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La question bête

Les invité·e·s du mercredi : Marine Schneider, Samuel Ribeyron et Gaëlle Duhazé

Par 6 février 2019 Les invités du mercredi

Cette semaine, je vous propose de faire connaissance avec l’autrice-illustratrice du très beau Hiro – Hiver et Marshmallows, Marine Schneider. Ensuite, j’ai posé une question bête, « Est-ce que dessiner ça s’apprend », à Samuel Ribeyron et Gaëlle Duhazé qui ont accepté de me répondre. Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Marine Schneider

Je voudrais commencer cette interview par vous dire tout simplement que j’ai vraiment beaucoup aimé Hiro – Hiver et Marshmallows, tant au niveau du texte que des illustrations. Comment est née cette histoire ?
J’avais depuis longtemps l’idée et l’envie de faire un album avec un ours. Je ne me souviens plus exactement comment l’histoire est née, je sais qu’elle m’est venue assez naturellement : il y aurait un ours, et un Émile, et ce serait l’hiver, tout simplement car j’adore dessiner des paysages enneigés. L’idée de l’ours qui ne veut pas hiberner est assez courante en littérature jeunesse, mais j’avais envie d’y ajouter cette dimension de curiosité qui pousse Hiro à sortir de son terrier, même si elle n’est pas du genre à enfreindre les règles. La soif de découvrir ce qui se passe lorsque les ours hibernent, et le doux plaisir de se faire un petit peu peur… Je pense avoir aussi été inspirée par mes propres expériences, notamment lorsque je vivais au Colorado, un État truffé d’ours. Il n’était pas rare d’en croiser, ce que je trouvais génial et terrifiant à la fois.

Je dois vous avouer qu’en voyant l’album il était évident pour moi que vous n’étiez pas francophone, je vous imaginais scandinave. Pas à cause de la neige, mais de votre style graphique. Quelles sont vos influences graphiques, si vous en avez ?
Dans mon cœur, je viens du Nord. Je suis née en Belgique mais les pays nordiques m’ont toujours attiré. J’aime les vastes paysages scandinaves, les ciels d’été, pouvoir marcher des heures sans ne croiser personne. J’aimerais habiter dans une petite cabane au sommet d’une montagne, entourée de beaux sapins bleu-vert. Puisque j’habite pour le moment dans un appartement à Bruxelles, j’imagine cette cabane dans mes dessins. Lorsque j’ai fait mon Erasmus à Bergen, en Norvège, j’ai découvert énormément d’artistes scandinaves que je me suis immédiatement mise à adorer : Jockum Nordström, Mamma Andersson, Tove Jansson (la maman des Moomins), Joanna Hellgren, Mari Kanstad Johnsen,… Il y en a tellement ! Je suis très inspirée par l’art inuit, qui est tout simplement sublime. À part ça, je suis influencée par la nature des pays du Nord et par la culture des pays lointains comme le Japon ou la Corée (qui regorgent aussi d’artistes incroyables !).

Qu’est-ce qui est né en premier, le texte ou les illustrations ?
Les deux sont nés simultanément. Le texte a influencé les dessins, et inversement. C’est la première fois que je travaille comme ça et je trouve que ça donne une très grande liberté. Jusqu’à la toute fin, tout peut encore changer !

Sur la couverture on imagine que le titre est « Hiro » et le sous-titre « hivers et marshmallows »… ce qui nous laisse espérer d’autres aventures d’Hiro !
Oh mais c’est une idée géniale ! J’avoue n’y avoir même pas pensé…

Parlez-nous de votre parcours
J’ai toujours voulu faire des livres pour enfants, et cette ambition s’est confirmée lors de mes études d’illustration à LUCA, à Gand. Lors de mes études, j’ai fait un Erasmus en Norvège, où j’y ai rencontré Svein Størksen, l’éditeur de Magikon, une excellente maison d’édition. Il m’a proposé d’illustrer un livre d’une autrice norvégienne, Elisabeth Helland Larsen, et c’est comme ça que tout a commencé !

J’ai vu qu’en 2019 vous alliez illustrer des albums, cette fois vous ne serez pas autrice, pouvez-vous nous parler de ces projets ?
Versant Sud va publier, en avril, trois albums que j’ai illustrés et qui sont écrits par la Norvégienne Elisabeth Helland Larsen, à l’origine parus chez Magikon Forlag. Je suis également en train de travailler sur un album écrit par Victoire de Changy, qui devrait sortir à la rentrée, et dont le personnage principal est… un ours ! Je vais aussi illustrer un livre CD à paraître au Label dans la forêt pour les fêtes de fin d’année, et puis j’ai plusieurs projets de livre tout-carton, inspirés par mon fils de six mois !

Bibliographie :

  • Hiro – Hiver et marshmallows, texte et illustrations, Versant Sud (2018), que nous avons chroniqué ici.


Ma question est peut-être bête, mais…

Régulièrement, on osera poser une question qui peut sembler un peu bête (mais l’est-elle vraiment ?) à des auteur·trice·s, illustrateur·trice·s, éditeur·trice·s… Histoire de répondre à des questions que tout le monde se pose ou de tordre le cou à des idées reçues. Cette fois-ci, j’ai demandé à Samuel Ribeyron et Gaëlle Duhazé « Est-ce que dessiner ça s’apprend ». Je vous propose de lire leurs réponses. Si vous avez des questions bêtes, n’hésitez pas à nous les proposer !

Samuel Ribeyron (auteur-illustrateur) :
« Dessiner ça s’apprend ? »
Pour moi qui ai étudié en école d’art, j’aurais tendance à dire oui, dessiner ça s’apprend. La pratique quotidienne du dessin, fait que l’on s’améliore, on apprend au contact de professionnels des techniques, des astuces, des notions comme la perspective, la couleur, les volumes, l’anatomie. Ensuite, l’apprentissage du dessin est surtout un travail de l’œil, du regard, de la curiosité des formes. Aiguiser son regard est le premier outil du dessinateur. Voir une forme, et ne pas déceler uniquement son contour qui pourrait la définir, mais voir le plein qu’elle représente, les ombres, les lumières, son histoire, son volume et le vide qu’il y a entre cette forme et ce qui l’entoure. Tout dessinateur a un appareil photo interne avec lequel il va se composer des banques d’images. Voir un camion sur l’autoroute et le passer au scanner du dessinateur pour en assimiler sa forme, sa couleur, le nombre de roues, le logo sur le container, le nom du conducteur… pour ensuite mieux le dessiner.
J’ai appris le dessin, d’une manière très académique, à « l’italienne ». J’ai fait des plâtres de Jésus, du modèle vivant, j’ai appris où se trouvait le sterno-cléido-mastoïdien en cours d’anatomie, j’ai dessiné des escaliers en colimaçon avec plein de points de fuite… j’ai souffert !!
Et depuis je ne cesse d’essayer de désapprendre ce que j’ai appris. En dessinant une maison, j’essaye d’oublier la position de la ligne d’horizon et des deux points de fuite pour la rendre plus vivante, et trouver un dessin plus spontané. Aujourd’hui j’apprends encore quotidiennement en prenant des risques. En me confrontant à une technique que je ne maitrîse pas, ou en m’imposant une gamme colorée restreinte. Le résultat, parfois un peu bancal, me stimule en me donnant toujours l’envie d’apprendre à dessiner.

Gaëlle Duhazé (autrice-illustratrice) :
Est-ce que dessiner, ça s’apprend ?
Oui, dessiner, ça s’apprend.
Tu me poses la question parce que je suis autodidacte : je n’ai en effet pas fait d’école d’art, mais attention, je ne suis pas devenue illustratrice par hasard ! J’ai beaucoup travaillé et j’avais au préalable des bases qui m’ont permis ensuite d’être en mesure de progresser et d’apprendre par moi-même.

On dit souvent que bien dessiner, c’est un don : et non, c’est surtout beaucoup de travail de répétition et d’entraînement… C’est comme jouer d’un instrument de musique. On ne penserait pas qu’il soit possible de bien jouer de la guitare ou du trombone dès la première fois : le dessin, c’est pareil. Il faut faire ses gammes et apprivoiser ses outils. Savoir tracer des formes, les organiser dans l’espace de la feuille, avoir un beau trait, ce n’est pas inné. Tous les petits enfants dessinent : quand on est enfant, on a du temps, on ne se dit pas systématiquement que tout ce qu’on fait est moche, on découvre, on a du plaisir à faire. Et puis la majorité d’enfants arrête de dessiner en grandissant, parce qu’ils n’ont plus de temps pour ça, parce qu’ils trouvent que ce qu’ils font est moche… Beaucoup de dessinateurs pro racontent qu’ils n’ont justement jamais arrêté de dessiner. Ça fait que quand ils commencent à voir leurs dessins publiés, ils ont des années et des années de pratique derrière eux ! Tout ça pour dire qu’il faut beaucoup de temps pour faire un dessinateur…

Je reviens à mon propre cas : moi, comme la majorité des gens, j’ai arrêté de dessiner vers 11 ans, pour recommencer un peu plus tard, vers 16 ans, parce que j’aimais toujours ça. J’ai fréquenté pendant mes années de lycée un cours de dessin très classique : je faisais des études documentaires de légumes, de bustes en plâtre, de drapés. On passait des heures et des heures à copier des natures mortes. Comment on fait pour reproduite une forme, en cherchant des repères dans l’espace, pour les proportions, en cherchant les pentes avec son crayon, en étudiant les ombres et les lumières, en cherchant à reproduire le plus fidèlement la couleur des poireaux… Je ne faisais que ça, comme dessin, rien de personnel. Ça peut sembler aride et pas très intéressant, mais c’est vraiment ce qui m’a appris à regarder. Et savoir regarder, c’est le préalable indispensable à un dessin vivant, intéressant, car c’est comme ça qu’on peut puiser de la matière dans tout ce qui nous entoure, comprendre les formes, saisir ce qui fait leur beauté, leur puissance, leur singularité. Le travail de l’œil est similaire au travail de l’oreille en musique. C’est donc ce travail de croquis et de copie de nature morte qui m’a permis d’aiguiser mon œil. Plus tard, lorsque j’étais à la fac, j’ai fait beaucoup de modèle vivant : c’est l’étude du corps humain, d’après modèle. On dessinait essentiellement des poses très rapides, qui nous forçaient à comprendre le mouvement du corps et la forme dans sa globalité, et à bien relier l’œil et la main.
C’est grâce à ça que j’ai pu, plus tard, vers 24-25 ans, acquérir le savoir-faire que j’utilise dans mes albums (en travaillant beaucoup, j’insiste !). Sans tout ce préalable, je pense que je n’aurais pas été en mesure d’acquérir un niveau pro, parce qu’il m’aurait manqué la base. Et je le répète, combien de dessins juste sans intérêt avant d’arriver à quelque chose de satisfaisant !

Bref, le dessin ça s’apprend, et c’est long, il faut aimer ça pour avoir la pugnacité nécessaire.
Et puis, il y a aussi la question de la sensibilité, de ce qu’on met de soi dans le dessin  : on peut être très bon techniquement, être très habile à force d’entraînement, et ne pas réussir à faire passer d’émotion, alors que certains dessins d’enfants, sans technique ni savoir-faire, sont incroyables de justesse. Mais ça, c’est une autre histoire !

Bibliographie sélective de Samuel Ribeyron :

  • Dix ans tout juste, collectif, HongFei Cultures (2017).
  • La bête de mon jardin, illustration d’un texte de Gauthier David, Seuil Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • La papote, illustration d’un texte de Yannick Jaulin, Didier Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • La moufle, illustration d’un texte de Christine Palluy, Milan (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Ce n’est pas très compliqué, texte et illustrations, HongFei Cultures (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Super Beige, le retour, illustration d’un texte de Pierre-Luc Granjon, Le vengeur Masqué (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Le grand papa et sa toute petite fille, illustration d’un texte de Cathy Hors, Milan (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Super Beige, texte et illustrations, Le vengeur Masqué (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Beau voyage, livre-DVD, texte, illustrations et réalisation, éditions-coRRidor (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • Salade de fruits, texte et illustrations, HongFei Cultures (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • Pi, Po, Pierrot, illustration d’un texte de Chun Liang Yeh, HongFei Cultures (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • Yllavu, illustration d’un texte de Gambhiro Bhikkhu, HongFei Cultures (2008, puis 2015), que nous avons chroniqué ici et .
  • 38 perroquets, illustration d’un texte de Grigori Oster, Points de suspension (2006), que nous avons chroniqué ici.
  • Comptines anglaises et américaines, Didier jeunesse (2005), que nous avons chroniqué ici.
  • Les deux maisons, illustration d’un texte de Didier Kowarsky, Didier jeunesse (2004), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez Samuel Ribeyron sur son site : http://www.samuelribeyron.com.

Bibliographie sélective de Gaëlle Duhazé :

  • Le grand voyage de Rickie Raccoon, texte et illustrations, HongFei Cultures (à sortir le 21 février).
  • Série Les petits mots rigolos de Pipelette & Momo, illustration de textes de Fanny Joly, Playbac (2019).
  • Mes comptines d’Afrique, illustration d’un texte de Souleymane Mbodj, Milan (2018).
  • Série Amélie Maléfice, illustrations de textes d’Arnaud Alméras, Nathan (2018).
  • Cité Babel, illustration de textes de Pascale Hédelin, Les éditions des éléphants (2016).
  • Chaton pâle et les insupportables petits messieurs, texte et illustrations, HongFei Cultures (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Drôle d’école !, illustration d’un texte d’Anne Rivière, Nathan (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Mes poupées à décorer, loisir créatif, Le vengeur masqué (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Fériel, illustrations de textes d’Eric Sanvoisin, Nathan (2011-2013).
  • Mûres mûres, illustration d’un texte de Chun-Liang Yeh, HongFei Cultures (2008).

 Retrouvez Gaëlle Duhazé sur son site : http://perditacorleone.ultra-book.com.

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Les invité·e·s du mercredi : Gaya Wisniewski, Régis Lejonc et Julia Wauters

Par 14 novembre 2018 Les invités du mercredi

Il y a peu je vous ai parlé de Mon bison, que j’ai beaucoup aimé. j’ai donc voulu en savoir plus sur son autrice, Gaya Wisniewski. Elle a accepté de répondre à mes questions. Ensuite, c’est à une nouvelle question bête, que Régis Lejonc et Julia Wauters ont bien voulu répondre : « Est-ce qu’il faut avoir lu un roman pour faire la couv’ et comment on choisit ce qu’on mettra sur la couv’ ? » Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Gaya Wisniewski

Parlez-nous de votre parcours
Je suis née dans les crayons et papiers puisque j’ai deux parents artistes. Dessiner a toujours été mon moyen d’expression.
J’ai terminé mes deux dernières années de secondaire dans l’option art plastique à L’institut Saint-Luc à Bruxelles et poursuivi à Saint-Luc en Illustration.
Ensuite j’ai fait un CAP (certificat d’aptitude pédagogique) pour pouvoir enseigner le dessin.
Et pendant douze ans, j’ai donné des cours de composition, couleur, dessin, volume… à l’institut Saint-Luc Bruxelles à des adolescents entre 15 et 19 ans.
À côté de mon travail, je réalisais des expos, des marchés de créateurs. J’ai aussi eu quelques contacts avec des maisons d’édition mais cela n’a jamais abouti.
J’adorais enseigner aux ados mais en parallèle j’étais attirée par le monde de l’enfance, j’ai alors combiné l’enseignement à Saint-Luc avec celui d’animatrice d’atelier au Wolf (Maison de la littérature de jeunesse).
Là j’étais baignée dans les livres jeunesse et mon envie de raconter des histoires n’a fait que croître…

Vous venez de sortir Mon bison chez MeMo, parlez-nous de cet album, comment il est né, comment vous avez travaillé sur ce projet.
C’est dans le Gers, lors d’un « Festival de l’illustration » à Sarrant que tout a commencé.
Je m’étais inscrite à l’atelier de Joanna Concejo, dont j’admirais le travail.
Elle nous a parlé de sa façon d’aborder la réalisation d’un livre et nous a montré ses carnets de recherches.
Ce fut un très beau moment de partage. De ce stage, je garde cette sensation : elle a mis une clef dans mon dos, tourné et tout débloqué.
Je suis rentrée à la maison et j’ai repensé à cette façon de ne pas aborder spécialement le texte en premier (ce qui me bloquait depuis tant d’années). On m’avait appris à d’abord réfléchir à la mise en page, la place du texte…
Et ici pour Mon bison, j’ai juste dessiné ce que j’avais depuis longtemps en moi…
L’image d’un bison, peut être dû à mes origines slaves. 🙂
J’ai choisi le fusain, une technique que j’affectionne particulièrement.
Pendant des semaines, j’ai dessiné, dessiné mon bison, les visions que j’avais avec lui, les sensations d’enfant, les souvenirs…
Et puis j’ai mis tout bout à bout et lors d’une discussion avec mon compagnon, toute l’histoire m’est apparue. Je parlais effectivement de la mort mais pour moi cela allait plus loin. C’était plus ce sentiment de devoir laisser partir les petites choses qui nous font grandir.
Accepter les changements, et se souvenir de ce que cela nous a apporté.
J’ai ensuite écrit l’histoire, à la première personne car mon bison est là depuis longtemps, j’aime à penser que c’est celui qui veille sur les bons moments qui ne sont pas encore arrivés.

Pour un premier album, il a eu un bel accueil de la part de la presse et des libraires.
On est toujours très heureux quand quelque chose de personnel touche les autres.
Ce qui me touche moi c’est la manière dont les gens s’approprient l’histoire, ils me racontent ce que ça leur fait. Ça me touche énormément : quand une dame m’a dit qu’elle l’avait offert à sa maman pour lui dire qu’elle l’aimait, quand une petite fille me dit : il a l’air doux le bison, quand j’ai vu une personne très sérieuse avoir les larmes aux yeux à la fin de la lecture…
J’ai vraiment eu une belle rencontre avec MeMo, ils ont pris mon album « tout entier » sans jamais me demander de donner un nom à mon bison. Trouver un éditeur n’est pas facile, j’avais envoyé Mon bison à 19 maisons d’édition. Il faut croire en ses rêves. 🙂

J’aimerais que vous nous parliez de votre technique d’illustration
Il y a du fusain, je l’emploie de manières différentes, j’étale et je dessine les lumières avec la gomme, je redéfinis les contours avec la pointe du fusain, j’effleure juste le papier avec la tranche du fusain… pour finir, je rehausse les blancs avec un « posca » blanc.
Et pour ce qui est de la couleur, c’est de l’aquarelle.

Est-ce que vous imaginez illustrer les mots des autres ou vous ne souhaitez faire que des projets en tant qu’autrice-illustratrice ?
Pour l’instant MeMo me permet de partager tout mon univers, illustration et histoires ce qui est une grande chance dans la création. Mais les belles rencontres peuvent amener à partager des univers, alors peut être un jour…

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Richard Scarry, j’adore son monde et je relis ses albums avec plaisir à mes deux petits garçons. Béatrix Potter, les livres magiques de J.S Goodall, Tove Jansson avec les adorables Moumines, et un de mes livres préférés La famille petitplats de Alan et Janet Ahlberg.
Adolescente je ne lisais pratiquement pas. Juste les livres obligatoires pour l’école. Mais un jour ma marraine m’a offert Mon bel oranger de José Mauro de Vasconcelos. J’ai terminé le livre en pleurs, cela m’a fort marqué.

Quels sont les auteur·trice·s et les illustrateur·trice·s dont le travail vous touche particulièrement aujourd’hui ?
Joanna Concejo tout son travail au crayon est superbe et ses atmosphères me parlent, Anne Brouillard (elle possède une magnifique technique), Axel Scheffler, Inga Moore (Le vent dans les Saules et La maison au fond des bois sont deux de mes livres fétiches), les livres de Chiaki et Ko Okada (je prends souvent le temps de me replonger dans C’est toi le printemps ?), Shaun Tan j’adore autant ses dessins que ses histoires remplies de poésie. Et puis je suis une grande fan de pop-up… donc les livres de Louis Rigaud et Anouck Boisrobert sont à portée de main dans la bibliothèque.

Quelques mots sur vos projets ? D’autres albums à sortir ?
Ma rencontre avec MeMo, m’a apporté beaucoup de confiance dans l’écriture de mes histoires. On a beaucoup d’échanges sur mon univers, leurs envies de livres avec mes histoires… Et un autre livre sortira en 2019. Technique différente, plus coloré.
L’histoire est toujours personnelle mais il y aura de l’aventure… et de la neige !

Bibliographie :

  • Mon bison, texte et illustrations, MeMo (2018), que nous avons chroniqué ici.


Ma question est peut-être bête, mais…

Régulièrement, on osera poser une question qui peut sembler un peu bête (mais l’est-elle vraiment ?) à des auteur·trice·s, illustrateur·trice·s, éditeur·trice·s… Histoire de répondre à des questions que tout le monde se pose ou de tordre le cou à des idées reçues. Cette fois-ci, j’ai demandé à Régis Lejonc et Julia Wauters « Est-ce qu’il faut avoir lu un roman pour faire la couv’ et comment on choisit ce qu’on mettra sur la couv’ ?». Je vous propose de lire leurs réponses. Si vous avez des questions bêtes, n’hésitez pas à nous les proposer !

Régis Lejonc (illustrateur):
Pour illustrer la couverture d’un roman, il n’est pas obligatoire de lire le roman. C’est toujours mieux bien sûr parce qu’en le faisant on se fabrique des images qui serviront la représentation graphique des personnages et de l’ambiance générale de l’histoire.
J’ai illustré récemment les couvertures de deux romans : Les larmes des Avalombres d’Alexandre Chardin aux éditions Magnard, et la ré-édition de la trilogie rassemblée sous le titre Malo de Lange de Marie-Aude Murail aux éditions École des Loisirs.
Pour Les larmes des Avalombres j’ai lu intégralement le roman en amont des réalisations des illustrations. L’intérieur du livre est également illustré. Cela m’a permis de me plonger en profondeur dans l’ambiance très particulière de ce récit fantastique. C’était absolument obligatoire de faire ainsi.
Pour Malo de Lange, j’ai parlé avec Marie-Aude Murail de la vision qu’elle avait des personnages, comment elle se les figurait afin d’approcher au plus près de sa vision à elle, plutôt que de mon interprétation. Lire l’ensemble n’était pas nécessaire dans ce cas particulier.
Dans les deux cas, ce qui importe le plus est d’être au plus proche des intentions de l’auteur du roman.
C’est totalement différent de l’album où la vision, l’interprétation de l’illustrateur sont souhaitées. L’image y prenant une plus grande place aussi sur l’ensemble narratif.

Julia Wauters (illustratrice):
Si vous m’aviez posé cette question il y a dix ans, j’aurais affirmé sans l’ombre d’une hésitation : « évidemment qu’il faut avoir lu le livre pour en faire la couverture ! »
Mais après quelques années passées à en faire, force est de constater que délais oblige, ça n’est pas toujours ce qui se passe réellement : traduction pas encore prête, texte encore en correction, ou juste transmis trop peu de temps avant de devoir rendre la première esquisse pour les représentants.
Quand le texte est très court bien sûr, pour des premiers romans, je le lis toujours.
Et quand je l’ai, même si le texte est long et que la lecture sur ordi n’est pas la plus agréable, je lis souvent au moins une bonne partie… mais je l’avoue, c’est plus parce que lire est une de mes activités favorites que parce que c’est absolument nécessaire.
C’est toujours génial de « lire » pour son travail, surtout un texte auquel très peu de personnes ont eu accès puisqu’il n’est pas encore publié : je ne me lasse pas de ce privilège… et puis comme on a rarement d’échange avec l’auteur ou l’autrice du texte, je trouve que prendre contact avec ses mots est un devoir minimum.

Mais en vérité, je crois qu’une fiche de lecture intelligente faite par un bon éditeur·trice est parfois bien suffisante :
Pour faire une couverture, il nous faut les bons ingrédients : le genre, le contexte, des mots clefs sur le fond et la forme (ambiances, objets, accessoires importants, paysage emblématique)… Et puis un titre définitif avec lequel on va jouer visuellement. Nul besoin de répéter ce que dit le titre mais on va chercher à le compléter ou au contraire brouiller les pistes, à le rendre plus ambigu.
Il m’est arrivé une seule fois de travailler sur une couverture qui a complètement changé de titre en cours de route : le dessin est reparti à zéro aussi, forcément.
Je travaille pour des collections ou des séries : il y a donc aussi, préexistant au texte un principe visuel :
Pour les Héroïques chez Talents hauts, la directrice de collection (Jessie Magana) me fait parvenir une fiche détaillée avec résumé, extraits, citations, pistes visuelles, c’est toujours très bien fait, on y sent l’amour du texte, le respect de son auteur·trice. Cette série de couvertures que je réalise (avec Marie Rébulard à la direction artistique) est volontairement à la limite de l’abstraction. Il s’agit plus d’ambiances colorées, de matières qui évoquent un paysage, un contexte et si l’on peut une tension dramatique : un bout de tissu rouge coincé dans les rames du tram, une mer agitée, l’ombre d’un aigle sur un sol rocailleux…
Pour les mini romans de Syros, première commande (il y a 10 ans !) que je poursuis toujours, il n’y a jamais de décor : que des personnages. L’attention sera surtout sur leurs expressions, la position du corps et un élément qui va suggérer le contexte. Avec en 4e toujours, un petit détail compréhensible seulement à la lecture du livre.
Pour la série des cousins Karlsson, chez Thierry Magnier, une des contraintes est de représenter les quatre cousins à chaque fois en couverture ce qui peut être un casse-tête dans un petit format comme celui-là. On est plus ici dans l’illustration d’une scène extraite du livre et ça n’est pas forcément ce que je préfère mais cela se comprend pour cette série qui tient vraiment sur l’identification à ces quatre personnages aux personnalités très différentes.
Ce qui m’amuse le plus en fait, c’est lorsque la composition se fait graphique, que titre et dessin ne font plus qu’un, que typographie et dessins sont entremêlés et que la couverture soit riche de signes mais mystérieuse. Voire qu’on puisse la regarder d’un nouvel œil après la lecture du roman, comme si désormais on avait la clef pour la comprendre entièrement. Mais avant cela, il faut attirer l’œil sur une table de librairie, donner envie d’ouvrir le livre ! Comme pour l’affiche d’un évènement, on a envie de rassembler le plus de personnes.
Pour moi, les couvertures de l’éditeur anglais Penguin sont un modèle en la matière (et ce, depuis longtemps), elles ont la force des bonnes affiches.
En France, les éditions Toussaint Louverture, le Tripode et le Nouvel Attila portent une attention particulière à l’objet livre aussi : toujours des couvertures intéressantes, très différentes à chaque fois mais reconnaissables à leur exigence graphique. Le travail des éditions Zulma aussi, avec ses couvertures en motifs (dessinées par David Pearson à chaque fois) me séduit depuis le début, c’est à la fois pointu et intemporel, évocateur et mystérieux.
Et la jeunesse n’est pas en reste : Les éditions Hélium livrent souvent des couvertures hyper fortes : j’adore celle d’Olivier Charpentier pour Bird (Crystal Chan) ou celle de Gérard Lo Monaco pour Une tribu dans la nuit (Glenda Millard) pour ne citer qu’eux. Toute les couvertures de la collection En voiture Simone chez Thierry Magnier avec ses couleurs vives et ses illustrations fourmillantes sont réussies, la nouvelle collection Grande polynie chez memo est une merveille (mention spéciale pour Milly Vodovic de Nastasia Rugani illustré par Jeanne Macaigne)… et beaucoup d’autres qu’il serait trop long de citer.
Il m’est arrivé d’acheter un livre pour sa couverture, sans avoir entendu parler ni du texte ni de l’auteur·trice. C’est à mon sens le signe ultime d’une couverture réussie !

Bibliographie sélective de Régis Lejonc :

  • Oddvin, le prince qui vivait dans deux mondes, illustration d’un texte de Franck Prévot, HongFei (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Jardin du Dedans-Dehors, illustration d’un texte de Chiara Mezzalana, Les éditions des éléphants (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Tu seras ma princesse, illustration d’un texte de Marcus Malte, Sarbacane (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Bagdan et la louve aux yeux d’or, illustration d’un texte de Ghislaine Roman, Seuil jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Kodhja, avec Thomas Scotto, Thierry Magnier (2015).
  • L’Ogre Babborco, illustration d’un texte de Muriel Bloch, Didier Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Ianos et le dragon d’étoiles, illustration d’un texte de Jean-Jacques Fdida, Didier Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • La poupée de Ting-Ting, illustration d’un texte de Ghislaine Roman, Seuil jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La mer et lui, illustration d’un texte d’Henri Meunier, Notari (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Loup ?, collectif, Association Mange-Livre (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Lumières, l’encyclopédie revisitée, collectif, L’édune (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • La rue qui ne se traverse pas, illustration d’un texte d’Henri Meunier, Notari (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Obstinément Chocolat, illustration d’un texte d’Olivier Ka, L’édune (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Petit Chaperon rouge ou La Petite Fille aux habits de fer-blanc, illustration d’un texte de Jean-Jacques Fdida, Didier Jeunesse (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • La boîte à joujoux, illustration d’un texte de Rascal, Didier Jeunesse (2005), que nous avons chroniqué ici.
  • Fait pour ça, texte illustré par David Merveille, Actes Sud Junior (2004), que nous avons chroniqué ici.
  • Ma voisine est amoureuse, texte et illustrations, Actes Sud Junior (2003), que nous avons chroniqué ici.

Bibliographie sélective de Julia Wauters :

  • Le garçon rose malabar, illustration d’un texte de Claudine Aubrun, Syros (2018).
  • La légende de saint Nicolas, illustration d’un texte de Robert Giraud, Père Castor (2017).
  • Au fond des bois, illustration d’un texte d’Anne Cortey, Sarbacane (2017).
  • Un ours, des ours, collectif, Sarbacane (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Quand la sagesse vint aux ânes : Fables, illustration d’un texte de Pierre Ruaud, Amaterra (2015).
  • Poésies dans l’air et dans l’eau, illustration d’un texte de Kochka, Père Castor (2015).
  • Meslama la sorcière, illustration d’un texte de Jennifer Dalrymple, Cambourakis (2015).
  • Fanfare, illustration d’un texte d’Anne Cortey, Sarbacane (2014).
  • Lumières, l’encyclopédie revisitée, collectif, L’édune (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • La légende de Saint-Nicolas, illustration d’un texte de Robert Giraud, Père Castor (2012).
  • Rhino a un truc qui lui gratte le dos, illustration d’un texte de Karine-Marie Amiot, Albin michel (2011).
  • Les fous du platane : Et autres histoires à en perdre la tête, illustration d’un texte de Jean Louis Maunoury, Sarbacane (2011).
  • Petit Chat découvre le monde, illustration d’un texte de Claire Ubac, Benjamin média (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • Matakonda la Terrible, illustration d’un texte d’Anne Vantal, Actes Sud junior (2009).
  • Ma grande sœur m’a dit, illustration d’un texte de Gilberte Niamh Bourget, Hélium (2009), que nous avons chroniqué ici.
  • Vents dominants, scénario illustré par Glen Chapron, Sarbacane (2009).

Le site de Julia Wauters : http://juliawauters.tumblr.com.

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Les invité·e·s du mercredi : Ella Charbon, Marie-Thérèse Davidson et Mélanie Decourt

Par 16 mai 2018 Les invités du mercredi

C’est un entretien avec Ella Charbon que je vous propose aujourd’hui, c’est quelqu’un que j’aime beaucoup et je suis ravi qu’elle ait accepté de répondre à mes questions sur son travail et son parcours. Ensuite, c’est à une nouvelle question bête, notre nouvelle rubrique, que Marie-Thérèse Davidson et Mélanie Decourt (Nathan) ont bien voulu répondre : « Quelle est la différence entre une éditrice et une directrice de collection ? » Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Ella Charbon

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
Je me suis pas mal cherchée avant de devenir illustratrice.
J’ai coché la case étudiante en Droit, puis en Histoire de l’art à l’école du Louvre. Ensuite, je suis devenue assistante photo dans le milieu de la mode.
Puis, avec l’arrivée de mon premier fils, je me suis lancée dans l’illustration.
Ma mère était sculpteur, j’ai donc quand même pas mal baigné dans un milieu créatif, ça vous rattrape !

J’aimerais que vous nous parliez de Mes petits moments choisis qui vient de sortir à l’école des loisirs. Comment est né cet album ?
Un jour, j’ai vu un clip de Cassius, Go upsur internet, qui m’a beaucoup amusée. À l’écran deux vidéos qui n’ont rien à voir ensemble sont associées, chacune occupe la moitié de l’écran et ça fonctionne.
Ma fille avait alors 2 ans et demi et à cet âge on veut tout faire très vite et si possible en même temps.
A germé alors l’idée d’associer sur une même double deux moments importants pour les enfants, mais qui n’ont, au premier abord, aucun rapport entre eux. On les découvre alors séparément, en ouvrant un volet après l’autre et enfin on associe les deux moments en ouvrant les deux volets en même temps.

Son concept est totalement original, sur chaque double, grâce aux flaps, on a quatre illustrations différentes, comment avez-vous travaillé sur ce projet ?
J’ai fait beaucoup d’essais, de crayonnés afin de voir si ça marchait.
Je suis partie de l’idée de Goûter/Jardiner. J’adore les cactus et je me suis dit que ça pouvait être rigolo de le retrouver dans un cône de glace. C’est parti de là. J’ai commencé le pliage, réalisé une maquette papier, fait les dessins sur les flaps, à l’intérieur, ça fonctionnait.
Une fois, le mécanisme trouvé pour une double, c’était plus évident d’imaginer les autres moments.
J’ai alors décidé de couvrir la journée d’un enfant du petit déjeuner au coucher (en passant par le jeu, le déjeuner, la sieste, le goûter, le bain, l’histoire du soir). Il y a ainsi un fil conducteur.

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
Je réalise d’abord un crayonné très détaillé : les expressions, les attitudes, tout est prévu à cette étape.
Ensuite, je redessine sur l’ordinateur avec illustrator.

C’est votre deuxième projet solo, je crois, vous trouvez ça plaisant de travailler seule sur un album ou ça vous manque de partager avec quelqu’un ?
J’avais déjà réalisé deux projets seule (chez Gautier-Languereau), quand j’ai commencé l’illustration, il y a quelque temps déjà.
Et puis, j’ai eu la chance de rencontrer Gwendoline [Raisson, NDLR], avec qui j’ai fait plusieurs livres, et plus récemment Jean [Leroy, NDLR].
J’adore travailler avec eux, à deux.
Le projet évolue grâce aux échanges. Chacun donne ses idées. C’est un vrai travail d’équipe. C’est très riche.
Quand on a des doutes, on peut les partager. On n’est pas seul face à soi-même.
Ces derniers temps, est revenue l’envie de développer un projet solo, ça m’a pas mal obsédée, j’avais besoin de me prouver que je pouvais le faire. J’ai eu l’idée de Caché-Trouvé, paru l’été dernier à l’école des loisirs, collection Loulou et Cie. Je revenais à ma première passion, la photo, ça m’a sûrement aidé à passer le cap. Caché-Trouvé, ce sont mes premiers mots d’auteur (c’est un livre sur les contraires), comme des premiers pas. J’ai aussi eu la chance que le projet plaise à Grégoire Solotareff [éditeur de la collection Loulou & Cie, NDLR]. Ça m’a beaucoup touchée qu’il le prenne, ce projet me tenait tellement à cœur.
J’ai l’impression que ça m’a débloquée (en tout cas pour le moment), j’ai enchaîné avec Mes petits moments choisis.
Ça m’a un peu décomplexée, je peux maintenant m’autoriser à imaginer des choses, seule.
Mais c’est très important pour moi de faire des projets en duo. Tout se complète, se nourrit.
Donc, si je peux continuer à faire les deux, ça m’ira très bien.

Pour revenir sur Gwendoline Raisson, vous avez réalisé de nombreux livres ensemble, parlez-nous de votre collaboration
Ah Gwendoline, ma très chère Gwendoline !
C’est une amie commune (Hélène pour ne pas la citer) qui nous a mises en contact. Je démarrais en tant qu’illustratrice, je me posais pas mal de questions, Gwendoline avait déjà publié de nombreux livres. Elle a été très à l’écoute, très généreuse… L’idée de travailler ensemble est venue naturellement. Et naturellement aussi, on est devenues amies.
On s’est créé un bureau dans un espace coworking… euh non, en fait, on se retrouve dans un salon de thé se situant exactement entre chez elle et chez moi (on habite à côté). C’est donc là, entourées de pâtisseries, tartes salées, sucrées que nous échangeons sur nos projets.
Le projet peut démarrer d’un texte que Gwendoline m’envoie, d’une idée que je lui propose, de dessins… tout est possible.
Et bien sûr, on part de cette idée et au fil de la discussion on en développe d’autres, c’est trop bon.
Mais toutes les bonnes choses ayant une fin, au bout d’un moment chacune rentre chez soi.
Je travaille alors les crayonnés à partir de son texte, on en discute cette fois par mail, par téléphone, on se renvoie le projet avec nos remarques, une agréable partie de ping-pong s’installe et enfin, quand on est satisfaites, on se dit que là, on peut présenter le projet.
Et voilà.

Où trouvez-vous votre inspiration ?
Un peu partout. Mes enfants, des expos, un film, une image, un livre, des mots…

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’ado ?
Un livre qui me vient tout de suite à l’esprit, que j’ai gardé et que je lis encore à mes enfants : Drôle de zoo de Mc Hargue et Foreman. Partir d’une situation du quotidien et la transformer en quelque chose d’extraordinaire grâce à l’imaginaire enfantin. L’enfant arrive à ses fins par ses propres moyens, sa frustration l’amène à trouver une solution.
Les ombres des personnages humains deviennent des animaux aux yeux de l’enfant, j’adore ce côté « transformation ».
J’adore aussi Le grand livre vert, les illustrations de Maurice Sendak sont incroyables, à la fois drôles et élégantes.
Héloïse de Kay Thompson, le dessin est aussi étonnant, le livre impertinent.
Dans ces livres, l’enfant est plein de ressources, intelligent, vif, malin.
J’ai aussi été bercée par Roald Dahl, j’écoute d’ailleurs ses histoires audio en travaillant.
Sinon, ado, je dévorais la BD, je la dévore encore maintenant.

Y a-t-il des illustrateurs ou des illustratrices dont le travail vous touche ou vous inspire ?
Maurice Sendak, Quentin Blake, Anthony Browne (Anna et le gorille, les cadrages sont très proches de ceux de la photo)… et beaucoup beaucoup d’autres… j’adore quand on sent un grain de folie, une malice dans les expressions.
Des auteurs de BD : Richard Thompson (Cul de sac), Emmanuel Guibert (L’enfance d’Alan…), Anouk Ricard, Jiro Taniguchi…
Je vais m’arrêter là, la liste serait trop longue…

Sur quels projets travaillez-vous actuellement ?
À l’automne, va sortir dans la collection Loulou et Cie, éditions l’école des loisirs, Nous, on répare tout ! On y retrouvera les personnages de La soupe aux frites, avec bien évidemment Jean pour le texte. On travaille aussi sur une nouvelle histoire.
Gwendoline et moi avons quelques projets en préparation… Surprise…
Et dans le coin de ma tête et d’un carnet, des projets persos… À moi de les mettre en forme, toute seule, comme une grande.

Allez une dernière question (tirée de Mes petits moments choisis)… Faire la sieste ou s’évader ?
Haha, et pourquoi pas les deux? Faire la sieste pour mieux s’évader…

Bibliographie sélective :

  • Mes petits moments choisis, texte et illustrations, l’école des loisirs (2018).
  • Caché-Trouvé, texte et illustrations, l’école des loisirs (2017).
  • Dodo, Super !, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, l’école des loisirs (2017).
  • La soupe aux frites, illustration d’un texte de Jean Leroy, l’école des loisirs (2017).
  • Un gâteau comment ?, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, l’école des loisirs (2017).
  • Raspoutine se déguise, illustration d’un texte de Jean Leroy, l’école des loisirs (2016).
  • La montagne, illustration d’un texte de Delphine Huguet, Milan (2016).
  • D’un côté… et de l’autre, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, l’école des loisirs (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Félix à Paris, illustration d’un texte de Géraldine Renault, Éditions Tourbillon (2014).
  • Debout, Super !, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, l’école des loisirs (2014).
  • Vite !, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, l’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le grand voyage d’un petit escargot, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, Circonflexe (2013).
  • De toutes les couleurs, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, Circonflexe (2012).
  • Des flots de bisous, texte et illustrations, Gautier-Languereau (2009).
  • Ani’gommettes, texte et illustrations, Gautier Languereau (2008).

Le site d’Ella Charbon : http://ellacharbon.ultra-book.com.
Une vidéo pour aller plus loin : https://www.youtube.com/watch?v=sFWcoWj53xM.


Ma question est peut-être bête, mais…

Régulièrement, on osera poser une question qui peut sembler un peu bête (mais l’est-elle vraiment ?) à des auteur·trice·s, illustrateur·trice·s, éditeur·trice·s… Histoire de répondre à des questions que tout le monde se pose ou de tordre le cou à des idées reçues. Cette fois-ci, j’ai demandé à Marie-Thérèse Davidson (directrice de collection chez Nathan) et à Mélanie Decourt (éditrice chez Nathan) « Quelle est la différence entre une éditrice et une directrice de collection ? ». Je vous propose de lire leurs réponses. Si vous avez des questions bêtes, n’hésitez pas à nous les proposer !

Marie-Thérèse Davidson
NOTE LIMINAIRE 1 : de même qu’autrefois, on utilisait les noms de métier au masculin même pour désigner des femmes exerçant ce métier, ici j’ai choisi de suivre l’exemple de l’auteur de la question et d’utiliser la forme féminine des noms de métier – ce qui ne signifie absolument pas que je souhaite l’exclusion des hommes encore présents dans le domaine de l’écriture et de l’édition !!
NOTE LIMINAIRE 2 : tout ce qui suit correspond à et seulement à ma propre expérience de directrice de collection (Histoires Noires de la Mythologie et Histoires de la Bible) des éditions Nathan.
La directrice de collection n’intervient que s’il y a collection (et encore, pas toujours : une éditrice peut en être chargée). Une collection, c’est un ensemble d’ouvrages reconnaissables à leur présentation identique, souvent réunis par leur genre (poésie, BD…), leur thème (souvenirs d’enfance, mythologie…), etc.
La première différence – de taille ! – entre l’éditrice et la directrice que je suis est que je ne suis pas une salariée de l’entreprise mais une contractuelle, rémunérée en droits d’auteur – droits qui ne sont pas en rapport avec le temps consacré au travail, mais avec le succès de l’œuvre. Par ailleurs, la rédaction d’une partie documentaire qui venait compléter le roman mythologique était incluse dans mon travail de directrice. Puis ce travail de rédaction, nettement plus important que ce qui avait été prévu, a été reconnu comme excédant les exigences de mon rôle, et méritant donc une rémunération supplémentaire.
Par ailleurs, j’interviens davantage comme « experte » dans les domaines couverts par mes collections, Bible ou mythologie, et moins dans le travail « littéraire » sur le manuscrit. C’est-à-dire que mon rôle principal consiste à veiller à ce que les mythes (ou la Bible) ne soient pas « trahis »*, qu’il n’y ait pas d’anachronismes, etc.
Mais en dehors de cela, j’ai les mêmes tâches que l’éditrice (choix des sujets, contact avec les auteurs, relecture et commentaire des manuscrits) et le plus souvent, c’est moi qui sers de médiateur entre l’autrice et l’éditrice (que je ne remplace donc pas). De même, je suis consultée quand il s’agit de choisir le titre ou l’illustration de couverture, mais les décisions se prennent toujours à deux, trois (en incluant l’autrice), voire davantage (d’autres employés de Nathan). Enfin, je n’interviens pas du tout dans la mise en page et les étapes finales de la publication.
Bref, je n’ai pas tant l’impression de diriger que de participer à l’élaboration de « mes » deux collections !

* Il faudrait un plus long développement pour préciser ce que peut signifier trahir un mythe (!) ou ce qu’est un anachronisme dans un récit notoirement fictif…
Marie-Thérèse Davidson est directrice de collection (Histoires noires de la mythologie) chez Nathan.

Mélanie Decourt:
L’éditrice, comme son nom l’indique, édite les livres : c’est-à-dire qu’elle permet à une œuvre d’être publiée sous forme de livre. Le travail sur le texte est le cœur de sa mission, mais elle ne se limite pas à cela.
La mission commence par le choix des manuscrits. L’équipe éditoriale choisit un projet selon de nombreux critères, à commencer par sa valeur littéraire et artistique (est-il bien écrit, bien illustré, bien raconté, bien construit ? a-t-il un style, un ton, une voix, un enjeu ? apportera-t-il quelque chose à ses lecteurs ?), l’adéquation à la ligne éditoriale de la maison d’édition ou de la collection (ce projet rentre-t-il dans la charte de la collection ? est-il en phase avec les valeurs de la maison ? fait-il doublon avec le catalogue ? ou au contraire apporte-t-il quelque chose de nouveau ? pourra-t-il être bien porté par nos équipes éditoriales et de diffusion ? sommes-nous la bonne maison pour le défendre ?), mais aussi le potentiel commercial, les risques éventuels, la notoriété de l’auteur, la qualité du sujet, etc. Dans le cas d’une collection, la directrice de collection intervient à ce stade pour donner son avis sur le texte et son potentiel.
Une fois le projet retenu, on entre dans la phase d’édition à proprement parler, à savoir la transformation du manuscrit en texte bon à publier. À cette étape, s’il y a une directrice de collection, c’est elle qui travaille avec l’auteur·trice. Plusieurs allers-retours sont nécessaires pour caler le texte : en passant du papier de verre gros grain (réécrire des chapitres entiers, revoir la structure narrative) au grain ultra fin (peaufiner le style, supprimer les répétitions).
Une fois le texte établi, l’éditrice le prépare pour la mise en page : chasse aux dernières fautes de grammaire, d’orthographe, de typographie.
Ensuite l’éditrice coordonne le travail de mise en page avec le ou la graphiste, l’illustrateur·trice, le relecteur ou la relectrice, jusqu’à ce que le texte soit bon pour l’impression.
C’est aussi elle qui s’occupe des choix de format et de papier avec l’équipe de fabrication.
Elle discute aussi des conditions de mise en vente du livre, en collaboration avec l’équipe marketing (date de sortie, prix, rayon, promotion, etc.)
C’est elle qui présente le projet à l’équipe de diffusion qui proposera l’ouvrage aux libraires.
On le voit son travail s’apparente à celui d’une chef d’orchestre : sans elle, rien ne fonctionne dans les temps (et dans le budget !).
L’éditrice est le plus souvent salariée d’une maison d’édition. (Certaines travaillent en freelance, auquel cas elles sont payées au forfait, sur facture.) Les auteur·trice·s ou directeur·trice·s de collection sont payé·e·s en droit d’auteur, proportionnel aux ventes du livre.
Mélanie Decourt est directrice éditoriale fictions découvertes chez Nathan.

 

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Les invité·e·s du mercredi : Elsa Fouquier, Olivier Belhomme et Florent Grandin

Par 6 décembre 2017 Les invités du mercredi

J’ai adoré Les habits, le dernier album d’Elsa Fouquier, j’ai donc voulu en savoir un peu plus sur elle. Elle a accepté de répondre à mes questions. Ensuite, c’est à une nouvelle question bête, notre nouvelle rubrique, qu’Olivier Belhomme (L’Atelier du Poisson Soluble) et Florent Grandin (Père Fouettard) ont bien voulu répondre : « Un éditeur, ça gagne beaucoup d’argent ? » Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Elsa Fouquier

Parlez-nous de votre parcours.
Passionnée de BD j’ai eu envie dès 14 ans de me diriger vers le dessin. Je me suis orientée au lycée vers un bac Arts plastiques, puis j’ai enchaîné avec l’école Émile Cohl, à Lyon. Là bas je me découvre une passion pour l’illustration !

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
Je dessine au crayon sur une feuille puis je scanne et passe au numérique. Je mets la couleur avec le logiciel Photoshop à l’aide d’une tablette graphique.
Ces jours-ci je reprends la peinture, la broderie, les pochoirs… J’ai très envie de renouer avec une mise en couleurs traditionnelle.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre album Les habits que je trouve magnifique ?
Merci tout d’abord 🙂 Il s’agissait de faire des images simples et de rester dans des gammes de couleurs restreintes et assez « classes » tout en donnant du relief avec de la matière. Pour les touts petits, il faut être bien lisible et en même temps les intéresser avec des couleurs vives !
J’ai aimé représenter des enfants différents et je trouve la fabrication d’une grande qualité. Les mécanismes sont chouettes, solides et créent tout de suite une interaction avec les plus petits.

Comment choisissez-vous vos projets ?
Il y a une chose qui joue beaucoup dans le choix de mes projets, c’est le temps !
Il faut que mon planning soit raccord avec les dates de rendus prévues.
Bien sûr, la qualité du projet, et l’enthousiasme de l’éditeur/trice.
Si en plus c’est quelque chose de nouveau pour moi, ça me donne toujours très envie ! J’ai par exemple illustré un calendrier de l’avent l’année dernière.
Et puis bien sur l’aspect financier, que les droits d’auteurs soient corrects.

Où trouvez-vous votre inspiration ?
Mes sources d’inspirations sont d’abord mes souvenirs d’enfant, mes sensations et envies d’enfant. Et puis maintenant mes propres enfants m’inspirent au quotidien !
J’aime beaucoup aussi instagram qui mélange photographes, peintres, illustrateurs, danseurs, designeurs… Qui est un melting pot très inspirant. Parfois complexant 😉

Quelles étaient vos lectures d’enfant et d’adolescente ?
Je suis une grande lectrice, je l’étais encore plus enfant et adolescente. Enfant je garde un super souvenir de Max et les maximonstres, de Fantômette, des J’aime lire et des Mickey parade ! Puis il y a eu les Royaumes du Nord, le Seigneur des anneaux, Harry Potter… J’ai ensuite lu beaucoup de mangas comme Akira ou des BD comme les Donjon, de Trondheim et Sfar, qui me font toujours beaucoup rire.

Parlez-nous de vos prochains ouvrages
Après 10 ans de dessin, j’ai très envie de travailler l’écriture. Enfant je voulais être écrivaine ! J’ai envie de développer des projets qui me trottent dans la tête depuis longtemps, au texte comme au dessin.
En ce moment je mets en couleur un livre pour les tout-petits sur le thème d’un toboggan aquatique… que j’ai imaginé du début à la fin !

Bibliographie sélective :

  • La maternelle de Milo, illustration d’un texte de Pakita, Rageot (2017).
  • Cendrillon, loisirs créatif, Milan (2017).
  • Rock’n’roll baby, illustration de chansons, Gallimard Jeunesse (2017).
  • Mes berceuses jazz, illustration de chansons, Gallimard Jeunesse (2017).
  • Les habits, texte et illustrations, Gallimard Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Mes comptines des animaux, illustration de comptines, Gallimard Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Mes plus belles berceuses jazz et autres musiques douces pour les petits, illustration de chansons, Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Mes berceuses, illustration de chansons, Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Mes comptines vol.2, illustration de comptines, Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Jenny and Jack, illustration d’un texte d’Orianne Lallemand et Tamara Page-Jones, Nathan (2014), que nous avons chroniqué ici et .
  • Mes comptines, illustration de chansons, Gallimard Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Mes chansonnettes, illustration de chansons, Gallimard Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Le pilate pour les petits, illustration d’un texte de Rida Ouerghi, Gallimard (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Les caprices de Mélisse, illustration d’un texte de Benoît Broyart, Milan (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Gym et comptines pour les petits, illustration de textes de Rida Ouerghi, Gallimard Jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.


Ma question est peut-être bête, mais…

Régulièrement, on osera poser une question qui peut sembler un peu bête (mais l’est-elle vraiment ?) à des auteur·trice·s, illustrateur·trice·s, éditeur·trice·s… Histoire de répondre à des questions que tout le monde se pose ou de tordre le cou à des idées reçues. Cette fois-ci, j’ai demandé à Olivier Belhomme (L’atelier du Poisson Soluble) et Florent Grandin (Père Fouettard) « Un éditeur, ça gagne beaucoup d’argent ? ». Je vous propose de lire leurs réponses. Si vous avez des questions bêtes, n’hésitez pas à nous les proposer !

Olivier Belhomme :
Être ou ne pas être… riche ? telle est la question.
Dans l’édition comme dans beaucoup de métiers, on doit pouvoir devenir riche, très riche même. Si on fabrique des livres et qu’on les commercialise comme des lessives ou des soupes, en segmentant le marché et en visant les cœurs de cible comme nous l’ont appris nos professeurs, on doit pouvoir y parvenir.
Par contre, si on conçoit des ouvrages comme des œuvres d’art pouvant bousculer les conventions, dépasser les classifications, ce sera plus difficile mais pas impossible pour autant. Mais comme ce n’est pas l’objectif, peu importe finalement, non ?
En ces temps de surproduction qui réduit dramatiquement leur durée de vie, chaque nouveauté chassant la précédente de plus en plus rapidement, la question ne porte plus sur la richesse mais sur la survie. Peut-on encore prendre des risques éditoriaux si l’on ne laisse plus de temps pour la rencontre du lecteur avec le livre ?
Olivier Belhomme est éditeur chez L’atelier du poisson soluble.

Florent Grandin :
Il faudrait déjà s’entendre sur ce qu’est un éditeur. Si c’est la personne qui, au sein d’une maison d’édition de taille moyenne ou d’un grand groupe, est en charge de choisir les titres qui vont être publiés, dans mon cercle de connaissances et cela n’a aucune valeur statistique, les écarts sont grands : de 1300 € à 3000 € mensuel net. Il est vrai qu’au sein du monde du livre, le secteur jeunesse est loin d’être le plus généreux en termes de carrière et de salaires.
Je connais des dirigeantes et dirigeants de maisons indépendantes qui se rémunèrent moins que le salaire minimum ou même pas du tout certaines années. Si certains bénéficient de revenus annexes ou d’un patrimoine, d’autres vivent dans une précarité évidente.
Je suppose que cette image d’un éditeur qui gagne beaucoup d’argent renvoie plutôt à la maison d’édition. Sur le prix du livre, la part d’un éditeur oscille entre 40 et 45 %. Sur cette part, il doit rétribuer le ou les auteurs (de 4 à 12 % du prix du livre), l’imprimeur, la promotion. Il lui reste donc peu pour couvrir les frais généraux de sa structure, les salaires, dont le sien. C’est un tabou mais il y a plus de livres déficitaires que de livres bénéficiaires, la recherche et la publication de nouveaux auteurs, de nouveaux livres est un chantier aussi exaltant qu’il est peu rentable.
Évidemment la problématique n’est pas la même lorsque l’éditeur possède son outil de diffusion (l’équipe de représentants qui vendent ses livres) ou même de distribution, ce sont plus des logiques de groupes que d’éditeurs.
Quelques maisons d’édition dégagent des profits solides, elles bénéficient de situations de rente grâce aux marchés captifs qu’elles ont organisés avec des ventes aux collectivités ou des prescriptions scolaires, c’est un oligopole qui n’est évidemment pas ouvert ! Mais des groupes importants et historiques aussi peuvent s’avérer incroyablement déficitaires. On ne peut pas dire que l’édition soit un secteur propice à un retour sur investissement généreux.
L’idée qu’un éditeur « gagne beaucoup d’argent » n’est pas répandue dans le grand public ou chez les lecteurs. Quand on entend cette idée reçue, et je l’entends parfois, elle vient généralement des libraires ou des auteurs qui souhaitent, légitiment ou non, remettre en cause leur part dans le prix du livre. À mon humble avis le problème n’est pas tant dans la répartition que dans le prix du livre en lui-même. Il est trop faible pour rémunérer correctement les acteurs de la chaîne du livre et comme il augmente moins vite que l’inflation cet état de fait n’est pas en voie de s’améliorer.
Je suis cependant assez d’accord pour dire que certains éditeurs réduisent leurs risques ou augmentent leurs marges en grattant sur les droits sur vente revenant aux auteurs ou leurs avaloirs. Il n’y a aucune raison qu’un auteur jeunesse reçoive un pourcentage inférieur à un auteur pour adulte. Un illustrateur doit pouvoir bénéficier d’une avance correspondant à son investissement en temps et en matériel. C’est rageant de voir les auteurs jeunesse compter sur les animations scolaires pour vivre alors que c’est la vente de leurs livres qui devrait les rémunérer correctement. Je ne crois pas à la bonne volonté d’un acteur comme le SNE [NDLR : Syndicat national de l’édition], c’est à la loi de déterminer un pourcentage minimum de droits d’auteurs (10 % comme c’est le cas au Brésil).
Le prix public d’un livre jeunesse est toujours moindre. Un album à plus de 15 € est considéré comme cher. Un roman de la même pagination est vendu moins cher. Difficile de vivre avec une telle économie. Prix de fabrication élevé, prix de vente faible, marché écrasé par quelques best-sellers qui cachent la forêt des petites ventes.
Bien que le marché du livre soit stable, publier un album pour enfants est une entreprise risquée. L’impression est coûteuse, la promotion requiert des coûts de déplacements et des investissements en PLV [NDLR : Publicité sur le lieu de vente] et publicité importants. Heureusement, les bonnes ventes permettent de financer les jeunes auteurs ou les livres risqués, une sorte de mutualisation des risques.
Être éditeur est une aventure extraordinaire, son rôle de pivot en fait tout l’intérêt car il demande un savoir-faire, un goût et une implication dans des domaines très différents et parfois même antagonistes. Pour faire une réponse courte, à part quelques exceptions, nous ne choisissons pas ce métier pour gagner beaucoup d’argent et de fait, un éditeur ne gagne pas beaucoup d’argent.
Florent Grandin est éditeur chez Père Fouettard.

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Les invité·e·s du mercredi : Jonathan Garnier, Françoise de Guibert et Jean Leroy

Par 6 septembre 2017 Les invités du mercredi

Pour le retour des invité·e·s du mercredi je vous propose tout d’abord une longue et belle interview de Jonathan Garnier, scénariste de deux des plus belles séries de cette année, Momo et Bergères guerrières. Ensuite, on a rendez-vous avec une nouvelle chronique : Ma question est peut-être bête, mais… Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Jonathan Garnier

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Je ne me suis jamais vu faire autre chose que de la bande dessinée. Petit, je passais mon temps à dessiner, d’abord Mickey puis Mario Bros et du Dragon Ball ! J’ai fait un bac Arts Appliqués puis une école de BD dans l’idée de devenir dessinateur BD mais j’ai commencé à travailler en tant que graphiste et illustrateur dans une boîte qui gérait des licences de jeux vidéo online, puis à Ankama Presse, sur le Dofus Mag. Entre deux numéros je donnais un coup de main à l’équipe d’Ankama Éditions avant de finalement la rejoindre à temps plein en tant que graphiste. C’était une toute petite équipe chapeautée par Run. À l’époque il n’y avait pas vraiment d’éditeur à part lui et quand je me suis retrouvé à travailler sur des albums, j’ai dû m’occuper du suivi des auteurs et, sans m’en rendre compte, j’apprenais sur le tas le métier d’éditeur.
Travailler avec Run était une super expérience, c’est quelqu’un qui sait ce qu’il veut et qui fait tout pour offrir le meilleur aux lecteurs. Comme nous étions sur la même longueur d’onde et qu’il sentait que l’éditorial m’intéressait, il m’a proposé de passer éditeur. Une vraie chance mais aussi un sacré challenge car je ne voulais pas me contenter de signer des contrats et laisser les auteurs bosser dans leur coin. Je souhaitais leur offrir un suivi éditorial mais aussi littéraire et graphique. Aussi, je ne cherchais pas à débaucher des auteurs signés chez d’autres maisons d’édition, ce qui me plaisait vraiment c’était de dénicher de nouveaux talents et monter des projets avec eux. J’ai pu présenter à Run le travail de Guillaume Singelin et de Sourya, éditer Ulysse Malassagne et Valentin Seiche, initier Chemin Perdu d’Amélie Fléchais et éditer son Petit Loup Rouge pour la Collection Etincelle que je dirigeais…
Travailler ainsi s’est révélé vraiment enrichissant, notamment grâce aux longues discussions que j’ai eues sur l’écriture, la narration, avec les talentueux auteurs avec qui j’ai pu collaborer. Je pense que l’envie de me lancer dans l’écriture me vient en partie de ces échanges et de mon travail de directeur de collection. En réfléchissant à la ligne éditoriale qui guiderait la Collection Étincelle est né le désir de mettre en lumière des récits tout public qui n’ont pas peur de traiter de sujets sérieux en mêlant aventure et humour. En gros, revendiquer du « 7 à 77 ans » à une époque où beaucoup d’éditeurs freinent l’émergence de récits familiaux en enfermant la production BD dans des tranches d’âges précises sous prétexte de mieux cibler un lectorat défini.
Dans cette logique, la première histoire que j’ai voulu raconter est celle de Momo, un récit transgénérationnel que j’ai écrit sans jamais viser un lectorat particulier.
Le dernier facteur qui m’a amené vers l’écriture est le fait d’avoir lâché le dessin pour me mettre à la photographie. Par ce nouveau média je me suis intéressé à des documentaires, des reportages qui ont pas mal titillé mon imagination.
Plus jeune, je me disais que l’écriture n’était pas pour moi, que j’en resterais au dessin… comme quoi !

Momo et Bergères guerrières mettent en scène des personnages féminins forts. Est-ce un hasard que vos deux premiers albums aient ce point commun, ou est-ce le genre de personnages que vous aimez ?
Ce que j’aime avant tout ce sont les personnages bien écrits. Qu’ils soient féminins ou masculins m’importe peu. Chez Hayao Miyazaki par exemple, j’aime autant Marco Pagot (de Porco Rosso) que Nausicaä, je ne fais pas de fixette sur ces « personnages féminins forts ».
Une femme peut être tout aussi forte, courageuse qu’un homme, cela va de soi pour moi. Ce n’est donc pas un message que je m’échine à marteler dans mes histoires en y casant à tout prix des héroïnes « badass » et il m’apparaît naturel que doivent coexister dans mes récits des personnages masculins ET féminins forts et nuancés.
Pour Bergères Guerrières, le choix du genre du héros s’est fait de façon logique.
Dans les récits de guerres, qu’ils soient destinés à un public adulte ou jeunesse, il est souvent question des hommes qui partent au front mais rarement des femmes, enfants, anciens qui doivent survivre dans des conditions souvent difficiles. Nous basant sur un dessin d’Amélie montrant de fières bergères prêtent à défendre leurs pâturages, c’est ce point de vue de « ceux qui restent » qu’il nous intéressait de développer dans ce projet et c’est ce qui nous a encouragés à choisir une héroïne féminine.
Pour Momo, j’ai choisi comme personnage principal une petite fille car cela me permettait de mettre une certaine distance avec ma propre enfance lors de l’écriture, d’éviter de m’enfermer dans mon vécu personnel. Cela m’aide à aborder des thématiques sous un angle nouveau et je procède de la même façon pour des scénarios que je suis en train d’écrire traitant de l’adolescence et du passage à l’âge adulte. Il faut dire que si je devais écrire sur mon enfance et mon adolescence, ce serait d’un ennui effroyable ! Pour en revenir à Momo, au final le personnage n’est pas vraiment « genré », beaucoup de lecteurs ont d’abord pensé que Momo est un petit garçon mais n’ont pas été choqués de découvrir que c’est en fait une fille. Cela prouve, je pense, que c’est avant tout à l’écriture du personnage, de son caractère, de ses émotions, que les lecteurs se sont attachés plus qu’au fait qu’il s’agisse d’un personnage féminin au fort caractère.

J’ai trouvé une similitude graphique entre les deux séries, avez-vous choisi les illustrateur·trice·s ?
La BD est un média de l’image et c’est important pour moi qu’il y ait une vraie harmonie entre le scénario et le dessin, je choisis donc moi-même les dessinateur·trice·s avec lesquel·le·s je travaille, sauf lorsqu’un·e dessinateur·trice me sollicite et que nos envies concordent.
En réalité je connais depuis longtemps Amélie et Rony, mais aussi Yohan Sacré et Jérémie Almanza, avec qui j’ai des projets en cours. Je les avais contactés lorsque j’étais directeur de collection, souhaitant éditer les projets qu’ils pourraient avoir, et je leur ai finalement proposé mes propres histoires quand je suis passé à l’écriture.
Nous partageons avec cette génération d’auteurs (dans laquelle j’inclus Guillaume Singelin, Ulysse Malassagne et Valentin Seiche), des envies graphiques, narratives, qui découlent de nos références qui viennent aussi bien d’Europe, des États-Unis ou du Japon, de la BD, du jeu vidéo, des séries ou du cinéma. Cela explique la similitude graphique qu’il peut y avoir entre certains d’entre eux. Le fait qu’Amélie et Rony aient tous les deux un pied dans le monde de l’animation a une influence sur leur dessin et ajoute surement à ce cousinage.

Comment se sont passées ces collaborations ?
Elles étaient quelque peu différentes.
Pour Momo, j’avais écrit l’intégralité des 2 tomes, y compris les dialogues, avant même de proposer le récit à Rony. Nous avons tout de même beaucoup échangé lors du découpage. Peut-être même trop pour Rony car de par mon bagage, lorsque j’écris je visualise déjà précisément ce que pourrait donner le découpage de mes scènes et il faut que je prenne sur moi pour ne pas être trop dirigiste et laisser de la place au dessinateur lorsqu’il aborde cette étape, pour éviter de le frustrer.
Pour le guider vers le ton, la narration, les designs que j’avais en tête, je lui ai donné des références de films, BD et surtout beaucoup de photos de ma jeunesse en Normandie ou de photographes que j’apprécie. Avec une facilité désarmante il a su s’accaparer le tout pour trouver les bons designs, acting de personnages et le rendu idéal pour cette histoire ! Une fois le découpage mis en place, à part pour affiner quelques détails et expressions, je n’ai eu aucun retour à lui faire sur le dessin et la couleur, c’était parfait !
Pour les Bergères Guerrières, Amélie était là dès les premières étapes. Nous avons posé la base de l’histoire, imaginé la plupart des personnages et discuté de la trame ensemble. J’ai ensuite développé, structuré tout cela, écrit les scènes et les dialogues. Mais du fait qu’Amélie est ma compagne et que nous vivons et travaillons sous le même toit, elle pouvait facilement intervenir n’importe quand pour m’apporter son avis, ses idées, tout comme j’ai pu aisément échanger avec elle lors du découpage (et pour l’instant notre couple survit à cette collaboration, c’est beau !).
Comme avec Rony, une fois le rendu défini ensemble et le découpage validé par tout le monde, je n’interviens pas ou peu sur la réalisation des planches.
Ce qui est génial avec Amélie et Rony c’est que j’ai beau connaître mes histoires par cœur et les trouver perfectibles, c’est toujours un plaisir pour moi de les redécouvrir à travers les planches qu’ils ont réalisé tant ils ont su rendre les personnages vivants et drôles.

Si Bergères guerrières se déroule dans une époque imaginaire, Momo semble se dérouler il y a une trentaine d’années, soit lorsque vous étiez vous-même enfant. Quelle part de vous y a-t-il dans cette histoire ?
Le contexte du début des années 90 et du petit village Normand correspond en effet à mon enfance. Je les ai choisis un peu par nostalgie je dois avouer, mais aussi par confort. Connaissant parfaitement le lieu et l’époque de mon histoire, je n’avais qu’à me concentrer sur l’écriture des personnages et de la trame.
Comme je l’ai précisé, j’ai essayé de mettre de la distance entre celui que j’étais enfant et le personnage de Momo. J’étais un petit gars posé qui passait son temps à dessiner, lire et jouer aux Lego et je voulais écrire sur un enfant caractériel, qui a du mal à tenir en place, je n’étais donc pas le modèle idéal (je pense que si petiot j’avais rencontré Momo, mon flegme l’aurait sacrément agacée !). Le vécu de Momo n’est donc pas directement le mien mais il y a beaucoup de thématiques personnelles dans cette histoire comme la communication entre enfants, adolescents et adultes, l’impact que peuvent avoir les mots ou les actes sur un enfant, la vie en milieu rural (en tant que fils d’agriculteur élevé dans une ferme perdue en Normandie, je m’y connais sur la question), les connexions qui peuvent exister entre petits-enfants et grands-parents… et un sujet important dont je ne peux pas parler sous peine de « spoiler » l’histoire !
Il y a aussi des sujets abordés qui relèvent plus de ce qu’ont vécu des membres de ma famille ou des amis, comme les familles monoparentales et les défis à relever lorsqu’on grandit dans ce contexte.
Et puis plein de petites choses plus légères, qui m’ont marqué enfant : le jardin de mes grands-parents maternels, écosser des haricots, l’excentrique du village, la découverte de Dragon Ball, les nuits d’orages, les grands-mères qui piquent et leurs mains parcheminées…
Sinon le physique et parfois le caractère des personnages sont souvent inspirés de gens que j’ai connus enfant mais ce sont plus des clins d’œil qu’autre chose. Tristan est l’adolescent au look de loubard qui faisait pétarader sa mob près de chez mes parents, Françoise est inspirée d’une ancienne voisine, les bandes d’enfants et d’adolescents sont d’anciens camarades de classes et la grand-mère de Momo un mix de mes 2 grands-mères.
Enfin, pour ce qui est du décor, je n’ai pas vécu au bord de la mer mais j’ai repris la configuration du petit village où j’habitais pour celui de Momo. La maison de la mamie est inspirée par celle de mes grands-parents paternels et le jardin est celui de mes grands-parents maternels dans lequel j’adorais trainer !

Comment sont nées ces deux histoires ?
À force d’accompagner des auteurs dans le développement de leurs projets j’ai fini par vouloir travailler sur les miens parce qu’au fond, j’ai toujours voulu raconter des histoires.
Le déclencheur pour Momo est une série de photographies de Kotori Kawashima qui a pour sujet une petite Japonaise à la bouille constamment renfrognée, Mirai-Chan. Ces photos ont réveillé mon envie de parler de l’enfance, sujet dont je voulais traiter en mêlant récit initiatique, chronique sociale et humour, comme le font très bien Julien Neel, Taiyou Mastumoto, Kiyohiko Azuma et les films L’Été de Kikujiro, Little Miss Sunshine et Billy Elliot.
Je n’avais encore jamais écrit, même pas une histoire courte, mais tout est venu assez naturellement, que ce soit l’intrigue ou les personnages… Il me paraissait par exemple évident que Momo devrait évoluer aux côtés d’adultes mais aussi d’adolescents, car lorsqu’on est enfant ils représentent une projection plus directe que les adultes, de ce que nous pourrions et/ou voudrions devenir.
Le plus gros travail a été de structurer mes scènes pour arriver à l’équilibre que je cherchais, à savoir une narration qui ne développe pas le récit et les personnages par du blabla, des punchlines trop bien senties et des grosses ficelles mais qui déroule plutôt l’intrigue et construit les personnages par petites touches, de la façon la plus sensitive possible pour que le lecteur ne lise pas mais partage l’aventure de Momo.
Pour Bergères Guerrières le point de départ a aussi été une série d’images.
Amélie a participé à Cavalry, un recueil d’illustrations pour lequel elle devait dessiner des cavaliers. Plutôt que de dessiner des gros gaillards en armures, elle a préféré imaginer une troupe de bergères chevauchant des boucs !
À la base nous devions travailler ensemble sur un autre projet mais nous n’étions pas vraiment satisfaits de l’histoire. Je patinais pas mal dessus alors que j’étais super motivé pour écrire sur ces fameuses Bergères Guerrières dont nous discutions régulièrement. Je trouvais l’idée d’un ordre de femmes combattantes vraiment intéressante car j’y voyais la possibilité de lui donner comme contexte cette thématique de « ceux qui restent en temps de guerre » sur laquelle je voulais écrire.
Nous nous sommes alors lancés sur Bergères Guerrières et mine de rien, à force d’en parler nous avions déjà accumulé beaucoup de matière et la rédaction du dossier a été super rapide !
J’ai pris beaucoup de plaisir à écrire aux côtés d’Amélie le premier tome de cette saga qu’on a voulu dans la lignée d’Asterix & Obélix et Harry Potter, des références pour leur galerie de personnages bien campés mais aussi leur contexte simple, efficace et leurs aventures prenantes et accessibles à un large public ! Et comme ce qui m’importe le plus lorsque j’écris un projet, au-delà des thématiques que je souhaite aborder, ce sont les personnages, leurs développement et interactions, j’ai de quoi m’amuser avec les dizaines de personnages que compte cette série !

Quelles étaient vos lectures d’enfant et d’adolescent ?
Enfant je lisais en boucle les quelques albums que j’avais, de Snoopy (dont je ne comprenais clairement pas les subtilités), Quick & Flupke et les classiques que je chipais à mon grand frère ou à des amis comme Tintin, Astérix et Obélix, Lucky Luke, Gaston Lagaffe et quelques Spirou (avec un gros coup de cœur pour Le Nid des Marsupilamis et Spirou à New York).
Adolescent j’ai continué de lire de la BD avec quelques découvertes marquantes comme Andreas, Régis Loisel, Enki Bilal et Alejandro Jodorowsky. Je suis aussi devenu un gros lecteur de mangas (ça s’est calmé depuis) et j’ai pris de bonnes baffes avec One Piece, que je dévore toujours, et ce que je considère comme la « trinité » : AkiraGunnmNausicaä (merci Glénat !).
Grâce à mes anciens camarades de lycée j’ai aussi découvert pas mal de romanciers comme Serge Brussolo, dont j’ai dû lire une quarantaine de romans, Anne McCaffrey, René Barjavel et je suis devenu un peu fou quand j’ai commencé à lire Tolkien. Le même été j’ai dévoré tous ses livres !
Bref, j’avais un beau profil de geek !

Pouvez-vous nous dire quelques mots de vos prochains ouvrages ?
Je vais mettre à profit mon bagage d’ancien adolescent binoclard (mais épargné par l’acné) fan de fantastique, avec la suite des Bergères Guerrières qui est déjà bien avancée et deux séries d’aventures jeunesses à paraître en 2018. Il s’agit deTimo l’Aventurier avec Yohan Sacré chez Le Lombard et Elias & Ida avec Jérémie Almanza chez Casterman.
J’ai aussi eu la chance d’être sollicité pour participer à un collectif sur le Marsupilami chez Dupuis.
Pour les projets qui ne sont encore qu’au stade de dossiers à présenter aux éditeurs il y a un Spin Off des Bergères Guerrières qui suivrait le grand frère de Liam (personnage juste évoqué dans la série) alors qu’il part à la guerre, seulement âgé de 14 ans. Je travaille aussi sur Polly White, l’histoire d’une adolescente islandaise qui va voir le monde de conte qu’elle s’est modelé au sein de son village isolé, se briser à cause de divers évènements et de sa difficulté à appréhender le monde réel. J’ai aussi dans mes cartons un récit SF où l’on suit une bande d’enfants et d’ados laissés-pour-compte dans un vaisseau-monde.
Mon projet le plus ambitieux reste FRÆ une épopée médiévale-fantastique pouvant être développée en transmédia (séries et one shot BD + application numérique) et qui réunit mes passions pour les sagas, l’Histoire et l’ethnologie. J’ai été lauréat d’une résidence numérique pour ce projet, ce qui m’a donné du temps pour poser le concept, l’univers, les mécaniques de l’application et pas mal de matière pour les différents récits qui composeraient cette saga. La prochaine étape est de trouver le dessinateur qui pourrait m’accompagner sur la série BD qui serait le point de départ du projet !
Et puis j’ai quelques idées sur lesquelles j’ai hâte de pouvoir travailler et qui seront davantage à hauteur d’adultes, dans des ambiances assez différentes : seconde guerre mondiale, chronique sociale, dark fantasy…
Je me suis mis aux Arts Martiaux il y a 3 ans, c’est un univers passionnant et ça ne m’étonnerait pas que j’écrive aussi sur le sujet.
J’espère que les éditeurs suivront !

Bibliographie :

  • série Momo (2 tomes), scénario illustré par Rony Hotin, Casterman (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • série Bergères guerrières (1 tome), scénario illustré par Amélie Fléchais, Glénat (2017).
  • DoggyBags – tome 8, collectif, Ankama (2015).


Ma question est peut-être bête, mais…

C’est une nouvelle rubrique qu’on vous propose aujourd’hui. Régulièrement, on osera poser une question qui peut sembler un peu bête (mais l’est-elle vraiment ?) à des auteur·trice·s, illustrateur·trice·s, éditeur·trice·s… Histoire de répondre à des questions que tout le monde se pose ou de tordre le cou à des idées reçues. La première question est une chose qu’on a souvent entendu « écrire un livre pour les tout petits, ça prend cinq minutes, non ? ». On a décidé de la poser à Françoise de Guibert (autrice, notamment, de la série Eliot) et Jean Leroy (qui en écrit plein, des livres pour les tout-petits). Si vous avez des questions bêtes, n’hésitez pas à nous les dire !

Françoise de Guibert :
Alors là, je vous arrête tout de suite ! Quand on écrit pour les petits, ça prend parfois du temps, la longueur du texte publié n’étant pas proportionnelle à la durée du travail de création et vice versa…
D’abord, il faut une idée ! Concernant le dernier titre de la série Eliott chez Gallimard, illustrée par Olivier Latyk et dont je suis l’auteure, j’avais envie de parler des courses et notamment du marché : les petits accompagnent souvent leurs parents au marché, c’est un lieu haut en couleur, un lieu de découvertes et d’échanges, une chouette façon d’évoquer la ville aussi.
La thématique du hors-série Eliott fait les courses était là mais comment éviter l’énumération des commerçants et rendre la lecture vivante ? En discutant avec l’éditrice de Gallimard, Elise Lacharme, nous avons eu l’idée de raconter une matinée de courses particulière : pour préparer l’anniversaire de sa maman, Eliott et son papa font des achats en secret. La première étape d’écriture a été de décider du parcours d’Eliott et son père dans la ville, sachant qu’ils se rendraient sur le marché mais aussi dans des commerces (boulangerie, magasin de jouets, librairie…), que maman devrait suivre un parcours parallèle et que la dernière double réunirait tout le monde à la terrasse d’un café. Dans ce travail sur le chemin de fer, je dois aussi déterminer l’emplacement et le contenu des différents flaps qui permettent par exemple de découvrir l’intérieur de la boulangerie ou de faire apparaître maman et Klara, la petite sœur, derrière le portant du marchand de tissu. J’adore réfléchir à tout ça ! Je dessine à plusieurs reprises toutes les pages du livre dans mon carnet pour essayer plusieurs combinaisons, plusieurs déroulés possibles, c’est une espèce de casse-tête.
Une fois, le contenu de chaque page clairement défini, je passe à l’écriture proprement dite. Le texte qui figurera dans le livre, je le veux court, simple mais dynamique, mêlant narration et dialogue. Le premier jet est souvent beaucoup trop long, il me faut couper, simplifier. Quand nous avons imaginé le personnage d’Eliott avec Olivier Latyk et l’équipe de Gallimard, mon fils avait trois ans, j’avais tout loisir de l’observer, lui et ses copains. J’ai essayé de rendre une manière de parler, d’échanger avec les parents, les copains qui sonne naturel quand on lit à haute voix. Mon fils a sept ans à présent, mais il me semble que le personnage a trouvé sa justesse. L’éditrice relit mon texte et me fait part de ses remarques, bien utiles. Et le texte est parfois revu, une dernière fois, quand les illustrations d’Olivier ont été mises en page, avec pour objectif d’être le plus fluide et le plus cohérent possible dans le rapport texte-image (à trois ans, le lecteur ne laissera rien passer !).
Comme on peut le constater, l’écriture d’un album pour les tout-petits représente un réel travail. Si l’impression qui ressort à la lecture est une impression de simplicité et d’évidence (qui pourrait laisser croire que ça n’a pris que cinq minutes), c’est que le labeur n’est plus visible et que le livre est réussi !
Françoise de Guibert vient de sortir une nouvelle aventure d’Eliott : Eliott fait les courses (illustré par Olivier Latyk, sorti chez Gallimard).

Jean Leroy :
Oui. Enfin, pour le premier jet… et après avoir cherché plusieurs jours, voire des semaines avant de trouver la bonne idée. Alors, finalement… ben plutôt non !
Le dernier livre pour les tout-petits de Jean Leroy : Papa Poule, (illustré par Giulia Bruel, sorti à l’école des loisirs cette année).

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