La mare aux mots
Parcourir le tag

Fred Paronuzzi

Aventures et humour dans trois romans pour les jeunes lecteur.trice.s

Par 16 mai 2016 Livres Jeunesse

Les trois romans du jour sont destinés aux jeunes enfants qui lisent déjà bien (ou ils peuvent être lus à voix haute par les parents, pour des enfants plus jeunes, ce que j’ai fait personnellement).

Capitaine Triplefesse – tome 1 – À l’abordage
de Fred Paronuzzi
Éditions Thierry Magnier, dans la collection En voiture Simone !
7,20 €, 120×180 mm, 192 pages, imprimé en France, 2015.
Popy la tornade
Texte de Stéphanie Richard, illustré par Joëlle Dreidemy
Sarbacane, dans la collection Pépix
10,90 €, 140×210 mm, 208 pages, imprimé en Italie, 2015.
Enquête au collège – L’intégrale 2
Texte de Jean-Philippe Arrou-Vignod, illustré par Serge Bloch
Gallimard Jeunesse, dans la collection Romans Junior
14,50 €, 140×205 mm, 400 pages, imprimé en Italie, 2013.

You Might Also Like

Des trucs et des machins

Par 3 mars 2016 Livres Jeunesse

Quand on fait des trucs et des machins, ça donne parfois des choses étranges… Aujourd’hui deux albums rigolos sur les machins trucs.

You Might Also Like

Les invités du mercredi : Isabelle Wlodarczyk et Fred Paronuzzi

Par 4 septembre 2013 Les invités du mercredi

Et nous revoilà pour une nouvelle saison des invités du mercredi, rubrique que vous êtes nombreux à aimer. Comme les deux années précédentes, chaque mercredi on continuera cette année à vous proposer de mieux connaître les auteurs, illustrateurs et autres acteurs de la littérature jeunesse par le biais d’une interview. Comme l’année dernière quatre « bonus » en alternance : Le coup de coeur / coup de gueule, En vacances avec, Parlez moi de… et La chronique de… (dont le principe sera légèrement modifié) viendront compléter l’interview. Pour commencer cette nouvelle saison, un auteur dont un livre m’a bluffé cet été, Isabelle Wlodarczyk. J’avais envie d’en savoir plus sur elle et qu’elle nous parle un peu du roman en question, La petite disparue. Ensuite l’auteur d’un des plus beaux romans sortis ces derniers mois, Là où je vais, Fred Paronuzzi viendra nous parler de ses coups de coeur et coups de gueule ! Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Isabelle Wlodarczyk

isabelle Wlodarczyk Quel a été votre parcours ?
J’ai grandi dans un quartier de banlieue pas vraiment chic, et je me suis accrochée à tout ce que l’école a bien voulu me donner : j’y ai puisé l’envie d’apprendre et la nausée des HLM et des inégalités. À l’époque, très naïvement, je m’exprimais avec un pinceau et je peignais dans l’espoir de devenir artiste. Au final, bac en poche, j’ai fait des études de philo et de russe qui ne m’ont pas donné de métier, mais qui m’ont beaucoup apporté. J’ai passé l’agrégation de lettres et enseigné le français et le théâtre. On ne peut pas dire que j’étais fan de l’institution. Alors j’ai changé de boulot et j’ai décidé d’écrire à plein temps !

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?Coeur de hibou
Le premier « roman » que j’ai terminé s’appelait Mickey et son bolide, j’étais très fière de l’avoir lu en entier, je ne sais pas du tout de quoi ça parlait ! Enfant, j’ai beaucoup pleuré en lisant Croc Blanc, je l’ai relu souvent en cachette, le soir sous ma couverture. En primaire, j’aimais beaucoup les BD et tout ce que je trouvais en farfouillant dans la bibliothèque de ma sœur — même si je préférais jouer dehors au ballon plutôt que de bouquiner ! Au collège, j’ai été bouleversée par Ruy Blas, puis j’ai découvert Dostoïevski et je suis tombée en amour avec son œuvre que j’ai dévorée pendant des années (c’est très snob, dit comme cela). En terminale, avec la philo, j’ai commencé à lire plus de philo que de littérature, surtout la philo du 17ème que j’aime toujours autant.

La petite disparueComment est né La petite disparue ?
La petite disparue est un roman né d’un métier : j’adore les noms de vieux métiers. Une petite écosseuse de pois. C’est aussi un roman qui parle de la relation d’un père à sa fille, un thème qui me touche particulièrement.
C’est typiquement le genre de texte qui m’est venu au fil de la plume, sans réfléchir. Assez instinctivement. Sauf la fin : pendant six mois, je l’ai laissé reposé, parce que j’hésitais entre deux trames narratives possibles pour la dernière partie du texte. L’idée du « papier brouillard » a surgi en écrivant.
Je me suis vraiment régalée en travaillant sur ce texte. Et je suis ravie qu’Oskar l’ait publié. Ce livre a été mon premier « oui » d’un éditeur jeunesse, même s’il n’est pas sorti le premier.

Quelles ont été vos inspirations ?
Le texte doit beaucoup au roman picaresque. Certains titres de chapitres sont proches de ce qu’on peut trouver dans Don Quichotte, ou chez Scarron : « Chapitre dans lequel il ne se passe rien ». (sans le génie de Don Quichotte et de Scarron, évidemment).
Le personnage de Paolo s’inspire des Larmes de l’assassin d’Anne-Laure Bondoux, dont j’aime particulièrement la plume. C’est un clin d’œil à ce personnage au visage acéré.
Le livre est aussi directement lié à un roman que j’ai écrit précédemment (et qui cherche son éditeur), un roman plus long, pour les ados, qui parle aussi de « papier brouillard », et dans lequel on retrouve exactement le même univers, celui de mots du 17ème (puisé dans le dictionnaire de Furetière qui est ma Bible). Il s’appelle L’allée du bout du monde et fonctionne par tableaux allégoriques.Sur mon arbre perché

J’ai été étonné de ce mélange de très réel (comme le nom des villes par exemple) et le côté purement fantastique (comme l’araignée qui parle). N’avez-vous pas eu peur de dérouter ?
J’ai pris toutes les libertés en effet avec ce roman (c’est ce que j’aime dans le roman, l’absence de forme). J’apprécie les romans un peu farfelus qui déroutent par leurs trames narratives, du roman médiéval en passant par le picaresque. Mais honnêtement, je n’ai pas vraiment réfléchi, tout cela est un univers spontané, un peu fou qui me correspond bien… Le texte est ancré dans une certaine réalité, il y a peu d’éléments sur l’époque à laquelle se déroule le texte, le lieu est plus précis, même si je me suis amusée à donner des noms de rues d’une autre ville. Le texte est assez proche du conte, avec des sorcières, des sorts, et des ressorts propres au conte. L’araignée parle et fait basculer le texte dans le fantastique : je tenais absolument à ce que ce personnage ait un rôle directeur dans l’ouvrage. L’araignée est une métaphore (appuyée) de l’écriture, et le livre se tisse au fil de ses hésitations. C’est une histoire qui s’écrit aussi devant les yeux du jeune lecteur. Le papier brouillard, à la fin, fait passer l’écrit des pattes de l’araignée, aux mains de la petite fille. Tout un symbole !
J’ai testé sur ma fille qui n’a pas été gênée à la lecture. (je ne sais pas si c’est rassurant)L’arbre aux fruits amers

J’ai été très frustré que cette aventure ne soit pas plus longue, verrons-nous une suite ?
C’est adorable ! Je suis en train d’écrire ce qui précède… La vie de Jean et de son double ! On peut appeler cela une suite… ou pas !

Quels sont vos projets ?
Une foultitude ! Tout d’abord les textes qui paraîtront dans les mois à venir : Les Bleuets du dragon bleu, admirablement illustré par Minji Lee-Diebold, aux éditions Amaterra. C’est un album qui parle d’un dragon peu ordinaire. Son goût pour les bleuets m’a permis de travailler autour des représentations de la couleur bleue.
Viendront ensuite des romans chez Oskar (Surtout ne prends pas froid, qui parle d’une petite fille déportée)  (Les cuisines de Barbe-Noire un roman d’aventures à quatre mains), de la philo chez le même éditeur, — c’est passionnant à écrire aussi les documentaires — et  des albums très différents les uns des autres, chez d’autres éditeurs.
J’aime aussi construire des projets en binômes, surtout avec Thanh Portal et Hajnalka Cserhàti qui sont pour moi de vraies rencontres (j’aime aussi mes autres binômes, qu’ils ne se vexent pas). Nos livres sortiront surtout l’année prochaine.
Enfin, je travaille sur un projet de roman qui s’appelle le Fils de l’ours et qui prend au fil des mois, des formes différentes.

Bibliographie jeunesse :

Retrouvez la bibliographie complète d’Isabelle Wlodarczyk sur son blog.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Fred Paronuzzi

Une fois par mois un acteur de l’édition jeunesse (auteur, illustrateur, éditeur,…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché, ému ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé. Cette semaine c’est l’auteur Fred Paronuzzi qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Mon coup de cœur sera multiple et protéiforme (je ne suis pas sûr du sens de ce mot, mais ça fait mec-qui-a-du-vocabulaire alors je le garde).
Georges HYVERNAUD - La peau et les osIl y aura un roman, La peau et les os de Georges Hyvernaud, un des plus grands romanciers du XXème siècle selon moi. Injustement oublié, puis fort bien republié par l’excellente maison d’édition le Dilettante.
Il y aura un manga, genre pour lequel je nourrissais un profond et très bête mépris avant de le découvrir. Le sommet des dieux, de Taniguchi (éditions Kana, 5 volumes). C’est plein de virtuosité et d’humanité. C’est beau. Fort. Puissant. Un homme obsédé par la montagne ça me parle bigrement après deux mois passés sur les sommets !
Il y aura une BD (ou roman graphique, c’est plus classe). Les pieds dans le béton de Wouters et Ross, aux très chouettes éditions Sarbacane. Le dessin est bluffant. L’histoire – une amitié sur fond de punk – prenante et sans faiblesse. the velvet undergroundAyant été moi-même No Future du temps où j’avais encore assez de cheveux pour faire une crête, j’ai adoré !
Il y aura enfin un vieux groupe dont tout le monde se foutait à l’époque et dont tout le monde se fout aujourd’hui, le Velvet Underground, parce que c’est classieux, indémodable (car au delà des modes) et que je ne m’en lasse pas (en plus, Lou Reed a mauvaise mine ces derniers temps, courage Lou !).

Mon coup de gueule n’en est pas un. Un coup de lassitude, plutôt, devant cette énième rentrée littéraire. Combien cette année ? 500 romans ? 700 ? 1000 ? Qui dit mieux ? Avec les mêmes tronches qui squatteront le poste de télé (je me suis débarrassé du mien il y a longtemps, Dieu merci). Les mêmes passages de pommade. Les mêmes petits arrangements entre amis.
Et au milieu du ras-de-marée d’excellents livres noyés, broyés, oubliés, lus par personne ou presque… beurk, nausée.

Fred ParonuzziFred Paronuzzi est auteur.

Bibliographie sélective :

You Might Also Like

Pendant ce temps là au collège…

Par 6 juin 2013 Livres Jeunesse

Deux romans pour adolescents qui se passent au collège.

Là où je vaisUne heure de cours, entre 11h10 et 11h59. Une fille va vivre une belle histoire d’amour, un enfant né dans un autre pays va prendre conscience que sa différence n’est plus un problème, un garçon dont la sœur vient de mourir va se rendre compte que l’école n’est plus faite pour lui et une jeune fille va raconter l’inracontable. Quatre destins, quatre jeunes lycéens comme il y en a des milliers. Une heure, juste une heure dans leurs vies, à un moment particulier.

Là où je vais de Fred Paronuzzi est un bijou, un livre qui bouleverse, qui nous emporte comme finalement peu de livres le font. Scènes de vies, scènes d’amour, scènes de questionnement,… Fred Paronuzzi a une plume magnifique, il nous parle avec pudeur de sujets lourds sans que son roman ne soit jamais plombant. On suit les histoires de ses personnages et des gens qui gravitent autour (professeurs épuisés, CPE à l’écoute, conseiller d’orientation qui se préoccupe vraiment de ses élèves,…), ce qu’ils ramènent au lycée de leurs vies, de leurs fêlures. Le roman parle d’amour (homosexuel mais on s’en fout), de viol, d’immigration, d’intégration, d’amitié, de théâtre, de se trouver, d’écoute,… il parle de moi, de vous, de ceux qui nous entourent, ceux que l’on croise tous les jours. Une heure dans la vie de quatre jeunes que vous n’êtes pas prêts d’oublier.

L'arène du collègeC’est la rentrée pour Anna, grand moment de stress car c’est sa première. A partir d’aujourd’hui elle pourra dire qu’elle est prof, ça y est. Anna va devoir apprendre à gérer une classe en suivant, ou pas, les conseils de son tuteur, une classe parfois très dure, avec des élèves désespérés face à leur avenir (au point qu’une de ses élèves se suicide), des élèves qui pensent qu’il peut être amusant de faire craquer les profs. Alors bien-sûr il y a parfois le soutien des collègues qui vivent la même chose, du principal dépassé mais compatissant, des élèves plus sympa mais il y a aussi les parents qui pensent savoir mieux que les enseignants ce qu’ils doivent faire, les gens qui ne comprennent pas qu’un prof craque… Anna entre donc dans l’arène… mais est-elle un taureau ou un matador ?

J’ai trouvé L’arène du collège très fort et en même temps quelque chose m’a dérangé. Pour moi ce roman n’est pas du tout un roman pour adolescents. C’est tout au long de l’histoire la vie d’une prof, ses peurs, ses doutes, ses histoires de famille, ses histoires d’amour,… J’ai l’impression que la plupart des adolescents ne vont pas être intéressés (alors que forcément ça serait intéressant pour eux de connaître « l’autre côté », ce que vivent leurs profs). Passé ce sentiment de ma part, j’ai trouvé ce roman très fort sur la détresse et le sentiment de solitude que peuvent vivre des enseignants face à des jeunes qui ne croient plus en rien, des jeunes qui s’amusent avec les nerfs de ceux qui sont là pour les aider. C’est un roman franchement plombant par moment mais pourtant avec de l’optimisme. Un roman dur mais fort sur le quotidien des enseignants.

Quelques pas de plus…
Là où je vais chroniqué par Enfantipages.

Là où je vais
de Fred Paronuzzi
Éditions Thierry Magnier
7,20€, 122×211 mm, 80 pages, imprimé en France, 2013.
L’arène du collège
de Micheline Jeanjean
Le griffon bleu dans la collection On ré-agit !
7€, 147×210 mm, 133 pages, imprimé en France, 2011.


A part ça ?

Mon frère, ma princesse de Catherine Zambon, qu’on avait adoré et chroniqué ici a reçu le prix Collidram (prix décerné par des collégiens). Félicitation donc à Catherine Zambon !

Gabriel

You Might Also Like

Les invités du mercredi : Eléonore Thuillier et Le tour de la question « Les dédicaces, moment de plaisir ou de stress ? » (+ concours)

Par 21 novembre 2012 Les invités du mercredi

Quelle joie aujourd’hui de recevoir la talentueuse Eléonore Thuillier. Je connaissais peu son travail et depuis quelques temps je découvre vraiment ce qu’elle fait et j’aime beaucoup. En plus, grâce aux éditions Auzou, j’ai la joie de faire gagner à l’un de vous un exemplaire de Le loup qui ne voulait plus marcher. Ensuite nous ferons le tour de la question « Les dédicaces, moment de plaisir ou de stress ? » avec deux réponses très différentes, celle de l’illustratrice Cécile Hudrisier et celle de l’auteur Fred Paronuzzi ! Beau mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Eléonore Thuillier

Quel a été votre parcours ?
J’ai fait des études littéraires avant d’entamer des études en Art Appliqués spécialisées dans la mode.

Quels sont les livres qui ont marqué votre enfance et votre adolescence ?
J’adorais Le petit Nicolas, et j’ai beaucoup lu et relu La Comtesse de Ségur. J’étais aussi très BD avec une nette préférence pour Tintin (grâce à mon père) surtout les albums avec le Capitaine Haddock.

Où trouvez-vous l’inspiration ?
Un peu partout. Une idée peut naître d’une image, un paysage, une chanson, une phrase… La magie est de se laisser surprendre. Par exemple, hier j’ai vu une maison ancienne aux portes et fenêtres murées… J’ai commencé à réfléchir, je ne sais pas ce que ça va donner mais ça m’a inspiré.

Quelle est votre technique ?
Peinture, gouache, acrylique ou aquarelle mélangée à du crayon de couleur et du numérique.

Le succès de votre loup ça change la suite ? (le téléphone sonne plus souvent, on vous demande tout le temps de faire des loups ou au contraire ça vous permet plus de liberté ?)
Ça ne change rien à part une satisfaction personnelle. C’est une belle aventure. En revanche, on ne me sollicite pas plus. J’ai conscience qu’un tel succès est une belle opportunité mais en même temps le personnage du Loup me colle à la peau. À moi de montrer régulièrement que je peux faire autre chose et j’en ai vraiment envie. Je le fais déjà grâce à la confiance que me portent les éditions Kaléidoscope par exemple. Cet automne est sorti un chouette album « Jour de piscine » écrit par Christine Naumann-Villemin.

Avec quel auteur rêvez-vous de travailler ?
Ça peut paraître prétentieux mais je rêverais de travailler avec moi-même si j’arrivais à coucher sur le papier les bribes d’idées qui germent dans ma tête… Sinon, il y a bien sûr des tas d’auteurs avec qui j’aimerais travailler mais je n’ose pas dévoiler les noms par pudeur. J’ai déjà été super gâtée. Travailler avec des auteurs comme Christine Naumann-Villemin, Séverine Vidal, Michaël Escoffier et Jean Leroy est une chouette expérience que je réitérerais volontiers. Et puis il y a des auteurs qu’on retrouve avec plaisir comme Orianne Lallemand bien sûr et Virginie Hanna avec qui je viens de partager un nouvel album.

Quels sont vos projets ?
Continuer à ravir les petits avec le Loup et surtout essayer d’écrire.

Ses derniers livres sortis  :

Retrouvez Eléonore Thuillier sur son blog : http://eleillustrations.blogspot.fr

Comme je vous le disais avant l’interview, les éditions Auzou m’offrent la possibilité de faire gagner à l’un de vous un exemplaire de Le loup qui ne voulait plus marcher. Pour ça je vais m’inspirer de mon tour de la question (la rubrique qui suit) : quelle est la plus belle dédicace que vous ayez eue et/ou celle que vous voudriez avoir (j’entends par là celle de l’artiste dont vous rêvez d’avoir une dédicace). Je tirerai au sort parmi les réponses. Je vous laisse jusqu’à lundi 20 h (comme d’habitude) !


Le tour de la question… Les dédicaces, pur moment de plaisir ?

Une fois par mois je propose à plusieurs auteurs de répondre à une même question, ce mois-ci je leur ai proposé de nous dire si les séances de dédicaces sont pour eux un pur moment de plaisir ou de stress.

Cécile Hudrisier : À chaque fois que je pars en dédicaces, je pense à mon tout premier salon de Montreuil, en 1997 ou 1998, du temps où je n’avais pas encore été éditée, du temps où je finissais mes études et réalisais juste quelques petites commandes pour les magazines de Milan Presse. J’avais entendu dire que si je voulais VRAIMENT devenir illustratrice, il FALLAIT que j’aille rencontrer des éditeurs à Montreuil. J’étais motivée, j’avais pris mon billet pour Paris, j’avais préparé plein de chemises avec plein de dessins et de travaux dedans. J’avais décidé d’arriver vers 10 h et de rentrer sur Toulouse vers 20 h, je me disais que ça me laissait plein de temps pour rencontrer plein d’éditeurs. J’avais pris le bus, le métro, j’avais fait la queue sous la pluie pour acheter mon entrée, j’avais sillonné les allées immenses et surchauffées du salon pendant sept bonnes heures, j’avais observé, tourné des pages, attendu le bon moment, essayé de deviner qui était qui parmi tous ces gens, j’avais été intimidée, perdue, et je n’avais finalement rencontré personne, montré mes jolis dessins bien rangés dans des chemises en plastique à personne, parlé à personne… ou si, très brièvement et on m’avait expliqué qu’il fallait prendre rendez-vous pour espérer parler à un éditeur durant le salon. Que cela ne se faisait pas de se pointer comme ça… Je n’étais pas au courant… J’aurais pu fondre en larmes. De fatigue, de stress, de m’être sentie bête, pas à ma place, mais j’étais restée, j’avais continué à regarder les gens de l’autre côté des tables, tous ces vrais illustrateurs, ces vrais auteurs, invités pour de vrai, assis à leurs vraies places, avec leurs albums à eux, leurs trousses et leurs éditeurs souriants à leurs côtés, qui discutaient, rigolaient, saluaient leurs lecteurs aux regards complices, tous ces gens qui savaient pourquoi ils étaient là… Je m’étais juste dit que ça devait être génial. Je m’étais demandée si un jour j’aurais cette chance. D’avoir ma place parmi eux. Même une toute petite. Dans un coin. Près des toilettes ! Peu importe !
Alors, le jour où mon premier album est sorti, où mon éditrice m’a invitée à venir le dédicacer pour quelques heures à Montreuil, c’était tout simplement la fête. J’ai reçu un badge, on m’a installée derrière une étiquette à mon nom, j’ai sorti ma trousse, et j’ai savouré ma chaise et mon bout de table comme jamais. J’ai apprécié chaque parole échangée. Et je pense sincèrement qu’à chaque signature, je suis dans cet état d’esprit : heureuse de pouvoir présenter mon travail, mon métier, de pouvoir échanger avec les gens, qu’ils soient lecteurs, « fans », professionnels, étudiants, ou juste des passants curieux…

J’aime bien rencontrer les gens qui achètent mes livres. Parfois, c’est juste comme ça, parce qu’ils passaient par là et que la couverture les a attirés, et repartir avec une dédicace ne les intéresse pas plus que ça ; d’autres fois, c’est plus touchant car je comprends que ce sont des gens qui
suivent mon travail, des gens qui avaient vraiment envie de me rencontrer et de me voir bricoler quelque chose pour eux avec mes petits papiers. Ces moments-là sont forcément super valorisants. Encourageants. Et ça renforce cette idée que je suis bien à ma place derrière cette table. Derrière ces livres que je suis fière de dédicacer…
Cécile Hudrisier est auteur et illustratrice. Elle vient de sortir P’tit Biscuit ou L’histoire du bonhomme de pain d’épices qui ne voulut pas finir en miettes chez Didier Jeunesse. Son blog : http://leschosettes.canalblog.com

Fred Paronuzzi :
Je n’aime pas les dédicaces. Je n’aime pas me retrouver derrière une table, mes livres devant moi, en tas, piètre camelot, guetteur de chaland. Je n’y suis pas à l’aise. Qu’est-ce que je suis censé faire, au juste ? Gueuler à la foule, en martelant ma poitrine, que MES livres sont des chefs d’œuvre incontournables, incontestables, indispensables, bien supérieurs aux milliers d’autres livres présents, qu’ils seraient vraiment fous à lier, ces gens (promeneurs ? lecteurs ? curieux ? ici par hasard ?), de passer à côté ? Prendre la posture de l’écrivain maudit, sombre, introverti, torturé, ou au contraire sourire d’un air béat tel l’idiot du village ? Susciter la pitié, sortir ma tête de chien battu, ou jouer au bel indifférent – « ça t’intéresse, ça t’intéresse pas, m’en fous, t’imagines même pas, pfff… »
Alors du coup, je ne fais rien de particulier. Je m’occupe. J’observe les physionomies, les attitudes, je tends l’oreille vers une conversation. Je parle à mes voisins s’ils sont disponibles (c’est le plus grand plaisir des salons, la rencontre avec d’autres auteurs – la plupart sont sympa, marrants, humbles, surtout s’ils sont étiquetés « jeunesse »… et vlan ! – et des libraires toujours passionnés). J’achète les livres des autres, je me les fais dédicacer (ben oui !), ravi de mes découvertes… ça pèsera lourd dans la valise, au retour, mais tant pis. Je m’absente (pipi, balade, café, nouveaux potes à voir). Et puis, me sentant un peu coupable, je reviens.
Si quelqu’un s’approche, manifeste un quelconque intérêt, je dis bonjour, comme me l’a appris ma maman. S’il feuillette un livre, je me sens presque embarrassé, je regarde mes ongles, je tousse dans mon poing. S’il me pose une question, je lui réponds avec beaucoup d’amabilité, même si, à choisir, je préfèrerais que l’on parle d’autre chose. S’il me dit (c’est arrivé) : « donnez-moi envie de lire vos livres », je montre les dents, j’écume, j’envoie paître. Non mais ! Et, la crise passée, je me dis que je serais mieux ailleurs… à écrire, tiens, par exemple.
Non, décidément, je n’aime vraiment pas les dédicaces. Je n’y suis pas à l’aise. Et d’ailleurs, je les refuse quasi systématiquement.
Sauf.
Ah oui, sauf… sauf si, avant (ou pendant, ça arrive) il y a des rencontres (avec des classes, en médiathèques, etc.), des débats, des lectures, un contact quoi, quelque chose de vivant ! Car les échanges de ce type, je les adore ! Et la dédicace en devient la suite logique. On vient vous voir – pas forcément pour acheter, d’ailleurs, et peu importe – on discute, on argumente, on précise un point, on nuance, on sympathise.
C’est très agréable. Très enrichissant. Très stimulant.
Et ces dédicaces-là, je ne les refuse jamais !
Fred Paronuzzi est auteur, il vient de sortir Mon père est américain chez Thierry Magnier et il sortira très prochainement Là où je vais également chez Thierry Magnier.

You Might Also Like

Secured By miniOrange