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Hélène Vignal

Les invité·e·s du mercredi : Claudia Bielinsky et Hélène Vignal

Par 21 février 2018 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, c’est avec Claudia Bielinsky que je vous propose de passer un moment. Autrice-illustratrice qui séduit les tout-petits (et les plus grands), elle nous parle de son parcours et de son travail. Ensuite, on a rendez-vous avec Hélène Vignal qui nous livre ses coups de gueule et ses coups de cœur, accrochez-vous ! Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Claudia Bielinsky

Parlez-nous de votre parcours.
Je suis Argentine, et je vis à Paris depuis 1987.
Dans ma « première » vie, après avoir fait mes études aux Beaux-Arts de Buenos Aires, la peinture et la gravure étaient mon quotidien.
Pendant mes études et aussi après, j’ai travaillé dans le domaine de l’art avec les enfants. Je ne sais pas pourquoi, communiquer avec les tout-petits a toujours été naturel et facile pour moi.
Quand j’ai décidé de « changer de métier » (ma deuxième vie) pour faire des livres jeunesse, travailler pour les enfants de 0-5 ans était une évidence pour moi.

Pouvez-vous nous parler de Valise surprise, sorti il y a peu aux éditions Casterman ?
J’essaye avec Valise surprise de faire un mini parcours où dans chaque page il y a un seul personnage (toujours des animaux anthropomorphisés) avec chacun une caractéristique et une surprise à l’intérieur de la valise qu’il porte.
Je travaille avec les flaps de façon à introduire la notion du temps et d’animation (avant- après, intérieur-extérieur) et dans le pop-up final la notion du groupe, un chouette voyage avec les amis !
Ce qui m’intéresse c’est que mes livres puissent avoir plusieurs « lectures », toujours avec de l’humour…

La maison des bisous est un classique chez moi ! C’est le livre dont on vous parle le plus ?
La maison des bisous c’est un livre que j’aime beaucoup et j’ai eu la chance qu’il ait été traduit dans plusieurs langues.
C’est très émouvant pour moi de savoir que des enfants d’autres pays, de cultures différentes, certaines que je ne connais même pas, peuvent lire mes livres, par exemple en Espagne, Italie Chine, Corée, Japon, etc., etc.
J’ai eu la chance récemment d’avoir reçu la demande de mes éditeurs de le refaire 10 ans après la première version, et je l’ai redessiné en entier en changeant un peu le texte.
Je dois vous avouer que maintenant la nouvelle version est ma préférée !
J’adore raconter La maison des bisous aux enfants quand je suis dans les écoles ou dans les bibliothèques.

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
Les premiers livres ont été faits de façon « traditionnelle » papier/pinceaux/acrylique.
Après j’ai commencé à travailler avec des collages et aux crayons de couleur sur papier, avec une petite intervention numérique sur les fonds (Le plus beau cadeau du monde), et, à partir de là, je me suis lancée à travailler complètement sur ordinateur, je scanne des textures qui m’intéressent et je mélange tout.
Je ne travaille pas en « vectorielle », mais je dessine, je coupe, je colle à l’ordi.
Les résultats me procurent de la satisfaction pour le moment…

Où trouvez-vous votre inspiration ?
Généralement en marchant, et c’est parfois une image ou une phrase qui déclenche une idée…

Quelles étaient vos lectures d’enfant et d’adolescente ?
Enfant et adolescente en Argentine, comme toutes les mômes de ma génération, Maria Helena Walsh (merveilleuse auteure et musicienne), mais aussi Monteiro Lobato (auteur brésilien). Adolescente, Julio Cortazar, Gabriel Garcia Marquez….

Parlez-nous de vos prochains ouvrages
En mars va sortir 1,2, 3 Varicelle !!! (chez Casterman), un livre animé pour apprendre à compter avec les boutons de varicelle (qui n’épargne aucun enfant à l’école). En même temps, on découvre une partie du corps et c’est très drôle, j’espère… !
Depuis 2017, je travaille pour Bayard Presse : je sors une histoire par an dans le magasin Tralalire. Cette année va sortir aux éditions Bayard (l’équivalent, côté livre) La rentrée de Roudoudou. Une petite bande de copains de maternelle, tous différents, mais complémentaires, pas de héros, chacun les problèmes selon ses caractéristiques, avec de l’humour et ses propres idées !

Bibliographie :

  • 1, 2, 3 Varicelle, texte et illustrations, Casterman (à paraître, mars 2018).
  • La maison des bisous, texte et illustrations, Casterman (nouvelle édition 2017).
  • Valise surprise, texte et illustrations, Casterman (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Prêt pour le grand jour ?, texte et illustrations, Bayard Jeunesse (2017).
  • C’est la ronde des saisons, texte et illustrations, Casterman (2016).
  • Au dodo doudou !, texte et illustrations, Casterman (2016).
  • 1, 2, 3… j’enlève tout !, texte et illustrations, Casterman (2015).
  • Le plus beau cadeau du monde, texte et illustrations, Casterman (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Poisson, poissons !, texte et illustrations, Casterman (2010).
  • Cache-cache à l’école, texte et illustrations, Casterman (2006).


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Hélène Vignal

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur·trice, illustrateur·trice, éditeur·trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché·e, ému·e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il·elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé·e. Cette semaine, c’est Hélène Vignal qui nous livre ses coups de cœur et ses coups de gueule.

Un seul coup de gueule c’est pas assez pour dénoncer nos vicissitudes, voici une courte liste de 10 coups de gueule (dans le désordre parce que je déteste aussi les classements)  :

  • L’État français qui continue de nier ses responsabilités en matière d’accueil de migrants et en particulier de mineurs étrangers.
  • Les internautes qui se croient obligés d’écrire tous leurs posts sur un ton enjoué, qui finit par donner la nausée (particulièrement développé chez certaines autrices jeunesse, les filles reprenez-vous !)
  • Le manque de place d’accueil d’urgence pour les adolescents en crise.
  • La non-reconnaissance du burn-out comme maladie professionnelle.
  • Les droits d’auteurs en dessous de 10 % et les à-valoir ridicules pour les auteurs jeunesse.
  • Les media où les journalistes s’expriment comme si la France entière vivait à Paris.
  • Les parents qui répondent à la place de leur enfant.
  • Les arbres coupés pour des motifs futiles.
  • Ceux qui achètent des prestations sexuelles.
  • L’entre-soi.

Et un seul coup de cœur pour embrasser le monde, c’est bien trop peu, en voici 10 :

Hélène Vignal est autrice.

Bibliographie :

  • Manuel d’un garçon invisible, Rouergue (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Qui es-tu Morille ? /D’où viens-tu Petit-Sabre, Rouergue (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Casseurs de solitude, Rouergue (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Plan B pour l’été, Rouergue (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • La Fille sur la rive, Rouergue (2011).
  • La Nuit de Valentine, Rouergue (2011).
  • L’Ébouriffée, Rouergue (2009).
  • Sorcières en colère, Rouergue (2008).
  • Zarbi, Rouergue (2008).
  • Gros dodo, Rouergue (2007).
  • Trop de chance, Rouergue (2007).
  • Bière Grenadine, Rouergue (2007).
  • Les Rois du Monde, Rouergue (2006).
  • Passer au rouge, Rouergue (2006).
  • Le Grand Concours, Rouergue (2005).

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Invisibles

Par 26 juin 2017 Livres Jeunesse

Deux romans aujourd’hui. Dans le premier, le héros tombe amoureux d’une jeune fille invisible, dans le second c’est un garçon invisible qui témoigne.

Vladimir et Clémence
Texte de Cécile Hennerolles, illustré par Sandrine Bonini
Grasset Jeunesse
14 €, 150×210 mm, 80 pages, imprimé en Espagne, 2015.
Manuel d’un garçon invisible
d’Hélène Vignal
Rouergue dans la collection Dacodac
8,50 €, 140×190 mm, 101 pages, imprimé en France, 2016.

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Des romans pour les jeunes lecteurs.trices

Par 18 avril 2016 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose une sélection de petits romans pour les enfants qui commencent à lire.

Socrate et son papa
Texte d’Einar Øverenget (traduit par Aude Pasquier), illustré par Øyvind Torseter
La joie de Lire dans la collection Philosophie et autres chemins
10 €, 150×180 mm, 52 pages, imprimé en République Tchèque, 2015.
Qui es-tu Morille ? / D’où viens-tu Petit-Sabre
d’Hélène Vignal
Rouergue dans la collection Boomerang
6,50 €, 120×170 mm, 64 pages, imprimé en France, 2016.
Super-Maman
Texte de Gwendoline Raisson, illustré par Sinan Hallak
Samir Éditeur dans la collection Farfelu
6 €, 138×180 mm, 32 pages, imprimé au Liban, 2011.
Maman est un oiseau
Texte d’Anne Loyer, illustré par Leïla Brient
Bulles de savon
6 €, 125×190 mm, 49 pages, imprimé en France, 2015.
Jambon, fromage et potiron
de Sandrine Kao
Syros dans la collection Mini Syros
3 €, 110×165 mm, 45 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2015.
L’énigme du flan empoisonné
Texte de Christine Palluy, illustré par Cyrielle
Hatier Jeunesse dans la collection Hatier Poche
4,99 €, 142×190 mm, 48 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2015.
Parfait achète le pain tout seul
Texte de Nathalie Dargent, illustré par Yannick Thomé
Milan dans la collection Les Inséparables
5,90 €, 120×160 mm, 48 pages, imprimé en Roumanie, 2016.
Lucas s’est fait traiter de fils de lute
Texte de Nathalie Dargent, illustré par Yannick Thomé
Milan dans la collection Les Inséparables
5,90 €, 120×160 mm, 48 pages, imprimé en Roumanie, 2016.
Aminata veut des sous
Texte de Nathalie Dargent, illustré par Yannick Thomé
Milan dans la collection Les Inséparables
5,90 €, 120×160 mm, 48 pages, imprimé en Roumanie, 2016.
Juliette est toute seule dans sa classe
Texte de Nathalie Dargent, illustré par Yannick Thomé
Milan dans la collection Les Inséparables
5,90 €, 120×160 mm, 48 pages, imprimé en Roumanie, 2016.
L’orthophoniste
Texte de Mim, illustré par Jess Pauwels
Magnard Jeunesse dans la collection Mes premiers romans
5,90 €, 147×195 mm, 42 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2016.
La tour Eiffel à New York !
Texte de Mymi Doinet, illustré par Mélanie Roubineau
Nathan dans la collection Premières lectures
5,60 €, 145×191 mm, 32 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2015.
La tour Eiffel se balade à Paris !
Texte de Mymi Doinet, illustré par Mélanie Roubineau
Nathan dans la collection Premières lectures
5,60 €, 145×191 mm, 32 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2016.

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Des nouvelles bouleversantes

Par 2 juin 2014 Livres Jeunesse

Je vous propose aujourd’hui deux recueils de nouvelles, deux ouvrages qui m’ont bouleversé. Une chronique croisée avec Maman Baobab.

Casseurs de solitudeLe premier, Casseurs de solitudes est signé Hélène Vignal, auteur d’un de mes plus gros coups de cœur de ces dernières années, Plan B pour l’été.
Une mère qui a tout donné, tout sacrifié, pour son boulot et s’en trouve drôlement remerciée, une jeune fille d’origine Africaine qui comprend que sa mère veut qu’elle soit excisée le jour même, une adolescente qui fuit avec son père bipolaire, une fille de riches et son cheval, un adolescent qui refuse d’être bénévole à un concert de rock jusqu’au jour où…, une jeune fille qui prépare des cupcakes tout en s’inquiétant pour son amie, une autre qui voit un homme devenir de plus en plus présent dans la vie de ses parents, un garçon qui fait un stage dans une préfecture et une fille qui pense avoir rencontré le prince charmant… Neuf histoires. Des personnages forts, qui se croisent parfois, qui vont vivre un moment important. Petites tranches de vies que vous n’êtes pas près d’oublier.
Hélène Vignal m’a fait pleurer dans le métro. Autour de moi les gens parlaient fort dans leurs téléphones, s’endormaient, lisaient, engueulaient un enfant trop remuant… moi j’étais avec Guindal, palefrenier au grand cœur et, un peu gêné, j’essayais d’essuyer discrètement une larme. Hélène Vignal m’a mis mal à l’aise quand j’ai lu la lettre qu’une personne écrit à l’administration pour dénoncer des gens qui n’ont pas l’air en règle ou quand Adra se demande comment échapper à une tradition barbare. Hélène Vignal m’a donné envie de crier « Bien fait ! » (toujours dans le métro), quand une jeune fille se venge d’un garçon qui veut la ken suite à un pari.
Casseurs de solitudes nous raconte l’histoire de héros et de salauds du quotidien, de ces gens que l’on croise tous les jours, sans savoir qui ils sont, ce dont ils sont capables. Le jeune homme au regard d’ange en est-il un ? Le proviseur qui passe son temps à jurer est-il toujours aussi détestable ? La petite fille à papa est-elle vraiment une tête à claques ?
Neuf histoires tout simplement bouleversantes.
Lire la chronique de Maman Baobab.

Non à l'indifférenceIl était fier de conduire son train, pourtant il a « tapé » une femme qui s’est jetée dessous. Ils voyaient bien qu’elle se faisait humilier par la prof. Elle entendait bien qu’à côté ça s’engueulait et même que ça pleurait… mais quand les pleurs se sont transformés en hurlements, fallait-il encore ne rien faire au nom du respect la vie privée de ses voisins ? Elle le voyait tous les matins et tous les soirs avec sa jambe bandée en train de faire la manche dans le métro, mais le jour où elle l’a vu face contre terre, fallait-il faire quelque chose ? Oui, des gens manifestaient en disant que des enfants avaient été enlevés dans leur pays, le Chili, mais en quoi ça la regardait ? Fallait-il être indifférent ?
Six nouvelles pour dire Non à l’indifférence. Un livre fort, poignant. Des histoires que l’on lit avec une boule dans le ventre. Et nous ? Comment aurions-nous agi ? Est-ce que nous râlons quand un train est bloqué parce qu’un désespéré s’est jeté dessous ? Est-ce qu’on ferait quelque chose quand on entend que la voisine se fait taper dessus ou que le mendiant qu’on croise tous les jours, et qu’on préférerait ne pas voir, a l’air très mal en point ? J’avoue être complètement passé à côté de l’une des nouvelles (une sur six… je pense que c’est très peu !), mais mis de côté celle-ci voilà un magnifique recueil avec un thème fort en commun. Un livre qu’on ne repose pas comme ça, qui nous trotte ensuite dans la tête. Un livre qu’on a envie de faire lire à nos ados pour en parler ensuite. Parce qu’il est plus facile de s’indigner pour des choses qui sont loin de nous que par ce qui se passe à côté, par ce qui gêne notre quotidien. Pour dire Non à l’indifférence.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué un ouvrage d’Hélène Vignal (Plan B pour l’été) et nous l’avons également interviewée.

Casseurs de solitudes
d’Hélène Vignal
Le Rouergue
dans la collection DoAdo
10,20 €, 140×206 mm, 125 pages, imprimé en France, 2014.
Non à l’indifférence
de Gérard Dhôtel, Jessie Magana, Nimrod, Maria Poblete, Elsa Solal et Murielle Szac
Actes Sud Junior dans la collection Ceux qui ont dit non
8 €, 110×176 mm, 96 pages, imprimé en France, 2013.

À part ça ?

Comme tous les mois, nous vous donnons aujourd’hui nos coups de cœur du mois dernier. En mai, c’était donc, pour Marianne : Ca…caca…catastrophe de Catherine Leblanc et Laurent Richard (L’élan vert), Le secret le plus fort du monde de Gaël Aymon et Pauline Comis (Ricochet) et Les mammouths, les ogres, les extraterrestres et ma petite sœur d’Alex Cousseau et Nathalie Choux (Tom Poche). Et pour moi : La boum de Charlotte Moundlic et Olivier Tallec (Père Castor), Les lois de l’été de Shaun Tan (Gallimard Jeunesse) et Halb, l’autre moitié de Sigrid Baffert, Barroux et Alexis Ciesla (Les éditions des Braques).
Retrouvez nos coups de cœur des mois précédents sur le blog, sur Facebook (ici pour les albums et pour les romans) et sur Pinterest (ici pour les albums et pour les romans).

Gabriel

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Les invités du mercredi : Hélène Vignal et Anne Loyer (+ concours)

Par 12 septembre 2012 Les invités du mercredi

Je vous ai parlé il y a peu de Plan B pour l’été, un roman qui m’a tellement plu que très vite j’ai voulu poser quelques questions à Hélène Vignal, son auteur. Merci à elle d’avoir accepté d’y répondre. Comme je trouve que ce roman est une merveille j’ai proposé au Rouergue de vous le faire gagner et il va donc y avoir un chanceux parmi vous (rendez-vous après l’interview). Ensuite pour la rubrique Coup de cœur/Coup de gueule, Anne Loyer, que j’aime beaucoup et dont je viens de lire un très bon roman… dont je vous parlerai bientôt, a accepté de se prêter au jeu, merci à elle.


L’interview du mercredi : Hélène Vignal

Quel a été votre parcours ?
J’ai tout d’abord passé un DESS en développement local, puis j’ai travaillé pendant 15 ans (animatrice, agent de développement local, …), avant de proposer mon premier texte à des éditeurs. Lorsque Le Grand Concours est paru (mon premier texte édité), j’avais je crois 34 ans et j’ai ainsi commencé à mener de front deux « métiers » : mon métier « social » et mon métier « artistique ». Depuis j’ai édité 12 livres en littérature jeunesse et je continue à mener ces deux activités avec plaisir.

Quels sont vos souvenirs de lecture d’enfant, d’adolescente ?
Au tout début, les albums du Père Castor, que j’ai ensuite raconté à mes enfants, forcément. Mais surtout, nous avions deux gros tomes des contes de Grimm dans une reliure de tissu vert sombre. Et ma mère de temps en temps prenait l’un de ces livres et me lisait une histoire. Nous la choisissions au titre, et aussi à la longueur du texte que ma mère (ou plus rarement mon père) mettait en perspective avec l’énergie et le temps dont elle disposait. Je lisais seule aussi, bien sûr, les « Oui-oui », puis un peu plus tard, « le club des cinq » et les « Fantômette ». J’ai dû lire quasiment tout Enid Blyton, ce nom me paraissait très mystérieux, je me demandais si c’était quelqu’un de « vrai », et je ne pouvais savoir si c’était un homme ou une femme.  Je crois que j’imaginais que c’était le nom d’un collectif d’écrivains tant il me semblait impossible d’avoir seul, une telle production. J’ai aussi le souvenir ému d’avoir lu les 7 ou 8 tomes de La petite maison dans la prairie de Laura Ingalls Wilder qui ont été édités en France l’année de mes 10 ans en 1978 alors que le texte d’origine était paru en 1937 aux États-Unis. Ce que j’aimais particulièrement dans cette écriture c’était son aspect très concret, très « sensuel », il y avait des odeurs, des sensations de chaud et de froid, d’herbe dans les pieds, de poils de vaches et de chevaux sous les doigts, de bois, d’échardes, de pâtisseries… autant de propositions fortes pour mon imaginaire. Dans une certaine mesure, j’ai retrouvé l’équivalent en sensations adultes, dans l’écriture de Barbara Kingslover que j’ai lue pour la première fois il y a une dizaine d’années. A partir de 12 ans je suis allée me nourrir dans la littérature générale. Un été, une amie de mes parents m’a emmenée dans une librairie et m’a proposé des textes en littérature générale. Elle m’a offert une dizaine de livres et cet été là je suis entrée dans les livres des « grands ». Je ne me souviens que de deux de ces titres : La mère de Pearl Buck (c’est pour cela que j’en parle dans Plan B pour l’été) et Pêcheur d’Islande de Pierre Loti.

Ces livres vous ont-ils inspirée ?
Toutes les lectures nous inspirent. Mais je ne peux pas dire que j’ai tiré mon goût pour l’écriture de ces lectures. C’est quelque chose qui m’a été offert à la naissance. Alors quand on a cette propulsion de l’écriture en soi, tout fait nourriture, tout peut faire carburant pour ce véhicule : ce que l’on observe, ce que l’on écoute, ce que l’on vit, ce que l’on lit…

Que pensez-vous de la littérature jeunesse actuelle ?
Je pense qu’elle est foisonnante. Mais il me semble voir diminuer ce foisonnement. Les tables de libraires mettent beaucoup en avant les textes de fantaisie, fantastiques, essentiellement des traductions. L’écriture que je pratique semble devenir une écriture « prescrite », comme un médicament. Cela m’inquiète un peu. Ce n’est pas une écriture vers laquelle les adolescents semblent spontanément se tourner. Mais écrire des livres en jeunesse ne fait pas de moi une spécialiste de cette discipline. Il vaut mieux, sur ces sujets, interroger les professionnels : éditeurs, libraires, documentalistes, chercheurs…

Parlez-moi du magnifique Plan B pour l’été, d’où est venue cette histoire ?
Le point de départ a été double. D’une part la confidence de quelqu’un qui m’indiquait avoir des « flashes » de voyance et s’en trouvait très perturbé et presque encombré. D’autre part un texte que j’avais écrit sur quelqu’un qui se compliquait la vie en permanence et que je voyais, désolée, creuser ce sillon en permanence. J’ai joué avec l’idée du culturiste qui a besoin de soulever de la fonte, comme certains ont besoin de compliquer les choses pour se sentir vivre. J’avais aussi envie d’une écriture gaie. Je traversais une période très triste dans ma vie, tout semblait vouloir sombrer autour de moi. Il me restait l’humour et j’ai essayé de m’y accrocher dans l’écriture et dans la vie quand j’en avais la force.  En quelques mois j’avais installé Louise et sa petite famille, leurs confidences, leurs espoirs, leurs courages et leurs liens. Les liens entre les personnages de ce livre, sont comme dans la vie, faits avec à la fois du conflit et de la confiance. Les conflits peuvent se dépasser par la force de la confiance. Mais il faut un petit peu de courage, traverser une rivière pour rejoindre l’autre et se remettre un peu en question. C’est ce que fait Jamie, ce que font Louise et Théo aussi. J’aime ces personnages qui incarnent une façon de vivre que j’aimerais atteindre.

Qu’y-a-t-il de vous dans ce roman ?
On ne peut pas répondre à une telle question. Ce qu’il y a de moi n’a pas d’importance. J’ai envie de dire qu’il y a tout. Car l’écriture se fait avec un peu de technique mais beaucoup d’implication physique. Quand j’ai écrit 4 ou 5 heures je sors épuisée et nourrie à la fois. Comme après une randonnée en montagne. L’important c’est ce que le lecteur peut reconnaître de lui même et donc, les endroits où l’on peut se rejoindre nombreux : celui qui écrit et ceux qui lisent. C’est ça le bonheur : la rencontre dans les mots. Je pourrais vous répondre par la même question : « qu’y a-t-il de vous dans ce roman, vous qui me posez la question et qui l’avez lu ?».

Quels sont vos projets ?
Pour mes projets personnels je n’en dirai rien par discrétion et pudeur. Pour ce qui est de mes projets d’écriture, je n’en dirai rien par… superstition !

Bibliographie :

Comme je vous le disais au début de cette interview, grâce aux éditions du Rouergue, j’ai la chance de faire gagner un exemplaire de Plan B pour l’été à l’un de vous. Pour cela dites moi, en commentaire, quel est le plus beau roman que vous ayez lu ces derniers temps (puisque moi je vous ai dit que c’est celui-là, il est logique que vous me disiez quel est le vôtre !). Vous avez jusqu’à lundi 20 h !

 


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Anne Loyer

Une fois par mois un acteur de l’édition jeunesse (auteur, illustrateur, éditeur,…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché, ému ou qui lui a tout simplement plu et sur lequel il veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé. Cette semaine c’est Anne Loyer qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Coup de cœur :
Cet été je me suis offert un vieux coup de cœur, pour voir s’il avait survécu aux années (à mes années !). Et la réponse est oui ! Je peux dire que j’ai relu avec un plaisir incroyable le roman d’Aragon Aurélien. Ses mots m’ont de nouveau bouleversée, sa plume m’a touchée au cœur. Comme la première fois, lorsque j’étais étudiante et que ce chef d’œuvre m’avait percutée ? Je ne sais pas, car mes yeux aussi ont changé et mon regard n’était sûrement pas sensible aux mêmes attraits. Pourtant l’émotion a été au rendez-vous, avec une puissance intacte. Et ça c’est un bonheur formidable ! Car ce roman, dévoré sur les bancs de la fac, m’avait fait faire une promesse : mon fils, si j’avais un fils, s’appellerait Aurélien. Et la vie, parfois, tient ses promesses !

Coup de gueule :
La bêtise incommensurable de Todd Akin, élu républicain américain, qui a osé prétendre au sujet du viol que « S’il s’agit d’un véritable viol, le corps de la femme essaie par tous les moyens de bloquer tout ça ». Nonobstant l’incroyable manque de discernement d’un tel propos, c’est sa dangerosité qui est condamnable. Des paroles terribles qui font ressortir de vieilles antiennes malodorantes et qui devraient depuis longtemps être classées au rang d’antiquités. Bref, et en d’autres termes, un truc abominable qui me met hors de moi.

Anne Loyer est auteure.

Bibliographie sélective :

A paraître :

Vous pouvez Anne Loyer retrouver sur son blog d’auteur http://anne-loyer.blogspot.fr et sur son blog sur la littérature jeunesse, Enfantipages.

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