La mare aux mots
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Marc Daniau

Du berger à la bergère : de Marc Daniau à Natali Fortier

Par 24 juillet 2019 Les invités du mercredi

Cet été encore, on vous propose à nouveau la rubrique du berger à la bergère tous les mercredis. Cette rubrique vous avait tellement plu les trois derniers étés, nous nous devions de la reprendre (il faut dire qu’à nous aussi elle plaît beaucoup) ! Donc tous les mercredis jusqu’à la rentrée, ce sont des auteur·trice·s et des illustrateur·trice·s qui posent trois questions à un·e auteur·trice ou un·e illustrateur·trice de leur choix. Puis c’est à l’interviewé·e d’en poser trois à son tour à son intervieweur·euse d’un jour. Après Fanny Joly et Catharina Valcks, Clémence Pollet et Sandrine Thommen, cette semaine c’est Marc Daniau qui a choisi de poser des questions à Natali Fortier !

Marc Daniau : J’aimerais que tu me parles de ton rapport aux animaux et en particulier aux oiseaux.
Natali Fortier : C’est drôle que tu me poses maintenant cette question, mon prochain livre s’appelle. « I, 2, 3 Volez » tu te doutes de quoi ça parle.
L’oisillon, quand tu en tiens un dans la paume de ta main, avec son cœur qui palpite, sa respiration saccadée, la détresse de son regard, la transparence de sa chair, tellement fragile, fragile, fragile, puis soudain, son cri d’une force bouleversante.
T’agrandis un oiseau à l’échelle 100. Tu te retrouves devant un monstre préhistorique terrifiant, le bec aiguisé, des griffes acérées.
Passer de la vulnérabilité à la férocité.
L’albatros, ce géant, tout en grâce dans le ciel pourtant à l’atterrissage, y’est d’une maladresse inouïe et ça ça me plaît.
La paruline rayée « 12 grammes » et elle traverse l’océan sans escale…
Un oiseau d’accord, ça chante mais ça glousse, ça cancane, ça trompette, zinzinule, turlutte, graille, coquerique, babille et j’en passe, piaille, réclame, bavarde…
Et les noms des oiseaux me réjouissent : corbeau, tourterelle, colibri, merle, pélican, mouette, le manchot, bécassine, la grue, le vautour, alouette… gentille alouette, je te couperai….
Dès mon premier atelier dans les écoles, à partir de trois ans, je demande aux enfants de dessiner, peindre, n’importe quelle forme et ensuite y coller un chapeau pointu.
Je te dis pas le nombre de dessins somptueux d’oiseaux que j’ai vu apparaître sous mes yeux.
Ici à Châlette-sur-Loing ma maison est un nid, il y en a partout.
Est-ce que c’est pour ça que j’aime les dessiner ?
J’ai le goût de te dire aujourd’hui, Marc, que c’est pour le geste de relever la tête si je veux les voir s’envoler.
Seulement un autre animal, sinon. Ça serait trop long.
L’alligator, l’alligator a bercé ma jeunesse. Au Québec dans mon enfance, c’était très facile d’en obtenir au pet shop (je sais c’est révoltant, mais à l’époque je ne m’en rendais pas compte).
Donc j’ai eu Ali et Baba, croque-monsieur et croque-madame. J’avais lu quelque part que pour les endormir il fallait caresser leurs ventres.
Tous les soirs je le faisais, je me souviens de leurs abandons, l’élasticité du cuir et de leurs yeux qui roulaient.
La nuit, je me réveillais souvent affolée de m’être endormie en même temps qu’eux et de les avoir oubliés dans mon lit.
J’en fabrique toujours beaucoup des crocodiles. Ils ont un petit air de Dieux.
J’ai toujours vécu en compagnie d’animaux, je ne pourrais pas m’en passer et même ceux qui n’existent pas sont drôles à dessiner.
L’éventail d’émotions qu’ils suscitent est infini.

Marc Daniau : Comment sais-tu qu’un dessin est terminé ?
Natali Fortier : C’est comme si on était en pleine conversation entre le trait et moi.
Je bois ses paroles, c’est captivant, j’attends une réponse, des explications et tout d’un coup en plein milieu d’une phrase, il s’interrompt, moi je suis là, je veux savoir.
Je suis curieuse.
Je reste suspendue à ses lèvres, frustrée, désireuse…
C’est pile là, que je devrais avoir le courage de quitter mon dessin.
Au moment où je ne sais pas encore ce qu’il veut me dire ou me faire.
J’insiste souvent trop. Mais de moins en moins. J’ai espoir d’y arriver dans vingt, trente ans.

Marc Daniau : Quand tu n’illustres pas, qu’est-ce qui te met en route, en œuvre, au travail ?
Natali Fortier : L’étonnement et l’amour du vivant. La rage de n’être qu’une seule personne.
Le plaisir immense jubilatoire (en espérant que cette sensation ne me quitte jamais)
Et les périodes où je ne vais pas bien, je sais qu’en Faisant, j’aurais quand même moins mal.
Le désir de dire ce que j’ai en tête, j’aurais besoin de beaucoup plus de temps, j’ai la sensation d’en être qu’à un flocon sur l’iceberg…
Je cherche à comprendre quelque chose. C’est pas gagné !
Rire.
Alors. Marc. Les trois questions.
Je serais tenté de te poser les mêmes. C’est que tes questions sont bonnes. Et si tu me les as posées, c’est que le sujet t’intéresse.

Mais j’ai envie de savoir quelle est ta relation avec la matière de tes dessins.
Marc Daniau : Faut que ça vibre, que ce soit costaud, accueillant, chaleureux. Faut que ce soit présent, que ça laisse respirer les personnages et les spectateurs. Donner à voir la matière c’est une manière d’affirmer que cela n’est qu’une image fabriquée et non pas un simulacre de réel, et ainsi en montrant les ficelles, les coutures comme dans un spectacle de marionnettes j’installe une distance avec le sujet du dessin. Faut pas que ça soit joli. Faut pas que ça autorise à me dire vous avez un joli coup de crayon. Faut pas que ça intimide.
Mais bon, surtout j’aime la pâte, la gouache sans eau, l’huile à la brosse rêche et les coups de crayon qui se mêlent à la fibre du papier. J’aime Les traces, les vibrations, que ça palpite. J’aime que les couleurs parlent se répondent quelles se montent le bourrichon, quelles klaxonnent aux pupilles, c’est plus fort que moi.
Le contact de l’outil avec le support m’est très important. Je n’aime ni l’acrylique ni peindre sur toile, j’aime le papier, le carton, le bois, les miroirs, et j’aimerais bien peindre sur des surfaces rouillées. Souvent quand je fabrique/bricole mes images j’ai en tête ces mots : La peau du monde.

Natali Fortier : Je me souviens aussi de tes grandes affiches pour le théâtre, est-ce que tu pourrais me raconter comment cela se passait?
Marc Daniau : Alors il y avait un thème par saison et une douzaine de pièces/spectacles. En mai l’équipe me briefait et me donnait les dossiers des spectacles et les textes. Et puis je lisais tout ça et je crobardais dans plein de directions autour du thème et des spectacles, et puis je revenais avec mon carnet de croquis et ils choisissaient les dessins/idées qui leur plaisaient et les directions qu’il fallait encore creuser. En juillet il fallait imprimer le programme, l’affiche de saison et souvent le premier spectacle de la rentrée. Des fois je travaillais avec les metteurs en scène, des fois non. Pendant les 10 ans qu’a duré cette aventure, je n’ai vu le spectacle avant de faire l’affiche qu’une seule fois. J’ai découvert des textes, des metteurs en scène, des acteurs/actrices, des traductrices. Il y a eu des émerveillements fabuleux et des ennuis rasoirs. Personnellement aussi il y a eu des moments de grâces et des compromis douloureux. J’ai pris conscience de l’exigence et de la fragilité des formes de spectacles vivants. J’ai pu aussi changer formellement les propositions, il y a eu deux saisons à la gouache et puis de l’huile sur papier et de l’huile sur bois avec fond blanc. J’avais aussi une grande liberté pour les dessins en noir et blanc dans les programmes de saison. Et j’ai eu la chance de pouvoir exposer deux fois dans les murs de ce théâtre et d’échanger quelques mots avec le visionnaire Jack Ralite. J’y ai aussi beaucoup emmené mes enfants, ma famille. Vous pouvez voir des traces de tout ça sur mon site : www.marcdaniau.fr.
Les grandes affiches celles qui étaient affichées dans le métro étaient imprimées en sérigraphie, et sont en soi des objets magnifiques aux couleurs éclatantes, du miel pour nos mirettes loin des tristes joies du numérique.

Natali Fortier : Et aussi le mouvement. Cela rejoint ta question sur comment terminer un dessin.
Pour toi, que demandes-tu à un dessin ?
Marc Daniau : Le mouvement : J’adore faire marcher, courir, voler les personnages, les animaux, je dessine contre l’immobilisme, contre l’ennui, contre l’essoufflement, le geindre, le râle, la camarde.
J’aime à croire que j’ai réussi un dessin quand en représentant un instant très court, le spectateur y saisit ce qu’il s’est passé l’avant et l’après du moment illustré.
J’aime recréer une sensation d’espace autour des personnages qui sont toujours au centre de mes images comme de mes préoccupations. Et puis il me faut installer la bonne distance pour que le spectateur soit en empathie sans être voyeur. Il y a une vulgarité constitutive dans les images, j’essaye d’en débarrasser nos regards et quand c’est impossible j’essaye de l’assumer.
Mais surtout il faut que l’image soit comme un gouffre, une montagne, une fenêtre, une faille spatio-temporelle à la surface du papier. Elle doit captiver, piéger les regards mais avec une certaine éthique qui me vient de je ne sais où et que je peine à expliquer.
Ça peut paraître sérieux dit comme ça mais il y a du jeu et beaucoup de plaisir à bricoler tout ça, et souvent de la joie quand le résultat m’étonne, qu’il surpasse ce que j’avais en tête. Je crois que c’est pour ça que je continue, pour la joie.

Bibliographie sélective de Natali Fortier :

  • Loin de Garbo, illustration d’un texte de Sigrid Baffert, Les éditions des braques (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • L’amour, ça vaut le détour, texte et illustrations, Albin Michel Jeunesse (2016).
  • D’une rive à l’autre, illustration d’un texte de Cécile Roumiguière, À pas de loups (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Marcel et Gisèle, texte et illustrations, Le Rouergue (2015).
  • La folle journée de Colibri, texte et illustrations, Albin Michel Jeunesse (2013).
  • Reviens, avec Olivier Douzou, Le Rouergue (2013).
  • Conte à bascule, texte et illustrations, L’art à la page (2011).
  • Sur la pointe des pieds, texte et illustrations, L’atelier du poisson soluble (2008).
  • J’aime l’été…, texte et illustrations, Albin Michel Jeunesse (2006).
  • Lili plume, texte et illustrations, Albin Michel Jeunesse (2004).
  • Six cailloux blancs sur un fil, illustration d’un texte de Cécile Gagnon, Albin Michel Jeunesse (1998).

Retrouvez Natali Fortier sur son site : https://natalifortier.autoportrait.com.

Bibliographie sélective de Marc Daniau :

  • Adi de Boutanga, illustration d’un texte d’Alain-Serge Dzotap, Albin Michel Jeunesse (2019)
  • Princesse Mabelle, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon chien, papa et moi, illustration d’un texte de Raphaële Frier, À pas de loups (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Ruby tête haute, illustration d’un texte d’Irène Cohen-Janca, Les éditions des éléphants (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Comme un géant, texte illustré par Ivan Duque, Thierry Magnier (2017).
  • Loup ?, collectif, Association Mange-Livres (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Je suis le chien qui court, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2013).
  • Tous à poil !, co-écrit avec Claire Franek, Le Rouergue (2011).
  • Neuf couleurs de peur, illustration d’un texte d’Annie Agopian (2010).
  • L’arbre, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2007).
  • Coquin Colin, texte illustré par Ronan Badel, Thierry Magnier (2002).

Le site de Marc Daniau : http://www.marcdaniau.fr et le blog collectif CITRON : http://danslecitron.blogspot.fr/search/label/Marc%20Daniau

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Les invité·e·s du mercredi : Nathalie Wyss et Marc Daniau

Par 30 janvier 2019 Les invités du mercredi

J’ai eu un coup de cœur pour Un marron dans la poche, magnifique album qui vient de sortir chez L’initiale. Forcément, j’ai eu envie d’en savoir plus sur son autrice, Nathalie Wyss. Elle a accepté de répondre à mes questions. Ensuite, on part en vacances avec l’auteur-illustrateur Marc Daniau qui vient de sortir le très beau Princesse Mabelle. Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Nathalie Wyss

J’aimerais que vous nous parliez de votre dernier album, le magnifique Un marron dans la poche.
Tout d’abord merci ;). C’est l’histoire d’un enfant qui parle de sa grand-mère et de l’habitude qu’elle avait de ramasser le premier marron de l’automne. C’est ma grand-mère, la Mutti, qui m’a inspiré cette histoire. Je n’ai vraiment rien inventé cette fois-ci, tout est vrai. Je ne pensais pas que ce texte trouverait un éditeur. J’en suis d’autant plus ravie car, avec cet album, ma grand-mère entre dans les maisons, dans les familles et peut-être même dans le cœur de quelques enfants. Grâce à elle, j’espère qu’ils auront le plaisir, au début de l’automne, de se baisser pour ramasser un marron et le glisser dans leur poche, cela porte chance !

Je trouve les planches de Cécile Deglain superbes, comment s’est passée la collaboration ? C’est un projet que vous aviez ensemble ou c’est l’éditrice Juliette Grégoire qui vous a réunies ?
Merci encore ! C’est l’éditrice Juliette Grégoire qui nous a réunies. À vrai dire nous ne nous sommes malheureusement jamais rencontrées… Tout s’est fait par e-mails, mais je suis ravie du résultat. Et puis étrangement, la grand-mère dessinée par Cécile ressemble fortement à la Mutti…

Parlez-nous de votre processus d’écriture et de la naissance de vos histoires.
Bien souvent les histoires me viennent d’elles-mêmes, un peu comme si elles tombaient du ciel. Cela commence par une phrase, un titre, ou une ambiance, et le reste suit. Je me laisse guider par mes histoires. Je ne fais pas de plan, je n’y pense que quand j’écris, je ne sais pas trouver « la suite » hors écriture. J’ai toujours un carnet avec moi au cas où… Écrire, c’est un peu comme partir à l’aventure, on ne sait jamais vraiment où on va !

Vous avez commencé à écrire très jeune, je crois, racontez-nous votre parcours d’autrice ?
J’ai commencé à écrire à dix ans des petits albums jeunesse (à l’époque je dessinais aussi) pour ma famille et mes amis. Vers onze ans, j’écrivais des histoires d’épouvante inspirées directement par mes lectures… J’ai tout gardé ! C’est très drôle de les relire aujourd’hui ! Je les apporte toujours dans les classes où je vais, les enfants rigolent beaucoup également en les voyant ! À l’adolescence, j’écrivais surtout des poèmes et vers 18 ans, j’ai commencé à envoyer des textes aux maisons d’éditions jeunesse. Mon premier texte a été publié cinq ans plus tard, un long parcours… !

Vous êtes libraire en plus d’être autrice, est-ce que ça a une influence sur votre travail ?
Je suis libraire spécialisée jeunesse, je baigne toute la journée dans ce monde. Alors oui, cela m’inspire ! Et bien sûr, il arrive parfois qu’on se dise, « oh comme j’aurais aimé écrire ce livre ! » C’est comme ça pour tous ceux qui écrivent je pense… Et tant mieux ! C’est merveilleux d’être frappé au cœur par des livres et de pouvoir les conseiller ensuite ! Donner le goût de la lecture aux enfants et aux adolescents est un extraordinaire challenge !
Cela me nourrit, c’est une place en or pour écrire ! Je vois tout ce qui paraît ou presque. C’est un univers merveilleux la littérature jeunesse, c’est la douceur et la magie de l’enfance à portée de main ! C’est un véritable refuge pour moi.

Peut-on vous demander vos derniers coups de cœur en tant que libraire ?
Avec mon mari nous sommes les heureux parents d’une petite fille depuis peu… Et donc, je n’ai pas beaucoup lu ces derniers mois… Mais l’année dernière, en jeunesse, j’ai découvert avec joie la plume de Cécile Alix et pour les grands adolescents/adultes, j’ai beaucoup aimé Un été circulaire chez Albin Michel de Marion Brunet. Et sinon, en littérature vieillesse, mon dernier gros coup de cœur est Règne animal chez Gallimard de Jean-Baptiste Del Amo.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Enfant je lisais beaucoup d’albums et puis je me souviens du Petit prince et de L’œil du loup, ainsi que de la collection Chair de poule. J’avais une fascination pour les histoires qui font peur, ce qui n’est plus du tout le cas aujourd’hui. Avec l’âge, je suis devenue une vraie trouillarde ! À 15 ans, j’ai commencé mon apprentissage de libraire. J’ai découvert avec passion l’histoire de la littérature et lu beaucoup de classiques. J’ai été particulièrement marquée par Nabokov. Je lisais beaucoup de poésie également.

Quelques mots sur vos prochains ouvrages ?
Paraîtra en février De quelle taille est ton cœur aux éditions Helvetiq, un album pour les petits, co-écrit avec mon mari et illustré par Jamie Aspinall. Au mois de mars sortira un roman pour adolescents Le Roi des rois, aux éditions Magnard. Puis, en septembre, deux albums aux éditions L’initiale dont un, illustré par Pascale Breysse. Et puis, mon album L’enfant qui avait oublié sa peur édité en 2015 au baron perché, épuisé aujourd’hui, va être réédité par les éditions (suisses) Utopie. J’en ai de la chance !

Bibliographie sélective :

  • Un marron dans la poche, album illustré par Cécile Deglain, L’initiale (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • L’allumeur de réverbères, roman, Oskar Jeunesse (2018).
  • L’enfant qui avait oublié sa peur, album illustré par Béatrice Boutignon, Le baron perché (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Sous le tori, roman illustré par Emna, Limonade (2013).
  • Dans les yeux de Marish, roman illustré par Emna, Limonade (2013).
  • Les esprits de Taïga, roman illustré par Emna, Limonade (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Au cœur de l’Himalaya, roman illustré par Emna, Limonade (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • L’étoile des Himba, roman illustré par Emna, Limonade (2012).
  • L’œil du tigre, roman illustré par Emna, Limonade (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Namasté et les 108 pétales, roman illustré par Bernard Reymond, Limonade (2011).


En vacances avec… Marc Daniau

Régulièrement, nous partons en vacances avec un·e artiste. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la·le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet·te artiste va donc profiter de ce voyage pour nous faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle·il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… Des livres, de la musique, des films… sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il·elle veut me présenter et c’est elle·lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Marc Daniau que nous partons ! Allez, en route !

5 Albums jeunesse :

  • Monsieur Madame de Charlie Schlingo
  • Tous les albums de Claire Franek, avec Le facteur n’est pas passé en pole position, dommage qu’il n’y ait eu que les Coréens pour comprendre l’importance de cet album.
  • Tous les albums de Lionel Koechlin, un petit faible pour la Fée des Sapins que j’ai dû lire pendant deux ans à mon fils aîné.
  • Les doigts niais d’Olivier Doudou et Natalie Fortier.
  • Le Pirate et l’Apothicaire de R.L. Stevenson illustré par Henning Wagenbrath

5 Romans :

  • Moby Dick de Melville
  • Le chant du Monde de Jean Giono
  • La vie secrète d’Emily Dickinson de Jerome Charyn
  • N’importe quel titre de Primo Levi
  • Don Quichotte de Cervantès
  • Nous trois de Jean Echenoz

5 DVD

  • Apocalypse now de Coppola
  • Cheyenne de John Ford
  • Les sept samouraïs de Kurozawa
  • Quai des brumes de Marcel Carné
  • Jour de fête de Jacques Tati

5 CD

  • Tout Boris Vian
  • Tout Lee Scratch Perry
  • The Undertones by The Undertones
  • Streetcore, Joe Strummer and the Mescaleros (et puis tout le reste avant)
  • Jonathan Richman and the Modern Lovers

3 BD

  • La balade de la mer salée H.Pratt
  • Z comme Zorglub/L’ombre du Z de Franquin
  • Mauvais rêves d’Imagex

5 artistes 

  • Tinguely
  • Bonnard
  • Freud (Lucian)
  • Alexandre Hollan
  • Ronan Barrot

5 lieux

  • Le jardin des plantes de Paris
  • Un petit endroit secret au Cap corse
  • L’île au milieu du Niger dans le parc du W
  • La plage de Saint Palais (17) à l’heure de l’apéro
  • London Derry

Marc Daniau est auteur et illustrateur.

Bibliographie sélective :

  • Princesse Mabelle, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon chien, papa et moi, illustration d’un texte de Raphaële Frier, À pas de loups (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Ruby tête haute, illustration d’un texte d’Irène Cohen-Janca, Les éditions des éléphants (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Comme un géant, texte illustré par Ivan Duque, Thierry Magnier (2017).
  • Loup ?, collectif, Association Mange-Livres (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Je suis le chien qui court, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2013).
  • Tous à poil !, co-écrit avec Claire Franek, Le Rouergue (2011).
  • Neuf couleurs de peur, illustration d’un texte d’Annie Agopian (2010).
  • L’arbre, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2007).
  • Coquin Colin, texte illustré par Ronan Badel, Thierry Magnier (2002).

Le site de Marc Daniau : http://www.marcdaniau.fr et le blog collectif CITRON : http://danslecitron.blogspot.fr/search/label/Marc%20Daniau

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Par 7 janvier 2019 Livres Jeunesse

On vous avait laissé avec une chronique sur des livres parlant de femmes ayant existé, la première chronique de l’année met en avant deux filles fictives, mais avec des destins forts (racontés dans de longs albums). On commence ce voyage au royaume des Mille Félicités avant de partir pour l’Inde.

Princesse Mabelle
de Marc Daniau
Seuil Jeunesse
15,50 €, 215×320 mm, 64 pages, imprimé en Espagne, 2018.
La tresse, ou le voyage de Lalita
Texte de Laëtitia Colombani, illustré par Clémence Pollet
Grasset Jeunesse dans la collection Lecteurs en herbe
14,90 €, 233×288 mm, 48 pages, imprimé en Espagne, 2018.

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Plus que des animaux

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Aujourd’hui, je vous propose deux albums avec de drôles d’animaux et un film qui sort en salle demain.

Mon chien, papa et moi
Texte de Raphaële Frier, illustré par Marc Daniau
À pas de loups
14 €, 160×200 mm, 40 pages, imprimé en Belgique, 2018.
Mon bison
de Gaya Wisniewski
MeMo dans la collection Les albums
15 €, 190×269 mm, 36 pages, imprimé en Europe chez un imprimeur éco-responsable, 2018.
Nico & Patou
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42 min.

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Aujourd’hui, on rencontre Seng Soun Ratanavanh qui nous plonge dans son univers singulier et onirique, et puis l’on parle du puissant Ruby tête haute, ode à l’émancipation et au combat pour l’égalité avec l’autrice Irène Cohen-Janca, l’illustrateur Marc Daniau et les éditrices Caroline Drouault et Ilona Meyer… Installez-vous confortablement… Bonne lecture !


L’interview du mercredi : Seng Soun Ratanavanh

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Je suis diplômée de L’École Nationale Supérieure des Beaux Arts de Paris, je suis peintre et dessinatrice, je travaille pour l’édition jeunesse depuis 2016, mon premier album est Attends Miyuki.

 Comment choisissez-vous les projets que vous illustrez ?
Je lis attentivement le texte et assez rapidement j’essaye de voir si c’est un texte dans lequel je peux projeter mon univers. En général, si c’est le cas, à la première lecture, j’ai déjà des images ou des idées qui viennent. Je suis aussi très sensible à l’écriture et si l’histoire me touche, les idées peuvent venir plus tard.

 Votre univers est très reconnaissable, à la fois poétique et onirique, qu’est-ce qui vous inspire ?
D’abord, merci pour ce joli compliment. C’est effectivement ce que j’essaye d’obtenir à travers mes illustrations. Tout d’abord, je puise mes idées dans le texte que je dois illustrer, j’essaye de partir du propos, du sens de l’histoire et trouver mon angle de vue, mon interprétation personnelle que j’essaye de retranscrire dans l’illustration. Pour réaliser mes images, tout m’inspire, bien sûr les tableaux, les illustrateurs/trices, la nature et tout ce qui m’entoure, mes enfants et bien sûr l’enfant que j’ai moi-même été.

Quand vous étiez enfant, qui étaient vos « héros et héroïnes » ?
Je n’avais pas vraiment de héros ou héroïnes…

Quelles étaient vos lectures d’enfants, adolescents ?
Toute petite, j’ai souvenir d’avoir lu en boucle : Sacrées sorcières de Roald Dahl, Le petit Nicolas de Goscinny, Les malheurs de Sophie de la Comtesse de Ségur et les contes, particulièrement ceux de Andersen. Plus tard, j’ai lu les classiques… et je continue d’ailleurs…

Quels sont vos prochains projets ?
Je suis en train de dessiner la suite de Miyuki… et j’ai d’autres projets en attente.

Bibliographie : 

  • Mon île, illustrations d’un texte de Stéphanie Demasse-Pottier, De la Martinière Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Au lit Miyuki, illustrations d’un texte de Roxane Marie Galliez, De la Martinière Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Fleurs de princesses, illustrations d’un texte de Christelle Huet Gomez, De la Martinière Jeunesse (2016).
  • Attends Miyuki ! illustrations d’un texte de Roxane Marie Galliez, De la Martinière Jeunesse (2016) que nous avons chroniqué ici.

Son site : http://cargocollective.com/sengsoun


Parlez-moi de… Ruby tête haute !

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur·trice, son illustrateur·trice et/ou son éditeur·trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Ruby tête haute – un passionnant album qui nous raconte la lutte menée par Ruby Bridges contre la ségrégation raciale – que nous revenons avec son autrice Irène Cohen-Janca, son illustrateur Marc Daniau et ses éditrices Caroline Drouault et Ilona Meyer.

Irène Cohen-Janca (autrice):
D’abord il y a eu le tableau, découvert il y a quelques années. J’en avais gardé l’image très forte de cette petite fille qui avance encadrée par quatre policiers, dont, étrangement, on ne voit pas les visages, coupés à hauteur d’épaule, réduits ainsi à leur seule fonction de gardiens de la loi, de représentants de l’institution. Cette petite fille noire, vêtue d’une lumineuse robe blanche, tranchant ainsi sur ce mur gris, éclaboussé de rouge et d’insultes racistes m’avait impressionnée par sa solitude presque palpable, sa détermination et son indifférence à ce hors champ terrifiant que l’on devine. C’est une force qui va.  Et, ce qui est peu commun, une force d’enfant. Une petite guerrière n’ayant comme armes que sa robe immaculée, ses affaires d’écolière, son enfance, ce regard porté vers le lointain et déjà sa foi en un monde meilleur. Quelques années plus tard il y a eu sa voix. C’était une interview récente, cinquante ans ont passé. Aussitôt m’est revenu le tableau de Norman Rockwell. C’est à ce moment-là que j’ai eu envie d’écrire un texte qui lui soit consacré. Dans la douceur de sa parole, la fermeté de son engagement l’absence de pensée manichéenne, j’ai retrouvé la petite fille des années soixante qui affrontait le mal avec détermination mais sans haine, et du haut de ses six ans participait à une révolution des esprits. Lors de cette interview, Ruby Bridges évoquait ces premiers jours de rentrée mais aussi Barbara Henry, l’enseignante retrouvée des années plus tard et grâce à qui, explique Ruby Bridges devenue adulte, elle « ne voit pas les choses à travers le prisme de la race ».  Barbara Henry et d’autres blancs encore qui ont témoigné de leur solidarité et de leur répulsion face à ces foules déchaînées. Ruby Bridges vit toujours à La Nouvelle Orléans et la fondation qu’elle a créée pour lutter contre le racisme par le biais de l’éducation, et pour « la tolérance, le respect et l’appréciation des différences accorde aux livres une place essentielle ». Sa fondation a distribué plus de 20 000 ouvrages à des enfants pauvres. Elle s’est même offert les services d’ophtalmologues pour soigner ceux qui souffrent de problèmes oculaires. Sur un tee-shirt distribué aux enfants elle a porté l’inscription suivant : « Real men read » (« les vrais hommes lisent »). « Le racisme est une maladie d’adultes, dit confiante Ruby Bridges, les enfants, qui ne voient pas la couleur de peau, peuvent aider leurs aînés à s’en débarrasser ». Enfin j’ai beaucoup aimé ce qu’elle dit de cette rentrée de classe où les enfants noirs et blancs sont mélangés. Ruby pourrait considérer ça comme une victoire mais non Barbara Henry n’est plus là et Ruby se sent encore une fois mise à l’index, marginalisée. La nouvelle enseignante se moque d’elle et de cet accent « impossible » : c’est l’accent de Detroit d’où est originaire Barbara Henry et que Ruby a « attrapé »…

Marc Daniau (illustrateur):
Quand Caroline et Ilona m’ont proposé d’illustrer Ruby en 2016, je n’avais pas travaillé depuis 6 mois, pas fait d’album depuis Je suis le chien qui court paru en 2013, autant vous dire que je me suis accroché à cette bouée comme un naufragé paralytique, sans poser de questions. Caroline, m’avait juste demandé de travailler à la gouache. Technique que j’avais abandonnée en 2003 pour me mettre à la peinture à l’huile. Mes tubes n’étant pas tout secs, je me suis remis à la peinture à l’eau. Même avec des brosses neuves je me sentais tout rouillé, et ce pendant toute la réalisation des illustrations. En fait il s’agissait d’un malentendu, Caroline voulait seulement me demander de travailler en couleur contrairement à Je suis le chien qui court majoritairement en noir et blanc. Le hasard produit parfois de drôles de choses. J’ai eu beaucoup de bonheur à réinterpréter l’illustration de Norman Rockwell. C’est en découvrant son travail à l’humanisme communicatif que j’ai fait un grand pas vers le chemin sur lequel je continue d’avancer. J’ai tout de suite senti que les éditrices me faisaient totale confiance, ce qui me permet toujours de travailler dans les meilleures conditions. Je n’ai rencontré en vrai, Irène, qu’une fois le livre publié. Et c’était une très belle rencontre. Illustrer un texte, c’est d’abord une lecture en profondeur, et c’est donc déjà rencontrer son auteur. J’aime bien avoir la sensation de m’approprier totalement le texte quand je l’illustre. Après quand j’ai terminé je donne les illustrations et rend le texte, aux éditrices, à l’auteur, aux lecteurs, avec le sentiment que cela ne m’appartient plus, comme quand on tend un cadeau où l’on a mit tout son cœur et qu’on est pas sûr qu’il va plaire.

Caroline Drouault et Ilona Meyer (éditrices):
Nous avons un souvenir très précis de la première fois qu’Irène Cohen-Janca nous a parlé de Ruby. C’était au Mémorial de la Shoah, juste après une conférence menée autour du merveilleux Dernier voyage (NDLR : illustré par Maurizio A. C. Quarello, sorti également aux Éditions des Éléphants). Elle nous a parlé de ce tableau si célèbre de Norman Rockwell, où une petite fille marche en robe blanche dans La Nouvelle-Orléans des années 1960, escortée par quatre policiers. Irène nous a dit que cette petite fille avait existé, qu’elle s’appelait Ruby, et qu’elle était l’une des premières enfants noires à être entrée dans une école de Blancs aux États-Unis, à la fin de la Ségrégation. Elle nous a raconté la dispute, entre le père et la mère de Ruby, lui qui pensait que les choses ne changeraient jamais, elle qui voyait une chance pour sa fille et sa communauté. Et elle nous a raconté ensuite la première rentrée de la fillette, le chemin pour l’école encombré par les visages haineux, les cris, les menaces et les insultes. Et l’arrivée dans la classe, déserte, les autres élèves ayant été retirés de l’école par des parents outrés que la porte puisse être ouverte à une enfant noire. Nous avons été immédiatement emportées par cette histoire, touchées par le destin exceptionnel de cette fillette, devenue malgré elle un symbole de la lutte pour l’égalité. Dans la lignée du Dernier voyage, nous avons su que ce texte pourrait être le prochain titre de notre collection « Mémoire d’éléphant ». Et quand, quelque temps plus tard, le texte est arrivé, nous avons retrouvé tout le talent d’Irène qui, se basant sur les écrits de Ruby et sur ses nombreuses recherches, avait su regarder le monde à travers les yeux de cette petite fille, épousant ses questionnements, ses pensées les plus fines, laissant transparaître sa naïveté, sa tristesse et son angoisse devant une situation incompréhensible pour elle. Le texte était si juste, si bouleversant ! Pour en revenir à notre réalité d’éditrices, il était aussi bien plus long que nos textes d’albums habituels… Alors, quelle forme lui donner ? Nous avons décidé d’en faire un album très grand format, un grand texte illustré. Avec une pleine page blanche pour le texte en vis-à-vis d’une pleine page d’illustration. L’idée de faire appel à Marc Daniau pour l’illustration s’est rapidement imposée : cela faisait un moment que l’on guettait le bon texte à lui confier. Marc a un talent hors pair pour saisir les personnages et leur mouvement, pour poser des décors, urbains ou paysagers. Sous ses pinceaux, la foule déformée par la haine est presque devenue un tableau burlesque. Mais la violence est là, palpable. La candeur de Ruby au début du livre, sa plongée dans le désespoir et son courage pour avancer sont magnifiquement représentés.
Bref, nous sommes fières d’avoir allié ces deux grands talents pour la toute première fois. Nous espérons, bien sûr, que les occasions de retravailler avec ce même duo se représenteront !

Ruby tête haute, texte d’Irène Cohen-Janca, illustré par Marc Daniau, sorti chez Les éditions des éléphants (2017), chroniqué ici.

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