La mare aux mots
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Loïc Clément

Les invité.e.s du mercredi : Yaël Hassan et Loïc Clément

Par 29 mars 2017 Les invités du mercredi

Yaël Hassan fait partie des grands noms de la littérature jeunesse, nous sommes fier.ère.s qu’elle ait accepté de répondre à nos questions aujourd’hui. Ensuite, c’est un autre auteur que nous aimons beaucoup qui a accepté de venir nous livrer ses coup de cœur et coup de gueule, Loïc Clément ! Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Yaël Hassan

Pouvez-vous nous parler de votre collaboration avec Rachel Hausfater et du spectacle que vous préparez ensemble ?
Rachel et moi nous connaissons depuis vingt ans et, dès le début de notre amitié et de nos premiers pas en Littérature jeunesse, nous nous sommes mises à écrire régulièrement ensemble.
Spectacle est un bien grand mot. Nous avons eu envie de raconter à nos lecteurs l’histoire de notre rencontre. Parce qu’il est rare que nous soyons invitées ensemble pour en parler, faire cette petite mise en scène était l’occasion de partager cette magnifique aventure avec tous ceux qui nous invitent, nous lisent et apprécient notre travail. Dans cette modeste représentation nous évoquons donc notre rencontre, les livres que nous avons écrits, comment chacun des romans est né, et tout cela entrecoupé de quelques notes de musique. C’est très artisanal mais, la première fois que nous l’avons présenté au salon de Morges, les gens ont vraiment apprécié.

Comment naissent vos histoires ?
Bien souvent de rencontres, justement. Je ne suis pas quelqu’un de doué d’une imagination débordante. Ma matière à moi c’est le vrai, le concret, le réel, le vécu. Et mon moteur principal, l’émotion.

Oui, j’ai l’impression que les rencontres sont importantes pour vous, on vous voit souvent sur les salons et vous animez régulièrement des rencontres scolaires mais vous avez également écrit plusieurs romans à quatre mains. Qu’est-ce que ces rencontres vous apportent ?
Pour écrire pour la jeunesse, (quand on n’est plus soi-même, très jeune !) il faut aller sur le terrain, garder le contact. Les modes changent, les codes, le langage, les intérêts. Rencontrer mes lecteurs me permet de rester dans le coup, tout simplement ! Et puis, ces rencontres, les salons permettent aussi de s’extraire de l’écriture qui est souvent très accaparante et chronophage.

On pourrait d’ailleurs parler de rencontres aussi quand vous nous racontez les histoires de personnes ayant réellement existé.
Oui, je pars toujours de quelque chose ou de quelqu’un ayant existé. Cela peut-être même un simple témoignage entendu à la télévision, un article dans un magazine… Bien souvent, au départ, je n’ai que cela, un seul et unique personnage autour duquel je vais construire mon roman. Il faut systématiquement que je sois touchée par quelqu’un pour pouvoir commencer à écrire.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Un parcours assez simple. J’ai publié mon premier roman Un grand-père tombé du ciel en 1997. J’avais écrit ce texte pour participer au concours de Littérature pour la Jeunesse qu’organisait à l’époque le Ministère de la Jeunesse et des Sports. J’ai eu la chance de remporter le premier prix, que le roman a plu à Casterman et c’est ainsi que je suis devenue auteur pour la Jeunesse. J’en suis à une cinquantaine de textes publiés à ce jour et espère continuer encore longtemps cette formidable aventure !

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
La littérature jeunesse de mes toutes jeunes années n’était pas aussi riche qu’aujourd’hui. J’en ai vite fait le tour. Mon premier grand choc de lecture reste Le journal d’Anne Frank que j’ai lu à onze ans. Adolescente, je lisais les sœurs Brontë, Henri Troyat, Romain Gary, Guy Des Cars, Cronin, Daphné du Maurier, Simone de Beauvoir, beaucoup de romans historiques et de littérature anglo-saxonne.

Que lisez-vous en ce moment ?
Je viens de terminer Petits secrets, grands mensonges, le deuxième roman d’une auteur australienne dont j’avais adoré le premier. Et là, je suis en train de lire un recueil de nouvelles de Nathan Englander qui s’appelle Parlez-moi d’Anne Frank. Il s’agit d’un auteur américain que j’aime beaucoup, dont les thématiques tournent autour de la Shoah mais dans l’humour total.

Quels sont vos projets ?
La sortie en septembre 2017 chez Syros d’un roman sur lequel je travaille depuis deux ans. Mes éditrices le qualifient d’ovni. Il s’agit effectivement d’un genre bien particulier, très novateur en littérature de jeunesse. Je ne peux vous en dire plus pour le moment ! Mais avant cela, au mois de mai, je sortirai aux Éditions du Mercredi un roman historique très émouvant intitulé La révolte des Moins-que-rien.

Bibliographie sélective :

  • Achille, fils unique, Nathan (2016).
  • C’est l’histoire d’un grain de sable, illustré par Manuela Ferry, éditions du pourquoi pas ? (2016).
  • Quatre de cœur, co-écrit avec Matt7ieu Radenac, Syros (2016).
  • Perdus de vue, co-écrit avec Rachel Hausfater, Flammarion Jeunesse (2016).
  • L’usine, Syros (2015).
  • J’ai fui l’Allemagne nazie, Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Les demoiselles des Hauts-Vents, Magnard Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • L’heure des mamans, illustré par Sophie Rastégar, Utopique (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La fille qui n’aimait pas les fins, coécrit avec Matt7ieu Radenac, Syros (2013).
  • Défi d’enfer, roman illustré par Colonel Moutarde (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Rue Stendhal, Casterman (2011).
  • Momo, petit prince des Bleuets, Syros (1998).
  • Un Grand-père tombé du ciel, Casterman (1997).

Le site de Yaël Hassan : http://minisites-charte.fr/yael-hassan.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Loïc Clément

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.trice, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Loïc Clément qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Je suis scénariste de bande dessinée, auteur de romans et d’albums jeunesse. Cela signifie que je crée des univers et des personnages que le lecteur s’approprie le temps d’une lecture. C’est mon métier. Cependant, sur mon temps libre je suis moi même lecteur avéré et parfois fan invétéré, ça arrive. J’éprouve parfois le besoin de prolonger le plaisir que j’ai ressenti en compagnie de certains personnages, en les retrouvant autrement, ailleurs. Je poursuis donc le voyage en regardant des adaptations animées de mangas chéris tout en craquant de temps en temps pour de superbes figurines par exemple.
Je suis du genre à avoir des vitrines avec un vif d’or et des baguettes de sorcier à côté des livres et des films Harry Potter ou d’avoir une statue géante de Hilda au milieu des bds de Luke Pearson. Vous voyez le genre ?
Je sais qu’un produit officiel, ce n’est pas toujours donné. Je sais que parfois, il faudra que j’économise un moment avant d’assouvir un petit plaisir coupable, mais c’est le jeu.
Du coup, s’il y a bien une chose qui m’exaspère sur ce sujet c’est de voir la quantité astronomique de pubs qui inondent Facebook pour vendre des produits de licence, à un tarif défiant toute concurrence. C’est presque toujours la même chose… une lampe Totoro à 12 euros, une figurine du Sans Visage de Chihiro à 6 euros, des coques pour iPhone reprenant des personnages de Dragon Ball pour 3,90 euros… Ce sont des centaines de milliers de like pour aimer des entreprises de contrefaçon.
Alors certains peu regardant, pourraient penser que peu importe le flacon tant qu’ils ont l’ivresse ? Pourquoi acheter un produit officiel à 5 à 10 fois le prix ? Comment résister à cette veilleuse Totoro qui ira tellement bien dans la chambre de son enfant ?
Hé bien les raisons en sont multiples. Pour commencer, acheter des produits de contrefaçon, c’est acheter des produits de mauvaise qualité, fabriqués avec des matériaux fragiles et parfois toxiques.
Le jouet ou l’objet en mélamine ou polycarbonate vecteurs de produits nocifs pour la santé apparaît déjà moins glamour dans un intérieur feutré, non ?
D’autre part, il y a à mes yeux une profonde dichotomie entre se déclarer par exemple amoureux des films de Miyazaki, et acheter des produits de contrefaçons tirés de ses films. Quand on sait que le studio Ghibli a longtemps pu produire des longs métrages, en partie en générant des profits via les produits dérivés, j’ai du mal à comprendre où se situe la logique là dedans. J’aime voir un film Ghibli mais je participe à mon échelle, goutte d’eau parmi les gouttes d’eau, à empêcher le succès de l’entreprise qui me fait rêver ? Soyons sérieux.
Bon, et Facebook dans tout ça ? Ils tolèrent des entreprises de contrefaçon basées en Chine qui font commerce de produits pirates ? Oui. Absolument. À moins d’être vous même le détenteur des droits et de secouer le réseau social de Mark Zuckerberg en faisant valoir la violation de votre copyright, aucun signalement ne permet la mise en lumière de ce commerce illégal. Ces pages génèrent du profit à Facebook et ça leur convient très bien ainsi.
Bilan : la prochaine fois que ce tee-shirt trop cool de Batman vous fait de l’œil ou que ce Chatbus en porte-clé vous donnera envie de ronronner, demandez-vous trente secondes pourquoi les prix pratiqués sont si bas. C’est certainement parce que l’auteur ou l’ayant droit d’origine se fait voler et que vous enrichissez des truands.

Je profite également de mon pataugeage dans La mare aux mots pour délivrer un coup de cœur, même s’il s’agit ici d’un cœur brisé. Le 11 février 2017 nous quittait le mangaka Jirō Taniguchi et j’ai ressenti un grand vide en apprenant cette nouvelle.
Dans ma vie, j’ai longtemps été bibliothécaire et je voulais rappeler d’expérience à quel point cet auteur de bande dessinée a été un cadeau du ciel dans notre travail de médiation. Chaque fois que j’avais à faire avec un.e réfractaire au manga, il me suffisait de prêter un Journal de mon Père ou un Quartier Lointain pour convaincre mon interlocuteur d’élargir son champ d’intérêt. Un amateur d’alpinisme ? -> Le sommet des dieux ! Une épicurienne amatrice de bonne chère ? -> Le Gourmet Solitaire ! Amateurs de romance -> Les Années douces !
Je ne connaissais pas personnellement cet homme qu’on raconte humble et discret mais ce qui est sûr, c’est qu’il va drôlement me manquer…

Légendes des photos :
1 – Oh qu’ils sont mignons les 9 bouts de plastique toxiques Miyazaki pour 7,25 €
2 – Technique classique de ces sites de contrefaçon, vous attirer l’œil sur Facebook avec des objets pirates « gratuits » afin que vous remarquiez leur boutique et que vous passiez des commandes.
3 – Aucun produit n’est épargné. Ici les coques d’Iphone pour Geek peu scrupuleux. Notez que les visuels sont à la base des fan-arts, c’est à dire des dessins faits par des fans à des fins non lucratives. Ces sites pirates violent les lois du copyright et détournent en plus des visuels détournés de leur fonction première : manifester son amour d’une licence. Un comble.
4 – Quand les contrefacteurs ont de l’humour… Ici une mention de copyright sur un site Internet Thaïlandais développé pour le marché français qui menace donc de ne pas contrefaire ses produits pirates 🙂

Loïc Clément est auteur et scénariste.

Bibliographie :

  • Professeur Goupil, Little Urban (à paraître en septembre).
  • Le voleur de souhaits, scénario illustré par Bertrand Gatignol, Delcourt (à paraître en avril).
  • Chaussette, scénario illustré par Anne Montel, Delcourt (à paraître en avril).
  • Le temps des mitaines, tome 2 – Cœur de renard, scénario illustré par Anne Montel, Didier Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Les Jours sucrés, scénario illustré par Anne Montel, Dargaud (2016).
  • Mille milliards de trucs (et de moutons), texte illustré par Anne Montel, Belin Jeunesse (2014).
  • Le petit et les arbres poussaient, texte illustré par Églantine Ceulemans, Les p’tits bérêts (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Le temps des mitaines, scénario illustré par Anne Montel, Didier Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Shä & Salomé. Jours de pluie, texte illustré par Anne Montel, Jean-Claude Gawsewitch (2011).

Le site de Loïc Clément : http://nekokitsune.blogspot.fr.

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Une sélection de BD

Par 21 novembre 2016 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose une nouvelle (grosse) sélection de BD !

Les effroyables missions de Margo Maloo – Tome 1
de Drew Weing (traduit par Alice Marchand)
Gallimard Bandes Dessinées dans la collection Les effroyables missions de Margo Maloo
13,90 €, 210×280 mm, 68 pages, imprimé en Roumanie chez un imprimeur éco-responsable, 2016.
Le collège noir – Tome 1 – Le livre de la lune
d’Ulysse Malassagne
Grafiteen dans la collection Le collège noir
11,50 €, 155x255mm, 81 pages, imprimé en Slovénie, 2016.
Le sixième dalaï-lama – Tome 1
Scénario de Guo Qiang, dessins de Zhao Ze (traduction de Nicolas Henry et Si Mo)
Les éditions Fei dans la collection Le sixième dalaï-lama
19 €, 193×275 mm, 112 pages, imprimé en Pologne, 2016.
Akissi – Tome 7 – Faux départ
Scénario de Marguerite Abouet, dessins de Mathieu Sapin
Gallimard Bande Dessinées dans la collection Akissi
10,50 €, 200×260 mm, 48 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2016.
Orange
d’Ichigo Takano (traduit par Chiharu Chujo)
Akata dans la collection Orange
7,95 € le tome, 130×180 mm, entre 191 et 240 pages selon les tomes, imprimé en Italie, 2014-2016.
Tête de mule
d’Øyvind Torseter (traducteur.trice non crédité.e)
La joie de lire dans la collection Albums
24,90 €, 235×280 mm, 120 pages, imprimé en Lettonie, 2016.
Petit Poilu – Tome 19 –  Le Prince des Oiseaux
Scénario de Céline Fraipont, dessins de Pierre Bailly
Dupuis dans la collection Petit Poilu
9,50 €,  200×265 mm, 32 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2016.
Dino et Pablo – Jeux préhistoriques
de Loïc Dauvillier et Baptiste Amsallem
Bang Ediciones dans la collection Mamut
13 €, 190×259 mm, 34 pages, imprimé en Espagne, 2016 (première édition 2010).
Manu à la plage
de Diego Arandojo et Ed
Bang Ediciones dans la collection Mamut
13 €, 190×259 mm, 41 pages, imprimé en Espagne, 2016 (première édition 2010).
La promenade d’Antoine
de Juan Berrio
Bang Ediciones dans la collection Mamut
13 €, 190×259 mm, 34 pages, imprimé en Espagne, 2016.
Le voyage de Polo
de Régis Faller
Bayard dans la collection mini BD Kids
9,95 €, 185×210 mm, 75 pages, imprimé en Chine, 2016.
Adélidélo – Le bonheur, c’est son boulot !
Scénario de Marie-Agnès Gaudrat, dessins de Fred Benaglia
Bayard dans la collection mini BD Kids
9,95 €, 185×210 mm, 64 pages, imprimé en Chine, 2016.
Les trois cochons petits dans la forêt enchantée
de Michel Van Zeveren
Bayard dans la collection mini BD Kids
9,95 €, 185×210 mm, 61 pages, imprimé en Chine, 2016.
La lumière de Bornéo
scénario de Frank et Zidrou, dessins de Frank
Dupuis dans la collection Le Spirou de
16,50 €, 240×320 mm, 88 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2016.
Zouk – La sorcière qui aimait les animaux
Scénario de Nicolas Hubesch, illustré par Serge Bloch
Bayard dans la collection mini BD Kids
9,95 €, 185×210 mm, 64 pages, imprimé en Chine, 2016.
Zouk – Un Noël ensorcelé
Scénario de Nicolas Hubesch, illustré par Serge Bloch
Bayard dans la collection mini BD Kids
9,95 €, 185×210 mm, 64 pages, imprimé en Chine, 2016.
Zouk – des vacances de sorcière
Scénario de Nicolas Hubesch, illustré par Serge Bloch
Bayard dans la collection mini BD Kids
9,95 €, 185×210 mm, 64 pages, imprimé en Chine, 2016.
Tamara – La revanche d’une ronde !
Scénario de Zidrou, dessins de Darasse et Bosse
Dupuis dans la collection Tamara
10,60 €, 218×300 mm, 64 pages, imprimé en Belgique chez un imprimeur éco-responsable, 2016.
Le temps des mitaines – Tome 2 – Cœur de renard
Scénario de Loïc Clément, dessins d’Anne Montel
Didier Jeunesse dans la collection Le temps des mitaines
12,90 €, 192×260 mm, 64 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2016.

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Du berger à la bergère : de Loïc Clément à Fred Bernard

Par 13 juillet 2016 Les invités du mercredi

Cet été, on vous propose encore une nouvelle rubrique pour nos invité.e.s du mercredi. Après les questions sur les métiers et les questions des enfants, on a proposé cet été à des auteur.e.s et des illustrateurs.trices de poser trois questions à un auteur.e ou une illustrateur.trice de leur choix. Puis à l’interviewé.e d’en poser une à son tour à son intervieweur.euse d’un jour. Après Jean-Luc Englebert et Benjamin Chaud, cette semaine c’est à Fred Bernard que Loïc Clément a choisi de poser des questions.

Loïc Clément : Tu as un pied dans l’album jeunesse et un pied dans la bande dessinée, est-ce parce que certaines envies d’histoire te paraissent plus appropriées pour l’un ou l’autre de ces média ? Quelles différences vois-tu entre ces deux mondes connexes mais si différents ?
Fred BernardFred Bernard : D’abord je prends exactement le même plaisir à écrire et à dessiner, c’est ce qui m’a naturellement amené vers la BD, pour le format « roman graphique » aussi. Ensuite après le succès de Jésus Betz, on me demandait que des histoires, les éditeurs avaient complètement zappé que j’étais d’abord dessinateur. De plus, je commençais à accumuler des frustrations car avec Jeanne Picquigny ou L’Homme-Bonsaï, je sentais que je tenais des personnages forts. Je rêvais aussi de faire évoluer un personnage dans le temps, d’où les aventures de Jeanne Picquigny. Je n’avais jamais fait ça avec mon ami François Roca… Mais pour aller plus loin avec ces « héros », je devais creuser leur intériorité, leurs questionnements d’adultes, leur sexualité, leur violence potentielle, des questions temporelles aussi, qui dépassent un enfant. Passer une frontière donc…
Ces deux mondes s’ignorent souverainement en général. J’ai le sentiment qu’il y a souvent plus d’écart entre BD et jeunesse, qu’entre littérature et cinéma, bizarrement. Je suis reparti de zéro à 33 ans en arrivant dans la BD. Seuls quelques auteurs curieux de tout, comme Émile Bravo, s’intéressent aux deux domaines. Je ne connais aucun auteur jeunesse ne lisant que de la jeunesse. En revanche, nombre d’auteurs de BD, ne lisent que de la BD. C’est sans doute là, une grosse différence.

Loïc Clément :  tu as produit des textes forts, magnifiques mais peu vendeurs (a priori) comme Jésus Betz. Penses-tu qu’il est plus difficile aujourd’hui de proposer ce genre de projets aux éditeurs ?
Fred Bernard : Jésus Betz a surtout eu un succès d’estime, c’est vrai. Les ventes sont venues avec le longJesus Beltz terme et c’est une chance ! C’était déjà très difficile de proposer ce genre d’histoire en jeunesse il y a 15 ans, alors aujourd’hui, on oublie !  C’est comme refaire Apocalypse Now en 2016… (je plaisante !) Mais nous avions une sorte de « deal » avec Jacques Binsztok au Seuil Jeunesse… Il sentait des « choses » et il est joueur. Il nous avait dit : « Allez-y, les gars ! Surprenez-moi, lâchez-vous à fond ! Et on verra ce que ça donne ! » Il était presque déçu quand le livre a été le coup de cœur de Noël du quotidien La Croix. Au fond, je crois qu’il espérait une petite polémique… Qui espérerait ça en jeunesse de nos jours ? Il faut un âne comme Copé et un livre comme Tous à poil… (je plaisante encore !)  Mais c’est grâce à l’accueil de Jésus Betz qu’on a ajouté des maillons à la chaîne et qu’on a pu faire L’Indien de la tour Eiffel ou L’Homme-Bonsaï chez Albin Michel jeunesse. Ou plus tard La Fille du samouraï… Mais plus personne ne nous a demandé de nous lâcher, alors je me lâche en BD dès que je peux…
C’est aussi Jacques Binsztok qui m’a laissé faire ma première aventure de Jeanne Picquigny en BD : La Tendresse des crocodiles. Je lui dois beaucoup…

Loïc Clément : Est-ce que lorsqu’on travaille aussi longtemps avec quelqu’un, je pense bien sûr à François Roca, on est comme un vieux couple (engueulades et habitudes comprises) ?
On a dû s’engueuler deux fois ou trois en 25 ans d’amitié, et 20 ans de collaboration. Mais on est un vieux couple, ça c’est sûr ! On se connaît par cœur. C’est pour ça qu’à chaque nouveau livre ensemble, on essaie de se surprendre l’un l’autre… Et puis on se fait régulièrement des infidélités, c’est peut-être ça aussi le secret ?

Fred Bernard : Est-ce tu aimes autant écrire pour la jeunesse et la BD ? Pourquoi ce choix ?
Loïc ClémentLoïc Clément : Lorsque j’ai commencé à écrire, j’avais en tête un idéal créatif assez simple : alterner les projets de bande dessinée et d’albums illustrés (deux passions). La bande dessinée me demande un travail de longue haleine tandis que certaines fulgurances d’écriture pour les albums jeunesse peuvent me permettre de faire naître un projet en peu de temps. L’idéal me semblait donc de jouer sur les deux tableaux. Pourtant, ce « plan de carrière » a rapidement volé en éclat lorsque je me suis rendu compte que les textes pour albums illustrés jeunesse qui me tenaient à cœur et parlaient de thèmes difficiles (le deuil, la dépression, la solitude, la mort…) se voyaient au choix :
– refusés par les éditeurs car peu vendeurs
– acceptés mais sous couvert d’extrêmes réécritures jusqu’à édulcoration…
En plus, je me suis rendu compte assez vite que si en BD, l’usage répandu est plutôt d’approcher un éditeur conjointement avec son dessinateur, en édition jeunesse ils n’aiment pas trop ça… Les mariages arrangés d’auteurs et dessinateurs qui ne se sont jamais rencontrés sont un peu la norme. Or, j’ai besoin d’écrire en collant aux envies et à l’univers d’un dessinateur donc cela constituait une difficulté supplémentaire pour moi.
Et de toute façon à la fin, ces projets étaient (très) mal rémunérés ! Bref… Le bilan c’est qu’après avoir signé deux albums jeunesse fort légers, et m’être épanoui dans le même temps dans les scénarios de BD, j’ai décidé de ne plus écrire d’albums illustrés. Et puisque les thématiques que j’abordais semblaient trop sombres et peu vendeuses aux éditeurs jeunesse mais qu’elles intéressaient les éditeurs BDs, j’ai adapté mes projets et je les ai réécrit pour ce médium. Deux d’entre eux sortiront ainsi chez Delcourt début 2017 dans un format assez original puisque hybride entre la BD classique et l’album illustré.
Et tandis que je pensais avoir trouvé ma voie en tant que scénariste de bande dessinée, une rencontre a changé la donne et me voilà avec un premier roman jeunesse à venir l’année prochaine (mais j’ai pas le droit d’en parler).
Ainsi pour répondre à ta question, Fred, je pourrais résumer ça par : tout dépend de la rencontre. Écrire un roman, une BD, un album illustré c’est un peu comme être glacier/boulanger/pâtissier… ce sont des métiers connexes mais en même temps différents, et je crois que j’aime tout ça à la fois. Pourtant sans la rencontre avec un éditeur, sans partager une vision commune, ça ne fera pas une belle friandise à la fin.
J’ai certes une prédilection pour la bande dessinée puisque ça fait partie de mon ADN, que je suis fasciné par sa grammaire et ses codes et qu’en plus je m’y sens globalement libre, mais j’aime écrire sous toutes formes possibles quand je suis au diapason avec l’éditeur.

Bibliographie sélective de Fred Bernard :

  • La paresse du panda, scénario et illustrations, Casterman (2016).
  • Anya et le tigre blanc, texte illustré par François Roca, Albin Michel Jeunesse (2015).
  • Le grand match, texte illustré par Jean-François Martin, Albin Michel Jeunesse (2015).
  • Monsieur Moisange, texte illustré par Gwendal Le Bec, Albin Michel Jeunesse (2015).
  • On nous a coupé les ailes, texte illustré par Émile Bravo, Albin Michel jeunesse (2014).
  • Rose et l’automate, texte illustré par François Roca, Albin Michel Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • L’histoire de vraie de Kiki la tortue géante, texte illustré par Julia Faulques, Nathan (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • L’histoire vraie de Ralfone l’orang-outan, texte illustré par Julia Faulques, Nathan (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • La fille du samouraï, texte illustré par François Roca, Albin Michel Jeunesse (2012).
  • L’inconnu au ballon, illustration d’un texte de Jean-Baptiste Cabaud, Le Baron Perché (2010).
  • L’homme bonsaï, scénario et illustrations, Delcourt (2009).
  • Jésus Betz, texte illustré par François Roca, Seuil Jeunesse (2002), que nous avons chroniqué ici.

Bibliographie de Loïc Clément :

  • Le temps des mitaines, tome 2  – Cœur de renard, scénario illustré par Anne Montel, Didier Jeunesse (2016).
  • Les Jours sucrés, scénario illustré par Anne Montel, Dargaud (2016).
  • Mille milliards de trucs (et de moutons), texte illustré par Anne Montel, Belin Jeunesse (2014).
  • Le petit et les arbres poussaient, texte illustré par Églantine Ceulemans, Les p’tits bérêts (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Le temps des mitaines, scénario illustré par Anne Montel, Didier Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  •  Shä & Salomé. Jours de pluie, texte illustré par Anne Montel, Jean-Claude Gawsewitch (2011).

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Quand on s’aventure dans la nature…

Par 6 août 2015 Livres Jeunesse

louveLouve était une louve rousse qui vivait au fond de la forêt. Amie des renards, elle en prenait soin avec tendresse. Ils partageaient ses repas, dansaient tous ensemble, la vie s’écoulait sereinement. Mais Louve était en réalité frappée d’une étrange malédiction : lorsqu’elle était émue, ses cheveux prenaient feu. Une seule solution : le ruisseau d’eau gelée pour calmer cet embrasement et anesthésier son cœur… Mais quelle tristesse ! Alors, lorsqu’elle fit la rencontre d’un homme-loup qui avec douceur réussit à dompter les flammes pour la sauver du maléfice, sa vie changea à tout jamais ! À eux les bavardages autour d’une tasse de thé de feuilles d’automne séchées, les crêpes sucrées, les balades en forêt…
Quel bel album ! Louve est une histoire sensible et délicate sur les émotions qui parfois nous submergent et nous envahissent. Fanny Ducassé nous plonge au cœur de la forêt, dans un monde onirique, notamment grâce à de superbes illustrations sombres et lumineuses à la fois (je vous assure que c’est possible!). Il me semble d’ailleurs qu’un si petit format ne leur rend pas tellement justice. Le texte est tendre et sensible, avec de petites touches d’humour et de jolis mots à lire et entendre ! Une magnifique histoire sur la sensibilité et les émotions, en pleine nature !
Le même vu par La soupe de l’espace, Le tiroir à histoires, Clarabel, Un petit bout de bib, Des livres, etc..
Des extraits sur le site de l’auteur et sur le site de l’éditeur.

la couleur du ventLou aime regarder pousser l’herbe.  C’est même son activité favorite. Un jour, absorbé dans son observation de la nature, il se pose de grandes questions très philosophiques. Pourquoi l’herbe pousse ?  D’où viennent les oiseaux ? Et l’eau de pluie ? Il quitte alors son village pour aller trouver des réponses. Il interroge les animaux, la forêt, la mer, la montagne, la ville… Mais tout cela reste obscur. Et si la solution était sous ses yeux ?
Conte philosophique et initiatique La couleur du vent est un album plein de poésie pour s’interroger sur le monde qui nous entoure et constater que parfois, les questions que se posent les enfants n’ont pas de réponse précise et évidente. Nastassja Imiolek signe un texte délicat accompagné de magnifiques illustrations, qui donne envie de prendre le temps, d’observer la nature, et de profiter de l’instant présent.
Des extraits sur le site de l’auteur.
Le même vu par Maman Baobab.

Le petit et les arbres poussaientEt si le Petit Poucet dissuadait ses parents de les emmener, lui et ses frères, se balader en forêt ? Après tout, les arbres qui y vivent sont peut-être dangereux. Certains croquent tout ce qui passe devant eux, d’autres se livrent à de dangereux combats de boxe, d’autres encore sont bien trop bruyants, trop tristes, trop sérieux… Non vraiment, ce ne serait pas raisonnable de partir en forêt ! Loïc Clément nous propose une version revisitée et pleine d’humour du conte classique du Petit Poucet. Le petit et les arbres poussaient est une histoire pleine d’humour ! Poucet est rusé, plein d’imagination et bien décidé à repousser le moment où lui et ses frères seront abandonnés au cœur de la forêt..! Les illustrations d’Églantine Ceulemans replacent le conte dans le monde d’aujourd’hui, avec des détails contemporains et humoristiques.
Un album pour sourire et se souvenir que la nature est vivante !
Des extraits sur le site de l’illustratrice et sur le site de l’éditeur.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué d’autres livres de Fanny Ducassé (De la tarte au citron, du thé et des étoiles), Loïc Clément (Le temps des mitaines) et Églantine Ceulemans (Le loup et ses sept chevreaux).

Louve
de Fanny Ducassé
Thierry Magnier
13,90 €, 195 x 195 mm, 40 pages, imprimé en Italie, 2014.
La couleur du vent
de Natassja Imiolek
Le baron perché
16 €, 218 x 220 mm, 32 pages, imprimé en France, 2014.
Le petit et les arbres poussaient
Texte de Loïc Clément, illustré par Églantine Ceulemans
11 €, 167 x 207 mm, 27 pages, imprimé en Italie, 2014.

À part ça ?

Vous aimez les illusions d’optique ? Savez-vous qu’un concours pour élire la plus impressionnante a lieu chaque année !

Marianne

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Encore des bandes dessinées

Par 13 mai 2014 Livres Jeunesse

Hier, je vous ai proposé onze BD, on continue aujourd’hui avec onze autres. Et vous en trouverez même trois pour vous dans le À part ça ?. Comme hier, cette chronique est croisée avec celle de Maman Baobab qui parle aussi de bandes dessinées aujourd’hui. Hier, on a parlé de BD pour enfants, aujourd’hui, ce sont plutôt des BD qui s’adressent aux adolescents (certaines sont même des BD pour adultes, mais lisibles par les ados, d’après moi).

La dernière BD d’hier parlait de la guerre, la première BD du jour aussi.

Éclats1946, la guerre est finie. Victor se remémore les moments passés avec Chris alors qu’il est devant sa tombe. Esther arrive dans le cimetière, il la croyait disparue avec sa famille. Il va lui raconter la guerre, ce qu’il a vécu et ce qui est arrivé à Chris. C’était en 1940…

La guerre aux Pays-Bas, un pays qui se pensait neutre et qui va être entraîné dans cette guerre pour laquelle il n’est pas préparé. En se basant sur la vraie Histoire (qui nous est rappelée en fin d’ouvrage avec de nombreuses photos et documents), Erik de Graaf nous raconte la guerre vécue par deux soldats. Leur quotidien, leurs espoirs. Une BD très graphique, très forte pour nous parler de gens normaux qui traversent une période noire de notre Histoire.
Un extrait sur le site de La pastèque.

le temps des mitainesIl se passe quelque chose à l’école des Mitaines où Arthur est nouveau : des enfants disparaissent. D’abord un seul, mais très vite un autre… puis un autre… tout le monde est inquiet, qui sera le prochain ? Faut-il fermer l’école ? Arthur va mener l’enquête accompagné de ses nouveaux amis : Pélagie la souris qui confond les mots, Kitsu la renarde mystérieuse, Gonzague, l’escargot qui parle comme un dictionnaire et Willo le ver luisant qui traduit quand Gonzague parle. Et forcément, c’est à l’école que l’enquête commence…

Le terme « roman graphique » est parfaitement adapté pour Le temps des mitaines, un magnifique ouvrage signé Loïc Clément et Anne Montel. Une vraie intrigue, une histoire pleine de suspense, des héros irrésistibles, de très nombreuses références… on se régale ! Je n’ai pas une grande culture BD, mais Le temps des mitaines ne ressemble à rien de ce que j’ai connu. Les auteurs ont vraiment créé un univers à part, un monde étrange où les habitations sont faites d’objets recyclés. On en vient à se demander si nos héros qui évoluent dans des maisons en pot de confiture ou en brique de lait ne sont pas des jouets, qu’on n’est pas ici dans la tête d’un enfant qui joue. Graphiquement c’est juste magnifique (Anne Montel…). On parle ici d’amitié, d’entraide, d’amour, du passage de l’enfance à l’adolescence… Une BD riche, passionnante, captivante… dont on espère fortement une suite !
Des extraits sur le site de Didier Jeunesse et le même vu par Les riches heures de Fantasia.

Et puisque je parle de suite…

Quatre soeurs EnidEnid, neuf ans, est la plus jeune d’une fratrie de cinq sœurs. Elle adore les animaux comme sa chauve-souris Swift et son écureuil Blitz qui vivent dans le sycomore mort devant leur maison. Seulement le jour où une tempête arrache l’arbre, Enid aimerait bien savoir où sont passés ses amis, surtout, qu’elle entend des bruits terrifiants la nuit ! Autour d’Enid il y a ses sœurs, donc, Bettina, Hortense, Geneviève et Charlie, il y a les fantômes de ses parents, Basile, l’amoureux de Charlie et l’horripilante Tante Lucrèce, leur cotutrice légale qui, heureusement, ne vit pas avec elles.

Marianne vous avait déjà parlé (ici) du premier tome des Quatre sœurs, adaptation en BD des romans de Malika Ferjhoukh. Il était sorti chez Delcourt, il vient de ressortir chez Rue de Sèvres et la bonne nouvelle, c’est qu’il n’est plus tout seul !
Le même vu par L’ivresse des mots (avec des extraits) et par Les riches heures de Fantasia.

Quatre soeur HortenseHortense écrit, elle remplit des pages entières de journal. Elle décide aussi de s’inscrire à un cours de théâtre surtout après que sa nouvelle amie Muguette, une jeune fille malade qui vit non loin de là, le lui a conseillé. Pendant ce temps, Bettina rencontre un jeune homme qui n’a pas le physique d’un prince charmant et se demande si elle est prête à s’afficher avec lui, affrontant ainsi les moqueries de ses amies.

Deuxième tome de l’adaptation BD des Quatre sœurs. On retrouve donc ici tous les personnages du livre précédent, on apprend à les connaître et l’on s’attache de plus en plus à eux. Car, malgré leurs caractères différents, elles sont attachantes les sœurs Verdelaine, c’est typiquement le genre de personnages qu’on aime retrouver, d’histoire en histoire, tome après tome. Je n’ai pas lu les romans originaux, mais ces BD donnent follement envie, pour prolonger le temps passé en leur compagnie et attendre, avec moins d’impatience, le tome 3 de la BD. Enid et Hortense sont deux BD absolument superbes, avec des personnages auxquels on devient vite accros.
Le même vu par Des livres, etc. et Chez Clarabel et des extraits sur BDzoom.

RETOUR AU CENTRE DE LA TERRE T01À bord de son bateau, un capitaine se lamente. Il se souvient de quand il officiait à bord de navires prestigieux, donnant des ordres à des marins dévoués. Aujourd’hui, ses voyages ne sont qu’ennuis… Ils ne vont pas l’être bien longtemps, car voici qu’un enfant arrive en courant, une femme armée à ses trousses. Il n’a pas le temps d’analyser la situation, un bruit énorme se fait entendre puis le bateau se retourne. Notre capitaine et son second, la femme et l’enfant sont les seuls survivants du naufrage. À bord d’une petite barque, ils se dirigent vers une île mystérieuse qui est apparue dans la mer… ils ne sont pas au bout de leurs peines…

Le chant des abysses est le premier tome de Retour au centre de la Terre, un remix d’un classique de Jules Verne (comme le dit le dossier de presse). Librement inspirée du célèbre roman (que je n’ai pas lu donc je serai bien en peine de comparer), c’est une aventure fantastique que nous propose Ludo Lullabi. Quitte à vous révéler un peu plus que le début (mais après tout, rien qu’avec le titre vous vous en doutez), nos voyageurs ne vont pas rester bien longtemps sur l’île, leur route va les mener sous la croûte terrestre, au centre de la Terre. Là, ils rencontreront des êtres très différents de nous. Une BD avec de très belles illustrations, qui devrait beaucoup plaire aux amateurs d’aventures et de SF.
Des extraits sur le site de l’éditeur.

CET ÉTÉ LÀ HDCet été-là, comme tous les étés, Rose va en vacances dans la maison d’Awago Beach. Sur place, elle retrouve comme chaque année son amie Windy. L’âge de faire des châteaux de sable est passé, maintenant elles regardent des films d’horreur. Cet été-là, elles suivent ce qui se déroule dans la bande de jeunes du coin. Dud aurait mis enceinte Jenny. Un feuilleton d’été qui ne passe pas à la télé.

Gros coup de cœur pour Cet été-là. Graphiquement tout d’abord, les illustrations (généralement sous forme de cases, parfois pleines pages) sont superbes et Rue de Sèvres a fait un très beau travail sur l’objet (beau papier, couverture à rabat…). Ensuite, cette tranche de vie de deux adolescentes, qui ne se voient que l’été, qui ont une vie normale donc forcément touchante. Des parents qui ont vécu un évènement qui les a éloignés, une ado qui dit des choses blessantes à sa mère, une jeune fille qui se désespère d’avoir de la poitrine, une visite de musée annuelle qui finit par franchement lasser, des pères qui portent dans le lit parce qu’on s’est endormi dans le canapé, des chamallows grillés… Et puis, donc, ces inconnus qu’on croise le temps d’un été et dont on voit un moment de leur vie et dont on imagine le reste. Une histoire qu’on suit pour mettre du piment dans nos vacances, et dont on ne connaîtra jamais la fin. Une sublime BD drôle et émouvante sur l’adolescence, les vacances, la vie tout simplement.

MacanudoDes lutins, une fille et son chat, des pingouins, Liniers lui-même, des moutons ou encore le mystérieux homme en noir (qui est si mystérieux) sont les héros récurrents de Macanudo numéro 3.

Sorti aux éditions de La Pastèque, Macanudo numéro 3 par Liniers est une sorte d’ovni. Des strips surréalistes qu’on lit d’abord un peu sceptique, en se demandant où l’on essaye de nous entraîner… Puis très vite on devient accro, on sourit, on rit. Il faut donc un temps d’acclimatation à cet univers loufoque où les chats s’ennuient terriblement, où les nounours défendent les petites filles, où l’on apprend que c’est parfois en se cognant le pied qu’on cesse de croire en Dieu, où les éléphants tiennent en équilibre sur un œuf posé sur une allumette… mais tous ces exemples ne sont pas parlant, encore une fois c’est tout un univers, le genre de BD dans laquelle j’ai adoré me plonger… et dont j’ai du mal à vous parler, le genre d’expérience surréaliste que j’adore. Alors un seul conseil, plongez-y à votre tour !

san mao FeiSan Mao est un petit orphelin de Shanghaï qui a trois cheveux sur la tête (d’où son nom, San Mao veut dire 3 mèches). Au départ de ses aventures, on suit son errance dans les rues à la recherche de vêtements chauds, de nourriture, d’un toit. Puis il va sauver un enfant de la noyade et être adopté par la famille de cet enfant… mais très vite la maison de ses nouveaux « parents » est ravagée par un incendie et San Mao doit retourner à la rue. Sa vie sera faite de périodes plus gaies où il aura du travail et de périodes plus dures (il ira notamment en prison et volera pour le compte d’un adulte).

San Mao est un grand classique en Chine, un héros de BD que tout le monde connaît là-bas. Les éditions Fei sortent un condensé, sorte de best of de ses aventures dans un magnifique ouvrage. Peu de dialogues dans les aventures de cet orphelin qui vit dans une extrême pauvreté et côtoie des gens très riches. On voit d’ailleurs l’ironie de l’époque avec des gens qui nourrissent et habillent des chiens (et habillent même des arbres) pendant que San Mao est quasi nu dans le froid (et complètement affamé). C’est parfois assez violent, San Mao se prend des coups sans arrêt, se fait très mal, se fait même renverser par une voiture, mais l’enfant a, lui, le cœur sur la main et préfère partager avec les autres le peu qu’il a. Une très belle édition pour un classique de la BD chinoise.
Des extraits sur le site de l’éditeur.

Découpé en tranchesPetit, Philippe avait l’impression d’être un extraterrestre quand il regardait ses congénères. Pourtant il se sentait parfois le roi du monde, enfin le roi de SON monde, car une fois au jardin d’enfants il s’est rendu compte que les autres ne savaient pas qu’il était le roi… Puis il s’est trouvé une passion, le dessin et grâce à ça il a commencé à être respecté. En grandissant, il est même devenu dessinateur BD.

Bon, je dois vous avouer quelque chose… je n’avais jamais lu de Zep ! Non non même pas un Titeuf, même pas Le guide du zizi sexuel (que je veux lire depuis bien longtemps). Et quelle tranche (pour reprendre le titre) de rigolade ! Zep raconte donc sa vie, ses pensées, sa façon de voir le monde, sa famille. On voit par exemple le célébrissime illustrateur de Titeuf se faire complimenter par tout le monde quand à la maison personne n’a même pensé le regarder à la télé (y’avait Vidéo Gag, aussi…). Il nous explique aussi quels super pouvoirs il aimerait avoir… sauf qu’il se rend compte qu’en fait ça ne serait pas si génial… Ce n’est absolument pas pour les jeunes enfants, plutôt pour les ados (et surtout les adultes), on y parle même de sexe, de croire en Dieu, des films qui font peur, de ce qui fait pleurer… C’est très drôle, mais c’est également extrêmement touchant. Des tranches de Zep pour voir ce qu’il y a à l’intérieur de cet illustrateur que tout le monde connaît.
Des extraits sur un blog.

ROMAIN & AUGUSTINÇa y est, la loi est passée. Enfin, tout le monde est égal devant le mariage. Dans la rue des illuminés continuent de défiler, mais au moins ça y est, le mariage n’est plus réservé aux hétéros. Augustin a donc décidé, il va demander Romain en mariage. Acceptera-t-il ? Comment la mère d’Augustin, qui considère que l’homosexualité de son fils est une punition de Dieu suite à l’échec de son mariage, le prendra-t-elle ? De toute façon se marie-t-on pour les autres ?

Romain & Augustin, un mariage pour tous est une BD où fourmillent les personnages. Il y a donc le couple central, Romain et Augustin, les parents de Romain (qui sont plus peinés par le fait que leur fils soit de droite que par le fait qu’il soit homo), ceux d’Augustin (qui ne supportent pas que leur fils soit gay), la grand-mère de Romain qui est heureuse que la loi soit enfin passée, mais pense que le combat n’est pas fini, le cousin Dimitri qui filme la famille et recueille les confidences, l’ex de Romain qui va être papa… des personnages particulièrement bien croqués. Ce qui est passionnant dans cette histoire, c’est la réflexion sur le militantisme et le mariage, le mariage est-il un acte militant d’ailleurs ? Un couple homo doit-il se marier pour se venger de toute la haine qui a été déversée ces derniers temps ou seulement par amour ? On y voit aussi une bande les insulter et les frapper parce qu’ils sont homos, on voit, par le biais du cousin qui filme, ce que pense la famille de tout ça. François Hollande et Christiane Taubira sont largement évoqués, parfois critiqués. Même si là j’ai beaucoup moins accroché graphiquement, j’ai trouvé très intéressante cette BD à la fois militante et politique, mais surtout qui nous montre des gens qu’on pourrait croiser tous les jours avec leurs questionnements, leurs doutes, leur rapport à l’homosexualité. Cet ouvrage n’est pas sorti en jeunesse, mais peut aisément être lu par des ados.
Des extraits (et plus encore) sur le site de Nouvel Obs et le même vu par Batifolire.

Quelques pas de plus…
Retrouvez les autres BD que nous avons chroniquées sur un album Pinterest.
Nous avons déjà chroniqué des ouvrages d’Anne Montel (Le crafougna), Malika Ferdjoukh (L’assassin de papa, Sombres citrouilles, Les quatre sœurs, 4 saisons, bandes dessinées illustrées par Lucie Durbianon, Aggie change de vie et Quatre Soeurs, illustré par Cati Baur), et Soledad Bravi (Maman  Houtuva ?,Trop facile, la science !, Fruits légumes, Papa, Houêtu ? et Louise titi).

Éclats
d’Erik de Graaf (traduit par Arlette Ounanian)
La Pastèque
24,60 €, 172×240 mm, 263 pages, imprimé à Singapour, 2014.
Le temps des mitaines
Scénario de Loïc Clément, illustré par Anne Montel
Didier Jeunesse
14,90 €, 192×260 mm, 128 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2014.
Quatre soeurs, 1. Enid
Scénario de Cati Baur et Malika Ferdjoukh, illustré par Cati Baur
Rue de Sèvres dans la série Quatre soeurs
15 €, 211×275 mm, 151 pages, imprimé en France, 2014.
Quatre soeurs, 2. Hortense
Scénario de Cati Baur et Malika Ferdjoukh, illustré par Cati Baur
Rue de Sèvres dans la série Quatre soeurs
15 €, 211×275 mm, 153 pages, imprimé en France, 2014.
Retour au centre de la terre, 1 – le chant des abysses
de Ludo Lullabi
Glénat dans la collection Grafica
14,95 €, 240×320 mm, 64 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2013.
Cet été là
de Mariko Tamako et Jillian Tamako (traduit par Fanny Soubiran)
Rue de Sèvres
20 €, 185×255 mm, 320 pages, imprimé en France, 2014.
Macanudo Numéro 3
de Liniers (traduit par Jean-Paul Partensky)
La pastèque dans la série Macanudo
19,70 €, 222×217 mm, 92 pages, imprimé à Singapour, 2011.
San Mao Le petit vagabond
de Zhang Leping (traduit par Nicolas Henry et Si Mo), préfacé par Nicolas Finet
Les Éditions Fei
33 €, 235×175 mm, 414 pages, imprimé au Québec, 2014.
Découpé en tranche
de Zep
Rue de Sèvres
16 €, 242×290 mm, 100 pages, imprimé en France, 2014 (précédente édition 2006).
Romain & Augustin, un mariage pour tous
Scénario de Thomas Cadène, illustré par Didier Garguilo et Joseph Falzon
Delcourt dans la collection Mirages
17,95 €, 122×264 mm, 141 pages, imprimé en Belgique, 2013.


Ma famille zombieDans la famille de Riri (la panique) il y a Daï, le père qui aime dire « je compte jusqu’à 3 ! » pour se faire obéir, Rourou, la mère qui porte toujours des jupes et des collants couleur chair, Chenille, la grande sœur, qui aime Madonna et tout ce qui est rose, Polochon, la benjamine, qui adore Sissi l’impératrice et à toujours des pulls à manches trop longues et Riri (la panique), donc, qui ne se déplace jamais sans son Kiki ! Il y a aussi Popo et Fladaga, les deux seuls animaux qui ont survécu.

Difficile de résumer Ma famille Zombie de la géniale Éléonore Zuber… mais je peux vous dire que je me suis bien marré en lisant ce premier tome ! Ici, d’une famille un brin déjantée… qui nous fait forcément penser à la nôtre (sauf si vous avez grandi dans la famille Ricoré) ! Extrêmement drôle, mais pas seulement. En nous racontant son enfance, Éléonore Zuber nous rappelle beaucoup de souvenirs. Les voyages en voiture avec les enfants qui se chamaillent, les « han han » pour imiter les grands qui font l’amour, les animaux qui morflent de la naïveté des enfants… Mais on n’est quand même pas dans une BD sur la nostalgie un peu cucul (pas le genre d’Éléonore Zuber), non non ici c’est parfois cruel, on est faussement choqué, mais on rit énormément. Une super BD avec les dessins extraordinaires d’Éléonore Zuber pour ceux qui aiment se marrer. Extraits.
Ma famille zombie, tome 1, d’Éléonore Zuber, Cambourakis, 14€.

Le guide du mauvais pèreUn papa qui oublie de faire la petite souris, qui raconte à sa fille que si elle avale un noyau d’abricot un arbre va lui pousser dans le ventre, qui fait semblant de s’être coupé le bras alors qu’il est en train de tronçonner ou qui mange ses céréales en cachette pour que ses enfants ne lui en piquent pas, ça vous rappelle quelqu’un ?

On reste dans le même esprit que la BD précédente avec là encore un humour un peu noir. Le guide du Mauvais Père de Guy Delisle m’a également beaucoup fait rire. Ce père un peu gaffeur, un peu cruel (pour rire) m’a forcément fait penser à moi et je pense que certains d’entre vous se reconnaîtront. Comme pour le précédent, c’est le genre de livre où l’on rit franchement et où les gens autour de nous se demandent ce qu’on est en train de faire. Une petite BD sous forme de livre de poche vraiment très très drôle pour les amateurs d’humour un peu cruel. Extraits.
Le guide du mauvais père -1-, de Guy Delisle, Shampooing, 9,95 €.

La BD de SoledadUn an dans la vie de Soledad Bravi. Soledad nous explique pourquoi elle ne couchera pas avec Ryan Gosling ou Michael Fassbender, se demande ce qu’est une fille « bonne », nous montre pourquoi Angelina Jolie n’a pas une vie facile, elle observe les ados, les gens dans le métro, parle de la rentrée scolaire ou des soldes…

On change un peu d’univers, mais là encore j’ai beaucoup ri. Même si l’on n’a pas la vie de Soledad Bravi (ce qui est mon cas), on reconnaît des éléments de notre quotidien, des choses qui nous agacent (les enfants des autres, les recettes qui ne ressemblent pas à la photo…) ou nous mettent en joie (nos enfants à nous… parfois…). De grandes planches qui sont sorties dans Elle de mai 2012 à mai 2013 où l’on parle enfants, beauté, shopping et où l’on critique un peu les autres… vous risquez, comme moi, de bien vous amuser !
La BD de Soledad, la compile de l’année, de Soledad Bravi, Rue de Sèvres, 12,50 €.

Gabriel

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