La mare aux mots
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Laurence Nobécourt

Les invité·e·s du mercredi : Laurence Nobécourt, Nayel Zeaiter et Marie Bluteau

Par 8 mai 2019 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, on rencontre Laurence Nobécourt, la créatrice de la maison d’édition À pas de loups. Elle nous parle de son parcours, de son amour de la littérature jeunesse, de ses ouvrages phares et des nouveautés (on s’en lèche les babines d’impatience!). Et puis on revient avec Nayel Zeaiter et Marie Bluteau sur le formidable Histoires de France en 100 fiches : un ouvrage engagé, foisonnant, encyclopédique et stimulant ! Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Laurence Nobécourt

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
J’étais une professeure des écoles passionnée de littérature jeunesse. Durant mes années d’enseignement, j’ai eu la chance de pouvoir inviter de nombreux artistes dans mes classes, comme Mario Ramos, par exemple. J’ai aussi eu l’opportunité de participer avec mes élèves à l’écriture du livre Un bateau dans le ciel, paru aux éditions Rue du monde, une belle aventure menée par l’illustrateur britannique Quentin Blake avec mille huit cents enfants de tous les pays. Ces expériences et rencontres ont été décisives : j’avais envie de me lancer dans l’aventure en créant ma propre maison d’édition.

Quelles étaient vos lectures d’enfance ?
J’ai peu de souvenirs d’albums illustrés en dehors de Babar, de Caroline et ses amis et de quelques titres du Père Castor, j’étais abonnée aux magazines Pomme d’Api, Okapi et c’était une grande joie de les découvrir dans la boîte aux lettres ! J’ai grandi à la grande époque de la Bibliothèque rose et verte et dévoré les séries Fantômette, Le clan des 7, Alice, Les sœurs Parker

Comment est née votre maison d’édition ?
Cécile Gambini est venue dans ma classe pour une rencontre. Ça a été un déclic : j’adorais son album Bagbada, mais il était épuisé. Je me suis dit : « Si j’étais éditrice, je ressortirais ce livre ! » Quelques temps plus tard, j’ai découvert les premiers livres de Françoise Rogier, Sophie Daxhelet et Dominique Descamps, trois illustratrices belges. C’était le début d’une belle collaboration. Puis j’ai rencontré Albertine au festival des illustrateurs de Moulins. Elle m’a montré une série de croquis non publiés sur le thème du cirque, qui deviendraient plus tard le leporello Circus. Quel cadeau !
En 2013, je me suis lancée : j’étais professeure des écoles le jour et « apprentie éditrice » le soir. J’ai multiplié les rencontres avec les créateurs, les graphistes, les imprimeurs, les libraires, tous les acteurs de la chaîne du livre. En mai 2014, mes cinq premiers livres sont sortis.

D’où est venue l’idée du nom ?
C’est un clin d’œil à cette bête tantôt attachante, tantôt effrayante qui rôde dans les contes, figure incontournable de la littérature jeunesse. Je voulais arriver à pas de velours dans le monde de l’édition tout en étant bien présente pour stimuler l’imagination des petits loups. L’idée de cheffe de meute prête à défendre ses petits me plait bien !

Comment choisissez-vous les projets que vous éditez ?
Je reçois plus de mille projets par an ! Parmi eux, quelques pépites… La majorité des projets naissent de rencontres, certaines à mon initiative. Il m’arrive également de solliciter des artistes pour illustrer certains manuscrits, de faire des “mariages” entre auteur et illustrateur. Quand ça fonctionne, c’est très réjouissant. Dans tous les cas, ça commence toujours par un coup de cœur !

Pouvez-vous nous présenter les personnes qui travaillent au sein d’À pas de loups ?
Nous sommes une petite structure en pleine croissance ! En tant qu’éditrice j’en suis la première collaboratrice, investie à 200% sur tous les fronts. C’est passionnant !
Pierre-Jean, mon mari, m’accompagne et me soutient depuis le début de cette belle aventure. Il s’occupe principalement du suivi administratif et financier d’À pas de loups et participe également aux décisions éditoriales.
Aylin Manço a rejoint l’équipe cette année après un stage de 6 mois, elle m’assiste dans le travail éditorial.
Annaig Schmiedeberg, graphiste indépendante, travaille avec nous depuis la création des premiers livres.
Et depuis peu, Daniela Bonerba, agente littéraire, défend notre catalogue auprès des éditeurs étrangers.

Pouvez-vous nous citer quelques ouvrages « phares » d’À pas de loups ?
Les premiers ouvrages qui me viennent à l’esprit sont nos livres collectifs d’illustrateurs : À pas de loups, où 42 illustrateurs se sont exprimés sur le thème du loup, avec un texte de Germano Zullo et S’aimer de Cécile Roumiguière qui nous offre un dialogue, celui, duo, de l’amour, inspirée par 39 artistes. Un troisième livre collectif sortira en juin 2019 : Je t’emmène en voyage de Carl Norac. Mais je suis fière des 50 livres qui composent aujourd’hui notre catalogue ! Ce sont des livres originaux ouvrant de belles portes sur le monde à nos lecteurs.

Qu’est-ce qu’un bon livre jeunesse selon vous ?
C’est un livre qu’on aura plaisir à relire encore et encore pour les émotions qu’il procure ou parce qu’il se démarque par son originalité graphique ou par son style. En bref : un livre qui ne laisse pas indifférent.

Pouvez-vous nous parler des « nouveautés 2019 » ?
Pas tomber d’Annie Agopian et Audrey Calleja (mai 2019) : Cet album est une ode surréaliste à la puissance des jeux d’enfants. Le terrain de jeu contient tout à la fois : les fantasmes et les peurs, le passé et le futur, des marelles et des malles au trésor, voire même des crocodiles !
La fille qui cherchait ses yeux d’Alex Cousseau et Csil (mai 2019) : Fine n’a pas d’yeux. Elle peut donc imaginer le monde comme elle l’entend : le visage bleu de son frère, une forêt au plafond de sa chambre… Mais tout de même, elle aimerait bien voir pour de vrai. Accompagnée des mésanges qui nichent dans ses cheveux, elle part en ville, à la recherche de ses yeux…
Trois Koutchoulous sans histoire de Mandana Sadat (juin 2019) : Il était une fois trois Koutchoulous sans histoire. Ça leur pose problème, parce qu’ils sentent que des petits yeux les observent. Ce sont les yeux des lecteurs, et les lecteurs attendent sûrement une histoire… Comment en trouver une ? Les trois Koutchoulous vont partir à l’aventure.
Je t’emmène en voyage de Carl Norac (juin 2019) : C’est le dernier né de la collection d’ouvrage collectif d’À pas de loups ! « On ne fait pas un voyage, c’est le voyage qui nous fait. » Inspiré par cette citation de Nicolas Bouvier, nous avons invité quarante illustrateurs à s’exprimer librement sur le thème du voyage. Les illustrations ont ensuite été ordonnées et liées entre elles par un texte de Carl Norac.
Kini, le monde à bras le corps d’Ingrid Thobois et Géraldine Alibeu (sept 2019) : Cet album nous emmène sur la trace de l’écrivaine et aventurière Ella Maillart, depuis
les rives du Lac Léman jusqu’au périlleux Turkestan chinois, en passant par l’URSS et l’Afghanistan.
Calamity Jane, l’indomptable (septembre 2019) : Toute sa vie, Calamity Jane a écrit des lettres à sa fille sans jamais les envoyer. A partir de ces missives, cet album raconte l’histoire de cette éternelle rebelle. Et en filigrane apparaît une lettre d’amour au Far West et à la liberté.
Le petit chaperon rouge de Julia Chausson (octobre 2019) : L’illustratrice Julia Chausson s’approprie une version orale nivernaise du Petit Chaperon Rouge. Ses magnifiques gravures noires et rouges plongent le lecteur dans une atmosphère féroce et inquiétante. Entrez donc dans la forêt : vous n’avez jamais vu le Petit Chaperon comme ça !

Bibliographie (sélective) :

  • Paraquoi, texte d’Alex Cousseau, illustré par Éva Offrédo (2019), que nous avons chroniqué ici.
  • Jean-Kévin, texte de Cécile Roumiguière, illustré par Géraldine Alibeu (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Bienvenue, texte de Raphaële Frier, illustré par Laurent Corvaisier (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon chien, papa et moi, texte de Raphaële Frier, illustré par Marc Daniau (2018), que nous avons chroniqués ici.
  • Le kiwi du kiwi et Le dodo du dodo, d‘Éva Offrédo (2018), que nous avons chroniqués ici.
  • Dans l’atelier de Jean Dubuffet, de Sophie Daxhelet (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • La forêt d’Alexandre, de Rascal (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Kado, texte de Thomas Scotto, illustré par Éric Battut (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Les mots qui manquent, texte d’Anne Loyer, illustré par Bobi+Bobi (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Mur, texte d’Anne Loyer, illustré par Nathalie Paulhiac (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • S’aimer, texte de Cécile Roumiguière, illustré par un collectif (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Petite, texte d’Anne Cortey, illustré par Audrey Calleja (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Circus, d’Albertine (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Sur un toit, un chat, texte de Cécile Roumiguière, illustré par Carole Chaix (2014), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez les éditions À pas de loups sur : https://apasdeloups.com.


Parlez-moi de… Histoires de France en 100 fiches illustrées

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur·trice, son illustrateur·trice et son éditeur·trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Histoires de France en 100 fiches illustrées que nous revenons avec Nayel Zeaiter (auteur et illustrateur) et Marie Bluteau (éditrice).

Nayel Zeaiter (auteur et illustrateur) :
Ce livre est le développement d’un travail fait en 2014, dans le cadre de mon diplôme de fin d’étude aux Art Décoratifs de Paris. J’avais alors réalisé une série de 7 affiches couvrant l’intégralité de l’histoire de France. Leur forme, dessin et texte fléchés dans de longues compositions verticales, était inspirée à la fois des tableaux d’élocution d’école primaire et des images didactiques d’internet, les infothread, sortes de manuels à dérouler pour faire tout et n’importe quoi. Sur un plan historique, je traitais d’événements peu communs dans les manuels d’histoire actuels, et parfois très anecdotiques. Les éditions de la Martinière Jeunesse ont vu ce travail et l’ont beaucoup aimé. Ils m’ont proposé de développer ma série d’affiche en livre. Un livre de 160 pages, en grand format, avec une centaine de planches. C’est à partir de leur proposition que j’ai commencé à écrire et dessiner Histoires de France en 100 planches illustrées. Ma démarche historique a été celle d’un artiste. J’ai essayé de dessiner des scènes de l’histoire de France qui sont peu représentée, ou pas du tout. Je m’intéresse aux événements annexes, aux personnages secondaires que je mets au même plan que les grandes figures traditionnelles. Je parle beaucoup dans ce livre de conflits mineurs, d’attentats, de coups d’état ratés. Dans le même temps j’omets des grandes périodes, ou les résume en une courte phrase. C’est ce que je peux me permettre en tant qu’artiste : prendre une posture d’historien naïf. »

Marie Bluteau (éditrice) :
Lorsque j’ai rencontré Nayel Zeaiter pour la première fois, lors d’un rendez-vous organisé par notre directeur artistique, lui même sorti des Arts Décoratifs de Paris, je suis restée bouche-bée face à son travail. Il nous présentait des affiches réalisées pour son diplôme de fin d’étude et immédiatement, j’ai su que j’allais lui proposer d’en faire un livre.  Son travail m’est apparu fort et innovant et je trouvais que cette mise en scène unique était un véritable tour de force graphique pour redécouvrir l’histoire de France. Bien sûr, il s’agissait d’un vrai pari d’éditeur car je savais que cet ouvrage allait (d)étonner par son traitement, mais nous étions convaincus que cet énorme travail de documentation et le foisonnement graphique en ferait un livre percutant. Par ailleurs, c’était un vrai challenge que nous demandions à Nayel : réaliser 100 planches, 1000 dessins, cartes et autre galerie de portraits avec parallèlement la rédaction d’un contenu solide et la recherche d’un ton « d’auteur ».  Mais il s’est prêté au jeu avec détermination et nous a offert un ouvrage magistral dont il peut être aussi fier que nous le sommes. »


Histoires de France en 100 fiches illustrées 

de Nayel Zeaiter
sorti chez De la Martinière Jeunesse (2018),
chroniqué ici.

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Par 15 juillet 2015 Les invités du mercredi

Cet été, comme l’été dernier, vous pourrez lire, tous les mercredis, une question d’enfant et la réponse d’auteur-e-s, illustrateur-trice-s, éditeur-trice-s… Aujourd’hui, c’est une question de Madeleine, 7 ans : « Qui décide si un livre sera grand, moyen ou petit ? Pourquoi parfois le livre existe en grand et en petit format (comme par exemple Caca Boudin de Stephanie Blake) ? Qui décide s’il sera rectangulaire ou carré ou même rond ? ». Les éditeur-trice-s Laurence Nobécourt, Rafaèle Wintergerst, François David, Mélanie Decourt, Christelle Renault et Odile Josselin ont accepté de lui répondre, vous découvrirez, en même temps qu’elle, leurs réponses. CV_ZIZI_CARRES_RVBChacune des questions retenues fait en plus gagner un ouvrage à l’enfant qui l’a posée. Cette question permet donc à Madeleine d’avoir la chance de recevoir, grâce aux éditions Talents Hauts, Le zizi des mots de Élisabeth Brami et Fred L., un album qui dénonce le sexisme de la langue française (nous l’avions chroniqué ici).


« Qui décide si un livre sera grand, moyen ou petit ? Pourquoi parfois le livre existe en grand et en petit format (comme par exemple Caca Boudin de Stephanie Blake) ? Qui décide s’il sera rectangulaire ou carré ou même rond ? » (Madeleine 7 ans)

Laurence Nobécourt :
C’est l’éditeur qui choisit le format du livre mais on en discute  avec l’auteur/ l’illustrateur, on essaye de trouver ensemble le format le mieux adapté au projet de livre.
Pour les 12 premiers livres d’À pas de loups, nous avons 10 formats différents, c’est un choix : des petits livres carrés, de grands albums rectangulaires, des livres très étroits comme Une girafe sur le toit du monde qui suit la forme du cou de la girafe ou Un tour de cochons tout en hauteur comme l’arbre qui abrite la maison des cochons.
Circus est un leporello, c’est  un album accordéon qui mesure plus de 3 mètres lorsqu’on le déplie entièrement, l’illustratrice Albertine avait dessiné cette parade dans un carnet leporello et il a été imprimé quasiment à l’identique.
Il arrive parfois que des contraintes techniques ne permettent pas la réalisation de certains projets.
Nous venons de fêter le premier anniversaire d’À pas de loups et n’avons pas de livre réédité en petit format.

Laurence Nobécourt est l’éditrice d’À pas de loups.
Leur site : http://apasdeloups.com.

Rafaèle Wintergerst :
C’est toute une équipe qui décide si un livre sera grand, moyen ou petit. Il y a d’abord l’illustrateur et l’auteur qui ont souvent une idée de la taille qu’ils voudraient pour leur livre. La taille que l’on donne à un livre, c’est très important, car ça change complètement le rapport du lecteur avec le livre.
Si tu tombes sur un livre énorme, tu n’auras pas le même sentiment, la même attitude en l’approchant. Peut-être auras-tu envie de le montrer à tout le monde, de le lire à haute voix, de le regarder debout. Si un livre est au contraire, tout petit, mini mini, microscopique, tu auras certainement l’impression que c’est un sujet plus intime, que c’est un livre à découvrir tranquillement, caché dans sa cabane.
Une fois que l’auteur et l’illustrateur ont donné leurs avis, l’éditeur, s’il est d’accord avec eux, demande si l’imprimeur est capable de faire ce format pour un prix raisonnable.
Si c’est possible, c’est parfait.
Si c’est pas possible, trop cher, trop compliqué, il faut faire, malheureusement, des compromis.
Chez Winioux, nous avons publié Rien qu’une fois dans un tout petit format, parce que nous voulions donner envie au lecteur de le prendre partout avec soi. Dans sa poche, sous son oreiller, dans son sac, pour garder ses rêves à portée de main.
Pour répondre à ta seconde question, parfois, l’éditeur veut permettre au lecteur de voir le livre dans un grand format, mais ne veut pas non plus se couper d’un public qui n’aurait pas les moyens d’acheter cette belle version. Alors il fait aussi un petit format qu’il peut vendre moins cher.
Il peut y avoir aussi des éditeurs qui se trompent, qui impriment leur livre dans un format, puis qui se rendent compte que le livre ne rentre pas dans leurs étagères, alors, ils le réimpriment en plus petit…
Enfin, pour ta question de savoir qui décide s’il sera rectangulaire ou carré ou même rond, c’est une question qu’on se pose au tout début du processus. Parce que l’illustratrice ne peut pas commencer son travail avant de savoir le format du livre. Si elle fait des illustrations carrées, on aura du mal à les placer sur des pages rectangulaires. Il faut que tout le monde soit bien d’accord dès le début du travail.
Fabriquer un livre rond, ou dans une forme un peu plus originale (en forme de poupée, un livre troué…) coûte très très cher. La plupart de ces livres-là sont fabriqués en Asie.
Les éditeurs qui se creusent la tête pour parvenir à les fabriquer en France ou en Europe sont assez rares. Tu peux regarder au dos du livre, ou dans les mentions légales (ce qui est écrit en tout petit) où est imprimé le livre.
Chez Winioux, nous avons décidé de rester solidaires des imprimeurs français et belges. Si nous voulons une forme originale, il faut que l’on se débrouille pour arriver à le faire faire sur place. Il nous arrive donc parfois de faire du façonnage à la main. C’est rigolo, mais c’est un peu long.
Merci pour ces questions très intéressantes Madeleine !

Rafaèle Wintergerst est l’éditrice de Winioux
Leur site : http://editionswinioux.com.

François David :
Ta question est vraiment intéressante. Le choix de la forme d’un livre est en effet très important et cela me fait plaisir que tu y sois ainsi sensible. C’est l’éditeur toujours qui prend la décision finale, mais cela peut se faire sur les propositions de l’auteur ou de l’illustrateur. Chez Møtus, nous avons, comme tu l’indiques, un livre rond comme un visage (Mots d’enfants), et aussi un livre très très très haut et étroit (L’Homme), un livre tout noir (Noir/Voir), un livre tout blanc (L’enfant de la neige), un livre percé d’un large trou (La planète Avril), et également des livres-objets de formes très diverses et inattendues.  Par exemple le livre-objet Les bonbons-mots se présente comme un sachet de bonbons. Mais les bonbons, à l’intérieur, ce sont en fait des poèmes qui se dégustent avec délice. Là, pour répondre à ta question, c’est l’auteure, Aline Pirès, qui avait eu l’idée de cette présentation. Elle avait fait un modèle très proche de l’ouvrage tel qu’on peut le trouver. Møtus lui a seulement demandé d’écrire de vrais poèmes, au lieu de simples devinettes qu’elle avait d’abord proposées. Et comme le projet était un beau projet, précis, réalisable et quand même pas trop cher à fabriquer, Møtus a été très heureux de le publier. Et si tu le veux, tu peux maintenant savourer ces bonbons-mots.

François David est l’éditeur de Møtus
Leur site : http://motus.zanzibart.com.

Mélanie Decourt :
C’est l’éditeur ou l’éditrice, la personne qui est responsable du projet du livre dans la maison d’édition, qui décide du format et de la fabrication du livre, en accord avec l’auteur-e, et avec l’illustrateur ou l’illustratrice s’il y en a. L’éditeur prend les conseils de plusieurs personnes qui travaillent dans la maison d’édition :

  • le ou la graphiste, la personne qui fait la mise en page,
  • le directeur ou la directrice artistique, la personne qui s’occupe de l’aspect visuel des livres (couverture, illustrations, etc.),
  • le fabricant ou la fabricante, la personne qui est en relation avec les imprimeurs,
  • le ou la responsable du marketing, qui connaît bien le marché du livre, ce qu’attendent les libraires, les parents, les lecteurs et les lectrices.

On décide en fonction de plusieurs éléments. D’abord le public du livre.
Par exemple, un livre pour les tout-petits doit être très solide : tout en carton ou avec des pages qui ont l’air plastifiées (en fait pelliculées). Il doit être petit pour s’adapter aux petites mains : en général, ils ne dépassent pas 15 cm. On peut décider de faire des bords arrondis pour ne pas que les enfants se blessent.
Pour les lecteurs de ton âge, on privilégie les formats poche, faciles à tenir en main, avec beaucoup d’illustrations car vous commencez à lire.
On s’adapte aussi au projet, au sujet, au type d’illustrations. Un livre sur les girafes devra être plutôt en hauteur et grand. 😉 Un album sur un sujet intime, personnel, pourra être plus petit.
C’est vraiment le cœur du travail de l’éditeur-éditrice de trouver l’objet-livre qui correspond le mieux au projet et au public.
Quand un livre marche bien, on peut décider d’en faire une version poche, c’est-à-dire plus petite. Cette version touchera un vaste public parce qu’elle est moins chère. Elle est aussi moins lourde et plus pratique à transporter (dans ta poche, d’où son nom, ou dans ta valise de vacances par exemple !).
C’est le cas des romans que lisent tes parents, qui existent parfois en grand format et en poche C’est aussi le cas des albums que tu cites.

Mélanie Decourt est directrice éditoriale (albums et fictions) chez Nathan après avoir été éditrice chez Talents Hauts, maison qu’elle a co-fondée.

Odile Josselin :
Pour décider du format d’un livre il y a 2 grandes raisons :
Choisir un format qui renforce l’ambiance de l’histoire : petit pour une histoire intime avec des dessins minutieux, grand pour des dessins plus spectaculaires. Petit pour des petites mains, pas trop grand lorsqu’on d’adresse à des enfants qui commencent à lire et aiment bien avoir un livre de « lecture ». Grand pour rentrer encore plus dans un décor.
Horizontal si par exemple il y a des paysages de mer. Vertical si on est dans une maison, une forêt car ça donne plus l’impression d’être à l’intérieur. C’est selon les auteurs qui sont parfois plus à l’aise avec une taille et un sens pour leurs dessins. Dans les albums il y a parfois uniquement des double-pages remplies et parfois on alterne texte, image. Le format est aussi un moyen de reconnaître les livres d’un même auteur, d’un même personnage (ex : Lola de Claude K Dubois, Lou et Mouf de Jeanne Ashbé pour les petits, les livres de Mario Ramos). C’est un point dont on discute toujours avec les auteurs chez Pastel. Il y a une certain nombre de formats qui reviennent régulièrement pour des raisons pratiques.
La deuxième raison est une raison de production : Les machines des imprimeurs ont certains formats que l’on respecte afin de remplir au maximum les feuilles imprimées. Le carton des couvertures ne peut dépasser une certaine taille. Cela est important pour fixer un prix de vente qui ne soit pas trop cher.
À l’école des loisirs il existe des formats poche, la collection Lutin. Cette collection reprend certains livres du catalogue en plus petit format avec une couverture souple. Cela permet de proposer une même histoire moins chère, de l’emporter en voyage !
Il arrive qu’un même livre soit dans plusieurs formats. Chez Pastel nous avons plusieurs formats de Devine combien je t’aime car c’est une histoire qui parle à tout le monde. Il y en a donc un « normal », un tout en carton pour les petits, un avec une jaquette plus chic pour un cadeau et bientôt un avec un petit lapin comme un doudou.

Odile Josselin est éditrice chez Pastel.
Le site de Pastel

Christelle Renault :
C’est très souvent l’auteur qui décide du format original de son livre. On peut bien sûr le conseiller s’il hésite entre plusieurs tailles.
Quand le livre est publié pour la première fois, c’est en grand format, avec une couverture cartonnée.
Nous publions par la suite une version « poche » du livre, dans un plus petit format, avec une couverture souple, à un prix moins élevé.

Christelle Renault est éditrice album à l’école des loisirs.
Le site de l’école des loisirs

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