La mare aux mots
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Manon Jaillet

Les invité.e.s du mercredi : Nathalie Minne et Manon Jaillet

Par 15 juin 2016 Les invités du mercredi

Nathalie Minne fait partie de ces auteur.e.s/illustrateur.trice.s dont on attend toujours avec impatience le nouvel album. En attendant Mon amie la sirène qui sortira en octobre 2016, j’ai eu envie de lui poser quelques questions. Ensuite, c’est Manon Jaillet (de la magnifique maison d’édition d’images, La maison est en carton) l’invitée de notre rubrique Le coup de cœur/coup de gueule. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Nathalie Minne

Nathalie MinneParlez-nous de votre parcours
Pour trouver ma route, je me suis promenée dans différentes directions pour finalement m’arrêter à l’École Supérieure d’Arts Graphiques (ESAG) à Paris. Mes choix m’ont finalement ramenée à un amour des images que j’ai depuis toute petite. Ces 5 années de graphisme m’ont donné le goût des signes et de leur message. Puis, j’ai partagé cette passion dans différents ateliers de graphistes pendant… plusieurs belles années. L’arrivée de mes enfants m’a donné l’envie de chercher comment leur raconter et leur dessiner des histoires, comment nourrir leurs regards, leurs oreilles, de façon à les rendre ouverts, heureux, critiques, curieux avec du rêve.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Je n’étais pas une grande lectrice. Je préférais courir dans les champs et les bois autour de la maison et passer du temps à la ferme d’à côté. Le petit voleur de tempsMes « lectures » étaient surtout visuelles. J’aimais tracer un chemin à travers les hautes herbes d’un pré fleuri d’herbes folles, observer les animaux pendant de longues heures depuis une cachette dans la forêt, approcher tout doucement un oiseau jusqu’à le toucher, organiser des courses d’escargots de toutes les couleurs. J’aimais les livres d’images. Je collectionnais des images d’animaux que je choisissais et découpais soigneusement dans des magazines pour les coller dans un grand cahier à spirales. Je fabriquais aussi des cahiers de voyages et des cahiers de mots que j’aimais. Mais, de mes lectures de livres sans images, je n’ai pas beaucoup de souvenirs.

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
Je travaille en collages. Je prépare mes papiers avec du pastel ou du crayon ou de la peinture. Je choisis ensuite les morceaux que je vais découper suivant leur couleur, leur lumière, leur vibration, leur silence aussi. J’aime organiser ces formes abstraites qui « jetées » sur une feuille de papier vont raconter un village, une forêt, la mer, le ciel.

Le petit voleur de motsComment est né le personnage qu’on retrouve dans vos trois albums ?
C’est l’histoire d’un petit homme qui ne trouvait pas sa place dans le monde qui parle…
Je voulais raconter une histoire destinée aux enfants pour lesquels les mots sont un mystère, les enfants perdus du langage pour leur donner le courage d’affronter leur peur. Le petit voleur de mots est arrivé doucement, avec patience et détermination.

Tous vos albums sont sortis chez Casterman, c’est une maison dans laquelle vous vous sentez particulièrement bien ?
Casterman est la maison d’édition qui m’a accueillie et guidée dans la réalisation de mon premier album puis des autres. Je dois beaucoup à mon éditrice Brigitte V. qui a toujours été à l’écoute de mes doutes, de mes peurs, de mes rêves et de mes envies et cela tout en respectant mon rythme de travail.

Quelques mots sur Le petit voleur de Le petit garçon de la forêttemps, votre dernier album ?
À la fin de l’histoire, dans mon premier album le petit voleur de mots tombe amoureux d’une petite fille. J’ai voulu donner une suite à ce début d’histoire. Une histoire d’amour m’a semblé être la meilleure façon de parler du Temps. Comment attraper le Temps et le raconter à des cœurs d’enfants ? Sur quel temps les cœurs d’enfants battent-ils ? Le petit voleur de temps les invite à une promenade au fil des mots du Temps qui passe le temps d’une semaine ponctuée par l’avant et l’après d’un petit rendez-vous amoureux.

Quels sont vos projets ?
Mon album Mon amie la sirène sortira en octobre prochain. C’est un album avec un nouveau personnage.
Le petit voleur reviendra sans doute dans une autre histoire un peu plus tard encore…

Bibliographie :

  • Le petit voleur de temps, texte et illustrations, Casterman (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Le petit garçon de la forêt, texte et illustrations, Casterman (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Le petit voleur de mots, texte et illustrations, Casterman (2009), que nous avons chroniqué ici.

Prochainement :

  • Mon amie la sirène, texte et illustrations, Casterman (octobre 2016).


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Manon Jaillet

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur.e, illustrateur.trice, éditeur.trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché, ému ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il.elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé.e. Cette semaine, c’est Manon Jaillet qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Je ne sais pas si on peut appeler cela coup de gueule, je dirais plutôt « coup d’inquiétude »…

La place du livre dans les établissements scolaires m’interroge. En observant les pratiques dans différents établissements, j’ai constaté que beaucoup de classes ne travaillent plus sur des manuels scolaires, mais sur des photocopies. Leurs cartables sont remplis de photocopies d’albums, de romans, de leçons de manuels scolaires… Parfois même certains enseignants photocopient des pages de livres où il est pourtant écrit dans la marge : « interdit à la reproduction ». Comment apprécier un album aux illustrations chatoyantes lu sur des photocopies format réduit en noir et blanc ? Comment avoir envie de lire un roman dont les pages sont photocopiées par quatre sur un A4 et qu’on ne sait pas dans quel ordre les lire ? Comment plonger au cœur d’un polar lu collectivement en classe, projeté sur un écran ?

Certaines collectivités mettent à disposition des enfants des ordinateurs portables… Je n’oppose pas le numérique au livre, mais est-ce judicieux de mettre de tels budgets dans des ordinateurs pour toutes les familles alors que la plupart sont équipées ? Ne serait-il pas plus opportun de proposer une aide ciblée à ceux qui ne sont pas équipés en matériel informatique et de réserver ces « budgets d’équipements numériques » aux livres ? L’accès aux livres, à la culture est aujourd’hui un point d’inégalité bien plus important que l’accès à l’informatique. Quels moyens, quels budgets sont prévus pour l’achat de livres dans notre système éducatif ? Tous les enseignants sont-ils informés des règles concernant les photocopies ? Savent-ils qu’ils ne peuvent reproduire que 10 % d’un ouvrage et ont droit à un maximum de 80 copies par an et par élève ? (voir centre français du droit d’exploitation de la copie). Quand j’évoque ce sujet, je ne pense même pas aux droits des auteurs et des éditeurs floués par ces pratiques mais bien aux adultes de demain à qui l’éducation ne donne pas toujours accès aux outils essentiels de construction individuelle. Donner les clés de l’accès à la connaissance pour des têtes bien faites plutôt que des têtes bien pleines à l’heure où chacun a l’impression d’avoir le bonheur et les connaissances accessibles au bout de l’écran… N’est-ce pas là l’essentiel ?

 Je crois que le livre est un objet affectif, que plonger dans l’imaginaire, la fiction, l’image dans cet objet papier est essentiel pour la construction individuelle et le mieux vivre ensemble. Je crois que la recherche documentaire uniquement sur internet ne permet pas à nos enfants de faire le tri entre l’information « vraie »  et les points de vue de chacun. Je crois qu’équiper les bibliothèques en liseuses est un gouffre financier sachant que tous les trois ans il faut renouveler les équipements devenus obsolètes.

Je crois que nous devons remettre au cœur de nos préoccupations la place du livre, la pratique de la lecture, l’accès à la culture, le rôle des bibliothèques, les pratiques de l’école… Rien n’est acquis ! Quelles seront les conséquences sur les prochaines générations…?

Coup de cœur pour l’imagination, le rêve, la fiction et la pratique artistique pour tous.

À  l’heure où le nombre d’ouvrages dits de fiction donnent une place prépondérante aux récits de faits réels, aux livres qui soignent, aux livres qui expliquent… je crie haut et fort vive l’imaginaire ; la lutte contre la crise passera par l’imagination ! (comme le dit si justement Valérie Cussaguet des éditions les fourmis rouges).
Notre maison d’édition aura 10 ans en 2017, nous avons mis au cœur de notre projet les artistes, l’approche de l’écrit et de l’image par d’autres biais que les ouvrages classiques, notre idée étant d’offrir des portes d’entrées diverses pouvant permettre au plus grand nombre de bénéficier des bienfaits de l’art et de la culture.

Jusqu’à aujourd’hui notre ligne était concentrée vers l’enfance et la jeunesse mais récemment nous avons été associés à un projet « Nous vieillirons ensemble » tourné vers nos anciens qui a donné lieu à la publication d’un ouvrage. Une initiative partie du postulat que la pratique d’une activité artistique et la confrontation à des œuvres d’art stimulent la personne âgée et participent au bon vieillissement de celle-ci et, c’est une réussite !
Ainsi les personnels de soins à domicile ont été accompagnés d’artistes. Après une année de rencontres, au travers des témoignages de ceux qui y ont participé, on entrevoit déjà les transformations profondes sur le « prendre soin » et sur « le regard vers l’autre » qu’elles ont pu entraîner.

Nous sommes convaincus que donner à lire ce projet au plus grand nombre est nécessaire afin d’apporter une réflexion profonde sur la place que nous donnons à nos anciens et aussi à nos enfants, aux adultes de demain dans notre société.

Cette initiative riche et émouvante nous conforte dans notre idée que la création artistique est essentielle pour tous, que l’Art est particulièrement adapté aux échanges intergénérationnels, un outil incroyable de développement, de mieux-être et de bien-vivre ensemble.

Lien vers Nous vieillirons ensemble : http://www.lamaisonestencarton.com/?ig=833&id=156

La maison est en cartonManon Jaillet est éditrice chez La maison est en carton. Si vous ne connaissez pas foncez sur leur site, c’est LE site si vous voulez de belles images (à tout petit prix), mais on y trouve aussi des livres (comme Auprès de mon arbre qu’on a chroniqué ici), de belles toises, des grandimages (dont À la piscine et Chez mémé qu’on a chroniqué ici), des coloriages (comme Un jour dans la forêt Toc Bou Toc Zoï / Une nuit dans la forêt Toc Bou Toc Zoï qu’on a chroniqué ici) et bien d’autres choses encore ! Le site (indispensable) : http://www.lamaisonestencarton.com.

 

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Les invités du mercredi : Juliette Grégoire, Benoît Broyart, Matthieu Maudet et Manon Jaillet (+ concours)

Par 18 décembre 2013 Les invités du mercredi

Il y a des éditeurs qu’on remarque plus que d’autres. Soit parce qu’ils ont un catalogue à part, soit parce que leurs titres sont d’une qualité constante, soit parce qu’ils sont particulièrement sympathiques… Juliette Grégoire des éditions L’initiale fait partie des trois catégories ! À Montreuil j’ai eu encore l’occasion de voir, en regardant les livres sur son stand, à quel point elle fait partie des éditrices exigeantes, qui ne sort pas des livres pour faire du chiffre, mais vraiment par amour des livres et de la littérature. J’ai eu l’occasion une nouvelle fois de me rendre compte à quel point elle était sympathique et drôle. J’avais envie de vous la présenter aujourd’hui. À la suite de l’interview, je vous proposerai de tenter de gagner un de ses albums. Ensuite nous reviendrons sur un album fort de ces dernières semaines, Auprès de mon arbre, magnifique album dans lequel on trouve des dessins d’arbres d’un collectif d’illustrateurs à partir desquels Benoît Broyart a écrit des textes. Lui, l’éditrice du livre (Manon Jaillet des éditions La maison est en carton) et un des illustrateurs (Matthieu Maudet) nous parleront de ce projet original. C’est encore un bien beau mercredi, non ?


L’interview du mercredi : Juliette Grégoire

Juliette GrégoireQuel a été votre parcours personnel ?
Je suis née dans une famille d’artistes. J’ai fait des études de philo. Ces « environnements » continuent à me nourrir ! Je suis attentive au fond et à la forme des albums que je publie. Le sens vient en premier, le visuel doit le prolonger, introduire des perturbations, voire le contredire… mais toujours fabriquer du sens.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Je me souviens encore de ma stupéfaction le jour où on m’a offert Le petit chaperon rouge de Warja Lavater. Je devais avoir 6 ans. Je ne m’en suis pas remise !
À l’adolescence, je me suis jetée dans la philo éperdument. Je voulais savoir. À ce moment-là, je pensais y trouver des réponses. Bon finalement j’y ai trouvé des outils : les mots. C’est pas si mal.

Vous avez une belle maison d’édition, MoustachesL’initiale, qui propose vraiment des livres différents, originaux. Comment est née cette aventure ? Quelle est la ligne éditoriale ?
Merci pour le compliment ! L’idée s’est construite avec des rencontres : Caroline Dalla notamment. Illustratrice, elle avait publié au Rouergue et chez Glénat après ses études aux Arts déco de Strasbourg. Elle était ma copine ! (Elle l’est toujours !) On a eu envie d’essayer. La maison a été créée en 2008. J’avais 40 ans. C’était le moment !
L’idée était de contribuer à donner des outils aux enfants : une sorte d’initiation (d’où L’initiale) aux grandes questions des tout petits : Qu’est-ce qu’on fait dans la vie ? Quand est-ce qu’il revient le chat qui est mort ? C’est quand qu’on est grand ? Autant de questions que mes enfants m’ont posés et auxquelles je n’ai pas su répondre sur le moment. Nous voulions que le livre soit le prétexte pour discuter, poser les questions et les reposer encore autrement. Qu’est-ce qu’on fait dans la vie ?  et C’est quand qu’on est grand ? sont devenus des albums.
mes vacances d étéAvec le temps nous avons eu envie d’autres perspectives. La collection l’Utile est née en 2010, pour envisager différemment les apprentissages. La collection l’Agréable est née en 2012, pour se moquer un peu de tout ce sérieux !
Aujourd’hui ça fait 30 albums. Bon, on avance…

Sur votre site, vous précisez aux auteurs qui enverraient des projets « Attention : Bien que nous le regrettions parfois, nous ne publions pas d’histoires dont les héros sont des animaux, des fées, des princesses… », pourquoi tant de haine envers les animaux, les fées ou les princesses ?
Oups, point de haine, je te rassure. Juste le besoin d’affirmer notre identité humaniste, clairement, sans baguette magique. Le fait de travailler sur l’humain n’enlève pas le second degré et puis : ça calme les auteurs d’histoires de lapins roses…

Votre site a aussi une particularité, vous proposez d’y lire les albums en intégralité, chose extrêmement rare, pourquoi ce choix ?
Les livres jeunesse sont généralement les seuls qu’on parcourt, ou qu’on lit entièrement, avant de les acheter. Ça me paraissait bien d’offrir la possibilité de découvrir des titres anciens qui ne sont plus en librairie. On peut ainsi les feuilleter intégralement en ligne (il suffit de cliquer sur les visuels de couvertures) mais pas les télécharger, ni les imprimer ! Et enfin les commander à son libraire préféré.

C'est ferméQuel regard portez-vous sur la littérature jeunesse actuelle ?
Je suis émerveillée par les créations de qualité des petits éditeurs jeunesse. Voilà des gens qui prennent souvent des risques, qui assument des points de vue, qui osent des illustrateurs… bref qui font leur métier avec passion !

Quelles sont les merveilles que vous éditerez prochainement ?
À paraître en mars 2014 : Petites perles au cochon de Pierre Levée (dans la collection l’Agréable) et Mes recettes de cueillettes d’Emilie Alenda (dans la collection l’Utile).
À paraître en octobre 2014 : Le chemin d’Antonin de Catherine Leblanc, illustré par Audrey Pannuti et Le garçon qui voulait se déguiser en reine d’Elsa Valentin, illustré par Sandra Desmazières.
Ces 2 albums s’inscrivent dans la ligne originelle de L’Initiale : Philo et citoyenneté.

Bibliographie sélective :

  • Moustaches, texte de Duval MC illustré par Caroline Dalla (2013).
  • Drôle de bonhomme, texte de Catherine Leblanc illustré par Christophe Alline (2013).
  • Mes vacances d’été, d’Isabelle Simon (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Toujours debout, texte de Rémi Courgeon illustré par Isabelle Simon (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Pour de vrai pour de faux, texte d’Anne-Marie Abitan illustré par Lele Sa’n (2012).
  • Grand monsieur et petit papa, de Thomas Azuélos (2012).
  • C’est fermé, texte de Duval MC illustré par Caroline Dalla (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Léon, le collectionneur de collections, de Jessica Lisse (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Abécédaire, de Caroline Dalla, (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • Fille Garçon de Lele Sa’n (2009), que nous avons chroniqué ici.
  • Dieu à la cantine, texte de Laurent Sauval, illustré par Caroline Dalla (2009), que nous avons chroniqué ici.

Drôle de bonhommeComme je vous le disais avant cette interview, grâce aux éditions L’initiale, je vais faire un chanceux parmi vous ! L’un de vous gagnera l’album de Catherine Leblanc et Christophe Alline Drôle de bonhomme, un livre qui joue avec beaucoup d’intelligence avec les expressions françaises (que vous pouvez consulter en cliquant sur la couverture sur cette page). Pour participer, dites-moi, en commentaire, si vous faites attention aux éditeurs quand vous achetez un livre, si c’est un paramètre qui entre en jeu dans vos choix. Comme le blog part en vacances pendant les fêtes, vous avez jusqu’à lundi 6 janvier 10 h. Bonne chance à tous !


Parlez-moi de… Auprès de mon arbre

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur, éventuellement son illustrateur et son éditeur. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a plu. Cette fois-ci c’est sur Auprès de mon arbre (chroniqué ici), signé Benoît Broyart et un collectif d’illustrateurs sorti chez La maison est en carton que j’ai eu envie de revenir.

 © Yvon Boëlle

© Yvon Boëlle

Benoît Broyart (auteur) :
J’ai rencontré Manon Jaillet de La maison est en carton en mars 2011, lors d’un salon jeunesse près de Reims, à Cormontreuil. Très sympathique salon d’ailleurs. Elle venait de faire un livre avec Thomas Scotto, Dans ma maison. Thomas avait écrit 76 textes à partir de 76 images représentant des maisons. Assez rapidement, lors d’une discussion de fin de soirée au café, devant une bière, nous avons évoqué notre sensibilité commune pour l’environnement, l’écologie, la poésie. On partait d’un constat aussi. Souvent, les ouvrages proposés sur le sujet étaient laids ou moralisateurs. Enfin pas à notre goût. Progressivement est donc venue cette idée de reprendre le même principe que celui des maisons, mais cette fois, autour du thème de l’arbre et de la nature.
Nous nous sommes quittés avec cette envie partagée de faire un livre bientôt ensemble. Des mois sont passés et au printemps dernier, Manon m’a recontacté pour lancer le projet en vrai. J’aime travailler comme ça et je suis très sensible à la parole donnée. Manon a demandé à un certain nombre d’illustratrices et d’illustrateurs de son réseau de créer une image pour Auprès de mon arbre. Et assez naturellement, les arbres ont commencé à arriver chez Manon puis chez moi. C’était très émouvant.
Tout l’été, j’ai reçu quelques arbres par semaine dans ma boîte mail. Comme des cadeaux. J’étais touché par la confiance que me témoignaient l’éditrice et les illustratrices et illustrateurs participants.
Chaque fois, j’ai tenté d’entrer dans l’univers proposé en créant un fragment, un poème, un début d’histoire. Des textes courts, des voix différentes. C’est extrêmement excitant. Et puisque les images variaient énormément, proposant des visions différentes de l’arbre, j’ai essayé de travailler moi aussi autour de la diversité. Tons, formes, etc.
Le résultat va encore au-delà de mes attentes. Manon est une éditrice exigeante qui fait peu de livres. Chacun est très soigné. Format, papier, qualité de l’impression. Pour ce livre, je suis un auteur plus que comblé.
Le blog de Benoît Broyart.

La maison est en cartonManon Jaillet (éditrice) :
Pour raconter la naissance de Auprès de mon arbre, je dois dire quelque mots du livre Dans ma maison de Thomas Scotto. C’est en effet, avec lui que nous avons fait naître ce principe d’ouvrage. À La Maison est en carton, nous publions des tirages d’art d’images inédites d’illustrateurs et à chaque fois qu’ils réalisent cette image, nous leur demandons de dessiner une petite maison pour faire un document de communication et illustrer leur fiche bio-biblio sur le site. Un jour, j’ai montré cette ville de maisons d’illustrateurs à Thomas Scotto et son envie d’écrire pour tous ces artistes sur toutes ces maisons, nous a donné l’idée de cet ouvrage. Cette expérience, écrire à partir des images, n’est pas si fréquente pour les auteurs dans les publications actuelles.
Avec Benoît, nous nous sommes rencontrés lors d’un salon (Cormontreuil), dans sa ville d’enfance, à Reims. Rapidement, nous nous sommes rendus compte que nous partagions de nombreux points de vue sur la société et la nature en particulier. C’est à ce moment que l’idée d’un ouvrage autour des arbres est né. Le temps a passé et ce printemps, j’ai lancé un appel aux illustrateurs avec qui nous travaillons et à d’autres aussi. 76 ont répondu présents et même plusieurs illustrateurs que je ne connaissais pas, qui avaient eu vent de cet ouvrage, ont envoyé leur arbre et nous les avons retenus. Benoît a reçu les images au fur et à mesure de leur arrivée et a écrit les textes. C’est amusant, sur ses premiers textes, j’ai dû lui dire des choses que l’on dit d’ordinaire aux illustrateurs. Attention, de ne pas raconter ce qui est dit dans les images. Oui, l’auteur se trouve dans cet exercice d’écriture, illustrateur en mots. L’ouvrage s’est construit petit à petit, au fil de l’arrivée des arbres dans nos boîtes mail. Chaque nouvel envoi des mots de Benoît était un moment jubilatoire pour moi. J’ai pris le parti de ne pas montrer le texte qui accompagne leur arbre aux illustrateurs, ils les ont découverts en même temps que le livre. Certains sont tellement touchés qu’ils ont l’envie de construire d’autres projets avec Benoît ici, avec Thomas pour le précédent.
À ce collectif d’illustrateurs, vient s’ajouter aussi un collectif de souscripteurs. En effet, nous avons eu un imprévu financier qui a généré une fragilité économique. Raisonnablement, nous devions décaler la publication. Difficile décision alors que tout été prêt et que nous travaillions dessus depuis environ 6 mois. Nous avons donc proposé un financement participatif avec pré-achat et nous avons été très suivi. Le livre a pu paraître comme prévu au moment du salon de Montreuil.
Ce livre est aussi une belle aventure humaine et je remercie très chaleureusement Benoît Broyart, les illustrateurs/trices, les souscripteurs, le CNL et tous ceux qui nous ont fait confiance et ont contribué de près ou de loin à cet ouvrage.
Le site de La maison est en carton.

matthieu maudetMatthieu Maudet (un des illustrateurs) :
Bon, pour mon arbre, c’est assez simple ou pas franchement..
Les libraires de M’lire à Laval avaient lancé la plantation d’une forêt mayennaise sur internet http://laforetmayennaise.tumblr.com. Alors j’avais envoyé un de mes arbres, celui où un mammouth (échappé d’un frigo) va trouver refuge https://www.facebook.com/Mlire/posts/477829575626029. Benoît Broyart que je connais depuis quelque temps à force de le croiser dans notre petite Bretagne tombe dessus et le montre à Manon, qui l’a trouvé très chouette. Moi j’étais super content. J’appréciais beaucoup ce que j’avais pu voir de La maison est en carton, j’avais presque pleuré de ne pas être dans le premier recueil avec les maisons. Mais là, problème, mon arbre était planté dans un autre livre, alors j’en ai refait un autre, un clin d’œil au premier avec un animal perché au milieu des feuille.
J’ai découvert le texte de Benoît à Montreuil, directement dans le livre, quel plaisir, quel cadeau. Merci à tout les deux de m’avoir fait une petite place dans cette belle forêt !
Le blog de Matthieu Maudet.

Auprès de mon arbre

Auprès de mon arbre
Texte de Benoît Broyart
Illustré par un collectif
Sorti chez La maison est en carton
2013
Chroniqué ici.

 

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