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Jérémy Moncheaux

Les invités du mercredi : Jérémy Moncheaux et Aline Pallaro Lacroix

Par 2 janvier 2013 Les invités du mercredi

On commence bien l’année avec deux talentueux illustrateurs, Jérémy Moncheaux qui a répondu à mes questions et Aline Pallaro Lacroix qui nous a fait une belle chronique. Deux artistes encore peu connus dont on n’a pas fini d’entendre parler !


L’interview du mercredi : Jérémy Moncheaux

Jérémy MoncheauxComment êtes-vous devenu illustrateur jeunesse ?
Je voulais un métier qui s’approche le plus de la peinture. Je me considère avant tout comme un  peintre, mon travail est une recherche constante, matières, papiers, techniques, inspirations… Si je ne dessine pas j’observe ce qui se fait autour de moi, j’ai besoin de sentir que les choses sont en mouvement. Raconter des histoires à travers mes images, c’est ce que me permet l’illustration et surtout l’illustration jeunesse. L’univers de l’enfance est tellement riche, tout peut arriver, tout devient possible, plus de frontière, plus de limite… Pour un dessinateur on ne peut pas rêver mieux.

Ker-Is la légende de la ville au milieu des flotsQuelle est votre technique ?
Pour mes premiers albums, j’ai utilisé de l’acrylique. Je fais beaucoup de fusain, crayon fusain. Pour mes prochains projets je vais tester des techniques mixtes, pastel, crayon aquarellé, aquarelle, gouache… C’est encore à l’essaie, on verra ce qu’il en sort mais je veux gagner en expressivité.

Quels sont les illustrateurs qui ont marqué votre enfance, qui vous ont donné envie de dessiner ?
Il n’y avait pas trop de livre à la maison celui dont je me souviens le plus c’est « Robinson Crusoé » de Daniel Defoe les illustrations étaient jolies mais c’est  l’histoire qui m’a marqué. Ce sont d’avantage les dessins animés qui m’ont donné envie de dessiner. J’aimais bien Albator, alors je réalisais des bateaux de pirates et des robots. J’ai commencé à dessiner à l’école comme tous les enfants. Seulement je continuais à la maison c’est plus le geste, la pratique qui m’ont donné l’amour du dessin. Cela me calmait, je pouvais faire ce que je voulais, je me sentais libre.

Et dans les illustrateurs actuels, il y en a qui ont votre préférence ?
Joe Soren, Dave Mckean, Ashley Wood, Shaun Tan, François Roca, Rebecca Dautremer

Avez-vous fait des recherches particulières pour Le minotaure et le labyrinthe ? Quelles ont été vos sources d’inspirations ?
Après avoir regroupé une bonne documentation dans les livres d’histoire, je vais voir ce qu’ont fait les autres illustrateurs sur le même thème, pour ne surtout pas reproduire.
Le cinéma est une bonne source, j’ai trouvé pas mal d’éléments dans les Peplums, ça m’a donné une bonne base au niveau des costumes et de l’architecture. J’y ai vu aussi des choses kitchs et drôles, dont un en particulier « Teseo contro il Minotauro » de  Le minotaure et le labyrinthe1961 où le Minotaure est une sorte de nounours de 3m avec une tête de caniche, ça vaut le coup d’œil. Dans les documentaires, on peut y apprendre la façon de vivre à l’époque Minoéenne, j’ai aussi découvert que cette civilisation a disparu suite à une gigantesque éruption volcanique. C’est très enrichissant culturellement de faire un album jeunesse.
Dans l’ensemble je suis resté assez fidèle à l’Art Minoéen, c’est aussi pour coller au style de l’auteur Jean-Pierre Kerloc’h. Mes sources d’inspirations au niveau des cadrages et de l’ambiance viennent plus de Fritz Lang, Caspard David Friedrich, Léon Spilliaert, Josef Sudeck et d’autres encore.

Quelle est l’histoire que vous rêvez d’illustrer ?
Difficile de répondre il y en a beaucoup dont celles qui n’ont pas encore été écrites, je dirai « Les misérables » de Victor Hugo.

Quels sont vos projets ?
Je suis désolé mais je ne donnerai pas de détails, car rien n’est validé. Je peux juste vous dire qu’il y a une nouvelle illustrée avec Olivier Deck, un album jeunesse avec Jean-Pierre Kerloc’h et un autre album jeunesse avec Michaël Espinosa.

Bibliographie :

  • Le minotaure et le labyrinthe, illustration d’un texte de Jean-Pierre Kerloc’hP’tit Glénat (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Ker-Is la légende de la ville au milieu des flots, illustration d’un texte de Jean-Pierre Kerloc’h, Albin Michel Jeunesse (2010).

Retrouvez Jérémy Moncheaux sur son site : http://jeremymoncheauxblog.com et sur sa page facebook où vous pourrez admirer son talent. Il a décidé d’offrir aux lecteurs de La mare aux mots de superbes fonds d’écran. Téléchargez-les en cliquant sous les images.

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La chronique de… Aline Pallaro Lacroix

Une fois par mois un acteur de la littérature jeunesse qu’on aime à La mare aux mots nous parle d’un livre qu’il a aimé. Cette fois-ci c’est Aline Pallaro Lacroix qui s’y colle ! Merci à elle.

D’abord, il y a eu la question de Gabriel :
–   Tiens, tu ne chroniquerais pas un livre que tu as aimé ?
Et moi, de répondre du tac au tac (et non du tic au tac car je ne parle pas bien le tamia) :
–   Ah, et bien oui, avec plaisir, tiens, je n’ai pas grand chose à faire entre Noël et le jour de l’an ! ».

Puis, vint le temps de la réflexion, étape ultime où le cerveau s’illumine de 1000 ampoules basse consommation d’énergie : « Crotte de caniche, mais de quel livre vais-je donc bien pouvoir parler ? Il y en a tellement ! ». Faire une échelle de valeur et de classification pour l’occasion me semblait un peu « too much », alors je me suis tournée vers mes lutins de maison et je leur ai demandé :
– « Hé, les mouflets, c’est quoi le livre que vous avez adoré de tous les temps, depuis que le monde est monde ?
–   COR-NE-BI-DOUILLE !!! »

CornebidouilleAh oui, Cornebidouille, pas idiots ces loupiots !

Cornebidouille, c’est d’abord un coup de cœur entre le plus jeune de la maisonnée et un livre, un matin, dans une petite bibliothèque municipale. C’est comme ça, ça ne s’explique pas, les coups de foudre. La couverture semblait quelconque mais elle abritait le refuge d’une sorcière. Et les enfants adorent les sorcières (la réciproque est également valable).

Le petit Pierre ne veut pas manger sa soupe : est-ce qu’il n’aime pas ça ? Ou est-ce un cornebidouilleprimo signe de rébellion envers ses parents ? Ou peut-être est-ce un peu des deux ? Mais un beau soir, la sorcière Cornebidouille, inventée par le père de Pierre pour le motiver à manger sa soupe, sort de sa cachette… « Elle était laide, elle avait du poil au menton, Cornebidouille était son nom ». S’en suivent une dizaine de pages pendant lesquelles on rit des répliques d’un petit Pierre facétieux et d’une Cornebidouille de plus en plus en colère !

Je crois que le charme opère grâce à un texte aux expressions délicieusement appétissantes et croustillantes, surtout pour les petits de 4-5 ans. Les images sont simples, illustrées à base de crayons de couleurs, mais toute cette petite recette nous tient en appétit et nous émoustille les babines !

Pour vous dire à quel point ce livre a été follement aimé par toute la maisonnée, nous l’avons ramené à la bibliothèque presqu’un an après l’avoir emprunté ; tout penauds d’avoir été si lents à lire un livre de quelques pages… Mais pour bien comprendre l’histoire, rien de tel que de la lire tous les jours pendant un an ! N’est-il pas ?

Pour vous dire à quel point ce livre a été drôlement aimé par toute la maisonnée, c’est que notre micro monstre de 5 ans connaît les répliques par cœur.

Pour vous dire à quel point ce livre a été goulument dévoré par toute la maisonnée, c’est qu’il a fallu acheter la suite, intitulée « La vengeance de Cornebidouille ».

Alors, si vous n’aimez pas la soupe et que vous êtes un peu rebelle dans l’âme, je vous conseille de surveiller l’armoire de votre chambre… On ne sait jamais !

Cornebidouille de Pierre Bertrand et Magali BonniolL’Ecole des Loisirs – 2003

Aline Pallaro LacroixAline Pallaro Lacroix est illustratrice en volume et plasticienne. Elle fait partie des auteurs et illustrateurs qui ont participé à Notre pense pas bête. Deux publications doivent voir le jour cette année. En attendant vous pouvez découvrir son talent sur sa page facebook (n’hésitez pas d’ailleurs à aimer la page pour vous tenir informés de ses sorties) et sur son blog : http://mimirondelle.canalblog.com (site sur lequel on trouve les liens de boutiques où vous pouvez acheter ses superbes mobiles).

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Le minotaure, l’Oncle Tom, Shéhérazade et les musiciens de Brême

Par 19 novembre 2012 Livres Jeunesse

Quatre très beaux albums et une boîte de fiches avec des histoires anciennes, des classiques intemporels.

Parce que son père avait gardé un taureau blanc qu’il devait offrir à Poséidon, Astérion naquit avec un visage difforme, effrayant, signe de la vengeance du dieu des mers. Cet enfant faisait peur à son père aussi décida-t-il de l’enfermer dans un grand labyrinthe dont personne ne pourrait sortir, une œuvre signée par Dédale.

On a tous plus ou moins en tête, je pense, l’histoire du Minotaure, mais personnellement je ne me souvenais que de quelques bribes (pour ne pas dire que je ne connaissais que le fait que le Minotaure avait une tête de taureau et qu’il vivait dans un labyrinthe construit par Dédale !). J’ai plongé avec un très grand plaisir dans cette vieille histoire absolument passionnante adaptée ici par Jean-Pierre Kerloc’h. Il faut dire que le livre est très beau, les illustrations de Jeremy Moncheaux sont absolument superbes et le grand format de l’album les met bien en valeur. Une histoire très ancienne qui captive toujours autant.

Tom était un esclave du bon Monsieur Shelby, un brave homme. Sauf que celui-ci dû le vendre au terrible Monsieur Haley pour payer une dette. La fin de vie du pauvre esclave n’allait pas être très rose…

Ici c’est le célèbre roman de Beecher Stowe, La case de l’oncle Tom qu’adapte Jean-Pierre Kerloc’h. Une histoire à la fois dure et tellement belle où certains hommes se révèleront plus bons que d’autre. On parle ici de cette époque où l’on pouvait acheter des hommes et les maltraiter impunément, on parle aussi du racisme primaire, de se battre pour ses idées, de la dignité humaine. On est presque, ici, dans le roman illustré, les dessins sont grands et nombreux mais le texte est assez long. C’est un album pour les bons lecteurs mais aussi pour donner le goût de la lecture à des enfants peu habitués aux romans sans images. Et il faut dire que les illustrations d’Aude Samama sont très belles.

Shéhérazade était une jeune femme courageuse. Alors que le sultan se mariait chaque jour avec une femme qu’il faisait tuer le matin suivant la noce, elle décida d’elle-même de l’épouser afin que cesse le massacre. Lors de sa nuit de noce elle raconta au roi une histoire dont forcément il voulut connaître la suite. Chaque nuit elle continuait pour avoir la vie sauve et que le roi ne tue plus personne. En plus de l’histoire de Shéhérazade, Les mille et une nuits dans la collection Contes et légendes chez Nathan nous propose huit magnifiques contes : Le prince changé en singe (une femme transforme un prince en singe pour lui éviter d’être mangé par des ogres), L’encombrant cadavre (un mort dont les gens vont se débarrasser tour à tour), L’astucieux petit chamelier (un homme devra affronter un horrible géant à deux têtes), Histoire d’une tarte au miel et à l’eau de rose (des jumeaux fâchés dont la descendance va se reconnaître grâce à une recette familiale), Le mari, la femme et le perroquet (un mari jaloux va faire surveiller sa femme par un oiseau sensé tout lui répéter), L’homme qui mit sa femme dans un bocal (un homme dont la femme est insupportable décide de s’en débarrasser), Le calife et l’âne (un djinn va donner une leçon à un calife idiot en intervertissant son apparence avec celle d’un âne) et Le coffre volant (un riche marchant va acquérir un coffre volant et avec va séduire une belle princesse).

Déjà le grand livre et ses illustrations pleine page est absolument magnifique, mais quel bonheur de découvrir ou redécouvrir sept des contes des mille et une nuit ! Ces contes aux accents d’orient sont fabuleux et traversent le temps tout en nous enchantant toujours. Ils sont réécrits ici par la géniale Gudule. C’est un très très beau livre.

Une version complétement différente des contes des mille et une nuits, c’est la boîte de fiches sortie dans la collection Comptines du soir. Cette collection chez Tana éditions propose des fiches avec de belles illustrations au dos desquelles se trouvent une histoire, les fiches sont rassemblées dans une boîte musicale métallique (petite boîte à musique avec remontoir). Alors ici beaucoup plus de contes mais aussi beaucoup plus résumés. C’est, pour moi, un peu trop court et donc frustrant, mais si vous cherchez des histoires très courtes vous allez adorer, d’autant que l’objet est beau et les enfants adorent ce côté boîte à musique.

Les musiciens de Brême est une histoire très connue, elle a traversé les époques et les pays, elle a été déformée au passage. Les histoires des musiciens de Brême racontées dans le monde chez Syros nous propose d’en découvrir quatre versions.

La fuite d’un coq, un chien, un chat et un âne qui vont prendre possession de la maison d’une bande de voleurs ; un œuf, une grenouille, une bouse de vache et d’autres encore qui vont aider une femme à se débarrasser de la terrible mengudze en échange de crêpes ; un chat et un mouton qui vont faire peur à neuf loups et un mouton, un lévrier, un âne et un poulet qui vont être plus forts qu’une bande de lions. Quatre très belles histoires venues (dans l’ordre) d’Allemagne, de Chine, d’Ariège et du Maroc.

Le livre est magnifique, grâce à la beauté et à l’humour de ces histoires mais aussi grâce aux très belles illustrations de Rémi Saillard (on peut aussi saluer de travail d’édition car l’objet est lui-même très beau). On parle ici de l’union qui fait la force, de faibles qui vont battre des plus forts qu’eux grâce à leur malice. Les textes sont très bien écrits et on les lit à voix haute avec beaucoup de plaisir, les enfants eux-mêmes adorent les écouter. Une vraie réussite !

Quelques pas de plus…
Retrouvez nos autres chroniques de livres…
… écrits par Jean-Pierre Kerloc’h : Peter Pan et Wendy
… écrits par Gudule : 40 histoires pour les tout-petits, Fées et princesses, L’amour en chaussettes et Contes et Légendes de l’amour. Nous avons également réalisé une interview de Gudule.
… écrits par Fabienne Morel : L’ogresse poilue.
… illustrés par Rémi Saillard : Au chat et à la souris, Dans ma rue et Ami ou ennemi ?

Le Minotaure et le labyrinthe
de Jean-Pierre Kerloc’h, illustré par Jérémy Moncheaux
P’tit Glénat dans la collection Les histoires phares
14,50€, 257×300 mm, 48 pages, imprimé en France
La case de l’Oncle Tom
de Jean-Pierre Kerloc’h (d’après Harriet Beecher Stowe), illustré par Aude Samama
P’tit Glénat dans la collection Les histoires phares
14,50€, 257×300 mm, 42 pages, imprimé en France
Les mille et une nuits
de Gudule, illustré par François Roca
Nathan dans la collection Contes et légendes
16,90€, 249×320 mm, 60 pages, imprimé en Espagne
Petits contes des 1001 nuits
de Claire Lemoine, illustré par Sandrine Bonini
Tana éditions dans la collection Ma petite boite à musique
13,10€, 101x125x58 mm, 45 fiches, imprimé et fabriqué en Chine
Les histoires des musiciens de Brême racontées dans le monde   
de Fabienne Morel et Gilles Bizouerne, illustré par Rémi Saillard
Syros dans la collection Le tour du monde d’un conte des petits
15€, 214×330 mm, 60 pages, imprimé en France

A part ça ?

Le photographe Richard Unglik  pastiche les grandes œuvres de l’Histoire avec des Playmobil. Il expose en ce moment à l’hôtel Glasgow Monceau à Paris. Des photos du vernissage ici.

Gabriel

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