La mare aux mots
Parcourir le tag

Ghislaine Roman

Du berger à la bergère : de Ghislaine Roman à Csil

Par 14 août 2019 Les invités du mercredi

Cet été encore, on vous propose à nouveau la rubrique du berger à la bergère tous les mercredis. Cette rubrique vous avait tellement plu les trois derniers étés, nous nous devions de la reprendre (il faut dire qu’à nous aussi elle plaît beaucoup) ! Donc tous les mercredis jusqu’à la rentrée, ce sont des auteur·trice·s et des illustrateur·trice·s qui posent trois questions à un·e auteur·trice ou un·e illustrateur·trice de leur choix. Puis c’est à l’interviewé·e d’en poser trois à son tour à son intervieweur·euse d’un jour. Après Fanny Joly et Catharina Valcks, Clémence Pollet et Sandrine Thommen, Marc Daniau et Natalie Fortier, Gaya Wisniewski à Gaëtan Dorémus, Ella Charbon et Claire Lebourg, cette semaine c’est Ghislaine Roman qui a choisi de poser des questions à Csil !

Ghislaine Roman : Ton trait et ton style sont très identifiables. Depuis que je te connais, je vois ton travail évoluer vers une plus grande complexité, avec des mises en scène plus abouties. Cependant, j’ai l’impression que tu utilises toujours à peu près les mêmes outils. Est-ce que je me trompe ? Envisages-tu d’aller explorer d’autres techniques ou préfères-tu continuer à creuser ce sillon (sillon que j’adore) ?
Csil : Pour les livres, c’est vrai que j’utilise les mêmes outils. Pour l’instant, je suis très attachée à mes crayons de couleur. Je prends la même base mais en la faisant évoluer. Mais j’aime explorer plein de techniques, je suis en train de faire des images en gravure à la pointe sèche, pour un nouveau livre. J’ai réalisé aussi des illustrations digitales pour le Graou magazine, un outil qui me permet d’aller ailleurs et autrement.
Une jolie envie de toucher à tout : textile, objet, broderie, sérigraphie, gravure, outil numérique… il me faudrait juste de plus grandes journées 🙂

Ghislaine Roman : Cela fait quelques mois que tu as changé de rythme puisque tu ne te consacres plus qu’à tes créations pour l’édition jeunesse. Est-ce que cela a changé quelque chose dans ton travail ? Dans tes projets ?
Csil : J’ai quitté mon poste de DA (directeur artistique) en agence de communication il y a un an tout juste. Il m’a fallu un peu de temps pour m’y faire. J’avais ce temps juste pour l’illustration, pour développer mon univers ! Il fallait y croire déjà… Pour s’adapter, ça n’a pas été si simple, toute cette liberté de temps. Je crois que j’y suis enfin presque arrivée ! 🙂 Ça a changé beaucoup de choses oui, j’ai plus de recul sur mon travail, je ne cours plus après le temps (une heure par ci, une par là… Devoir terminer sans pouvoir refaire une image car je n’avais pas le temps !). Mes projets sont plus aboutis je pense, j’ai eu cette année cette belle impression de faire ce métier d’illustrateur ! Cela m’a permis aussi de faire des rencontres dans les médiathèques, écoles… joie intense et moments inoubliables !
Voilà j’aimerais juste que ça ne s’arrête jamais !

Ghislaine Roman : Qu’attends-tu de ta collaboration avec un auteur ou une autrice ?
Csil : Je n’attends rien en particulier, je laisse cette collaboration naître petit à petit, différente à chaque fois mais si importante ! Elle va influencer le cheminement du projet… elle va le faire évoluer, changer de direction, me le faire aimer encore plus ! J’adore ce moment de partage, « de naissance ».

 Csil : Je sais que tu portes une attention particulière à la musicalité de tes textes. Es-tu musicienne ? Pratiques-tu un instrument de musique ?
Ghislaine Roman : J’ai été musicienne, oui. Dans la petite ville où j’ai grandi, il y avait deux écoles « artistiques ». Le cours de danse et l’école de musique. Le premier était privé et donc payant. Il était fréquenté par les filles de notables (les filles, hein, parce que les garçons, eux, ils faisaient du tennis ou du rugby). J’en rêvais ! J’assistais parfois à leur fête de fin d’année et les costumes, réalisés par les jolies-mamans-bienveillantes-minces-et-bien-habillées, me donnaient le frisson. Je me souviens d’une Blanche Neige qui m’avait fait pleurer tellement j’aurais voulu être à sa place. Mais bon, c’était cher, et je ne fis donc pas de danse.
L’école de musique, elle, était gratuite, parce que municipale. Là aussi, les préjugés sexistes étaient en action, mais à cette époque, les années soixante et le début des années soixante-dix, cela ne semblait défriser personne. Les filles apprenaient la mandoline ou la guitare quant aux garçons, ils avaient droit aux trompettes, clarinettes, trombones ou tambours. J’ai donc appris la mandoline puis, au bout de quelques années, je suis entrée à l’Estudientina. C’est comme ça qu’on appelait cette formation exclusivement féminine qui jouait des airs de Mozart ou de Dalida, avec la même ferveur et le même enthousiasme.
Quand j’ai quitté ma petite ville pour venir faire mes études à Toulouse, j’ai commencé à écrire des chansons. Je voulais être Joan Baez et Maxime Le Forestier à la fois. J’ai appris la guitare pour composer et m’accompagner. Mais j’étais limitée par ma technique catastrophique. Je chantais avec des potes tous les vendredis soir dans un bar-cabaret du centre-ville. Ça m’a donné le cran indispensable pour faire face au public. C’était une expérience incroyable de se dévoiler à travers les textes et de s’accorder le droit de les dire aux autres. Une expérience qui, d’ailleurs, ressemble beaucoup à ce que je ressens maintenant quand je fais des lectures publiques de mes albums.
Dans une troisième vie musicale, j’ai créé un groupe de chanson rock avec un copain d’école normale. Ça s’appelait « Le jardin botanique ». Notre plus grand titre de gloire est d’avoir été sélectionnés pour la scène ouverte du printemps de Bourges en 1983 (oui, je sais…). C’était une époque joyeuse et folle. Nous faisions des maquettes en studio, enchainions les concerts. Je chantais et j’adorais ça. Mais nous nous sommes épuisés. Et nous avons arrêté. Pendant des années, je n’arrivais plus à écouter de musique. C’était une douleur intolérable. Un deuil jamais accompli. Puis le temps a fait son travail et je suis revenue vers la musique. Classique d’abord. Bach est mon ami. Puis la chanson. Jonasz, Samson, Annie Lenox et quelques autres m’accompagnent depuis des années.
De tout cela, il m’est resté un certain sens du groove. Une mélodie doit s’enrouler, s’étendre, se déployer et trouver une fin à la fois logique et inattendue. Elle doit, en plus, se poser sur un tempo, puis sur un rythme qui la met en valeur et lui donne tout son sens. Il me semble qu’il en est de même pour les phrases. Pour les textes. Quand j’écris, je reste parfois très longtemps sur une phrase parce que justement, je n’arrive pas à lui donner ce caractère musical qui est si important pour moi. Je lis à haute voix. Chaque séance d’écriture commence par cela. Je veux être sûre que tout s’enchaîne bien. Qu’il n’y a pas de hiatus entre ce que j’ai écrit lundi et ce que j’ai écrit jeudi (eh oui, je n’écris pas tous les jours). Quand une phrase me semble mal équilibrée, bancale, boiteuse, je gratte jusqu’à ce que ça me paraisse acceptable. Je ne dis pas « bien », il ne faut tout de même pas exagérer, mais acceptable pour moi. Il m’arrive de chercher un synonyme de trois syllabes parce que deux, vraiment, ça ne colle pas. J’ai bien conscience que c’est un peu ridicule et souvent, je me dis que personne ne doit s’en rendre compte. Parfois, un lecteur ou une lectrice attentive m’a prouvé le contraire. Ça m’encourage. Mais c’est pénalisant d’une certaine façon. J’écris si lentement !! Mais je ne sais pas faire autrement. Tu crois qu’il faut que je me soigne ?

Csil : À quel moment de la journée écris-tu et où ? Peux-tu nous décrire l’endroit où tu écris ?
Ghislaine Roman : Je n’ai aucun rituel d’écriture. Pas d’outil fétiche, pas de stylo porte-bonheur. Je ne m’installe devant mon ordinateur que lorsque je sens que quelque chose arrive, qu’un début d’histoire est à portée de main. En y réfléchissant, c’est le plus souvent le matin parce que je gamberge beaucoup pendant la nuit. Je résous la plupart de mes difficultés d’autrice pendant la nuit. La mise en scène d’un passage délicat, un dialogue, un découpage… en revanche, je suis totalement incapable d’écrire après la tombée de la nuit. Il doit y avoir une sorte d’interrupteur dans ma tête. Un truc qui doit dater de la toute petite enfance, j’imagine.
Pour être franche, mon lieu d’écriture est virtuel. Je veux dire que ce n’est pas un endroit qu’on pourrait situer en latitude et longitude. Je dirai que ce lieu pourrait s’appeler la condition nécessaire. C’est le calme des émotions. Le temps. La douceur des choses autour de moi. Par temps de tempête émotionnelle, je ne peux absolument pas écrire et si je le fais malgré tout, ça ne fonctionne pas. Si je suis parasitée par du stress, de l’inquiétude pour mes proches, une angoisse du lendemain, je m’éteins comme une vieille chandelle.
Quant au côté géographique de la chose, j’ai un petit bureau sympa, coloré, tapissé de dessins de mes ami·e·s illustrateurs et illustratrices. Il faudra que tu viennes le voir.

Csil : Comment sais-tu que tu as trouvé la forme définitive pour un texte, si toutefois elle existe ?
Ghislaine Roman : Je ne le sais pas justement. Quand j’étais en atelier d’écriture, on me disait que j’avais un problème avec le point final. Ce n’est plus tout à fait ça aujourd’hui puisque j’écris souvent la fin en premier. Mais je ne suis jamais vraiment satisfaite de mon travail. Je sais qu’on peut toujours faire mieux mais je sais aussi que le mieux est souvent l’ennemi du bien. Il faut savoir s’arrêter pour garder la dynamique du texte, le plaisir de l’écrire. Il ne faut pas user les personnages. Les garder frais et forts pour les lecteurs et les lectrices. Heureusement, j’ai souvent travaillé avec des éditrices qui savaient m’aider à poser les jalons et qui étaient capables de me dire « STOP ! »
Le vrai point final, en fait, c’est le lecteur ou la lectrice. Le moment où le texte m’échappe complètement. Le moment où celui ou celle qui lit se fait sa propre histoire avec ce que j’ai écrit. Là, oui, je suis bien obligée d’admettre que le texte a trouvé sa forme définitive. Ce qui est beau et enthousiasmant, c’est de se dire que cette fameuse forme définitive n’est pas la même pour tous. C’est une aventure magnifique.

Bibliographie sélective de Csil :

  • La Fille qui cherchait ses yeux, illustration d’un texte d’Alex Cousseau, À pas de loups (2019), que nous avons chroniqué ici.
  • Espèces de patates, illustration d’un texte de Pog, Marmaille et compagnie (2018).
  • Un ours dans ma classe, illustration d’un texte de John Lavoignat, Saltimbanque (2018).
  • Dans mon cœur, illustration d’un texte d’Arnaud Tiercelin, Frimousse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Y aura quelqu’un, illustration d’un texte de Thomas Scotto, Frimousse (2017).
  • J’veux pas y aller, illustration d’un texte de Ghislaine Roman, Frimousse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Sans ailes, illustration d’un texte de Thomas Scotto, À pas de loups (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Mme Eiffel, illustration d’un texte d’Alice Brière-Haquet, Frimousse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Le vilain défaut, illustration d’un texte d’Anne-Gaëlle Balpe, Marmaille & Compagnie (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • 55 oiseaux, illustration d’un texte de Séverine Vidal, Winioux (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • C’est la mienne, illustration d’un texte de Lisa, Frimousse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Paul, illustration d’un texte d’Alice Brière-Haquet, Frimousse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Rien qu’une fois, illustration d’un texte de Séverine Vidal, Winioux (2011), que nous avons chroniqué ici.

Son site : www.csil.graphics.

Bibliographie sélective de Ghislaine Roman :

  • Norig et l’or de l’île, album illustré par Sophie Lebot, Saltimbanque (2018).
  • Le masque de la Montagne Blanche, album illustré par Bénédicte Mémo, Cipango (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Cerf-volant de Toshiro, album illustré par Stéphane Nicollet, Nathan (2018).
  • La princesse aux mille et une perles, album illustré par Bertrand Dubois, De la Martinière Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Bagdan et la louve aux yeux d’or, album illustré par Régis Lejonc, Seuil jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • J’veux pas y aller, album illustré par Csil, Frimousse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Ouf !, album illustré par Tom Schamp, Milan (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Grand Livre des peut-être, des si et des petits pourquoi, album illustré par Tom Schamp, Milan 2015.
  • Un jour, deux ours, album illustré par Antoine Guilloppé, Gautier-Languereau (2015).
  • La poupée de Ting-Ting, album illustré par Régis Lejonc, Seuil Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Contes d’un roi pas si sage, album illustré par Clémence Pollet, Seuil Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Un Noël d’écureuil, album illustré par Bruno Pilorget, Milan, (2012).
  • Carnavalphabet, album illustré par Tom Schamp, Glénat (2007).
  • Tukaï, l’enfant-sorcier, album illustré par Frédéric Pillot, Milan (2005).
  • La pêche aux nuages, album illustré par Vincent Bourgeau, Milan (2003).
  • Bientôt Noël ! Une histoire par jour et des jeux pour attendre Noël, album illustré par Olivier Latyk, Milan (2001).

Retrouvez Ghislaine Roman sur son site : http://www.ghislaineroman.fr.

You Might Also Like

De très beaux albums

Par 21 décembre 2017 Livres Jeunesse

Pour ma dernière chronique de l’année, je vous propose des merveilles. Noël est tout proche, j’ai sélectionné de beaux albums. Cette chronique arrive un peu tard (mais la grande majorité d’entre eux étaient dans le webzine), mais elle vous donnera peut-être des idées de cadeaux de dernière minute ou tout simplement parce que finalement, Noël ce n’est pas forcément toujours le 25 décembre !

La Mésaventure
d’Iwona Chmielewska (traduit par Lydia Waleryszak)
Format
16,90 €, 218×275 mm, 60 pages, imprimé en Pologne, 2016.
Lignes
de Suzy Lee
Les Grandes Personnes
14 €, 215×280 mm, 40 pages, imprimé en Chine, 2017.
Promenons-nous dans les mois
d’IK & SK
Père Castor
15 €, 190×255 mm, 32 pages, imprimé en Chine, 2017.
Giselle
de Charlotte Gastaut, d’après Théophile Gautier et Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges
Amaterra
24,50 €, 298×330 mm,44 pages, imprimé en Chine, 2017.
Le prince Sauvage et la renarde
Texte de Jean-Philippe Arrou-Vignod, illustré par Jean-Claude Götting
Gallimard Jeunesse
16 €, 270×333 mm, 48 pages, imprimé en Espagne, 2017.
Mes petites roues
de Sébastien Pelon
Père Castor
14 €, 300×260 mm, 32 pages, imprimé en Chine, 2017.
Le nez de Cyrano
Texte de Géraldine Maincent, d’après Edmond Rostant, illustré par Thomas Baas
Père Castor
14 €, 210×340 mm, 32 pages, imprimé au Portugal, 2017.
Princesse Souris
Texte de France Quatromme, illustré par Violaine Costa
Circonflexe dans la collection Albums Circonflexe
15 €, 265×340 mm, 32 pages, imprimé en Pologne, 2017.
Pleine Neige
d’Antoine Guilloppé
Gautier-Languereau
19,95 €, 298×325 mm, 40 pages, imprimé en Chine, 2017.
Petit jardin de poésie
Textes de Robert Louis Stevenson (traduits par Christian Demilly), illustrés par Ilya Green
Grasset Jeunesse dans la collection La Collection
19,90 €, 242×312 mm, 32 pages, imprimé en Espagne, 2017.
La patience du héron
Texte d’Érik L’Homme, illustré par Lorène Bihorel
Gallimard Jeunesse
15,90 €, 290×200 mm, 48 pages, imprimé en Italie chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
La Princesse aux mille et une perles
Texte de Ghislaine Roman, illustré par Bertrand Dubois
De La Martinière Jeunesse
16 €, 273×385 mm, 32 pages, imprimé au Portugal, 2017.
Björn et le vaste monde
de Delphine Perret
Les fourmis rouges
12,50 €, 210×150 mm, 64 pages, imprimé en Italie, 2017.
Les Belles
Textes de Fabienne Morel et Gilles Bizouerne, illustré par Charlotte Gastaut, Delphine Jacquot et Peggy Nille
Syros dans la collection le tour du monde d’un conte
21,90 €, 180×229 mm, 286 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
Contes de Grimm
Textes des frères Grimm, illustrés par Arthur Rackham
BNF éditions
29 €, 220×270 mm, 192 pages, imprimé en Belgique, 2017.
Le secret du nom et autres contes
Textes de Muriel Bloch, illustrés par Margaux Othats
Gallimard Jeunesse Giboulées
18 €, 205×265 mm, 128 pages, imprimé en Italie chez un imprimeur éco-responsable, 2017.

You Might Also Like

Les invité·e·s du mercredi : Ghislaine Roman et Alice Brière-Haquet

Par 25 octobre 2017 Les invités du mercredi

On adore les livres de Ghislaine Roman, pourtant on ne l’avait jamais interviewée ! C’était une grave lacune, aujourd’hui comblée. Ensuite, c’est une autre de nos autrices chouchous qui nous a livré ses coups de gueule et coup de cœur : Alice Brière-Haquet. Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Ghislaine Roman

Plusieurs de vos histoires semblent venir d’ailleurs (La poupée de Ting Ting, La princesse à la plume blanche, Bagdan ou encore votre tout dernier album, La princesse aux mille et une perles), comment travaillez-vous sur ces histoires ? Lisez-vous des contes issus de ces pays ?
Je ne suis pas une grande voyageuse. Je n’ai jamais eu l’impression que le monde m’appartenait et qu’il fallait tout voir sur notre terre. Je ne dis pas que c’est bien, ni que c’est mal d’ailleurs, c’est comme ça. Un truc intime avec l’espace. Je suis beaucoup plus fascinée par le temps. Mais ça, c’est une autre histoire. Étrangement, j’adore regarder des documentaires comme ceux qui sont diffusés par la 5 ou Arte. Ces films où l’on voit des gens cultiver la terre, aller au marché, faire la cuisine, préparer une fête. Les images sont souvent magnifiques et les personnes dont on suit la vie quotidienne parlent de ce qui les touche, de leurs difficultés, de leurs espoirs. Je peux pleurer devant un de ces films. Souvent, cela me donne envie d’en savoir plus. Alors je vais à la médiathèque et je me plonge dans des livres pour prolonger ce plaisir. Internet est aussi mon ami dans ces moments-là, bien sûr. Et parfois, il y a un petit rien qui m’accroche. Une tradition que je trouve symboliquement très forte, un paysage que j’ai envie de décrire, un mode de vie qui me parait faire écho au nôtre… et la machine à fiction se met en route. Et si l’enfant était seul ? Et si le grand-père était malade ? Et si la terre tremblait ? À partir de là, j’accumule de la documentation qui parfois ne me servira pas. Mais j’ai toujours besoin d’en savoir beaucoup sur mes personnages. Plus que ce que j’en dis dans le texte. C’est ce qui leur donne de la profondeur, je crois. Enfin, en tout cas, c’est ce qui donne de l’intensité dans le travail d’écriture. J’espère que cela se sent. Pour aller plus loin, il m’arrive de lire des recueils de contes des pays en question. Mais c’est juste pour y puiser une atmosphère. La structure de mes récits remonte à mon enfance, aux contes traditionnels, au patrimoine enfantin. La Princesse à la plume blanche prend racine dans le Blanche Neige que je lisais quand j’étais petite. Mon dernier album a quelque chose à voir avec un recueil que j’adore Contes d’orient. Un jour, je l’ai vu dans les mains d’un petit garçon dans le film Il y a longtemps que je t’aime, de Philippe Claudel. Cela m’a émue. J’adore ces petits clins d’œil de la vie. Dans mon dernier album, il y a un personnage qui s’appelle Kamar. Ce prénom vient de ce livre.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce superbe album, La princesse aux mille et une perles ?
Merci pour l’adjectif ! Il faut y associer les images de Bertrand Dubois !
Tout a commencé par cette histoire de perles… J’ai aimé imaginer un rite initiatique qui s’adresse à une princesse. L’idée qu’un bijou, objet futile par excellence, soit témoin et garant de la sagesse et de l’intelligence de mon héroïne, cela m’intéressait. Le royaume décrit dans l’histoire n’existe pas, bien sûr. Mais les questions que se pose la future souveraine sont bien d’actualité. Comment gérer les ressources, protéger notre environnement, ménager un espace pour chacun… j’aimerais être sûre que tous les dirigeants de notre terre soient capables de ce discernement.
Il s’agit d’un conte très traditionnel dans sa structure et dans sa narration. Un méchant avide de pouvoir, une trahison infâme, une amitié amoureuse entre deux gamins qui grandissent ensemble, ce sont des ressorts qu’on a l’impression d’avoir toujours connus. Je les traite comme des ingrédients pour proposer une nouvelle histoire.

L’écologie y tient aussi une place importante, on y parle de surpêche ou de l’utilité des abeilles notamment, ce sont des sujets importants pour vous ?
Oui, ce sont des sujets qui me préoccupent beaucoup. J’ai grandi dans une petite ville, très proche de la campagne. Mon père créait des jardins. Il me parlait de biodiversité bien avant que le terme soit connu du grand public. Il ne comprenait pas qu’on plante une haie composée d’une seule espèce par exemple. J’ai donc toujours eu un regard sur ce qui se passe dans le domaine de l’environnement et de sa protection. Je suis de ceux qui pensent que l’écologie est un humanisme, que nature et culture doivent cohabiter, coexister pour que nous avancions, pour que notre monde trouve un équilibre entre la nécessaire promotion de l’humain et l’indispensable respect des espèces autour de nous, végétales et animales. C’est la raison pour laquelle j’ai écrit en guise de dédicace : Notre terre sera ce que nous en ferons.

Comment naissent vos histoires ?
Il me semble que chaque histoire est un confluent où se rencontrent différentes sources. Certaines coulent de très loin, de mes montagnes natales, des livres que j’avais étant enfant, de souvenirs familiaux et d’autres beaucoup plus proches, de lectures récentes par exemple. Quand j’en parle dans les classes ou les médiathèques qui m’invitent, j’utilise une métaphore : ce sont des graines… avec cette dynamique du végétal, cette volonté de pousser, de grandir. Quand une idée d’histoire se forme dans ma tête, je ne la lâche plus. Parfois, cela va très vite mais il arrive que cela mette très longtemps, des années. J’admire les gens qui écrivent vite et beaucoup. Ce n’est pas mon cas. Je fignole. J’ai un vrai problème avec le point final. Même au moment du BAT [NDLR Bon à tirer], je continue à modifier des choses. Cela m’a longtemps culpabilisée mais maintenant, je sais que c’est ma façon de faire. Un jour, une bibliothécaire m’a dit, au sujet d’un de mes textes « Chaque mot est à sa place ». Je crois que c’est le plus beau compliment qu’on puisse me faire parce que c’est le fruit d’un long travail. Je l’ai déjà dit, je ne crois pas à l’inspiration. Je ne crois qu’au travail. Ce n’est pas avec des idées qu’on écrit mais dans un corps à corps avec les mots. Cela peut paraître prétentieux. Après tout, ce ne sont que des livres pour enfants, diront certains. Non, ce sont des livres. Et le moins qu’on puisse faire, c’est respecter celui qui va le lire, quel que soit son âge.

Parlez-nous de votre parcours et de comment est venue cette envie d’écrire pour les enfants
Cela s’est fait par hasard. Un jour, la rédactrice en chef de Wakou (Milan presse) m’a demandé d’écrire des contes pour son magazine. Elle avait vu qu’il m’arrivait d’en écrire pour ma classe. À l’époque, j’étais maîtresse en grande section de maternelle. J’en ai écrit un, sans grande conviction, persuadée qu’elle allait me dire que bon, c’était bien gentil mais pas assez ceci ou trop cela. Mais à ma grande surprise, elle a aimé ce que j’avais écrit et elle l’a publié. C’était au début des années 90. Puis un jour, un texte est passé d’un couloir à l’autre, de la presse à l’édition… et cela a donné Un Noël d’écureuil, illustré par Bruno Pilorget. Depuis, je n’ai pas arrêté d’écrire. Les rencontres avec les jeunes lecteurs me donnent envie, m’encouragent, me stimulent. Je ne suis pas blasée. Voir un de mes albums en vitrine, dans les mains d’un enfant, sur un blog, dans la presse… cela me fait toujours un effet incroyable.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
J’ai lu énormément de contes. Pas étonnant que ce soit ma forme de prédilection, aujourd’hui. J’habitais face à une maison de la presse qui possédait une grande étagère consacrée à la bibliothèque verte. Comme je n’avais pas d’argent, je l’ai utilisée comme une bibliothèque pendant plusieurs années. J’achetais un livre, je le lisais très vite et je redescendais le changer. La patronne n’était pas dupe mais elle me laissait faire. J’ai lu aussi bien le Capitaine Fracasse que l’inévitable Alice et le fantôme. Je crois que ma première vraie rencontre avec un texte, ce fut Le grand Meaulnes. Ensuite j’ai lu beaucoup de pièces de théâtre, Molière, Beaumarchais… Puis évidemment, les auteurs au programme. J’ai gardé de cette époque le goût des extraits choisis. J’aime cette impression d’inachevé, de question en suspend qu’ils laissent au lecteur.
Je relis régulièrement Les lettres de moulin et Les souvenirs d’enfance de Marcel Pagnol. Mon parrain me les avait offerts sous forme de beaux livres illustrés. Je les ai encore. Ils m’emportaient. C’est pour ça que je suis désolée quand j’entends un parent dire à un enfant « Non, pas celui-là, il y a des images, c’est pour les petits ». Je défends les albums sur de beaux formats avec des images fortes qui embarquent les gamins. Ce souci de rentabiliser la lecture me rend malade.

Que lisez-vous en ce moment ?
J’ai lu récemment la trilogie écossaise de Peter May. Dans la foulée, j’ai écrit un conte qui se passe sur une île du Nord. Sa description des ciels et des paysages est extraordinaire. Puis j’ai découvert l’amie prodigieuse, d’Elsa Ferrante. Elle y parle d’un sujet qui me touche beaucoup : le conflit de loyauté avec son milieu d’origine et du sentiment d’illégitimité, mon éternel compagnon. Il faut aussi que je parle de Syrius, de Stéphane Servant, que j’ai adoré. Son écriture me bouleverse. Et enfin du merveilleux Les attachants de mon amie Rachel Correnblit. Ce qu’elle y raconte du métier d’instit dans un quartier difficile ne peut que me toucher. Et son écriture est d’une légèreté et d’une précision qui fait mouche. Elle dit avec élégance et humour des choses essentielles sur l’enfance.

Pouvez-vous nous dire quelques mots de vos prochains ouvrages ?
2018 va voir la parution de trois albums, chez trois éditeurs différents. D’abord Le cerf-volant de Toshiro avec Stéphane Nicolet aux éditions Nathan. Il y est question de la complicité entre un vieil homme et son petit-fils. L’enfant est mutique. Le désir de faire partager sa vision du monde à son grand-père va lui permettre de retrouver le langage. C’est une histoire née d’une remarque du plus jeune des fils de Stéphane. Quand je vous dis qu’il s’agit de confluence !
Ensuite viendra un texte dont le titre devrait encore changer, aux éditions Cipango. Cette fois-ci, on part pour le Bhutan, petit royaume de l’Himalaya. Mes héros sont deux jumeaux, garçons et filles, Lune et Soleil… Bénédicte Némo est déjà au travail pour les images.
Et enfin, aux toutes nouvelles éditions Saltimbanque, le conte né de mon envie de paysages de lande et de bruyère. Pas de princesse cette fois, mais une petite gardeuse d’oies (hommage à ma mère) qui va sauver son pays du chaos lié à la découverte de filons d’or. Encore un conte écolo qui questionne notre envie de richesse. Je retrouve Sophie Lebot pour les illustrations. Ses crayonnés sont à couper le souffle.
D’autres textes sont prévus pour 2019. Mais c’est encore un peu tôt pour en parler.

Bibliographie :

  • La princesse aux mille et une perles, album illustré par Bertrand Dubois, De la Martinière Jeunesse (2017).
  • Bagdan et la louve aux yeux d’or, album illustré par Régis Lejonc, Seuil jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • J’veux pas y aller, album illustré par Csil, Frimousse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Ouf !, album illustré par Tom Schamp, Milan (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Grand Livre des peut-être, des si et des petits pourquoi, album illustré par Tom Schamp, Milan 2015.
  • Un jour, deux ours, album illustré par Antoine Guilloppé, Gautier-Languereau (2015).
  • La poupée de Ting-Ting, album illustré par Régis Lejonc, Seuil Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Contes d’un roi pas si sage, album illustré par Clémence Pollet, Seuil Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Un Noël d’écureuil, album illustré par Bruno Pilorget, Milan, (2012).
  • Mystère au palais, album illustré par Bérengère Delaporte, Milan (2010).
  • Amani faiseur de pluie, album illustré par Anne Romby, Milan 2010
  • Carnavalphabet, album illustré par Tom Schamp, Glénat (2007).
  • Le livre des petits pourquoi, album illustré par Tom Schamp, Milan (2006).
  • Tukaï, l’enfant-sorcier, album illustré par Frédéric Pillot, Milan (2005).
  • Le pirate de la bouteille, album illustré par Freddy Dermidjian, Milan (2005).
  • Le livre des si, album illustré par Tom Schamp, Milan (2004).
  • La pêche aux nuages, album illustré par Vincent Bourgeau, Milan (2003).
  • Le parapluie volant, album illustré par Vincent Bourgeau, Milan (2003).
  • Les 4 saisons. Deux histoires par mois et des jeux pour toutes les saisons, album illustré par Olivier Latyk, Milan (2003).
  • Le livre des peut-être, album illustré par Tom Schamp, Milan (2003).
  • Bientôt Noël ! Une histoire par jour et des jeux pour attendre Noël, album illustré par Olivier Latyk, Milan (2001).

Retrouvez Ghislaine Roman sur son site : http://www.ghislaineroman.fr.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Alice Brière-Haquet

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur·trice, illustrateur·trice, éditeur·trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché·e, ému·e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il·elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé·e. Cette semaine, c’est Alice Brière-Haquet qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Coup de gueule
Merci la Mare aux mots pour ce bout de tribune ! J’y ai pas mal réfléchi, les sujets de grogneries ne manquant pas aujourd’hui, ça m’a tracassée quelques semaines, et puis je me suis dit, allons-y franco, attaquons-nous aux rouages du système. Alors pas de révélation, pas d’accusation, pas de nom… C’est la grande roue de l’édition que j’ai envie de faire grincer aujourd’hui, notamment l’une de ses chevilles ouvrières : le droit d’auteur. C’est que la notion superpose des réalités très diverses :

  • N° 1 : Le droit d’être respecté en tant qu’auteur : il s’agit du droit moral, inaliénable, il garantit l’intégrité de notre œuvre et notre reconnaissance.
  • N° 2 : Le droit d’être diffusé : il s’agit des droits patrimoniaux que nous cédons par contrat à notre éditeur, et qui l’autorise à commercialiser notre œuvre pour nous (et il faut bien comprendre que quand le SNE fait campagne pour le droit d’auteur, c’est de ce droit-là qu’on parle).
  • N° 3 : Le droit d’être rémunéré pour son travail : c’est une facette du droit patrimonial, celle dont parlent les auteurs quand ils évoquent leurs « droits d’auteur ». Concrètement, il s’agit d’un pourcentage sur les ventes du livre (en moyenne 3 % dans mon cas), le montant est calculé une fois par an.

Le premier est un droit symbolique, qui comme tous les symboles est extrêmement important et terriblement dérisoire. Le second fait tourner l’industrie du livre. Pour notre secteur, la jeunesse, Pierre Dutilleul annonçait en octobre à la BNF un chiffre d’affaires de 364 millions d’euros pour 2016, soit 13,5 % du total de l’édition, avec une croissance de 5,2 %. Le troisième est ce qui nous permet de vivre, enfin, un peu. Je me considère comme une autrice chanceuse : depuis 8 ans j’écris à plein temps, j’ai publié quelque 70 livres, nombre d’entre eux ont été remarqués par la critique et traduits. L’un d’eux a même reçu un New York Times Award. Bref, ça va. Pourtant mes droits d’auteur (au sens n° 3) ne constituent chaque année qu’un demi-revenu… L’autre demi-revenu provient des rencontres scolaires, de l’argent public, le vôtre donc, merci.
Soyons clairs : je n’accuse pas ici mes éditrices (ce sont presque exclusivement des femmes) qui font un boulot formidable, souvent comme employée de grands groupes, ni les petites maisons qui couvent leurs micro-catalogues, ni même les moyennes maisons qui développent leur entreprise. En fait je vous l’ai dit : je n’accuse personne ici.
Ce que je veux pointer, c’est le système qui fait que dans tous les travailleurs de la chaîne du livre, l’auteur est le seul à n’avoir pas de rémunération pour son travail. Le droit d’auteur (n° 3) étant simplement un intéressement aux ventes. Le problème en réalité est que le travail intellectuel n’est pas reconnu, mais remplacé par la notion de propriété intellectuelle. Une propriété qu’on ne nous accorde que pour pouvoir la céder.
Ce choix n’est pas un produit de la Nature, mais bien de l’Histoire : la propriété intellectuelle est à l’origine une invention des libraires (alors imprimeurs), « le privilège » étant un monopole accordé par le roi – bien content au passage de décider de ce qui peut ou non être imprimé. Au 18e siècle, Beaumarchais lui oppose le droit d’auteur pour tenter d’imposer la voix des créateurs. Ce n’est que depuis 1957 que les deux notions se confondent. Lorsqu’en 1936, Jean Zay reprend le travail de Beaumarchais pour mettre en place de véritables droits pour l’auteur comme travailleur, le vent de l’opposition se lève chez certains éditeurs. La guerre renverse les cartes, et le dossier est repris sous Vichy par l’un des adversaires de Zay. Quand la loi passe en 1957, il ne reste pour l’auteur que le droit moral (le sens n° 1), le renforcement des droits patrimoniaux étant tout à l’avantage des industriels du livre.
Il en ressort un système foncièrement déséquilibré. Un système qui nous fait aujourd’hui signer des monopoles à sens unique : tandis qu’un éditeur peut solder ou pilonner un livre qui ne marche pas au bout de deux ans et nous rendre nos droits (sens n° 2 cette fois), nous lui cédons, nous, notre « propriété » pour 70 ans après notre mort… même le mariage est moins contraignant ! En Italie, je signe des contrats pour 10 ans. En cas de succès, j’ai au moins la possibilité de renégocier.
En France, la notion de propriété intellectuelle est très puissante et repose sur une foule de fantasmes… Notamment celle de léguer à nos enfants les bénéfices (n° 1 et 3) de nos œuvres. Combien d’héritiers cela concerne-t-il réellement ? Et est-ce que je devrais payer le fils de mon plombier ou de mon architecte pour l’usage de ma maison ? Non, je vais plutôt payer correctement plombier et architecte pour qu’ils s’achètent leur propre maison à léguer à leurs enfants… De la même manière, dois-je payer plombier et architecte si je prête ma maison pour un week-end ? Ou si je décide de l’ouvrir au tout-venant ? Revenons au concept de travail intellectuel, payons les artistes pour ce qu’ils font : le partage en ligne ne sera plus un danger.
Cela éviterait aussi ces dérives qui se font au nom du droit d’auteur… Je pense notamment à « l’affaire SCELF » qui réclame un minimum de 30 euros par extrait lu aux organisateurs de lectures publiques gratuites : bibliothèques, associations, auteurs. La pétition est toujours en ligne et si les réponses en coulisse se veulent rassurantes, on attend toujours la prise de position officielle qui enlèverait l’épée de Damoclès de la tête de tous ces gens qui, chaque jour, font vivre nos livres…
Si vous n’avez pas encore signé, c’est ici : https://www.change.org/p/administration-scelf-fr-contre-les-pr%C3%A9l%C3%A8vements-scelf-sur-les-lectures-sans-billetterie-sh%C3%A9h%C3%A9razade-en-col%C3%A8re
Merci.

Coup de cœur
Pour mes collègues qui, malgré ces conditions, offrent aux nouvelles générations des œuvres belles, riches, drôles, tendres, intelligentes, émouvantes, surprenantes, énervantes, grinçantes, palpitantes, et parfois tout ça à la fois. Je ne sais pas trop de quoi, au final, hériteront nos enfants… Mais ils seront bien armés question imagination !

Alice Brière HaquetAlice Brière-Haquet est autrice.

Bibliographie sélective :

  • Tangram, album illustré par Sylvain Lamy, 3oeil (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • il elle lui, album illustré par Raphaële Enjary et Olivier Philipponneau, 3oeil (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Nuage, album illustré par Monica Barengo, PassePartout (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • On déménage !, album illustré par Barroux Little Urban (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Bonne nuit, mon petit, album illustré par Aurélie Abolivier, Flammarion jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Nina, album illustré par Bruno Liance Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Mme Eiffel, album illustré par Csil, Frimousse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Le bonhomme et l’oiseau, album, illustré par Clotilde Perrin, Père Castor (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Mélina, album illustré par Leïla Brient, Les p’tits bérets (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Une vie en bleu, album illustré par Claire Garralon, Océan Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Pouce !, album illustré par Amélie Graux, Père Castor (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Aliens mode d’emploi, album illustré par Mélanie Allag, P’tit Glénat (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Dis-moi, l’oiseau…, album illustré par Claire Garralon, Thierry Magnier (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le peintre des drapeaux, album illustré par Olivier Philipponneau, Frimousse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Paul, album illustré par Csil, Frimousse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon voyage en gâteau, album illustré par Barroux, Océan Éditions (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Perdu ! album illustré par Olivier Philipponneau, MeMo (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • À quoi rêve un pissenlit ?, album illustré par Lydie Sabourin, Points de Suspension (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Chat d’Elsa, album illustré par Magali Le Huche, Père Castor (2011), que nous acons chroniqué ici.
  • Mademoiselle Tricotin, album illustré par Célia Chauffrey, Les p’tits bérets (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Rouge !, album illustré par Élise Carpentier, Motus (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse qui n’aimait pas les princes, roman illustré par Lionel Larchevêque, Actes Sud (2010), que nous acons chroniqué ici.
  • Le petit prinche, album illustré par Camille Jourdy, Père Castor (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • Pierre la lune, album illustré par Célia Chauffrey, Auzou (2010), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez Alice Brière-Haquet en interview sur notre blog et sur son blog.

You Might Also Like

Improbables amitiés

Par 16 février 2017 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, on va se plonger dans des histoires d’amitiés à travers trois albums qui nous content des amitiés un peu étranges, que l’on n’aurait pas pu imaginer.

Santa fruta
texte de Delphine Perret, illustré par Sébastien Mourrain
les fourmis rouges
13,80 €, 180 x 245 mm, 32 pages, imprimé en Italie, 2016.
Katkout
texte de Garennabi Elhalou, illustré par Hilmi Touni
Le port a jauni
18 €, 320 x 240 mm, 40 pages, imprimé en France, 2016.
Bagdan et la louve aux yeux d’or
texte de Ghislaine Roman, illustré par Régis Lejonc
Seuil jeunesse
15 €, 265 x 290 mm, 56 pages, imprimé en France, 2016.

You Might Also Like

Avec leurs petits caractères

Par 29 août 2016 Livres Jeunesse

Les héros et héroïnes du jour ne sont pas du genre à se laisser faire, mais on les aime comme ça, avec leur petit caractère.

Le petit livre qui dit C’EST À MOI !
Texte de Swann Meralli, illustré par Carole Crouzet
p’titGlénat dans la collection Vitamine
11 €, 255×285 mm, 25 pages, imprimé en Espagne chez un imprimeur éco-responsable, 2016.
J’veux pas y aller
Texte de Ghislaine Roman, illustré par Csil
Frimoüsse
13 €, 175×225 mm, 26 pages, imprimé en Slovénie, 2016.
Non-Non est énervé mais ne sait pas pourquoi
de Magali Le Huche
Tourbillon dans la série Non-Non
9,95 €, 190×195 mm, 26 pages, imprimé en Chine, 2016.

You Might Also Like

Secured By miniOrange