La mare aux mots
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Héros d’ailleurs

Une meneuse de bête, un iroquois blanc et un poète guerrier

Par 10 mai 2013 Livres Jeunesse

XIVème siècle en France, XVIIème au Québec et XVIIème au Japon, aujourd’hui on voyage dans le temps et dans le monde.

La meneuse de bêteYsane est née en 1374  dans une famille riche, seulement sa mère l’a eue sans être mariée. Hors de question pour son grand-père de garder cet enfant, il demande à son intendant de le porter dans la forêt de le tuer. L’homme n’y arrivera pas et le déposera dans un trou, espérant que les loups feront le sale travail qu’il n’a su faire. Ysane sera finalement élevée avec un jeune loup par une femme qu’on pense sorcière. Les années passent et Ysane a maintenant quinze ans, à la mort de sa mère adoptive elle doit fuir, le village supporte mal de cohabiter avec cette jeune fille qui a grandi avec un loup, les villageois la soupçonnent même d’être une meneuse de bêtes (sorte de sorcière qui a le don de faire accomplir aux animaux de terribles choses). Ysane va donc partir sur les chemins avec Loup, se faire des amis en route comme Gabriel mais surtout des ennemis. Mais si elle veut découvrir qui elle est, elle devra parcourir ce chemin semé d’embûches…

Absolument captivant ! Anne Ferrier est décidément un grand auteur, son roman La meneuse de bêtes est vraiment prenant, il est difficile de le lâcher avant la dernière ligne. On est transporté ici au XIVème siècle et on va découvrir les mœurs de l’époque (et même rencontrer quelques célébrités), c’est un roman historique parfaitement documenté, un thriller où l’on ne s’ennuie jamais. On y parle d’amour, de croyances, de la quête des origines, des différences d’origine sociale et surtout de la peur, peur de ce qui est différent, de ce que l’on ne connaît pas. J’ai vraiment été emporté dans son histoire et la fin laisse présager une suite, j’ai hâte !

L'iroquois blanc

Guillaume, 15 ans, ne voit pas sa vie se poursuivre telle qu’elle commence, il est l’employé d’un patron qui le bat. Il décide de s’engager auprès des missionnaires et d’aider à construire un pays en pleine mutation de l’autre côté de l’océan Atlantique : le Québec. Lors de la traversée il rencontre Jean, un garçon de son âge. Ensemble ils vont connaître la vie des indiens, leurs rituels, leur alimentation et même parfois leur cruauté. La vie de Guillaume va être complètement bouleversée le jour où il sera enlevé par les Iroquois.

Ce roman qui se passe au XVIIème siècle nous raconte donc l’histoire du Québec, comment les français se sont appropriés les terres, l’évangélisation, les pillages, les massacres,… Même si ça reste une fiction (avec quelques maladresses), l’auteur s’est vraiment documenté sur le sujet et nous raconte les choses telles qu’elles se sont passées, mêlant à ses personnages fictifs des personnes ayant vraiment existé. C’est un roman d’aventure en plus d’être un roman historique et une très belle histoire d’amitié mais également une histoire pour ne pas oublier la barbarie et les massacres.
Retrouvez le dossier pédagogique du livre.

Kinsaku, le poète guerrier
Kinsaku ne veut pas se battre, son père le regarde et attend de lui qu’il le fasse. Face à son ennemi, katana en main, Kinsaku a des mots qui lui viennent en tête, pas des mouvements. Les mots il ne les dit pas, Kinsaku ne parle jamais mais un jour il décide de les écrire. Contrairement à ce qu’on avait choisi pour lui, il deviendra poète et non guerrier.

C’est avec des mots très poétiques, des phrases très bien ciselées que Calouan nous raconte un passage fictif (c’est le principe de la collection dont j’avais déjà parlé ici) de l’enfance de Bashô, poète japonais du XVIIème siècle, grand maître du haïku. On parle donc ici de l’enfance d’un personnage de l’histoire mais au-delà de ça on parle de la différence (et même du harcèlement dont sont victimes certains enfants « différents »). Un très joli petit (une quarantaine de pages, écrit gros) roman.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué plusieurs livres d’Anne Ferrier (La malédiction Shakespeare, Le chien des ténèbres, Merlin, l’enfance d’un enchanteur, Arthur, l’enfance d’un roi, Morgane, L’enfance d’une magicienne et Petit pot de colle) et nous l’avons même interviewée : notre interview d’Anne Ferrier.

La meneuse de bêtes
d’Anne Ferrier
Oskar éditeur dans la collection Les compagnons au loup
12,95€, 130×210 mm, 210 pages, imprimé en Europe, 2012.
L’Iroquois Blanc
de Jean-Pierre Tusseau
Éditions du Jasmin
14€, 150×220 mm, 144 pages, imprimé en Tchéquie, 2012.
Kinsaku, le poète guerrier
de Calouan
Zoom éditions dans la collection Héros d’ailleurs
8,90€, 120×170 mm, 48 pages, imprimé en UE, 2013.

A part ça ?

Cette semaine A l’ombre du grand arbre fête son premier anniversaire. Des billets communs, des concours,… pour l’occasion j’ai participé au billet sur les livres qui parlent des arbres.

Gabriel

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Elles, à travers l’Histoire

Par 5 avril 2013 Livres Jeunesse

Quatre femmes, fictives ou réelles, au destin exceptionnel.

La plume de MarieLa mère de Marie était femme de chambre de Madame de Rochecourt. A la mort de celle-ci (Marie avait 3 ans), l’enfant a été recueilli par la famille de Rochecourt. Le temps passe et Marie est maintenant au service de la famille et surtout des enfants. Mais ayant grandi là, avec eux, Marie a appris à lire… et surtout à écrire. Le jour où Pierre Corneille doit venir séjourner au château, la jeune fille de maintenant 13 ans, est heureuse de rencontrer celui qui pour elle est un modèle car oui… la jeune fille se rêve écrivaine.

Ah la plume de Clémentine Beauvais (oui elle était facile celle-là), c’est toujours un grand plaisir de la retrouver. Ici elle nous conte donc l’histoire d’une jeune fille qui va échapper à son destin. Née fille de servante elle se rêve autre chose, elle se bat contre les préjugés (à cette époque une femme qui écrit est très mal vue). Le roman est terriblement bien écrit, alternant texte en prose et théâtre en vers. Clémentine Beauvais adopte ici merveilleusement un style classique, elle utilise des mots de l’époque (expliqués dans un lexique, malheureusement en fin d’ouvrage). C’est un très très bon roman, passionnant de bout en bout (il y a une bonne intrigue) et qui rappelle le contexte historique de l’époque, la façon dont les femmes étaient traitées, par exemple. Clémentine Beauvais est décidément une des plus belles plumes actuelles.

Après une histoire totalement fictive, deux épisodes fictifs de la vie de personnages bien réels.

Indira l'indépendanteIndira, jeune indienne, part étudier en Angleterre. Sa gouvernante est inquiète, comment la jeune fille va-t-elle se débrouiller seule dans ce pays inconnu ? Indira va vite rencontrer Owen Baxter, un jeune homme séduisant, qui va lui présenter ses amis… un groupe activiste qui lutte justement contre le colonialisme des anglais dans son pays.

Indira l’indépendante est un (trop) court roman sur un petit passage imaginé (c’est le principe de la collection Héros d’ailleurs) de la vie de celle qui deviendra la première femme premier ministre de l’Inde. Son départ de son pays natal et ses rencontres à Londres. C’est terriblement passionnant et du coup on regrette forcément de ne pas avoir la suite (cela dit il nous suffira de lire une vraie biographie d’Indira Gandhi pour combler cette frustration). Ingrid Chabbert a intégré un petit suspense très agréable, Indira l’indépendante est un livre absolument passionnant.

Golda Meir de bois et de feuGolda est une jeune fille qui aime aider les autres. Alors qu’elle était âgée de 10 ans elle a fait une collecte pour acheter des livres pour les enfants pauvres. Ses parents, juifs européens, aimeraient plutôt ne pas se faire remarquer dans le village américain où ils ont décidé d’immigrer. Aujourd’hui, âgée de 13 ans, elle s’est pris d’amitié pour un vieil homme noir (le seul du village) et est bien heureuse de le trouver quand le vieux Feldman l’approche de trop près…

Nicolas Lefrançois raconte ici une histoire fictionnelle de Golda Meir, comme pour le livre précédent. C’est absolument passionnant, très prenant et aussi très dur… Je ne connaissais pas cet auteur mais il sait captiver, émouvoir. Il a une très belle plume. Ici aussi on aura envie d’en savoir plus sur Golda Meir. Au-delà même de la rapide biographie présentée en fin d’ouvrage.

Ces deux ouvrages présentent donc un épisode fictionnel de la jeunesse de personnages ayant existé afin d’éveiller la curiosité du lecteur et l’amener à s’interroger sur la biographie du personnage historique mis en scène. Personnellement je trouve le principe un peu étrange… Pourquoi inventer un passage alors que ces personnes ont eu de vraies vies (et qui ont été relatées à plusieurs reprises). Ces deux livres sont vraiment très bons, bien écrits, mais ils laissent un goût étrange je trouve… Pour un enfant c’est un peu bizarre de lui dire que la personne a vraiment existé… mais pas ce qu’il lit dans le livre… Si jamais il étudie ce personnage à l’école ensuite, que fera-t-il de ce récit ? Après ce n’est peut-être que mon opinion.

On termine avec un personnage réel et de vrais épisodes de sa vie.

Marie-Antoinette à fleur de peauAntonia est la quinzième fille de l’impératrice d’Autriche. Plusieurs de ses sœurs ont déjà fait un beau mariage, elle sera, à 14 ans, la femme du dauphin de France et deviendra quelques années plus tard la reine Marie-Antoinette. Tout d’abord effrayée par cette nouvelle vie, puis délaissée par son mari, elle prendra petit à petit de l’assurance et deviendra une femme détestée de son peuple.

Le roman commence par l’exécution de Marie-Antoinette raconté par une femme qui semble en être le témoin. Elle nous contera ensuite la vie exceptionnelle de celle qu’on appellera « L’autrichienne ». C’est un roman passionnant pour les férus d’Histoire, qui grouille de petits détails, d’informations en tous genres que personnellement j’ignorais. Un roman de plus de 200 pages qui se lit très vite grâce à des petits chapitres racontant chacun un évènement, un épisode ou une anecdote de la vie de Marie-Antoinette. Mais je dois avouer que j’ai été dérouté par la « construction » du récit. La femme qui raconte l’histoire parle à Marie-Antoinette, s’adresse à elle directement « vous êtes la quinzième enfant de l’impératrice », « vous apprenez la terrible nouvelle », « c’est votre jour de gloire »,… et je trouve que ça gène un peu pour vraiment rentrer dans l’histoire, en tout cas personnellement ça m’a gêné. Ces passages à la deuxième personne alternent avec des passages à la première personne où Marie-Antoinette raconte elle-même sa vie, ses sentiments, ses peurs, ses troubles, passages que j’ai, personnellement, préféré. En dehors de cette construction peu commune (et qui ne dérangera peut-être pas certains d’entre vous !), c’est un roman captivant, passionnant sur un des personnages les plus connus de notre Histoire, on nous montre ici non seulement le personnage impassible et hautain mais aussi la femme dont la douleur est semblable à celle des autres femmes lors de la perte d’un enfant. Une femme dont la carapace se fendille petit à petit.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué plusieurs livres de Clémentine Beauvais (Les petites filles top-modèles, La pouilleuse et On n’a rien vu venir) et d’Ingrid Chabbert (Firmin, Un accordéon sinon rien, La vérité sort toujours de la bouche des enfants, La mémoire aux oiseaux, L’oiseau, Les écharpes de Mamie Berthe, Tonnerre de catch, La fête des deux mamans, Raconte-moi la révolution, Les yeux du parapluie, Sur les quais et Le bateau de Malo). Nous les avons également interviewée toutes les deux, retrouvez notre interview de Clémentine Beauvais et notre interview d’Ingrid Chabbert. Nous avons aussi chroniqué un livre de Nicolas Lefrançois (Makala, la légende des beignets au maïs) et un d’Éric Simard (Le crayon qui voulait voir la lune).

La plume de Marie
de Clémentine Beauvais, illustré par Anaïs Bernabé
Talents Hauts dans la collection Livres et égaux
8€, 135×180 mm, 120 pages, imprimé en Italie, 2011.
Indira l’indépendante
d’Ingrid Chabbert
Zoom éditions dans la collection Héros d’ailleurs
8,90€, 120×170 mm, 72 pages, imprimé en République Tchèque, 2013
Golda Meir, de bois et de feu
de Nicolas Lefrançois
Zoom éditions dans la collection Héros d’ailleurs
8,90€, 120×170 mm, 72 pages, imprimé en République Tchèque, 2013
Marie-Antoinette, A fleur de peau
de Éric Simard
Oskar éditeur dans la collection histoire
9,95€, 115×170 mm, 230 pages, imprimé en Europe, 2013

A part ça ?

La géniale Kik crée un blog sur les livres pour enfants et la religion. Ça s’appelle Des enfants, des livres et la religion et c’est ici : http://desenfantsdeslivresetlareligion.blogspot.com

Gabriel

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