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Interview

Les invité·e·s du mercredi : Philippe Nessmann et Rémi Courgeon

Par 13 février 2019 Les invités du mercredi

Je lis, avec toujours le même plaisir, les livres de Philippe Nessmann depuis plusieurs années. La sortie de son dernier documentaire, Dans tous les sens, un magnifique ouvrage était l’occasion de lui poser quelques questions. Ensuite, je vous propose de visiter l’atelier d’un auteur/illustrateur qu’on adore, Rémi Courgeon. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Philippe Nessmann

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Quand j’étais enfant, il y a une question que je détestais par-dessus tout : « Qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand ? » Je n’en avais aucune idée ! Au lycée, comme je n’en savais toujours rien, mes parents ont décidé pour moi : puisque j’étais bon en maths et en physique, je serais ingénieur. Quelques années plus tard, mon diplôme d’ingénieur en poche, je me suis rendu compte que je ne me voyais pas faire ce métier toute ma vie – même si c’est un beau métier. Secrètement, j’avais envie d’écrire, mais je faisais alors le complexe du scientifique doué pour les chiffres, pas pour les lettres. J’ai donc repris des études : j’ai fait une maîtrise d’histoire de l’art, puis j’ai suivi des cours de journalisme. J’ai ensuite vraiment appris à écrire à Science et Vie Junior : ma double formation me permettait d’écrire aussi bien des articles sur les dernières découvertes scientifiques que sur les aventures passées des grands explorateurs. Depuis maintenant vingt ans, je vis uniquement des livres : j’ai écrit une quarantaine de documentaires sur les sciences, sur l’histoire ou sur l’art, onze romans historiques et un album.

J’aimerais que vous nous présentiez Dans tous les sens, le magnifique album documentaire qui vient de sortir au Seuil. Comment est né cet album ?
À l’origine, il y a la volonté d’Angèle Cambournac, éditrice au Seuil Jeunesse, de faire un documentaire sur les cinq sens. Lorsqu’elle m’a proposé de l’écrire, je me suis dit : « Oh non, encore un livre sur les cinq sens ! » Il faut dire qu’il y en a déjà beaucoup. J’en ai moi-même déjà écrit un il y a quinze ans dans la collection Kezako, que je dirigeais alors pour les éditions Mango. Mais lorsqu’Angèle m’a expliqué un peu mieux son projet, je me suis rendu compte que ce serait un livre différent des autres. Tout d’abord, sur le fond : elle voulait que, pour chaque sens, une double page soit consacrée à la science, une autre à l’art, une à un métier lié à ce sens, une à un personnage historique… Cela promettait d’être un livre d’une grande richesse. Ensuite, sur la forme : elle comptait confier l’illustration de l’ouvrage à Régis Lejonc, connu pour la qualité et la diversité de son travail.

À ce propos, les illustrations et la maquette sont absolument superbes, êtes-vous intervenu à ce niveau ?
Régis Lejonc et le graphiste Célestin, qui a réalisé la maquette, ont en effet fait un travail merveilleux. En ouvrant le livre, on ressent une impression de foisonnement, avec des dessins tour à tour drôles, poétiques, tendres… Je ne suis pas du tout intervenu à ce niveau-là. Lorsque je recevais par mail les dernières doubles pages mises en forme, je ne pouvais m’empêcher de me dire : « Wouah ! J’ai bien fait d’accepter de faire ce livre… Ce ne sera pas juste un autre livre sur les cinq sens. »

Même s’il est sorti il y a quelque temps déjà, j’aimerais que vous nous parliez de l’album Le Village aux mille roses qui m’avait beaucoup touché et qui est sélectionné pour le prix des Incos
Le Village aux mille roses est un livre un peu particulier dans ma production : c’est, à ce jour, mon seul album. Je l’ai écrit au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, lorsque j’ai ressenti le besoin d’expliquer à ma fille, qui était alors en CE2, ce qui s’était passé. Je voulais lui fait comprendre comment des hommes en étaient venus à tuer des innocents au nom d’un Dieu ou d’une religion. La difficulté était de lui faire réaliser que le problème n’était pas Dieu ni la religion, mais la manière dont certains hommes les aimaient. J’ai alors imaginé cette histoire d’un village où poussent des roses de toutes les couleurs. Un jour, un vieux jardinier invente une rose d’une couleur toute nouvelle : noire comme la nuit, elle est magnifique. Le chef du village aime tellement la rose noire qu’il ne cultive plus que celle-là dans son jardin. Ne comprenant pas qu’on puisse aimer d’autres couleurs, il finit par interdire toutes les roses qui ne sont pas noires et par les faire couper. Petit à petit, le village sombre dans la tyrannie… Je suis content que le livre soit sélectionné pour le prix des Incorruptibles, car cela me permet d’aller à la rencontre d’écoliers et de leur parler de sujets qui me tiennent à cœur : la tolérance, la diversité, la liberté…

Vous avez écrit de nombreux albums documentaires, je suis particulièrement fan de Toutes les réponses aux questions que vous ne vous êtes jamais posées, j’aimerais savoir comment vous travaillez sur ces livres.
Comme souvent pour les livres documentaires, il y a au départ l’envie d’un éditeur. En 2004, Didier Baraud venait de créer les éditions Palette… Il souhaitait publier un livre documentaire amusant qui explique le dessous des choses : pourquoi le marathon se court-il sur 42 195 km ? Pourquoi le dollar a-t-il pour symbole un S et non un D ? D’où vient l’expression « payer en monnaie de singe » ? À chaque fois, il y a une raison historique que l’on a un peu oubliée. Le projet m’a tout de suite plu, car il mêlait histoire, sciences, sports, arts, culture, coutumes… J’ai pris beaucoup de plaisir à partir à la recherche de ces « questions que l’on ne se pose pas », et plus encore à en rédiger les réponses. Comme pour tous mes livres, je m’adresse à un public d’enfants, mais sans les prendre pour des enfants. Du coup, les adultes y trouvent aussi leur compte.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Enfant et adolescent, j’adorais les livres de Jack London (Croc blanc, les Contes des mers du Sud…), de Saint-Exupéry (Terre des hommes, Vol de nuit…) de Stevenson (L’Île au trésor)… Bref, les livres d’aventure avec de l’exotisme, du danger et des grands paysages. Ce n’est pas un hasard si c’est le genre de livre que j’ai eu envie d’écrire, devenu adulte. En 2005, j’ai créé pour Flammarion Jeunesse la collection de romans historiques Les Découvreurs du Monde. J’y raconte l’histoire vraie de la conquête du pôle Nord, de la découverte de la tombe de Toutankhamon, du tour du monde de Magellan, du voyage de Marco Polo ou encore de la conquête de la Lune.

Quels sont vos prochains ouvrages que l’on découvrira ?
Mon prochain livre est une fable écologique qui devrait paraître en septembre prochain. Dans ce projet, le plus intéressant n’est pas tant mon texte que l’éditeur qui le publiera. La Cabane Bleue est une maison d’édition en cours de construction. L’objectif de Sarah Hamon, une ancienne éditrice de chez Fleurus, et Angela Léry, ancienne chargée de communication chez Gulf Stream Éditeur, est, d’une part, de faire paraître des livres pour la jeunesse traitant d’écologie et, d’autre part, de les fabriquer de la manière la plus écologique possible. En effet, éditer un livre pour expliquer que notre planète va mal en utilisant une encre polluante, en l’imprimant en Chine puis en pilonnant les invendus, ce n’est pas très cohérent ! Le projet porté par la Cabane Bleue me semble donc particulièrement intéressant, et il vaut la peine qu’on le soutienne. https://www.facebook.com/editionslacabanebleue.

Bibliographie :

  • Dans tous les sens, documentaire illustré par Régis Lejonc et Célestin, Seuil Jeunesse (2019).
  • Éternité – Demain, tous immortels ?, documentaire, De la Martinière Jeunesse (2018).
  • Mission Mars, roman/documentaire illustré par Dofresh, Fleurus (2017).
  • Dans la nuit de Pompéi, roman, Flammarion jeunesse (2017).
  • Le village aux mille roses, album, texte et illustrations, Flammarion jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La fée de Verdun, roman, Flammarion (2016).
  • 50 inventions qui ont fait le monde, documentaire, Flammarion jeunesse (2016).
  • Quand j’étais petit (c’était avant), documentaire, Palette… (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • art & sciences, documentaire, Palette… (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Le livre de tous les jumeaux (petits et grands), documentaire illustré par Bruno Gibert, Le Baron Perché (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • Toutes les réponses aux questions que vous ne vous êtes jamais posées, album illustré par Nathalie Choux, Palette… (2005), que nous avons chroniqué ici.


Quand je crée… Rémi Courgeon

Le processus de création est quelque chose d’étrange pour les gens qui ne sont pas créateur·trice·s eux-mêmes. Comment viennent les idées ? Et est-ce que les auteur·trice·s peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur·trice·s, dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur·trice·s et/ou illustrateur·trice·s que nous aimons de nous parler de comment et où ils·elles créent. Cette semaine, c’est Rémi Courgeon qui nous parle de quand il crée.

Le mot créer m’a toujours un peu gêné. Le costume de Créateur est trop grand pour moi, surtout la longue toge blanche et la grande barbe. Trôner au-dessus du monde dans un fauteuil de nuages, ce n’est pas mon truc. Je me vois plutôt comme un créatif : un type qui creuse en se grattant les tifs.
C’est donc la main dans la tignasse que je vais tenter de raconter comment ça marche, la mécanique des idées.
Bien que ça soit souvent une énigme.
Pour commencer dans le concret : il est trois heures du matin, et comme suis réveillé depuis une demi-heure et n’arrive pas à me rendormir, je suis monté dans mon atelier pour compléter ma to-do-list. Là, j’ai pris mon carnet et fiévreusement, au stylo Bic, me voilà parti à rédiger cette réponse. Ces carnets s’appellent TOUT ET RIEN. Je les achète chez MUJI depuis une quinzaine d’années, par paquet de 3, ils sont tous datés et numérotés. Mes disques durs externes. J’en ai toujours un avec moi. Au fil des années, ils sont de plus en plus remplis. Avant je travaillais sur des feuilles volantes, que je n’arrivais pas à classer et que je perdais. À présent, tout mon travail y est concentré, textes et croquis, recherches de mise en page, cartes de visite ou tickets de musée collés. Ils s’appellent comme ça parce que je me donne droit à tout : de l’idée visuelle la plus nulle au Haïku le plus foireux. C’est là que démarrent les albums. Parfois, je relis un texte vieux de cinq ans et je me rends compte que presque rien n’a changé du premier jet au livre imprimé. Ces carnets d’idées, format A5, sont suivis de carnets à dessin A3, pour le travail de mise en scène des images. Ceux-là quittent peu l’atelier. Je les scanne pour faire des mises en pages en maquette sur l’ordi.
Où ça se passe ? Quand ça se passe ? Partout. Tout le temps. Pour ce qui est des idées, il n’y a aucune règle, mais le fait d’avoir mon carnet toujours dans le sac me permet de ne rien perdre. C’est rassurant.
Je travaille souvent sur 5 ou 6 projets à la fois, à des stades de maturation différents : du tout premier brouillon à la finalisation en couleurs des illustrations, prêtes à partir en gravure.
Ce que j’aime, c’est les longs trajets en train : quatre heures de grande concentration sur un sujet qui me brûle depuis plusieurs jours, c’est totalement jouissif. Mon rêve serait d’avoir un train à moi, avec un compartiment atelier, passant tout mon temps à écrire et illustrer en regardant les vaches défiler.
Mais revenons à la réalité : à l’atelier, je trie et je range : les mots dans une belle typo, les dessins bien dans leurs pages, les gammes de couleurs au bon tempo. Ça fait du bien !
Ah, oui, un truc important : j’aime dessiner les gens, je fais plein de portraits sur le vif. Fébrilement dans le métro, ou calmement en faisant poser un ami. Souvent des gamins dans les classes où je suis invité. Dessiner la réalité m’aide à inventer des fictions.
Mon atelier est le grenier aménagé de la maison où nous vivons. Une pièce lumineuse qui n’existait pas avant que nous venions nous y installer, ma petite famille et moi. C’est sous ce chapeau que ça fume.
J’ai pour voisines des pies dont le vol noir et blanc m’émerveille et des abeilles qui ont fait leur ruche dans une ancienne cheminée : mes collègues de travail.
Les illustrations de mes albums sont dessinées à la main, au stylo bille et pinceau, en noir, sur table lumineuse. Les dessins sont ensuite scannés et mis en couleurs sur ordi. Une cuisine un peu difficile à expliquer. En été, au bord de la mer, je fais des collages, sans but narratif. Parfois aussi un peu dans l’année, le matin, avant de travailler.
Ah oui, j’oubliais : la musique ? Jamais pour écrire, mais pour dessiner, c’est bien, ça rythme les gestes et invite à la couleur.
Tout le reste doit rester secret.

Rémi Courgeon. Février 2019.

Bibliographie sélective :

  • Série Timoto, texte et illustrations, Nathan (2017-2019), que nous avons chroniqué ici et et ici.
  • Tiens-toi droite, texte et illustrations, Rémi Courgeon (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • L’oizochat – Le fils caché, texte et illustrations, Mango Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Tohu Bohu, texte et illustrations, Nathan (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Passion et Patience, texte et illustrations, Mango (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • C’est l’histoire d’un poisson bavard, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • J’aime pas les clowns, illustration d’un texte de Vincent Cuvellier, Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • L’oizochat, texte et illustrations, Mango (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Gros chagrin, texte et illustrations, Talents Hauts (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Le grand arbre et autres histoires, recueil d’albums, textes et illustrations, Mango (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Contes d’Afrique, illustration de textes de Jean-Jacques Fdida, Didier Jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Pieds nus, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • oujours debout, texte illustré par Isabelle Simon, L’initiale (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Elvis Presley, illustration d’un texte de Stéphane Ollivier, Gallimard Jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Brindille, texte et illustrations, Mango jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Pas de ciel sans oiseaux, texte et illustrations, Mango Jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.

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Les invité·e·s du mercredi : Marine Schneider, Samuel Ribeyron et Gaëlle Duhazé

Par 6 février 2019 Les invités du mercredi

Cette semaine, je vous propose de faire connaissance avec l’autrice-illustratrice du très beau Hiro – Hiver et Marshmallows, Marine Schneider. Ensuite, j’ai posé une question bête, « Est-ce que dessiner ça s’apprend », à Samuel Ribeyron et Gaëlle Duhazé qui ont accepté de me répondre. Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Marine Schneider

Je voudrais commencer cette interview par vous dire tout simplement que j’ai vraiment beaucoup aimé Hiro – Hiver et Marshmallows, tant au niveau du texte que des illustrations. Comment est née cette histoire ?
J’avais depuis longtemps l’idée et l’envie de faire un album avec un ours. Je ne me souviens plus exactement comment l’histoire est née, je sais qu’elle m’est venue assez naturellement : il y aurait un ours, et un Émile, et ce serait l’hiver, tout simplement car j’adore dessiner des paysages enneigés. L’idée de l’ours qui ne veut pas hiberner est assez courante en littérature jeunesse, mais j’avais envie d’y ajouter cette dimension de curiosité qui pousse Hiro à sortir de son terrier, même si elle n’est pas du genre à enfreindre les règles. La soif de découvrir ce qui se passe lorsque les ours hibernent, et le doux plaisir de se faire un petit peu peur… Je pense avoir aussi été inspirée par mes propres expériences, notamment lorsque je vivais au Colorado, un État truffé d’ours. Il n’était pas rare d’en croiser, ce que je trouvais génial et terrifiant à la fois.

Je dois vous avouer qu’en voyant l’album il était évident pour moi que vous n’étiez pas francophone, je vous imaginais scandinave. Pas à cause de la neige, mais de votre style graphique. Quelles sont vos influences graphiques, si vous en avez ?
Dans mon cœur, je viens du Nord. Je suis née en Belgique mais les pays nordiques m’ont toujours attiré. J’aime les vastes paysages scandinaves, les ciels d’été, pouvoir marcher des heures sans ne croiser personne. J’aimerais habiter dans une petite cabane au sommet d’une montagne, entourée de beaux sapins bleu-vert. Puisque j’habite pour le moment dans un appartement à Bruxelles, j’imagine cette cabane dans mes dessins. Lorsque j’ai fait mon Erasmus à Bergen, en Norvège, j’ai découvert énormément d’artistes scandinaves que je me suis immédiatement mise à adorer : Jockum Nordström, Mamma Andersson, Tove Jansson (la maman des Moomins), Joanna Hellgren, Mari Kanstad Johnsen,… Il y en a tellement ! Je suis très inspirée par l’art inuit, qui est tout simplement sublime. À part ça, je suis influencée par la nature des pays du Nord et par la culture des pays lointains comme le Japon ou la Corée (qui regorgent aussi d’artistes incroyables !).

Qu’est-ce qui est né en premier, le texte ou les illustrations ?
Les deux sont nés simultanément. Le texte a influencé les dessins, et inversement. C’est la première fois que je travaille comme ça et je trouve que ça donne une très grande liberté. Jusqu’à la toute fin, tout peut encore changer !

Sur la couverture on imagine que le titre est « Hiro » et le sous-titre « hivers et marshmallows »… ce qui nous laisse espérer d’autres aventures d’Hiro !
Oh mais c’est une idée géniale ! J’avoue n’y avoir même pas pensé…

Parlez-nous de votre parcours
J’ai toujours voulu faire des livres pour enfants, et cette ambition s’est confirmée lors de mes études d’illustration à LUCA, à Gand. Lors de mes études, j’ai fait un Erasmus en Norvège, où j’y ai rencontré Svein Størksen, l’éditeur de Magikon, une excellente maison d’édition. Il m’a proposé d’illustrer un livre d’une autrice norvégienne, Elisabeth Helland Larsen, et c’est comme ça que tout a commencé !

J’ai vu qu’en 2019 vous alliez illustrer des albums, cette fois vous ne serez pas autrice, pouvez-vous nous parler de ces projets ?
Versant Sud va publier, en avril, trois albums que j’ai illustrés et qui sont écrits par la Norvégienne Elisabeth Helland Larsen, à l’origine parus chez Magikon Forlag. Je suis également en train de travailler sur un album écrit par Victoire de Changy, qui devrait sortir à la rentrée, et dont le personnage principal est… un ours ! Je vais aussi illustrer un livre CD à paraître au Label dans la forêt pour les fêtes de fin d’année, et puis j’ai plusieurs projets de livre tout-carton, inspirés par mon fils de six mois !

Bibliographie :

  • Hiro – Hiver et marshmallows, texte et illustrations, Versant Sud (2018), que nous avons chroniqué ici.


Ma question est peut-être bête, mais…

Régulièrement, on osera poser une question qui peut sembler un peu bête (mais l’est-elle vraiment ?) à des auteur·trice·s, illustrateur·trice·s, éditeur·trice·s… Histoire de répondre à des questions que tout le monde se pose ou de tordre le cou à des idées reçues. Cette fois-ci, j’ai demandé à Samuel Ribeyron et Gaëlle Duhazé « Est-ce que dessiner ça s’apprend ». Je vous propose de lire leurs réponses. Si vous avez des questions bêtes, n’hésitez pas à nous les proposer !

Samuel Ribeyron (auteur-illustrateur) :
« Dessiner ça s’apprend ? »
Pour moi qui ai étudié en école d’art, j’aurais tendance à dire oui, dessiner ça s’apprend. La pratique quotidienne du dessin, fait que l’on s’améliore, on apprend au contact de professionnels des techniques, des astuces, des notions comme la perspective, la couleur, les volumes, l’anatomie. Ensuite, l’apprentissage du dessin est surtout un travail de l’œil, du regard, de la curiosité des formes. Aiguiser son regard est le premier outil du dessinateur. Voir une forme, et ne pas déceler uniquement son contour qui pourrait la définir, mais voir le plein qu’elle représente, les ombres, les lumières, son histoire, son volume et le vide qu’il y a entre cette forme et ce qui l’entoure. Tout dessinateur a un appareil photo interne avec lequel il va se composer des banques d’images. Voir un camion sur l’autoroute et le passer au scanner du dessinateur pour en assimiler sa forme, sa couleur, le nombre de roues, le logo sur le container, le nom du conducteur… pour ensuite mieux le dessiner.
J’ai appris le dessin, d’une manière très académique, à « l’italienne ». J’ai fait des plâtres de Jésus, du modèle vivant, j’ai appris où se trouvait le sterno-cléido-mastoïdien en cours d’anatomie, j’ai dessiné des escaliers en colimaçon avec plein de points de fuite… j’ai souffert !!
Et depuis je ne cesse d’essayer de désapprendre ce que j’ai appris. En dessinant une maison, j’essaye d’oublier la position de la ligne d’horizon et des deux points de fuite pour la rendre plus vivante, et trouver un dessin plus spontané. Aujourd’hui j’apprends encore quotidiennement en prenant des risques. En me confrontant à une technique que je ne maitrîse pas, ou en m’imposant une gamme colorée restreinte. Le résultat, parfois un peu bancal, me stimule en me donnant toujours l’envie d’apprendre à dessiner.

Gaëlle Duhazé (autrice-illustratrice) :
Est-ce que dessiner, ça s’apprend ?
Oui, dessiner, ça s’apprend.
Tu me poses la question parce que je suis autodidacte : je n’ai en effet pas fait d’école d’art, mais attention, je ne suis pas devenue illustratrice par hasard ! J’ai beaucoup travaillé et j’avais au préalable des bases qui m’ont permis ensuite d’être en mesure de progresser et d’apprendre par moi-même.

On dit souvent que bien dessiner, c’est un don : et non, c’est surtout beaucoup de travail de répétition et d’entraînement… C’est comme jouer d’un instrument de musique. On ne penserait pas qu’il soit possible de bien jouer de la guitare ou du trombone dès la première fois : le dessin, c’est pareil. Il faut faire ses gammes et apprivoiser ses outils. Savoir tracer des formes, les organiser dans l’espace de la feuille, avoir un beau trait, ce n’est pas inné. Tous les petits enfants dessinent : quand on est enfant, on a du temps, on ne se dit pas systématiquement que tout ce qu’on fait est moche, on découvre, on a du plaisir à faire. Et puis la majorité d’enfants arrête de dessiner en grandissant, parce qu’ils n’ont plus de temps pour ça, parce qu’ils trouvent que ce qu’ils font est moche… Beaucoup de dessinateurs pro racontent qu’ils n’ont justement jamais arrêté de dessiner. Ça fait que quand ils commencent à voir leurs dessins publiés, ils ont des années et des années de pratique derrière eux ! Tout ça pour dire qu’il faut beaucoup de temps pour faire un dessinateur…

Je reviens à mon propre cas : moi, comme la majorité des gens, j’ai arrêté de dessiner vers 11 ans, pour recommencer un peu plus tard, vers 16 ans, parce que j’aimais toujours ça. J’ai fréquenté pendant mes années de lycée un cours de dessin très classique : je faisais des études documentaires de légumes, de bustes en plâtre, de drapés. On passait des heures et des heures à copier des natures mortes. Comment on fait pour reproduite une forme, en cherchant des repères dans l’espace, pour les proportions, en cherchant les pentes avec son crayon, en étudiant les ombres et les lumières, en cherchant à reproduire le plus fidèlement la couleur des poireaux… Je ne faisais que ça, comme dessin, rien de personnel. Ça peut sembler aride et pas très intéressant, mais c’est vraiment ce qui m’a appris à regarder. Et savoir regarder, c’est le préalable indispensable à un dessin vivant, intéressant, car c’est comme ça qu’on peut puiser de la matière dans tout ce qui nous entoure, comprendre les formes, saisir ce qui fait leur beauté, leur puissance, leur singularité. Le travail de l’œil est similaire au travail de l’oreille en musique. C’est donc ce travail de croquis et de copie de nature morte qui m’a permis d’aiguiser mon œil. Plus tard, lorsque j’étais à la fac, j’ai fait beaucoup de modèle vivant : c’est l’étude du corps humain, d’après modèle. On dessinait essentiellement des poses très rapides, qui nous forçaient à comprendre le mouvement du corps et la forme dans sa globalité, et à bien relier l’œil et la main.
C’est grâce à ça que j’ai pu, plus tard, vers 24-25 ans, acquérir le savoir-faire que j’utilise dans mes albums (en travaillant beaucoup, j’insiste !). Sans tout ce préalable, je pense que je n’aurais pas été en mesure d’acquérir un niveau pro, parce qu’il m’aurait manqué la base. Et je le répète, combien de dessins juste sans intérêt avant d’arriver à quelque chose de satisfaisant !

Bref, le dessin ça s’apprend, et c’est long, il faut aimer ça pour avoir la pugnacité nécessaire.
Et puis, il y a aussi la question de la sensibilité, de ce qu’on met de soi dans le dessin  : on peut être très bon techniquement, être très habile à force d’entraînement, et ne pas réussir à faire passer d’émotion, alors que certains dessins d’enfants, sans technique ni savoir-faire, sont incroyables de justesse. Mais ça, c’est une autre histoire !

Bibliographie sélective de Samuel Ribeyron :

  • Dix ans tout juste, collectif, HongFei Cultures (2017).
  • La bête de mon jardin, illustration d’un texte de Gauthier David, Seuil Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • La papote, illustration d’un texte de Yannick Jaulin, Didier Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • La moufle, illustration d’un texte de Christine Palluy, Milan (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Ce n’est pas très compliqué, texte et illustrations, HongFei Cultures (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Super Beige, le retour, illustration d’un texte de Pierre-Luc Granjon, Le vengeur Masqué (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Le grand papa et sa toute petite fille, illustration d’un texte de Cathy Hors, Milan (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Super Beige, texte et illustrations, Le vengeur Masqué (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Beau voyage, livre-DVD, texte, illustrations et réalisation, éditions-coRRidor (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • Salade de fruits, texte et illustrations, HongFei Cultures (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • Pi, Po, Pierrot, illustration d’un texte de Chun Liang Yeh, HongFei Cultures (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • Yllavu, illustration d’un texte de Gambhiro Bhikkhu, HongFei Cultures (2008, puis 2015), que nous avons chroniqué ici et .
  • 38 perroquets, illustration d’un texte de Grigori Oster, Points de suspension (2006), que nous avons chroniqué ici.
  • Comptines anglaises et américaines, Didier jeunesse (2005), que nous avons chroniqué ici.
  • Les deux maisons, illustration d’un texte de Didier Kowarsky, Didier jeunesse (2004), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez Samuel Ribeyron sur son site : http://www.samuelribeyron.com.

Bibliographie sélective de Gaëlle Duhazé :

  • Le grand voyage de Rickie Raccoon, texte et illustrations, HongFei Cultures (à sortir le 21 février).
  • Série Les petits mots rigolos de Pipelette & Momo, illustration de textes de Fanny Joly, Playbac (2019).
  • Mes comptines d’Afrique, illustration d’un texte de Souleymane Mbodj, Milan (2018).
  • Série Amélie Maléfice, illustrations de textes d’Arnaud Alméras, Nathan (2018).
  • Cité Babel, illustration de textes de Pascale Hédelin, Les éditions des éléphants (2016).
  • Chaton pâle et les insupportables petits messieurs, texte et illustrations, HongFei Cultures (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Drôle d’école !, illustration d’un texte d’Anne Rivière, Nathan (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Mes poupées à décorer, loisir créatif, Le vengeur masqué (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Fériel, illustrations de textes d’Eric Sanvoisin, Nathan (2011-2013).
  • Mûres mûres, illustration d’un texte de Chun-Liang Yeh, HongFei Cultures (2008).

 Retrouvez Gaëlle Duhazé sur son site : http://perditacorleone.ultra-book.com.

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Les invité·e·s du mercredi : Nathalie Wyss et Marc Daniau

Par 30 janvier 2019 Les invités du mercredi

J’ai eu un coup de cœur pour Un marron dans la poche, magnifique album qui vient de sortir chez L’initiale. Forcément, j’ai eu envie d’en savoir plus sur son autrice, Nathalie Wyss. Elle a accepté de répondre à mes questions. Ensuite, on part en vacances avec l’auteur-illustrateur Marc Daniau qui vient de sortir le très beau Princesse Mabelle. Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Nathalie Wyss

J’aimerais que vous nous parliez de votre dernier album, le magnifique Un marron dans la poche.
Tout d’abord merci ;). C’est l’histoire d’un enfant qui parle de sa grand-mère et de l’habitude qu’elle avait de ramasser le premier marron de l’automne. C’est ma grand-mère, la Mutti, qui m’a inspiré cette histoire. Je n’ai vraiment rien inventé cette fois-ci, tout est vrai. Je ne pensais pas que ce texte trouverait un éditeur. J’en suis d’autant plus ravie car, avec cet album, ma grand-mère entre dans les maisons, dans les familles et peut-être même dans le cœur de quelques enfants. Grâce à elle, j’espère qu’ils auront le plaisir, au début de l’automne, de se baisser pour ramasser un marron et le glisser dans leur poche, cela porte chance !

Je trouve les planches de Cécile Deglain superbes, comment s’est passée la collaboration ? C’est un projet que vous aviez ensemble ou c’est l’éditrice Juliette Grégoire qui vous a réunies ?
Merci encore ! C’est l’éditrice Juliette Grégoire qui nous a réunies. À vrai dire nous ne nous sommes malheureusement jamais rencontrées… Tout s’est fait par e-mails, mais je suis ravie du résultat. Et puis étrangement, la grand-mère dessinée par Cécile ressemble fortement à la Mutti…

Parlez-nous de votre processus d’écriture et de la naissance de vos histoires.
Bien souvent les histoires me viennent d’elles-mêmes, un peu comme si elles tombaient du ciel. Cela commence par une phrase, un titre, ou une ambiance, et le reste suit. Je me laisse guider par mes histoires. Je ne fais pas de plan, je n’y pense que quand j’écris, je ne sais pas trouver « la suite » hors écriture. J’ai toujours un carnet avec moi au cas où… Écrire, c’est un peu comme partir à l’aventure, on ne sait jamais vraiment où on va !

Vous avez commencé à écrire très jeune, je crois, racontez-nous votre parcours d’autrice ?
J’ai commencé à écrire à dix ans des petits albums jeunesse (à l’époque je dessinais aussi) pour ma famille et mes amis. Vers onze ans, j’écrivais des histoires d’épouvante inspirées directement par mes lectures… J’ai tout gardé ! C’est très drôle de les relire aujourd’hui ! Je les apporte toujours dans les classes où je vais, les enfants rigolent beaucoup également en les voyant ! À l’adolescence, j’écrivais surtout des poèmes et vers 18 ans, j’ai commencé à envoyer des textes aux maisons d’éditions jeunesse. Mon premier texte a été publié cinq ans plus tard, un long parcours… !

Vous êtes libraire en plus d’être autrice, est-ce que ça a une influence sur votre travail ?
Je suis libraire spécialisée jeunesse, je baigne toute la journée dans ce monde. Alors oui, cela m’inspire ! Et bien sûr, il arrive parfois qu’on se dise, « oh comme j’aurais aimé écrire ce livre ! » C’est comme ça pour tous ceux qui écrivent je pense… Et tant mieux ! C’est merveilleux d’être frappé au cœur par des livres et de pouvoir les conseiller ensuite ! Donner le goût de la lecture aux enfants et aux adolescents est un extraordinaire challenge !
Cela me nourrit, c’est une place en or pour écrire ! Je vois tout ce qui paraît ou presque. C’est un univers merveilleux la littérature jeunesse, c’est la douceur et la magie de l’enfance à portée de main ! C’est un véritable refuge pour moi.

Peut-on vous demander vos derniers coups de cœur en tant que libraire ?
Avec mon mari nous sommes les heureux parents d’une petite fille depuis peu… Et donc, je n’ai pas beaucoup lu ces derniers mois… Mais l’année dernière, en jeunesse, j’ai découvert avec joie la plume de Cécile Alix et pour les grands adolescents/adultes, j’ai beaucoup aimé Un été circulaire chez Albin Michel de Marion Brunet. Et sinon, en littérature vieillesse, mon dernier gros coup de cœur est Règne animal chez Gallimard de Jean-Baptiste Del Amo.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Enfant je lisais beaucoup d’albums et puis je me souviens du Petit prince et de L’œil du loup, ainsi que de la collection Chair de poule. J’avais une fascination pour les histoires qui font peur, ce qui n’est plus du tout le cas aujourd’hui. Avec l’âge, je suis devenue une vraie trouillarde ! À 15 ans, j’ai commencé mon apprentissage de libraire. J’ai découvert avec passion l’histoire de la littérature et lu beaucoup de classiques. J’ai été particulièrement marquée par Nabokov. Je lisais beaucoup de poésie également.

Quelques mots sur vos prochains ouvrages ?
Paraîtra en février De quelle taille est ton cœur aux éditions Helvetiq, un album pour les petits, co-écrit avec mon mari et illustré par Jamie Aspinall. Au mois de mars sortira un roman pour adolescents Le Roi des rois, aux éditions Magnard. Puis, en septembre, deux albums aux éditions L’initiale dont un, illustré par Pascale Breysse. Et puis, mon album L’enfant qui avait oublié sa peur édité en 2015 au baron perché, épuisé aujourd’hui, va être réédité par les éditions (suisses) Utopie. J’en ai de la chance !

Bibliographie sélective :

  • Un marron dans la poche, album illustré par Cécile Deglain, L’initiale (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • L’allumeur de réverbères, roman, Oskar Jeunesse (2018).
  • L’enfant qui avait oublié sa peur, album illustré par Béatrice Boutignon, Le baron perché (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Sous le tori, roman illustré par Emna, Limonade (2013).
  • Dans les yeux de Marish, roman illustré par Emna, Limonade (2013).
  • Les esprits de Taïga, roman illustré par Emna, Limonade (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Au cœur de l’Himalaya, roman illustré par Emna, Limonade (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • L’étoile des Himba, roman illustré par Emna, Limonade (2012).
  • L’œil du tigre, roman illustré par Emna, Limonade (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Namasté et les 108 pétales, roman illustré par Bernard Reymond, Limonade (2011).


En vacances avec… Marc Daniau

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… Des livres, de la musique, des films… sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Marc Daniau que nous partons ! Allez, en route !

5 Albums jeunesse :

  • Monsieur Madame de Charlie Schlingo
  • Tous les albums de Claire Franek, avec Le facteur n’est pas passé en pole position, dommage qu’il n’y ait eu que les Coréens pour comprendre l’importance de cet album.
  • Tous les albums de Lionel Koechlin, un petit faible pour la Fée des Sapins que j’ai dû lire pendant deux ans à mon fils aîné.
  • Les doigts niais d’Olivier Doudou et Natalie Fortier.
  • Le Pirate et l’Apothicaire de R.L. Stevenson illustré par Henning Wagenbrath

5 Romans :

  • Moby Dick de Melville
  • Le chant du Monde de Jean Giono
  • La vie secrète d’Emily Dickinson de Jerome Charyn
  • N’importe quel titre de Primo Levi
  • Don Quichotte de Cervantès
  • Nous trois de Jean Echenoz

5 DVD

  • Apocalypse now de Coppola
  • Cheyenne de John Ford
  • Les sept samouraïs de Kurozawa
  • Quai des brumes de Marcel Carné
  • Jour de fête de Jacques Tati

5 CD

  • Tout Boris Vian
  • Tout Lee Scratch Perry
  • The Undertones by The Undertones
  • Streetcore, Joe Strummer and the Mescaleros (et puis tout le reste avant)
  • Jonathan Richman and the Modern Lovers

3 BD

  • La balade de la mer salée H.Pratt
  • Z comme Zorglub/L’ombre du Z de Franquin
  • Mauvais rêves d’Imagex

5 artistes 

  • Tinguely
  • Bonnard
  • Freud (Lucian)
  • Alexandre Hollan
  • Ronan Barrot

5 lieux

  • Le jardin des plantes de Paris
  • Un petit endroit secret au Cap corse
  • L’île au milieu du Niger dans le parc du W
  • La plage de Saint Palais (17) à l’heure de l’apéro
  • London Derry

Marc Daniau est auteur et illustrateur.

Bibliographie sélective :

  • Princesse Mabelle, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon chien, papa et moi, illustration d’un texte de Raphaële Frier, À pas de loups (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Ruby tête haute, illustration d’un texte d’Irène Cohen-Janca, Les éditions des éléphants (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Comme un géant, texte illustré par Ivan Duque, Thierry Magnier (2017).
  • Loup ?, collectif, Association Mange-Livres (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Je suis le chien qui court, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2013).
  • Tous à poil !, co-écrit avec Claire Franek, Le Rouergue (2011).
  • Neuf couleurs de peur, illustration d’un texte d’Annie Agopian (2010).
  • L’arbre, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2007).
  • Coquin Colin, texte illustré par Ronan Badel, Thierry Magnier (2002).

Le site de Marc Daniau : http://www.marcdaniau.fr et le blog collectif CITRON : http://danslecitron.blogspot.fr/search/label/Marc%20Daniau

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Les invité·e·s du mercredi : Claire Dé et Benjamin Chaud

Par 23 janvier 2019 Les invités du mercredi

Il y a quelque temps, je vous ai parlé (à plusieurs reprises) du magnifique Qui suis-je ? sorti chez Les Grandes Personnes, j’ai eu envie d’en savoir plus sur son autrice, Claire Dé. Je vous propose donc aujourd’hui, une interview dans laquelle elle revient sur son parcours et sur son travail. Puis c’est avec le grand Benjamin Chaud que l’on a rendez-vous, on se glisse dans son atelier pour en savoir plus sur la façon dont il crée. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Claire Dé

Comment est né Qui suis-je ?, votre magnifique ouvrage sorti chez Les Grandes Personnes et comment avez-vous travaillé sur ce projet ?
Qui suis-je ? est d’abord né de mon désir de poursuivre mon travail autour de la mise en appétit visuel et de mon amour pour les fruits qui sont de magnifiques supports esthétiques à la découverte des couleurs, des formes, des textures… Il y a trois ans, j’avais fait quelques portraits serrés de mes enfants jouant avec des fruits tout en expérimentant une nouvelle gamme de couleurs : du vert, du bleu cyan, du rose, de l’orange, du violet… Et puis j’ai mis ces images de côté… Après la sortie de Compte sur tes doigts en 2016, j’ai eu envie de créer un quatrième opus de cette série tout carton autour des mains sur les aliments. Peu de temps après, j’ai eu deux propositions de résidence dans le secteur de la Petite Enfance, l’une dans le réseau des crèches de la ville de Vaulx-en-Velin, l’autre dans un Multi-Accueil à Loudun dans le département de la Vienne. J’ai commencé par photographier chez moi dans l’atelier des compositions saisonnières de fruits et de fleurs que je souhaitais mettre en dialogue avec des petites mains touchant, jouant, manipulant ces mêmes fruits… Les premières tentatives d’images en crèche au cours de petites séances d’ateliers de découverte m’ont très vite fait comprendre que tout se passait sur le visage des enfants. Parti des mains, mon travail a alors naturellement glissé vers le portrait, les expressions des enfants, leurs regards d’une incroyable présence, leur complicité, leur malice, leur gourmandise… J’ai installé un petit studio photo dans la pièce de vie des structures Petit Enfance. Je me suis fixée une règle du jeu simple : venir avec des fruits, des fonds colorés, quelques tee-shirts assortis et laisser faire la magie des choses, l’alchimie des rencontres… Dans un second temps, je me suis amusée à créer – en écho avec les visages des enfants – des masques fruits. Un prolongement qui me permettait d’enrichir le projet de l’album et de l’emmener davantage vers le jeu créatif, l’imaginaire, la fantaisie… La forme de l’album s’est imposée naturellement : le leporello avec sa longue bande de papier pliée en accordéon correspondait bien à cette idée de galerie de trombinettes et de bouilles à croquer, une façon également de dérouler la succession des images dans le temps et de donner à voir d’un seul regard, cette magnifique diversité à travers l’ensemble des portraits, comme dans un dispositif d’exposition murale. Quand je regarde l’album aujourd’hui, deux mots me viennent en tête comme une évidence : tous ensemble !

Où trouvez-vous votre inspiration ?
Je trouve mon inspiration dans les émotions que peuvent me procurer les couleurs, les formes, les matières, les objets, la beauté des choses simples que je peux côtoyer au quotidien. Parfois un projet d’album naît tout simplement du désir de partager avec les futurs lecteurs, des sensations que j’ai pu éprouver, le plaisir du bon, du beau… À chaque fois que je termine un livre, je me dis : on efface tout et on recommence. Se remettre dans un état de disponibilité, faire de l’espace vide en soi est nécessaire pour créer mais c’est aussi très difficile…

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
J’ai un parcours de curieuse qui a toujours besoin de jouer, de créer, d’inventer. J’ai fait des études de littérature tout en étant une dingue d’images, d’art et de littérature jeunesse. Je crois que je suis une bricoleuse touche-à-tout. Je ne me mets pas de limite de genre. Je déteste les cases. Je pratique la photographie comme un art minimal. Produire peu mais avec justesse par rapport à ce que je recherche. J’aime les croisements, les échanges. J’ai grandi dans les années 80-90 avec l’émergence des notions d’interculturel, de métissage, la théorie du rhizome de Gilles Deleuze et Félix Guattari où tout élément peut en influencer un autre en échappant à la subordination du schéma d’organisation pyramidale. Dans ma jeunesse, j’ai travaillé avec une compagnie de théâtre d’objets, j’ai monté un festival de cinéma arabe avec des copains, j’ai créé avec une autre équipée le magazine Paris mômes, j’ai collaboré avec des grosses institutions culturelles comme le Parc de la Villette, le Centre Pompidou. J’ai monté de nombreux projets avec l’école d’art pour enfants de Blois. Depuis l’an 2000, je développe essentiellement un travail de création visuelle, d’albums et d’installation jeu qui invitent les enfants à prolonger, à enrichir, à décloisonner l’expérience de la lecture, la rencontre avec l’art et la création.

Vous avez sorti plusieurs albums chez Les Grandes Personnes, parlez-nous de cette collaboration avec ce bel éditeur…
Cette collaboration repose sur la confiance, la complicité, le respect et bien entendu un partage de valeurs autour du livre d’images. Brigitte Morel sait que les projets ont besoin de temps pour prendre forme. Je travaille mes livres de façon assez artisanale puisque je les conçois entièrement, maquette comprise. Créer un livre est pour moi un tout, forme et fond confondus. Brigitte est extrêmement vigilante sur la qualité d’impression, ce qui est primordial pour un travail photographique comme le mien où la couleur joue un rôle essentiel. La photogravure, le choix du papier, le format du livre, rien n’est jamais laissé au hasard.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
J’ai beaucoup lu enfant même si les livres n’étaient pas nombreux. De tout. Des albums, des encyclopédies, des romans. Certains ont été déterminants dans ma formation esthétique et ma passion pour cet incroyable objet qu’est le livre. Je pense en particulier à 13824 jeux de couleurs, de formes et de mots de Patrick Raynaud que mes parents m’ont offert en 1973 alors que j’avais 5 ans. Un choc. Adolescente j’ai découvert des auteurs qui ont changé ma vie comme Virginia Woolf, James Joyce, Marguerite Duras, Yasushi Inoue, Kenji Miazawa… Je suis venue à Paris à 20 ans pour faire des études. Je crois que Paris et sa vie culturelle m’ont davantage formée que les études. Je pouvais enfin nourrir mon besoin d’art, d’images et de sensations en tout genre. Passer de la Goutte d’Or aux quartiers chinois, des grands musées aux rues populaires. Des galeries d’art aux grandes librairies. Actuellement, ma bibliothèque de quartier est fermée pour travaux. J’en suis très frustrée car j’aime aller chercher des livres comme on va s’acheter une baguette à la boulangerie. J’ai une passion pour les livres avec des images, que ce soit des livres d’art, d’architectures, de graphismes, de photographies, d’histoire…

Quelques mots sur vos prochains ouvrages ?
J’ai plusieurs marmites sur le feu… L’une sera sans doute prête avant les autres. Laquelle, je l’ignore. Il y est toutefois toujours question de nourritures, de mets colorés, de drôles de mélanges et d’un soupçon de pop attitude.

Bibliographie :

  • Qui suis-je ?, éditions des Grandes Personnes (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Compte sur tes doigts, éditions des Grandes Personnes (2016).
  • Devine à quoi on joue ?, éditions des Grandes Personnes (2015).
  • Imagine, c’est tout blanc, éditions des Grandes Personnes (2015).
  • Arti Show, éditions des Grandes Personnes (2010).
  • À toi de jouer !, éditions des Grandes Personnes (2010).
  • Ouvre les yeux !, éditions des Grandes Personnes (2006).
  • Big Bang Book, éditions des Grandes Personnes (2005).

Retrouvez Claire Dé sur son site : https://claire-de.fr.


Quand je crée… Benjamin Chaud

Le processus de création est quelque chose d’étrange pour les gens qui ne sont pas créateur·trice·s eux-mêmes. Comment viennent les idées ? Et est-ce que les auteur·trice·s peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur·trice·s, dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur·trice·s et/ou illustrateur·trice·s que nous aimons de nous parler de comment et où ils·elles créent. Cette semaine, c’est Benjamin Chaud qui nous parle de quand il crée.

J’aime beaucoup travailler au café peut-être parce que c’est un espace public, libre (je n’y paie pas de loyer) que je n’y suis pas dérangé par internet ou que je n’ai pas besoin d’être « rentable » comme à mon atelier. Tous les matins je passe une heure au café à faire semblant d’être occupé, à dessiner n’importe quoi, les gens qui passent, une bêtise qui me fait rigoler tout seul. C’est pas grave si c’est moche, bête ou raté, et petit à petit il y a des idées pour les livres sur lesquels je travaille qui arrivent, je les laisse venir toutes seules il ne faut pas que je les brusque, il faut qu’elles restent un peu sauvages, folles et ce n’est qu’ensuite à mon atelier que je les redessine au propre. En général il faut que je dessine mille fois la même chose avant de trouver un dessin qui me plaît, j’ai besoin de beaucoup rater.
J’ai vraiment l’impression d’être incapable d’avoir une idée valable à mon atelier et j’en suis tellement convaincu que c’est devenu vrai. Une fois à mon atelier (je ne peux pas passer toute la journée au café) je réponds à mes emails, je mets la musique ou la radio, je ne dessine jamais en silence c’est un travail trop solitaire ça m’oppresserait, et je dessine proprement les idées que j’ai eues au café. J’écoute toujours à peu près les même vieux trucs : Tom Waits, Nick Cave, Belle & Sebastian, Arcade Fire ou Nina Simone, ça ne me gène pas que ce soit toujours la même musique, c’est plus un problème pour ceux qui partagent mon atelier avec moi.
Et pour maintenir le lien je bois un truc chaud, thé ou café.
Je travaille aussi très bien dans le train parce que c’est impossible d’en sortir et je n’ai que ça à faire.
Pour écrire c’est différent, je ne parle pas tant de la narration que je construis en dessinant au café une quantité incroyable de chemins de fer, mais du choix des mots pour le texte de l’histoire. Là j’ai besoin de marcher et de faire rouler les phrases dans ma tête comme des petits sacs de cailloux jusqu’à trouver la bonne formule, le bon agencement et souvent après je l’oublie car bien sûr je marche sans carnet, c’est donc un processus assez long.
Et à la toute fin il y a le combat avec la couleur qui n’est jamais facile, que j’essaie de faire avec la même ouverture aux accidents que pour les crayonnés, j’essaie de me surprendre moi-même, de trouver de nouvelles choses, de prendre des risques fous (quitte à devoir recommencer un dessin) tout en respectant les dates de rendu car à ce moment-là je suis déjà un peu en retard. Et je me rends compte que malgré tous ces efforts de renouvellement je fais toujours à peu près la même chose, ça me désespère un peu sur le moment, cette incapacité à ne pas être quelqu’un d’autre, mais avec le recul, je vois mon petit chemin et je me dis tant mieux, c’est souvent une lubie cette volonté de changement et c’est bien qu’il y ait un semblant de cohérence dans le travail même si c’est involontaire.

Benjamin Chaud est auteur et illustrateur.

Bibliographie sélective :

  • Milo joue du tambour, illustration d’un texte d’Eva Susso, Cambourakis (2018).
  • Les Petits Marsus et la grande ville, texte et illustrations, Little Urban (2018).
  • Binta danse, illustration d’un texte d’Eva Susso, Cambourakis (2018).
  • Pompon ours dans les bois, texte et illustrations, Hélium (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Georgia, tous mes rêves chantent, illustration d’un texte de Timothée de Fombelle, Gallimard Jeunesse musique (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Le pire anniversaire de ma vie, texte et illustrations, Hélium (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La vérité sur mes incroyables vacances, illustration d’un texte de Davide Cali, Hélium (2016).
  • Je suis en retard à l’école parce que…, illustration d’un texte de Davide Cali, Hélium (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • La fée Coquillette et la maison du bonheur, illustration d’un texte de Didier Lévy, Albin Michel Jeunesse (2014).
  • Poupoupidours, texte et illustrations, Hélium (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Je n’ai pas fait mes devoirs parce que…, illustration d’un texte de Davide Cali, Hélium (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Le petit Roro : Mon tout premier dico, illustration d’un texte de Corinne Dreyfuss, Actes Sud Junior (2012).
  • Coquillages et petit ours, texte et illustrations, Hélium (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Une chanson d’ours, texte et illustrations, Hélium (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Pomelo grandit, illustration d’un texte de Romana Badescu, Albin Michel Jeunesse (2010).
  • Adieu chaussette, texte et illustrations, Actes Sud Junior (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • Le gros camion qui pue de mon papa, illustration d’un texte de Romana Badescu, Albin Michel Jeunesse (2006).
  • Pomelo est bien sous son pissenlit, illustration d’un texte de Romana Badescu, Albin Michel Jeunesse (2002).

Retrouvez Benjamin Chaud sur le site de La charte.

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Les invité·e·s du mercredi : Eléa Dos Santos, Charlotte Goure, Jessie Magana et Sébastien Vassant

Par 16 janvier 2019 Les invités du mercredi

J’ai eu un énorme coup de cœur pour le magnifique Les cailloux, le premier album d’Eléa Dos Santos aussi j’ai eu envie d’en savoir plus sur son autrice/illustratrice, elle a accepté de répondre à mes questions. Puis j’ai proposé à l’autrice Jessie Magana, à l’illustrateur Sébastien Vassant et à l’éditrice Charlotte Goure de revenir sur le très beau et très fort roman illustré D’espoir et d’acier : Henri Gautier, métallo et Résistant. Il et elles nous racontent ce projet passionnant. Bonne lecture à vous et bon mercredi !


L’interview du mercredi : Eléa Dos Santos

Parlez-nous du magnifique « Les cailloux », comment est née cette histoire ?
L’histoire des Cailloux est une combinaison de deux habitudes que j’ai depuis longtemps, à savoir travailler la roche en dessin et raconter une histoire courte et simple avec des petits bonshommes. L’histoire quant à elle est un mélange de souvenirs, d’altercations dans les cours de récréation, de témoignages ou d’articles de journaux, le thème brasse très large. J’avais déjà travaillé sur l’altérité et le rejet pendant mes études, le scénario s’est donc mis en place tout seul. Cela dit j’ai eu plus de mal à préciser le dénouement, l’idée du pardon ne m’est pas venue tout de suite je suis bien plus pessimiste que mes personnages !

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
J’ai grandi à l’orée de la forêt de Fontainebleau, c’est un détail mais il explique en grande partie mes bonshommes timides et la présence de rochers et d’arbres comme seuls éléments de décor dans mes illustrations. J’ai fait deux années aux Beaux arts de Versailles qui m’ont formée aux techniques traditionnelles de dessin et de peinture, et j’ai fini mon cursus à L’École Supérieure d’Arts et de Design d’Orléans pour initialement devenir graphiste. J’allie depuis mon diplôme, des emplois à temps partiel et mon travail de dessin en atelier.

Quelles techniques d’illustrations utilisez-vous ?
J’ai toujours travaillé à la main, et je suis devenue très routinière après avoir trouvé mon univers. J’utilise de la pierre noire pour le noir et blanc et de la gouache pour la couleur. Je me suis permis une excentricité l’année dernière en travaillant sur un projet aux crayons de couleur, ça ne se reproduira plus !

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Enfant, et encore aujourd’hui, j’avais une affection particulière pour les livres de Claude Ponti et Grégoire Solotareff, La tempête et Le diable des rochers en tête, ils me touchent toujours autant. J’ai toujours lu un peu de tout, en grandissant je naviguais entre Harry Potter et les bandes dessinées de Fluide Glacial, puis mes lectures ont glissé vers le fantastique, et le polar très noir ! Je suis une lectrice assidue mais je suis surtout cinéphile, les films et les émissions sur la mise en scène me sont très utiles, Les cailloux a été pensé comme une séquence animée par exemple.

On trouve sur votre site de magnifiques illustrations, est-ce que ce sont des débuts d’histoires ?
Mes séries de dessins sont assemblées par thème, quand j’ai une idée je fais toujours en sorte d’en sortir 3 images pour dire la même chose de 3 manières différentes, c’est une manière de symboliser et synthétiser mon propos. Ils sont la plupart du temps destinés à être autonomes et ne restent qu’un pur travail de dessin, ce sont des formats assez grands (50x65cm) ils me servent aussi de références comme palette de couleurs quand je cherche des nuances pour une histoire.

Sur quels projets travaillez-vous actuellement ?
Je travaille sur deux éditions, l’une sera un livre textile pour les petits imprimé en sérigraphie, et l’autre sera assez proche des Cailloux, avec des décors bien plus fournis, et beaucoup de végétaux !

Les cailloux est sorti chez Chandeigne, nous l’avons chroniqué ici.
Le site d’Eléa Dos Santos : http://eleadossantos.tumblr.com.


Parlez-moi de… D’espoir et d’acier : Henri Gautier, métallo et Résistant

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur·trice, son illustrateur·trice et/ou son éditeur·trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur D’espoir et d’acier : Henri Gautier, métallo et Résistant que nous revenons avec son éditrice Charlotte Goure, son autrice Jessie Magana et son illustrateur Sébastien Vassant.

Charlotte Goure, éditrice aux éditions de l’Atelier :
La première fois que j’entends parler d’Henri Gautier aux Éditions de l’Atelier, c’est par Allain Malherbe, en octobre 2013. Allain est membre de l’institut CGT d’histoire sociale (IHS-CGT), et nous avons déjà travaillé ensemble. Il m’envoie des lettres qu’un métallo, un certain Henri Gautier, a écrites de 1940 à 1943 pendant ses périodes d’internement. Je parcours les courriers, les crayonnés en marge et les surnoms affectueux (« Ma Goulette ») de-ci de-là donnés à sa fille Michèle. C’est un document émouvant. Mais, à l’époque, je ne crois pas que quiconque sache à l’Atelier ou à l’IHS sous quelle forme on peut s’emparer de ce trésor.

Trois ans après, en 2016, à mon retour de congé maternité, nouvelle étape : le projet a mûri, du côté de l’IHS qui donne son accord pour se lancer dans un projet éditorial un peu atypique, avec l’accord de Michèle, la fille d’Henri Gautier. Et je reprends le flambeau à la suite de l’éditrice Anne Jouve qui m’a remplacée.
L’intuition d’Anne était juste : Jessie avait toute sa place aux Éditions de l’Atelier. D’instinct s’est confirmée une jolie connivence entre elle et notre catalogue et Jessie a manifesté un attachement très fort à cette figure méconnue qu’est Henri Gautier.
Le livre est sorti en août 2018… Cinq ans avaient passé. Cinq ans pour que le projet mûrisse : du côté de Michèle et de l’IHS pour faire le deuil d’une biographie sérieuse et volumineuse ; pour que ce livre trouve sa forme de roman graphique illustré ; pour passer de photos noir et blanc transportées dans l’incroyable caddie de Michèle, à un roman dense, illustré, dramatique.

Temps long de l’édition, mais temps court aussi !
C’est bien moins de cinq ans, mais plutôt un an, qu’il a fallu à Émeric, archiviste à l’IHS, pour rassembler à l’attention de Jessie les témoignages des gens qui ont connu Henri Gautier, les documents historiques. Quelques mois seulement à Jessie aussi pour l’écrire, mais aussi pour que s’établisse la confiance entre elle et Michèle. Pour que Michèle accepte que quelqu’un s’approprie l’histoire de son père. Jessie a toujours à juste titre exigé d’être libre de ses choix littéraires, tout en respectant le contexte historique ‒ je salue d’ailleurs à ce sujet l’apport très précieux de Julien Lucchini qui a travaillé aux Éditions sur cet ouvrage avec la rigueur de l’historien. J’ai vu Michèle se détendre, et s’épanouir de mois en mois au fil de l’avancement du projet.
Sébastien, nous avions fait sa rencontre lors d’une précédente aventure éditoriale à l’Atelier : un ouvrage jeunesse qui se passait dans le Saint-Nazaire de l’après-guerre (Jules des chantiers). Je connaissais son talent, sa capacité à s’immerger dans un univers différent chaque fois à partir d’images d’archives, son attachement à l’histoire, à la culture ouvrière. Je connaissais son mélange de grande tranquillité et de puissance de travail. Quand par exemple, à quelques semaines de la remise de ses images, il décide de changer complètement de technique… je sais qu’il faut lui faire confiance !
Pour terminer, je dirais que l’intérêt et la force de ce type d’ouvrage, c’est non seulement de (re)découvrir des histoires sensibles mais aussi d’interroger nos engagements aujourd’hui.

Jessie Magana, autrice :
Il y a deux ans, une amie éditrice, Anne Jouve, me contacte. Elle remplace Charlotte Goure en congé maternité aux éditions de l’Atelier. Elle me parle d’un certain Henri Gautier, métallo, syndicaliste des années 1930, dont la fille, Michèle, a conservé nombre de lettres. Les éditions de l’Atelier sont en lien étroit avec le Maitron, le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier. Ils cherchent le moyen de faire connaître au grand public les centaines de vies détaillées dans cet ouvrage monumental, aujourd’hui en ligne ici. Ils ont publié un premier roman illustré sur Jules Durand, un syndicaliste du Havre et envisagent de transformer l’essai.
Je me plonge dans la biographie d’Henri Gautier, dans ses lettres (plusieurs dizaines). Je découvre un monde assez peu connu de moi jusqu’alors : celui des ouvriers de l’entre-deux-guerres, marqué par les grandes luttes sociales qui aboutiront au Front populaire. Je prends conscience de l’impact qu’ont eu, sur cette génération, les horreurs de la Grande Guerre, l’espoir suscité par la révolution russe, l’expérience communiste. Surtout, je découvre un homme discret mais déterminé, rigoureux dans son rôle de trésorier du syndicat mais capable de se dépasser aux moments les plus sombres de son histoire. Un homme qui a assisté à tant de tragédies : la répression de la grande grève du Havre en 1922 (qui a fait quatre morts), l’internement à Châteaubriant avec la fusillade de ses camarades en 1941, la déportation. Mais aussi un homme qui, avant-guerre, a été au cœur des négociations du Front populaire, qui a construit les réalisations sociales des métallos, achetant pour les ouvriers la clinique des Bluets ou le parc de loisirs de Baillet. Un homme capable d’écrire, dans l’une de ses dernières lettres, en 1942 : « J’ai une confiance absolue en l’avenir, il faut être courageux et patients ». Un père, un mari, souvent tendre et drôle. J’aurais aimé le rencontrer, j’ai décidé de le faire revivre.
Écrire ce roman, c’était aussi s’inscrire dans la lignée de mon travail sur les oubliés de l’histoire, amorcé avec la collection « Les Héroïques », que je dirige, chez Talents Hauts. L’idée que chacun, dans sa vie quotidienne, peut agir, à son niveau, sur le cours de l’histoire. Et donc redonner une vie à ceux que les manuels ne citent jamais.
Enfin, la forme du livre, le roman illustré, m’a immédiatement séduite. Cela m’a permis de travailler sur un rythme différent, puisque chaque chapitre est ouvert par une pleine page d’illustration, que des double-pages de dessins viennent parfois ponctuer le récit. J’ai pu alléger certaines descriptions, certains éléments de contexte. Cela m’a également permis d’écrire le dernier chapitre, le plus difficile, qui se passe dans le camp de concentration de Mauthausen. Nous avons voulu, avec Sébastien, aller vers l’épure, dans le style comme dans le trait, pour toucher à l’indicible et ne pas sombrer dans le pathos (qu’Henri Gautier aurait détesté). J’espère que ce livre lui ressemble.

Sébastien Vassant, illustrateur :
Je ne connaissais pas Henri Gaultier avant d’être sollicité par Charlotte Goure des éditions de l’Atelier. J’avais quelques neurones qui s’allumaient pourtant quand on me parlait de Jean-Pierre Timbaud ou Cécile Rol-Tanguy. C’est la curiosité et évidemment la description du personnage et de son rôle dans l’histoire ouvrière qui m’a poussé à m’y intéresser un peu plus et à lire le texte de Jessie.
Ce qui m’interpella, pendant cette lecture, c’est l’aspect humain que Jessie privilégiait dans son récit, servant à rendre dans ce parcours historique une dimension sensible et à faire revivre Henri Gaultier. Le personnage historique redevenait l’homme, soumis aux atrocités d’une époque, à des conflits idéologiques, et à sa manière non pas de voir une vie, mais sa vie.
Ayant un dessin narratif, je ne pouvais qu’adhérer à cette approche en essayant d’y apporter tout autant de sensibilité, en multipliant les non-dits, les hors-champs… avec de la pudeur si possible. Cela permettait de mettre en relief certains points plus factuels pour que le texte de Jessie puisse respirer et se soustraire de descriptions qui auraient pu alourdir le récit et que le dessin pouvait illustrer sans un mot.
C’est toujours un grand accomplissement de voir ce type de livre exister : avoir le sentiment, à notre niveau, d’avoir pu contribuer à maintenir l’histoire dans les mémoires, de manière sensible et engagée.

D’espoir et d’acier : Henri Gautier, métallo et Résistant,
texte de Jessie Magana, illustré par Sébastien Vassant,
sorti aux Éditions de l’atelier (2018),
chroniqué ici.

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