La mare aux mots
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Lili Chartrand

Pinocchio

Par 29 novembre 2013 Livres Jeunesse

Il y a quelque temps, suite au visionnage de la version d’Enzo D’Alò de Pinocchio (que j’avais chroniqué ici) j’ai eu très envie de revoir les autres versions que j’avais vues il y a quelques années. En quelques semaines, avec ma fille de 5 ans, j’ai donc vu le magnifique dessin animé d’Enzo D’Alò, le téléfilm en plusieurs parties de Luigi Comencini avec Nino Manfredi dans le rôle de Geppetto et Gina Lollobrigida dans celui de la fée bleue et enfin la version de Roberto Benigni. Trois versions au final très différentes, qui m’ont donné envie de lire l’œuvre originale de Carlo Collodi. Flammarion venant justement de la sortir en version intégrale… C’était le moment idéal !

pinocchioPère Cerise fit un jour l’acquisition d’un magnifique morceau de bois. Il se réjouissait déjà de ce qu’il allait en faire : un pied de guéridon ! Il prit sa hache quand il entendit une voix le suppliant de ne pas lui faire mal. D’où venait donc cette voix ? Il avait beau chercher, il ne trouvait pas ! Il reprit sa hache… la voix repris. Le vieil homme était terrorisé ! Quand son vieil ami Geppetto se présenta chez lui pour chercher un morceau de bois pour faire un pantin, il ne se fit pas prier pas pour lui donner la bûche qui semblait ensorcelée. Geppetto rentra chez lui, commença à façonner son pantin et décida de lui donner le nom de Pinocchio. Il ne savait pas encore quels malheurs l’attendaient !

Pour vous raconter ma vie (après tout, c’est un blog ici), nous avons lu ce livre par chapitre (ou par demi-chapitre) chaque soir avec ma fille pendant plus de deux mois. Chaque soir, elle attendait avec impatience la suite des aventures du petit pantin pas très sage (et quand le livre a été fini, elle était très déçue que ça soit déjà la fin). Il faut dire que c’est une histoire magnifique, pleine de rebondissements. C’est drôle et tendre, poétique et moral (parfois un peu trop). On ne s’ennuie jamais avec ce pantin qui passe son temps à mentir, à se lamenter, qui est extrêmement naïf et à la fois qui sait profiter de la bonté des gens. Pinocchio est un personnage assez insupportable (mais qui rentrera dans le droit chemin), mais tellement drôle ! On suit donc ses aventures extraordinaires, on tremble pour lui lorsqu’il est pendu par le chat et le renard, lorsqu’il est sur le point d’être rôti dans la poêle d’un pêcheur ou quand un marionnettiste veut le faire cuire. On est émerveillé quand il vole à dos de pigeon, rencontre une fille aux cheveux d’azur ou parle avec les animaux (qui tentent toujours de lui donner des conseils qu’il n’écoute jamais). On est triste quand il apprend la mort de sa fée, quand il pense que son père a été mangé par un requin ou lorsqu’un de ses compagnons meurt dans ses bras. C’est un roman absolument superbe, une grande aventure. À écouter à 5 ans, à lire à 80, un roman multigénérationnel, un bon livre quoi ! Cette version sortie chez Flammarion, avec sa couverture à rabat et ses illustrations de Jean-François Dumont est vraiment un bel ouvrage.

Petit aparté, forcément en lisant l’œuvre originale on se souvient des films vus… force est de constater que c’est Roberto Begnini qui a été le plus fidèle à l’œuvre. Le côté insupportable du personnage, le côté bavard (ça m’avait choqué dans le film, on a envie de lui dire « mais tais-toi ! » et je m’étais dit que Begnini faisait du Begnini… en fait, Pinocchio est comme ça, certaines « tirades » font des demi-pages). C’est intéressant aussi de voir que Luchignolo (appelé Lumignon dans cette version) est un personnage mineur contrairement aux versions cinéma. Et là encore, la fin de Luchignolo n’est montrée que dans le Begnini. Il a, à mon sens, été le seul à être vraiment fidèle au ton de l’œuvre de Carlo Collodi.

PinnochioUn menuisier qui n’avait jamais eu d’enfant et se sentait seul décida de se faire un pantin de bois. Seulement une fois fait le pantin est doué de parole et est même très doué en bêtises !

Oui, c’est la même histoire ! Mais drôlement résumée… Le roman de plus de 150 pages de Carlo Collodi tient ici sur 18 ! Alors bien sûr il manque énormément de choses, le personnage de Pinocchio, lui-même, n’a plus sa saveur (et en enlevant certains passages on est obligé d’en changer d’autres choses) et perd même en cohérence (« Mais, Pinocchio s’enfuit de la maison. Bientôt, il fut arrêté par deux gendarmes. – Que fait un petit garçon comme toi, tout seul dans la rue ? demandèrent-ils. Ils le laissèrent partir, mais, à la place, ils allèrent chercher Geppetto et le menèrent en prison »… Pinocchio est à peine arrêté qu’il est libéré et Geppetto est arrêté sans qu’on sache pourquoi !). Par contre les illustrations tout en découpages sont absolument superbes. C’est du papier découpé au laser qui est collé sur du papier de couleur. Comme si l’on voyait l’histoire en ombres chinoises. Un ouvrage très graphique parfait pour une première approche de l’histoire de Pinocchio.

L’œuvre de Carlo Collodi a souvent donné des idées aux auteurs jeunesse (pas uniquement jeunesse d’ailleurs, on pense à la BD de Winshluss), on a vu plein d’histoires librement inspirées du pantin de bois (au cinéma aussi d’ailleurs, on pense à A.I. Intelligence Artificielle). Voici un exemple.

LapinokioUn vieux lapin en peluche rêvait d’être un vrai lapin. Posé sur le rebord d’une fenêtre, il regardait les animaux dehors et rêvait d’être parmi eux. À force de le répéter, une fée apparut et lui exauça son souhait… sauf que le lapin (qu’on appelait maintenant Lapinokio) ne faisait que des bêtises et se mettait à dos les animaux de la ferme. Et si être sage était finalement mieux ?

Lapinokio s’inspire donc de Pinocchio (le rêve de devenir « vrai », les oreilles qui s’allongent quand il fait des bêtises, le fait de ne pas être sage). Voilà donc une version adaptée aux plus petits pleine de pep’s, très colorée, qui devrait plaire aux enfants. Et c’est bien connu, tous les doudous aimeraient devenir vivants, non ?

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué plusieurs ouvrages de Jean-François Dumont : Copains comme cochons, Gare à Edgar, La petite oie qui ne voulait pas marcher au pas et La grève des moutons.

Pinocchio
Texte de Carlo Collodi (traduit par Claude Poncet), illustré par Jean-François Dumont
Flammarion
13€, 165×220 mm, 160 pages, imprimé en Slovénie, 2013.
Pinocchio
d’Agnese Baruzzi (d’après Carlo Collodi et traduit par Françoise Nagel)
Mango Jeunesse
16€, 220×220 mm, 14 pages, imprimé en Chine, 2013.
Lapinokio
Texte de Lili Chartrand, illustré par Pishier
Dominique et compagnie
14,50€, 236×236 mm, 32 pages, imprimé en Chine, 14,50€.

A part ça ?

Quelques photos de Montreuil

Gabriel

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La force des livres !

Par 10 août 2013 Livres Jeunesse

Une fois n’est pas coutume, j’ai décidé de mettre en avant des albums qui rendent hommage à la force des histoires, des livres et de l’imagination !

le monde fabuleux de monsieur fredPierrot est un enfant rêveur. Auprès des enfants de son âge, il passe pour un peu fou, et il a du mal à tisser de vrais liens d’amitié. Mais un soir, après l’école, il traverse le parc et fait une rencontre qui va changer sa vie. Monsieur Fred ouvre un livre imaginaire, en tourne les pages, et plonge Pierrot dans une histoire passionnante… Et depuis, chaque soir, le petit garçon s’arrête écouter une nouvelle aventure. Ensemble, ils voyagent, ils s’évadent, il vivent de folles aventures, sans bouger de leur banc et en s’éloignant de leur vies, pas toujours très drôles… Et Monsieur Fred, progressivement, se livre un peu plus, heureux d’avoir trouvé quelqu’un de confiance pour transmettre toutes ces fabuleuses histoires que sont les contes…

Même si le livre de Monsieur Fred n’est pas palpable, ses mots permettent de vivre de folles aventures, bien loin du quotidien ordinaire. Les contes, souvent de tradition orale au départ, et si importants dans le domaine de la littérature jeunesse, sont joliment mis à l’honneur par le texte de Lili Chartrand et les belles illustrations de Gabrielle Grimard, qui plongent Pierrot dans le vif des aventures de son nouvel ami et donnent vit à ce duo si fort ! C’est aussi l’occasion d’évoquer les questions d’attachement, de solitude, de transmission, ou de partage, en arrière-plan de cette douce rencontre.

si j'étais un livreCette fois-ci, plus question de livre imaginaire. Au contraire, on imagine qu’un livre puisse avoir des idées, des envies et des sentiments ! Plus exactement, un homme imagine tout ce qu’il ferait ou penserait s’il était un livre : un livre contre la guerre, un livre qui refuse l’indifférence, un livre qui n’aime pas qu’on fasse semblant de l’avoir lu, un livre qui aimerait rendre les gens heureux, ou bien encore, un livre qui ne verrait pas d’inconvénient à partir sur une île déserte avec son lecteur…

De manière à la fois poétique, engagée et humoristique, José Jorge Letria se livre à un exercice très original mais aussi très intéressant ! Ce petit album carré est d’après moi une sorte d’hommage à cet objet qui nous accompagne tant au quotidien et à tout âge (et dont on parle quotidiennement ici), et qui du haut de sa couverture cartonnée et de son assemblage de pages de papier peut déplacer des montagnes. Avec quelques mots clairs et accessibles et grâce à l’appui des illustrations simples d’André Letria, le lecteur même débutant (mais aussi les plus grands et les adultes, pour qui ça ferait à mon sens un beau cadeau) plonge avec plaisir dans cette sorte de petit « catalogue des pouvoirs du livre » ! Et vous, que feriez-vous (ou que penseriez-vous) si vous étiez un livre ?

une histoire c'est

Enfin, avec ce dernier album, on monte encore d’un cran au niveau de l’abstraction, et on se demande ce que peut bien être une histoire. Vous savez ce mot qu’on emploie si souvent, et qui désigne énormément de choses différentes finalement. Alors que j’ai tout de suite pensé que les auteurs avaient voulu mettre en avant l’histoire contenue dans les livres, je me suis dit ensuite que cet album appelait finalement à de nombreuses interprétations ! Une histoire, ça peut être aussi une rencontre, de l’amour, un conflit, ou bien encore le signe du temps qui passe…

Je vous rassure Eloïse Bernier et Fabrice Joly suggèrent tout cela beaucoup mieux que moi avec pourtant peu de mots, de traits et de couleurs. Une histoire c’est… est un album qui à mon avis peut déstabiliser tant il laisse la place au lecteur d’imaginer tout ce qu’il veut. Mais personnellement, j’ai été séduite et je pense que c’est en très grande partie grâce aux illustrations (grises, vertes et rouges, qui mettent en scène un ballon et une théière) qui sont un très bon support aux quelques mots disséminés sur les pages. Et je pense qu’au-delà de toutes ces réflexions finalement assez propres au monde des adultes, les enfants sauront rêver et imaginer tout un tas d’histoires entre ces deux objets du quotidien.

Quelques pas de plus…
Nous avons chroniqué plusieurs ouvrages qui vantent les pouvoirs et les bienfaits de l’imagination, alimentée entre autres par les histoires et la littérature. Retrouvez-les grâce au tag Imagination.

Le monde fabuleux de Monsieur Fred
Texte de Lili Chartrand. Illustrations de Gabrielle Grimard.
Dominique et Cie
14,50 €, 234 x 235 mm, 30 pages, imprimé en Chine, 2013
Si j’étais un livre
Texte de José Jorge Letria. Illustrations dAndré Letria
La joie de lire
14 €, 166 x 208 mm, 60 pages, imprimé en Chine, 2013
Une histoire, c’est…
Texte de Fabrice Joly. Illustrations d’Eloïse Bernier
L’atelier du poisson soluble
16 €, 191 x 280 mm, 40 pages, imprimé à Barcelone (imprimerie verte certifiée), 2013

Marianne

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