La mare aux mots
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Magdalena (Magdalena Guirao-Jullien)

Du berger à la bergère : Magdalena Guirao-Jullien et Susie Morgenstern

Par 22 août 2018 Les invités du mercredi

Cet été encore, on vous propose à nouveau la rubrique du berger à la bergère tous les mercredis. Cette rubrique vous avait tellement plu les deux derniers étés, nous nous devions de la reprendre (il faut dire qu’à nous aussi elle plaît beaucoup) ! Donc tous les mercredis jusqu’à la rentrée, ce sont des auteur·trice·s et des illustrateur·trice·s qui posent trois questions à un·e auteur·trice ou un·e illustrateur·trice de leur choix. Puis c’est à l’interviewé·e d’en poser trois à son tour à son intervieweur·euse d’un jour. Après Rémi Courgeon et Albertine, Martin Page et Éric Pessan, Alexandre Chardin et Lucie Pierrat-Pajot, Franck Prévot et Hélène Delbart, Jonathan Garnier et Mélanie Allag, Cathy Ytak et Jo Witek on continue ces mercredis de l’été avec Magdalena Guirao-Jullien qui a choisi de poser des questions à Susie Morgenstern.

Magdalena Guirao-Jullien : Si tu n’étais pas venue en France penses-tu que tu serais devenue quand même écrivain ?
Susie Morgenstern : Je pense que oui puisque j’ai toujours été écrivain depuis que je sais écrire. Des poèmes, des nouvelles, mon journal intime, j’étais rédactrice en chef du journal de mon lycée. Je lisais mes créations à ma mère qui pensait que j’étais Madame Shakespeare. Mais je ne suis pas sûre que j’aurais eu autant besoin de me pousser pour combler le vide et l’éloignement. J’aurais passé de douces journées de shopping avec mes sœurs et ma mère au lieu de me lever le matin pour crier ma solitude et mon manque, les produits de mon exil. Écrire est mon oxygène alors j’ai du mal à imaginer vivre sans où que je sois. D’abord, il y a 51 ans il n’y avait pas le moyen de se parler sans écrire (téléphone trop cher et pas d’internet). J’écrivais trois lettres par semaine à ma mère et chacune de mes sœurs. C’est déjà une musculation. Quand mon mari est mort, ma mère m’a renvoyée la boîte avec 30 années de lettres. Elles sont mal écrites et toutes pareilles : Je suis allée au travail, cherché les enfants de l’école, préparé le diner et déniché le billet le moins cher pour Newark. Je les relis petit à petit pour cueillir un détail croustillant dans mon travail autobiographique comme La petite dernière (Nathan). Une chose est certaine, je serais pas venue en France, je ne serais pas devenue un écrivain français. Oh la la ça aurait été tellement plus simple d’écrire en anglais !

Magdalena Guirao-Jullien : Quand tu écris un roman as-tu déjà la fin en tête, fais-tu un plan, fais-tu des fiches pour tes persos ?
Susie Morgenstern : J’aimerais que quelqu’un fasse un plan pour moi, un plan que je suivrais sans avoir besoin de réfléchir à chaque tournant. Mais je suis incapable de voir plus loin que ma phrase. Bordélique, si j’écrivais des fiches, je suis sûre que je les perdrais. Dans un atelier d’écriture j’ai demandé aux enfants de décrire leur personnage en posant des douzaines de questions, mais je ne pratique pas ce que je prêche. (Je donne des idées comme ça dans Le carnet de l’apprenti écrivain.) Dès fois j’ai des bribes d’idées sur l’avenir de mes personnages, mais d’habitude j’ai juste assez d’avenir pour une journée de travail. Et les nuits sont occupées à creuser ma tête pour préparer la journée du lendemain. Je savais la fin du Club des crottes mais c’est le seul livre. J’ai toujours hâte de terminer un livre pour savoir comment ça va finir. Je suis comme le lecteur. C’est une aventure et je ne sais jamais quels seront les accidents du parcours.
Ne pas savoir est mon moteur pour continuer.

Magdalena Guirao-Jullien : De quoi as-tu le plus peur dans la vie ?
Susie Morgenstern : J’ai peur de tout, peur de bouger de l’écran de mon ordinateur ou de mon lit, peur des transitions et des changements, peur de la vitesse, peur de la guerre en Israël où tous mes petits neveux et nièces sont soldats, peur de perdre mes amis puisque nous vieillissons, peur de tomber (ce que je fais souvent), peur de la douleur, peur de louper une miette de cette vie adorable.
Je n’ai pas peur de mourir (mais je préfère pas).
Et ce dont j’ai le plus peur est pour mes enfants et mes petits enfants que rien de grave ne leur arrive.

Susie Morgenstern : Quelles sont tes zones d’ombre, toi toujours si souriante (comme moi !) ?
Magdalena Guirao-Jullien : Ouille !
Mes zones d’ombre, si je ne m’accrochais pas au sourire, au rire, et à la vie, sans doute que j’aurais un fâcheux penchant pour la mélancolie, et la mélancolie est une zone d’ombre où il ne faut pas aller traîner trop longtemps, pour éviter d’y être englouti comme dans des sables mouvants.
L’ombre qui plane au-dessus de ma tête est l’ombre de mes peurs, qui sont nombreuses et variées mais que j’arrive à chasser justement en souriant à la vie.

Susie Morgenstern : Qu’est-ce que tu peux dire sur le CP, son importance, ta fascination ? Et ton CP à toi ? Et pourquoi s’être arrêtée ?
Magdalena Guirao-Jullien : Mon CP a été une mauvaise expérience, je l’ai mal vécu.
Je me souviens que j’étais la seule que la maîtresse appelait par mon nom de famille et non par mon prénom.
Je me souviens que j’étais très, trop timide.
Et que le monde de l’école me semblait hostile !
Devenue adulte le CP a été ma classe préférée peut être par résilience, j’ai adoré y enseigner en essayant que cette année en CP laisse une empreinte positive dans la tête de mes élèves.
Je suis fascinée par la capacité qu’ont les enfants d’apprendre pour peu qu’on sache leur enseigner avec le cœur.
J’ai enseigné avec passion 16 ans en CP, j’ai arrêté avant d’en perdre le goût, c’est comme en amour ceux qui préfèrent quitter de peur d’être quittés un jour.
Maintenant quand je suis invitée dans les classes, j’ai pour mission de leur transmettre mon goût de lire, semer une graine pour qu’elle devienne un haricot géant.

Susie Morgenstern : Pourquoi tu n’écris pas de romans ?
Magdalena Guirao-Jullien : Je n’ai pas encore passé le pas du Roman, je suis sur la passerelle qui y mène.
Avec un projet non encore édité…
J’ai écrit 100 chroniques Monologue avec mon psy qui sont autant d’instantanés, de pensées sur les petits riens de la vie comme sur les incontournables.
Des monologues teintés d’humour qui questionnent sur ce qui fait l’essentiel de nos existences.
Mais ce n’est pas un roman !
Il me reste donc à écrire un roman…

Bibliographie sélective de Susie Morgenstern :

  • Be Happy ! Mes plus belles comédies musicales, album illustré par Sébastien Mourrain, Didier Jeunesse (à sortir en octobre 2018).
  • Mon chez moi n’est plus chez moi, le déménagement, album illustré par Serge Bloch, Gallimard Jeunesse (2018).
  • Série La famille trop d’filles, romans illustré par Clotka, Nathan (2012-2018).
  • La petite dernière, roman, Nathan (2017).
  • Carnet de l’apprenti écrivain, album illustré par Theresa Bronn De La Martinière Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Le carnet à secrets, album illustré par Séverine Cordier, Nathan (2016).
  • La valise rose, album illustré par Serge Bloch Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Yoyo : Je ne veux pas dormir, album illustré par Marie Quentrec Lito (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • La liste des fournitures, roman, L’école des loisirs, que nous avons chroniqué ici.
  • Joker, roman, L’école des loisirs (1999).
  • Lettres d’amour de 0 à 10, roman, L’école des loisirs (1996).
  • La sixième, roman, L’école des loisirs (1984).

Bibliographie sélective de Magdalena Guirao-Jullien :

  • Vite vite, album illustré par Isabelle Maroger, Père Castor (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Louna & la petite Tahitienne, album illustré par Christine Davenier, Kaléidoscope (2018).
  • Bébé Boule et Bébé Brioche, albums illustrés par Christine Davenier, Kaléidoscope (2017).
  • Série Je suis en CP, romans première lecture illustrés par divers·es illustrateurs·trices, Père Castor (2011-2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Je suis en CE1, romans première lecture illustrés par divers·es illustrateurs·trices, Père Castor (2015-2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Les monstres de la nuit, album illustré par Christine Davenier, Père Castor (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Les contes du CP, romans première lecture illustrés par divers·es illustrateurs·trices (2014-2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Dans le noir de la nuit, album illustré par Christine Davenier, Père Castor (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Louna et la chambre bleue, album illustré par Christine Davenier, Kaléidoscope (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse Tralala. Une histoire qui joue avec les voyelles, album illustré par Gwen Keraval, Père Castor (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Pipi Caca Popot, album illustré par Claire Frossard, Père Castor (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La petite fille du tableau, album illustré par Elsa Huet, Kaléidoscope (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Bali, albums illustrés par Laurent Richard, Père Castor (2009-2015), que nous avons chroniqué ici.
  • 24 petites souris vont à l’école, album illustré par Nadia Bouchama, Père Castor (2004), que nous avons chroniqué ici.
  • La semaine de souris chérie, album illustré par Maïté Laboudigue, Kaléidoscope (2001).

Retrouvez Magdalena Guirao-Jullien sur Facebook, Instagram et sur son site : magdalena-auteur.com.

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Des histoires de famille

Par 24 juillet 2018 Livres Jeunesse

Aujourd’hui on plonge dans deux albums touchants et émouvants qui nous racontent des histoires de famille, de relations entre parents/enfants et frères et sœurs avec Vite vite de Magdalena et Isabelle Maroger et Paul et Antoinette de Kerascoët.

Vite vite
Texte de Magdalena illustré par Isabelle Maroger
Père Castor
12,50 €, 267×217 mm, 32 pages, imprimé en France, 2018.
Paul et Antoinette
de Kerascoët
La Pastèque
14 €, 224×266 mm, 42 pages, imprimé en France, 2018.

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Les invité·e·s du mercredi : Magdalena, Chun-Liang Yeh et Elitza Dimitrova

Par 4 octobre 2017 Les invités du mercredi

Magdalena c’est une autrice qu’on aime. Pour ses livres, bien sûr, mais aussi pour la gentillesse qu’elle dégage dès la première rencontre, son accessibilité, son humour. C’est quelqu’un que j’ai toujours plaisir à croiser dans un salon du livre ou dans les couloirs d’une maison d’édition (oui, j’ai cette chance). J’avais envie de lui poser quelques questions. Elle a accepté de me répondre. Ensuite, je vous propose une nouvelle question bête, notre nouvelle rubrique. J’ai demandé à Chun-Liang Yeh (auteur et éditeur chez HongFei Cultures) et à Elitza Dimitrova (éditrice chez Elitchka) si quand on est né dans un autre pays on doit adapter ses livres pour le public français ou si l’on publie les mêmes livres qu’on publierait dans son pays d’origine. Le premier est né en Chine, la seconde en Bulgarie et les deux ont répondu (avec beaucoup d’intelligence) à cette question (bête). Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Magdalena

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Heu ! je commence depuis bébé ? Je pense que je vais sauter quelques étapes c’est préférable !
J’ai appris à lire avec Madame Doux au CP elle m’a aussi appris à danser le French cancan pour le spectacle de fin d’année, mais j’avoue que ce second apprentissage ne m’a jamais servi dans ma vie.
En cinquième, un jour j’ai oublié ma carte de cantine j’ai dû écrire un mot pour que l’on m’accorde l’autorisation de déjeuner et j’ai été punie pour avoir rédigé une demande au style ampoulé selon la surveillante générale. Mais je n’avais fait qu’appliquer la formule de politesse préconisée par mon père « Veuillez agréer Madame l’expression de mes sentiments… »
En troisième mon professeur de français m’a rendu une copie en me disant « on s’en fiche de l’orthographe, écrivez vous serez écrivain, vous avez du style. » et je l’ai cru !
J’ai passé le concours d’institutrice après le Bac pendant ma formation le directeur m’a convoquée pour me dire « vous n’êtes pas Proust ma petite alors des phrases plus courtes et par pitié de la ponctuation ! ».
Bon de fil en aiguille, je suis devenue institutrice au CP, j’ai enseigné pendant 16 ans. J’apprenais à lire à mes élèves le jour, et je lisais et j’écrivais la nuit.
En résumé j’ai toujours écrit et ce dès le CP et j’ai continué pendant toutes ces années, il y a 22 ans j’ai posté un texte Une Histoire à faire peur que Kaléidoscope a publié. Depuis je suis restée fidèle à mes deux maisons d’édition Flammarion et Kaléidoscope. Et par chance elles continuent d’aimer mes histoires !

Comment naissent vos histoires ?
Elles naissent de ma vie, un peu de moi, un peu de ce que je vois, un peu de ce que j’entends, un peu de ce que je rêve…
Le point de départ c’est le titre, une phrase, une idée… il n’y a ni recette, ni règle. Je ne sais pas toujours où je vais quand je commence. Mais c’est comme la vie on ne sait jamais à quoi ressemblera demain.

J’ai l’impression qu’il y a souvent un lien très fort entre vous et les illustrateur·trice·s qui illustrent vos livres, je me trompe ?
C’est vrai je suis fondue d’admiration pour eux, et tellement reconnaissante, car ils donnent vie à mes histoires, ils le font si merveilleusement, si magiquement. Nous partageons plus que la création d’un livre, nous partageons sa naissance, son succès ou son échec. Nous partageons un rêve et sa réalisation. Et j’ai toujours envie de recommencer, de poursuivre l’aventure avec eux, je les aime !

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Dans l’ordre j’ai commencé par Martine, Caroline, Oui-Oui, Le club des 5, Alice détective… puis les classiques Les misérables

Que lisez-vous en ce moment ?
Je viens de finir Une très légère oscillation de Sylvain Tesson et je vais commencer Dans ce jardin qu’on aimait de Pascal Quignard en parallèle je relis des bribes de La Voie d’Edgar Morin.

Pouvez-vous nous dire quelques mots de vos prochains ouvrages ?
Bébé boule et Bébé Brioche viennent de sortir en librairie !
On s’est beaucoup amusé avec Christine Davenier sur ces deux projets, deux vrais bébés ont inspiré les pages de ces ouvrages.
Il faudra attendre le printemps pour voir Louna et la petite Tahitienne. Je crois bien que je le préfère à Louna et la chambre bleue que pourtant j’adore ! J’espère aller le dédicacer à Tahiti !
Je continue à me régaler en écrivant mes séries je suis en CP, CE1, CE2. J’en ai toujours un sorti du four et un sur le feu comme on dit !

Bibliographie sélective :

  • Bébé Boule et Bébé Brioche, albums illustrés par Christine Davenier, Kaléidoscope (2017).
  • Série Je suis en CP, romans première lecture illustrés par divers·es illustrateurs·trices, Père Castor (2011-2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Je suis en CE1, romans première lecture illustrés par divers·es illustrateurs·trices, Père Castor (2015-2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Les monstres de la nuit, album illustré par Christine Davenier, Père Castor (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Les contes du CP, romans première lecture illustrés par divers·es illustrateurs·trices (2014-2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Dans le noir de la nuit, album illustré par Christine Davenier, Père Castor (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Louna et la chambre bleue, album illustré par Christine Davenier, Kaléidoscope (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse Tralala. Une histoire qui joue avec les voyelles, album illustré par Gwen Keraval, Père Castor (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Pipi Caca Popot, album illustré par Claire Frossard, Père Castor (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La petite fille du tableau, album illustré par Elsa Huet, Kaléidoscope (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse rosebonbon, album illustré par Éléonore Thuillier, Kaléidoscope (2010).
  • Série Bali, albums illustrés par Laurent Richard, Père Castor (2009-2015), que nous avons chroniqué ici.
  • 24 petites souris vont à l’école, album illustré par Nadia Bouchama, Père Castor (2004), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse Tambouille, album illustré par Marianne Barcillon, Kaléidoscope (2003).
  • La semaine de souris chérie, album illustré par Maïté Laboudigue, Kaléidoscope (2001).


Ma question est peut-être bête, mais…

Régulièrement, on osera poser une question qui peut sembler un peu bête (mais l’est-elle vraiment ?) à des auteur·trice·s, illustrateur·trice·s, éditeur·trice·s… Histoire de répondre à des questions que tout le monde se pose ou de tordre le cou à des idées reçues. Cette fois-ci, j’ai demandé à deux personnes nées ailleurs (l’un en Chine, l’autre en Bulgarie) « Est-ce que quand on est né dans un autre pays on doit adapter ses livres pour le public français ou est-ce qu’on publie les mêmes livres qu’on publierait dans son pays d’origine ?  ». Je vous propose de lire leurs réponses. Si vous avez des questions bêtes, n’hésitez pas à nous les dire !

Chun-Liang Yeh :
La question touche à plusieurs aspects de mon activité et de l’environnement dans lequel je l’exerce. Je vais essayer d’y répondre en me fiant à mon expérience, sans prétendre bien sûr que ce soit la seule valable.

Naître ailleurs, créer ici
Tout d’abord, la question met en évidence le fait que les gens ne vivent pas toujours dans le pays où ils sont nés. Marchands, missionnaires, travailleurs, chercheurs : nous avons connu cela, au fil des siècles. Il se trouve que je suis l’un d’eux aujourd’hui, et que les circonstances de la vie m’ont amené à développer une compétence en écriture et en édition de livres jeunesse en France, alors que je suis né à Taiwan, et y ai vécu jusqu’à l’âge de 23 ans.
Lorsque je crée un récit comme auteur, ou que je dirige le travail des auteurs et des illustrateurs dans le cadre d’une direction artistique, le « livre » à créer est encore virtuel, dans un état de gestation. Quand il vient au monde, il vient dans le monde des Français avec tout ce que cela implique comme rythme, langage, métaphores et références en propre.
Pour autant, mon expérience d’enfant, mes lectures et mes premiers pas dans la vie d’adulte à Taiwan ont participé à la formation de ma personnalité et à l’émergence d’un point de vue sur le monde. Je dirais qu’ils continuent de le faire car ma vie en France ne cesse d’« activer » ces souvenirs vécus et me révèle les vérités que j’ignorais à l’époque. Mais Taiwan n’est pas le pays où je crée des livres, pas à l’heure actuelle en tout cas.
Supposons, malgré tout, que j’écrive et édite des livres à Taiwan. Ma capacité de créer ou d’aider à la création ne varierait pas. Cela ne signifie pas qu’au final ces livres seraient identiques, mais j’engagerais la même démarche consistant à être attentif à mon environnement, et à m’interroger sur la valeur de ma création aux yeux du public du pays considéré, selon ce qu’il est susceptible d’entendre et apprécier.

La création et le public : un pas de deux
Ainsi, quand Loïc Jacob et moi-même avons impliqué Clémence Pollet dans la création de la version illustrée de La Ballade de Mulan (éd. HongFei 2015) sur un texte chinois du IVe siècle dont j’ai assuré la traduction en français, je me suis mobilisé pour bien raconter une histoire aux jeunes lecteurs en France, d’abord comme traducteur (qui est souvent un auteur placé dans des circonstances particulières) puis comme éditeur. En premier lieu, nous avons fait le choix d’illustrer le personnage à travers son intériorité, un angle d’attaque jamais emprunté jusqu’ici, ni par les versions successives de Chine ni par Disney. Mais le travail ne s’est pas arrêté là : nous nous sommes également interrogés sur la façon de dire aux Français : « Cette histoire née ailleurs, son thème, vous concernent. » À l’époque, la société française était agitée par le débat sur la question du genre. La conception d’une couverture sous une jaquette (cf. image) est le résultat direct de cet état de fait. Ce n’est certainement pas la seule considération prise en compte pour la création de cette double couverture audacieuse, mais cela fait partie des forces qui ont façonné l’ouvrage, cherchant à bien l’ancrer dans un espace-temps tout en lui préservant sa portée universelle.
Je tiens à préciser que cette attention au public (ici, français) n’ampute pas la chance d’un livre d’être apprécié ailleurs, en l’occurrence en Chine où La Ballade de Mulan a suscité un intérêt réel. En effet, pour nous, l’une des conditions de création d’une version française d’un tel texte est qu’elle n’ait pas à rougir de honte devant le public chinois qui la découvrirait un jour. Satisfaire le public en France ne peut en aucun cas se faire au détriment de la crédibilité de l’ouvrage auprès d’un autre public. Dans le cas présent, cette ligne de conduite nous a sans doute aidés dans l’accomplissement d’un projet qui sera finalement récompensé par le prix Chen Bochui à Shanghai en novembre 2015 et dont une version chinoise sera publiée par l’éditeur Jieli début 2018.
Si j’insiste ici, c’est parce que cette double attention est une exigence que ne partagent pas nécessairement tous les éditeurs et à laquelle ne songent pas toujours les publics lorsqu’ils se satisfont d’ouvrages discutables, en particulier lorsqu’il y est question de l’ailleurs.

La création n’exclut pas les choix
Très souvent, la création est associée à l’idée de spontanéité et d’inspiration : l’élan créatif serait irrépressible et le créateur comme « habité ». C’est, évidemment, une vision simpliste des choses. En réalité, un créateur qui fait profession de son art (ces mots ne sont pas antinomiques… pensons à l’architecte, par exemple) organise sa création et choisit, plus ou moins consciemment, les voies qu’il emprunte.
Quand on naît dans un pays et qu’on crée dans un autre, ces choix de création peuvent ne pas être vécus comme une entrave mais comme une source enrichissante, ce qui est mon cas. En France, je suis co-fondateur avec Loïc Jacob des éditions HongFei. Ensemble, nous avons tenu compte de nos compétences, de nos aspirations et de la disponibilité des lecteurs français pour installer la maison dans sa spécialisation (livres illustrés pour la jeunesse). Mais pas à n’importe quel prix et pas pour n’importe quel livre : nous cultivons une ligne éditoriale qui propose aux lecteurs une expérience de l’altérité, parfois en passant par la Chine mais pas obligatoirement. Cette ligne est un sillon qu’on creuse et qui répond à notre connaissance intime de la société française et de ses attentes en matière de lecture jeunesse. C’est par ce travail patient et respectueux, comme auteur ou comme éditeur, que je donne une chance à notre proposition éditoriale singulière rencontrée, reconnue et soutenue.
Lorsque, depuis la France, j’écris pour les lecteurs en Chine et à Taiwan, la proximité (que je ne veux pas confondre avec la complicité) avec ces derniers agit comme un stimulant important qui guide ma création. Par exemple, une éditrice de Taipei m’a sollicité il y a trois ans pour écrire le récit de mon parcours depuis Taiwan jusqu’à devenir éditeur en France. M’étant mis au travail (le livre paraîtra en octobre), j’ai apporté le meilleur de moi-même aux lecteurs, mais j’ai aussi choisi ce que je considérais qu’ils pouvaient être désireux de connaître sur le sujet.
Par ailleurs, comme éditeur, je suis régulièrement amené à discuter avec un ami chinois, également éditeur, des livres qu’il pourrait faire en Chine. Lui a une connaissance solide des goûts et des habitudes des lecteurs chinois. Cependant, il tient beaucoup à emprunter mon regard, depuis la France, pour approcher la société et la population chinoises autrement. De ces échanges naîtront peut-être des collections qui, sans dupliquer les livres HongFei en Chine, auront une chance d’accompagner les lecteurs chinois dans leur marche vers une société meilleure, à partir de là où ils sont actuellement.
Chun-Liang Yeh est auteur (dernier titre sorti : La Langue des oiseaux et autres contes du palais) et éditeur chez HongFei Cultures.

Elitza Dimitrova:
Le dictionnaire définit le verbe adapter ainsi : « mettre en accord, arranger une œuvre littéraire en fonction d’un nouveau public », et puis « mettre en harmonie ». Trouver cette harmonie, c’est faire en sorte que l’œuvre d’arrivée soit aussi réussie que celle de départ. Car publier une œuvre littéraire dans une langue étrangère signifie la présenter physiquement à un public différent de celui qui l’a vue naître, mais c’est aussi la traduire pour un public qui ne maîtrise pas la langue d’origine de cette œuvre. Chaque œuvre publiée hors de son pays d’origine est une œuvre « adaptée ».

Adapter les livres Elitchka au public français ? Oui !
L’adaptation « physique » d’une publication étrangère passe par l’aspect technique : format, choix du papier, choix de la reliure. Souvent, en changeant de pays, l’œuvre peut être amenée à changer de format, voire de couverture.
Ainsi, en Bulgarie, pendant de nombreuses années après la chute du mur, les livres pour enfants endossaient un aspect de petit livret dont les pages attachées par des agrafes étaient imprimées sur du papier fin : il était adapté au marché du livre pour enfants de cette époque et son prix modique était relatif aux possibilités du lecteur autochtone. Ce nouvel aspect « adapté » succédait à une période très faste de l’édition jeunesse bulgare (1950-1970, approximativement) où des ouvrages de tous formats avec des finitions diverses faisaient le bonheur des enfants et des parents. En France, le petit livret agrafé est beaucoup moins répandu parmi les livres destinés aux jeunes… En changeant de pays, l’ouvrage aurait subi une adaptation physique afin de mettre davantage en valeur son contenu.
On adapte la forme en s’inspirant des habitudes du pays où l’on vit et où le livre sera publié, surtout si ces habitudes produisent de beaux résultats (grandes images détaillées, polices spéciales, cabochons, lettrines), mais en s’inspirant également de sa propre culture. Les livres Elitchka présentent des artistes aux styles picturaux très différents, s’inspirant – presque inconsciemment, pour le coup –, de la production de livres jeunesse en Bulgarie vers le milieu du 20e s. Une production très éclectique, riche et variée employant des illustrateurs de très haut niveau.
Un autre aspect de l’adaptation de l’œuvre écrite en langue étrangère est sa traduction. Le point de départ des livres Elitchka est un texte en bulgare traduit en français. Passer d’une langue à l’autre est un exercice qui n’a rien de commun, qui est long et nécessite plusieurs étapes. L’œuvre qui passe en français devient une œuvre « nouvelle », recréée et possédant au maximum les qualités de celle dont elle est issue. Figures de style (quand elles sont transposables), jeux de mots (quand ils sont possibles), termes du langage parlé, mots « nouveaux », voire inventés, au service de l’œuvre et pour ses besoins spécifiques – tout ce qui fait le sel et le sucre de notre conte d’origine doit se retrouver dans la mesure du possible dans le conte d’arrivée.
Si on omet tous ces détails, on passe à côté de la nuance, de la couleur, de toute la subtilité du texte.
Pour rester le plus fidèle possible à l’auteur, le traducteur doit franchir plusieurs étapes dans son travail. Le premier « jet » de la traduction sera une transposition mot à mot qui a le mérite d’approfondir l’analyse de l’œuvre faite par le traducteur au moment de la lecture, lui permettre de faire des recherches complémentaires de vocabulaire – si nécessaire – et de révéler les jeux de mots, les figures de style et autres « ornements » du langage. La première relecture a une valeur corrective : dégrossir l’ensemble, chasser les structures de phrases qui ne sonnent pas « à la française », mais préserver les « pépites » : la comparaison avec le texte d’origine opère encore. Suivent plusieurs autres relectures effectuées à différents moments, à plusieurs jours d’intervalle, idéalement, qui permettent de lisser encore et encore l’expression, la rendre française, unifier les temps grammaticaux, chasser les coquilles… Le traducteur est comme un archéologue qui va exhumer un trésor caché sous plusieurs couches de poussière.

Il existe des nuances du texte nécessitant parfois une explication : c’est le cas des expressions. Certaines possèdent un équivalent parfait dans la langue d’arrivée et utilisent pratiquement les mêmes mots dans le même ordre. Pour d’autres, l’équivalent use de métaphores très différentes, donc d’images très différentes, et qui, du coup, n’expriment pas la même nuance ni même sens, ni la même subtilité. Ainsi, dans notre ouvrage Le Chat Peintre (2016), parmi les personnages dessinés par le Chat rebelle, il y a une « rose assise en tailleur, à la mode des Turcs » et qui joue de la flûte. Cette proposition est composée d’une partie française et d’une partie bulgare qui lui est apposée. « Assise en tailleur » permet au lecteur de comprendre le propos dans son sens premier. La partie « à la mode des Turcs » est une traduction littérale de l’expression bulgare qui équivaut « assise en tailleur » ; pourtant, le mot « Turcs » y apporte une teinte exotique, soulignant le fait que le Chat Peintre est un voyageur infatigable qui, une fois de retour, se met à dessiner ses impressions de voyage ; et en plus, la rose porte une corolle qui ressemble à un turban oriental. Garder cette image était important – elle apportait plus de subtilité à la lecture.
Les expressions traduites « telles quelles » apportent une teinte complémentaire au texte traduit, une nouvelle couleur à la langue. D’ailleurs, elles contribuent toujours à enrichir la langue d’arrivée.
À l’inverse, omettre de traduire une expression, c’est soit occulter (sciemment ou non) une nuance ou une information, soit appauvrir la teneur de l’œuvre d’arrivée. Plus loin dans Le Chat Peintre déjà cité, si on avait fait le choix de publier la proposition « en grattant sa grosse tête vide bien que couronnée » au lieu de « sa grosse calebasse vide bien que couronnée », on aurait atténué le propos sarcastique de l’auteur, opposant notoire au régime politique en place dans son pays.
Un autre exemple d’adaptation constitue la « comptine » à la fin de notre livre La Luciole et le Hibou (2016). Cette énumération rimée dans le texte bulgare ne l’était pas initialement dans le texte français. Cela ne me choquait même pas au départ, puisque le sens que j’avais traduit était juste et l’expression, « française ». Peu avant la publication, en la relisant, que je me suis rendu compte à quel point l’énumération était en réalité une sorte de comptine, et que si on omettait les rimes, le texte en serait appauvri. D’autant plus que l’on retrouvait d’autres séquences rimées et assonancées dans le livre à partir de cette même énumération, comme un écho. Ce n’était donc pas anodin. Je n’avais pas envie de priver le lecteur de ce plaisir. J’ai revu cette partie et tâché de réécrire une comptine en français, avec des rimes à l’intérieur de chaque vers afin de suggérer la structure originelle du texte bulgare. Je devais aussi garder les termes argotiques et décalés, pour parvenir à mes fins. Au début du même livre, en revanche, j’ai fait un choix de traduction pour la structure « le monde des travailleurs » (telle quelle dans le texte original). Expression trop « socialiste » à mon goût, dépassée et même un peu artificielle, que j’ai préféré atténuer en la traduisant par « les braves gens qui travaillent », plus neutre.
Et notre Conte de Noël, initialement « Conte du Nouvel An », est plus clair pour le lecteur français grâce à ce titre, d’autant plus que dans l’œuvre en bulgare, le mot « Noël » apparaît presque clandestinement dans le texte, comme un oubli du correcteur (ou du censeur) et me fait croire qu’il a dû être supprimé du titre qu’au moment de sa publication en bulgare, mais qu’il y figurait à l’origine (Karaliitchev ayant écrit et publié à l’époque socialiste en Bulgarie, les références religieuses étaient mal vues, voire interdites).
Pour le même livre, recueil de trois contes sur le thème de l’hiver et les fêtes de fin d’année en Bulgarie, nous avons jugé intéressant de constituer un petit annexe expliquant en quoi ces fêtes bulgares sont spécifiques. Ces histoires usaient de mots culturellement intraduisibles – la sourvaknitza, la banitza des chances du Nouvel An –, et pour ne pas édulcorer le texte français, ces termes ont été laissés tels quels. Les expliquer avec un astérisque en bas de page ne me séduisait pas, donc, le choix d’un petit annexe culturel s’est imposé. Et pour emmener le lecteur encore plus loin, nous y avons ajouté la comptine des sourvakari et la recette de la banitza.
D’autres cas d’adaptation pourraient survenir si les cultures des pays sont très différentes. Mais la Bulgarie est un pays chrétien, un pays européen, et en dépit de quelques spécificités culturelles, nous partageons les mêmes mythes, nous nous exprimons selon les mêmes codes et partageons le même calendrier. Finalement, nous sommes plus proches que nous pouvons l’imaginer et je salue le travail de tous les traducteurs et auteurs de langue bulgare et d’expression française (une nouvelle génération est là qui écrit directement en français – fait historique) qui, jour après jour, patiemment, construisent ce pont sur l’Europe.

Est-ce qu’on publie les mêmes livres qu’on publierai dans son pays d’origine ?
Je publie des livres jeunesse car je crois en leur poésie et en leur force invisible, mais aussi parce que je suis un « trait d’union ». Elitchka véhicule une vision éclectique et généreuse du monde à travers des ouvrages qui ouvrent vers un ailleurs pas si lointain, vers une autre culture européenne – celle des frères Cyrille et Méthode, les créateurs du premier alphabet des peuples slaves. Je publie des livres car je suis un pont sur l’Europe : une Bulgare, mais de culture et de formation françaises, et mettre toutes ces choses ensemble, c’est génial, c’est précieux et c’est magique. A travers Elitchka filtre l’expérience de l’étranger, celle qui a bouleversé ma vie, mes voyages et mes expériences.
Si j’étais éditrice en Bulgarie, je publierais plus de poèmes pour les enfants car cette lecture est très courante dans ce pays. En revanche, les thèmes de la liberté, du droit de désobéir, de l’envol et du voyage initiatique ont toujours été mes préférés et m’ont donné le désir de lire et l’envie d’aller plus loin : je les garderais.
Et je publierais des livres français pour souligner ma double culture et apporter aux enfants une ouverture sur le monde.
Elitza Dimitrova est éditrice chez les éditions Elitchka.

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Les invité.e.s du mercredi : Kinga Wyrzykowska et Magdalena

Par 24 mai 2017 Les invités du mercredi

J’ai eu un véritable coup de cœur pour De nos propres ailes, j’ai eu envie d’en savoir plus sur son autrice, Kinga Wyrzykowska. Elle a accepté de répondre à mes questions. Ensuite, c’est l’autrice Magdalena qui a accepté de venir nous livrer ses coup de cœur et coup de gueule ! Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Kinga Wyrzykowska

Pouvez-vous nous présenter De nos propres ailes, votre dernier roman ?
C’est un roman choral qui raconte les bouleversements, métamorphoses, réajustements, adaptations de sept filles qui font partie d’une même équipe de volley, et qui vont être confrontées, pour les besoins de leur amitié, du sport, d’une certaine idée de justice aussi, à la nécessité de réunir, ensemble, de l’argent. Or, la cagnotte qu’elles mettent en place va révéler les différences entre elles, les violences ou les mensonges qui les habitent, tous les malaises avec lesquels elles ont su composer jusque là. Mais ce n’est pas encore là qu’est le vrai drame, ou le tournant du livre : tout explose quand leur « récolte » disparaît.

Ce qui m’a marqué dans ce roman, c’est le fait que ça sonne juste, tant dans la façon de parler que dans la vie des personnages, vous êtes-vous inspirée de gens que vous connaissiez ?
D’abord merci !
Quand quelqu’un parle, sa manière particulière de dire les choses — son accent, son vocabulaire, etc. – tout ce qui constitue sa petite musique personnelle – vient se graver dans mon disque dur interne, et même parfois l’envahir de manière oppressante. Les autres –ceux que je côtoie ou que je croise, que j’entends à la radio, dans les films, partout – finissent par bavasser, gloser, tchatcher et se disputer en moi. C’en devient cacophonique. On ne s’entend plus là-dedans. Alors, pour ma propre santé mentale, il faut que ces voix s’évacuent d’une manière ou d’une autre. L’écriture est un désengorgement : dans De Nos Propres Ailes, j’ai laissé s’écouler les langues de mon adolescence, celles, bigarrées, de mes copines de Créteil où j’ai grandi mais aussi des timbres plus littéraires, qui seraient comme les « basses » de mon texte et qui m’inspirent « par en dessous ». Je pense à Rage Noire de Jim Thompson notamment que j’ai relu pour De Nos Propres Ailes car je cherchais le rythme de la colère. Enfin, je me suis rechargée aussi en langages plus contemporains en espionnant des utilisateurs sur Periscope, YouTube, etc. Internet est un puits sans fond de jacasseries.

Parlez-nous de votre parcours
Mon parcours est celui d’une immigrée qui a eu beaucoup de chance, avec un milieu familial pour lequel les études et la culture constituaient la seule ligne d’horizon envisageable ; et avec une expérience de l’école publique très heureuse et très variée : j’ai changé une dizaine de fois d’établissement au cours de ma scolarité. Mes pérégrinations géographiques et scolaires m’ont fait passer de banlieue en banlieue (le 93 puis le 94 et le 92) où j’ai des super souvenirs de profs, jusqu’à Paris en terminale et prépa littéraire dans des graaaaands lycées. Après, le roman de la méritocratie continue avec l’École Normale Supérieure, l’agrégation et tout le tralala. Sauf que c’est aussi là qu’il s’arrête parce qu’au moment où je devais commencer à enseigner je me lance tous azimuts dans le théâtre (en mise scène et dramaturgie), la traduction, le film documentaire… pour finir, un jour, par m’avouer, que ce que je rêve de faire c’est d’écrire de la fiction. Et là, c’est une autre histoire qui commence avec Memor, le monde d’après.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Très classiques. Enfant, j’adorais Roald Dahl mais aussi la Comtesse de Ségur, surtout une collection toute rose fuchsia avec des couvertures qui ressemblaient à des images religieuses. Premiers sanglots de lectrice en terminant Mon bel Oranger de Jose Mauro de Vasconcelos en CM2. Puis, au collège, Zola et Zweig (j’aime les noms qui commencent par les dernières lettres de l’alphabet) sont une révélation. Au lycée, je suis révoltée, un peu snob et je me veux poète, je ne jure que par ceux qui sombrent dans l’[o] : Rimbaud, Michaux, Artaud.

Que lisez-vous en ce moment ?
Je suis marraine d’un prix (le Prix Cultura que Memor a remporté en 2015) et donc je lis beaucoup de romans jeunesse et ados pile en ce moment : on délibère de la sélection fin juin. Dans ce cadre, je viens de terminer les Confessions d’un ami imaginaire de Michelle Cuevas.
Sinon, je me remets à peine d’Article 353 du Code Pénal de Tanguy Viel, grandiose. Et je picore avec délectation dans les Brefs Entretiens avec des hommes hideux de David Foster Wallace.

Quels sont vos projets ?
Je travaille depuis un an sur un roman pas jeunesse (donc vieillesse ? Peut-être…). Une histoire de famille, d’ennui et de paranoïa.

Bibliographie :

  • De nos propres ailes, roman, Bayard (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Memor : le monde d’après, roman, Bayard (2015).


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Magdalena

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.trice, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché.e, ému.e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Magdalena qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Coup de gueule / coup de cœur

J’ai des coups de gueule introvertis.
En réalité je gueule comme une folle dans ma tête mais personne ne m’entend.
Je gueule et je me prends la tête surtout la nuit, quand tout est endormi et que je fais défiler mes pensées.
Parfois, pour ne pas dire souvent, je fixe sur un truc et c’est fichu.

La liste des trucs qui déclenchent mes insomnies coups de gueule, ça peut aller du futile, au grave comme à l’intolérable :

Les propos homophobes, qu’ils soient dits avec ironie ou méchanceté, par des vieux ou par des jeunes, qu’importe, cela me hérisse le cœur et les poils des avant-bras !

Le crétin qui me double pour me piquer la place de parking, parce qu’il est un mal éduqué civique et que je regrette de ne pas être ceinture noire de Karaté pour le défoncer, quand une fois garé, il descendra de son auto.

Les vendeuses qui me collent et qui veulent me faire rentrer dans deux tailles en dessous ou deux tailles au-dessus avec le même aplomb, pourvu qu’elles vendent n’importe quoi à n’importe qui. Alors que je n’ai même pas sollicité leur avis, elles insistent avec leur : essayez c’est fait pour vous ! C’est parfait ! et autres inepties. Je les déteste.

Les cathos, et leur culpabilité qui ne les empêche même pas de tenir des propos racistes à voix haute sans aucune gêne comme s’il était d’évidence que nous pensions comme eux.
Et les propos racistes de tous ceux qui en tiennent et qui nous les agitent sous le nez comme si de rien n’était.

Les sans riens que je croise dans la rue avec la honte de ne rien faire de plus pour eux

Les ascenseurs qui toussotent entre deux étages avant d’éternuer enfin l’ouverture de la porte alors que je suis hyper claustrophobe.

Et le pire des pires : Les « sans riens » que je croise dans la rue avec la honte de ne rien faire de plus pour eux et là le coup de gueule je l’ai contre moi et c’est toujours le plus douloureux !

La liste pourrait être rallongée mais j’ai j’en garde pour une autre fois.

J’arrête et je vais passer à mes coups de cœur, qui sont tout aussi silencieux que mes coups de gueule.

C’est sans doute pour cela que j’écris.

La découverte des illustrations d’un de mes textes, c’est toujours une première fois, et j’ai toujours un pincement au cœur…

Le pain frotté à la tomate avec de l’huile d’olive et du jambon cru.

Les cerises, celles de Céret en particulier.

Mon dernier coup cœur au cinéma LALALAND m’en fiche qu’on se moque de moi, j’ai acheté la B.O. et je danse dans mon salon en l’écoutant quand il n’y a pas de soleil, ça me remonte le moral.

Mes coups cœurs ont des couleurs de grenadine, et de ciel bleu ils suivent mes humeurs et la météo.
Ils ont gardé un goût d’enfance alors ils sont nombreux et ont tendance à se multiplier à partir du printemps. En hiver ils hibernent, sauf quand j’ai la chance d’être réveillée par un album ou par un tableau dans une expo.

Sur ce motus et bouche cousue !

magdalenaMagdalena est autrice.

Bibliographie sélective :

  • Les monstres de la nuit, album illustré par Christine Davenier, Père Castor (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Dans le noir de la nuit, album illustré par Christine Davenier, Père Castor (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Je suis en CE1, romans première lecture illustrés par divers.es illustrateurs.trices, Père Castor (2015-2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Les contes du CP, romans première lecture illustrés par divers.es illustrateurs.trices (2014-2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Louna et la chambre bleue, album illustré par Christine Davenier, Kaléidoscope (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse Tralala. Une histoire qui joue avec les voyelles, album illustré par Gwen Keraval, Père Castor (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Pipi Caca Popot, album illustré par Claire Frossard, Père Castor (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La petite fille du tableau, album illustré par Elsa Huet, Kaléidoscope (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Je suis en CP, romans première lecture illustrés par divers.es illustrateurs.trices, Père Castor (2011-2017), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse rosebonbon, album illustré par Éléonore Thuillier, Kaléidoscope (2010).
  • Série Bali, albums illustrés par Laurent Richard, Père Castor (2009-2015), que nous avons chroniqué ici.
  • 24 petites souris vont à l’école, album illustré par Nadia Bouchama, Père Castor (2004), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse Tambouille, album illustré par Marianne Barcillon, Kaléidoscope (2003).
  • La semaine de souris chérie, album illustré par Maïté Laboudigue, Kaléidoscope (2001).

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Les invité.e.s du mercredi : Gilles Rapaport et Magdalena

Par 26 octobre 2016 Les invités du mercredi

Quand j’ai découvert l’album Polarman, j’ai tout de suite eu envie d’en savoir plus sur le travail de Gilles Rapaport sur cet album, et c’était aussi l’occasion de parler, avec lui, de son travail en général. Après cette interview, je vous propose de partir en vacances avec un grand nom de la littérature jeunesse : Magdalena !


L’interview du mercredi : Gilles Rapaport

gilles rapaportQui est Polarman, le héros de votre nouvel album ?
Polarman est un « vrai super-héros », il vit à Iqaluit, sur la terre de Baffin, au nord du Canada, au-delà du cercle Arctique. Iqaluit est la capitale administrative des Inuits, ceux qu’on appelait autrefois les Eskimo. Polarman y est une figure. Il y arpente les rues jour et nuit, masqué et habillé de son costume de super héros. Il aide les gens, surtout les enfants. Il est tout le temps disponible pour déneiger, faire des courses, pour les plus vieux, les plus seuls. Il aide les jeunes enfants pour leurs devoirs, il les aide comme il peut à affronter la vie ; il les conseille et les accompagne. Aucun jeune ne fume quand Polarman est là, aucune femme ne boit, personne ne se bat devant lui. Personne ne veut peiner Polarman. Il est très respecté.

Comment avez-vous eu connaissance de l’histoire de ce Polarman, sur Facebook comme le personnage du livre ?
J’ai été à Iqaluit après avoir traversé le Passage du Nord-Ouest à bord d’un brise-glace. J’accompagnais une journaliste qui connaissait l’existence de Polarman. Elle ne savait pas où le trouver, ni même s’il était encore à Iqaluit. Un matin, alors que nous partions sur des îles magiques en face d’Iqaluit, nous l’avons croisé dans la rue. La journaliste a bondi de la voiture, l’a arrêté, je l’ai photographié tout de suite. Nous avons pris rendez-vous le soir même pour qu’il nous raconte son histoire.

polarmanVous lui avez fait lire l’histoire qu’il vous a inspirée ?
Je n’ai jamais envisagé de lui faire lire l’histoire, jusqu’à que le service juridique de Gallimard insiste parce qu’ils m’ont fait comprendre que je parlais d’une vraie personne, pas d’un personnage imaginaire, même si l’histoire l’est. Je lui ai envoyé l’histoire, traduite en anglais, parce qu’il ne parle pas un mot de français. Il a semblé assez content. A demandé quelques ajustements. J’ai accepté de faire un seul changement. La première couverture montrait Polarman porter un ourson blanc sur ses épaules. Là, le vrai Polarman a demandé qu’on l’enlève. En insistant sur le fait que l’Ours blanc n’est pas un animal domestique. On ne peut pas montrer cette image du Grand Nord. Je pense qu’il a eu raison.

Comment est venue l’idée du personnage féminin qui raconte l’histoire ?
Polarman, quand nous l’avons interviewé, a beaucoup insisté sur son impossibilité à avoir en même temps une femme, et s’occuper d’aider les autres. Moi, en l’écoutant, je me disais surtout qu’aucune femme ne voudrait d’un homme aussi sale, tout super héros qu’il était. En rentrant de l’interview, l’histoire s’est naturellement mise en place. Une femme pourrait l’aimer, et sa simple présence, le changerait. De crapaud, il deviendrait prince charmant. J’avais très envie de montrer comment un homme, par amour, peut changer, et sacrément changer !

POLARMANParlez-nous de votre voyage au cercle polaire
J’ai eu la chance d’être invité par une journaliste, Laurence Pivot, avec qui j’avais déjà travaillé, à partir sur un brise-glace de la garde côte canadienne, l’Amundsen, traverser le Passage du Nord Ouest. J’y ai passé dix jours extraordinaires, en Arctique, au milieu de paysages fabuleux. J’étais sur un énorme bateau. Tout le monde à bord travaillait. C’est une expédition scientifique. Il n’y avait que deux journalistes : nous, et un artiste conceptuel canadien. Tout ça pour dire, que j’étais toujours seul dehors, au milieu des glaces et des montagnes. C’est une expérience unique. Je devais dessiner. C’était impossible avec la mer. J’ai beaucoup écrit et fait des photos. Il faisait toujours beau. J’ai vu deux ours polaires. J’ai vécu dix jours dans un monde qui ressemble à ce que sera la Terre quand l’Homme aura disparu, ou avant qu’il ne soit là.

Je suis très fan de votre série avec Laurence Salaün, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
Ce qui était une blague entre nous est devenu une série à succès. Laurence et moi, sommes mariés. Nous avons trois enfants à la maison. Laurence pense qu’il y a des règles à suivre pour bien vivre ensemble ! Il y a des reglesNous, les garçons, prenons beaucoup de libertés avec ces règles… Nous avons pris le parti d’en rire, en essayant de rappeler ces règles à nos enfants. Nous avons glissé au milieu d’autres projets, ce petit livre à liste, comme le disent les éditeurs. Valérie Gautier et Béatrice Decroix ont adoré. Elles ont vu un véritable intérêt au livre. Dont nous n’avions aucune conscience. Dès que les « Règles à la maison » est sorti, il a eu du succès. J’ai tout de suite eu envie de faire un livre qui avait plus de sens pour moi, « les règles à l’école ». Nous avons travaillé avec Emmanuelle Cueff, qui a appris à lire à deux de nos enfants. Il a tout de suite rencontré son public. Finalement nous en avons fait un dernier, pour parler de la famille, et aborder une dimension plus psychologique que quotidienne, des relations entre enfants et parents. Que les livres plaisent autant est une véritable surprise, qui nous rend très heureux. À chaque dédicace, j’ai un immense plaisir, à voir les gens prendre les livres et rire. S’appeler, se les montrer et rire encore plus !

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
J’ai fait une école de communication après mon Bac, avec en particulier deux professeurs ; René Botti et surtout Claude Millet, qui m’ont convaincu très vite que je pourrais être illustrateur. Claude et Denise Millet, que j’ai rencontrés quand j’avais 15 ans m’ont emmené dans ce métier. J’ai travaillé tout de suite, surtout en presse, où je me suis rapidement fait un nom. Je n’ai commencé à publier sérieusement des livres en jeunesse, qu’après avoir il-y-a-des-regles_famille_partie2retrouvé un ami d’enfance, Didier Levy, avec qui nous avons tout de suite été édités à l’École des loisirs et chez Nathan. Dans le même temps, Paul Fustier a pris mon Grand-Père, chez Circonflexe. Et j’ai su que j’avais une voix, un trait, une personnalité intéressante dans l’édition jeunesse. Depuis, je publie régulièrement. Mais je ne veux pas dépendre financièrement des livres, aussi, je fais peu de livres. Mais que des livres dont j’ai vraiment envie. Surtout, je les fais avec des gens que j’aime et apprécie. Sans Alice Liège, Polarman ne serait pas ce livre que vous avez aimé. Sans Valérie Gautier, les Règles ne seraient pas aussi réussies visuellement. Paul Fustier par sa confiance inébranlable m’a permis de faire des livres formidables. Je travaille beaucoup pour les entreprises. C’est avec elles que je gagne ma vie, mais aussi, ce sont elles qui me nourrissent l’esprit. Je fais beaucoup de dessins sur des sujets RH, comme ils disent. Tout ce qui touche aux relations humaines, dans l’entreprise. Dans la vie, en réalité. J’y trouve toute la matière qui me sert ensuite dans mes livres. Sauf quand je traite de sujets historiques. Mais c’est une autre histoire.

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
Je dessine à l’encre de Chine, au pinceau, à la pipette, sur du papier aquarelle, ou machine. Je scanne les dessins, qui souvent sont en petits morceaux ; un visage là, un bras ici, le nez ailleurs. il-y-a-des-regles_famille_partie16Je bricole le dessin à l’ordinateur, puis je le mets en couleurs sur Photoshop. Toutes les mises en couleurs de Règles ont été faites par Laurence, qui a introduit une palette colorée dans mon travail bien plus subtile que la mienne !

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Quelle question !!! Je ne m’en souviens pas vraiment. Quand s’arrête l’adolescence ? Je lisais énormément de bandes dessinées, tellement, que j’en ai fait une overdose. Je n’en regarde pratiquement plus depuis 20 ans ! Hugo Pratt était mon auteur préféré. J’étais fasciné par Moëbius, et Druillet. Reiser pour les dessins de presse. Tout Charlie Mensuel et Pilote, de cette époque. Je lisais beaucoup, et les premiers livres qui me viennent à l’esprit sont ceux de Frison Roche. Mais il y en a eu des centaines d’autres. Dont toute la bibliothèque verte et les Rouge et or de l’époque.

Où avez-vous prévu de nous embarquer après Polarman ?
Je voudrais retourner dans le temps, à l’époque où le premier homme est arrivé sur terre. Mais il n’était pas le premier…

Bibliographie sélective :

  • Polarman, texte et illustrations, Gallimard Jeunesse (2016).
  • En famille, il y a des règles !, illustration d’un texte de Laurence Salaün, Seuil Jeunesse (2016).
  • À l’école, il y a des règles !, illustration d’un texte de Laurence Salaün, Seuil Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Avant Maintenant Après, illustration d’un texte de Catherine Grive, Seuil Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon grand-père, illustration d’un texte de Christine Schneider, Seuil jeunesse (2014).
  • Les trois poils de la barbe d’or du diable, illustration d’un texte de François-Marie Luzel, Le Génévrier (2014).
  • À la maison, il y a des règles, illustration d’un texte de Laurence Salaün, Seuil Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Alex et Léon dans les camps français 1942/1943, illustration d’un texte de Rolande Causse, Circonflexe (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Gros Ralbum de tous les y’en a marre !, illustration d’un texte d’Élisabeth Brami, Seuil Jeunesse (2013).
  • Un homme, texte et illustrations, Circonflexe (2007).
  • La nuit du doudou, illustration d’un texte de Didier Lévy, l’école des loisirs (1999).
  • Un cœur qui bat, illustration d’un texte de Didier Lévy, l’école des loisirs (1999).
  • Grand-Père, texte et illustrations, Circonflexe (1999).

Retrouvez Gilles Rapaport sur son site http://www.gilles-rapaport.com.


En vacances avec… Magdalena

Régulièrement, je pars en vacances avec un.e artiste (je sais vous m’enviez). Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la.le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet.te artiste va donc profiter de ce voyage pour me faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle.il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… 5 de chaque ! 5 albums jeunesse, 5 romans, 5 DVD, 5 CD, sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il.elle veut me présenter et c’est elle.lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Magdalena que je pars ! Allez en route !

5 albums jeunesse « d’hier »

  • img_5436Max et les Maximonstres
  • Les 3 brigands de Tomi Ungerer
  • Le géant de Zéralda de Tomi Ungerer
  • Mon premier album d’Alice au pays des Merveilles de Lewis Carroll
  • Le pays des 36 000 volontés d’André Maurois (ce n’est pas un album mais un des premiers livres dans la bibliothèque rose que j’ai lu et relu des dizaines de fois quand j’avais 6 ans).

5 albums jeunesse « d’aujourd’hui » 

  • img_5438Mon jardin de Christine Davenier
  • Je suis un humain qui peint d’Alain Serres et Laurent Corvaisier
  • Loup d’Olivier Douzou
  • Louna au musée d’Héléna Perez Garcia
  • Devine combien je t’aime de Sam Mc Bratney et Anita Jeram

5 romans

  • l61847Lettre à D d’André Gorz
  • Écoute s’il neige de Cathie Barreau
  • Apprendre à mourir de Irvin Yalom

Et tous les livres de ces 3 auteurs que j’ai tirés au sort car j’en aime trop !

  • Alison Lurie
  • Anita Brookner
  • Laurie Colwin

5 DVD

  • dvd-in-the-mood-for-loveLes ailes du désir de Wim Wenders
  • Je ne suis pas là pour être aimé de Stéphane Brizé
  • In the mood for love de Wong Kar Wai
  • The taste of tea de Katsuhito Ishii
  • Lady Chatterley de Pascale Ferran

Et en bonus

  • Mary Poppins de Disney version 1964
  • Alice de Woody Allen

 5 CD

En général j’écoute surtout la radio BBC Two mais il y a les CD des artistes incontournables de ma« CDthérapiethèque »

  • Stacey Kent
  • Tori Amos
  • Katie Melua
  • Feist
  • Rufus Wainwright
  • Léonard Cohen

5 artistes

  • Mark Rothko
  • Edward Hooper
  • Basquiat
  • Botero
  • Niki de Saint Phalle

5 BD

Pas de BD quand j’étais enfant elles étaient interdites à la maison, du coup je suis une inculte en BD… tout reste à découvrir !

5 lieux

  • Derrière toutes les baies vitrées qui ont de la vue, dans un hôtel à New York avec vue sur Times Square la nuit, à Ceret avec vue sur le Canigou au lever et coucher du soleil, chez moi avec vue sur les marronniers et les écureuils…
  •  Tahiti de mes années d’enfance avec l’odeur du Tiaré.
  • Barcelone pour entendre parler espagnol, respirer les odeurs de poivrons frits à l’huile d’olive et manger au petit déjeuner du « pan con tomate y jamon »

Magdalena est auteure.

magdalenaBibliographie sélective :

  • Les monstres de la nuit, album illustré par Christine Davenier, Père Castor (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Dans le noir de la nuit, album illustré par Christine Davenier, Père Castor (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Je suis en CE1, romans première lecture illustrés par divers.es illustrateurs.trices, Père Castor (2015-2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Les contes du CP, romans première lecture illustrés par divers.es illustrateurs.trices (2014-2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Louna et la chambre bleue, album illustré par Christine Davenier, Kaléidoscope (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse Tralala. Une histoire qui joue avec les voyelles, album illustré par Gwen Keraval, Père Castor (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Pipi Caca Popot, album illustré par Claire Frossard, Père Castor (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La petite fille du tableau, album illustré par Elsa Huet, Kaléidoscope (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Je suis en CP, romans première lecture illustrés par divers.es illustrateurs.trices, Père Castor (2011-2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse rosebonbon, album illustré par Éléonore Thuillier, Kaléidoscope (2010).
  • Série Bali, albums illustrés par Laurent Richard, Père Castor (2009-2015), que nous avons chroniqué ici.
  • 24 petites souris vont à l’école, album illustré par Nadia Bouchama, Père Castor (2004), que nous avons chroniqué ici.
  • La princesse Tambouille, album illustré par Marianne Barcillon, Kaléidoscope (2003).
  • La semaine de souris chérie, album illustré par Maïté Laboudigue, Kaléidoscope (2001).

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