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Françoise Cruz

Les invité-e-s du mercredi : Elitza Dimitrova et Françoise Cruz (+concours)

Par 15 avril 2015 Les invités du mercredi

J’avais envie cette semaine d’en savoir plus sur les éditions Elitchka et le mieux, pour ça, était d’interviewer Elitza Dimitrova son éditrice. Elle a accepté de répondre à mes questions. À la suite de ses réponses, vous pourrez tenter de gagner son dernier album, Maritchka et Marie. Ensuite c’est avec Françoise Cruz que nous avons rendez-vous. Auteure et éditrice, elle revient sur Comme les autres pour notre rubrique Parlez-moi de… Bon mercredi à vous !


L’invitée du mercredi : Elitza Dimitrova

Elitza DimitrovaComment sont nées les éditions Elitchka ?
Un jour, je me suis rendu compte qu’on ne connaissait pas, ou peu, en France, la littérature bulgare pour enfants. Pourtant, il y a en Bulgarie des auteurs dont les écrits ont une portée universelle et qui méritent d’être connus. Certains, tels Anguel Karaliitchev ou Kina Kudreva, ont obtenu le prix Andersen. Il m’a semblé qu’il y avait, là, une lacune à combler. Et comme la création d’une entreprise est toujours un acte de foi, je me suis lancée.
Élitchka est née ainsi, en Alsace, en décembre 2013. Souhaitant promouvoir le patrimoine culturel bulgare, loin de toute institution étatique, en toute indépendance, elle présente des contes populaires et des contes d’auteurs de Bulgarie sous la forme d’albums qualitatifs grand format, avec un graphisme épuré.

Quelle est votre ligne éditoriale ?
La maison met en avant des histoires d’aventures, à morale, des contes-randonnées, illustrés par des artistes français et bulgares (surtout français, pour le moment, et des premiers livres), et inédits en France. Ce sont avant tout de belles histoires sans âge. Chacune est un coup de cœur. Nos thèmes de prédilection sont la liberté, la force créative, l’émancipation, le voyage initiatique.
Une histoire de dragonsEn 2014, la maison a créé trois livres. Une histoire de dragons (Edvin Sugarev et Sylvie Kromer) est un conte sur l’affirmation de soi. Une larme de maman (avec les images de Céline Corréale) est considérée comme un chef-d’œuvre de la littérature bulgare pour enfants, elle est née de la plume d’Anguel Karallitchev, le Andersen de la Bulgarie. Maritchka et Marie (texte populaire revisité, illustré par Elisabeth K. Hamon) met en scène deux fillettes et une baba, personnage lumineux qui aide les enfants seuls à trouver leur chemin dans la vie. C’est un hommage à mes deux grands-mères qui ont joué un rôle très important dans la mienne.

Que signifie ce nom, Elitchka ?
Elitchka désigne en bulgare le petit sapin, l’arbre toujours vert. Cette maison est une recherche du regard de l’enfant qui ne juge pas le monde qui l’entoure, et qui y puise sa force. Elle représente un pont jeté d’un bout à l’autre de l’Europe, un pont qui relie mon pays d’origine à mon pays d’adoption. Je souhaite que les enfants qui lisent nos livres en gardent une émotion pour la vie, et se sentent plus déterminés sur leur chemin.

Comment choisissez-vous les projets que vous éditez ?
Chaque projet est un coup de cœur. Je cherche d’abord un texte qui m’inspire, qui me parle, et la plupart du temps il s’articule autour de mes thèmes favoris — la liberté, la force créative, l’ouverture au monde. Je tâche non pas de présenter des contes épars, mais de développer une politique d’auteur. En 2014, nous avons lancé de jeunes illustrateurs avec qui nous continuons de travailler.

une larme de mamanParlez-moi de vous, quel est votre parcours personnel ?
Après avoir terminé mes études secondaires dans un lycée français, à Haskovo, en Bulgarie, j’ai eu l’opportunité de m’inscrire dans une université en France (sur concours organisé par l’Alliance française). Ainsi, en septembre 1995, j’ai fait le voyage Sofia-Paris-Avignon, et après trois jours de car et de train, je suis arrivée à la cité des Papes. J’avais 18 ans, deux valises, et je n’étais jamais sortie de la Bulgarie auparavant. J’ai donc entamé des études de lettres modernes qui se sont terminées à Paris 4 par une spécialisation en littérature comparée, traduction de la poésie. J’ai pu approcher la traduction littéraire grâce à la patience et aux conseils constructifs d’un excellent directeur de recherches. Parallèlement à mes longues études, j’ai travaillé dans un magasin à temps partiel, et fait beaucoup de petits jobs complémentaires à côté, sans oublier quelques stages dans l’édition. Ensuite, j’ai eu la chance de travailler pour Sabine Wespieser Editeur, puis chez les éditions de Tournon, avant de déménager en Alsace où j’ai continué les tâches rédactionnelles et éditoriales en free-lance. Et le jour de créer Elitchka est arrivé. C’était le moment ou jamais.

Que lisiez-vous quand vous étiez enfant, adolescente ?
Enfant, je dévorais les contes, qu’ils soient populaires, de tous pays, ou d’auteur. J’adorais Les 1001 nuits. Ma grand-mère maternelle, qui avait été danseuse, m’a sensibilisée à la poésie. Elle m’offrait des recueils de chants populaires, chantait elle-même en bulgare, en français et un peu en grec, récitait des poèmes, me racontait les romans qu’elle lisait. J’ai gardé le goût de ces lectures-là pour toujours, contes, poésie, prose poétique. Je n’ai jamais eu, ado, un engouement pour les romans d’aventures ou de science-fiction, mis à part les romans d’Alexandre Béliaev, notamment L’Homme amphibie, et il y avait très peu, ou pas, de BD dans nos librairies bulgares à cette époque de transition politique — j’ai redécouvert le genre en France. Donc, des contes, je suis passée directement aux romans « adultes ». Le premier qui m’a vraiment marqué était Tabac de Dimitar Dimov (le père de la romancière Théodora Dimova, auteure du très remarqué Mères). J’ai découvert en même temps La Bible et Ainsi parlait Zaratoustra, auquel je n’ai pas compris grand-chose, mais j’ai été subjuguée par ses allures de prêche et sa force poétique. Parmi les poètes bulgares, j’avais toujours avec moi les recueils de Yavorov, de Vaptzarov et de Daltchev, je lisais beaucoup de femmes poètes, pas forcément classiques.

Maritchka et MarieQuels sont vos projets ?
Dans un premier temps, je prévois de lancer une petite collection de livres de poche issus de nos albums grand format, et toucher ainsi un lectorat différent.
Pour l’automne, je prépare un projet avec la talentueuse Clémence Pollet, d’après un conte de Sugarev, Conte lent en rouge. C’est un chant jubilatoire en hommage à la force créative des enfants, souvent opposée au monde très concret et très pragmatique des adultes. Le Chat-Peintre (ou à bas, la censure !), du même auteur, verra sans doute le jour en 2016, et je prévois de le confier à un illustrateur de Mulhouse, Bearboz.
Un autre conte d’Anguel Karaliitchev, La Luciole et le Hibou, devrait être travaillé en collaboration avec l’illustratrice strasbourgeoise Sherley Freudenreich. Il y est question de la lumière dans les « profondes ténèbres de la nuit ».
Nous devrions également lancer une collection poésie avec un premier recueil de Margaritt Jékov, poète contemporain bulgare d’inspiration chrétienne. Lycéenne, j’ai découvert sa poésie, et la sérénité qui s’en dégageait. Ses sujets ont évolué avec le temps, mais Jékov reste un poète de l’époque post socialiste à découvrir. Cinq de ses poèmes sont parus dans la revue Europe en octobre 2006.

Bibliographie :

  • Maritchka et Marie, texte d’Eli, illustré par Elisabeth K. Hamon (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Une larme de maman, texte d’Anguel Karaliitchev (traduit par Eli), illustré par Céline Corréale (2014).
  • Une histoire de dragons, texte d’Edvin Sugarev (traduit par Eli), illustré par Sylvie Kromer (2014), que nous avons chroniqué ici.

Pour aller plus loin, Elitza Dimitrova a également répondu a une interview d’Un livre dans ma valise.

Concours :
Elitza Dimitrova et les éditions Elitchka vous donnent la possibilité de gagner un exemplaire du dernier album de leur dernier livre,  Maritchka et Marie (que nous avons chroniqué ici). Pour cela, dites-nous en commentaire à cet article quel est votre conte classique préféré, vous participerez au tirage au sort. Vous avez jusqu’à mardi 20 h.


Parlez-moi de… Comme les autres

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur, éventuellement son illustrateur et son éditeur. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a plu. Cette fois-ci, c’est sur Comme les autres (chroniqué ici), un très bel album sur un enfant surdoué qui ne veut pas être différent. Françoise Cruz, auteure et éditrice, a accepté de nous en parler.

francoise CruzComme les autres est une histoire qui vit en moi depuis… toujours.
D’abord, on est enfant, on observe et intuitivement, on comprend plus ou moins. Ensuite, devenue adulte (enfin, presque !), j’ai continué à observer et surtout à questionner, à la fois les enfants, mais aussi les parents.
Augustin qui a 9 ans et qui a peur de ne pas être à la hauteur de ce que ses parents attendent de lui, je le vois partout.
J’avais envie d’écrire sur la souffrance des enfants qui réussissent à l’école (on parle souvent de l’échec scolaire) et auxquels on en demande toujours davantage, auxquels on demande, même implicitement, de ne pas « chuter », « pas redescendre ».
Cette souffrance-là est souvent muette. Elle n’a pas le droit de s’exprimer, parce que les enfants savent que cela déplairait à leurs parents.
Pour continuer à se sentir valorisés à leurs yeux, à être « forts », les enfants vont intérioriser un esprit de compétition féroce, qui parfois occulte tout le reste.
Ils vont vivre dans la terreur de décevoir. De ne plus correspondre à l’image que leurs parents, leurs proches, leur renvoient d’eux-mêmes. En fait, ils ont peur de ne plus être aimés.
Ce qui est paradoxal, c’est que c’est cet esprit de compétition qui est ensuite et souvent dénoncé.
Je trouve cette souffrance terrible, dévastatrice… Il me semble essentiel que les parents puissent dire à leurs enfants « Notre amour est sans condition. Nous souhaitons pour vous une réussite scolaire, mais notre amour ne dépend pas de vos résultats à l’école ».
C’est très complexe ce rôle de parents et je ne me pose pas comme juge, étant moi-même mère de famille. Avec humilité, j’ai juste cherché à envoyer un signal à certains parents. Je pense que l’on peut facilement tomber dans ces pièges d’autosatisfaction par rapport à nos enfants. Mais leur vie leur appartient ! Je sais, cela peut paraître comme d’enfoncer une porte ouverte, mais j’avoue que je suis parfois choquée, j’ai l’impression que les enfants font partie de la panoplie des « Parents modèles » !
Et bien non ! Nous n’avons pas le droit de tout exiger de nos enfants, même si nous avons le devoir de leur demander de chercher le meilleur en eux-mêmes.

C’est un sujet délicat que celui des enfants surdoués, car si intellectuellement ils sont au-delà de la norme, affectivement, ils continuent à avoir les besoins que leur âge exige.

Avec « Comme les autres », j’ai essayé de dire tout cela, de dire encore, en quelques pages, qu’avant de trouver sa propre identité, sa singularité, il y a le passage obligé pour un enfant, de se sentir comme les autres. À partir de là, il sera possible pour lui de construire sa personnalité.

Quand j’ai proposé ce sujet à mon éditrice, elle a tout de suite réagi positivement… il faut vous dire que mon éditrice, c’est moi !
Françoise Cruz

Comme les autres
Comme les autres
de Françoise Cruz
Sorti chez Naïve (2014)
Chroniqué ici.

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Avec sa petite différence

Par 16 février 2015 Livres Jeunesse

Le vilain défautÀ sa naissance, sa différence était toute petite, mais en grandissant, sa différence a grandi aussi… et les gens ont commencé à la trouver gênante, ils la qualifiaient même de « vilain défaut ». Alors forcément ça a commencé à l’empêcher d’avancer, à se faire des amis. La différence devenait tellement un handicap dans sa vie qu’il commença à consulter des docteurs…
Le vilain défaut est un magnifique ouvrage. Magnifique grâce aux illustrations de Csil, grâce à la poésie des mots d’Anne-Gaëlle Balpe et grâce à l’édition soignée de Marmaille & compagnie (fourreau autour du livre, des pages de calques dans l’histoire). Malgré tout ça, quelque chose m’a gêné… Sans doute pour être plus universel, le « défaut » n’est jamais cité et parfois on évoque une piste… pour s’en éloigner aussitôt. J’ai l’impression, mais je me trompe peut-être, qu’à force de vouloir toucher un maximum de monde, on ne touche plus personne. Il n’en reste que passé ce bémol, Le vilain défaut est un album superbe tant au niveau de l’objet que du contenu.
Des extraits sur le site de l’éditeur et l’avis de Maman Baobab et de La bibliothèque de Noukette qui n’ont pas eu le même souci que moi.

Les inconstances de constanceConstance n’est pas constante. Mi-ange, mi-démon, tantôt à se prendre pour une star, tantôt renfermée, Constance n’est jamais la même, Constance est multiple. Elle aime le doux et l’amer, l’ombre et la lumière… et s’il y en a que ça agace, tant pis pour eux, Constance est comme ça.
On retrouve toujours avec un grand plaisir la poésie de Martine Delerm. Ici encore, elle nous propose un texte profond, le genre de texte qui se lit et se relit, qui n’arrive pas tout mâché, qui fait son chemin. On pense à Je suis comme je suis de Prévert. Ses illustrations pleines de délicatesse accompagnent, comme toujours, à merveille son texte qui l’est tout autant.
Un bel album, plein de philosophie, pour se rappeler l’importance d’être soi.

Comme les autresQuand Mademoiselle Julie, son institutrice de l’année dernière, a annoncé à ses parents qu’il était surdoué, Augustin a senti leurs regards changer. Pourtant lui, il le savait bien qu’il ne pouvait pas être surdoué, il y avait tant de choses qu’il ne savait pas. Et puis il n’avait pas envie d’être le petit garçon parfait que ses parents pensaient maintenant avoir. Ce petit garçon dont ils parlaient avec tant de fierté à leurs amis en n’oubliant jamais d’insister sur le mot « surdoué ». À l’école aussi les choses avaient changé, personne ne voulait plus jouer avec celui qui les faisait passer pour des « sous-doués ». Non vraiment, Augustin ne voulait pas être un surdoué, mais juste un garçon comme les autres.
Entre le roman jeune lecteur et l’album, Comme les autres nous présente donc Augustin, un enfant diagnostiqué surdoué et qui vit mal cette différence. Françoise Cruz, raconte à la première personne, avec beaucoup de justesse le regard des enfants qui voudraient être comme les autres. Elle évoque d’autres sujets comme les Roms, l’orgueil des parents.
Un très beau texte, illustré par des photos, qui nous présente un enfant qui ne veut pas être super, mais juste normal.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des ouvrages d’Anne-Gaëlle Balpe (Le ballon de Simon, Le roi maladroit, D’où il vient ce gros chagrin ?, Une pizza pour Monsieur WolfLa lanterne magique, Noël à l’endroit, Où va-t-on quand on disparaît ?, Chez moi, Mon cartable, De vrais amis, Le grand n’importe quoi, Rouge bitume, Noël en Juillet, On n’a rien vu venir, Bonhomme et le caillou bleu, Quand je serai grand, je serai grand méchant loup, Les potions de Papi-guérit-tout, et Fées d’hiver), Csil (55 oiseaux, C’est la mienne, Paul et Rien qu’une fois) et Martine Delerm (Juste en soi, Jeanne cherche Jeanne et La petite fille sans allumettes). Retrouvez aussi notre interview d’Anne-Gaëlle Balpe.

Le vilain défaut
Texte d’Anne-Gaëlle Balpe, illustré par Csil
Marmaille & Compagnie
20 €, 310 x252 mm, 40 pages, imprimé chez un imprimeur éco-responsable (lieu d’impression non indiqué), 2015.
Les inconstances de Constance
Texte de Martine Delerm
Seuil Jeunesse
13,50 €, 240×240 mm, 28 pages, imprimé en France, 2014.
Comme les autres
Texte de Françoise Cruz, illustré par un collectif
Naïve
12 €, 142×190 mm, 19 pages, imprimé en Belgique, 2014.

Gabriel

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