La mare aux mots
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Fanny Joly

Du berger à la bergère : de Fanny Joly à Catharina Valckx

Par 10 juillet 2019 Les invités du mercredi

Cet été encore, on vous propose à nouveau la rubrique du berger à la bergère tous les mercredis. Cette rubrique vous avait tellement plu les trois derniers étés, nous nous devions de la reprendre (il faut dire qu’à nous aussi elle plaît beaucoup) ! Donc tous les mercredis jusqu’à la rentrée, ce sont des auteur·trice·s et des illustrateur·trice·s qui posent trois questions à un·e auteur·trice ou un·e illustrateur·trice de leur choix. Puis c’est à l’interviewé·e d’en poser trois à son tour à son intervieweur·euse d’un jour. On commence ces mercredis de l’été avec Fanny Joly qui a choisi de poser des questions à Catharina Valckx !

Fanny Joly : Catharina Valckx, je vous admire infiniment, autant comme auteur que comme illustratrice. Préférez-vous écrire ou dessiner ?
Catharina Valckx : Merci ! Venant de vous, ça me touche beaucoup.
Écrire ou dessiner… j’aime vraiment les deux. Aussi bien dans l’écriture que dans l’illustration il y a ce moment jubilatoire, quand on a le sentiment de créer véritablement quelque chose qui n’existait pas avant.
Le plaisir de l’illustration est d’ordre esthétique : une composition inattendue, une palette de couleurs juste parfaite, un personnage bien venu…
Le plaisir est aussi dans la transgression des codes, la liberté. Par exemple je prends parfois plaisir à dessiner des traits à la règle. Pour dessiner une chaise, par exemple, alors que le trait à la règle est considéré comme un trait mort. C’est une sorte de tabou qu’il est amusant de transgresser. Comme aussi dessiner des personnages un peu plan-plan, exprès.
De toute façon je ne fais jamais rien pour en mettre plein la vue au lecteur, je veux au contraire que tout ait l’air facile à faire, aussi bien ce que je dessine que ce que j’écris.
Le plaisir de l’écriture est plus cérébral. Je recherche l’absurde, un léger décalage par rapport à la réalité. Comme vous Fanny, je veux raconter une histoire, mais aussi — peut-être surtout — faire rire. Et si le rire est accompagné d’un peu de poésie et d’un petit fond de tristesse, alors je touche au but. Cela n’arrive pas tous les jours, évidemment, et beaucoup d’essais sont lamentablement foireux. Mais sans ces essais, je ne trouverais jamais de perles.
J’aime chercher et trouver le mot juste. J’aime le minimalisme vocabulaire qu’impose l’écriture pour les enfants. Réussir à être très précis sans se servir de mots sophistiqués (comme celui-ci) est un défi qui me plaît.
Pour mes albums j’écris et je dessine, et les deux disciplines se mêlent. Quand j’écris je vois les images dans ma tête. Inversement, si j’ai très envie de dessiner quelque chose, une moule sur un rocher par exemple, je peux écrire une scène en fonction de cette image.

Fanny Joly : Qu’est-ce qui vous déclenche : plutôt des images ou plutôt des mots ?
Catharina Valckx : Cette question est un prolongement de la précédente.
Ce qui me déclenche… c’est drôle comme façon de dire, comme un robinet qu’on ouvre. Mais c’est vrai que ça marche un peu comme ça. Il faut quelque chose, un point de départ excitant pour mettre en route une histoire. Quelque chose qui ait un bon potentiel comique et poétique. J’insiste sur le poétique, même si c’est moins flagrant dans mes livres que l’humour. Pour qu’il m’intéresse le comique doit avoir une certaine douceur et une grande simplicité.
Alors est-ce que ce sont des images ou des mots ?
Parfois ce sont plutôt des situations, des scènes. Par exemple pour l’album Totoche (le 1er) j’avais pensé à un personnage qui fait le porte-manteau (littéralement) et qui est renvoyé parce qu’il est trop bavard — pour un porte-manteau. Après j’ai brodé l’histoire autour de cette scène. Le porte-manteau est une idée, mais c’est aussi très « dessinable », un mot et une image.
Pour Haut les pattes ! ça m’amusait de reprendre une expression, Haut les mains en l’occurrence, et de l’adapter au monde animal. Donc là, oui, ces ont des mots qui ont déclenché la suite.
Pour La fête de Billy j’avais cette image de Jean-Claude, le ver de terre, déguisé en rivière pour un bal costumé. Tout peint en bleu, avec un petit bateau ficelé sur le dos. Une image, donc, cette fois.
Les deux sont possibles, en fait ! L’important c’est que j’aie une idée originale, un peu absurde, comme une porte ouverte qui donne envie d’aller explorer cet endroit.

Fanny Joly : Êtes-vous parfois découragée ?
Catharina Valckx : C’est drôle que vous me posiez cette question, parce que je ne connais personne qui ait écrit autant de livres que vous. Près de 300 ! Il semble bien que vous soyez indécourageable !
Être découragé c’est avoir perdu la flamme, l’enthousiasme. C’est sûr qu’il en faut pour faire un livre. En tout cas si l’on veut travailler avec plaisir, ce qui me paraît la seule façon envisageable.
Ce qui pourrait vraiment être décourageant c’est l’incroyable quantité de livres publiés chaque année. Mais bizarrement je crois que j’ai été vaccinée la première fois que je suis allée à Bologne, au salon international de littérature jeunesse. Je n’avais encore jamais publié, j’y allais avec deux manuscrits, espérant trouver un éditeur. Quand j’ai découvert l’envergure de ce salon, ces halls immenses emplis de milliers de livres pour les enfants, j’ai eu un malaise. Mes petits manuscrits n’avaient soudain plus aucun sens, aucune raison d’être. Je suis sortie et me suis effondrée au pied d’un arbre compréhensif. Depuis j’ai appris à accepter cette surproduction comme une donnée regrettable, mais pas rédhibitoire. Et puis d’ailleurs, des auteurs qui me sont vraiment chers, il n’y en a jamais trop.
Les enfants me demandent parfois si mon métier est difficile. Je leur réponds que oui, écrire une bonne histoire est difficile, illustrer est difficile, mais je leur dis aussi que si c’était facile ça ne me plairait plus depuis longtemps.
C’est justement parce que faire un livre est un exercice de haute voltige que cela continue de me passionner. Je connais des découragements, évidemment, mais pas profonds. Ce sont plutôt des moments où ça cale. Quand pendant un temps je n’ai pas de bonne idée, par exemple. Ou quand je recommence un dessin pour la nième fois. Je ne sais pas pourquoi, je garde toujours une sorte de confiance que je vais finir par y arriver.
Et puis je ne recherche pas la perfection. J’aime trop l’expérience, prendre quelques risques. Si mon but était la perfection, je serais sans doute découragée depuis longtemps.

Catharina Valckx : Fanny, vous écrivez beaucoup à la première personne, pour différents âges. Vous dites que quand vous écrivez pour 5 ans vous avez 5 ans, pour 10 vous avez 10, pour 15 vous avez 15. C’est d’ailleurs incroyable comme vous savez faire ça. Qu’est-ce qui fait que vous aimiez tellement retourner dans votre tête d’enfant, ou d’ado ?
Fanny Joly : Je me suis souvent posé la question et, au fil des années, bricolé quelques explications psy à ma façon.
Primo : benjamine d’une fratrie de 8, j’ai pu observer mes aînés à tous les âges.
Deuxio : ayant eu peu accès au micro parmi 9 fortes personnalités à grandes bouches (je compte nos parents) j’ai choisi le papier pour avoir une chance de placer quelques mots.
Tertio : ma mère adorait les enfants. Avant d’épouser mon père, elle l’a prévenu qu’elle en voulait HUIT. Il a pensé : « au 2e, elle se calmera ! » (Il était l’aîné de ONZE. Orphelin de père à 18 ans, il s’est retrouvé chargé de famille aux côtés de sa mère épuisée). Mais non. Maman n’a pas flanché. Dans son portefeuille, après sa mort en 2013, nous avons trouvé des citations recopiées de sa main, dont celle-ci, de Picasso : « il faut beaucoup de temps pour devenir jeune ». En tant que « petite-dernière » officielle et proclamée, j’ai senti sur moi le regard maternel chargé d’une sorte de… nostalgie anticipative. Je pense que ça m’a incitée à rester dans le monde « émerveilleur » de l’enfance.
Enfin, une dernière raison : j’adore les images et leur mélange avec les mots. Sur ce point, écrire pour la jeunesse me comble !

Catharina Valckx : Nous avons quelque chose en commun, ce besoin et cette envie de faire rire. Est-ce que vous arrivez à écrire quand vous êtes triste ?
Fanny Joly : En commun ? Merci pour le compliment. Je vous admire énormément. Vos textes sont aussi drôles que vos dessins.
Triste, je l’ai été souvent et fort. J’ai perdu plein de gens que j’aime et traversé des tunnels de chagrin si sombres que je pensais ne plus jamais écrire. Et puis… j’ai dû m’y remettre. Entre autres pour ma sœur Sylvie. Les rires du public étaient sa raison de vivre. J’ai alors découvert que c’est un métier. Peut-être le seul que je sache faire. Alors go ! Pour moi dans écrire il y a forcément rire. Si ce n’est pas pour rire, je n’écris pas. La vie est assez triste comme ça…

Catharina Valckx : Vous avez écrit tellement de livres ! Presque 300 je crois ! Il marche à quel carburant, ce puissant moteur ? Est-ce qu’il y a une attitude, une philosophie, que vous tenez consciemment à faire passer ?
Fanny Joly : Le moteur ? Le moteur est mon stylo-vélo et le rire ma dynamo. Je pédale à fond à la poursuite d’une idée rigolote. La plupart de mes idées ne sont PAS drôles. En plus, je ne ris pas facilement. Surtout à mes blagues. Traquer les idées rigolotes, les mettre en forme, les juger sévèrement, jeter le gras, serrer les boulons : tout ça me prend des tas d’heures, feuilles de brouillon, stylos à bille, sacs poubelle…
Mon carburant ? Clairement, ce sont les lecteurs qui aiment mes livres, les achètent, demandent des suites.
Je n’ai ni message ni philosophie. Ou plutôt si : humour et plaisir de lire :) !

Bibliographie sélective de Catharina Valckx  :

  • Manu et Nono – Le dernier gâteau, roman, texte et illustration (2019).
  • Billy cherche un trésor, album, texte et illustrations, l’école des loisirs (2018).
  • Série Bruno, albums illustrés par Nicolas Hubesch, l’école des loisirs (2015-2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Jo le très vilain petit canard, album, texte et illustrations, l’école des loisirs (2017).
  • Billy et le gros dur, album, texte et illustrations, l’école des loisirs (2015).
  • Les chaussures sont parties pour le week-end, roman, texte et illustrations, l’école des loisirs (2015).
  • La fête de Billy, album, texte et illustrations, l’école des loisirs (2014).
  • Bonjour tout le monde !, album, texte et illustrations, l’école des loisirs (2013).
  • Cheval Fou, album, texte et illustrations, l’école des loisirs (2012).
  • Le bison, album, texte et illustrations, l’école des loisirs (2011).
  • Hauts les pattes, album, texte et illustrations, l’école des loisirs (2011).
  • Ma collection, album, texte et illustrations, l’école des loisirs (2008).
  • Totoche, album, texte et illustrations, l’école des loisirs (2005).
  • Coco Panache, album, texte et illustrations, l’école des loisirs (2004).

Retrouvez Catharina Valckx sur son site : http://www.catharinavalckx.com.

Bibliographie sélective de Fanny Joly :

  • Série Gudule, romans illustrés par Roser Capdevila, Hachette puis Fanny Joly Numerik (2000-2019).
  • Série Les mots rigolos de Pipelette et Momo, romans illustrés par Gaëlle Duhazé, Playbac (2019).
  • Série Cucu la praline, romans illustré par Ronan Badel, Gallimard Jeunesse (2013-2019), que nous avons chroniqué ici, ici, ici, ici, ici et ici.
  • Série La fée baguette, illustrée par Marianne Barcilon, Lito (2006-2019).
  • Mina et les Magicrayons —Le roi des z’embêteurs, album illustré par Christine Davenier, Casterman (2019)
  • Vingt cœurs, album illustré par Christine Davenier, Les éditions Clochette (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Les frisettes de Mademoiselle Henriette, roman illustré par Ariane Delrieu, Hachette Jeunesse (2017).
  • Fleur la terreur, roman, Pocket Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Superminouche, livre-CD illustré par Caroline Hüe, Gallimard Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Rendez-moi mes totottes, album illustré par Fred Benaglia, Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Tous en scène, 12 sketchs pour apprentis comédiens, Le livre de Poche (2015).
  • Embrouille en Bretagne, album illustré par Laurent Audouin, Sarbacane (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Qué calor à Barcelone !, album illustré par Laurent Audouin, Sarbacane (2010).
  • Drôles de contrôles, roman illustré par Roser Capdevila, Bayard Poche (2003).

Son site : http://fannyjoly.com.

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Courts romans, de l’émotion et de l’humour

Par 19 septembre 2017 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous présente de courts romans.

Tu vois, on pense à toi !
de Cathy Ytak
Syros dans la collection Tempo Syros
6,35 €, 120×180 mm, 80 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
Cucu la praline à Paris
Texte de Fanny Joly, illustré par Ronan Badel
Gallimard Jeunesse dans la collection Folio Cadet
6,30 €, 124×178 mm, 128 pages, imprimé en Espagne, 2017.
Ali Blabla
Texte d’Emmanuel Trédez, illustré par Benoît Perroud
Didier Jeunesse dans la collection Mon marque-page
12 €, 147×215 mm, 192 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
Le cachalot nage dans le potage
d’Emmanuel Trédez, illustré par Jess Pauwels
Nathan
9,95 €, 140×210 mm, 128 pages, imprimé en Allemagne chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
Le lapin qui portait malheur
Texte de Sandrine Bonini, illustré par Amélie Graux
Didier Jeunesse dans la collection Mon marque-page
7,50 €, 130×200 mm, 96 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2017.

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Des romans pour les plus jeunes

Par 21 août 2017 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose des romans pour les enfants qui savent déjà bien lire, mais ne lisent pas encore de gros pavés.

Noirbert
Texte de Håkon Øvreås, illustré par Øyvind Torseter
La joie de Lire dans la collection Hibouk
12,90 €, 130×185 mm, 200 pages, imprimé en Pologne, 2017.
Les mots qui manquent
Texte d’Anne Loyer, illustré par Bobi+Bobi
À pas de loups
8 €, 135×190 mm, 56 pages, imprimé en Europe, 2017.
Fleur la terreur
de Fanny Joly
Pocket Jeunesse dans la collection Rigolire
4,95 €, 108×178 mm, 130 pages, imprimé en Espagne chez un imprimeur éco-responsable, 2016.
Le livre envolé de Piotr-Olivius Pilgrim
de Séverine Vidal
Didier Jeunesse dans la collection Il était une (mini) fois
3 €, 115×165 mm, 32 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2016.

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Les invité.e.s du mercredi : Pauline de Tarragon et Fanny Joly

Par 14 juin 2017 Les invités du mercredi

Pauline de Tarragon vient de sortir Le cri de Zabou aux éditions L’étagère du bas, j’ai beaucoup aimé ce premier album et j’ai eu envie de savoir qui était l’autrice qui se cachait derrière. Ensuite, c’est une autre autrice, Fanny Joly, qui a accepté de venir nous livrer ses coup de cœur et coup de gueule ! Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Pauline de Tarragon

Parlez-nous de votre parcours d’autrice-illustratrice jusqu’à la parution de votre album Le cri de Zabou
Depuis que je suis enfant, je dessine et je raconte des histoires autour de moi. J’ai toujours fait des études artistiques et dès que j’ai eu l’occasion d’en faire mon métier, j’ai saisi ma chance. J’ai rencontré Delphine [NDLR Monteil] de L’Étagère du bas lorsque j’étais en première année d’illustration à l’école Estienne et nous sommes parties d’un petit fanzine que j’avais fait en 30 minutes pour le transformer en bel album un an après. 🙂

Pouvez-vous nous parler de cet album, ce dont il parle, comment il est né ?
Cet album est né d’un fanzine écrit et illustré en 30 minutes un jour de classe. Il raconte l’histoire d’un petit garçon toujours énervé qui va se faire soigner par sa maman magicienne. C’est grâce à la musique que sa vie va totalement changer pour devenir plus rose. Un peu comme moi en fait.

Comment s’est passée la collaboration avec la toute jeune maison d’édition L’étagère du bas ?
Tout s’est passé facilement et rapidement ! J’avais beaucoup de liberté mais Delphine était là pour me donner des conseils et m’aider à prendre des décisions importantes.

Vous n’êtes pas seulement autrice-illustratrice, vous êtes aussi chanteuse ! Vous pouvez nous en dire quelques mots ?
Oui ! Ce sont deux passions qui se marient bien. Parfois, c’est épuisant de faire les deux mais à la fin, c’est tout de même très enrichissant ! Que ce soit sur scène, à l’école ou avec les enfants, je m’amuse et j’apprends des choses différentes chaque jour.

Avez-vous envie, un jour, de mixer les deux et de faire un livre-CD pour enfants ?
Évidemment ! Mais peut-être qu’il sera possible de créer un objet livre associé à un écran plutôt qu’à un CD. Enfin je ne suis pas encore sûre du support mais je sais que c’est une idée que j’ai toujours voulu explorer.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Comme tout le monde j’ai été marquée par Le Petit Prince, La Princesse au petit pois, Le Journal du chat assassin, j’ai aussi adoré Ne m’appelez plus jamais mon petit lapin de Solotareff, Arc-en-ciel le plus beau poisson des océans de Pfister, tous les Martine, les Juliette aussi ! Bonjour Tristesse de Françoise Sagan…

Quel.le.s sont, aujourd’hui, les auteurs.trices/illustrateurs.trices qui vous touchent particulièrement ?
J’aime beaucoup les travaux de Jean Julien et Hervé Tullet, simples et ingénieux. Depuis que je suis petite, je suis le travail de Taro Gomi aussi.
Récemment j’ai découvert Kazue Takahashi et Sato Kanae !

Quels sont vos projets ?
J’ai pour projet de sortir mon premier album avec Pi Ja Ma [NDLR son groupe de musique] et puis le tome 2 de Zabou 😉

Le blog de Pauline de Tarragon : http://paulinedetarragon.tumblr.com.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Fanny Joly

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.trice, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Fanny Joly qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Chère Mare, chers Mots

Vous me demandez un coup de gueule. Un seul !? Bon allez je vous livre (!) celui du jour.
Ou plutôt d’hier… Figurez-vous que j’ai rencontré une école du 94. Matin dans le gymnase, tout le monde assis par terre, on a lu-questionnu-répondu-tous-âges-confondus comme j’adore.

Après-midi : ateliers d’écriture des CM, classe par classe. Dans l’une d’elles, les élèves ont choisi leur thème : écrire une suite à ALERTE AUX CHOUQUETTES. Un de mes romans. Paru il y a 20 ans. Fierté pour moi. Et vague inquiétude, comment travaille-t-on autour d’un livre épuisé ? Logique : en photocopiant les 2 exemplaires en lambeaux de la bibliothèque scolaire.

1, 2, 3 c’est parti pour la GUEULANTE. Que j’ai photographiée à chaud (ci joint).

Pourquoi se plaindre du PHOTOPILLAGE si les livres sont épuisés ?
Les éditeurs seraient-ils des pousse-au-crime, des pompiers-pyromanes ?

J’ai écrit et publié environ 400 livres. C’est beaucoup, je sais. Mais rassurez-vous : à peine 100 d’entre eux sont actuellement DISPOS. Le reste : é-pui-sé. Et encore, je m’en sors bien, je suis un auteur qui marche. Plusieurs confrères/soeurs ne peuvent plus faire de rencontres, faute de livres disponibles. Double peine. Multiple peine. Tous les bibliothécaires, enseignants, organisateurs et autres passeurs de passion que je rencontre, s’en plaignent.

12 000 nouveautés en littérature jeunesse en 2016. Ça fait rouler les camions et les euros des actionnaires. Du moins on l’espère pour eux (rire jaune). Parce que pour nous, soutiers de la création-transmission, ça provoque des méga-dégâts.

Les étagères ne sont pas élastiques. La créativité non plus.
Pour survivre, les créateurs doivent produire des nouveautés-tés-tés sans relâche.
Dont ils ne verront (pour la plupart) jamais un sou de Droits d’Auteurs vu que les nouveautés en question ne survivront pas au 1er tirage. Fuite en avant. Clones à gogo. Assèchement des imaginations. Façon sols dopés d’engrais.

APPEL AU PEUPLE (?) DES ÉDITEURS. Faites votre boulot. Gardez plus de livres jeunesse dispos. Pas TOUS. Mais PLUS. Les enfants se renouvellent sans cesse. Notre monde zappe à chaque instant. Les livres sont la continuité. Vous êtes leurs accoucheurs, leurs nounous, leurs médecins. Cessez d’être leurs fossoyeurs !

On se calme. Respire par le nez, Fanny. 1, 2, 3 c’est parti pour le coup de cœur. Un seul !?! Bon allez je vous livre celui du jour. Ou plutôt d’avant-hier. Un fabuleux film. Si vous ne l’avez pas vu, courez-y vite, bande de veinards. Ça s’appelle À VOIX HAUTE. Un bijou. Documentaire de 78 minutes et de Stéphane De Freitas + Ladj Ly. Ou comment 30 étudiants de l’Université de St-Denis se préparent au concours Eloquentia, meilleur orateur du 93…

Fanny Joly est autrice.

Bibliographie sélective :

  • Vingt cœurs, album illustré par Christine Davenier, Les éditions Clochette (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Les frisettes de Mademoiselle Henriette, roman illustré par Ariane Delrieu, Hachette Jeunesse (2017).
  • Fleur la terreur, roman, Pocket Jeunesse (2017).
  • Cucu la praline est en pleine forme, CD, Gallimard Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Superminouche, livre-CD illustré par Caroline Hüe, Gallimard Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Cucu la praline gagne le gros lot, roman illustré par Ronan Badel, Gallimard Jeunesse (2016).
  • Rendez-moi mes totottes, album illustré par Fred Benaglia, Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Cucu la praline, CD, Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Tous en scène, 12 sketchs pour apprentis comédiens, Le livre de Poche (2015).
  • Cucu la praline mène la danse, roman illustré par Ronan Badel, Gallimard Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Embrouille en Bretagne, album illustré par Laurent Audouin, Sarbacane (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Cucu la praline met son grain de sel, roman illustré par Ronan Badel, Gallimard Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Qui a piqué le courrier des élèves ?, roman co-écrit avec Nicolas de Hirsching, Casterman (2013).
  • Cucu la praline se déchaîne, roman illustré par Ronan Badel, Gallimard Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Gudule a un bébé, roman illustré par Roser Capdevila, Hachette Jeunesse (2013).
  • Qué calor à Barcelone !, album illustré par Laurent Audouin, Sarbacane (2010).
  • Suzie & Godefroy ALLO 1313 ?, album co-écrit avec Dominique Joly, illustré par Laurent Audouin, Sarbacane, (2009).
  • Collection La fée baguette, illustrée par Marianne Barcilon, Lito (2006-2015).
  • Drôles de contrôles, roman illustré par Roser Capdevila, Bayard Poche (2003).

Son site : http://fannyjoly.com.

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Des contes

Par 2 juin 2017 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose des contes. On va croiser des personnages que l’on connait déjà, des contes du monde et des histoires inédites !

Vingt cœurs
Texte de Fanny Joly, illustré par Christine Davenier
Les éditions Clochette dans la collection Le LivreAmi
13 €, 280×210 mm, 24 pages, imprimé en Union Européenne, 2017.
La peinture d’Uchiki
Texte d’Isabelle Wlodarczyk, illustré par Xavière Broncard
À pas de loups
16 €, 240×340 mm, 36 pages, imprimé en Belgique, 2017.
Tarara des kiribati
Texte de Jean-Marie Hosatte, illustré par Helder Da Silva
Glénat Jeunesse dans la collection Ethno-contes
14,99 €, 240×320 mm, 48 pages, imprimé en Italie, 2017.
La fille du marchand de figues de Barbarie
Texte de Muriel Bloch, illustré par Sarah Loulendo
Magnard Jeunesse dans la collection Contes & classiques du Monde
16,90 €, 326×286 mm, 34 pages, imprimé en Union Européenne, 2017.
La Belle et la Bête
Texte de Carole Martinez, illustré par Violaine Leroy
Gallimard Jeunesse
14 €, 250×308 mm, 32 pages, imprimé en Espagne chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
La Belle et la Bête
Texte de Madame Leprince de Beaumont, illustré par Annette Marnat
Père Castor
14 €, 240×300 mm, 32 pages, imprimé au Portugal, 2017.

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