La mare aux mots
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Le tour de la question

Les invités du mercredi : Huile d’olive & Beurre salé et Le tour de la question : la critique ( + concours)

Par 16 janvier 2013 Les invités du mercredi

Aujourd’hui je suis heureux de recevoir les auteurs d’un de mes plus gros coups de cœur de l’année dernière, Huile d’olive & Beurre salé (Debora Di Gilio et Fabienne Morel) qui ont écrit ensemble le génial L’ogresse poilue (que je vous propose de gagner après l’interview). Ensuite, pour le dernier Tour de la question (j’ai décidé d’arrêter cette rubrique), j’ai proposé à de nombreux auteurs et illustrateurs de parler de la critique. Très peu d’auteurs ont accepté de me répondre sur ce sujet tabou mais j’ai eu la chance que deux très bons auteurs acceptent, Benoît Broyart et Gaël Aymon.


L’interview du mercredi : Huile d’olive & Beurre salé

Huile d'Olive & Beurre salé

Quel est votre parcours à chacune ?
Debora : après les études à la fac,  je me suis cherchée humainement et professionnellement pendant de nombreuses années jusqu’à ce que je décide de partir en France. Je suis venue ici pour faire du théâtre gestuel (je ne parlais pas un mot de français) et maintenant je n’arrête pas de conter (et de bouger !). Je développe mon premier amour, qui est le mouvement, en animant des ateliers de danse-théâtre avec des personnes IMC (NDLR : Infirmité Motrice Cérébrale).
Fabienne : les quatre mots-clés de mon parcours sont : Histoire, enfance, patrimoine, édition. Le trait d’union de ces centres d’intérêt ? Le conte, bien sûr. Mais ça je ne l’ai découvert  que depuis que je suis conteuse et que j’écris des livres de contes. Ce n’est pas une belle histoire ?

Comment est né Huile d’olive & Beurre salé ?
On s’est connues pendant un cours de cuisine… cuisine des contes bien sûr. Le cuisinier L'ogresse poilueen chef était Gilles Bizouerne. Fabienne a fait découvrir le kouign aman à Debora et Debora lui a fait goûter les pâtes faites à la main : orecchiette alle cime di rapa della sua mamma ! Bref, la rencontre de la douceur bretonne et de l’énergie italienne. Une explosion de saveurs inspirante. Et c’est comme ça qu’est né notre duo « lipidineux ».

Comment écrivez-vous ensemble ?
Debora : c’est comme dans un match de ping-pong : les idées rebondissent de l’une à l’autre et parfois la balle sort complètement de sa trajectoire et va atterrir dans le beurrier qui se trouve sur le buffet (car il ne faut pas le mettre au frigo sinon il est trop dur, n’est-ce pas Fabienne ?).
Fabienne : je dirais plutôt que c’est comme un match de catch (normal, on n’est jamais d’accord !), les mots s’affrontent, dérapent comme parfois les corps sur une flaque d’huile renversée sur le ring. En tout cas, que la balle tombe dans le beurrier ou que les corps glissent dans l’huile, c’est souvent dans les sorties de piste que s’exprime le mieux notre inventivité. On a constaté dans notre travail que, comme le dit si bien C. Chaplin, « le rire est le plus court chemin entre deux êtres ».

D’où viennent vos histoires ?
Nous avons commencé notre répertoire en puisant dans les versions traditionnelles italiennes et bretonnes des contes classiques. Maintenant, tout en restant chez nous, nous ouvrons nos sources en direction d’histoires vraies liées à des croyances populaires qui ont inspiré notre dernier spectacle La fille aboie, l’araignée danse.

Quelles étaient vos lectures d’enfants, d’adolescentes ?
Debora : Quand j’étais petite il n’y avait pas de livre chez moi. J’ai lu et relu un album de contes, le seul que j’avais. C’est ma grande sœur qui m’a transmis l’amour pour les livres. Parmi mes auteurs préférés il y avait Pirandello, A. Huxley, G. Orwell, Bulgakoff. Et puis j’ai découvert  la BD : parmi les italiens Stano avec son personnage qui a marqué ma jeunesse, Dylan Dog et puis Mafalda de Quino et encore les œuvres de Miller ou de W. Eisner.
Fabienne : Petite fille, j’ai lu les Martine, dévoré les Clubs des Cinq de la bibliothèque rose et les Alice de la bibliothèque verte. Plus tard, je me suis plongée dans les classiques de la littérature française. J’ai particulièrement aimé Emile Zola.

Crédit photo : Jeanne Falaise (noir & blanc) et Dorothée Marais (couleur)Parlez-moi de L’ogresse poilue.
Ah,  le poil ! Vaste sujet dans les conversations féminines ! Une obsession pour certaines [moi je dis ça, je dis rien, n’est-ce pas Debora ?]. L’ogresse nous plaît parce qu’elle assume, elle !
C’est une histoire qu’on raconte depuis 2007 et toujours avec autant de plaisir car, à chaque fois, les réactions des enfants (et des adultes) sont source de fraîcheur : il y a du rire, de la peur, de l’étonnement et des silences éloquents. Quand les éditions Syros nous ont proposé d’en faire un album-CD, nous avons accepté avec joie de tenter l’aventure et… nous ne l’avons pas regretté.

Quels sont vos projets ?
Pour le moment, notre énergie est mobilisée sur notre nouveau spectacle La fille aboie, l’araignée danse. Nous serons bientôt en résidence pour finaliser notre création. Côté Huile d’olive, Debora utilise les livres de la collection Le tour du monde d’un conte (Syros) de Beurre salé (et Gilles Bizouerne, aussi !) pour un projet contes en direction des enfants malades de l’hôpital Necker.

Bibliographie d’Huile d’olive & Beurre salé :

Bibliographie sélective de Fabienne Morel :

Retrouvez Huile d’olive & Beurre salé sur leur blog : http://www.huiledolivebeurresale.eu

Comme je vous le disais avant l’interview, grâce aux éditions Syros je vais faire un chanceux parmi vous ! En effet celui ou celle qui sera tiré au sort va recevoir le très drôle L’ogresse poilue, un des meilleurs livre-CD sorti ces dernières années. Alors pour participer vous allez me donner votre avis sur la question du tour de la question (qui suit cette interview), les critiques influencent-elles vos choix ? Vous avez jusqu’à lundi 20h pour rendre vos copies.


Le tour de la question… La critique, un mal nécessaire ?

Une fois par mois j’ai proposé à plusieurs auteurs de répondre à une même question, ce mois-ci je leur ai proposé de nous parler des critiques, comment ils les vivent. Ça sera le dernier tour de la question, dès le mois prochain je vous proposerai un nouveau rendez-vous.

 © Yvon BoëlleBenoît Boyart : En 2005, je sortais mon premier livre pour la jeunesse, Une bonne équipe, dans la collection Petite poche des éditions Thierry Magnier. Ce court roman mettait en scène un jeune narrateur qui vivait seul avec son père, divorcé de fraîche date, et qui s’était donné une mission : trouver une petite amie à ce dernier. Dans le corps du texte, une phrase : Les filles, c’est compliqué. Il n’en a pas fallu plus pour qu’on épingle ce texte et qu’on le décrive comme simpliste… voire sexiste, ce qui m’a fait bondir de mon siège. C’est mon premier rapport avec la critique. J’ai lu autre chose récemment à propos de Magie noire, court texte paru chez Sarbacane, décrivant le parcours de deux ados gothiques. La dame écrivait que ce livre était dangereux ! Enfin du grand n’importe quoi…

Pour autant, je pense que la critique est utile et nécessaire. Elle peut guider les lecteurs afin qu’ils se repèrent parmi le nombre impressionnant de publications proposées. Mais en littérature jeunesse, elle se heurte à un certain nombre d’écueils. Le premier est le peu de place qui lui est réservée dans les médias classiques. En effet, on considère trop souvent la littérature jeunesse comme une sous-littérature. Et c’est bien dommage… Le second accompagne malheureusement souvent le premier. Des blogs de toutes sortes foisonnent et n’importe quel lecteur s’improvise critique littéraire. Ainsi, on pourra trouver des lignes et des lignes sur Internet écrites sans discernement ni sens de l’analyse. Des avis de lecture tout juste, rédigés parfois dans une langue approximative. C’est pas très sérieux, tout ça !
Pour résumer, disons qu’il existe quelques lieux fort bien tenus par des passionnés, compétents qui plus est, surtout sur la Toile (La mare aux mots fait partie de ces lieux). Et bien sûr, c’est toujours plaisant de lire quelques lignes sur un de ses livres. Mais on trouve de telles absurdités, parfois, tout de même …
Benoît Broyart est auteur. Il vient de sortir Les caprices de Mélisse chez Milan Poche. Le dernier de ses ouvrages que nous ayons chroniqué est Vers un monde alternatif ? Son blog : http://benoitbroyart.blogspot.com

© William BeaucardetGaël Aymon : Je ne crois pas que les auteurs jeunesse soient très exposés à la critique. Les médias sont rares à s’intéresser à nous et ceux qui le font ont souvent autre chose à faire que de démolir les livres qu’ils n’ont pas aimé. Il y a donc assez peu de critiques négatives dans ce domaine. Quand un de mes livres est chroniqué dans la presse ou sur un blog, c’est presque toujours pour en dire du bien. Il serait donc difficile de dire que c’est « un mal nécessaire ». Plutôt un bien indispensable, si l’on veut que le public ait accès à nos ouvrages.
Les bonnes critiques sont toujours agréables à recevoir – et je remercie quand elles m’ont vraiment touché – et les mauvaises un peu dures à prendre dans la figure. J’ai eu deux billets très acerbes sur des blogs de bibliothécaires. Sur le coup, j’ai eu envie de répondre parce que je les trouvais malveillantes et injustifiées, mais après tout quelle importance? Avec l’essor des blogs de lecteurs, des commentaires-défouloirs sur les sites de vente en ligne, tout le monde se fend de plus en plus d’un avis péremptoire à l’emporte-pièce.
Pour l’écriture, je suis de toute façon imperméable à la critique. Je suis suffisamment sûr de moi et de ce que j’ai envie de dire.
Gaël Aymon est auteur, sa dernière parution, Les souliers écarlates, est un de mes coups de cœur de 2012 (nous l’avons chroniqué ), il écrit aussi pour la presse, sa dernière parution : Le conte des trois flocons, dans Mes premiers J’aime Lire de Janvier 2013 (Bayard Presse)

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Les invités du mercredi : Tious et Le tour de la question « Les réseaux sociaux, amis ou ennemis ? » (+ concours)

Par 19 décembre 2012 Les invités du mercredi

Un mercredi monstrueux ça vous dit ? Tout d’abord je vous propose de lire une interview de quelqu’un que j’adore, une de mes plus belles rencontres de cette année (d’abord artistique puis humaine), le génial et déjanté Tious. Vous ne le connaissez peut-être pas encore mais croyez-moi, on va en entendre parler ! A la suite de l’interview vous pourrez participer à un concours pour gagner des coloriages collectors dédicacés. Ensuite j’ai voulu demander à des auteurs et illustrateurs leur point de vue sur les réseaux sociaux, amis ou ennemis ? Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Tious

TiousFaut-il être un monstre soi-même pour dessiner des monstres ?
Un psychanalyste a fait une conférence sur les monstres en marge d’une de mes expositions et a expliqué que nous avions tous des  » monstres » en nous.
Là j’ai compris que j’étais barge….

Comment devient-on dessinateur de monstres ?
« Quand j’étais petit j’aimais bien les monstres… » (Stupeflip) mais ça résume bien….
Lorsque mes enfants (3 quand même !) me demandaient de leur dessiner des animaux et bien ils ne les reconnaissaient jamais alors j’ai inventé des monstres en me disant si je fais quelque chose qui n’existe pas, au moins on pourra pas critiquer la ressemblance….
Tranquille !Et puis un jour (janvier 2009) on me demande d’exposer mes monstres (qui sont à la base des peintures et des sculptures) dans un centre culturel et depuis tout s’enchaîne, à une vitesse qui me dépasse un peu…

Quels sont les illustrateurs qui vous inspirent ?
C’est très varié… mais de manière générale, il y a un mélange de ce que j’ai lu regardé dans mon enfance (Domitille de Pressensé, Ungerer, Éric CarleLes fraggle rock, Le village dans les nuages,…) j’en oublie la blinde ; avec quelque chose de plus décalé j’aime ce qui est drôle et stupide en même temps (Franquin, Gotlib, Les robins des bois, Les nuls, Derrick…) ça peut sembler 13 étranges (oh, grave la transition!) mais quand je dessine un monstre, il y a un peu de tout ça.

13 étrange(s)Comment est née l’idée du cahier d’activité 13 étrange(s) ?
Ça a commencé parce que lors de mon expo, je faisais des ateliers avec les écoles et je donnais un petit livret fait artisanalement aux enfants. Il y avait dedans des coloriages et des jeux monstrueux. Ensuite lors d’un gros projet d’expo que j’ai réalisé à Cambrai dans le Nord en mai 2011 on m’a proposé d’éditer un album de coloriage à la place d’un catalogue des œuvres exposées, l’idée m’a plu et zou… un jour alors que je travaillais sur les illustrations de Tranquille, j’ai envoyé des planches de jeux et coloriages monstrueux à Sophie de Frimousse et re-zou!!!

Avec quels auteurs rêvez-vous de travailler ?
Je sais surtout avec quels auteurs je ne veux plus travailler.
Après je mets les pieds dans la cour des grands depuis peu alors je suis un peu impressionné… j’ai rencontré plein d’auteurs géniaux à Montreuil cette année, alors on verra…

Quels sont vos projets ?
Je viens de finir ma cuisine, j’attaque les travaux dans la salle de bains (Hou le lourdingue… en fait ça part dans tous les sens). En vrac : j’ai participé à un projet d’album jeunesse avec Code animal sur les animaux dans les zoos qui sortira en 2013, depuis, ils m’ont sollicité pour leurs campagne de com. Pour adulte, Laurence coquine un nouveau fanzine, où je peux travailler en toute liberté, et ça, ça fait du bien… d’ailleurs Aurélie m’a demandé de bosser sur un projet de fanzine pour enfants et là : BANZAI !!! On va s’poiler…
Je travaille aussi sur un jeu de société avec des monstres bien sûr !
Je fais des affiches pour des festoch… des ateliers dans des médiathèques… Heureusement que plein d’éditeurs me refusent des projets sinon je pourrai pas suivre (fausse phrase sincère)… Ha excuse moi mon agent me dit à l’oreillette que je ne dois pas tout dire… sinon comme j’ai une idée à la con toutes les 30 secondes faut faire du tri mais des projets va y en avoir!

Sa bibliographie :

Retrouvez Tious sur son blog : http://www.tious.fr où vous pouvez acheter ses toiles, des badges monstrueux,… Allez aussi suivre sa page facebook ici.

Comme je vous le disais avant l’interview, Tious a décidé d’offrir aux lecteurs du blog trois albums de coloriage collector (ceux de l’expo) qu’il va dédicacer. Quand je vous disais qu’il était sympa le monsieur ! Alors pour ça, allez voir sa galerie de monstres sur facebook (ici) et dites moi quel est votre préféré ! Vous avez jusqu’à lundi 20h pour me le dire en commentaire ensuite je tirerai au sort parmi vos réponses. Bonne chance à tous !


Le tour de la question… Les réseaux sociaux, amis ou ennemis ?

Une fois par mois je propose à plusieurs auteurs de répondre à une même question, ce mois-ci je leur ai proposé de nous dire ce qu’ils pensent des réseaux sociaux. J’ai aussi interrogé quelqu’un qui n’y est pas présent, Muriel Zürcher.

Alice Brière HaquetAlice Brière-Haquet : Amis… et même vrais amis ! J’ai mis un peu de temps pour l’assumer. Le monde virtuel me semblait un demi-monde, un espace stérile où l’on perdait son temps en faux-semblants, les amis virtuels étaient donc des demi-amis et je ne les avouais qu’à moitié. Et puis un jour j’ai compris que derrière les écrans il y avait de vraies gens, avec de vraies sensibilités, et qu’il y avait moyen de faire ensemble de vraies belles choses. Alors j’ai ouvert mon blog. C’était le moment où j’écrivais mes premiers textes, le blog devait faire vitrine, il a aussi fait boudoir pour papoter, atelier pour présenter la patouille, carte de visite pour contacter les éditeurs. Internet s’est ainsi révélé être un lieu de rencontres formidable. Quand Facebook est devenu incontournable, j’y ai associé mon blog, c’est-à-dire que j’y annonce chacun de mes posts, et quand j’ai 5 minutes, je vais voir le « mur » de copains comme on va à la machine à café, prendre des nouvelles des enfants d’untel, ou du projet de machine. Tous ces gens, je les croise parfois sur des salons, et c’est sympa de se « retrouver », mais ce n’est finalement pas le plus important. Le « vrai » n’est pas dans le fait de se voir, le « vrai » c’est tout ce qu’on partage : les projets, les espoirs, les confidences… Autant d’échanges qui, paradoxalement, me manquaient cruellement avec mes collègues de salle des profs que je voyais pourtant quotidiennement ! Les faux-semblants sont là où on les installe, et Internet est un espace fécond pour qui veut bien y cultiver son jardin…. Alors voilà… Cinq ans plus tard, à travers tous ces petits mots croisés, j’ai l’impression de voir tissé autour de moi un réseau qui va bien au-delà d’une simple question de carnet d’adresses… Un truc fondamentalement humain… Et je trouve que la Toile, ça tient drôlement chaud parfois 😉
Alice Brière-Haquet est auteur. Elle vient de sortir Le Peintre des drapeaux, chez Frimousse, avec Olivier Philipponneau. Son blog : http://le-wonderblog.blogspot.fr

Anne LoyerAnne Loyer : Au début on me disait réseaux sociaux, je sortais mon revolver (en plastique). Hors de question de m’inscrire sur Facebook que je ne connaissais que par ouïe-dire et dont j’avais, a priori, une très mauvaise opinion. Mais, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis c’est bien connu ! Lorsque je me suis retrouvée dans ma bulle-maison, dans ma bulle-bureau, avec pour seul face à face mon ordinateur j’ai vécu de grands moments de solitude. Alors j’ai cherché et j’ai trouvé : des forums d’abord sur le sujet qui me passionnait : la littérature jeunesse. Tiens, je pouvais rencontrer et échanger sur le net avec des personnes dites virtuelles ! Révélation. Et tiens, il y en avait même qui faisaient des blogs. Mais faire un blog quand on débute juste, on a l’air de quoi, ça ressemble à quoi ? Poussée par la curiosité, l’envie d’essayer, j’ai osé ! Deuxième étage de la fusée ! Et puis on m’a dit « Mais un profil facebook c’est pas forcément un profil perso… » Ah bon ? OK J’essaye aussi ! J’ai gravi mes dernières réticences et j’ai poussé la porte de facebook… et franchement ? Je ne le regrette pas ! J’avoue bien humblement m’être trompée ! Et j’en suis ravie. Personnellement je ne mets rien de personnel (justement). Mais professionnellement c’est un fameux tremplin ! Pour découvrir de nouveaux talents, échanger en direct avec des amis virtuels transformés d’un coup de baguette internet en vrais amis, se tenir au courant de l’actualité de l’édition, trouver un contact… C’est une nouvelle fenêtre qui s’ouvre dans cette activité d’écrire qui est quand même bien solitaire… grâce à elle je me sens beaucoup moins seule et même si ça ne remplacera jamais les vrais contacts, avec les vraies tasses de café, les vrais papotages les yeux dans les yeux, ça permet d’attendre le prochain salon avec beaucoup plus de sérénité ! Alors oui, bien sûr, à consommer avec modération – tout comme twitter, google +… – et avec prudence, mettre des frontières entre vie privée et « vie publique », ne pas tout mélanger, savoir s’éloigner et prendre du recul… mais une fois tout cela maîtrisé, les réseaux sociaux ? Je leur tire… mon chapeau !
Anne Loyer est auteur. Son dernier livre sorti est La petite enquiquineuse et le vieux géant que nous avons chroniqué ici. Son blog : http://anne-loyer.blogspot.fr

Cécile VangoutCécile Vangout : Pour moi Facebook est, professionnellement parlant (sur le plan personnel ce serait plutôt une drogue, une horreur ce truc (rires)) un outil comme un autre, utilisé avec bon sens c’est bien pratique, plus interactif qu’un blog par exemple. Au tout début j’avais du mal avec cette petite phrase « untel aime untel et vous demande de l’aimer » !
J’ai un profil personnel sur lequel je ne me sens pas obligée de me « vendre », il y a bien sûr autant d’utilisations possibles que d’utilisateurs et ce n’est pas une critique, je m’y inclue d’ailleurs, mais il me semble qu’il y a une sorte de « copinage » un peu étrange qui peut parfois s’installer avec les profils perso, on a parfois du mal à poser des limites ou même à les distinguer. Et puis on s’auto censure, en tant qu’illustrateur on n’a pas forcément envie que tout le monde sache qu’on fait partie du club des amateurs d’andouillette ! Ou encore, j’ai eu l’occasion de le constater, il suffit parfois d’un mot, d’une phrase, mal interprété (ou pas), pour lancer de grands débats sur tout le réseau, avec le risque de se compromettre professionnellement.
A côté j’ai une page dédiée à l’illustration, mais du coup je décline plus systématiquement les demandes de contact sur le profil perso, c’est un peu le revers de la médaille car il m’arrive de faire de jolies rencontres par ce biais, il y a souvent de belles synchronicités, des personnes qui viennent à moi pour l’illustration mais avec qui je découvre de nombreuses affinités. L’un dans l’autre j’ai l’impression qu’il n’y a pas de réponse toute faite, entre soif de reconnaissance sociale et vrai plaisir d’échanger et de communiquer il faut faire preuve de souplesse et y aller au feeling, non ?
Cécile Vangout est illustratrice, son prochain album, Petit minus sort le 17 janvier chez L’élan Vert. Retrouvez-la sur son blog : http://cecilevangout.ultra-book.com

Nicolas GounyNicolas Gouny : J’ai effectivement une grosse présence sur les réseaux sociaux, je considère que c’est une partie de mon travail, et j’y consacre plusieurs heures par jour.
Je tiens à jour plusieurs blogs, trois pages Facebook, une page DeviantArt, trois boutiques en ligne et un site Internet (je crois n’avoir rien oublié)…
Donc clairement, pour moi, les réseaux sociaux sont des amis, d’autant plus que j’habite dans une campagne isolée, certes magnifique et peuplée d’animaux fabuleux, mais bien vide pour ce qui concerne mes co-disciples et les directeurs artistiques.
Comme tous les médias, ils ont un rôle déformant et grossissant. Il faut en tenir compte, et savoir que ce que l’on y bâti n’est qu’une image.
Et moi ça m’amuse d’en jouer, et de voir parfois le décalage entre l’opinion que se font mes « amis » de moi et ce que je crois être la réalité (finalement, on peut gommer des petits défauts, comme l’impatience, les caractères d’ours…).
Sans Internet, de toute manière, il serait inenvisageable, pour moi, de faire ce métier, c’est par Internet que j’y suis arrivé.
Nicolas Gouny est auteur et illustrateur, il vient de sortir Paolo !, que nous avons chroniqué ici, chez Frimousse. Retrouvez-le sur son site : http://www.la-parenthese-enchantee.fr

OLYMPUS DIGITAL CAMERAMuriel Zürcher : Je ne suis pas sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas une question de principe (quoique j’aurais un gros pincement aux neurones si je me décidais à cocher la petite case des conditions générales d’utilisation de Facebook). Je raisonne plutôt comme on évalue un médicament, dans une logique bénéfices/coûts.
Côté bénéfices, difficile de se passer des réseaux sociaux pour partager son point de vue sur telle ou telle question ou pour expérimenter de nouvelles formes d’écritures, mêlant réalité et fiction, écriture interactive, ou encore se pliant à un format spécifique, du genre twitter fiction. Pour le moment, je n’ai pas ce type de projet. Ma présence sur le web se limite donc à une vitrine professionnelle et ça me suffit. Evidemment, je passe à côté des bénéfices secondaires : la circulation de beaucoup d’infos, probablement aussi les rencontres avec les collègues, les échanges avec les lecteurs.
Mais tout cela ne fait pas le poids face au coût à payer, celui d’y passer un temps fou ! Et du temps, j’en manque déjà tellement…
Sans compter que les réseaux restent là, à portée de main. Le jour où j’en ressentirai le besoin, plouf !
Muriel Zürcher est auteur, elle vient de sortir Krok mais illustré par Emilia Conesa chez Winioux, nous l’avons chroniqué ici. Son site : http://minisites-charte.fr/sites/muriel-zurcher

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Les invités du mercredi : Eléonore Thuillier et Le tour de la question « Les dédicaces, moment de plaisir ou de stress ? » (+ concours)

Par 21 novembre 2012 Les invités du mercredi

Quelle joie aujourd’hui de recevoir la talentueuse Eléonore Thuillier. Je connaissais peu son travail et depuis quelques temps je découvre vraiment ce qu’elle fait et j’aime beaucoup. En plus, grâce aux éditions Auzou, j’ai la joie de faire gagner à l’un de vous un exemplaire de Le loup qui ne voulait plus marcher. Ensuite nous ferons le tour de la question « Les dédicaces, moment de plaisir ou de stress ? » avec deux réponses très différentes, celle de l’illustratrice Cécile Hudrisier et celle de l’auteur Fred Paronuzzi ! Beau mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Eléonore Thuillier

Quel a été votre parcours ?
J’ai fait des études littéraires avant d’entamer des études en Art Appliqués spécialisées dans la mode.

Quels sont les livres qui ont marqué votre enfance et votre adolescence ?
J’adorais Le petit Nicolas, et j’ai beaucoup lu et relu La Comtesse de Ségur. J’étais aussi très BD avec une nette préférence pour Tintin (grâce à mon père) surtout les albums avec le Capitaine Haddock.

Où trouvez-vous l’inspiration ?
Un peu partout. Une idée peut naître d’une image, un paysage, une chanson, une phrase… La magie est de se laisser surprendre. Par exemple, hier j’ai vu une maison ancienne aux portes et fenêtres murées… J’ai commencé à réfléchir, je ne sais pas ce que ça va donner mais ça m’a inspiré.

Quelle est votre technique ?
Peinture, gouache, acrylique ou aquarelle mélangée à du crayon de couleur et du numérique.

Le succès de votre loup ça change la suite ? (le téléphone sonne plus souvent, on vous demande tout le temps de faire des loups ou au contraire ça vous permet plus de liberté ?)
Ça ne change rien à part une satisfaction personnelle. C’est une belle aventure. En revanche, on ne me sollicite pas plus. J’ai conscience qu’un tel succès est une belle opportunité mais en même temps le personnage du Loup me colle à la peau. À moi de montrer régulièrement que je peux faire autre chose et j’en ai vraiment envie. Je le fais déjà grâce à la confiance que me portent les éditions Kaléidoscope par exemple. Cet automne est sorti un chouette album « Jour de piscine » écrit par Christine Naumann-Villemin.

Avec quel auteur rêvez-vous de travailler ?
Ça peut paraître prétentieux mais je rêverais de travailler avec moi-même si j’arrivais à coucher sur le papier les bribes d’idées qui germent dans ma tête… Sinon, il y a bien sûr des tas d’auteurs avec qui j’aimerais travailler mais je n’ose pas dévoiler les noms par pudeur. J’ai déjà été super gâtée. Travailler avec des auteurs comme Christine Naumann-Villemin, Séverine Vidal, Michaël Escoffier et Jean Leroy est une chouette expérience que je réitérerais volontiers. Et puis il y a des auteurs qu’on retrouve avec plaisir comme Orianne Lallemand bien sûr et Virginie Hanna avec qui je viens de partager un nouvel album.

Quels sont vos projets ?
Continuer à ravir les petits avec le Loup et surtout essayer d’écrire.

Ses derniers livres sortis  :

Retrouvez Eléonore Thuillier sur son blog : http://eleillustrations.blogspot.fr

Comme je vous le disais avant l’interview, les éditions Auzou m’offrent la possibilité de faire gagner à l’un de vous un exemplaire de Le loup qui ne voulait plus marcher. Pour ça je vais m’inspirer de mon tour de la question (la rubrique qui suit) : quelle est la plus belle dédicace que vous ayez eue et/ou celle que vous voudriez avoir (j’entends par là celle de l’artiste dont vous rêvez d’avoir une dédicace). Je tirerai au sort parmi les réponses. Je vous laisse jusqu’à lundi 20 h (comme d’habitude) !


Le tour de la question… Les dédicaces, pur moment de plaisir ?

Une fois par mois je propose à plusieurs auteurs de répondre à une même question, ce mois-ci je leur ai proposé de nous dire si les séances de dédicaces sont pour eux un pur moment de plaisir ou de stress.

Cécile Hudrisier : À chaque fois que je pars en dédicaces, je pense à mon tout premier salon de Montreuil, en 1997 ou 1998, du temps où je n’avais pas encore été éditée, du temps où je finissais mes études et réalisais juste quelques petites commandes pour les magazines de Milan Presse. J’avais entendu dire que si je voulais VRAIMENT devenir illustratrice, il FALLAIT que j’aille rencontrer des éditeurs à Montreuil. J’étais motivée, j’avais pris mon billet pour Paris, j’avais préparé plein de chemises avec plein de dessins et de travaux dedans. J’avais décidé d’arriver vers 10 h et de rentrer sur Toulouse vers 20 h, je me disais que ça me laissait plein de temps pour rencontrer plein d’éditeurs. J’avais pris le bus, le métro, j’avais fait la queue sous la pluie pour acheter mon entrée, j’avais sillonné les allées immenses et surchauffées du salon pendant sept bonnes heures, j’avais observé, tourné des pages, attendu le bon moment, essayé de deviner qui était qui parmi tous ces gens, j’avais été intimidée, perdue, et je n’avais finalement rencontré personne, montré mes jolis dessins bien rangés dans des chemises en plastique à personne, parlé à personne… ou si, très brièvement et on m’avait expliqué qu’il fallait prendre rendez-vous pour espérer parler à un éditeur durant le salon. Que cela ne se faisait pas de se pointer comme ça… Je n’étais pas au courant… J’aurais pu fondre en larmes. De fatigue, de stress, de m’être sentie bête, pas à ma place, mais j’étais restée, j’avais continué à regarder les gens de l’autre côté des tables, tous ces vrais illustrateurs, ces vrais auteurs, invités pour de vrai, assis à leurs vraies places, avec leurs albums à eux, leurs trousses et leurs éditeurs souriants à leurs côtés, qui discutaient, rigolaient, saluaient leurs lecteurs aux regards complices, tous ces gens qui savaient pourquoi ils étaient là… Je m’étais juste dit que ça devait être génial. Je m’étais demandée si un jour j’aurais cette chance. D’avoir ma place parmi eux. Même une toute petite. Dans un coin. Près des toilettes ! Peu importe !
Alors, le jour où mon premier album est sorti, où mon éditrice m’a invitée à venir le dédicacer pour quelques heures à Montreuil, c’était tout simplement la fête. J’ai reçu un badge, on m’a installée derrière une étiquette à mon nom, j’ai sorti ma trousse, et j’ai savouré ma chaise et mon bout de table comme jamais. J’ai apprécié chaque parole échangée. Et je pense sincèrement qu’à chaque signature, je suis dans cet état d’esprit : heureuse de pouvoir présenter mon travail, mon métier, de pouvoir échanger avec les gens, qu’ils soient lecteurs, « fans », professionnels, étudiants, ou juste des passants curieux…

J’aime bien rencontrer les gens qui achètent mes livres. Parfois, c’est juste comme ça, parce qu’ils passaient par là et que la couverture les a attirés, et repartir avec une dédicace ne les intéresse pas plus que ça ; d’autres fois, c’est plus touchant car je comprends que ce sont des gens qui
suivent mon travail, des gens qui avaient vraiment envie de me rencontrer et de me voir bricoler quelque chose pour eux avec mes petits papiers. Ces moments-là sont forcément super valorisants. Encourageants. Et ça renforce cette idée que je suis bien à ma place derrière cette table. Derrière ces livres que je suis fière de dédicacer…
Cécile Hudrisier est auteur et illustratrice. Elle vient de sortir P’tit Biscuit ou L’histoire du bonhomme de pain d’épices qui ne voulut pas finir en miettes chez Didier Jeunesse. Son blog : http://leschosettes.canalblog.com

Fred Paronuzzi :
Je n’aime pas les dédicaces. Je n’aime pas me retrouver derrière une table, mes livres devant moi, en tas, piètre camelot, guetteur de chaland. Je n’y suis pas à l’aise. Qu’est-ce que je suis censé faire, au juste ? Gueuler à la foule, en martelant ma poitrine, que MES livres sont des chefs d’œuvre incontournables, incontestables, indispensables, bien supérieurs aux milliers d’autres livres présents, qu’ils seraient vraiment fous à lier, ces gens (promeneurs ? lecteurs ? curieux ? ici par hasard ?), de passer à côté ? Prendre la posture de l’écrivain maudit, sombre, introverti, torturé, ou au contraire sourire d’un air béat tel l’idiot du village ? Susciter la pitié, sortir ma tête de chien battu, ou jouer au bel indifférent – « ça t’intéresse, ça t’intéresse pas, m’en fous, t’imagines même pas, pfff… »
Alors du coup, je ne fais rien de particulier. Je m’occupe. J’observe les physionomies, les attitudes, je tends l’oreille vers une conversation. Je parle à mes voisins s’ils sont disponibles (c’est le plus grand plaisir des salons, la rencontre avec d’autres auteurs – la plupart sont sympa, marrants, humbles, surtout s’ils sont étiquetés « jeunesse »… et vlan ! – et des libraires toujours passionnés). J’achète les livres des autres, je me les fais dédicacer (ben oui !), ravi de mes découvertes… ça pèsera lourd dans la valise, au retour, mais tant pis. Je m’absente (pipi, balade, café, nouveaux potes à voir). Et puis, me sentant un peu coupable, je reviens.
Si quelqu’un s’approche, manifeste un quelconque intérêt, je dis bonjour, comme me l’a appris ma maman. S’il feuillette un livre, je me sens presque embarrassé, je regarde mes ongles, je tousse dans mon poing. S’il me pose une question, je lui réponds avec beaucoup d’amabilité, même si, à choisir, je préfèrerais que l’on parle d’autre chose. S’il me dit (c’est arrivé) : « donnez-moi envie de lire vos livres », je montre les dents, j’écume, j’envoie paître. Non mais ! Et, la crise passée, je me dis que je serais mieux ailleurs… à écrire, tiens, par exemple.
Non, décidément, je n’aime vraiment pas les dédicaces. Je n’y suis pas à l’aise. Et d’ailleurs, je les refuse quasi systématiquement.
Sauf.
Ah oui, sauf… sauf si, avant (ou pendant, ça arrive) il y a des rencontres (avec des classes, en médiathèques, etc.), des débats, des lectures, un contact quoi, quelque chose de vivant ! Car les échanges de ce type, je les adore ! Et la dédicace en devient la suite logique. On vient vous voir – pas forcément pour acheter, d’ailleurs, et peu importe – on discute, on argumente, on précise un point, on nuance, on sympathise.
C’est très agréable. Très enrichissant. Très stimulant.
Et ces dédicaces-là, je ne les refuse jamais !
Fred Paronuzzi est auteur, il vient de sortir Mon père est américain chez Thierry Magnier et il sortira très prochainement Là où je vais également chez Thierry Magnier.

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Les invités du mercredi : France Quatromme et Le tour de la question « Peut-on tout écrire dans un livre pour enfants ? » (+ concours)

Par 24 octobre 2012 Livres Jeunesse

Aujourd’hui nous recevons la tricoteuse conteuse, France Quatromme. J’ai adoré son album Le géant de la grande forêt et j’avais envie de lui poser quelques questions. Pour l’occasion, j’avais envie de vous faire gagner un exemplaire de ce très bel album et grâce à la gentillesse des éditions D’orbestier l’un de vous va être sacrément chanceux. Ensuite nous ferons le tour de la question « Peut-on tout écrire dans un livre pour enfants ? » avec de prestigieux invités : Gudule, Clémentine Beauvais, Gaël Aymon et Marie-Aude Murail… je vous préviens leurs réponses sont passionnantes ! Beau mercredi à vous !


L’interview du mercredi : France Quatromme

Quel a été votre parcours ?
J’ai fait des études universitaires car je ne voyais pas comment trouver ma place dans le milieu du travail, une maîtrise moderne sur le conte et un DESS en « sciences du jeu ». Durant ce DESS, j’ai pensé m’orienter vers l’édition et devenir éditrice mais un stage m’a découragé. C’était très hiérarchique et très orienté sur le marketing, je cherchais quelque chose de plus créatif.
Après mon DESS, je me suis orientée vers le métier de la petite enfance, j’ai travaillé 7 ans en halte-garderie et à l’hôpital en tant qu’éducatrice de jeunes enfants. C’est un métier qui m’a passionné, j’ai beaucoup appris au contact des éducateurs, des parents et des enfants. Parallèlement à mon travail, j’ai suivi plusieurs formations de conteurs et j’ai commencé à raconter bénévolement mais de manière très intensive. C’est devenu une véritable passion. Il s’est trouvé que mon travail à l’hôpital me demandait beaucoup d’énergie à tel point que je n’étais plus disponible pour conter lorsqu’on m’y invitait. Je me suis dit qu’il était grand temps de faire un choix avant de passer à côté de mon rêve. Je suis devenue conteuse. Pour rien au monde je ne reviendrais en arrière !

Quels sont vos souvenirs de lectures d’enfant, d’adolescente ?
Mes albums d’enfants ont beaucoup compté. Mes souvenirs sont plutôt liés à des sensations, des moments. Difficile de citer un livre en particulier. J’ai découvert le roman avec la Comtesse de Ségur. Adolescente, il m’arrivait de relire un livre 6 fois s’il me plaisait. J’ai eu des périodes assez boulimiques adolescente et jeune adulte. Je lisais tout ce qui pouvait me passer sous la main même si je ne comprenais pas tout !
C’est avec une grande émotion que je ré-ouvre aujourd’hui mes albums d’enfants, comme une madeleine de Proust.
Avec eux, je vivais de manière plus intense, plus dense. C’est sans doute cela qui me ramène aujourd’hui à l’écriture.

Ces lectures vous ont-elles inspirée ?
Je ne peux pas dire qu’elles m’aient inspirées directement mais indirectement certainement.

Vous êtes conteuse, les histoires que vous publiez ont-elles été d’abord orales ?
Certaines oui mais pas toutes. J’ai plaisir à écrire d’autres types de textes que des contes, plaisir à explorer des terrains nouveaux. Cependant, je travaille mes textes en les lisant à haute voix. J’aime travailler le rythme, la musique des phrases.

Parlez-nous du magnifique « Le géant de la grande forêt », comment est née cette histoire ?
Le début de cette histoire correspond au début d’un spectacle. C’est une histoire cadre pour introduire et rassembler différents contes autour de la forêt et des arbres. Une petite vieille nourrit un bébé trouvé dans la forêt de nourriture et d’histoires. Ce bébé devient un ogre, véritable dévoreur d’histoires. A force de le raconter, j’ai eu envie de prolonger l’histoire de ces personnages qui m’habitaient.

Quels sont vos projets ?
Beaucoup plus de projets que de temps pour les réaliser malheureusement. Il faudra donc faire des choix. Mais je suis en train d’écrire une histoire pour un livre-disque. J’aimerais également enregistrer « Petipa » mon dernier spectacle pour les tout-petits avec un musicien.

Bibliographie :

Retrouvez France Quatromme sur ses blogs : son blog d’auteure : http://raconte.over-blog.com et son blog de conteuse : http://lestricoteuses.over-blog.com

Comme je vous le disais en début d’interview, grâce aux Éditions d’Orbestier, j’ai la joie de faire gagner à l’un de vous le très très beau Le géant de la grande forêt. Je l’avais chroniqué ici, je suis certain que vous serez nombreux à vouloir le gagner. Alors pour participer, je vous propose de me donner votre avis sur la question que j’ai posée à des auteurs (à lire juste en dessous), d’après vous, peut-on tout écrire dans un livre pour enfants ? Au contraire quels sont pour vous les thèmes qui ne sont pas assez abordés par crainte d’une certaine forme de censure, quels sont les thèmes qui d’après vous ne devraient jamais être dans un livre jeunesse. Bref donnez moi aussi votre opinion (et si vous n’en avez pas dites le aussi, vous participerez quand même !). Vous avez jusqu’à lundi 20h !


Le tour de la question… Peut-on tout écrire dans un livre pour enfants ?

Une fois par mois je propose à plusieurs auteurs de répondre à une même question, ce mois-ci je leur ai proposé de nous dire si on peut tout écrire dans un livre pour enfant.

Gudule :
Il est évident qu’on ne peut pas parler de tout, dans un livre pour enfant. Non seulement pour des raisons “morales”, mais surtout parce que de nombreux sujets, qui passionnent les adultes ou les adolescents, n’ont aucun intérêt pour les tout-petits. Vouloir à tout prix les sensibiliser à certains thèmes est une aberration, surtout s’ils ne sont pas adaptés à leurs préoccupations. Tout est une question d’âge bien entendu.
Ceci dit, la mort, la maladie, le sexe, voire l’inceste ou le harcèlement, qu’on ne s’autorisait pas jadis dans la littérature pour la jeunesse, peuvent être abordés même en direction des très jeunes enfants (puisque nombre d’entre eux y sont confrontés), mais tout est dans le discours, dans la manière de présenter les choses, dans le langage employé. Ce qui ne veut pas dire, même si l’auteur met, dans son texte, tout le doigté nécessaire, que les éditeurs le suivent ! J’ai, personnellement, eu de nombreux manuscrits refusés pour ces raisons — pourtant, ils s’adressaient à des adolescents. A commencer par l’un des tout premiers de ma carrière, qui traitait de la folie, et que la direction de Gallimard a stoppé en cours d’impression, contre la volonté du directeur de collection. Ce qui ne m’a pas empêché de récidiver, par la suite. J’ai publié chez Hachette un livre sur le sida (La vie à reculons), chez Flammarion un livre sur le suicide (Mordre le ciel), chez Thierry Magnier une première expérience sexuelle (L’amour en chaussettes), chez Grasset un livre sur l’homosexualité féminine (Étrangère au paradis), sur l’enfant né d’un viol (Notre secret à nous) et sur une grossesse de lycéenne (La vie en Rose). Tous ces romans, bien que la plupart d’entre eux aient essuyé, avant publication, plusieurs refus d’éditeurs, ont été plutôt bien accueillis par le public. Certains, comme La vie à reculons, ont même cumulé les prix. D’autres, en dépit de leur succès, m’ont valu quelques déboires, comme L’amour en chaussettes, sélectionné pour le grand prix de la ville de Rennes, mais boycotté par les établissements scolaires privés (sans compter les courriers insultants, émanant de parents d’élèves, ou les reproches de vive voix lors de salons ou de signatures). Les préjugés ont la vie dure !
Gudule est auteur, elle vient de sortir Contes et Légendes : Les mille et une nuit chez Nathan. Retrouvez la sur son blog : http://gudule.over-blog.com

Clémentine Beauvais :
On peut tout dire dans un livre pour enfants, ça, j’en suis convaincue – et parfois la littérature jeunesse est plus adaptée que la littérature ‘adulte’ pour aborder des sujets difficiles. Philip Pullman, dans un discours devenu célèbre parmi les aficionados de la littérature jeunesse, déclarait que ‘certains thèmes sont si vastes et si importants qu’il faut la littérature jeunesse pour en parler’…
Mais bien sûr, si l’on peut en théorie parler de tout, ça ne veut pas dire qu’on peut être publié en parlant de tout. Il y a toujours énormément de sujets tabous dans l’édition jeunesse, et ce ne sont pas ceux auxquels on peut s’attendre. Sexe, drogue, pas de problème – mais la maladie, la dépression, le handicap, c’est plus difficile. J’ai un album dans mes tiroirs, sur la maladie d’un parent dans une famille, qui n’a jamais trouvé d’éditeur – malgré de très nombreuses réponses enthousiastes, il reste ‘impossible à publier’. Du coup, je l’ai posté en libre consultation sur mon site internet, pour qu’il serve à quelque chose quand même. Je pense que pour certains sujets ultra délicats, mais essentiels, les auteurs doivent envisager des solutions comme celle-ci. Ces livres doivent exister, et peut-être que leur place est en parallèle de l’édition traditionnelle.
Cela dit, mon premier album, Samiha et les fantômes, était sur un sujet extrêmement brûlant, le voile intégral – et pourtant il a été publié par Talents Hauts, reçu le soutien d’Amnesty International, et il a attiré l’attention de la presse. Mon dernier roman en date, La pouilleuse, parle de torture, de racisme et de préjugés de classe. Il faut toujours tout tenter. Les grandes questions de société interpellent les enfants, il y sont très réceptifs. L’injustice, l’insécurité, la violence, le sexisme, ce sont des thèmes qui les concernent et qu’ils sont largement assez intelligents pour comprendre. Il existe maintenant de nombreux livres sur les sans-papiers, les SDF, les violences faites aux femmes. Les petites maisons d’édition indépendantes, c’est évident, sont les plus à même de prendre des risques.
Peut-on vendre en parlant de sujets qui fâchent, ça, c’est encore une autre question. Être un auteur engagé reste un luxe…
Clémentine Beauvais est auteur, son dernier livre, La pouilleuse sorti chez Sarbacane, est un livre qui m’a donné une grosse claque, je vous en parlerai prochainement. Retrouvez la sur son blog : http://www.clementinebeauvais.com

Gael Aymon
Non et surtout pas n’importe comment!
En ayant publié mes premiers manuscrits chez un éditeur engagé comme Talents Hauts, je suis de temps en temps confronté à des parents qui rejettent en bloc. La seule image du prince Perce-Neige (des Contes d’un autre genre), réveillé par le baiser d’une princesse, a curieusement hérissé quelques personnes. Du côté des éditeurs, il est actuellement difficile de placer un texte qui se termine « mal », même si cela a du sens par rapport au message ou à l’histoire.
Pour le plus jeunes lecteurs, le conte permet selon moi de traiter des sujets délicats indirectement, sans heurter, avec la bonne distance. Mais c’est vrai que j’ai beaucoup douté pendant l’écriture des Souliers écarlates, qui aborde la violence contre les femmes. C’était primordial de ne pas sombrer dans le sordide, mais l’équilibre était difficile. Comment préserver la magie sans tomber à côté de la plaque, sur un sujet aussi dur ? Je voulais que ce texte puisse être lu comme n’importe quel autre par un lecteur lambda, tout en s’adressant de façon spécifique à ceux pour qui ce thème n’est malheureusement pas une fiction.
On est beaucoup plus libre avec les ados, c’est différent. Mais le prétexte de leur parler sans mièvrerie ni tabou, est parfois un alibi pour vendre du sensationnel à un public facilement fasciné par le scabreux. Là, il faut vraiment que ce soit pour dire quelque chose au bout du compte, sinon, on crée le malaise à des fins strictement commerciales. La violence est souvent utilisée sans distanciation ni jugement, juste pour se la jouer « littérature de grands ». C’est le reflet de notre société : on est choqué par un tas de choses, on se pose plein de questions sur le fond et la forme, mais on souscrit tous d’assez bonne grâce à l’omniprésence d’une violence divertissante.
C’est ma limite personnelle en tant qu’auteur : ne pas utiliser de violence gratuite.
Gaël Aymon est auteur, il vient de sortir un superbe conte traitant de la violence faite aux femmes, Les souliers écarlates (chroniqué ici). Retrouvez-le sur son blog : http://gaelaymon.com

©Claudie RocardMarie Aude Murail
Quand j’écris pour les plus petits, je n’ai pas tellement en tête la notion de censure/autocensure, mais plutôt celle de limites. Je veux procurer des émotions, raconter de vraies histoires, mais je sais que les enfants jeunes n’ont pas mes références, ni mon bagage linguistique. Il est évident que l’écrivain jeunesse ne peut pas tout dire. Je me donne certaines règles. Je m’interdis de désespérer un enfant. Je ne fais jamais de livre qui se termine mal. Mon livre doit donner envie de grandir. Donc, je ne finis jamais sur une porte fermée ou sur ces fins tristes qui “ font intelligent ”. Mes romans ont délibérément des fins optimistes. C’est sans doute ce qui m’a fait choisir cette littérature. On a le droit d’y être heureux. J’ai donc du mal à parler d’autocensure dans mon cas, avec ce que cela supposerait de frustration et de renoncement… J’aime secouer, bousculer, provoquer la colère, l’indignation, mais je ne vois pas l’intérêt d’une provocation gratuite.
Certains adultes ont été choqués par Oh boy !, pas mes jeunes lecteurs. Ce qui m’ennuie, c’est qu’on puisse penser que je traite du thème de l’homosexualité  dans Oh boy ! ou du handicap mental dans Simple. Je ne me soucie pas de thématique, même audacieuse, je suis romancière et je crée des personnages qui peuvent être, entre autres, homos ou handicapés. Et je m’octroie le droit de les traiter comme n’importe quel autre personnage, par exemple de les rendre comiques. Et il arrive que ça choque certaines belles âmes. Mais faire rire de personnages handicapés, malades, marginaux, c’est enlever la peur qu’on éprouve devant celui qui est différent. Dans Simple, j’ai mis un idiot, on rit avec lui et de lui. Je pense qu’on l’en aime d’autant plus. Au niveau des éditeurs, je sais à qui m’adresser pour tel ou tel texte. Souvent, la censure porte sur le vocabulaire. Je sais que Bayard ne veut pas de “ gros mots ” par peur des réactions des parents. Par exemple, certains parents de petits abonnés à J’aime Lire ont réagi à mon histoire L’espionne déclone où un petit garçon va dire à sa mère que : “ Marie-Eugénie, elle déclone ”. La mère comprend de travers et le gifle. On m’a fait savoir que des parents avaient écrit pour protester contre le jeu de mots (décloner, déconner…) et contre l’image de la mère (la “ mauvaise mère ” qui gifle). Je n’ai pas encore trouvé de sujets que je ne puisse aborder. Tout est dans la manière de dire les choses, l’humour, l’ellipse permettent presque tout. Toutefois, pour certaines scènes, je sais que je n’ai guère de chance de les faire passer ailleurs qu’à l’École des Loisirs.
Marie-Aude Murail est auteur, elle vient de sortir le troisième tome de Malo de Lange à L’école des Loisirs.

Vision de l’éditeur :
J’ai contacté 5 éditeurs en leur proposant de répondre à cette question et malheureusement, à ma grande surprise, aucun n’a souhaité s’exprimer là dessus…

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Les invités du mercredi : Kris Di Giacomo et Le tour de la question « Comment choisit-on un titre ? »

Par 19 septembre 2012 Les invités du mercredi

J’adore le trait de crayon de Kris Di Giacomo, j’avais envie de lui poser quelques questions, elle a accepté, merci beaucoup à elle. J’espère que si vous ne connaissez pas son travail, cette interview vous donnera envie de le découvrir. D’autre part je vous avais parlé d’une nouvelle rubrique dans Les invités du mercredi, ça s’appelle Le tour de la question et c’est juste en dessous de l’interview. J’espère que ce nouveau rendez-vous vous plaira !
Et puisqu’on parle d’interview, si ça intéresse certains d’entre vous, vous pouvez lire la mienne sur le blog Oeil d’ailleurs.


L’interview du mercredi : Kris Di Giacomo

Quel a été votre parcours ?
Doudou, cloches de vaches, montagnes, chocolat, forêts, chats, solitude, déménagements, nouveautés, changements de pays, découvertes, curiosité, se poser beaucoup de questions, errer, se tromper, école d’art, ville, l’odeur de la peinture à l’huile, vivre seule, enseigner l’anglais aux enfants, la compagnie des crayons et des carnets, le café, trouver petit à petit un métier, toujours se poser plein de questions…

Quels sont vos souvenirs de lecture d’enfant, d’adolescente ?
Toujours en anglais : Winnie the Pooh, Maurice Sendak, Roald Dahl, Astrid Lindgren, S.E. Hinton

Ces livres vous ont-ils inspirée ?
Sûrement, mais je pense que le déclencheur c’était des visites en librairies plus récemment, en France quand j’ai découvert les beaux livres des artistes contemporaines comme Hélène Riff, Anne Herbauts, Frédérique Bertrand… Là j’ai trouvé un monde où tout était possible et qui me parlait directement.

Comment travaillez-vous ? Quelle est votre technique ?
J’aime tout mélanger. Je finis toujours par scanner et bricoler les images à l’ordinateur mais les premiers gestes sont au crayon, peinture, collages, machine à écrire, taches de café, objets trouvés… dans des carnets, sur des feuilles libres, en bazar, à l’envers…

Parlez-nous de votre collaboration avec Séverine Vidal. Comment avez-vous travaillé sur Prune ?
C’est notre éditrice qui m’a envoyé les premiers tomes de Prune. J’ai tout de suite aimé le ton de ces textes et je sentais que cette petite fille avait un bon caractère. J’ai passé beaucoup de temps à chercher ce personnage (qui s’appelait d’abord Cerise, puis Myrtille, et enfin Prune) Comme c’était, dès le départ, une série, il fallait que je puisse la dessiner dans toutes les situations et qu’elle soit reconnaissable sur la durée. Ce n’est pas quelque chose que je fais facilement alors je me suis appliquée !!  Une fois les personnages un peu cernés, j’ai pris mes feuilles blanches et mon crayon au café et j’ai dessiné les situations en vrac. De retour chez moi j’ai scanné les dessins au crayon et bricolé les compositions sur l’ordinateur. Ensuite j’ai colorié en utilisant Photoshop et une tablette graphique. C’était la première fois que je coloriais comme ça tout un livre à l’ordi. C’était amusant. Mais long !

Quels sont vos projets ?
Les auteurs avec qui je travaille ne sont jamais en panne de supers idées alors je ne chôme pas !
Je continue ces collaborations et puis je cherche toujours en moi, des nouvelles façons de faire, de nouvelles idées… J’aimerais aussi écrire mes propres histoires. On verra !

Derniers livres sortis :

 Retrouvez Kris Di Giacomo sur son site : http://krisdigiacomo.over-blog.com/


Le tour de la question… Le titre

Une fois par mois je propose à plusieurs auteurs de répondre à une même question, ce mois-ci je leur ai proposé de nous parler du titre. Qu’est-ce qu’un bon titre ? Comment le choisit-on ? J’ai proposé aussi à un éditeur de nous parler de sa vision des choses. Petit bonus, je leur ai demandé quel est le titre, déjà pris, qu’ils auraient aimé avoir trouvé.

Sandrine Beau :
Le titre s’impose souvent à moi, comme un flash. Et il vient généralement très vite, parfois même avant la première ligne.
Du coup, quand il faut le changer à la demande de l’éditeur, j’ai toujours un (petit) pincement au cœur.
Par exemple, L’hippopotin s’appelait à l’origine Un si joli popotin et Des crêpes à l’eau, L’argent ne fait pas le bonheur. (Au début, ça fait drôle et puis finalement, on « adopte » ces nouveaux titres et on finit par les aimer beaucoup. Surtout si on les a choisis ensemble avec les éditrices !)
Un de mes titres préférés, c’est L’été où mon grand-père est devenu jaunophile. J’adore ce titre, que j’ai mis du temps à trouver cette fois ! Et heureusement, on ne m’a pas demandé de le modifier! D’ailleurs, il « accroche » beaucoup : les visiteurs sur les salons qui me parlent du livre suite à la lecture de ce mot inventé et les enfants que je rencontre dans leurs classes, qui, à leur tour, s’amusent à inventer des mots (carambarophile, sucettophile, etc…).
Le titre qu’elle aurait aimé avoir trouvé : Il sera quand même sur la couverture d’un de mes livres ! C’est fort, ça non ? Pourquoi ? Parce que c’est de la cervelle de ma pote Anne-Gaëlle Balpe qu’il a jailli et qu’il sera le titre du tome 3 de notre série Roulette Russe (co-écrit avec Séverine Vidal). Ce titre, c’est Fées d’hiver. Je le trouve beau, poétique et en même temps un peu mystérieux. Et il va comme un gant à la dernière aventure de nos 3 héros.
Son dernier livre sorti : Ma maman est comme ça, Limonade.
Son site : http://sandrinebeau.blogspot.fr

Annelise Heurtier :
Oh que oui, le titre est important… Primordial, j’ai envie de dire. Souvent, il donne le ton. Par exemple, avec Le prix de la trahison ou Passion fatale », tu sais tout de suite ce qu’il y a dedans. Ou ce qu’il n’y a pas, d’ailleurs.
Ceci étant dit, à l’inverse, un titre-qui-déchire ne fait pas tout, n’est ce pas… Si le texte est mauvais, ça l’enfonce encore plus. Cela donne l’impression qu’il y a tromperie sur la marchandise.
Pour ma part, les titres de mes livres ont souvent été choisis par les éditeurs. Je dois avoir un piètre talent en la matière ! J’ai pu le regretter, surtout quand il s’agissait de titres hyper marketés, avec des « mots-clés » vendeurs à placer dedans… Mais parfois, on n’a pas vraiment le choix.
Généralement, la recherche n’est pas très longue et on tombe assez vite d’accord sur un intitulé. Mais parfois, cela se transforme en épopée ! Dernièrement, pour un roman grands-ados qui sortira l’année prochaine, j’avais trouvé un titre qui paraissait évident. LE titre, celui qui arrive tout seul, qui coule de source, qui colle à tes mots, qui d’ailleurs, ne semble n’exister que pour les accompagner…. Mais (ô rage ô désespoir)  le titre était déjà déposé. Après des semaines de recherches, des stagiaires expressément missionnés sur le sujet, des sondages – toute ma famille et toute la maison d’édition ont dû y passer, même le gars de la cantine – nous sommes arrivés à une liste restreinte de titres… qui ne faisaient que nous rappeler à quel point l’Autre était mieux.
Et puis, un matin, mon éditrice a eu l’idée de contacter directement l’éditeur « propriétaire » du titre… Qui a accepté qu’on le reprenne ! Terrible, non ? (La vie d’artiste est trépidante, n’est ce pas).
Le titre qu’elle aurait aimé avoir trouvé : il y avait un titre que j’adorais, mais je ne m’en rappelle plus (la preuve que le fameux « bon » titre, il faut qu’il soit un minimum mémorisable, sinon, tu ne peux même pas acheter le bouquin…)…Ha si, je l’ai !  Je règle mes pas sur les pas de mon père. Googlisation faite, il s’agit d’un film, que je n’ai pas vu, d’ailleurs. Peut-être qu’il est complètement nul. Mais je ne sais pas pourquoi, il y a quelque chose dans cette phrase qui m’avait touché. Peut-être que cela faisait écho à quelque chose en moi ?
Son dernier livre sorti : Olaf, le géant mélomane, Benjamins Media
Son site : http://histoiresdelison.blogspot.fr

Régine Joséphine :
Le titre : animal fabuleux, secret, particulièrement recherché par les écrivains et artistes de tous bords. Très taquin, il se cache au détour d’une page ou entre les mots. Car il le sait : il est indispensable au livre mais il adore se faire courtiser. Certains auteurs, agacés par ses manières, le chassent, le piègent et le triturent sans vergogne pour lui donner la forme souhaité. Un mot ? Deux ? Une expression ? Le titre piégé passe par tous les états avant que l’auteur lui imprime sa forme définitive.
D’autres fois, pour tromper le titre, l’auteur l’ignore, se détourne, lui fait croire qu’il n’est pas intéressé. Vexé, le titre alors s’approche, grimace, fait le guignol pour attirer son attention. Car le titre est plein d’orgueil et d’égocentrisme. Il déteste qu’on le repousse, allant jusqu’à hanter les rêves de celui qui l’ignore. C’est alors que le piège se referme sur lui. D’un coup, l’auteur l’attrape et l’oblige à se soumettre.
Mais pour certains auteurs, dont moi, le titre se montre amical. Souvent, pendant que j’écris, il s’approche tout doucement, et tout à coup, il apparaît en pleine lumière, sans que je l’ai vraiment cherché. Et je sais alors que c’est le meilleur titre possible pour mon histoire. Comme un cadeau exposé aux lecteurs, une promesse qui attire son attention et aiguise sa curiosité. Et si le lecteur prend le livre en main, alors je sais que le titre et moi avons rempli notre rôle.
Son dernier livre sorti : Je t’aime, signé Lou(p), Oskar
Son site : http://www.regine-josephine.com

Estelle Billon-Spagnol :
À chaque fois, le titre vient tout seul, jamais en le cherchant, toujours en faisant un truc qui n’a rien à voir. Et il arrive bien avant que l’histoire ne soit écrite ou même pensée. Un ensemble de mots qui me passe par la tête, que je trouve drôle ou percutant, qui me parle en tout cas et dont j’ai envie de connaître ce qu’il raconte.
C’est le socle sur lequel tout se construit. Qui amène presque instantanément les noms des personnages.
Ensuite vient l’étape beaucoup plus laborieuse, des mois après le « tilt » du titre parfois, l’écriture d’une histoire qui tienne la route.
En gros, quand un titre me tombe dessus, je ne peux pas ne pas aller plus loin.
Pour l’instant, un seul a été discuté : Le préau des z’héros. Au départ, ce petit roman s’appelait Le prince des Bulots, mais l’éditeur était moyennement convaincu. J’ai eu beaucoup de mal à retrouver quelque-chose et lorsqu’on s’est mis d’accord sur le nouveau titre, il m’a fallu un peu de temps pour me dire que ça ne changeait rien à l’histoire écrite. Comme si mon bouquin sortait de chez le coiffeur, méconnaissable, avec une nouvelle coupe !
Le titre qu’elle aurait aimé avoir trouvé : Un mélange entre La boulangerie de la rue des Dimanches d’Alexis Galmot et Till Charlier et Oh non, Georges ! de Chris Haughton. Un titre intriguant plein de peps, de fantaisie et de poésie.
Son dernier livre sorti : La rentrée de Jacotte, Hélium
Son site : http://estellebillonspagnol.blogspot.fr

Vision de l’éditeur :

Isabelle Bauer (des éditions Philomèle) :
Trouver le titre d’un nouvel album ne m’a jamais vraiment posé un problème, bien que cela soit une décision très importante : l’auteur y a déjà réfléchi… « à juste titre » !
Les auteurs dont le texte (ou son projet) est bien maîtrisé, avec une authenticité qui le rend singulier, ont de bonnes idées. Tout au plus m’est-il arrivé de raccourcir un titre, comme pour La Symphonie des couleurs, qui s’appelait au départ Gaspard et la symphonie des couleurs. Dans ce qui m’est proposé d’emblée, se reflète une idée, un style bien sûr, mais aussi et surtout une façon d’être proche de l’enfance sans affectation. Je crois, j’espère, que lorsqu’on regarde l’ensemble du catalogue de Philomèle, on perçoit cet esprit-là.
Pour le reste, quand il me faut chercher moi-même, l’idée me vient souvent spontanément, sans doute parce que, après 15 ans de presse et l’habitude de réfléchir à la titraille, je suis bien rôdée à ce type d’exercice ! J’aime qu’un titre reflète soit l’intention, soit un moment-clé du récit, avec un petit côté intrigant. C’est le cas par exemple de  Qui a éteint le soleil ?. En réalité, je trouve qu’il est plus difficile de trouver la bonne illustration de couve qu’un titre !
Le titre qu’elle aurait aimé avoir trouvé : Pas de regrets quant à ceux déjà utilisés : s’ils existent c’est qu’ils sont à leur place, posés sur une couverture… Il m’arrive souvent d’acheter un livre pour son titre.
Le dernier livre sorti aux éditions Philomèle : Qui a éteint le soleil ?
Son site : http://www.editionsphilomele.fr/

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