort. Le roman est complété par une partie documentaire tout aussi intéressante. La femme noire qui refusa de se soumettre, un roman pour ne pas oublier ce qu’il s’est passé… il n’y a pas si longtemps…
Le roman a reçu le prix Renaudot des benjamins 2007.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des livres de Sandrine Kao (Les larmes de Lisette et Des crêpes à l’eau, ) et des livres d’Éric Simart (Marie-Antoinette à fleur de peau et Le crayon qui voulait voir la lune).
Enfantipages a aussi chroniqué Le banc et La femme noire qui refusa de se soumettre.

Le banc
de Sandrine Kao
Syros dans la collection Tempo
6€, 122×182 mm, 119 pages, imprimé en France chez un éditeur éco-responsable, 2013.
La femme noire qui refusa de se soumettre, Rosa Parks
d’Éric Simard, illustré par Carole Gourrat
Oskar éditeur dans la collection Histoire et société
6,60€, 145×190 mm, 50 pages, imprimé en Europe, 2013.

A part ça ?

Gabriel

You Might Also Like

Elles, à travers l’Histoire

Par 5 avril 2013 Livres Jeunesse

Quatre femmes, fictives ou réelles, au destin exceptionnel.

La plume de MarieLa mère de Marie était femme de chambre de Madame de Rochecourt. A la mort de celle-ci (Marie avait 3 ans), l’enfant a été recueilli par la famille de Rochecourt. Le temps passe et Marie est maintenant au service de la famille et surtout des enfants. Mais ayant grandi là, avec eux, Marie a appris à lire… et surtout à écrire. Le jour où Pierre Corneille doit venir séjourner au château, la jeune fille de maintenant 13 ans, est heureuse de rencontrer celui qui pour elle est un modèle car oui… la jeune fille se rêve écrivaine.

Ah la plume de Clémentine Beauvais (oui elle était facile celle-là), c’est toujours un grand plaisir de la retrouver. Ici elle nous conte donc l’histoire d’une jeune fille qui va échapper à son destin. Née fille de servante elle se rêve autre chose, elle se bat contre les préjugés (à cette époque une femme qui écrit est très mal vue). Le roman est terriblement bien écrit, alternant texte en prose et théâtre en vers. Clémentine Beauvais adopte ici merveilleusement un style classique, elle utilise des mots de l’époque (expliqués dans un lexique, malheureusement en fin d’ouvrage). C’est un très très bon roman, passionnant de bout en bout (il y a une bonne intrigue) et qui rappelle le contexte historique de l’époque, la façon dont les femmes étaient traitées, par exemple. Clémentine Beauvais est décidément une des plus belles plumes actuelles.

Après une histoire totalement fictive, deux épisodes fictifs de la vie de personnages bien réels.

Indira l'indépendanteIndira, jeune indienne, part étudier en Angleterre. Sa gouvernante est inquiète, comment la jeune fille va-t-elle se débrouiller seule dans ce pays inconnu ? Indira va vite rencontrer Owen Baxter, un jeune homme séduisant, qui va lui présenter ses amis… un groupe activiste qui lutte justement contre le colonialisme des anglais dans son pays.

Indira l’indépendante est un (trop) court roman sur un petit passage imaginé (c’est le principe de la collection Héros d’ailleurs) de la vie de celle qui deviendra la première femme premier ministre de l’Inde. Son départ de son pays natal et ses rencontres à Londres. C’est terriblement passionnant et du coup on regrette forcément de ne pas avoir la suite (cela dit il nous suffira de lire une vraie biographie d’Indira Gandhi pour combler cette frustration). Ingrid Chabbert a intégré un petit suspense très agréable, Indira l’indépendante est un livre absolument passionnant.

Golda Meir de bois et de feuGolda est une jeune fille qui aime aider les autres. Alors qu’elle était âgée de 10 ans elle a fait une collecte pour acheter des livres pour les enfants pauvres. Ses parents, juifs européens, aimeraient plutôt ne pas se faire remarquer dans le village américain où ils ont décidé d’immigrer. Aujourd’hui, âgée de 13 ans, elle s’est pris d’amitié pour un vieil homme noir (le seul du village) et est bien heureuse de le trouver quand le vieux Feldman l’approche de trop près…

Nicolas Lefrançois raconte ici une histoire fictionnelle de Golda Meir, comme pour le livre précédent. C’est absolument passionnant, très prenant et aussi très dur… Je ne connaissais pas cet auteur mais il sait captiver, émouvoir. Il a une très belle plume. Ici aussi on aura envie d’en savoir plus sur Golda Meir. Au-delà même de la rapide biographie présentée en fin d’ouvrage.

Ces deux ouvrages présentent donc un épisode fictionnel de la jeunesse de personnages ayant existé afin d’éveiller la curiosité du lecteur et l’amener à s’interroger sur la biographie du personnage historique mis en scène. Personnellement je trouve le principe un peu étrange… Pourquoi inventer un passage alors que ces personnes ont eu de vraies vies (et qui ont été relatées à plusieurs reprises). Ces deux livres sont vraiment très bons, bien écrits, mais ils laissent un goût étrange je trouve… Pour un enfant c’est un peu bizarre de lui dire que la personne a vraiment existé… mais pas ce qu’il lit dans le livre… Si jamais il étudie ce personnage à l’école ensuite, que fera-t-il de ce récit ? Après ce n’est peut-être que mon opinion.

On termine avec un personnage réel et de vrais épisodes de sa vie.

Marie-Antoinette à fleur de peauAntonia est la quinzième fille de l’impératrice d’Autriche. Plusieurs de ses sœurs ont déjà fait un beau mariage, elle sera, à 14 ans, la femme du dauphin de France et deviendra quelques années plus tard la reine Marie-Antoinette. Tout d’abord effrayée par cette nouvelle vie, puis délaissée par son mari, elle prendra petit à petit de l’assurance et deviendra une femme détestée de son peuple.

Le roman commence par l’exécution de Marie-Antoinette raconté par une femme qui semble en être le témoin. Elle nous contera ensuite la vie exceptionnelle de celle qu’on appellera « L’autrichienne ». C’est un roman passionnant pour les férus d’Histoire, qui grouille de petits détails, d’informations en tous genres que personnellement j’ignorais. Un roman de plus de 200 pages qui se lit très vite grâce à des petits chapitres racontant chacun un évènement, un épisode ou une anecdote de la vie de Marie-Antoinette. Mais je dois avouer que j’ai été dérouté par la « construction » du récit. La femme qui raconte l’histoire parle à Marie-Antoinette, s’adresse à elle directement « vous êtes la quinzième enfant de l’impératrice », « vous apprenez la terrible nouvelle », « c’est votre jour de gloire »,… et je trouve que ça gène un peu pour vraiment rentrer dans l’histoire, en tout cas personnellement ça m’a gêné. Ces passages à la deuxième personne alternent avec des passages à la première personne où Marie-Antoinette raconte elle-même sa vie, ses sentiments, ses peurs, ses troubles, passages que j’ai, personnellement, préféré. En dehors de cette construction peu commune (et qui ne dérangera peut-être pas certains d’entre vous !), c’est un roman captivant, passionnant sur un des personnages les plus connus de notre Histoire, on nous montre ici non seulement le personnage impassible et hautain mais aussi la femme dont la douleur est semblable à celle des autres femmes lors de la perte d’un enfant. Une femme dont la carapace se fendille petit à petit.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué plusieurs livres de Clémentine Beauvais (Les petites filles top-modèles, La pouilleuse et On n’a rien vu venir) et d’Ingrid Chabbert (Firmin, Un accordéon sinon rien, La vérité sort toujours de la bouche des enfants, La mémoire aux oiseaux, L’oiseau, Les écharpes de Mamie Berthe, Tonnerre de catch, La fête des deux mamans, Raconte-moi la révolution, Les yeux du parapluie, Sur les quais et Le bateau de Malo). Nous les avons également interviewée toutes les deux, retrouvez notre interview de Clémentine Beauvais et notre interview d’Ingrid Chabbert. Nous avons aussi chroniqué un livre de Nicolas Lefrançois (Makala, la légende des beignets au maïs) et un d’Éric Simard (Le crayon qui voulait voir la lune).

La plume de Marie
de Clémentine Beauvais, illustré par Anaïs Bernabé
Talents Hauts dans la collection Livres et égaux
8€, 135×180 mm, 120 pages, imprimé en Italie, 2011.
Indira l’indépendante
d’Ingrid Chabbert
Zoom éditions dans la collection Héros d’ailleurs
8,90€, 120×170 mm, 72 pages, imprimé en République Tchèque, 2013
Golda Meir, de bois et de feu
de Nicolas Lefrançois
Zoom éditions dans la collection Héros d’ailleurs
8,90€, 120×170 mm, 72 pages, imprimé en République Tchèque, 2013
Marie-Antoinette, A fleur de peau
de Éric Simard
Oskar éditeur dans la collection histoire
9,95€, 115×170 mm, 230 pages, imprimé en Europe, 2013

A part ça ?

La géniale Kik crée un blog sur les livres pour enfants et la religion. Ça s’appelle Des enfants, des livres et la religion et c’est ici : http://desenfantsdeslivresetlareligion.blogspot.com

Gabriel

You Might Also Like

Avec la langue française…

Par 17 février 2013 Livres Jeunesse

Des livres qui font la part belle à la langue française.

Le crayon qui voulait voir la luneLulu a un drôle de crayon… il aimerait voir la lune et pour ça il lui faudrait des ailes… Qui va les lui donner ? L’hirondelle refuse, sans ses ailes elle deviendrait une hirondee, le papillon ne veut pas devenir un papion et même la libellule qui en a pourtant 4 ne veut pas devenir une libeule ! Comment faire alors ?

Voilà une histoire bien poétique qui joue avec les sons, les mots. Les amoureux de la langue française vont se régaler. On parle ici aussi d’entraide, des rêves qui semblent impossibles (ah, aller sur la lune…) et pourtant… Les illustrations à base de collage d’Africa Fanlo sont superbes, lumineuses, pleines de poésie. Un album plein de charme.

Avoir une faim de loup et autres expressions françaisesEtre têtu comme une mule, mettre les pieds dans le plat, tomber dans les pommes,…  une vingtaine d’expressions françaises sont rassemblées dans ce très grand livre, Avoir une faim de loup et autres expressions françaises. Elles sont expliquées brièvement et surtout elles sont illustrées par le génial Léo Kouper, célèbre affichiste. Il a su croquer parfaitement ces expressions, avec beaucoup d’humour et de poésie et la taille du livre les met en valeur. Un album qui fleure bon les vieilles affiches.

Quelques pas de plus…
Les amoureux des mots peuvent aussi lire les chroniques sur Les dix droits du lecteur, Les cocottes à histoire, Mok monstre mangeur de mots et Un (grand) cri de souris.

Le crayon qui voulait voir la lune
d’Éric Simard, illustré par Àfrica Fanlo
Oskar éditeur
14,95€, 201×267 mm, 30 pages, imprimé en Europe, 2012.
Avoir une faim de loup et autres expressions françaises
de Léo Kouper
Thomas Jeunesse
14,50€, 310×405 mm, 44 pages, lieu d’impression non indiqué, 2012.

A part ça ?

A propos le jouer avec la langue, j’aime beaucoup ce petit texte.

Gabriel

You Might Also Like

Secured By miniOrange