La mare aux mots
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Le Muscadier

Un road-trip, un roman noir : deux lectures surprenantes

Par 19 août 2019 Livres Jeunesse

Mes deux conseils du jour sont des romans qui se dévorent. L’un est une histoire loufoque entre Floride et Géorgie, l’autre est un roman noir sur une adolescente au destin bien sombre.

Louisiana
de Kate DiCamillo (traduit de l’américain par Antoine Pinchot)
Didier Jeunesse
13,90 €, 145×215 mm, 160 pages, imprimé en France chez un imprimeur écoresponsable, 2019.
Je voulais juste être libre
de Claire Gratias
Le Muscadier dans la collection Rester vivant
13,50 €, 140×190 mm, 216 pages, imprimé en Slovaquie chez un imprimeur écoresponsable, 2019.

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Homophobies [CHRONIQUE EN LIBRE ACCÈS]

Par 15 mars 2019 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose quatre romans qui parlent, chacun à leur manière, d’homophobie. Des réalités parfois difficiles à lire, mais il est toujours nécessaire de rappeler ce que subissent les lesbiennes, les gays et les bisexuel·le·s. Petite précision : afin de ne pas alourdir le texte je ne préciserai pas chaque fois qu’il s’agit peut-être de bisexualité et non forcément d’homosexualité (raccourcis souvent simplistes), mais chacun·e verra ce qu’il veut dans ces histoires.

Ils marchent dans la rue, pressent le pas, derrière eux fusent les « Salopes ! Pédales ! » et « Vous allez voir c’que c’est qu’des vrais mecs ! ». Puis ils sont rattrapés et les coups commencent, le sang qui coule, puis le noir. Un an plus tôt tout avait commencé comme beaucoup d’histoires d’amour : une fête, un copain qui a un peu trop bu et qui ne peut pas rentrer chez lui, un lit partagé et les choses dérapent…
Le roman de Florence Cadier est absolument magnifique. Si la scène d’ouverture nous happe, nous scotche et fait monter les larmes aux yeux (ou des envies de violence, c’est selon), on enchaîne très vite sur des choses plus douces, une belle histoire d’amour qui débute, la découverte de l’homosexualité et de la « sexualité » tout court (même s’il n’est pas réellement question de sexualité à proprement dit), mais aussi l’envie de partager avec les ami·e·s (pas évident quand on se sent différent·e), la réaction des parents et de l’entourage en général. L’autrice nous fait vivre les événements de façon chronologique (un an avant la scène de violence, six mois avant, trois mois avant…) et l’on découvre ainsi l’évolution d’une histoire d’amour, mais aussi le cheminement de l’acceptation d’un jeune gay. Certaines scènes sont très fortes (comme l’une des scènes de discussion parent-enfant ou la scène de tabassage), l’écriture de Florence Cadier est superbe et elle réussit à nous faire monter les larmes aux yeux, la chair de poule et l’envie de rencontrer ce jeune garçon, d’être son ami.
Un magnifique roman sur une belle histoire d’amour entre deux garçons, qui traite aussi d’homophobie.

Dans la classe d’Elsa, il y a une fille qui la trouble particulièrement, elle n’arrive pas à ne pas la regarder en classe. Elsa sait qu’elle est différente, alors quand une fille de l’école se fait traiter de lesbienne, elle décide de sympathiser avec elle, peut-être qu’elle pourra l’aider à comprendre qui elle est…
Magnifique portrait d’une ado qui se sent mal dans sa peau et qui n’en sait pas la cause (elle comprendra qu’elle est tout simplement attirée par les filles). Perrine Leblan parle aussi parfaitement des aprioris (ce n’est pas parce que quelqu’un nous semble gay ou lesbienne qu’il·elle l’est). Ici, on parle aussi d’homophobie (celui subi par une fille alors qu’elle n’est pas lesbienne, mais aussi un ami de la famille que le père refuse de voir parce que gay) et d’entraide. C’est un court roman efficace, qui laisse la parole à une jeune fille qui va grandir devant nous. La phrase de fin est absolument magnifique, mais je ne vous la dévoilerai pas ici.
Un court roman, très beau, sur l’histoire d’une jeune lesbienne qui apprend à se connaître.

Yvan est en prison, de deux coups de poing il a tué Sandra. Il est assis là, il ne comprend pas. Sonné. Grâce à lui, mais aussi à sa sœur et à Thomas, le petit ami de sa sœur, on va petit à petit comprendre comment les choses se sont passées…
Bon… j’avoue avoir très longuement hésité à mettre ce livre-là dans cette sélection. On y parle d’homophobie, mais ici la victime principale n’est pas de ce côté-là… Attention, pour vous en parler je vais vous dévoiler le dénouement (si vous ne le souhaitez pas, passez directement au livre suivant), mais de toute façon dès le départ, si vous savez que le livre parle d’homophobie vous allez deviner ce qui ne nous est révélé qu’à la fin. Thomas n’est en fait pas le petit ami de la sœur d’Yvan, mais d’Yvan lui-même. S’il a frappé Sandra jusqu’à la tuer, c’est parce qu’elle l’a menacé de révéler son secret. On parle donc bien d’homophobie ici et les deux garçons sont loin des clichés que l’on peut voir bien souvent dans les histoires où deux garçons s’aiment, et ils doivent se cacher, subissent des insultes, mais bien entendu on ne peut pas admettre la violence et le meurtre. Bref, si j’ai beaucoup aimé ce roman, je suis partagé, non pas sur le roman lui-même, mais sur sa place dans une sélection sur l’homophobie… je vous laisserai juger ! On y parle aussi beaucoup du non-dit, des conditions sociales, d’amour, d’oser affirmer être qui l’on est… L’auteur montre aussi avec beaucoup d’intelligence que tout n’est jamais noir ou blanc et que chacun·e a souvent sa propre version des choses tout en pensant que la sienne est la vraie.
Un court roman très fort sur la violence des mots et la violence des coups.

Jasmin Roy est une personnalité québécoise. Homme de télé et de radio, mais aussi acteur, c’est un homme connu et reconnu. Pourtant son enfance n’a pas été rose, il la raconte par petites touches, de courts chapitres, qui font froid dans le dos. Il a souhaité compléter son témoignage de ceux de gens qui ont vécu la même chose à notre époque, pour qu’on ne lui dise pas que l’homophobie qu’il a vécue dans les années 70 n’existe plus aujourd’hui.
Sale pédé, Pour en finir avec le harcèlement et l’homophobie à l’école est un livre absolument bouleversant, il y a bien sûr l’acharnement dont est victime Jasmin Roy, mais ça souvent il suffit de regarder autour de nous pour savoir ce qu’est l’homophobie, mais le plus fort, d’après moi, dans son témoignage ce sont les conséquences. Conséquences à l’époque, mais encore aujourd’hui. Il parle de sa peur, de ses crises d’angoisse, de son manque de confiance en lui, de sa peur des autres… toutes ces choses qui pourrissent sa vie d’homme adulte et qui sont liées aux traitements qu’il a subis dans son enfance. Les témoignages qui complètent le sien sont tout aussi bouleversants (on regrettera toutefois le peu de présence féminine, 1 témoignage de fille pour 9 de garçons). Que ce soit la première partie ou la seconde, on nous rappelle à quel point les adultes sont souvent complices de cette homophobie (sans doute l’une des choses les plus fortes dans ce livre) et qu’elle est souvent plus liée à une apparence ou à une façon d’être qu’à une réelle homosexualité.
Un témoignage extrêmement fort, complété de dix autres, pour rappeler l’horreur qu’est l’homophobie et à quel point elle détruit des vies. Un ouvrage qui devrait servir d’outil dans les écoles afin d’ouvrir les yeux.

On parle aussi d’homophobie, notamment, dans le roman Les maux bleus, les albums Les papas de Violette et Papa, c’est quoi un homme haut sèkçuel et dans les documentaires Discriminations, inventaire pour ne plus se taire et Riposte ! Comment répondre à la bêtise ordinaire. Tous les ouvrages LGBTQI+ que nous avons chroniqués sont répertoriés ici et nous préparons un webzine sur le sujet que vous découvriez en juin. N’hésitez pas à nous signaler en commentaires les livres que vous aimez sur le sujet.

Je les entend nous suivre
de Florence Cadier
Le Muscadier dans la collection Rester Vivant
9,50 €, 140×190 mm, 90 pages, imprimé en France, 2018.
La peur au placard
de Perrine Leblanc
Oskar Éditeur dans la collection Court MÉ-Trage
7 €, 115×170 mm, 77 pages, imprimé en Europe, 2015.
Le sens de l’honneur
de Roland Godel
Oskar Éditeur dans la collection Court MÉ-Trage
6 €, 115×170 mm, 83 pages, imprimé en Europe, 2014.
Sale pédé, pour en finir avec le harcèlement et l’homophobie à l’école
de Jasmin Roy
Les Éditions de L’homme
13 €, 154×229 mm, 165 pages, imprimé en France, 2016.

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Retours

Par 22 février 2019 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose un roman poignant sur un homme qui rentre dans son pays accompagné d’un enfant et une série de manga sur un garçon qui revient dans la vie d’une fille qu’il a persécutée à l’école.

Les murs bleus
de Cathy Ytak
Le Muscadier dans la collection Rester Vivant
12,50 €, 140×190 mm, 176 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2018.
A Silent Voice
d’Yoshitoki Oima (traduit par Géraldine Oudin)
Ki-Oon dans la collection Shonen
6,60 € par tome, 115×175 mm, 192 pages chacun, imprimé en France, 2015-2016.

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Roman rime avec environnement

Par 2 août 2014 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, on se met au chevet de notre planète et de ses occupants !

génétikEmbarquons sur Génétik, la planète modifiée. On retrouve la famille Plume, Pauline la journaliste qui doit écrire un guide de voyage, Philippe son mari et leurs trois enfants : Alice, Baptiste et Constant, sans oublier Patatras, le chien. Sur Génétik, il n’y a pas d’hôtel, mais des laboratoires. C’est le royaume des scientifiques et des OGM. Ça fait d’abord rire tout le monde de voir des « chachiens » ou des œufs sur pattes qui se rangent tout seuls dans leur boîte, mais très vite, la petite famille se rend compte que parfois, les savants ne maîtrisent pas toutes leurs expériences…
Avec ce nouveau tome de la collection Ma planète préférée, on va encore vivre des expériences un peu folles, et surtout porter un regard critique sur ce qui se passe autour de nous. Sylvie Baussier et Pascale Perrier nous permettent de réfléchir avec humour sur les conséquences de certaines expériences scientifiques, surtout quand elles sont menées avec excès, sans trop de réflexion. On rit des aventures de la famille Plume, avec ces personnages hauts en couleurs, et les illustrations de Marie de Monti, gaies et colorées complètent ce roman à la fois plein d’humour et instructif. En effet, on trouve également en fin d’ouvrage, un quiz pour savoir comment ça se passe réellement chez nous, sans manichéisme (il y a aussi beaucoup de positif dans les expériences scientifiques).
Un roman complet ludique et instructif pour s’intéresser aux questions d’environnement de notre époque !

pense bêtesUne poule élevée en batterie qui nous raconte son quotidien, une visite de zoo un peu particulière, un mouton qui se révolte et cherche à entraîner avec lui ses congénères, et enfin un chien de chasse qui ne supporte plus la télévision que regarde son maître, Pense bêtes donne la parole aux animaux.
Les animaux du monde d’aujourd’hui, qui souffrent parfois du traitement que leur réservent les humains. Christophe Léon nous présente ainsi quatre fables modernes, pour réfléchir à certains comportements et se mettre à la place des bêtes. C’est acide, ça pique, et les adolescents (le niveau de langage est assez élevé pour des enfants plus jeunes qui auraient du mal à saisir certains passages je pense) devraient sans doute voir certaines tendances de la société d’aujourd’hui d’un autre œil…
Un engagement fort et original sur des sujets quotidiens écrit avec justesse et humour noir !

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué d’autres livres de Sylvie Baussier (Touristoc, la planète aux vacances et T’as la tchatche), Pascale Perrier  (Touristoc la planète aux vacances, Le bonheur en cinq lettres et Le bonheur en cinq mensonges) et Marie de Monti (Touristoc, la planète aux vacances). Retrouvez également notre interview de Pascale Perrier.

Génétik, la planète modifiée
Texte de Sylvie Baussier et Pascale Perrier, illustré par Marie de Monti
Gulf Stream dans la collection Ma planète préférée
11 €, 125 x 180 mm, 77 pages, imprimé en Italie, 2013
Pense bêtes
de Christophe Léon
Éditions du Muscadier dans la collection Place du marché
7,90 €, 125 X 190 mm, 88 pages, imprimé en Union Européenne, 2013

À part ça ?

La boîte verte nous propose de découvrir de magnifiques photographies colorées de Zhangye Danxia, en Chine. De quoi voyager sans bouger de chez soi !

Marianne

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Emotions au programme !

Par 26 avril 2014 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous présente deux romans pour adolescents, qui m’ont beaucoup émue. C’est simple : deux romans, deux coups de cœur !

charlieLuce était en classe de quatrième. Elle avait treize ans. Et elle a rencontré Charlie, qui vivait alors dans la rue. Une rencontre forte pour les deux personnages, qui va bouleverser leurs vies respectives…

Je ne livre pas beaucoup plus de détails de ce court roman intense, mais je peux vous dire que j’ai vraiment été séduite. Je connaissais François David comme auteur d’albums, souvent un peu en décalage avec la réalité, oniriques et fantastiques, et là, il nous présente une histoire au contraire bien ancrée dans le quotidien, avec ses joies, ses peines et ses difficultés. En réalité, il s’est inspiré d’une histoire vraie, et à la fin de l’ouvrage, on découvre une interview très intéressante de Luce, Laure dans la « vraie vie », par l’auteur. Un vrai plus ! Mais traiter d’un sujet quotidien et vécu n’empêche pas la poésie, les jolis mots et la tendresse. Une vraie réussite !

ApresLaVagueMaxime a seize ans. Il est en vacances dans un bel hôtel en bord de plage, en famille. Les vacances s’écoulent paisiblement, mais comme dans toutes les familles, il y a parfois quelques accrocs. Les parents vont se balader de leur côté, les jumeaux restent à l’hôtel. Rien de plus normal, c’est la vie. Sauf que la vie va prendre une toute autre tournure : nous sommes en 2004, et une énorme vague déferle sur la région. Le tsunami. Et Maxime doit lâcher la main de sa sœur…

Préparez les mouchoirs. J’ai plusieurs fois eu la gorge serrée à la lecture de ce roman. Premièrement, à cause de l’événement en soi : c’est rare que l’on traite du tsunami dans les romans pour adolescents, et c’est déjà émouvant. Mais surtout pour tout le reste. En effet, bien au-delà de la catastrophe, Orianne Charpentier nous parle surtout de tout le reste : le deuil, la culpabilité, le traumatisme qui s’installe durablement, et tout ce que cela implique pour un adolescent de seize ans… Le titre, Après la vague, est particulièrement bien choisi. Pourtant, ce n’est  pas larmoyant. Je dirais plutôt percutant ! Et plein d’espoir également !

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué d’autres livres de François David (L’homme, Un rêve sans fin, Georges Brassens, à la lèvre un doux chant, Vole vole vole et Les bêtes curieuses). Retrouvez aussi notre interview de François David.

Charlie
de François David
Le Muscadier dans la collection Place du marché
6,90 €, 125 x 190 mm, 67 pages, imprimé en Slovaquie, 2014
Après la vague
de Orianne Charpentier
Gallimard Jeunesse dans la collection Scripto
8,90 €, 130 x 200 mm, 161 pages, imprimé en Italie, 2013

A part ça ?

Prenez place au cœur d’un feu d’artifice !

Marianne

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