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Jean-François Dumont

Les invités du mercredi : Jean-François Dumont, Amélie Billon-Le Guennec et Béatrice Guillemard (+ concours)

Par 15 janvier 2014 Les invités du mercredi

J’ai été vraiment séduit par la série La ferme du bout du pré de Jean-François Dumont. C’est une série qui fait passer énormément de messages, un peu militante tout en restant vraiment adaptée pour les enfants (avec des animaux on peut faire passer beaucoup de choses). J’avais très envie de lui poser quelques questions, il a gentiment accepté de me répondre. À la suite de cette interview, vous pourrez tenter de gagner le dernier tome de cette série, Une poule derrière un mur. Puis nous reparlerons d’un album qui m’avait vraiment interpellé par son ton et par son sujet : Tais-toi ! Son auteur (Amélie Billon-Le Guennec) et son éditrice (Béatrice Guillemard des éditions Chants d’orties) ont toutes les trois accepté de nous parler de cet album original. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Jean-François Dumont

Jean-François DumontQuel a été votre parcours ?
J’ai beaucoup dessiné enfant, mon père étant professeur de dessin, c’était quelque chose de naturel à la maison. J’ai ensuite fait des études d’architecture, et mon diplôme obtenu, une année d’école de graphisme (ESAG). J’ai ensuite (1987) commencé à travailler dans l’illustration, presse, édition, affiche, etc. En 2000, j’ai écrit ma première histoire (Le roi qui rêvait d’être grand) et depuis je continue.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
En ce qui concerne les albums, je fais partie d’une génération nourrie par les albums du Père Castor… Mon histoire fétiche reste Michka qui me bouleversait enfant.
La petite oie qui ne voulait pas marcher au pasJe pense que je n’aurais pas écrit Le naufragé du rond-point sans cette histoire de nounours qui sacrifie sa liberté.
Mais j’ai aussi le souvenir d’un petit album : Le voyage de Lily et Lulu des éditions Emma dont j’aimais beaucoup les dessins. Ensuite, ado, j’ai dévoré la littérature d’aventure : London, Stevenson, etc..

Quel regard portez-vous sur la littérature jeunesse actuelle ?
La littérature jeunesse est devenue un genre à part, extrêmement prolifique, souvent riche et qualitative. Je trouve un peu dommage la catégorisation actuelle qui limite les passerelles entre âge, littérature jeunesse et adulte, album et roman, etc..
La position de la littérature jeunesse est un peu compliquée, lue par des enfants, Copains comme cochonsmais jugée et achetée par des adultes (avec entre autres leurs souvenirs d’enfance et leurs idées éducatrices), cela conduit forcément à de légères schizophrénies et des phénomènes de modes rétro assez amusants à observer avec un peu de recul…

Parlez-moi de la série « La ferme du bout du pré ».
Le premier album Gare à Edgar n’était pas sensé être le premier d’une série, mais j’avais bien aimé dessiner le cochon dans cet album, et j’ai voulu faire une histoire autour de cet animal. J’ai pensé que ça pouvait être amusant de mettre Edgar en « guest star » dans l’album, et voilà comment la série a débuté, l’idée étant que chaque album se déroule dans cette ferme, mais reste indépendant des autres. Les personnages des autres albums sont en quelque sorte des figurants.pinocchio
Ensuite au fil des histoires, le monde de la ferme représentant une sorte de micro-société, j’ai essayé d’y transposer des sujets dits justement de société de notre monde humain. Les animaux jouent classiquement ce rôle dans la littérature jeunesse

Quelles techniques de dessin utilisez-vous ?
La plupart du temps, je travaille avec des pigments que je mélange soit avec de la résine acrylique soit de l’huile suivant ce que je veux obtenir. L’intérêt de cette technique est de travailler par couches superposées plus ou moins transparentes qui donne de la profondeur à la couleur.

Quels sont vos projets ?
Je pense refaire un album pour conclure la série, 6 albums, ça me paraît un bon chiffre.
Et j’aimerais bien faire un tour de l’Atlantique en voilier, mais ça n’est pas professionnel. Quoique…

Bibliographie sélective :

  • L’ogre & l’orthodontiste, texte et illustrations, Père Castor (2013).
  • Une poule derrière un mur, texte et illustrations, Père Castor (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Cherche figurants, illustration d’un texte de Michael Escoffier, Kaléidoscope (2011)
  • Je suis un ours, texte et illustrations, Kaléidoscope (2010).
  • Bête comme ses pieds, texte et illustrations, Kaléidoscope (2010).
  • Copains comme cochons, texte et illustrations, Père Castor (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • L’île au trésor, illustration d’un texte de Robert Louis Stevenson, Flammarion (2009).
  • L’attrapeur de mots, texte et illustrations, Père Castor (2009).
  • Le naufragé du rond-point, texte et illustrations, Père Castor (2008).
  • La petite oie qui ne voulait pas marcher au pas, texte et illustrations, Père Castor (2007), que nous avons chroniqué ici.
  • La grève des moutons, texte et illustrations, Père Castor (2007), que nous avons chroniqué ici.
  • Un bleu si bleu, texte et illustrations, Père Castor (2006).
  • Pinocchio, illustration d’un texte de Carlo Collodi, Flammarion (2004), que nous avons chroniqué ici.
  • Gare à Edgar, texte et illustrations, Père Castor (2004), que nous avons chroniqué ici.

Une poule derriere un murComme je vous le disais avant cette interview, grâce aux éditions Père Castor, je vais faire un chanceux parmi vous ! L’un de vous gagnera l’album Une poule derrière un mur, que nous avions chroniqué ici. Pour participer, laissez un commentaire sous cet article en disant que vous souhaitez tenter de remporter cet album. Vous avez jusqu’à mardi 10 h ! Bonne chance à tous.


Parlez-moi de… Tais-toi !

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur, éventuellement son illustrateur et son éditeur. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a plu. Cette fois-ci, c’est sur Tais-toi ! (chroniqué ici), d’Amélie Billon-Le Guennec et Gaëlle Boulanger sorti chez Chants d’orties que j’ai eu envie de revenir.

Amélie Billon-Le GuennecAmélie Billon-Le Guennec (auteur):
C’est un texte qui est venu assez simplement, comme un cri. Histoire d’une enfant qui parle beaucoup et qui demande à être écoutée au milieu d’un emploi du temps chargé. Forcément, nous connaissons des enfants qui parlent peu et d’autres qui n’arrêtent pas de s’exprimer, forcément les deux comportements peuvent nous énerver. Alors, je me suis mise à la place de cette enfant qui a plein de choses à dire, à crier, à hurler. Des choses importantes ou pas, ce n’est pas le sujet. Envie de lui laisser la parole et de ne pas lui dire « je n’ai pas le temps »…
J’ai eu une remarque d’un éditeur me disant qu’il aimait bien ce texte, mais ne voyait pas comment l’illustrer.
Ensuite, les éditions Chants d’Orties ont été séduites par le projet proposé avec des illustrations. Le projet n’a pas pu se faire avec cette illustratrice et Béatrice a cherché quelqu’un d’autre et je trouve que les illustrations originales de Gaëlle Boulanger répondent bien au style du texte, à la forme du « cri » poussé par la narratrice.
Une belle aventure éditoriale.
Retrouvez Amélie Billon-Le Guennec en interview sur notre blog et sur son site.

Béatrice GuillemardBéatrice Guillemard (éditrice de Chant d’orties):
Chant d’orties est une maison d’édition associative. Elle vise la critique sociale à travers des textes de littérature destinés à un public adulte, mais aussi à de jeunes lecteurs. Il nous semblait important de ne pas se cantonner aux adultes, mais également de proposer une vision engagée, voire militante, pour les plus jeunes. Au fil des années la spécificité de Chant d’orties au niveau des enfants et adolescents s’est affirmée, si bien que nous ne publions plus que pour eux.
Nous partions avec plusieurs présupposés forts : ne pas prendre les enfants pour des « sous-adultes », mais bien comme des personnes à part entière, capables de réflexion, et auxquelles tous les problèmes de notre société peuvent être exposés sans en cacher les aspects les plus noirs, mais dans une langue adaptée à chaque âge. Nous souhaitions également que les illustrations des albums et romans échappent aux critères habituels des publications jeunesse pour offrir une dimension supplémentaire au texte, une double réflexion qui puisse porter le lecteur plus loin.
Il est très rare de recevoir des textes qui correspondent à tous ces critères, particulièrement pour les plus jeunes. Mais nous avons eu la chance de pouvoir mener à bien des projets d’albums à partir de 4 ans comme Aldo rêvait de Léna Ellka et Marion Claeys sur la société de consommation ou encore Tais-toi !. Le texte d’Amélie nous a immédiatement séduits, car c’est bien la parole brute et libérée de l’enfant qui est mise en scène. Ce parcours pour confronter l’adulte, qui lit l’album à haute voix, à son autoritarisme, parfois inconscient, face à son enfant dont la seule envie est d’être reconnu et considéré, se mêle à une formidable poésie du verbe.
Trouver quelqu’un pour illustrer Tais-toi ! a été particulièrement compliqué. Une maison d’édition comme la nôtre ne peut se satisfaire d’un illustrateur « mercenaire ». Il nous faut accueillir des professionnels qui partagent l’état d’esprit, et donc la ligne éditoriale, de Chant d’orties, tout en acceptant les contraintes financières d’une micro maison d’édition associative. Après plusieurs tentatives infructueuses pour Tais-toi !, particulièrement du fait du message qu’il véhiculait, j’ai découvert Gaëlle. Son travail et son style me semblaient tout à fait adaptés pour réussir à allier poésie et humour, originalité et discours militant. Elle a immédiatement été intéressée.
Ce fut un grand plaisir de travailler avec Amélie et Gaëlle. Le résultat est fantastique et l’accueil du public véritablement enthousiaste. Une vraie réussite littéraire et iconographique sur un sujet a priori très didactique.
Le site de Chants d’orties.

tais-toi
Tais-toi !
Texte d’Amélie Billon-Le Guennec
Illustré par Gaëlle Boulanger
Sorti chez Chants d’Orties
2013
Chroniqué ici.

 

 

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Ne plus avoir peur de l’autre et oser dire non

Par 6 janvier 2014 Livres Jeunesse

Et oui nous revoilà ! Après quinze jours sans chroniques (mais j’espère que vous avez vu notre superbe carte de vœux), j’avais envie de commencer l’année par deux albums forts, deux albums avec un vrai fond… tout en étant des albums pour enfants. Parce que nous devons faire en sorte que nos enfants se battent, n’acceptent pas l’injustice, les préjugés, parce qu’ils sont les citoyen-ne-s de demain… Comment mieux commencer l’année ?

Une poule derriere un murUn matin, un hérisson est apparu dans la basse-cour… D’où venait-il ? Que venait-il faire ? Personne ne le savait… et tout le monde s’interrogeait ! Voyant tant de gens le toiser, le hérisson s’est roulé en boule… et est devenu encore plus suspect ! Toutes les poules étaient d’accord, il fallait se méfier et ouvrir l’œil… Le lendemain matin, le hérisson avait disparu ! Il fallait vite compter les œufs, il avait forcément volé quelque chose et surtout il fallait se protéger pour qu’il ne revienne pas, et construire un mur.

Pour ceux qui ne le savent pas, les gens du voyage ont pour symbole le hérisson (qu’ils appellent niglo). Sachant ça, on comprend tout de suite de quoi nous parle Jean-François Dumont dans ce très bel album. Une poule derrière un mur est le cinquième volet de l’excellente série La ferme au bout du pré (Gare à Edgar, Copains comme cochons, La petite oie qui ne voulait pas marcher au pas et La grève des moutons). Une série dans laquelle les animaux apprennent à dire non, à aller à la rencontre de l’autre malgré ses différences. J’aime énormément cette série parce que Jean-François Dumont arrive à faire passer beaucoup de choses tout en restant vraiment dans un langage et une histoire adaptés aux enfants. On n’est pas ici dans l’album militant que l’enfant va trouver un peu pénible. Bref un nouveau tome pour une série décidément très bonne (et dont la chute est vraiment réussie).
Le même vu par Enfantipages.

les freres moustachesLes frères Moustaches existent, ils vivent en Birmanie. Ils se battent contre l’oppression avec pour arme le rire. Mais ils ne sont pas seuls, à travers le monde et de tout temps, qu’ils aient des moustaches ou pas, qu’ils soient frères ou pas, des hommes et des femmes osent dire non, osent se moquer du pouvoir en place. Et même si les despotes leur envoient des armées, c’est en leur tirant la langue que les frères Moustaches les reçoivent.

Beaucoup plus fort que le précédent, beaucoup plus graphique (mais forcément moins accessible pour les plus jeunes), Les frères Moustaches est un magnifique album sur ceux qui osent rire, au péril de leur vie, des gouvernements totalitaires en place. L’album est parfois très dur (le personnage de la couverture a d’ailleurs la langue coupée), mais il a le mérite de montrer aux enfants qu’il faut parfois s’opposer, dire non, refuser. Parce qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre à se rebeller contre l’injustice, parce qu’il est bon de rappeler que le rire est une arme et que partout sur la planète certains sont emprisonnés ou mutilés parce qu’ils osent l’utiliser, Les frères Moustaches est un magnifique album, un album qui fait du bien.
Le même vu par Les sandales d’Empédocle (avec des visuels intérieurs).

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des livres de Jean François Dumont (Pinocchio, Copains comme cochons, Gare à Edgar, La petite oie qui ne voulait pas marcher au pas et La grève des moutons) et de Charles Dutertre (Le voyage extraordinaire de Petit Pierre et La première fois que je suis née).

Une poule derrière un mur…
de Jean-François Dumont
Père Castor
12,50€, 280×268 mm, 30 pages, imprimé en France, 2011.
Les Frères Moustaches
Texte d’Alex Cousseau, illustré par Charles Dutertre
Le Rouergue
16€, 216×302 mm, 36 pages, imprimé en Italie, 2013.

A part ça ?

Comme chaque début de mois, nous vous donnons aujourd’hui nos coups de cœur du mois dernier. En décembre, c’était donc, pour Marianne : La route d’Arnold de Pauline Saladin chez L’école des loisirs, Qu’est-ce que je m’ennuie de Christine Naumann Villemin et François Soutif chez Kaléidoscope et Où va-t-on quand on disparaît ? d’Isabelle Minhos Martin et Madalena Matoso chez Notari. Et pour moi : Mon voyage en gâteau d’Alice Brière-Haquet et Barroux chez Océan Éditions, Il était mille fois de Ludovic Flamant et Delphine Perret chez Les fourmis rouges et Le grand arbre et autres histoires de Rémi Courgeon chez Mango.
Côté romans, comme chaque nouveau trimestre, nous avons choisi les romans qui nous ont le plus plu dans les trois mois qui viennent de s’écouler. Pour le dernier trimestre de 2013 il s’agit, pour Marianne, de Le bonheur en cinq mensonges de Pascale Perrier chez Galapagos et Mes rêves au grand galop de Didier Jean et Zad chez Rageot. Et pour moi : Les chroniques d’Harris Burdick écrit par un collectif et sorti chez L’école des Loisirs, Jonah, T.1 Les sentinelles de Taï-Marc Le Thanh chez Didier Jeunesse et Paris, légendes & mystères de Julia Raison et Karim Friha chez Graine² (ce dernier est, je vous l’accorde un album mais à destination des bons lecteurs et se lit comme un recueil de nouvelles).
Retrouvez nos coups de cœur des mois précédents sur le blog, sur Facebook (ici pour les albums et pour les romans) et sur Pinterest (ici pour les albums et pour les romans).

Gabriel

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Pinocchio

Par 29 novembre 2013 Livres Jeunesse

Il y a quelque temps, suite au visionnage de la version d’Enzo D’Alò de Pinocchio (que j’avais chroniqué ici) j’ai eu très envie de revoir les autres versions que j’avais vues il y a quelques années. En quelques semaines, avec ma fille de 5 ans, j’ai donc vu le magnifique dessin animé d’Enzo D’Alò, le téléfilm en plusieurs parties de Luigi Comencini avec Nino Manfredi dans le rôle de Geppetto et Gina Lollobrigida dans celui de la fée bleue et enfin la version de Roberto Benigni. Trois versions au final très différentes, qui m’ont donné envie de lire l’œuvre originale de Carlo Collodi. Flammarion venant justement de la sortir en version intégrale… C’était le moment idéal !

pinocchioPère Cerise fit un jour l’acquisition d’un magnifique morceau de bois. Il se réjouissait déjà de ce qu’il allait en faire : un pied de guéridon ! Il prit sa hache quand il entendit une voix le suppliant de ne pas lui faire mal. D’où venait donc cette voix ? Il avait beau chercher, il ne trouvait pas ! Il reprit sa hache… la voix repris. Le vieil homme était terrorisé ! Quand son vieil ami Geppetto se présenta chez lui pour chercher un morceau de bois pour faire un pantin, il ne se fit pas prier pas pour lui donner la bûche qui semblait ensorcelée. Geppetto rentra chez lui, commença à façonner son pantin et décida de lui donner le nom de Pinocchio. Il ne savait pas encore quels malheurs l’attendaient !

Pour vous raconter ma vie (après tout, c’est un blog ici), nous avons lu ce livre par chapitre (ou par demi-chapitre) chaque soir avec ma fille pendant plus de deux mois. Chaque soir, elle attendait avec impatience la suite des aventures du petit pantin pas très sage (et quand le livre a été fini, elle était très déçue que ça soit déjà la fin). Il faut dire que c’est une histoire magnifique, pleine de rebondissements. C’est drôle et tendre, poétique et moral (parfois un peu trop). On ne s’ennuie jamais avec ce pantin qui passe son temps à mentir, à se lamenter, qui est extrêmement naïf et à la fois qui sait profiter de la bonté des gens. Pinocchio est un personnage assez insupportable (mais qui rentrera dans le droit chemin), mais tellement drôle ! On suit donc ses aventures extraordinaires, on tremble pour lui lorsqu’il est pendu par le chat et le renard, lorsqu’il est sur le point d’être rôti dans la poêle d’un pêcheur ou quand un marionnettiste veut le faire cuire. On est émerveillé quand il vole à dos de pigeon, rencontre une fille aux cheveux d’azur ou parle avec les animaux (qui tentent toujours de lui donner des conseils qu’il n’écoute jamais). On est triste quand il apprend la mort de sa fée, quand il pense que son père a été mangé par un requin ou lorsqu’un de ses compagnons meurt dans ses bras. C’est un roman absolument superbe, une grande aventure. À écouter à 5 ans, à lire à 80, un roman multigénérationnel, un bon livre quoi ! Cette version sortie chez Flammarion, avec sa couverture à rabat et ses illustrations de Jean-François Dumont est vraiment un bel ouvrage.

Petit aparté, forcément en lisant l’œuvre originale on se souvient des films vus… force est de constater que c’est Roberto Begnini qui a été le plus fidèle à l’œuvre. Le côté insupportable du personnage, le côté bavard (ça m’avait choqué dans le film, on a envie de lui dire « mais tais-toi ! » et je m’étais dit que Begnini faisait du Begnini… en fait, Pinocchio est comme ça, certaines « tirades » font des demi-pages). C’est intéressant aussi de voir que Luchignolo (appelé Lumignon dans cette version) est un personnage mineur contrairement aux versions cinéma. Et là encore, la fin de Luchignolo n’est montrée que dans le Begnini. Il a, à mon sens, été le seul à être vraiment fidèle au ton de l’œuvre de Carlo Collodi.

PinnochioUn menuisier qui n’avait jamais eu d’enfant et se sentait seul décida de se faire un pantin de bois. Seulement une fois fait le pantin est doué de parole et est même très doué en bêtises !

Oui, c’est la même histoire ! Mais drôlement résumée… Le roman de plus de 150 pages de Carlo Collodi tient ici sur 18 ! Alors bien sûr il manque énormément de choses, le personnage de Pinocchio, lui-même, n’a plus sa saveur (et en enlevant certains passages on est obligé d’en changer d’autres choses) et perd même en cohérence (« Mais, Pinocchio s’enfuit de la maison. Bientôt, il fut arrêté par deux gendarmes. – Que fait un petit garçon comme toi, tout seul dans la rue ? demandèrent-ils. Ils le laissèrent partir, mais, à la place, ils allèrent chercher Geppetto et le menèrent en prison »… Pinocchio est à peine arrêté qu’il est libéré et Geppetto est arrêté sans qu’on sache pourquoi !). Par contre les illustrations tout en découpages sont absolument superbes. C’est du papier découpé au laser qui est collé sur du papier de couleur. Comme si l’on voyait l’histoire en ombres chinoises. Un ouvrage très graphique parfait pour une première approche de l’histoire de Pinocchio.

L’œuvre de Carlo Collodi a souvent donné des idées aux auteurs jeunesse (pas uniquement jeunesse d’ailleurs, on pense à la BD de Winshluss), on a vu plein d’histoires librement inspirées du pantin de bois (au cinéma aussi d’ailleurs, on pense à A.I. Intelligence Artificielle). Voici un exemple.

LapinokioUn vieux lapin en peluche rêvait d’être un vrai lapin. Posé sur le rebord d’une fenêtre, il regardait les animaux dehors et rêvait d’être parmi eux. À force de le répéter, une fée apparut et lui exauça son souhait… sauf que le lapin (qu’on appelait maintenant Lapinokio) ne faisait que des bêtises et se mettait à dos les animaux de la ferme. Et si être sage était finalement mieux ?

Lapinokio s’inspire donc de Pinocchio (le rêve de devenir « vrai », les oreilles qui s’allongent quand il fait des bêtises, le fait de ne pas être sage). Voilà donc une version adaptée aux plus petits pleine de pep’s, très colorée, qui devrait plaire aux enfants. Et c’est bien connu, tous les doudous aimeraient devenir vivants, non ?

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué plusieurs ouvrages de Jean-François Dumont : Copains comme cochons, Gare à Edgar, La petite oie qui ne voulait pas marcher au pas et La grève des moutons.

Pinocchio
Texte de Carlo Collodi (traduit par Claude Poncet), illustré par Jean-François Dumont
Flammarion
13€, 165×220 mm, 160 pages, imprimé en Slovénie, 2013.
Pinocchio
d’Agnese Baruzzi (d’après Carlo Collodi et traduit par Françoise Nagel)
Mango Jeunesse
16€, 220×220 mm, 14 pages, imprimé en Chine, 2013.
Lapinokio
Texte de Lili Chartrand, illustré par Pishier
Dominique et compagnie
14,50€, 236×236 mm, 32 pages, imprimé en Chine, 14,50€.

A part ça ?

Quelques photos de Montreuil

Gabriel

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Une guerre entre cochons et un rat très énervé !

Par 29 juin 2012 Livres Jeunesse

Lorsque je vous avais parlé de La petite oie qui ne voulait pas marcher au pas et de La grève des moutons de Jean-François Dumont (ici), je vous avais dit que je vous parlerai des deux autres de la même série…

D’un côté Rosalie et sa famille, les Rose, une famille de cochons bien comme il faut, propre sur elle et qui ne mange pas n’importe quoi. De l’autre côté, Bruno et sa famille, les Brun. Des cochons qui ne trainent pas dans la boue et ne mangent pas à longueur de journée. Jamais on n’a vu un Rose et un Brun jouer ensemble. Ils ne sont pas du même monde ! Pourtant Rose s’ennuie seule sans camarade avec qui jouer… Et Bruno pareil ! Un jour ils se croisent… Et si enfin les Rose et les Brun se réconciliaient ?

Roméo et Juliette version cochons ! J’aime vraiment l’humour de Jean-François Dumont, tant dans le texte que dans les illustrations. Ici donc deux familles qui se détestent et vont se rabibocher grâce aux enfants. Les petits, eux, ne comprennent pas les guerres entre les grands, pourquoi rester fâchés ? On parle ici de différence (est-ce parce qu’ils ne sont pas de la même couleur que les Rose et les Brun ne s’entendent pas ? ou parce qu’ils n’ont pas la même vie ?) mais aussi de tolérance et des préjugés. On parle surtout d’amour et d’apprendre à vivre ensemble.

Ah non ça va pas ! ça va pas, ça va pas, ça va pas ! Edgar est furieux ! De très mauvaise humeur ! Il y a un lombric qui le poursuit et ça, ça le met en rogne, pire que ça, dans une colère noire ! Déjà qu’il n’aime pas la compagnie des autres, alors un lombric… pensez donc ! D’habitude, à la ferme, tout le monde l’évite mais là c’est encore pire. Pourtant il aurait bien besoin des autres Edgar pour se débarrasser de ce suiveur !

Encore un album très drôle (la chute est mémorable). Cette série avec des personnages communs aux quatre histoires est décidément une réussite, il faut se procurer toute la collection ! Ici on parle donc de la mauvaise humeur, des jours où rien ne va. Le personnage du rat râleur qui n’aime personne est particulièrement comique, très bien trouvé.  C’est le genre d’histoire à suspense qu’on adore « jouer » quand on la raconte aux enfants, pour leur plus grand plaisir ! On attend la chute avec impatience et en attendant… on se marre bien !

Copains comme cochons
de Jean-François Dumont
Père Castor dans la collection Les plus belles histoires d’aujourd’hui.
5,30€, 32 pages, imprimé en France.
Gare à Edgar
de Jean-François Dumont
Père Castor dans la collection Les plus belles histoires d’aujourd’hui.
5,30€, 32 pages, imprimé en France.

A part ça ?

A partir de la semaine prochaine La mare aux mots se met en mode vacances. Nous resterons présent tout l’été mais nos chroniques seront généralement plus courtes (un seul livre chroniqué) et la rubrique Les invités du mercredi disparaîtra pour revenir en septembre. À la place vous trouverez des sortes de fiches métiers. Nous avons interrogé des auteurs, illustrateurs, éditeurs, libraires, bibliothécaires, traducteurs, attachés de presse et blogueurs pour vous faire découvrir leur vision de leur métier. Chaque mercredi vous retrouverez donc un métier mis à l’honneur avec de beaux invités. Bel été à vous… sur La mare aux mots !

Gabriel

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Une oie qui refuse de marcher au pas et des moutons qui se révoltent

Par 28 mai 2012 Livres Jeunesse

Et si on se rebellait ?

Une, deux ; une, deux ; une, deux les oies partent en rythme à la mare. Tout le monde suis la cadence qui est parfaite, les pattes frappent le sol en même temps, comme toujours et ce depuis très longtemps. Une, deux ; une, deux ; une, deux, tac ; Une, deux, tac ; une, deux, tac… Mais qu’est-ce que c’est ? Quel est ce bruit qui vient casser le rythme ? C’est Zita, une petite oie qui n’arrive pas à marcher au pas… puisque c’est comme ça elle sera privée de défilé ! Zita ne comprend pas pourquoi elle n’est pas comme les autres et surtout pourquoi il faut marcher au pas, faire comme tout le monde. Très vite elle va se trouver de nouveaux copains et marcher à un autre rythme où chacun fera son propre bruit, et tous associés feront une bien plus belle mélodie.

Il est magnifique cet album qui traite de la différence, du refus de rentrer dans le rang, de l’originalité. L’histoire est très belle et plaît forcément aux enfants. Cette petite oie, grâce à son impossibilité de marcher au pas va faire de belles choses, rendre les autres jaloux. Au-delà de la simple histoire il y a toute une réflexion sur pourquoi marcher au pas, sur les différences qui rendent les gens plus intéressants, Zita va descendre à la mare avec des cochons, des moutons, des poules,… et leur défilé sera bien plus attrayant à tout point de vue (mais ici on parle surtout sonorité) qu’un défilé avec des oies toutes semblables et toutes faisant le même bruit au même moment. Les illustrations sont également très belles, classiques et intemporelles mais franchement drôles.

EN GRÈVE ! Les moutons ont décidé de se rebeller ! Pourquoi les tond-on tout le temps ? Qui doit supporter le froid l’hiver sans poils pour se réchauffer ? Et qui doit supporter les piqûres du vétérinaire pour se soigner après avoir attrapé froid ? C’est eux, et toujours eux ! Alors… EN GRÈVE ! Du coup dans la ferme ça débat, certains sont de leur côté (comme Zita la petite oie de l’histoire précédente) d’autres moins… Le jour de la grande manif arrive et les chiens vont tout faire pour l’empêcher !

Dans la même collection et du même auteur, La grève des moutons est aussi bon que le précédent. Ici aussi il y a du fond et de nombreux sous-entendus, une histoire qui se lit à plusieurs niveaux, les parents comprendront qui sont les moutons et qui sont les chiens, l’album est d’ailleurs dédié à « tous ceux qui marchent entre République, Bastille et Nation ». Mais attention ce n’est pas un album militant, en tout cas aucun prosélytisme ici. On ne prend pas les enfants en otage. L’album est juste drôle, très bien écrit et ici aussi les illustrations sont vraiment à la fois belles et drôles.

Ces deux albums sont vraiment très bons et à un prix plus que raisonnable. Visiblement il y en a 4 dans la série (Gare à Edgar ! et Copains comme cochons complètent ces deux-là), je vous parlerai certainement prochainement des deux autres. Je ne connaissais pas du tout Jean-François Dumont, c’est une belle découverte !

Quelques pas de plus…
La petite oie qui ne voulait pas marcher au pas par Enfantipages.

La petite oie qui ne voulait pas marcher au pas
de Jean-François Dumont
Père Castor dans la collection Les plus belles histoires d’aujourd’hui.
5,30€
La grève des moutons
de Jean-François Dumont
Père Castor dans la collection Les plus belles histoires d’aujourd’hui.
5,30€

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A part ça ?

Puisqu’on parle de ne pas se laisser faire, de ne pas avancer au pas, de ne pas avoir d’œillère, pourquoi pas mettre un coup de projecteur sur Réseau éducation sans frontières ? Un réseau qui milite pour défendre les enfants étrangers scolarisés en France et empêcher leur expulsion. Ils ont besoin de vous, que ça soit financièrement ou sur le terrain. http://www.educationsansfrontieres.org/


Gabriel

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