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Les invité·e·s du mercredi : Elsa Fouquier, Olivier Belhomme et Florent Grandin

Par 6 décembre 2017 Les invités du mercredi

J’ai adoré Les habits, le dernier album d’Elsa Fouquier, j’ai donc voulu en savoir un peu plus sur elle. Elle a accepté de répondre à mes questions. Ensuite, c’est à une nouvelle question bête, notre nouvelle rubrique, qu’Olivier Belhomme (L’Atelier du Poisson Soluble) et Florent Grandin (Père Fouettard) ont bien voulu répondre : « Un éditeur, ça gagne beaucoup d’argent ? » Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Elsa Fouquier

Parlez-nous de votre parcours.
Passionnée de BD j’ai eu envie dès 14 ans de me diriger vers le dessin. Je me suis orientée au lycée vers un bac Arts plastiques, puis j’ai enchaîné avec l’école Émile Cohl, à Lyon. Là bas je me découvre une passion pour l’illustration !

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
Je dessine au crayon sur une feuille puis je scanne et passe au numérique. Je mets la couleur avec le logiciel Photoshop à l’aide d’une tablette graphique.
Ces jours-ci je reprends la peinture, la broderie, les pochoirs… J’ai très envie de renouer avec une mise en couleurs traditionnelle.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre album Les habits que je trouve magnifique ?
Merci tout d’abord 🙂 Il s’agissait de faire des images simples et de rester dans des gammes de couleurs restreintes et assez « classes » tout en donnant du relief avec de la matière. Pour les touts petits, il faut être bien lisible et en même temps les intéresser avec des couleurs vives !
J’ai aimé représenter des enfants différents et je trouve la fabrication d’une grande qualité. Les mécanismes sont chouettes, solides et créent tout de suite une interaction avec les plus petits.

Comment choisissez-vous vos projets ?
Il y a une chose qui joue beaucoup dans le choix de mes projets, c’est le temps !
Il faut que mon planning soit raccord avec les dates de rendus prévues.
Bien sûr, la qualité du projet, et l’enthousiasme de l’éditeur/trice.
Si en plus c’est quelque chose de nouveau pour moi, ça me donne toujours très envie ! J’ai par exemple illustré un calendrier de l’avent l’année dernière.
Et puis bien sur l’aspect financier, que les droits d’auteurs soient corrects.

Où trouvez-vous votre inspiration ?
Mes sources d’inspirations sont d’abord mes souvenirs d’enfant, mes sensations et envies d’enfant. Et puis maintenant mes propres enfants m’inspirent au quotidien !
J’aime beaucoup aussi instagram qui mélange photographes, peintres, illustrateurs, danseurs, designeurs… Qui est un melting pot très inspirant. Parfois complexant 😉

Quelles étaient vos lectures d’enfant et d’adolescente ?
Je suis une grande lectrice, je l’étais encore plus enfant et adolescente. Enfant je garde un super souvenir de Max et les maximonstres, de Fantômette, des J’aime lire et des Mickey parade ! Puis il y a eu les Royaumes du Nord, le Seigneur des anneaux, Harry Potter… J’ai ensuite lu beaucoup de mangas comme Akira ou des BD comme les Donjon, de Trondheim et Sfar, qui me font toujours beaucoup rire.

Parlez-nous de vos prochains ouvrages
Après 10 ans de dessin, j’ai très envie de travailler l’écriture. Enfant je voulais être écrivaine ! J’ai envie de développer des projets qui me trottent dans la tête depuis longtemps, au texte comme au dessin.
En ce moment je mets en couleur un livre pour les tout-petits sur le thème d’un toboggan aquatique… que j’ai imaginé du début à la fin !

Bibliographie sélective :

  • La maternelle de Milo, illustration d’un texte de Pakita, Rageot (2017).
  • Cendrillon, loisirs créatif, Milan (2017).
  • Rock’n’roll baby, illustration de chansons, Gallimard Jeunesse (2017).
  • Mes berceuses jazz, illustration de chansons, Gallimard Jeunesse (2017).
  • Les habits, texte et illustrations, Gallimard Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Mes comptines des animaux, illustration de comptines, Gallimard Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Mes plus belles berceuses jazz et autres musiques douces pour les petits, illustration de chansons, Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Mes berceuses, illustration de chansons, Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Mes comptines vol.2, illustration de comptines, Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Jenny and Jack, illustration d’un texte d’Orianne Lallemand et Tamara Page-Jones, Nathan (2014), que nous avons chroniqué ici et .
  • Mes comptines, illustration de chansons, Gallimard Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Mes chansonnettes, illustration de chansons, Gallimard Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Le pilate pour les petits, illustration d’un texte de Rida Ouerghi, Gallimard (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Les caprices de Mélisse, illustration d’un texte de Benoît Broyart, Milan (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Gym et comptines pour les petits, illustration de textes de Rida Ouerghi, Gallimard Jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.


Ma question est peut-être bête, mais…

Régulièrement, on osera poser une question qui peut sembler un peu bête (mais l’est-elle vraiment ?) à des auteur·trice·s, illustrateur·trice·s, éditeur·trice·s… Histoire de répondre à des questions que tout le monde se pose ou de tordre le cou à des idées reçues. Cette fois-ci, j’ai demandé à Olivier Belhomme (L’atelier du Poisson Soluble) et Florent Grandin (Père Fouettard) « Un éditeur, ça gagne beaucoup d’argent ? ». Je vous propose de lire leurs réponses. Si vous avez des questions bêtes, n’hésitez pas à nous les proposer !

Olivier Belhomme :
Être ou ne pas être… riche ? telle est la question.
Dans l’édition comme dans beaucoup de métiers, on doit pouvoir devenir riche, très riche même. Si on fabrique des livres et qu’on les commercialise comme des lessives ou des soupes, en segmentant le marché et en visant les cœurs de cible comme nous l’ont appris nos professeurs, on doit pouvoir y parvenir.
Par contre, si on conçoit des ouvrages comme des œuvres d’art pouvant bousculer les conventions, dépasser les classifications, ce sera plus difficile mais pas impossible pour autant. Mais comme ce n’est pas l’objectif, peu importe finalement, non ?
En ces temps de surproduction qui réduit dramatiquement leur durée de vie, chaque nouveauté chassant la précédente de plus en plus rapidement, la question ne porte plus sur la richesse mais sur la survie. Peut-on encore prendre des risques éditoriaux si l’on ne laisse plus de temps pour la rencontre du lecteur avec le livre ?
Olivier Belhomme est éditeur chez L’atelier du poisson soluble.

Florent Grandin :
Il faudrait déjà s’entendre sur ce qu’est un éditeur. Si c’est la personne qui, au sein d’une maison d’édition de taille moyenne ou d’un grand groupe, est en charge de choisir les titres qui vont être publiés, dans mon cercle de connaissances et cela n’a aucune valeur statistique, les écarts sont grands : de 1300 € à 3000 € mensuel net. Il est vrai qu’au sein du monde du livre, le secteur jeunesse est loin d’être le plus généreux en termes de carrière et de salaires.
Je connais des dirigeantes et dirigeants de maisons indépendantes qui se rémunèrent moins que le salaire minimum ou même pas du tout certaines années. Si certains bénéficient de revenus annexes ou d’un patrimoine, d’autres vivent dans une précarité évidente.
Je suppose que cette image d’un éditeur qui gagne beaucoup d’argent renvoie plutôt à la maison d’édition. Sur le prix du livre, la part d’un éditeur oscille entre 40 et 45 %. Sur cette part, il doit rétribuer le ou les auteurs (de 4 à 12 % du prix du livre), l’imprimeur, la promotion. Il lui reste donc peu pour couvrir les frais généraux de sa structure, les salaires, dont le sien. C’est un tabou mais il y a plus de livres déficitaires que de livres bénéficiaires, la recherche et la publication de nouveaux auteurs, de nouveaux livres est un chantier aussi exaltant qu’il est peu rentable.
Évidemment la problématique n’est pas la même lorsque l’éditeur possède son outil de diffusion (l’équipe de représentants qui vendent ses livres) ou même de distribution, ce sont plus des logiques de groupes que d’éditeurs.
Quelques maisons d’édition dégagent des profits solides, elles bénéficient de situations de rente grâce aux marchés captifs qu’elles ont organisés avec des ventes aux collectivités ou des prescriptions scolaires, c’est un oligopole qui n’est évidemment pas ouvert ! Mais des groupes importants et historiques aussi peuvent s’avérer incroyablement déficitaires. On ne peut pas dire que l’édition soit un secteur propice à un retour sur investissement généreux.
L’idée qu’un éditeur « gagne beaucoup d’argent » n’est pas répandue dans le grand public ou chez les lecteurs. Quand on entend cette idée reçue, et je l’entends parfois, elle vient généralement des libraires ou des auteurs qui souhaitent, légitiment ou non, remettre en cause leur part dans le prix du livre. À mon humble avis le problème n’est pas tant dans la répartition que dans le prix du livre en lui-même. Il est trop faible pour rémunérer correctement les acteurs de la chaîne du livre et comme il augmente moins vite que l’inflation cet état de fait n’est pas en voie de s’améliorer.
Je suis cependant assez d’accord pour dire que certains éditeurs réduisent leurs risques ou augmentent leurs marges en grattant sur les droits sur vente revenant aux auteurs ou leurs avaloirs. Il n’y a aucune raison qu’un auteur jeunesse reçoive un pourcentage inférieur à un auteur pour adulte. Un illustrateur doit pouvoir bénéficier d’une avance correspondant à son investissement en temps et en matériel. C’est rageant de voir les auteurs jeunesse compter sur les animations scolaires pour vivre alors que c’est la vente de leurs livres qui devrait les rémunérer correctement. Je ne crois pas à la bonne volonté d’un acteur comme le SNE [NDLR : Syndicat national de l’édition], c’est à la loi de déterminer un pourcentage minimum de droits d’auteurs (10 % comme c’est le cas au Brésil).
Le prix public d’un livre jeunesse est toujours moindre. Un album à plus de 15 € est considéré comme cher. Un roman de la même pagination est vendu moins cher. Difficile de vivre avec une telle économie. Prix de fabrication élevé, prix de vente faible, marché écrasé par quelques best-sellers qui cachent la forêt des petites ventes.
Bien que le marché du livre soit stable, publier un album pour enfants est une entreprise risquée. L’impression est coûteuse, la promotion requiert des coûts de déplacements et des investissements en PLV [NDLR : Publicité sur le lieu de vente] et publicité importants. Heureusement, les bonnes ventes permettent de financer les jeunes auteurs ou les livres risqués, une sorte de mutualisation des risques.
Être éditeur est une aventure extraordinaire, son rôle de pivot en fait tout l’intérêt car il demande un savoir-faire, un goût et une implication dans des domaines très différents et parfois même antagonistes. Pour faire une réponse courte, à part quelques exceptions, nous ne choisissons pas ce métier pour gagner beaucoup d’argent et de fait, un éditeur ne gagne pas beaucoup d’argent.
Florent Grandin est éditeur chez Père Fouettard.

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