La mare aux mots
Parcourir le tag

Homosexualité

Homophobies [CHRONIQUE EN LIBRE ACCÈS]

Par 15 mars 2019 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose quatre romans qui parlent, chacun à leur manière, d’homophobie. Des réalités parfois difficiles à lire, mais il est toujours nécessaire de rappeler ce que subissent les lesbiennes, les gays et les bisexuel·le·s. Petite précision : afin de ne pas alourdir le texte je ne préciserai pas chaque fois qu’il s’agit peut-être de bisexualité et non forcément d’homosexualité (raccourcis souvent simplistes), mais chacun·e verra ce qu’il veut dans ces histoires.

Ils marchent dans la rue, pressent le pas, derrière eux fusent les « Salopes ! Pédales ! » et « Vous allez voir c’que c’est qu’des vrais mecs ! ». Puis ils sont rattrapés et les coups commencent, le sang qui coule, puis le noir. Un an plus tôt tout avait commencé comme beaucoup d’histoires d’amour : une fête, un copain qui a un peu trop bu et qui ne peut pas rentrer chez lui, un lit partagé et les choses dérapent…
Le roman de Florence Cadier est absolument magnifique. Si la scène d’ouverture nous happe, nous scotche et fait monter les larmes aux yeux (ou des envies de violence, c’est selon), on enchaîne très vite sur des choses plus douces, une belle histoire d’amour qui débute, la découverte de l’homosexualité et de la « sexualité » tout court (même s’il n’est pas réellement question de sexualité à proprement dit), mais aussi l’envie de partager avec les ami·e·s (pas évident quand on se sent différent·e), la réaction des parents et de l’entourage en général. L’autrice nous fait vivre les événements de façon chronologique (un an avant la scène de violence, six mois avant, trois mois avant…) et l’on découvre ainsi l’évolution d’une histoire d’amour, mais aussi le cheminement de l’acceptation d’un jeune gay. Certaines scènes sont très fortes (comme l’une des scènes de discussion parent-enfant ou la scène de tabassage), l’écriture de Florence Cadier est superbe et elle réussit à nous faire monter les larmes aux yeux, la chair de poule et l’envie de rencontrer ce jeune garçon, d’être son ami.
Un magnifique roman sur une belle histoire d’amour entre deux garçons, qui traite aussi d’homophobie.

Dans la classe d’Elsa, il y a une fille qui la trouble particulièrement, elle n’arrive pas à ne pas la regarder en classe. Elsa sait qu’elle est différente, alors quand une fille de l’école se fait traiter de lesbienne, elle décide de sympathiser avec elle, peut-être qu’elle pourra l’aider à comprendre qui elle est…
Magnifique portrait d’une ado qui se sent mal dans sa peau et qui n’en sait pas la cause (elle comprendra qu’elle est tout simplement attirée par les filles). Perrine Leblan parle aussi parfaitement des aprioris (ce n’est pas parce que quelqu’un nous semble gay ou lesbienne qu’il·elle l’est). Ici, on parle aussi d’homophobie (celui subi par une fille alors qu’elle n’est pas lesbienne, mais aussi un ami de la famille que le père refuse de voir parce que gay) et d’entraide. C’est un court roman efficace, qui laisse la parole à une jeune fille qui va grandir devant nous. La phrase de fin est absolument magnifique, mais je ne vous la dévoilerai pas ici.
Un court roman, très beau, sur l’histoire d’une jeune lesbienne qui apprend à se connaître.

Yvan est en prison, de deux coups de poing il a tué Sandra. Il est assis là, il ne comprend pas. Sonné. Grâce à lui, mais aussi à sa sœur et à Thomas, le petit ami de sa sœur, on va petit à petit comprendre comment les choses se sont passées…
Bon… j’avoue avoir très longuement hésité à mettre ce livre-là dans cette sélection. On y parle d’homophobie, mais ici la victime principale n’est pas de ce côté-là… Attention, pour vous en parler je vais vous dévoiler le dénouement (si vous ne le souhaitez pas, passez directement au livre suivant), mais de toute façon dès le départ, si vous savez que le livre parle d’homophobie vous allez deviner ce qui ne nous est révélé qu’à la fin. Thomas n’est en fait pas le petit ami de la sœur d’Yvan, mais d’Yvan lui-même. S’il a frappé Sandra jusqu’à la tuer, c’est parce qu’elle l’a menacé de révéler son secret. On parle donc bien d’homophobie ici et les deux garçons sont loin des clichés que l’on peut voir bien souvent dans les histoires où deux garçons s’aiment, et ils doivent se cacher, subissent des insultes, mais bien entendu on ne peut pas admettre la violence et le meurtre. Bref, si j’ai beaucoup aimé ce roman, je suis partagé, non pas sur le roman lui-même, mais sur sa place dans une sélection sur l’homophobie… je vous laisserai juger ! On y parle aussi beaucoup du non-dit, des conditions sociales, d’amour, d’oser affirmer être qui l’on est… L’auteur montre aussi avec beaucoup d’intelligence que tout n’est jamais noir ou blanc et que chacun·e a souvent sa propre version des choses tout en pensant que la sienne est la vraie.
Un court roman très fort sur la violence des mots et la violence des coups.

Jasmin Roy est une personnalité québécoise. Homme de télé et de radio, mais aussi acteur, c’est un homme connu et reconnu. Pourtant son enfance n’a pas été rose, il la raconte par petites touches, de courts chapitres, qui font froid dans le dos. Il a souhaité compléter son témoignage de ceux de gens qui ont vécu la même chose à notre époque, pour qu’on ne lui dise pas que l’homophobie qu’il a vécue dans les années 70 n’existe plus aujourd’hui.
Sale pédé, Pour en finir avec le harcèlement et l’homophobie à l’école est un livre absolument bouleversant, il y a bien sûr l’acharnement dont est victime Jasmin Roy, mais ça souvent il suffit de regarder autour de nous pour savoir ce qu’est l’homophobie, mais le plus fort, d’après moi, dans son témoignage ce sont les conséquences. Conséquences à l’époque, mais encore aujourd’hui. Il parle de sa peur, de ses crises d’angoisse, de son manque de confiance en lui, de sa peur des autres… toutes ces choses qui pourrissent sa vie d’homme adulte et qui sont liées aux traitements qu’il a subis dans son enfance. Les témoignages qui complètent le sien sont tout aussi bouleversants (on regrettera toutefois le peu de présence féminine, 1 témoignage de fille pour 9 de garçons). Que ce soit la première partie ou la seconde, on nous rappelle à quel point les adultes sont souvent complices de cette homophobie (sans doute l’une des choses les plus fortes dans ce livre) et qu’elle est souvent plus liée à une apparence ou à une façon d’être qu’à une réelle homosexualité.
Un témoignage extrêmement fort, complété de dix autres, pour rappeler l’horreur qu’est l’homophobie et à quel point elle détruit des vies. Un ouvrage qui devrait servir d’outil dans les écoles afin d’ouvrir les yeux.

On parle aussi d’homophobie, notamment, dans le roman Les maux bleus, les albums Les papas de Violette et Papa, c’est quoi un homme haut sèkçuel et dans les documentaires Discriminations, inventaire pour ne plus se taire et Riposte ! Comment répondre à la bêtise ordinaire. Tous les ouvrages LGBTQI+ que nous avons chroniqués sont répertoriés ici et nous préparons un webzine sur le sujet que vous découvriez en juin. N’hésitez pas à nous signaler en commentaires les livres que vous aimez sur le sujet.

Je les entend nous suivre
de Florence Cadier
Le Muscadier dans la collection Rester Vivant
9,50 €, 140×190 mm, 90 pages, imprimé en France, 2018.
La peur au placard
de Perrine Leblanc
Oskar Éditeur dans la collection Court MÉ-Trage
7 €, 115×170 mm, 77 pages, imprimé en Europe, 2015.
Le sens de l’honneur
de Roland Godel
Oskar Éditeur dans la collection Court MÉ-Trage
6 €, 115×170 mm, 83 pages, imprimé en Europe, 2014.
Sale pédé, pour en finir avec le harcèlement et l’homophobie à l’école
de Jasmin Roy
Les Éditions de L’homme
13 €, 154×229 mm, 165 pages, imprimé en France, 2016.

You Might Also Like

L’un est amoureux d’un garçon, l’autre a un corps qui ne reflète pas qui il est [ARTICLE EN ACCÈS LIBRE]

Par 11 février 2019 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous présente deux ouvrages extrêmement touchants, un album qui nous présente un petit garçon amoureux d’un autre et une BD sur la transidentité.

Jacques vit dans la même rue que lui, dans la maison à côté. Du jour où il a emménagé, ils ne se sont plus quittés. Ensemble, ils ont fait les quatre cents coups, main dans la main. Jusqu’au jour où Jacques a quitté le village…
Les jours heureux est un album extrêmement attachant sur un petit garçon amoureux d’un autre, même si ce n’est pas clairement dit (certain·e·s pourront même penser qu’il s’agit d’une très forte histoire d’amitié…). Les magnifiques illustrations de Bernat Cormand sont extrêmement délicates et poétiques et accompagnent à merveille le texte plein de pudeur. C’est une très belle histoire qui parle d’amour, de coup de foudre… et de séparation…
Un magnifique album sur deux petits garçons qui s’aiment.

C’est le jour où Lila a commencé à avoir des seins que les choses ont pris une mauvaise tournure. Comment ce corps pouvait à ce point ne pas refléter son identité ? Qu’est-ce qu’il se passait… Où était le souci ? Pour Lila, petit à petit les choses devinrent évidentes, elle n’était pas une fille, mais un garçon.
Appelez-moi Nathan est un roman graphique que j’ai trouvé extrêmement juste sur la transidenté (il est d’ailleurs basé sur une histoire réelle, le vrai « Nathan » a témoigné dans plusieurs émissions télé). Catherine Castro et Quentin Zuttion nous parlent des questionnements (Nathan se croira lesbienne avant de comprendre qui iel est vraiment), des recherches sur internet (qu’est-ce qu’il se passe ?), du regard des autres, de la réaction (perdue) des parents (passages qui m’ont particulièrement touché), du long chemin qu’est le changement de genre (autant au niveau physique qu’administratif). C’est une BD qu’on ne lâche pas avant de l’avoir terminée tant le personnage est extrêmement attachant, tant les auteur·trice·s nous racontent son histoire avec pudeur et justesse. J’ai envie d’ajouter qu’il y a souvent des albums, des romans, des BD qui ne sont pas exceptionnels, mais dont on dit toujours qu’elles ont « le mérite d’exister », car elles parlent d’un sujet dont on parle peu. Ici, c’est bien au-delà de ça, c’est une très très bonne BD, même en dehors du sujet qu’elle traite (et donc ça fait du bien d’avoir un album réussi sur ce sujet).
Un très bon roman graphique qui parle de transidentité.

Plein d’autres livres LGBTQI+ ici notamment mais tous sont regroupés .

Les jours heureux
de Bernat Cormand (traduit par Justine Rousset)
Notari dans la collection L’oiseau sur le rhino
13 €, 228×228 mm, 32 pages, lieu d’impression non indiqué, 2018.
Appelez-moi Nathan
scénario de Catherine Castro, dessins par Quentin Zuttion
Payot Graphic
16,50 €, 172×240 mm, 144 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2018.

You Might Also Like

Adolescentes d’aujourd’hui [ARTICLE EN ACCÈS LIBRE]

Par 3 août 2018 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose de faire la rencontre d’Armelle, une jeune lesbienne qui passe un mauvais moment, et de Lina-Jane, une adolescente qui va faire une rencontre qui va marquer sa vie.

Depuis qu’Armelle a montré à Inès qu’elle était amoureuse d’elle, sa vie au lycée est un enfer. Elle est devenue la cible de la bande de l’horrible Anaïs. Remarques, insultes… Armelle n’en peut plus. Si tout le monde sait maintenant au lycée qu’elle est lesbienne, à la maison c’est autre chose. Mais alors que ses parents la forcent à participer à une manif contre le mariage pour tous, Armelle décide de leur dire la vérité. La réaction sera sans appel : Armelle est mise dehors. Quel avenir attend l’adolescente de 16 ans qui se retrouve maintenant à la rue ?
Il faut aller au-delà de la couverture (pas très réussie, disons-le) et découvrir ce très beau roman sur une jeune lesbienne qui va devoir se débrouiller par elle-même, à la suite d’une réaction violente de ses parents. Christine Féret-Fleury nous propose une histoire qui sonne juste, une histoire qui est celle de beaucoup de jeunes homosexuel·le·s pour qui l’association Le refuge est une bénédiction. Armelle va rencontrer des gens qui vont l’aider et l’aimer, elle traversera de rudes épreuves, mais saura s’en sortir grâce à l’aide de gens bien meilleurs que ses parents.
Un roman très fort pour rappeler l’homophobie qui existe toujours dans les familles et les écoles.

Lina-Jane est une jeune booktubeuse (elle tient des chroniques littéraires sur YouTube). Un jour, alors qu’elle cherche un meuble dans son grenier afin de faire une nouvelle bibliothèque, elle tombe sur des paquets qui lui sont destinés et qui lui ont été cachés. Ils ont été envoyés chaque année par son grand-père qu’elle croyait mort. C’est à la même époque que suite à l’agression de son meilleur ami, elle rencontre une vieille dame de son quartier, Lucia. Très vite, cette dernière invite la jeune fille et semble vouloir vraiment sympathiser avec elle… quel secret cache-t-elle ?
Ah qu’il est difficile de vous parler de ce joli roman sans trop vous en dévoiler… Personnellement, j’en savais un peu trop avant de le lire et j’ai donc décidé de ne pas vous raconter ce dont il est question ici. Je peux en tout cas vous dire que c’est une belle histoire que nous raconte Érik Poulet-Reney. Une histoire où il est question de belles rencontres, de lien du sang, d’identité… C’est un roman court, qui se lit vite (un peu trop, je serais bien resté avec Lina-Jane et Lucia encore un peu), mais qui procure beaucoup de plaisir. Bon et si vraiment il vous faut en savoir plus, quitte à vous gâcher un peu l’intrigue,


La rencontre entre une adolescente et une vieille dame…

Les maux bleus
de Christine Féret-Fleury
Gulf Stream Éditeur dans la collection Échos
15 €, 141×221 mm, 196 pages, imprimé en Lettonie, 2018.
Transparente
d’Érik Poulet-Reney
Oskar dans la collection La vie
12,95 €, 130×210 mm, 117 pages, imprimé en Europe, 2018

You Might Also Like

Héros et héroïnes de contes et du quotidien

Par 30 juillet 2018 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, on plonge dans deux ouvrages parfaits pour les vacances, à savourer à l’ombre d’un arbre, sur une plage, près d’un cours d’eau ou d’une rivière… L’excellent Vives et vaillantes de Praline Gay-Para qui met en scène sept héroïnes de contes féministes et enthousiastes et l’hilarant Heureusement que le chien, lui, est un type bien de Lorenza Ghinelli !

Vives et vaillantes
Texte de Praline Gay-Para, illustré par Anne-Lise Boutin.
Didier Jeunesse
14€, 145×213 mm, 128 pages, imprimé en France, 2018.
Heureusement que le chien, lui, est un type bien
Texte de Lorenza Ghinelli (traduit par Anaïs Bouteille-Bokobza)
Thierry Magnier
14,90€, 141×221 mm, 240 pages, imprimé en France, 2018.

You Might Also Like

Des livres jeunesse LGBTQ+ [CHRONIQUE EN ACCÈS LIBRE]

Par 29 juin 2018 Livres Jeunesse

Demain, à Paris, aura lieu la marche des fiertés, l’occasion une nouvelle fois pour nous de mettre un coup de projecteur sur des livres qui mettent en avant des personnages homosexuels (que ça soit les héro·ïne·s des histoires ou leurs parents), bisexuels ou transgenres. Pour rappel, nous avons déjà fait deux chroniques sur le sujet ici et , nous avons un tableau pinterest regroupant les livres chroniqués et nous préparons un dossier très complet… mais en attendant ce dossier voici donc quelques livres avec des personnages LGBTQ+ ! Pour cette chronique, exceptionnellement, je serai parfois obligé de vous révéler la fin, car c’est parfois dans les dénouements que l’on comprend le rapport avec le thème de la chronique… j’espère que vous ne m’en voudrez pas !

Des albums…

Camille aime Baptiste. Avant Baptiste, d’autres ont fait battre son cœur, mais aujourd’hui c’est Baptiste et ça, ça change tout ! Camille pense à lui sans arrêt, lui écrit des poèmes et rougit en les lui donnant… ce qui fait aussi rougir Baptiste… car Baptiste aussi aime Camille. Au fait, Camille est un garçon, et alors, qu’est-ce que ça change ?
Très beau texte d’une autrice dont on aime beaucoup la plume, Cathy Ytak. Un texte extrêmement délicat, poétique, sensible. Et les illustrations de Daniela Tieni l’accompagnent à merveille. L’autrice joue avec la surprise (nos visions hétérocentrées penseront d’abord que Camille est une fille). On est loin ici des clichés et, contrairement à la plupart des livres sur le sujet, rien n’arrive de négatif aux deux héros de l’histoire. À noter que ici, et c’est tellement exceptionnel qu’il faut le signaler, on parle de bisexualité car les héros ont aussi été amoureux de filles.
Un très bel album sur deux garçons qui sont amoureux, avec un texte très poétique et des illustrations qui le sont tout autant.

TA TAAA !!! AVIS À LA POPULATION ! C’est le grand jour, aujourd’hui le prince Jean-Georges doit se marier, son père, le roi Grobull, l’a décidé ! Toutes les vaches du pays sont invitées à se présenter, afin que le prince choisisse son élue. Mais aucune ne lui plaît… Ce n’est pas grave, le roi convoque les truies, après tout il ne veut qu’une chose que son fils soit HEU-REUX ! Le prince sait avec qui il veut se marier… mais comment le dire à son père… Pourtant si celui-ci veut à ce point qu’il soit heureux, il devrait accepter…
Beaucoup d’humour et de magnifiques illustrations en volume (la marque de fabrique de Christian Voltz) dans cet album où le prince se mariera finalement avec son ami le bélier. Ici non plus il n’est pas question de harcèlement, d’amours tristes… mais juste d’oser le dire à son père (qui finalement ne le prendra pas si mal, le tout c’est que son fils soit heureux, non ?)
Un album plein d’humour, avec un texte dont la lecture à voix haute est un régal, pour rappeler que dans la vie, le plus important c’est d’être HEU-REUX !


À noter aussi la réédition (avec quelques micro-changements et un format plus petit) de BOUM BOUM et autres petits et GRANDS bruits de la vie de Catherine Latteux et Mam’zelle Roüge aux éditions Pourpenser. On avait chroniqué ici ce joli album (à l’époque où il est sorti chez Frimousse) où l’on croise un jeune garçon amoureux d’un autre jeune garçon.

Des BD…

Dans la vie de Bichon, il y a un nouvel instituteur (le fameux remplaçant super beau de l’année dernière), sa copine Agnès (qui cache un secret) et toujours le beau Jean-Marc (qui vit quelques moments pas très drôles), mais en ce moment y’a plus trop sa grande amie Myriam (qui n’a plus le droit de jouer avec Bichon, sa mère le lui interdit). Ce qui préoccupe notre jeune héros, c’est les lettres d’amour qu’il vient de recevoir. Qui est amoureux·euse de lui ? Et quels sont les secrets qui semblent ronger tout son entourage ?
Quel bonheur toujours de retrouver Bichon, le fan de princesse Ploum qui craque sur le beau Jean-Marc. David Gilson a créé un héros gay qui plaît énormément aux enfants ! Ses aventures sont pleines d’humour (et d’amour). Dans cet album, on parle comme toujours des stéréotypes de genre, mais ici on parle beaucoup des choses que l’on cache alors qu’on devrait tout simplement vivre en étant soi-même. La toute dernière planche nous fait un peu peur… Est-ce le dernier tome ? On n’espère pas !
Une BD pleine d’humour avec un jeune héros gay.

Végétaline est une princesse qui vit en haut d’une grande tour et souffre d’une maladie étrange. Codette a fui son pays en guerre avec ses parents. Lors d’une soirée chez Végétaline (où celle-ci est alitée comme d’habitude) et suite à un pari, Codette s’introduit dans la chambre de Végétaline pour l’embrasser… Sauf que ce baiser va déclencher chez les jeunes filles des choses auxquelles elles ne s’attendaient pas…
Bienvenue dans l’univers barré de Lisa Mandel, ici l’on croise des animaux transgéniques, des inventeurs fous qui aiment visiblement se déguiser en Bioman, des filles possédées par d’étranges phénomènes… Et au milieu de tout ça, une belle histoire d’amour entre deux filles. Ici, ça fait partie de l’histoire, personne ne s’étonne ou se choque de l’amour des deux filles… et ça fait du bien !
Une super BD avec des héroïnes amoureuses.

Un beau jour, Yaichi voit débarquer le mari de son frère, mort quelque temps plus tôt. Pour ce Japonais qui élève seul sa fille, l’arrivée que cet homosexuel canadien n’est pas une chose qui le réjouit, ses premières paroles sont d’ailleurs assez violentes. Pourtant très vite, entre les deux hommes les relations vont se pacifier, notamment grâce à la petite Kana et sa naïveté d’enfant.
Le mari de mon frère est un manga (qui se lit dans le sens japonais) mettant donc en scène un homme plutôt homophobe et le mari de son frère. Le héros de l’histoire va s’interroger au contact de son beau-frère sur sa vision des homosexuels et se rendre compte que certaines idées reçues sont idiotes. On parle aussi du deuil (d’autant plus difficile pour le jeune veuf, car son beau frère est le frère jumeau de son ancien mari et la ressemblance le trouble énormément). Le manga est entrecoupé de deux « petits cours de culture gay » plutôt amusants. À noter que l’auteur est artiste érotique gay et ça se sent dans la façon dont il dessine les corps masculins (mais rassurez-vous si certain·e·s prendront du plaisir à voir ces corps sublimés, les plus jeunes enfants ne verront rien d’érotique dans ces planches).
La cohabitation difficile (dans un premier temps), entre un Japonais pas très homophile, son beau-frère homosexuel et une petite fille pleine de vie.

Des romans pour les plus jeunes…

Il y a un nouveau à l’école, il s’appelle Camille. Les moqueries commencent déjà dès l’annonce de son prénom « Camille c’est un prénom de fille ! », mais le jeune garçon ne se vexe pas, il explique calmement que ça fonctionne pour les deux genres. Si Camille ne s’énerve jamais, c’est qu’il a une règle d’or : ne pas faire à autrui ce que l’on ne veut pas qu’on nous fasse. Mais pour certains de l’école, c’est encore un sujet de moquerie voire pire…
Camille a un secret que l’on découvrira à la fin du roman, il vit avec ses deux pères. On pourra peut-être regretter que l’explication de l’étrangeté de l’enfant soit qu’il soit élevé par deux hommes (même si au final, Camille est un enfant bien plus philosophe et plus réfléchi que ses camarades), mais voilà là un très beau petit roman accessible vraiment aux lecteurs et lectrices débutant·e·s (sur ce sujet, ce n’est pas si fréquent). On parle donc ici d’homoparentalité, mais aussi de tolérance, de harcèlement scolaire, d’entraide, des secrets entre ami·e·…
Un petit roman très bien écrit sur un jeune garçon qui grandit dans une famille homoparentale et sur les regards extérieurs sur cette famille-là.

L'amoureux de papa Son père et sa mère sont séparé·e·s, mais l’entente entre les deux est bonne. Donc tout se passe bien pour Amandine, mais un jour son père a une annonce à lui faire, il veut lui présenter quelqu’un qui compte beaucoup pour lui. Mais quand Amandine voit arriver son instituteur et que son père lui annonce que c’est son amoureux, son monde bascule.
Là aussi un petit regret (disons-le d’emblée pour passer vite à autre chose et ne pas se focaliser dessus), la mère parle de l’homosexualité de son ex-compagnon alors qu’il aurait peut-être été plus judicieux de parler ici de bisexualité (sexualité désespérément oubliée dans la littérature jeunesse où les choses doivent être ou noires ou blanches, visiblement), mais là encore c’est un joli petit roman, parfait pour les jeunes lecteurs et lectrices (texte court, simple, richement illustré). Ce qui est intéressant ici, en dehors du fait que là encore ça s’adresse aux plus jeunes et que ce n’est pas si courant, c’est le rejet de l’héroïne, les choses ne peuvent pas se passer ainsi, ce qui rend l’histoire totalement réaliste (pas d’angélisme). Le nouveau couple va vivre des moments difficiles, jusqu’à décider de rompre par amour pour la petite fille (mais rassurez-vous, les choses ne se finiront pas aussi mal).
Un roman qui sonne juste sur une petite fille pas contente que le nouvel amoureux de son père soit un garçon, qui plus est son instituteur !

Il a eu 16 ans et il écrit à son père. Il lui écrit qu’il est heureux qu’il y ait Ludovic dans sa vie, Ludovic qui a été là dès la mort de sa mère, à s’occuper de lui, comme un père, justement. Alors aujourd’hui il écrit à son père pour lui dire qu’il faut stopper les mensonges, qu’il sait que Ludovic et lui s’aiment, mais qu’il faut qu’ils le fassent au grand jour, qu’ils doivent se marier maintenant que cela est possible !
C’est une belle déclaration d’amour qu’on trouve dans Mariez-vous ! d’Alain Germain en quatre lettres (deux à son père, une à Ludovic et la dernière à son amoureuse à lui). Une déclaration d’amour d’un fils à son père et à l’homme qui, dans l’ombre, était l’amoureux de son père et s’est occupé de lui. Une invitation à vivre un amour au grand jour, à ne plus vivre caché. En fin d’ouvrage, on trouvera le texte de la loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe.
Un roman court, mais fort, avec quatre belles lettres d’amour. Un bel hommage aux familles homoparentales.

Son oncle Mika il l’aime tellement. Toujours le mot pour rire, toujours attentif, attentionné. Alors Jérémie, sept ans, ne comprend pas pourquoi d’un coup il est sorti de sa vie, pourquoi il ne le voit plus. Il a bien surpris des paroles entre ses parents et ses grands-parents. Mais il ne les comprend pas. Que s’est-il passé ? Est-il mort ?
Gwladys Constant propose un très beau roman sur l’intolérance. Car ici l’oncle Mika a été rayé de la famille (avec interdiction de revoir son neveu) parce qu’il est homosexuel. Le texte est très joliment écrit et l’on se met à la place de cet enfant qui ne comprend pas, dans un premier temps, où est passé son oncle, et dans un second temps ce qu’il y a de mal à aimer les garçons… Rassurez-vous, il y aura quelqu’un qui saura apporter du bonheur à l’enfant (mais qui, comme dans la vraie vie, ne fera pas de miracles, la famille restera aussi bête et homophobe, malheureusement).
Un très joli roman, très bien écrit, sur la bêtise de l’homophobie dans une famille.

C’était en colonie de vacances, une fille avait fait battre son cœur. Il y avait eu les nuits où les duvets se rapprochaient, les confidences, la petite flamme dans les yeux devant la scène de baiser au cinéma. Et il y avait eu la dernière nuit de la colo, mais ça, c’est un secret…
Fallait-il mettre C’est notre secret dans cette chronique thématique, c’est un débat et je vous laisserai juger ! Car ici il n’est pas dit que la personne qui nous raconte cette histoire est une fille… mais il ne nous est pas dit que c’est un garçon non plus ! Raphaële Frier, en plus d’avoir une très belle plume, est très maline. Elle a écrit tout ce roman dans lequel on ne connaîtra jamais le genre du héros ou de l’héroïne. On pourra donc s’imaginer qu’il s’agit là d’une petite fille amoureuse d’une autre petite fille… moi c’est en tout cas ce que j’y ai vu.
Un très très beau petit roman, où l’on pourra voir une histoire d’amour entre deux filles… ou pas !

Des romans pour les plus grands…

Nous sommes en août 1947, le jeune Harvey Milk, 17 ans, vient de se faire arrêter par la police alors qu’il était juste en train de lire en bronzant dans un parc. Les rafles d’homosexuels sont de plus en plus fréquentes et Harvey a peur qu’on prévienne sa famille, sa mère ne sait pas que son fils aime les garçons. Quelques années plus tard, il deviendra pourtant l’un des plus célèbres défenseurs des droits des homosexuel·le·s, incitant ses semblables à annoncer leur homosexualité partout afin de faire avancer les choses.
Sorti dans la très bonne collection Ceux qui ont dit non, Harvey Milk, non à l’homophobie est bâti comme un roman. On rencontre ici cet homme, incarné au cinéma par Sean Penn dans le très beau film de Gus Van Sant, de sa jeunesse à sa mort (rappelons qu’il a été assassiné froidement par un homophobe). Le livre est un beau rappel des luttes passées et de celles qui sont encore à venir, d’ailleurs après l’histoire, l’ouvrage nous propose neuf pages sur l’homophobie, les victimes homosexuelles des camps nazis, les combats en France…
Un très beau roman pour rappeler qui était Harvey Milk ou pour rappeler combien la lutte contre l’homophobie reste une chose importante aujourd’hui.

Cent fois on le lui a dit. Cent fois. Qu’un garçon ne doit pas pleurer, qu’un garçon doit se battre pour se défendre, utiliser ses poings. Pourtant il n’y arrive pas. Il continue de pleurer quand on le frappe et ne réplique pas. Il encaisse. Il encaisse les « sale pédé », les autres qui tentent des records de side-kiks sur lui, la terre qu’on lui fait manger et les regards de son père qui font mal.
Une claque, voilà ce qu’est À copier 100 fois, une claque. Un roman court qui se lit d’une traite et dont on sort totalement secoué·e. Un roman extrêmement fort, écrit par une très belle plume (j’avoue que je n’avais jamais rien lu d’Antoine Dole avant ce roman), qui nous fait un nœud dans l’estomac. La relation entre le père et le fils, le harcèlement extrêmement violent dont est victime le jeune héros de 13 ans, ici tout fait mal. Voilà un livre qu’on devrait faire lire en classe…
Il paraît que les garçons ne doivent pas pleurer, je peux vous dire que moi j’ai versé des larmes en refermant celui-ci.

Nina a 15 ans, l’âge où les vacances avec les parents peuvent être de vraies galères… mais on n’a pas le choix. Pour Nina, ce voyage à Barcelone c’est quand même l’occasion de revoir le beau Jesus, un garçon qu’elle a embrassé sur la bouche la dernière fois qu’il et elle se sont vu·e·s… Mais les choses ne se passent pas comme prévu, Jesus est venu avec sa cousine et est plutôt distant, et Nina trouve un sac qui va lui faire faire de belles rencontres, de celles qui changent une vie.
C’est un très joli roman que nous propose Hélène Couturier aux éditions Syros. On y parle de la relation entre une mère et sa fille, entre une ado et sa petite sœur (un peu trop parfaite), des histoires d’amour des parents, des amours de vacances, mais aussi de transidentité. Car on trouvera ici un personnage transgenre que je trouve particulièrement intéressant (bien que le passage sur l’explication de la transidentité me semble un peu didactique). Toutefois, je trouvais intéressant de demander à quelqu’un qui, contrairement à moi, connait bien le sujet de la transidentité, d’avoir son regard sur ce roman. J’ai donc demandé à R (@libre__R sur twitter) son avis, le voici : « J’ai commencé à lire en ayant hâte de rencontrer ce personnage trans que je savais présent dans ce livre. J’ai donc vite déchanté en comprenant où menait l’intrigue : la transidentité comme révélation type « plot twist » vers la fin du roman. Ce personnage est un outil scénaristique pour les protagonistes, et il en devient inaccessible et peu crédible (surtout les propos et dialogues de personnages censés « savoir mieux »). Les questionnements et la réflexion de l’héroïne vont de naïfs à très pertinents, ce qui est cool ! Mais du coup c’était très étrange (et blessant) de voir que le personnage était mégenré jusqu’au bout. » Personnellement, j’ajouterai quand même que d’introduire un personnage transgenre dans ce genre de roman très grand public ne peut pas faire de mal et peut-être renseigner des gens qui connaissent peu le sujet (et on le sait, les haines viennent souvent du fait de ne pas connaître).
Un roman intéressant avec un personnage transgenre, mais qui décevra peut-être ceux et celles qui le liront en voulant lire un roman sur la transidentité.

Simon a 16 ans, il est homosexuel, mais personne ne le sait. Enfin, il y a Blue… Blue c’est un garçon de son lycée, mais il ne sait pas qui il est, ils échangent par mail suite à un message sur le blog du lycée. Et, même s’il ne connaît pas sa vraie identité, Simon craque sur Blue. Mais un jour, un camarade de Simon vient le voir pour lui dire qu’il a lu les mails…
Coup de cœur pour ce roman qui pourtant n’est pas de la grande littérature (on est proche de la lecture de plage, disons les choses), mais ici le suspense est très fort (mais qui est Blue ???), c’est bourré de scènes qui font du bien, c’est drôle, émouvant… Et puis, je dois l’avouer, j’ai versé quelques larmes au moment de la rencontre entre nos deux héros… C’est un roman que je n’arrivais pas à fermer (vous connaissez, le genre qu’on continue sur la route en sortant du métro pour en profiter encore quelques minutes) et j’ai été triste de quitter les héros… mais j’ai appris depuis l’existence d’une suite (Leah à contretemps) et je me réjouis d’avance de retrouver Simon. À noter que le livre sorti tout d’abord sous le joli titre Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens s’appelle désormais Love, Simon… comme l’adaptation qui vient de sortir au cinéma et que la jolie couverture a laissé place à l’affiche du film (ah les lois du marketing…).
Un roman extrêmement charmant, qui parle du coming out, des émois amoureux et de la découverte des codes du milieu homosexuel.

Ça change tout !
Texte de Cathy Ytak, illustré par Daniela Tieni
L’atelier du poisson soluble
16 €, 200×263 mm, 32 pages, imprimé en Espagne chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
HEU-REUX !
de Christian Voltz
Rouergue
13,50 €, 230×210 mm, 40 pages, imprimé au Portugal, 2016.
BOUM BOUM et autres petits et GRANDS bruits de la vie
Texte de Catherine Latteux, illustré par Mam’zelle Roüge
Pourpenser
10,50 €, 160×240 mm, 32 pages, imprimé en France, 2018.
Bichon – T3 – L’année des secrets
de David Gilson
Glénat dans la collection Tchô ! La collec
10,50 €, 215×295 mm, 48 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
Princesse aime princesse
de Lisa Mandel
Gallimard dans la collection Bayou
16,75 €, 175×245 mm, 124 pages, imprimé en Espagne, 2008.
Le mari de mon frère – T1
de Gengorah Tagame (traduit par Bruno Pham)
Éditions Akata dans la collection L
7,95 €, 130×180 mm, 180 pages, imprimé en Italie, 2016.
La règle d’or
d’Isabelle Minière
Éditions du Jasmin
8 €, 130×190 mm, 64 pages, imprimé en France, 2013.
L’amoureux de papa
Texte d’Ingrid Chabbert, illustré par Lauranne Quentric
Kilowatt dans la collection Les kapoches
7,30 €, 140×180 mm, 41 pages, imprimé en U.E., 2017.
Mariez-vous !
d’Alain Germain
Oskar Éditeur dans la collection Court-Mé-trage
6 €, 115×170 mm, 49 pages, imprimé en Europe, 2013.
L’oncle Mika
de Gwladys Constant
Oskar Éditeur dans la collection Court-Mé-trage
6 €, 115×170 mm, 48 pages, imprimé en Europe, 2014.
C’est notre secret
de Raphaële Frier
Thierry Magnier dans la collection Petite poche
3,90 €, 105×150 mm, 48 pages, imprimé en République Tchèque, 2018.
Harvey Milk – Non à l’homophobie
de Safia Amor
Actes Sud Junior dans la collection Ceux qui ont dit non
8 €, 112×177 mm, 96 pages, imprimé en France, 2014.
À copier 100 fois
d’Antoine Dole
Sarbacane dans la collection Mini-romans
6 €, 110×175 mm, 56 pages, imprimé en Bulgarie, 2015.
Trans Barcelona Express
d’Hélène Couturier
Syros dans la collection Hors-Série
15,95 €, 150×220 mm, 224 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2018.
Love, Simon (ou Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens)
de Becky Albertalli (traduit par Mathilde Tamae-Bouhon)
Hachette Roman
17 €, 135×215 mm, 320 pages, imprimé en Espagne chez un imprimeur éco-responsable, 2015.

You Might Also Like

Secured By miniOrange