La mare aux mots
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Martin Page

Deux beaux coups de cœur

Par 25 janvier 2019 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose deux très beaux romans pleins d’espoir et d’émotion : le premier (lu dans le cadre du Blog Tour organisé par Talents Hauts) nous emmène au bord d’une mer devenue source d’angoisse et de dangers, et le second nous entraîne dans le sauvetage d’une maison de retraite pas comme les autres, aux côtés de deux jeunes gens un peu différents.

La dernière marée
d’Aylin Manço
Talents Hauts
15€, 150×220 mm, 224 pages, imprimé en République Tchèque, 2019.
Les nouvelles vies de Flora et Max
de Martin Page et Coline Pierré
L’école des loisirs dans la collection Médium plus
14,50€, 148×218 mm, 251 pages, imprimé en France, 2018.

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Du berger à la bergère : de Martin Page à Éric Pessan

Par 18 juillet 2018 Les invités du mercredi

Cet été encore, on vous propose à nouveau la rubrique du berger à la bergère tous les mercredis. Cette rubrique vous avait tellement plu les deux derniers étés, nous nous devions de la reprendre (il faut dire qu’à nous aussi elle plaît beaucoup) ! Donc tous les mercredis jusqu’à la rentrée, ce sont des auteur·trice·s et des illustrateur·trice·s qui posent trois questions à un·e auteur·trice ou un·e illustrateur·trice de leur choix. Puis c’est à l’interviewé·e d’en poser trois à son tour à son intervieweur·euse d’un jour. Après Rémi Courgeon et Albertine, on continue ces mercredis de l’été avec Martin Page qui a choisi de poser des questions à Éric Pessan !

Martin Page : Tu écris de la littérature générale, jeunesse, du théâtre, un essai (sur Stephen King et l’écriture, je conseille à tout le monde de le lire), tu dessines, tu fais des lectures avec des musiciens sur scène, tu travailles avec des peintres et des photographes, quand je vois tout ce que tu fais, je trouve ça important et inspirant. Est-ce que c’est une volonté de casser des murs entre genres, d’abaisser les frontières ? Comme un geste à la fois politique et esthétique ? Ou c’est juste que tu suis tes envies ? À moins que ce soit une affaire de rencontre ? Est-ce que tu penses que ces différents genres s’enrichissent les uns les autres ? Si oui, alors en quoi ? Est-ce que tu as envie d’aborder d’autres continents ? La BD, le cinéma, la comédie musicale ?
Éric Pessan : Un jour, un lecteur qui connaissait mes livres les plus confidentiels m’a dit que j’avais un homonyme qui écrivait des romans tellement il lui paraissait improbable qu’un auteur qui publie aux éditions du Chemin de Fer ou de l’Attente puisse également publier chez Albin Michel. Lorsque j’étais adolescent, je voulais devenir écrivain. C’était l’écriture qui m’intéressait : les romans, les poèmes, le théâtre. Je ne me posais pas la question du genre du texte. Je lisais tout ce qui me tombait sous la main et j’ignorais totalement le cloisonnement, je ne savais pas que les poètes écrivent la poésie, que les auteurs dramatiques écrivent le théâtre et que les romanciers écrivent les romans (et que souvent, les uns dénigrent les autres). J’ai soif d’écriture. Dans un monde idéal, le genre du texte serait secondaire : on prendrait un livre pour son sujet, parce que l’on aime son auteur, pour la langue dans laquelle il est écrit, et on lirait. Dans un monde idéal, il ne faudrait pas indiquer « roman » ou « récit » ou « poésie » sur la couverture. D’autant plus que les genres sont perméables, ils ont tout à gagner à se mêler. J’ai écrit des romans qui respectent les unités du théâtre classique (temps, lieu, action) tout comme des pièces où les rôles ne sont pas distribués. J’ai écrit des textes qui finissent dans le merveilleux fourre-tout de la poésie parce que des éditeurs m’ont répondu qu’ils n’étaient ni des romans ni du théâtre. J’ai envie d’explorer tous les genres, de tout m’autoriser. Dans la pratique, de très nombreux auteurs décloisonnent. La critique et la théorie avancent plus lentement. Pour le public, l’étiquette « roman » reste le sésame suprême. Je suis un lecteur curieux, je veux être un auteur curieux. Et j’espère bien aller vers d’autres domaines dans les prochaines années : j’ai très envie de science-fiction, de bandes dessinées, d’écrire des paroles de chansons aussi (même si l’exercice est redoutable dans sa concision) et j’espère beaucoup des hasards favorables de futures rencontres, j’ai du mal à partir vers une idée de bande dessinée ou d’album jeunesse sans complice.

Martin Page : Tu as un plan B si tu ne peux plus vivre de ton art, grâce à ton art ? Je te demande ça parce que c’est une question très présente pour moi ces temps-ci. Comment survivre en cas de coups durs ?
Éric Pessan : Je ne sais pas, c’est l’une des trois questions angoissantes (avec celle de la retraite et celle de la maladie : comment je ferai si je ne suis plus en état d’écrire ?). Actuellement, je vis parce que je me déplace beaucoup, parce que j’accepte les rencontres, les ateliers. Cela me permet de subvenir à mes besoins, et – pour éviter tout malentendu – je précise que ce sont des choses que j’aime et que je souhaite faire. J’ai une formation de travailleur social, je me suis ensuite occupé d’une radio associative, les questions de la transmission, de l’émancipation sont importantes. Mon statut d’auteur me donne la possibilité d’être un passeur de culture, et je m’en réjouis. J’imagine que si mes droits d’auteurs diminuaient de façon drastique, j’animerais plus d’ateliers. Depuis quinze ans que je n’ai pas d’autre métier qu’écrivain, je n’ai jamais été imposable. Je l’écris noir sur blanc parce que, régulièrement, je suis confronté au mépris de ceux qui pensent que publier des livres rend riche et totalement déconnecté du réel.
En ce moment précis (avril 2018), les grèves de la SNCF m’ont obligé à prendre ma voiture pour tenir mes engagements (et de rouler 5 ou 6 heures parfois pour aller à une rencontre), je me heurte là aux limites de mon statut : les raisons de la grogne des cheminots sont tout à fait légitimes, mais je ne peux pas me permettre d’annuler mes ateliers, alors je roule et je suis littéralement épuisé (je précise qu’allant dans des coins très reculés et partant pour plusieurs jours en passant de ville en ville, aucune autre solution que le train n’est satisfaisante). J’avance sans trop regarder vers le sol, c’est le syndrome du funambule : je suis à la merci du moindre accident, et j’avoue ne pas vouloir y penser.

Martin Page : Est-ce que pour toi la relation avec un éditeur est importante ? Est-ce que tu es attaché à certains éditeurs au point de les considérer comme des sortes de Nigel Godrich (producteur de Radiohead) ou des George Martin ?
Éric Pessan : Je viens de vérifier, j’ai publié chez 29 éditeurs (sans compter les livres collectifs), mon record étant l’École des loisirs (huit livres !), j’ai connu des éditeurs géniaux, des éditeurs absents, des éditeurs sadisants, des éditeurs négligents, des éditeurs dont le regard m’a fait faire de grands bonds en avant, des éditeurs d’une culture incroyable (des Brian Eno, pour filer la métaphore) comme d’autres vulgaires et violents (des Phil Spector, donc). Certains de mes éditeurs sont maintenant des amis. Lorsque je voulais devenir écrivain, je ne m’imaginais pas une bibliographie aussi frivole, j’avais des images/mirages en tête : un rapport intellectuel privilégié avec une personne, rapport installé dans la durée et la confiance. Je n’ai pas trouvé cette personne, sans doute parce que ce modèle-là d’éditeur appartient pour grande partie au passé. Sans doute aussi en raison de la diversité des genres auxquels je m’essaie. Pour être sincère, lorsque j’avais 25 ans, j’ai rêvé d’être édité par Paul Otchakovsky-Laurens, parce qu’il publiait des textes très différents dans lesquels je reconnaissais une parenté de préoccupations, et parce que P.O.L. accueillait des romans, des poèmes et du théâtre sans trop se poser la question des genres ni des esthétiques. Cette rencontre-là n’a jamais eu lieu, à plusieurs reprises mes textes ont été refusés, et j’ai continué à grandir en lisant les livres publiés par cet homme. Pour un auteur, le regard d’un éditeur est précieux : j’attends qu’un éditeur valide mon texte (c’est la publication qui me donne une légitimité), j’attends aussi qu’il m’en montre les angles morts et les passages perfectibles. Cela m’est arrivé de modifier en profondeur un texte lorsque j’ai pu en parler avec mon éditeur en toute confiance. Il est aussi arrivé de ne pas accepter un refus et de changer de maison. Le plus triste, en définitive, c’est lorsque la relation à l’éditeur se borne à la négociation interminable d’un contrat, d’une avance et d’un pourcentage sur les ventes (ou aux réclamations suite à des droits non-payés).

Éric Pessan : Souvent, lorsque je rencontre des jeunes gens, ils me posent la question du message que je veux faire passer dans mes livres et je passe pas mal de temps à leur expliquer que je n’écris pas des romans pour faire passer des messages, mais que l’on retrouve mes valeurs dans mes ouvrages. Dans ton livre Les animaux ne sont pas comestibles tu racontes comment tu es engagé dans une éthique de vie autour du véganisme, je te pense proche également de notions comme celle de la décroissance, je voudrais savoir si (et comment) cela modifie ton écriture ?
Martin Page : Ça modifie mon écriture d’abord parce que ça me modifie comme être humain. Pendant la majeure partie de ma vie j’ai mangé des animaux et ça me paraît fou et terrible aujourd’hui. Je n’avais pas vu les animaux, je n’avais pas vu qu’ils avaient des émotions, des sentiments, une conscience, qu’ils nouaient des liens entre eux et des attachements. Et donc ça m’incite à penser qu’il y a des choses que je ne vois pas aujourd’hui, des êtres, des souffrances. Ça m’oblige à la modestie. Plus directement le véganisme élargit ma vision du monde, mon but est de faire grandir ma rétine. Ça me rappelle aussi que tout livre est politique et que la manière dont on décrit un homme, une femme, un animal, dit quelque chose de profondément politique, ce sont des représentations qui montrent que je suis construit par la société, mais que je participe aussi à cette construction. Il importe donc de se délivrer d’idées toutes faites qui soutiennent une société d’une violence d’autant plus terrible qu’elle est rendue socialement invisible. L’art est un vecteur important de changement des représentations, c’est pour ça que je chéris cette époque où on peut trouver des livres avec des parents homosexuels, des ados trans, des animaux qui ne sont pas des choses, des féministes. Il ne s’agit pas de faire un art de propagande, avec seulement des personnages positifs qui partageraient mes vues, je veux un art sauvage et plein de personnages forts, mais d’affirmer qu’esthétique et éthique sont sœurs siamoises, et de proposer autre chose que ce que la société veut bien nous servir. D’élargir ce qu’on nous donne pour réel.

Éric Pessan : L’écrivain américain Howard A. Norman qui a vécu dans les années 70 parmi les Indiens Cree pour collecter leurs poésies et leurs traditions orales raconte dans son ouvrage L’os à vœux qu’un jour, au beau milieu d’une clairière enneigée, il voit un spectacle terrible : des dizaines de corbeaux gisent dans leur sang sans qu’aucune trace de prédateur ne soit visible dans la neige. Il est accompagné de deux Indiens, ils sont au nord du Canada, dans la région de Manitoba. Il demande à ses guides s’ils comprennent ce qui s’est passé. L’un d’eux finit par répondre : « Une histoire passera par-là, elle trouvera ces corbeaux et plus tard elle nous racontera ce qui leur est vraiment arrivé. » Penses-tu qu’il y aurait là une métaphore de l’art de l’écrivain : piocher des éléments incompréhensibles du monde pour leur donner du sens au travers d’une histoire (d’un roman, d’une nouvelle) ?
Martin Page : Je crois que le monde est très compréhensible. C’est peut-être sa clarté qui aveugle. Elle nous est insupportable. La question animale en est un exemple. Quand je discute avec n’importe qui, on s’accorde pour dire que tuer un veau de quelques semaines ça ne va pas, je montre une vidéo et c’est juste insupportable. On le sait. Mais changer nous demanderait trop d’efforts, trop de remise en question, trop de contestation de l’ordre établi.
Le monde est limpide. Le réchauffement climatique est là, il faudrait interdire la viande, les voyages en avion, le plastique, développer les transports en commun, répartir les richesses. Mais qui veut voir ? Des millions de gens vont mourir, mais pas chez nous, ça sera en Afrique, alors on ne fait rien ? Le monde est limpide, bon sang.
En tant qu’écrivain, ce qui compte le plus pour moi, c’est le plaisir. Si j’ai été lecteur, c’est parce que dans une vie pas toujours joyeuse, les livres étaient là, ils me donnaient du plaisir et de l’énergie, ils étaient mes amis. Et j’ai toujours cette idée en tête : je veux que mes livres comptent dans la vie des lecteurs, qu’ils y soient attachés comme à des amis. Parce que le monde est froid et dur, les livres réchauffent, fournissent des armes et des ruses, de nouvelles manières d’êtres, ils poussent à l’invention dans nos vies personnelles. Parce que je suis devenu écrivain pour ça : pour me sauver, c’était juste une ruse existentielle, j’étais bizarre, différent, et je crois que l’art a été inventé pour ça, pour les freaks, pour nous sauver, c’est notre soucoupe volante. Alors forcément il y a plein d’artistes qui sont des notables et très bien intégrés, ce sont des chefs de service. Ils ont récupéré le truc, comme certains musiciens ont volé le blues aux Afro-Américains pour faire de la soupe commerciale. La déprime, non ? Mais on s’en moque. Nous avons notre soucoupe volante et nous éclatons de rire.

Éric Pessan : Écrire des livres ne permet pas à un auteur de vivre décemment (sauf succès inattendu et imprévisible). Il existe un véritable fossé entre la représentation de l’écrivain et sa réalité économique. Dans ce monde où le modèle dominant voudrait que les écrivains proposent des produits pensés pour générer des profits sur un secteur à forte concurrence que faudrait-il pour permettre aux auteurs de mieux vivre ? Des aides ? Une sorte d’intermittence ? De plus grandes facilités pour intervenir dans les domaines éducatifs ou culturels ?
Martin Page : Il faudrait tout ça et plus encore. Une meilleure répartition des richesses, une meilleure protection juridique des auteurs.
Les bibliothèques devraient être des lieux d’accueil pour écrivains, chacune devrait avoir un écrivain en résidence (où il pourrait être accueilli avec sa famille ou seul). Même chose pour les facs de Lettres, les écrivains vivants devraient être au centre, y donner des cours de creative writing, ça devrait être une des bases de la fac. C’est symptomatique, ces facs qui n’ouvrent pas grandes leurs portes aux auteurs : ce sont des morgues. Je n’en reviens pas, mais des professeurs en fac de lettres ne connaissent pas la littérature contemporaine (à part certains auteurs reconnus, avalisés, chics, ne parlons pas de leur méconnaissance de la géniale littérature jeunesse), ils n’en lisent pas. Le fétichisme des auteurs morts est une tragédie qui contribue à flinguer les auteurs vivants. Un truc que j’ai découvert en devenant écrivain est que le monde littéraire est classiste, raciste, sexiste, je veux dire, c’est un milieu comme un autre, extrêmement violent et qui profite aux plus favorisés, et c’est triste, j’ai découvert bien sûr l’influence des réseaux et un mépris pour certaines maisons d’édition, pour certains genres (en premier lieu la jeunesse, reflet du mépris qu’éprouve ce pays à propos des enfants et des adolescents).
Enfin, notre condition n’est pas différente de celle des autres précaires, la logique voudrait que nous luttions avec nos potes qui sont serveurs, travaillent dans des centres d’appel, sont vacataires, etc. Donc oui, un statut d’intermittent, mais pour tout le monde, en fait. Plus généralement, nous avons besoin d’une société juste. Car à quoi bon avoir un super statut pour les auteurs dans une société qui maltraite les plus fragiles ? D’ailleurs, je trouve qu’en tant qu’écrivains jeunesse nous devrions collectivement prendre position contre les châtiments corporels à l’égard des enfants, qui sont toujours légaux. Je veux bien que nous nous battions pour nos droits et notre survie, mais battons-nous aussi pour ceux qui sont nos lecteurs et qui souffrent de la première des oppressions : les enfants et les adolescents.

Bibliographie jeunesse d’Éric Pessan :

  • Les étrangers, roman co-écrit avec Olivier de Solminihac, L’école des loisirs (2018).
  • Dans la forêt de Hokkaïdo, roman, L’école des Loisirs (2017).
  • Pebbleboy, théâtre, L’école des loisirs (2017).
  • La plus grande peur de ma vie, roman, L’école des loisirs (2016).
  • Aussi loin que possible, roman, roman, L’école des Loisirs (2015).
  • Cache-cache, théâtre, L’école des loisirs (2015).
  • Et les lumières dansaient dans le ciel, roman, L’école des Loisirs (2014).
  • Plus haut que les oiseaux, roman, L’école des loisirs (2012).
  • Quelque chose de merveilleux et d’effrayant, album illustré par Quentin Bertoux, Thierry Magnier (2012).

Bibliographie jeunesse sélective de Martin Page :

  • Les Nouvelles Vies de Flora et Max, roman coécrit avec Coline Pierré, l’école des loisirs (à sortir en novembre).
  • La première fois que j’ai (un peu) changé le monde, roman, PlayBac (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • La recette des parents, album illustré par Quentin Faucompré, Rouergue (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La folle rencontre de Flora et Max, roman coécrit avec Coline Pierré, l’école des loisirs (2016).
  • Le zoo des légumes, roman illustré par Sandrine Bonini, l’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Plus tard, je serai moi, roman, Rouergue (2013).
  • La bataille contre mon lit, album illustré par Sandrine Bonini, Le Baron Perché (2011).
  • Le club des inadaptés, roman, l’école des loisirs (2010).
  • Traité sur les dragons pour faire apparaître les miroirs, roman, l’école des loisirs (2009).
  • Je suis un tremblement de terre, roman, l’école des loisirs (2009).
  • Conversation avec un gâteau au chocolat, roman illustré par Aude Picault, l’école des loisirs (2009).
  • Juke-box, roman, collectif, l’école des loisirs (2007).
  • Le garçon de toutes les couleurs, roman, l’école des loisirs (2007).

Retrouvez Martin Page sur son site : http://www.martin-page.fr.

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Héros de romans

Par 12 mars 2018 Livres Jeunesse

Aujourd’hui six romans qui ont des garçons pour héros. Des garçons fragiles ou combatifs, qui vivent des choses dures chez eux ou encore habitent sur l’Île imaginaire.

Mathieu Hidalf – Le génie de la bétise
de Christophe Mauri
Gallimard Jeunesse dans la série Mathieu Hidalf
12,50 €, 140×205 mm, 224 pages, imprimé en Italie chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
Qui suis-je ?
de Thomas Gornet
Rouergue dans la collection doado
9,20 €, 140×205 mm, 80 pages, imprimé en France, 2018.
Mentir aux étoiles
d’Alexandre Chardin
Casterman
11,90 €, 145×210 mm, 192 pages, imprimé en Espagne, 2018.
La première fois que j’ai (un peu) changé le monde
de Martin Page
PlayBac dans la collection La première fois
9,95 €, 140×206 mm, 113 pages, imprimé en Bosnie-Herzégovine chez un imprimeur éco-responsable, 2018.
Les tarines au kétcheupe
de Marie-Sabine Roger
Rouergue dans la collection doado
9 €, 140×190 mm, 96 pages, imprimé en France, 2017.
Les saisons de Peter Pan
Texte de Christophe Mauri, illustré par Gwendal Le Bec
Gallimard jeunesse
14 €, 140×205 mm, 160 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2018.

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Les invité·e·s du mercredi : Marianne Zuzula et Martin Page

Par 7 février 2018 Les invités du mercredi

C’est une éditrice dont on aime l’engagement que l’on reçoit aujourd’hui, Marianne Zuzula des très bonnes éditions La ville brûle. Puis on a proposé à l’auteur Martin Page de nous livrer ses coup de cœur et coup de gueule. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Marianne Zuzula

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Je viens de l’édition scolaire, je travaille sur des manuels scolaires et parascolaires de SES et histoire-géo (et à la différence de pas mal de monde, j’adore ça !).

Et donc en 2009, vous créez La ville brûle, pourquoi avoir créé cette maison d’édition ?
Raphaël Tomas (qui vient lui aussi du scolaire, il est éditeur scientifique) et moi avons eu envie de faire des livres qui, tout en se situant aussi dans une démarche de transmission des savoirs, prennent parti, sont plus engagés, moins neutres. Nous avions aussi envie de mener des projets éditoriaux de bout en bout, d’être seuls maîtres à bord !

Pourquoi ce nom « La ville brûle »
Alors… on a eu beaucoup de mal à trouver un nom pour cette maison d’édition, quelle galère !!!! Et moi, j’avais vu et adoré, quand j’étais au lycée, Prénom Carmen de Godard, et j’avais été notamment complètement subjuguée par la dernière réplique du film. J’ai revu le film et noté cette phase sur un petit bout de papier, puis j’ai fait des recherches pour voir d’où ça venait, je sentais que cette phrase avait un statut différent dans le film, que c’était peut-être une citation, mais ce n’était pas évident… Donc j’ai fait des recherches (et là je parle de faire des recherches en 1983, hein, avant Internet, avant Google, avant YouTube, je vous jure que ce n’était pas une mince affaire…) et j’ai découvert que c’était la phrase finale de Electre, de Giraudoux.
Voici la citation en question : Comment cela s’appelle-t-il quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et que tout est perdu, que la ville brûle, que les innocents s’entretuent, mais que les coupables agonisent, dans un coin du jour qui se lève ?? […] Cela s’appelle l’aurore. (Jean Giraudoux, Électre, 1937.)
Cette phrase, finalement j’y suis revenue quand il a fallu baptiser notre maison d’édition, et j’ai réussi à convaincre Raphaël de ce qui n’était pas la meilleure idée du monde : ça fait un peu autonome prêt à tout faire péter, et ça nous place sous le patronage d’un auteur pas très progressiste (euphémisme, Giraudoux était carrément collabo !), mais bon ça laisse aussi transparaître une forme d’urgence, et cette urgence à se remettre à penser collectivement, elle est bien réelle !

Quelle est votre ligne éditoriale ?
Elle est la même en jeunesse et pour les adultes : nous faisons pas (ou peu) de littérature, et nous publions des essais, des livres qui prennent parti, qui affirment un point de vue, et qui visent à susciter le débat. Nos livres jeunesse (enfants et ados) sont ceux qui fonctionnent le mieux, et c’est rassurant pour l’avenir !

Qui compose l’équipe ?
Nous sommes deux, Raphaël Tomas et moi. Chacun de nous suit ses propres ouvrages du 1er contact avec les auteur·es aux relations presse et librairies quand le livre est achevé (les sciences pour Raphaël, les SHS et la jeunesse pour moi). Sinon, Raphaël suit plus particulièrement la fabrication, et moi la partie administrative et comptable.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Ma mère était une grande fan de Christian Bruel et de la collection Le sourire qui mord, on les avait tous et je les adorais, donc c’est vraiment les livres dont je me souviens le plus, ceux qui m’ont construite… Et mon livre fétiche parmi eux, c’est L’Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon, j’ai vraiment grandi avec, je le connais par cœur… J’aimais aussi beaucoup Ce que mangent les maîtresses, et les livres d’Agnès Rosenstiehl aux éditions des femmes J’adorais Les Filles et surtout De la coiffure, ce livre me fascinait… Un autre souvenir marquant, c’est un livre jeunesse de Françoise Mallet-Joris, qui s’appelle Les feuilles mortes d’un bel été, et qui racontait l’histoire d’enfants cruels, qui faisaient du mal aux animaux et osaient se réjouir de la mort (de leur grand-mère ? ou du jardiner de celle-ci ? je ne sais plus, mais je me souviens que j’aimais être un peu scandalisée par ces héros cyniques et fascinants, et je revois encore les illustrations de ce livre avec beaucoup de précision…). Et je me souviens du premier essai que j’ai lu, c’était Du côté des petites filles, j’étais au collège, et c’était une vraie révélation : des livres qui ne racontent pas d’histoires peuvent être passionnants !

Quelques mots sur les prochains ouvrages jeunesse que vous allez sortir ?
Nous publierons deux chouettes albums au printemps, ils sont presque finis, et j’ai hâte de les voir arriver en librairies !
Le premier s’appelle Grotoni à tout prix. C’est notre premier album jeunesse qui raconte une histoire. Il est écrit et illustré par Benoît Préteseille, un dessinateur que j’adore et qui fait surtout de la BD (il collabore également au journal Biscoto). Le livre parle des produits dérivés, du merchandising, de la surconsommation. En fait on voulait faire un livre sur ces questions depuis pas mal de temps, dans notre collection d’albums-essais, qui aborde les sujets de façon très directe, sans la médiation de la fiction. On a essayé avec plusieurs auteurs et ça ne fonctionnait pas du tout ! C’était hyper donneur de leçons, culpabilisant et limite anxiogène, et grosso modo ça revenait à dire aux enfants qu’ils étaient des gros nuls de vouloir un sac à dos des Minions ou des Legos Star Wars, ou bien que leurs parents étaient des gros nuls de leur acheter ça. Bref, ça ne marchait pas ! Heureusement, Benoit est arrivé, tel Zorro, avec son Grotoni, et là ça fonctionne très très bien, vous verrez… (et moi qui clame partout haut et fort qu’on n’a pas besoin de la fiction, que tous les thèmes peuvent être abordés très frontalement, comme des essais, y compris avec les enfants, et bien j’ai mangé mon chapeau !).
Le deuxième, s’appelle On n’est pas au centre du monde, et c’est un essai jeunesse qui va paraître dans la collection Jamais trop tôt. L’auteur des textes, Jean-Loïc Le Quellec est anthropologue, et il est illustré (superbement !) par Claire Cantais. C’est un livre qui parle de culture, de transmission, du fait qu’il n’y a pas de culture supérieure aux autres ni de culture « normale », qu’il y a différentes façons de voir le monde, de dire le monde, et qu’aucune n’est supérieure aux autres. Bref, un manifeste anti-ethnocentrisme et un véritable premier manuel d’anthropologie accessible dès 3-4 ans.

Bibliographie (jeunesse) sélective de La ville Brûle :

  • Les règles… quelle aventure !, d’Élise Thiébaut et Mirion Malle (2017).
  • Ici, de Gaëtan Dorémus (2017).
  • Antigone, de Yann Liotard et Marie-Claire Redon (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • L’Homme est-il un animal comme les autres, de Jean-Baptiste de Panafieu et Étienne Lécroart (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Osons la politique !, de Caroline De Haas et Camille Besse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Blanche Neige ou la chute du Mur de Berlin, de Métilde Weyergans et Samuel Hercule (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • On n’est pas des moutons, de Claire Cantais et Yann Fastier (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • On n’est pas si différents, de Sandra Kollender et Claire Cantais (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon super cahier d’activités antisexiste, Claire Cantais (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Le choix, de Désirée et Alain Frappier (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • De baraque en baraque, de Cendrine Bonami-Redler (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Pourquoi les riches sont-ils de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres ?, de Monique Pinçon-Charlot, Michel Pinçon et Étienne Lécroart (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • On n’est pas des super héros, de Delphine Beauvois et Claire Cantais (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • On n’est pas des poupées, de Delphine Beauvois et Claire Cantais (2013), que nous avons chroniqué ici.

Le site de La ville brûle : https://www.lavillebrule.com.


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Martin Page

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur·trice, illustrateur·trice, éditeur·trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché·e, ému·e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il·elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé·e. Cette semaine, c’est Martin Page qui nous livre son coup de cœur et son coup de gueule.

Coup de cœur.
Mon coup de cœur d’écrivain de littérature jeunesse va aux adultes qui ont fait le choix de travailler pour et avec les enfants. Je peux être assez critique à l’égard de l’éducation nationale et du monde de l’édition, mais j’ai la preuve tous les jours que dans ces milieux souvent hostiles, des adultes considèrent les enfants sans paternalisme ni condescendance. Ils sont leurs alliés et ils se donnent, entre autres, pour mission de favoriser leur rencontre avec des livres originaux.
Donc gros coup de cœur pour ceux qui sont du côté des enfants et des adolescents, et qui voient en eux les êtres passionnants et profonds qu’ils sont.

Mon coup de gueule.
Je crois qu’il faut être juste et cohérent : si on écrit pour les enfants, alors la moindre des choses c’est de les écouter, de les défendre, de se battre pour qu’ils soient traités comme des individus libres. Malheureusement je trouve que c’est rarement le cas.
Par exemple, nous sommes à une époque et dans un pays où les châtiments corporels sont encore la règle, c’est-à-dire que des enfants sont frappés dans le cadre de leur famille. Frappés. Aujourd’hui, il y a réprobation sociale si un homme frappe une femme. Mais pas si un parent frappe son enfant. Pourquoi ? Et pourquoi les autrices et auteurs jeunesse se taisent sur ce sujet ? Pourquoi ne pas prendre la parole collectivement pour défendre les enfants qui reçoivent fessées et gifles ?
Deuxième chose. Des enfants auront tout et d’autres rien. Là encore, silence sidérant de ceux qui consacrent leur vie aux enfants.
Cet hiver des enfants ont froid. Ils ont froid parce que leurs parents n’ont pas les moyens de payer le chauffage. Des enfants vont mal manger. Des enfants ne vont pas avoir accès à des villes dotées d’équipements culturels. Des enfants seront logés dans des appartements insalubres.
Et qu’est-ce que nous disons en tant qu’écrivains et écrivaines jeunesse ? Pourquoi ne prenons-nous pas position publiquement pour défendre celles et ceux qui nous lisent et sans qui nous ne ferions pas ce métier ? Sommes-nous vraiment attachés à eux, les respectons-nous vraiment si nous nous taisons alors qu’ils souffrent ?
Notre passivité à l’égard du mépris et de l’oppression subies par les enfants et les adolescents me révolte. Bien sûr nous parlons de sujets graves dans nos livres et nous aidons des enfants et des adolescents. Je crois que certains d’entre nous leur donnons des armes ou des moyens de s’en forger eux-mêmes. C’est bien. Mais ça ne suffit pas. J’aimerais que nous nous engagions davantage.
Ce n’est pas simple. Ça veut dire nous faire remarquer. Ça veut dire nous opposer. Ça demande du courage. Et je sais bien : il est très difficile de porter socialement une voix critique. Le contrôle social est là, la censure et la réprobation.
Mais est-ce que défendre les enfants ne devrait pas être le minimum pour des gens qui écrivent et dessinent pour eux ?

Martin Page est auteur.

Bibliographie (jeunesse) :

  • La recette des parents, album illustré par Quentin Faucompré, Rouergue (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La folle rencontre de Flora et Max, roman coécrit avec Coline Pierré, l’école des loisirs (2016).
  • Le zoo des légumes, roman illustré par Sandrine Bonini, l’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Plus tard, je serai moi, roman, Rouergue (2013).
  • La bataille contre mon lit, album illustré par Sandrine Bonini, Le Baron Perché (2011).
  • Le club des inadaptés, roman, l’école des loisirs (2010).
  • Traité sur les dragons pour faire apparaître les miroirs, roman, l’école des loisirs (2009).
  • Je suis un tremblement de terre, roman, l’école des loisirs (2009).
  • Conversation avec un gâteau au chocolat, roman illustré par Aude Picault, l’école des loisirs (2009).
  • Juke-box, roman, collectif, l’école des loisirs (2007).
  • Le garçon de toutes les couleurs, roman, l’école des loisirs (2007).

Retrouvez Martin Page sur son site : http://www.martin-page.fr.

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Les invité.e.s du mercredi : Anne-Isabelle Le Touzé et Martin Page

Par 12 avril 2017 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, c’est avec Anne-Isabelle Le Touzé que nous avons rendez-vous. Avec elle nous revenons sur son actualité et sur son parcours. Ensuite, je vous propose de partir en vacances avec un grand nom de la littérature, Martin Page. Nous vous souhaitons un bon mercredi !


L’interview du mercredi : Anne-Isabelle Le Touzé

Pouvez-vous nous présenter Je veux voir le directeur, l’album plein d’humour que vous venez de sortir aux éditions Clochette ?
Je veux voir le directeur a été écrit au départ pour mon amie Christine Davenier à qui j’avais depuis longtemps envie de proposer un texte.
Nous avions déjà plusieurs fois évoqué l’idée de travailler ensemble, et j’avais envie (exercice que je n’ai encore jamais pratiqué : écrire un texte pour un autre illustrateur) qu’elle pose sur mon texte ses dessins enlevés, tendres et pleins d’humour.
Comme je suis connectée à ma radio du matin au soir, je me suis mise à réfléchir à une histoire d’actualité, et plus précisément sur… des élections ! Et j’ai inventé ce cochon, nouvel arrivant dans une ferme et qui, apprenant qu’il n’y a pas de directeur, décide de se présenter pour le poste. Bien sûr d’autres animaux vont se mettre également en lice et il y aura une mini campagne électorale à l’issue de laquelle ce nouveau directeur sera élu… non sans mal !

Quasiment au même moment vous sortez Monsieur Émile et petit Tom chez Pastel.
Cette histoire de Monsieur Émile et petit Tom, je l’ai créé il y a des années. Je dirais même qu’elle me vient du temps où j’étais moi même enfant (il y a presque cent ans !). J’adorais inventer des histoires un peu magiques avec des personnages fantaisistes…
Petit Tom a ainsi évolué, mais se confrontant toujours à une situation concrète (faire un dessin) qui dégénère. Ce qui est amusant c’est que la première réaction des enfants est une interrogation : Petit Tom, c’est un garçon ou une fille ? (il s’appelle Tom mais il a une robe), puis ils se laissent prendre par l’histoire de ces crayons magiques.

Comment naissent vos histoires ?
Je suis incapable de vous dire précisément comment naissent mes histoires. Certaines, comme Pips s’imposent d’elles-mêmes (l’histoire d’un petit oiseau qui ne peut pas dormir car ses parents l’en empêchent en l’appelant, se disputant… et à l’époque ma fille me réveillait toutes les nuits).
Je peux être interpellée par des événements extérieurs (mon histoire d’élection)… et de plus en plus je commence par le dessin, gribouille des personnages, les fais évoluer…
En fait j’ai dix mille histoires sous le coude, non éditées, et parfois je vais également remettre le nez dedans (comme pour Monsieur Émile et Petit Tom).

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
J’utilise beaucoup de techniques différentes. Lorsque j’ai débuté dans l’illustration jeunesse, je vivais entre la France et l’Allemagne. Pour la France je travaillais à l’aquarelle, encres et encre de Chine, et pour l’Allemagne, au pastel gras. Puis au bout d’une dizaine d’années, j’ai eu envie d’essayer de nouvelles choses. J’ai des albums à l’acrylique, au crayon de couleur, avec des collages, faits sur ordinateur, à la gouache… et des mélanges de tout ça !
Je fais des albums très simples graphiquement (Monsieur Émile et Petit Tom) et d’autres comme Est-ce que la maîtresse dort à l’école qui m’a pris beaucoup de temps car je voulais travailler chaque image presque comme des petits tableaux (avec un mélange de gouaches et crayons).

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
J’ai toujours aimé écrire et dessiner (j’ai entamé, enfant, quantité de romans) et après le bac je suis rentrée aux Beaux Arts de Rennes. J’y ai rencontré Andrée Prigent (et nous sommes restées grandes amies) et c’est grâce à elle que je me suis lancée dans l’édition jeunesse. Elle a commencé un peu avant moi, et c’est elle qui m’a poussée à prospecter auprès des éditeurs (à l’époque je ne savais pas trop ce que j’avais envie de faire).
J’ai eu la chance de faire très vite mon premier album chez Didier jeunesse avec qui j’ai réalisé plusieurs livres. Puis je suis partie vivre en Allemagne, et j’ai beaucoup travaillé pour une maison d’édition, Coppenrath verlag. Ce qui est marrant c’est que lorsque je dessinais pour les Allemands, ils me reprochaient souvent un travail trop « français » (?). Et lorsque je retrouvais mes éditeurs français, ils me demandaient de me lâcher plus… C’est anecdotique, mais je me rends compte que j’ai mis du temps à trouver vraiment mon style, ayant toujours peur d’en faire trop ou pas assez !

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Si vous me lancez sur mes lectures, on n’a pas fini !!! J’ai toujours ADORÉ lire, c’était pour moi une nécessité (ça l’est toujours, et je ne peux toujours pas m’endormir sans avoir lu quelques pages. Me retrouver sans livre par ex dans un hôtel lors d’un salon… c’est une catastrophe ! Je me souviens d’une anecdote avec Amélie Sarn, autre grande lectrice : sur un salon nous avions toutes deux oublié d’emporter un livre. Nous avons été demander à la réception si un client n’avait pas oublié un roman quelconque. Et, oui, il y en avait un ! Mais un seul… Du coup on a tiré au sort, et je me souviens que j’ai gagné. J’ai donc emporté le livre tandis qu’Amélie piquait tous les magazines disponibles qui traînaient sur une table !)
Mais pour en revenir à mes lectures, j’avais la chance d’avoir une famille très tournée vers les livres et chez mes grands-parents paternels comme chez ma grand-mère maternelle il y avait une importante bibliothèque. Toute petite j’ai lu tous les albums du Père castor, puis plus grande je me suis plongée dans les Comtesse de Ségur (la magnifique première bibliothèque rose, avec des gravures qui m’ont faite rêver). Mais j’avais également des Club des cinq, les Fantômette, Bennett et Mortimer (qui me font toujours hurler de rire). Puis j’ai découvert la fabuleuse bibliothèque internationale, chez Nathan, avec les Moumines (probablement le n° 1 du top 50 de mes lectures favorites), et des tas d’autres titres venant du monde entier. J’ai également dévoré les Okapi auxquels j’étais abonnée, mais aussi les Semaines de Suzette que ma mère a conservés.
Adolescente j’ai continué à lire beaucoup, tout ce qui me tombait sous la main. J’alternais -et toujours maintenant- des classiques avec des romans plus actuels. Comme j’aime les romans d’épouvante, j’ai commencé à lire Stephen King (je crois les avoir tous !). Puis j’ai découvert Bilbo le Hobbit et Le Seigneur des anneaux que j’ai dû lire 20 fois !

Quels sont vos projets ?
Ce troisième trimestre va être bien rempli car je vais beaucoup me déplacer sur des salons.
Et entre deux salons je travaillerai sur différentes choses, des albums en duo avec mon amie Elsa Devernois, mais aussi une compilation de proverbes chinois très amusants que j’aimerais proposer à des éditeurs (j’ai une sœur qui parle et écrit le chinois et qui m’a envoyé une liste savoureuse de citations). Et puis retravailler des projets, et pour l’instant je vais vers des albums destinés plutôt aux plus petits.

Bibliographie (sélective) :

  • Je veux voir le directeur !, texte et illustrations, Éditions Clochette (2017).
  • Monsieur Émile et petit Tom, texte et illustrations, l’école des loisirs (2017).
  • Surprise !, texte et illustrations, Les p’tits bérets (2016).
  • Est-ce que la maîtresse dort à l’école ?, illustration d’un texte de Carole Fives, l’école des loisirs (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Timoléon, illustration d’un texte de Steve Waring, Les éditions des Braques (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Le roi-lapin, illustration d’un texte de Nadine Brun-Cosme, l’école des loisirs (2011).
  • Les vaches de Noël, texte et illustrations, Didier Jeunesse (2009).
  • Tous sauf un, illustration d’un texte de Nadine Brun-Cosme, Points de suspension (2009), que nous avons chroniqué ici.
  • Antoine déménage, texte et illustrations, l’école des loisirs (2007).

Retrouvez Anne-Isabelle Le Touzé sur son site : http://minisites-charte.fr/sites/anne-isabelle-le-touze.


En vacances avec… Martin Page

Régulièrement, je pars en vacances avec un.e artiste (je sais vous m’enviez). Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la.le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet.te artiste va donc profiter de ce voyage pour me faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle.il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… 5 de chaque ! 5 albums jeunesse, 5 romans, 5 DVD, 5 CD, sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il.elle veut me présenter et c’est elle.lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Martin Page que je pars ! Allez en route !

5 albums jeunesse :

  • La plage magique, Crockett Johnson
  • Halte, on ne passe pas, Isabel Minhos Martins/Bernardo Carvalho
  • Le petit Nicolas, Sempé-Gosciny
  • A rule is to break, A Child’s Guide to Anarchy, Jana Christy et John Seven
  • Les musiciens de Brême, par les frères Grimm

5 romans :

  • David Goodis : Retour à la vie
  • Paul Nizan : Aden Arabie
  • Carson Mc Cullers : Frankie Adams
  • Boris Vian : Un automne à Pékin
  • Italo Calvino : Le Baron Perché

5 BD :

  • Insolente Veggie, Rosa B
  • Drinking at the movie, Julia Wertz
  • Approximativement, Lewis Trondheim
  • Nausicaä, Miyazaki
  • I Kill Giants, Joe Kelly and J.M. Ken Niimura

5 DVD :

  • His girl friday, Howard Hawks
  • Harold et Maud, Hal Ashby
  • Kissed, Lynne Stopkewich
  • Papa est parti en voyage d’affaires, Émir Kusturica
  • Journal intime, Nanni Moretti

5 CD :

  • OP8, Slush
  • Brel, Les Marquises
  • Marvin Gaye, What’s going on
  • Cartola, Cartola
  • Pulp, This is hardcore
  • Ô Paon, Fleuve
  • Mount Eerie, A crow look at me

5 artistes

  • Manon de Lastens
  • Sunaura Taylor
  • Ana Mendieta
  • Lavinia Fontana
  • Artemisia Gentileschi
  • Mon père (artiste secret)

5 lieux

  • Mon jardin
  • L’idée que je me fais du paradis
  • Là où est posé mon macbook
  • Mon lit
  • N’importe où avec ma compagne et mon fils (et mes amis)

Martin Page est auteur.

Bibliographie (jeunesse) :

  • La recette des parents, album illustré par Quentin Faucompré, Rouergue (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La folle rencontre de Flora et Max, roman coécrit avec Coline Pierré, l’école des loisirs (2016).
  • Le zoo des légumes, roman illustré par Sandrine Bonini, l’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Plus tard, je serai moi, roman, Rouergue (2013).
  • La bataille contre mon lit, album illustré par Sandrine Bonini, Le Baron Perché (2011).
  • Le club des inadaptés, roman, l’école des loisirs (2010).
  • Traité sur les dragons pour faire apparaître les miroirs, roman, l’école des loisirs (2009).
  • Je suis un tremblement de terre, roman, l’école des loisirs (2009).
  • Conversation avec un gâteau au chocolat, roman illustré par Aude Picault, l’école des loisirs (2009).
  • Juke-box, roman, collectif, l’école des loisirs (2007).
  • Le garçon de toutes les couleurs, roman, l’école des loisirs (2007).

Retrouvez Martin Page sur son site : http://www.martin-page.fr (et ne manquez surtout pas son dernier livre adulte, Les animaux ne sont pas comestibles).

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