La mare aux mots
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Josette Chicheportiche

À la lumière du passé

Par 17 avril 2014 Livres Jeunesse

Deux romans où de vieux secrets resurgissent.

Une vie retrouvéeEugénie, dite Gina, vit une épreuve. Elle a surpris sa meilleure amie et son copain ensemble. Il lui faut fuir, oublier, occuper son esprit. Un vieux secret de famille c’est l’idéal pour penser à autre chose. Elle part donc à la recherche d’une sœur de sa grand-mère dont personne ne parle jamais… et qui porte le même prénom qu’elle. Arrivée sur place, dans un petit village du Cantal de deux cent quarante habitants, Gina va vite se rendre compte que ça ne sera pas facile, ici tout le monde craint sa grand-tante et personne ne veut en parler. Mais grâce à une petite fille espiègle (que certains pensent folle), la jeune fille va réussir à rencontrer la vieille Eugénie.

Une nouvelle fois, j’ai été happé par l’écriture et l’histoire de Josette Chicheportiche. Que cache donc la grand-mère de Gina ? Quel est ce terrible secret de famille dont personne ne veut parler ? Que s’est-il passé il y a une cinquantaine d’années ? J’avais eu un gros coup de cœur pour Ne le dis à personne, ici encore c’est un roman tout simplement captivant, qui se dévore. On parle donc d’amour, de secrets de famille, des marginaux, de la peur que déclenchent les gens différents, de la mort, de la fatalité. Un roman complet, qu’on a du mal à lâcher avant la fin.

Souviens ToiJoséphine est une vieille dame de 80 ans. Elle rend visite à Armand, qu’elle n’a pas vu depuis plus de soixante ans. Elle l’accuse d’une chose terrible, quelque chose qui s’est passé en 1946, quand elle avait 15 ans, quand Juliette, sa sœur jumelle, était encore en vie, avant qu’Armand ne fasse de la prison.

C’est extrêmement difficile de résumer Souviens-toi d’Élisabeth Combres tant il est complexe. Le roman se découpe en plusieurs parties… et je serai tenté de dire en trop de parties… Il est d’abord question d’une sorte de règlement de compte, une femme qui revient longtemps après la mort de sa sœur revoir celui qui l’a aimé… puis l’aurait tué. Ensuite, on lira le journal de Juliette et l’on en saura plus sur ce qu’il s’est passé en 1946. Puis, c’est un autre secret de famille sur lequel Joséphine se penchera en voyageant avec Yvette, sa voisine aussi âgée qu’elle. J’avoue que pour ma part je m’y suis un peu perdu et je me suis demandé quel ado serait intéressé par cette histoire dont les héros sont des octogénaires… Il y a bien sûr un passage en 1946, quand les héros ont quinze ans, mais il est assez court et n’est pas au final le vrai sujet du roman. Un roman à tiroirs qui j’avoue m’a un peu perdu.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué un livre de Josette Chicheportiche (Ne le dis à personne).

Une vie retrouvée
de Josette Chicheportiche
Oskar dans la collection La vie
14,95 €, 130×210 mm, 237 pages, imprimé en Europe, 2013.
Souviens-toi
d’Élisabeth Combres
Gallimard dans la collection Scripto
8,50 €, 130×200 mm, 146 pages, imprimé en Italie, 2013.

À part ça ?

Amazonia DVDUn avion qui transportait un singe domestique tombe au milieu de la forêt amazonienne. Le singe est terrorisé, comment sortir de sa cage ? Grâce à des animaux un peu curieux qui fouillent l’avion, il va réussir à s’enfuir et il découvrir la vie sauvage. Il va lui falloir s’adapter à cette nouvelle vie.
Gros coup de cœur pour ce magnifique film qu’est Amazonia. Un film quasiment sans dialogues (juste quelques un au début et à la fin de la petite fille qui semble être la propriétaire du singe capucin) et pourtant on ne s’ennuie pas une minute (et les enfants non plus). Avec lui, on découvre la forêt amazonienne, sa faune et sa flore. On tremble pour le héros quand il se retrouve face aux prédateurs, on sourit de certaines de ses aventures. C’est aussi une critique de la captivité des animaux, utilisés pour des cirques, des zoos… alors qu’ils sont bien plus heureux dans la nature. Un moment absolument magique, un superbe film à voir en famille.
Amazonia de Thierry Ragobert,autour de 15 € pour le DVD et de 22 € pour le Blu-Ray, Francetv distribution.

Bande annonce :

Gabriel

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Fuir sa vie…

Par 28 décembre 2012 Livres Jeunesse

Ne le dis à personneL’annonce du divorce de ses parents a été comme un coup de massue pour Théo, 12 ans. Il sait que sa vie ne sera plus jamais la même et les « t’es pas le seul à vivre ça » ne servent à rien, c’est à lui que ça arrive. Son père a rencontré quelqu’un d’autre, il part s’installer avec ce nouvel amour. Il y aura désormais « chez maman » et « chez papa ». Théo ne s’en remet pas… mais il ne sait pas qu’il va apprendre encore pire, quelque chose de terrible, que personne ne doit savoir… son père a quitté sa mère pour un homme…

Ne le dis à personne est un roman absolument magnifique. Josette Chicheportiche raconte cette famille avec une vraie justesse, sans aucune complaisance. Elle ne rajoute pas non plus à son récit des scènes larmoyantes pour faire pleurer dans les chaumières. Non ici tout sonne juste, de la dépression et l’incompréhension de la mère, aux peurs du pré-adolescent, du refus des grands-parents à l’indifférence de la petite sœur (pour elle quelle importance le sexe de l’amoureux de son père ?). Les personnages ne sont pas forcément particulièrement sympathiques, ils sont vrais. C’est ce qui marque le plus dans ce très beau roman, son côté réaliste. Josette Chicheportiche a une plume magnifique, elle nous entraîne vraiment dans son histoire, elle nous émeut (notamment dans une scène entre Théo et son père) et nous fait aussi sourire régulièrement (surtout grâce à la petite Lola). On parle ici de la différence, d’accepter nos parents tels qu’ils sont, du regard des autres (les grands-parents, les camarades d’école,…), des secrets familiaux,… Ne le dis à personne est, je le répète, un roman absolument magnifique.

Aggie change de vieAgie est une fille des rues. Elle vit le plus souvent dehors, avec son ami Orin et son chien Mister Bones. A eux trois ils forment une sacrée équipe pour délester les riches passants de leur portefeuille. Seulement un soir, une de leur victime va devenir tout autre chose… et si Aggie changeait de vie ?

C’est un très beau roman qu’a écrit Malika Ferdjoukh, à la fois drôle et plein de tendresse. On suit ici les aventures de cette drôle de petite fille, qui n’a pas sa langue dans sa poche, des bas quartiers de Boston aux quartiers plus huppés. Il y a une ambiance à la Oliver Twist voire Sherlock Holmes (avec les détectives privés, les allumeurs de becs de gaz, les fiacres), le genre d’atmosphère que j’adore. On sourit souvent, on est ému parfois (voire même on verse quelques larmes devant le destin de Mister Bones), on passe un moment délicieux, sans jamais s’ennuyer. Un livre qui va ravir les jeunes lecteurs.

Quelques pas de plus…
Les lectures de Kik et Un petit bout de Bib ont tous les deux parlé d’Aggie change de vie.
D’autres romans sur le divorce : Carnet d’Août, On n’est pas des oiseaux, Mon idiot de beau-père et Les inséparables. Retrouvez aussi notre chronique spéciale sur les livres abordant l’homoparentalité et l’homosexualité.

Ne le dis à personne
de Josette Chicheportiche
Oskar éditeur
9,95€, 115×169 mm, 176 pages, imprimé en Europe, 2012 (ce roman était déjà sorti sous le titre Je ne veux pas qu’on sache chez Pocket).
Aggie change de vie
de Malika Ferdjoukh
L’école des loisirs dans la collection Neuf
8,70€, 125×190 mm, 93 pages, imprimé en France, 2011.

A part ça ?

Vous avez entre 10 et 25 ans et envie de changer le monde? Allez faire un tour sur Télé Debout.

Gabriel

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Dis… c’est quoi ton métier ? Les traducteurs de livres jeunesse, avec Rose-Marie Vassallo et Josette Chicheportiche

Par 18 juillet 2012 Fiches métiers, Les invités du mercredi

Tous les mercredis de juillet et août je vous propose de découvrir un métier grâce à deux personnes qui font ce métier-là. Vous découvrirez ainsi ceux qui travaillent autour du livre pour enfants : illustrateurs jeunesse, éditeurs de livres pour enfants, bibliothécaires jeunesse, libraires jeunesseblogueurs jeunesse, vous avez déjà découvert les auteurs jeunesse (avec Marie Aude Murail et Séverine Vidal) et les attachés de presse dans une maison d’édition jeunesse (avec Myriam Benainous et Angela Léry), cette semaine je vous propose de découvrir les traducteurs de livres pour enfants ! J’ai donc posé des questions, afin de mieux connaître leur profession, à deux traductrices : Rose-Marie Vassallo et Josette Chicheportiche. Merci infiniment à elles d’avoir pris le temps de me répondre.


Dis c’est quoi ton métier… Rose-Marie Vassallo

« Entre ramasser des noix et traduire, quelle différence ? Aucune : les deux sont chasse au trésor et aux coquilles. (Gare aux aoutats & autres calamités !) » Rose-Marie Vassallo

Comment définiriez-vous « traducteur pour l’édition jeunesse » ?
Traducteur, trice. n. : poly-amoureux incurable. Amoureux de deux langues (au moins) : la sienne et sa langue source ; amoureux également des livres et de l’écrit. A trouvé le moyen de fusionner ces passions en un boulot. (Pas si mal.) Et tente de les partager, les propager. (Le passionné qui ne cherche pas à contaminer son prochain n’est pas un vrai passionné.)

En prime, le traducteur du rayon jeunesse n’a tout simplement pas coupé les ponts avec ses années de zéro à seize – montée de sève et enthousiasme, désespoirs à la mesure des élans susdits. Non qu’il renie l’âge adulte ni les richesses et malencombres du grand âge ; simplement, il a tout gardé dans le même jardin, avec petites passerelles japonaises.

Comment êtes-vous devenu traductrice pour l’édition jeunesse ?
Par hasard, puis par goût. J’ai été d’abord auteur – hyper modeste, sous pseudo, en jeunesse justement –, puis, parallèlement, lectrice d’édition. Et c’est par le biais d’une lecture du domaine étranger (anglais) que je me suis trouvée face à une proposition de traduction, pour un livre aimé et défendu en comité de lecture. Cette étrange popote d’alchimiste m’a plu ; je l’ai même crue facile (ah ! ces débutants). Le temps de découvrir qu’il n’en était rien – en fait, dès le deuxième ouvrage –, trop tard ! J’étais tombée dedans.

Traduisez-vous aussi des livres pour les « grands », si oui quelle est la différence, si non pourquoi ?
Je suis chez moi dans les deux mondes. Différences ? Aucune. Et des tas.

Aucune, parce que c’est vraiment le même métier. Des tas, trop pour les détailler ici, mais toutes jaillies d’une même réalité : en littérature jeunesse, le lecteur est plus présent, la responsabilité du traducteur plus grande, les doutes multipliés par dix. Le jeune lecteur étant un être en construction, la première règle est de ne pas lui nuire. Cela vaut pour les textes à accepter de traduire (niet, au moindre doute déontologique) comme pour la langue qu’on lui fournit (niet niet niet au bêtifiant, au démago, aux petits pots pour bébés, au bannissement des mots et constructions jugées trop compliquées – même si ces derniers sont bien sûr à doser, de peur d’asphyxier).
Autre différence : en littérature jeunesse, sauf exception, on broie moins de noir. Plus confortable pour le traducteur, qui macère des jours et des semaines dans ce qu’il traduit.

Comment travaillez-vous ?
Une volée de marches et je suis dans mon antre. Sur ordinateur depuis… fin 1981 ! (Époque épique ; autant dire que j’ai conduit une De Dion-Bouton J. N’empêche, le traitement de texte, pour qui a démarré sur une petite Remington portable mécanique, quelle ardoise magique !)

Cela dit, malgré la Toile, je suis entourée d’un impressionnant cubage de grimoires. Qui ne font nullement double emploi avec Google et consorts. Il me faut les deux ! Sans parler du courrier électronique qui permet d’interroger en temps réel les confrères et… les auteurs.
Autre ingrédient indispensable, soufflé par l’auteur américain Scott O’Dell (et dont je ne me dessaisis plus depuis) : une excellente colle forte pour le siège.
Blague à part, écrire ou traduire chez soi, quelle école de discipline ! Petit inconvénient : pas de diplôme, car discipline jamais acquise. Toujours revient au galop le naturel buissonnier, façon lièvre et tortue, côté lièvre. Hélas.
Pour le reste, le boulot consiste à dompter deux broncos. Le texte original, qui sait ce qu’il veut et n’en démord pas. Et la langue d’accueil, qui commence par de belles ruades avant d’accepter de faire ce qu’on lui demande.

Traduisez-vous aussi pour le cinéma ? J’ai un exemple : J’ai vu que Prunille Baudelaire (dans Les désastreuses aventures des orphelins Baudelaire) s’appelle en VO Sunny. Cette même traduction a été reprise dans le film. Est-ce vous ? Avez-vous un droit sur la traduction ? (par exemple le fait d’avoir repris cette traduction, doit-on vous demander l’autorisation ?)
Non. C’est une spécialité à part entière. (Passionnant, d’ailleurs, d’entendre parler boutique des collègues grandes pointures du doublage ou du sous-titrage — tâches très différentes l’une de l’autre.). Pour le film tiré de la saga des Orphelins Baudelaire (sans suite, et nul n’a regretté), c’est en effet ma traduction qui a servi de base au choix des noms propres et à la tonalité des dialogues. Je n’en ai pas tiré un sou, mais je ne vais pas hurler à l’arnaque : conviée à collaborer avec la personne qui traduisait pour le doublage — compétente, bourrée d’humour –, je n’étais là, en tout franchise, qu’en mouche du coche. Fabuleux souvenir d’enregistrements des acteurs de doublage, chapeau bas à toute l’équipe, une autre planète pour moi.
En ce qui concerne Prunille… Avoir ainsi rebaptisé Sunny est une initiative dont je suis certaine que je ne la reprendrais pas aujourd’hui ! À ma décharge, j’ignorais tout de la suite de l’histoire, et même si suite il y aurait. (L’éditrice y avait vaguement fait allusion, mais sans être certaine de donner suite, justement.) Pour moi, en français, Sunny clignotait façon marque commerciale — liquide vaisselle, faux jus de fruit, stores criards, et c’est dans la dernière relecture de ce premier volume que brusquement je me suis dit que non ! un prénom aussi banal, aussi cheap, ne convenait pas du tout à ce brin de fille, cette petite personne si drôle, si singulière. « Prunille » m’est venu, plop ! à sonorité proche, je voyais quelque chose de tout rond, rieur, acidulé, malin. Ni une ni deux, pas pris le temps d’examiner la décision sous toutes ses coutures, et hop ! j’envoyais le bébé.
Encore une fois, je ne le referais plus, « knowing what I know now » (et c’est contraire à mes propres principes). MAIS, le ciel soit loué, Daniel Handler alias Lemony Snicket en personne m’a accordé son absolution, nous avons même bien ri sur ce coup-là — comme sur des tas d’autres.

Comment est faite la rémunération ? (salaire fixe ? pourcentages ? avances ?)
La rémunération se calcule au nombre de signes (calibrage du texte). Ce qui est d’ailleurs une façon assez grossière d’estimer la chose, car à l’évidence la somme de mots à traduire n’est pas l’unique paramètre, chaque texte est un cas d’espèce et le temps à passer dessus, indéfiniment élastique. Nous touchons un « à-valoir », rémunération qui restera acquise même si l’éditeur ne vend pas un seul exemplaire de l’ouvrage (tralala !), puis, une fois cet à-valoir amorti, c’est-à-dire dépassé, au-delà d’un certain nombre d’exemplaires vendus (5000, 15.000, c’est selon), un pourcentage tout riquiqui (parfois 0,5%, parfois 1%, rarement plus) sur le prix de vente de l’ouvrage. Bref, un petit côté loterie dans l’aventure.

Bien franchement, au temps passé, il serait plus rentable de faire des repassages. Mais j’ai horreur du fer à repasser. Et bien que je n’aime pas traduire – tout du long, je me sens nulle, ininspirée, escroque, sauf à la fin, qui est d’ailleurs la fin pour cette raison –, j’aime « avoir traduit ». Pour obtenir cette gratification, il n’y a pas trente-six solutions.

Travaillez-vous pour plusieurs maisons d’édition ? Est-ce que vous avez un métier à côté ?
Oui à la première question – nous sommes libres comme le vent, seules nos affinités nous guident (ou en tout cas me guident). Non à la deuxième. Tout le reste de ma vie est bénévolat ; ou bongrémalgrévolat.

Si, j’oubliais : un peu d’enseignement de la traduction littéraire en université, sous forme d’ateliers. (Mais c’est pur prosélytisme, pas pour gagner des sous – ce poste-là n’a jamais réjoui mon banquier.)

Choisissez-vous les projets sur lesquels vous travaillez ? Qui vous contacte ? Comment se fait-on connaitre ?
Sauf exceptions rarissimes, j’ai toujours choisi ce que j’ai traduit. (Et encore heureux : on va vivre en tête à tête avec un ouvrage pendant des centaines d’heures, autant se plaire en sa compagnie.) D’abord en concertation avec l’éditeur de mes débuts, puis, de fil en aiguille, avec d’autres responsables éditoriaux qui m’ont contactée pour me proposer des ouvrages. Se faire connaître, je dirais, se bâtit également par un jeu du fil en aiguille. On est invité par une station de radio, ou pour une table ronde, afin de parler d’un livre – ou de son métier –, et chaque intervention en appelle une autre, et/ou des offres de traduction.

Vous arrive-t-il de refuser un projet après l’avoir lu, par exemple ? Aimez-vous systématiquement les textes que vous traduisez ?
Refuser, oui, bien sûr. Parfois par manque de temps (délai trop serré pour un texte, même tentateur, avec lequel je vois bien qu’il me faudra me battre), parfois aussi parce que ce texte n’est pas pour moi : soit en dehors de mes compétences (oups ! pas d’armes à feu, s.v.p.) soit que je n’éprouve rien, mais rien pour lui.

Je ne pourrais tout simplement pas traduire un texte que je n’aimerais pas (heureusement, il y a plusieurs façons d’aimer). Déjà qu’il faut se prendre par la peau du cou pour se mettre au travail, même pour un texte qu’on savoure et qu’on admire !

Avez-vous une totale liberté sur les traductions ? Par exemple changez-vous, à votre sauce, les références culturelles quand elles ne correspondent pas à celles de notre culture ? Allez-vous encore plus loin ?
Totale liberté oui – là encore, si c’était non, j’irais voir ailleurs. Mais cette liberté n’est que celle que je m’accorde. Il n’y a pas moins libre qu’un traducteur ! L’original est là, qui commande. C’est à lui que va ma loyauté première.

Les références culturelles sont en effet LA grande question. En principe, on doit les préserver coûte que coûte : l’idée est de faire voyager le lecteur, pas le texte. Mais il peut se présenter des cas de conscience, lorsque telle référence n’a aucune chance d’être comprise, par exemple, ou pis, qu’elle risque d’être interprétée de travers. En ce cas, soit on aménage une toute petite explication, discrète, dans le texte même, soit on recherche dans la culture source une référence équivalente ou proche. Même tactique lorsqu’un nom propre important dans le texte se prête à mauvais jeu de mots ou sonne vraiment trop mal : on en recherche un autre, plus acceptable, dans la culture source (avec consultation de l’auteur, de préférence – pas question de lui imposer un substitut qui lui donnerait des boutons). Enfin, le dernier cas de figure est celui des textes de haute fantaisie, situés hors du monde réel, avec noms propres signifiants, notamment. Là, tout est à soupeser à l’aune de la perte de saveur et de l’aplatissement, l’un et l’autre inacceptables. Certains noms propres demanderont qu’on imagine un substitut aussi goûteux, aux mêmes connotations, si possible pas trop franco-français, ou à l’inverse résolument français, particulièrement pour les noms de lieux, fort du raisonnement qu’après tout certains se traduisent, London en Londres, Brussels en Bruxelles, etc. Certes, on aboutit alors à une sorte de salade russe (car on ne va pas transposer aussi les noms sans signification, ce serait gratuit) ; reproche qui a été adressé à Harry Potter en français, et probablement aux orphelins Baudelaire, mais le moyen de faire autrement ? (Par chance pour moi, les orphelins vivaient en un lieu où les noms à consonance française ne sont pas si rares.)
Traduire, c’est se poser sans cesse la question : Puis-je ? Ai-je le droit ? Ne vais-je pas trop loin, ici ? Doute salutaire, preuve que le garde-fou essentiel est en place : non, je ne suis PAS l’auteur de ce texte.
D’un autre côté, en tant qu’auteur traduit (grâce à mes illustrateurs, a.m.h.a., mon « œuvre » n’étant qu’albums), quand je pose les yeux sur l’un de mes petits textes transmué en écrit que je ne lis pas — en arabe ou en coréen, quelle merveille ! –, deux choses me viennent à l’esprit : a) un grand merci pour mon traducteur ; b) l’espoir que mes mots lui ont donné l’envie de tout réinventer dans sa langue, de refaire chanter ce qui n’y chantait plus. Bref, de faire sien mon petit récit. Pour ne pas traduire en carpette.

Les éditeurs vous font-ils modifier vos textes ?
Celui qui essaierait de le faire ne me verrait pas revenir ! En revanche, comme à l’évidence il peut exister plusieurs (et même une infinité) de tons et de registres sur lesquels interpréter un texte, j’estime important qu’éditeur et traducteur s’accordent à l’avance sur la tonalité générale souhaitée, celle qui leur paraît correspondre le mieux à l’original.

Un exemple tout bête : le choix entre « tu » et « vous », qui n’est pas toujours écrit dans le ciel. Époque et milieu social ont leur mot à dire. Or ce choix – éminemment arbitraire : l’auteur n’a pas eu à le faire – modifie bien sûr du tout au tout le rendu d’un texte.
Autre exemple : le degré de familiarité ou de « tenue » de la langue d’arrivée. On pourrait supposer qu’il suffit de s’aligner sur le registre de langue du texte original. Tout le problème est que, d’une langue à l’autre, il n’y a pas de correspondance univoque. Depuis l’anglais, chaque fuck et chaque dammit sera soupesé au trébuchet et pourra devenir, suivant les cas, un bordel de merde ou un putain ou un nom de Dieu ou un nom d’un chien ou un fait chier ou un même un bon sang, un zut, un flûte ; non pas pour édulcorer, mais pour rendre au mot son poids d’origine au plus juste. D’où nécessité d’accord de violons avec le responsable éditorial qui propose le texte. Non point, de la part du traducteur, pour se laisser infléchir, mais bien pour prévenir son vis-à-vis de ce que cela va « donner », de ce à quoi il faut s’attendre, et éventuellement le convaincre. Quitte à renoncer à prendre ce travail, en cas d’incompatibilité de points de vue !

Vous arrive-t-il que des textes ne soient finalement pas édités ?
Pas publiés ? Cela ne m’est jamais arrivé au rayon jeunesse. Et une fois seulement en littérature générale, pour cause d’abandon de projet dû au départ, porte claquée, du responsable éditorial qui l’avait lancé. (Effet « grossesse nerveuse » garanti.)

Cela dit, si « pas édités » signifie publiés tels quels, jusqu’à la dernière double consonne (fautive !), oui, cela m’est arrivé aussi, à ma consternation. À fuir ! Faute de me sentir dotée d’une infaillibilité papale, j’apprécie qu’on me relise d’un œil critique, qu’on me suggère ici et là de menues améliorations… suggestions que j’empoche et fais miennes, merci !

Quels sont les plaisirs à être traducteur pour l’édition jeunesse ?
a) Le lecteur existe. On le rencontre – bibliothèques, salons, établissements scolaires, échanges de courrier –, on le rencontre même à tous les âges : j’ai pour ma part assez souvent cette bonne surprise d’échanges vivifiants avec des « petits lecteurs » devenus grands, très grands.

b) Les ouvrages du rayon jeunesse tendent à avoir une longévité supérieure à ceux de la littérature dite générale.
c) Il n’est pas exclu non plus que la littérature jeunesse, ça conserve !

Et quels sont les mauvais côtés ?
Un petit manque de considération (celui qui touche toute l’édition jeunesse), et encore ! Un petit manque du côté des émoluments – et encore !

Et la solitude du traducteur de fond. Mais qui est la même en tout domaine, et compensée par les bonus amplement décrits ci-dessus.
S’ils étaient si navrants, ces mauvais côtés, on ne verrait pas tant de traducteurs s’attarder au rayon jeunesse jusqu’à l’heure de refermer le plumier.


Dis c’est quoi ton métier… Josette Chicheportiche

Comment définiriez-vous « traducteur pour l’édition jeunesse » ?
Personnellement, je ne fais pas la différence entre un traducteur de romans jeunesse et un traducteur de romans pour adultes. Le traducteur se met au service de l’auteur qu’il traduit.

Comment êtes-vous devenu traductrice pour l’édition jeunesse ?
– Grâce à une éditrice qui, sachant que ma fille avait alors 14 ans, m’a confié le premier tome du « Journal d’un princesse », l’héroïne ayant elle aussi 14 ans.

Traduisez-vous aussi des livres pour les « grands » ? Si oui quelle est la différence, si non pourquoi ?
Aujourd’hui, je ne traduis plus que des romans « adultes ». Comme je le disais précédemment, je ne fais pas de différence : je traduis !

Comment travaillez-vous ?
Chez moi, à l’ordinateur.

Comment est faite la rémunération ? (salaire fixe ? pourcentages ? avances ?) Travaillez-vous pour plusieurs maisons d’édition ? Est-ce que vous avez un métier à côté ?
Les traducteurs sont payés en droits d’auteur, avec un à-valoir, qu’ils conservent. Ils perçoivent ensuite, après amortissement du dit à-valoir, un pourcentage (généralement 1%) du prix de vente. Oui, je travaille pour plusieurs maisons d’édition, et je suis auteur jeunesse, parallèlement.

Choisissez-vous les projets sur lesquels vous travaillez ? Qui vous contacte ? Comment se fait-on connaître ?
Ce sont les éditeurs qui me contactent, car ils connaissent mon travail. Il m’arrive quelquefois de refuser une traduction parce que le délai est trop court, ou bien parce que je suis occupée par une autre traduction. Très rarement parce que le sujet ne me plaît pas. Comment se fait-on connaître ? En étant un bon traducteur !

Vous arrive-t-il de refuser un projet après l’avoir lu par exemple ? Aimez-vous systématiquement les textes que vous traduisez ?
– Oui, j’aime les textes que je traduis, et je conseille à tous les traducteurs en herbe de bien lire le livre avant d’accepter de le traduire : il n’y a rien de plus affreux que de passer six mois sur un texte qu’on n’aime pas !

Avez-vous une totale liberté sur les traductions ? Par exemple changez-vous, à votre sauce, les références culturelles quand elles ne correspondent pas à celles de notre culture ? Allez-vous encore plus loin ?
Les adaptations et coupes se font avec l’accord de l’éditeur. Je tente d’être fidèle à l’auteur tout en faisant en sorte que son texte « sonne » français.

Les éditeurs vous font-ils modifier vos textes ?
Cela ne m’est jamais arrivé, mais c’est possible, oui.

Vous arrive-t-il que des textes ne soient finalement pas édités ?
Non.

Quels sont les plaisirs à être traducteur pour l’édition jeunesse ?
Les mêmes que pour la traduction de romans adultes : la liberté de pouvoir gérer son temps à sa guise, même si un traducteur professionnel travaille 11mois ½ par an, week-end compris !

Et quels sont les mauvais côtés ?
Le salaire !!!!

Retrouvez Josette Chicheportiche sur le site de La charte : http://charte.repertoire.free.fr/c/chichep.html

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