La mare aux mots
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Martine Delerm

De l’émotion

Par 10 novembre 2017 Cinéma et DVD, Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose de partager avec vous des émotions, puis on parlera du dernier Wallace et Gromit qui vient de sortir en salle.

Un jour…
d’Elsa Hieramente
Éditions Cépages
13 €, 255×195 mm, 32 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
Les petites émotions
de Martine Delerm
Seuil Jeunesse
13,50 €, 220×220 mm, 40 pages, imprimé au Portugal, 2017.
Virginia Wolf
Texte de Kyo Maclear (traduit par Fanny Britt), illustré par Isabelle Arsenault
La Pastèque dans la collection Pamplemousse
13,50 €, 195×254 mm, 36 pages, imprimé en Malaisie, 2012.

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À quoi rêvent les enfants ?

Par 19 juin 2017 Livres Jeunesse

Les enfants rêvent de fuir, de s’enfuir, ils aiment profiter de l’avant… mais au fait, c’est quoi un enfant ?

Azadah
de Jacques Goldstyn
La Pastèque
15 €, 172×217 mm, 50 pages, imprimé en Malaisie, 2016.
Le pays d’avant
de Martine Delerm
Seuil Jeunesse
13,50 €, 180×250 mm, 32 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
C’est quoi un enfant ?
de Beatrice Alemagna
Casterman
16,90 €, 242×324 mm, 32 pages, imprimé en Italie, 2017 (première édition 2009).

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Les invité.e.s du mercredi : Madeline Roth et Martine Delerm

Par 2 novembre 2016 Les invités du mercredi

Les romans de Madeline Roth font partie de ceux qui marquent, qui nous bouleversent. J’ai eu envie de parler avec elle de son dernier, Tant que mon cœur bat, et de revenir ensemble sur son parcours. Ensuite, je vous propose de partir en vacances avec Martine Delerm, c’est parti !


L’interview du mercredi : Madeline Roth

Madeline RothQui sont Bastien et Esra, les héros de Tant que mon cœur bat ?
Bastien est un jeune lycéen, en première. Esra est en seconde dans le même lycée que lui. Ils se rencontrent, et Bastien comprend assez vite qu’Esra vit quelque chose de compliqué. Une histoire d’amour qui la dépasse. Bastien est l’ami, le confident. Celui qu’Esra appelle au secours quand elle comprend qu’elle doit sauver sa peau.

Il y a aussi Laura et Cyril…
Laura et Cyril sont les héros du second texte de ce recueil : Et grandir maintenant. Les prénoms sont un clin d’œil au film Les Nuits fauves, qui m’avait bouleversée à sa sortie. Laura rencontre Cyril à quatorze ans, dans une boîte de nuit. Pendant des années, Laura va aimer Cyril, pour le peu qu’il lui donne : se voir et faire l’amour. Le texte s’ouvre des années plus tard, lorsque Laura a vingt-trois ans. Se déroule alors leur parole à tous les deux.

Tant que mon coeur batQuel est le point commun entre ces deux histoires, pourquoi les avoir réunies ?
J’ai d’abord envoyé à mon éditrice le premier texte, Elle une marionnette, qui était trop court pour être publié seul. Elle a eu l’intelligence de ne pas me demander d’en faire un récit plus long, mais de le publier avec un autre texte. Raccourcir un texte est toujours possible, mais l’augmenter, c’est une très mauvaise idée je crois.
La deuxième histoire est proche de la première parce qu’Esra et Laura se ressemblent. Elles ont la même envie de vivre, la même soif de grand, d’intense, de fort. Et face à elles deux, des hommes qui en jouent, ou qui ne la comprennent pas.

Le titre de À ma source gardée venait d’une chanson de Pierre Lapointe, d’où vient celui de Tant que mon cœur bat ?
J’ai toujours trouvé ça très compliqué, de trouver le bon titre… Pour ce livre, j’ai cherché dans des poèmes. D’abord dans ceux de Marina Tsvetaeva, une poétesse russe que je cite dans le livre, et puis je suis tombée sur une strophe d’Alfred Musset, dans un poème qui s’intitule À mon ami Alfred T. :
« Et, que demain je meure ou que demain je vive
Pendant que mon cœur bat, t’en donner la moitié »
J’ai juste changé le « pendant » en « tant que », et voilà !

A Ma Source GardéeEn tant que libraire, vous devez lire beaucoup de romans, et connaître les attentes des lecteurs et lectrices, ce sont des choses qui vous influencent ?
Les attentes ? Oh non ! Je n’écris pas en pensant aux lecteurs ou lectrices, ou très peu. J’écris parce qu’un jour des personnages naissent, et qu’il y a une absolue nécessité à les faire vivre, parler, comprendre ce qu’ils vivent. J’écris d’abord pour moi, peut-être ne devrais-je pas le dire, mais c’est comme ça ! Être libraire me donne une chance inouïe, celle de pouvoir lire énormément de livres, et les conseiller, en débattre, s’enflammer pour un texte qui me bouleverse… Pour des voix, aussi. La littérature, pour moi, ça ne marche pas juste avec des histoires. C’est une histoire + une voix.

Quand avez-vous commencé à écrire ?
Très tôt, je pense. Je remplissais des journaux intimes dès l’âge de neuf/dix ans. J’ai écrit beaucoup de lettres, aussi. Et le premier récit que j’ai vraiment inventé, la première « fiction », j’avais quatorze ans. Et c’était déjà une histoire d’amour… J’ai eu la chance, dans mon métier, de rencontrer énormément d’auteurs et d’éditeurs qui m’ont encouragée.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Ma mère nous a toujours lu et acheté beaucoup de livres. C’est un cadeau immense, c’est le plus beau qui soit. Les contes du Père Castor (Les bons amis, Poulerousse, Cigalou….), les histoires de Pomme d’Api, puis les romans, surtout ceux publiés à l’école des loisirs (Marie-Aude Murail, Susie Morgenstern, Judy Blume…). Adolescente, j’ai un peu dévoré tout ce que je trouvais, des classiques qu’on étudiait au lycée, de la poésie, des romans contemporains… Le premier livre « pour adultes » que j’ai lu, c’était 37,2 le matin, de Philippe Djian, quand j’avais quatorze ans. Ça a été une vraie claque. Le personnage de Betty, je crois qu’il m’accompagne encore aujourd’hui.

Quelques mots sur vos projets ?
J’en ai plein ! J’adorerai écrire aussi des textes d’albums, ou de bande dessinée. Mais là tout de suite, j’essaie d’écrire un recueil de nouvelles, pour adultes. Et c’est très dur ! On lit peu de nouvelles en France, et c’est dommage. Aux États-Unis, les écrivains commencent beaucoup par là, en ateliers d’écriture par exemple, à l’université. J’essaie de me coltiner à ça, parce que j’aime les formats courts, et l’intensité qui se déploie dans ce type d’écrit.

Bibliographie :

  •  Tant que mon cœur bat, roman, Thierry Magnier (2016).
  • À ma source gardée, roman, Thierry Magnier (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • L’été de Léa, roman, Sarbacane (2015).


En vacances avec… Martine Delerm

Régulièrement, je pars en vacances avec un.e artiste (je sais vous m’enviez). Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à la.le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet.te artiste va donc profiter de ce voyage pour me faire découvrir des choses. On emporte ce qu’elle.il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… 5 de chaque ! 5 albums jeunesse, 5 romans, 5 DVD, 5 CD, sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il.elle veut me présenter et c’est elle.lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est avec Martine Delerm que je pars ! Allez en route !

Voilà quelques choix pour les vacances. Évidemment, c’est compliqué de choisir… Alors, je l’ai fait très vite, un peu comme quand on doit boucler ses valises et qu’au dernier moment on se dit « Mince j’aurais pu prendre un disque, un livre ! ». On choisit à la hâte, une heure plus tard, on aurait fait un autre choix !

Albums jeunesse :

  • elsa-beskowLe collectionneur d’instants, Quint Buchholz (Milan)
  • Le magicien d’Oz, illustré par Lisbeth Zwerger (Nord-sud)
  • Gratte-Paillette, Elzbieta (Pastel)
  • Sol-Ägget, Elsa Beskow (Bonnier) il y a sans doute eu une traduction L’œuf du soleil (chez Garnier)
  • Le gardien de l’oubli, Gisbert/Ruano (Syros)

retour-aux-villasRomans :

  • Un amour sans paroles, Didier Blonde (Gallimard)
  • Retour aux villas sans soucis, Georges Kolebka (Castor Astral)
  • Carnet Vénitien, Liliana Magrini (Le promeneur)
  • Le livre d’un été, Tove Jansson (Livre de poche)
  • La Théorie des nuages, Stéphane Audeguy (Gallimard)

BrodeusesFilms :

  • Les gens de Dublin, John Huston
  • Dix hivers à Venise, Valerio Mieli
  • Confidences trop intimes, Patrice Leconte
  • Brodeuses, Eléonore Faucher
  • Ma nuit chez Maud, Eric Rohmer

blick bassyCD :

  • Akö, Blick Bassy (Sof)
  • Svarta ballader, Sofia Karlsson (A amigo)
  • The three ravens, Alfred Deller (The Bach Guild)
  • Pierre Lapointe seul au piano, Pierre Lapointe (Wagram)
  • Mirel Wagner (Bone voyage)

Artistes :

  • Karin et Carl Larssonmiss-tic
  • Julos Beaucarne (pour l’artiste et l’homme)
  • Michel Ocelot
  • Miss.Tic
  • Delphine Seyrig (pour l’artiste et la femme)

Lieux :

Cher Gabriel, je vous inviterais bien

  • san francescoà passer un moment dans la beauté silencieuse du Campo San Francesco della vigna à Venise avant de boire un spritz sur celui si vivant de San Giacomo dall’ Orio.
  • à marcher dans les rues ignorées de Bruges et à dîner dans la pénombre flamande du Gran Kaffée de passage.
  • à pique-niquer sur le quai Montebello en attendant que la nuit tombe sur Paris et que s’allument Notre-Dame, les ponts et les fenêtres.
  • à vivre dans une maison de bois rouge, près d’un lac, en Dalécarlie, quelque part au nord de la Suède
  • à goûter la brume de Goury au nord du Cotentin, là où le paysage se prend pour l’Irlande.

martine delerm quai montebelloMartine Delerm est auteure et illustratrice, elle vient de sortir, au Seuil, un magnifique livre sur son travail, Secrets d’album, où l’on retrouve un long entretien avec Philippe Delerm, des textes sur son œuvre, sa façon de travailler et bien plus de choses encore.

Bibliographie sélective :

  • Le Pays d’avant, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2016).
  • La fée sans elle, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici
  • Les inconstances de Constance, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Juste en soi, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • La petite fille sans allumettes, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Jeanne cherche Jeanne, roman, Folio Junior (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Annabelle et les cahiers volants, texte et illustrations, Éditions du Jasmin (2011).
  • Marie banlieue, roman, Gallimard (2009).
  • Barnabé peintre d’ombres, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2009).
  • Antigone peut-être, texte et illustrations, Panama (2007).
  • Funambule, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2007).
  • Marie-Marine et l’océan, texte et illustrations, Panama (2005).
  • Papiers de Soi, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2002).
  • Fragiles, illustrations de textes de Philippe Delerm, Seuil Jeunesse (2001).
  • Origami, texte et illustrations, Ipomée (1990).
  • La petite fille incomplète, texte et illustrations, Ipomée (1989).

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Aujourd’hui, je vous propose trois albums sur des sujets forts, traités avec délicatesse.

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Les invité-e-s du mercredi : Martine Delerm et Laurent Moreau ( + concours)

Par 10 juin 2015 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, c’est l’auteure-illustratrice Martine Delerm que nous recevons, et nous n’en sommes pas peu fiers ! J’avais découvert son travail avec Fragiles, il y a quelques années, je suis depuis les sorties de ses albums. À la suite de cette interview, nous vous proposerons de tenter de gagner son dernier album, Les inconstances de Constance. Ensuite c’est avec l’auteur/illustrateur Laurent Moreau que nous avons rendez-vous. Il a accepté de jouer le jeu du En vacances avec. Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Martine Delerm

Martine Delerm2 Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre parcours ?
Mon parcours pourrait peut-être se résumer en trois mots :
obstination, liberté et fidélité.
Obstination. Lorsque mes parents me refusèrent de faire les Beaux Arts, je me tournai vers l’Agreg de Lettres et le professorat. L’Éducation Nationale fut sans doute bien inspirée de m’expédier (et ce malgré ma thèse en cours Enfance et Littérature) en Normandie. La vie plus lente qu’à Paris m’y offrit des plages de temps libre pour préparer mes albums et travailler ma technique. Georges Lemoine, à son insu, me servit de professeur. J’abandonnai les crayons prismalo pour une minuscule boîte d’aquarelle Rowney et entrepris de reproduire les images de L’enfant et la rivière. J’apprivoisai peu à peu l’aquarelle et mon trait s’affirma. Il avait fallu du temps certes mais mes professeurs de papier n’exigeaient pas de moi que je leur plaise ou que je leur ressemble. J’échappais sans l’avoir choisi au formatage éducatif. Mes premiers albums naquirent. Bien sûr il fallait, loin de Paris et du monde éditorial une certaine constance pour ne 9782021052800pas se décourager ! Mais par ailleurs le métier de professeur me plaisait et m’offrait la liberté d’attendre, de choisir. Je n’avais pas besoin de mes albums pour vivre, je n’avais pas besoin de plaire. Très vite, je décidai d’imposer texte et images ainsi que des personnages privés de bouche sans avoir à me soucier du temps que cela prendrait et cela en a pris !! Les Éditions Ipomée m’ouvrirent leurs portes et grâce à la confiance de Nicole Maymat je publiai Les jardins de Camille, La petite fille incomplète, Origami, Je m’appelle Alice. Au sein d’Albin Michel Jacques Binsztok tenta en vain de sauver Ipomée en difficultés financières. Je le suivis au Seuil où je sortis Fragiles (illustré par des textes de Philippe [Philippe Delerm, NDLR]) Papiers de Soi, Zoé puis chez Panama (Antigone peut-être et Marie-Marine et l’océan) tout en restant au Seuil Jeunesse où je publiai un album chaque automne.
Bien sûr je ne m’interdis jamais de publier chez d’autres éditeurs comme Grasset Jeunesse, Gallimard ou le Jasmin… (Avec le recul du temps je ne regrette guère que mes deux livres chez Fleurus où je me suis vite sentie piégée par un esprit commercial qui ne me convenait pas). En fait le Seuil Jeunesse reste pour moi une maison idéale qui ne s’empêche pas de réussir par des choix trop élitistes mais demeure ouverte à des projets de traverse et je me dis que c’est une chance  d’avoir pu parcourir un chemin si long en créant peu à peu un ensemble doué de sens, porteur de thèmes qui me sont chers. Un petit univers singulier.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Tout a commencé par un album cartonné. Sur la couverture, un chat à casquette roule des yeux très ronds, des petites billes noires dans des globes plastifiés. Martine Delerm3C’est mon premier Noël, je marche à peine, mon père filme : les jouets, non emballés à la façon des années cinquante, m’attendent sous le sapin mais je ne vois que le livre. On me met une poupée dans les bras, je la repose, hypnotisée par les images.
Les livres de mon enfance, La fête chez Caroline, Chante pinson, Le rêve de Catherine… sont avant tout restés dans mon souvenir pour leurs images. Je les recopie sans fin. J’ai encore dans ma boîte à souvenirs une Caroline, maladroitement dessinée mais joliment coloriée, qui danse en robe bayadère. J’adore aussi les albums vignettes et les immenses pages à colorier. Lorsque je commence à lire les Spirale, Rouge et Or, c’est encore un illustrateur qui guide mes choix : Pierre Le Guen : La clé du bahut, Puck écolière, Deux oiseaux ont disparu Par ailleurs je choisis les livres qui ont reçu le Prix Enfance du Monde : le bandeau du prix me semblant la promesse d’un grand bonheur à venir ! Parfois même, le top du top, les images de Pierre Le Guen accompagnent un prix Enfance du Monde comme pour Une petite fille attendait d’Yvonne Meynier
Lorsque trente ans plus tard, je reçus (pour Origami) le Prix Enfance du Monde dont j’ignorais qu’il existât encore, j’en fus particulièrement émue. On me trouva l’adresse d’Yvonne Meynier et je pus lui écrire peu avant sa mort.
Un souvenir très fort de lecture concerne non pas un ouvrage précis mais un lieu. J’ai beaucoup lu grâce à un homme qui tenait rue Marcadet Martine Delerm 8une minuscule boutique, presque un terrier, et vendait très peu cher des bouquins d’occasion. Le bonheur commençait dans un présentoir sur le trottoir et se poursuivait dans une sorte de caverne d’Ali Baba du livre. On rapportait ensuite le livre et il vous le rachetait un peu en dessous du prix d’achat. C’était magique, on lisait dix, douze livres pour le prix d’un ! Plus tard, le lycée, les profs de lettres, les découvertes littéraires mais tout commence là, dans l’enfance : ce plaisir de la lecture et tout de suite aussi ce désir brûlant d’écrire, de dessiner, de créer à son tour cet objet étonnant qu’on appelle un livre !

Pouvez-vous nous parler de votre technique d’illustration ?
Mes albums sont la résultante d’un équilibre fragile. J’y aborde des thèmes sérieux, parfois graves, voire dramatiques : l’impossibilité d’être soi, le droit à la différence, la recherche du sens de la vie, la mort, le devoir du refus… Ces thèmes ne sont pas toujours faciles à traiter sans heurter même si la langue se fait poétique. Martine Delerm 7L’aquarelle par sa légèreté, sa douceur diluée vient faire contrepoids à la gravité du propos. Elle atténue, adoucit ce qui peut blesser comme un antidote à la douleur. Elle permet d’apprivoiser un texte difficile ou tragique.
Par ailleurs, l’idée me plaît de contenir dans cette petite boîte, ces quelques palets Rowney, la possibilité de créer un univers. Je n’ai jamais trop aimé les artistes qui jouaient à l’artiste, souhaitant autour d’eux un déploiement matériel symbolique de leur pouvoir de création et toujours apprécié l’attitude d’une Berthe Morisot qui rangeait ses pinceaux pour accueillir ses amis. L’aquarelle permet cela, éviter l’atelier, mêler la vie et la création, travailler sur la table de la cuisine comme le carnet permet de gribouiller dans le métro. Fragile mais rigoureuse, transparente mais riche de nuances. Bref j’aime la modestie pleine de ressources de l’aquarelle.

Est-ce que vous pouvez nous parler de l’expression de vos personnages principaux et de cette absence quasi générale de bouche ?
L’enfance : une professeur de chant venait dans l’école. Après un ou deux essais, elle écartait de la chorale celles qui chantaient faux. Affublées d’un surnom méprisant, les moineaux, nous devions rester debout, bras croisés, derrière le piano, sans autre activité que d’écouter chanter les rossignols. J’eus bien d’autres occasions de ne pouvoir m’exprimer mais celle-ci est sans doute une des origines de mes personnages sans bouche et de mon goût pour la différence.
Martine Delerm4L’enfance encore : je tente de lire un de mes premiers poèmes en famille. Silence. Le verdict tombe Ce n’est pas toi ça ! Désormais je tairai ma part la plus secrète, mélancolique et sensible. Je serai la petite fille qu’on attend, dynamique et solaire !
Aussi dès mes premiers albums, je ne désire qu’une chose : frôler l’indicible. Mes personnages furent donc sans bouche, presque immobiles, souvent seuls. Non réalistes. Juste deux yeux pour contempler ou juger le monde qui les entoure ; pas vraiment des enfants mais des morceaux d’enfance, des enfants intérieurs. Puisque j’écrivais les textes, je donnerais sens à leur silence. Je serais leurs mots. Faire parler ceux qui ne parlent pas, ceux qu’on n’écoute pas ou qu’on entend sans les comprendre. Barnabé le peintre d’ombres, le funambule délivre en vain des messages pour des oreilles sourdes.
Dans Marie-Marine et l’océan le texte propose trois voix, celle de la narratrice, celle de Marie-Marine la petite fille qui s’imagine née de la mer et celle de la mère, castratrice, qui refuse le rêve de sa fille, veut l’obliger à rester dans la réalité et lui intime l’ordre de se taire. L’image vient alors à la rescousse de l’enfant sans bouche. La parole est interdite mais l’écume éclabousse les livres, les draps se font vagues, la robe se liquéfie. On ne triomphe pas si facilement de ceux qu’on fait taire. Mes personnages sans bouche regardent, comprennent et savent. Grâce à eux j’essaie de faire parler les silences, de dire les choses enfouies au plus profond de chacun.

Les inconstances de constanceVos deux derniers ouvrages, Les inconstances de Constance et Juste soi, détonnent dans la littérature jeunesse actuelle. Ce sont des albums poétiques et philosophiques où rien n’est prémâché, où chacun peut y voir quelque chose de différent (et qui pourraient même être des albums pour adultes). En avez-vous conscience ?
Je suis heureuse que vous me posiez cette question. Dès le début de mon aventure « album- jeunesse », j’ai souhaité installer un univers singulier où mes textes et mes images dialogueraient. Des personnages sans bouche, le plus souvent des petites filles. Beaucoup de blanc autour des illustrations, des cadres afin d’y entrer, d’en sortir, pour laisser au lecteur le choix de peupler l’espace à sa convenance. Le droit à la différence, l’importance d’être soi, réussir à se dire, apprivoiser le monde, pouvoir s’y glisser à sa façon : ces thèmes-là me sont chers et se retrouvent au fil de mes albums pour enfants. Pour enfants ? Je ne suis pas certaine que le terme convienne. Je préfère albums d’enfance. Certains enfants, certains adultes s’y reconnaissent. Je ne sais pas pour quel âge j’écris ou je dessine mais je sais pour qui. Chacun, quel que soit son âge, porte en lui d’infimes blessures, des fragilités à cacher sous le jeu social. La société est avant tout un mouvement, une sorte de tapis roulant, certes inquiétant mais souvent confortable, et il est peut-être bon parfois de choisir le silence, l’immobilité pour ne pas faire que passer, pour tenter d’arrêter le temps, pour dire nos colères, nos révoltes, nos attentes.Martine Delerm 5
Même s’il m’est arrivé de faire des livres plus faciles, plus légers, j’ai toujours essayé de publier des albums inclassables, un peu à la marge. Et ce fut une chance de pouvoir faire La petite fille incomplète, Origami, Papiers de Soi, Fragiles, Antigone peut-être, Marie-Marine et l’océan, Juste en soi, Barnabé peintre d’ombres ou Funambule… J’en suis parfaitement consciente et très reconnaissante aux éditeurs qui m’ont permis de les réaliser, le plus souvent avec une présentation raffinée, un papier de qualité, une belle réflexion sur la mise en page, leur accordant une attention précieuse.

Que pensez-vous de la littérature jeunesse actuelle ?
L’enfant dans notre pays est un roi méprisé. Une source colossale de profit pour le commerce, l’enjeu de toutes les convoitises, voire de toutes les démagogies. Flatté dans ses instincts les plus basiques, bourré de cholestérol, couvert de jouets, il est vite abandonné aux crèches et autres structures sociales ou scolaires qui vont faire de lui un « être au moule », un parmi des millions à presser, à essorer, à jeter dès qu’il sera fatigué de tout ça, ne sachant pas qui il est, ni surtout ce qu’il aurait pu être !
Dans ce contexte social prédominant, le secteur du livre jeunesse semble encore une oasis, un lieu de possibles. Bien sûr, il a pris un tel poids commercial qu’il a changé de caractère. On a parallèlement créé des classes d’illustration favorisant chaque année l’arrivée, sur le marché de l’emploi, d’un flot d’artistes talentueux et techniquement performants, malheureusement parfois un peu formatés par leurs études. On a vu ainsi fleurir des générations de petits claveries, de petits dautremers. Ils sont une proie idéale pour certains éditeurs sans imagination et sans scrupules (les deux allant souvent de pair !). Pompe à profit jetable dès qu’elle ne fonctionne plus, ils disparaissent aussi vite qu’ils apparaissent… C’est assez effrayant. Très effrayant aussi le secteur de la réédition des Martinejuste en soiCarolineBécassine qui obstruent tous les couloirs de rayons, colonisent les têtes de gondole avec la bénédiction des libraires. Marketing, rentabilité, mise en place sont devenus le leitmotiv des conversations. Le risque est grand du formatage absolu, du livre de commande obéissant à un cahier des charges totalitaire. Je me souviens d’une inscription sur les murs de Nanterre. À force de voir les choses en face, on n’a en face de soi que des choses.
Par chance nombreux sont les éditeurs qui tentent de résister et qui parfois réussissent. Le salon de Montreuil est en quelque sorte une métaphore de cette évolution. Les grandes tentes blanches, précaires mais où poussaient des arbres ont fait place à un cube de béton. Trop chaud, trop froid, inconfortable, l’espace est accaparé par des structures immenses sans réelle créativité mais on y trouve aussi des petites maisons imaginatives, des gens passionnés par ce qu’ils font, des gens passionnés par ce qu’ils lisent. À côté des albums proutiens, ou utilitaires, on continue à découvrir des pépites, des albums d’auteur avec un univers, une singularité, un charme, des réussites littéraires ou esthétiques. On peut encore choisir. (À Montreuil cela s’entend car dans le Carrefour Market de mon bourg on ne vend que des livres distribués par Hachette !!! et impossible d’en commander d’autres, petit scandale qui s’apparente à une censure artistique et commerciale)
Mais pour ma part j’ai toujours plaisir à déambuler à Montreuil tôt le matin pour dénicher de beaux albums, à flâner dans les rayons des petites librairies. Dans La petite fille sans allumettes Marina la petite mendiante est fascinée par les livres pour enfants et le conte s’achève sur la douce utopie que dans la librairie, sa délivrance est proche.

Quels sont vos projets ?
Mes projets ? Un album La Fée sans ailes qui sort à la rentrée au Seuil Jeunesse. Un peu agacée par l’abondance des fées ces derniers temps, tout ce rose bonbon, ces baguettes magiques Martine Delerm 6dans l’imaginaire des petites filles, j’ai eu envie d’une fée différente, sans ailes, un peu myope, un peu terre à terre mais finalement assez efficace ! J’écris des textes, je remplis des carnets de croquis. Et puis je commence à penser à un ouvrage sur mon travail, je replonge dans mes carnets, mes dossiers, mes albums. C’est assez agréable.

Bibliographie sélective :

  • Les inconstances de Constance, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Juste en soi, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • La petite fille sans allumettes, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Jeanne cherche Jeanne, roman, Folio Junior (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Annabelle et les cahiers volants, texte et illustrations, Éditions du Jasmin (2011).
  • Marie banlieue, roman, Gallimard (2009).
  • Barnabé peintre d’ombres, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2009).
  • Antigone peut-être, texte et illustrations, Panama (2007).
  • Funambule, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2007).
  • Marie-Marine et l’océan, texte et illustrations, Panama (2005).
  • Papiers de Soi, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2002).
  • Fragiles, illustrations de textes de Philippe Delerm, Seuil Jeunesse (2001).
  • Origami, texte et illustrations, Ipomée (1990).
  • La petite fille incomplète, texte et illustrations, Ipomée (1989).

Concours :
Grâce aux éditions Seuil Jeunesse je vais pouvoir offrir à l’un-e de vous un exemplaire du très bel album de Martine Delerm, Les inconstances de Constance. Pour participer, dites nous quel est le livre qui a marqué votre enfance. Nous tirerons au sort parmi toutes vos réponses, vous avez jusqu’à mardi 20 h ! Bonne chance à tous !


En vacances avec… Laurent Moreau

Régulièrement, je pars en vacances avec un-e artiste (je sais vous m’enviez). Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet-te artiste va donc profiter de ce voyage pour me faire découvrir des choses. On emporte ce qu’il/elle veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… 5 de chaque ! 5 albums jeunesse, 5 romans, 5 DVD, 5 CD, sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il/elle veut me présenter et c’est lui/elle qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est Laurent Moreau qui s’y colle, merci à lui !
Allez en route !

5 albums jeunesse

  • Moi et rienFort comme un ours, Katrin Stangl, Albin Michel jeunesse
  • Moi et rien, Kitty Crowther, Pastel
  •  Scaf le phoque, Rojan, Père castor Flammarion
  •  Une journée à la plage, Yuichi Kasano, L’école des loisirs
  •  Le piano, Marion Duval, Didier jeunesse

5 romans

Accident nocturne

  • Les cerfs volants, Romain Gary
  • Demande à la poussière, John Fante
  • Accident nocturne, Patrick Modiano
  • La mer, Yöko Ogawa
  • Le dossier Rachel, Martin Amis

5 DVD

Aaltra

  • Mud, de Jeff Nichols
  • Les géants, de Bouli Lanners
  • Porco Rosso, de Hayao Miyazaki
  • Aaltra, de Benoît Delépine et Gustave Kervern
  • Palo Alto, de Gia Coppola

5 CD

 Iceberg Alley, Slaap, Close Up records

  • Maxed Out On Distractions, Corners, Lolipop records
  • Persona Non Grata, Cosmonauts, Burger records
  • Continental Shelf, Viet Cong, Jagjaguwar records
  • Nootropics, Lower Dens, Ribbon records
  • Iceberg Alley, Slaap, Close Up records (c’est le groupe dans lequel je joue !)

5 artistes

  • Rojankovsky
  • Atak
  • Bonnefrite
  • Goeff Mc Fetridge
  • Anne Brugni

5 lieux

  • Alt Mühle Biergarten, près de Strasbourg, côté allemand
  • Un village alsacien où gouter du bon vin
  • Buguélès, Côtes d’Armor, Bretagne
  • Lac Mono, Californie
  • Un restaurant italien dans une petite rue de Rome

Laurent MoreauLaurent Moreau est auteur et illustrateur.

Bibliographie sélective :

  • Dans la forêt des masques , une histoire à raconter, texte et illustrations, Hélium (2015).
  • Ma famille sauvage, texte et illustrations, Hélium (2013).
  • Après, texte et illustrations, Hélium (2013).
  • Alma n’est pas encore là, illustration d’un texte de Stéphane Audeguy, Gallimard Jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Nuit de rêve, texte et illustrations, Actes Sud Junior (2012).
  • À quoi penses-tu ?, texte et illustrations, Hélium (2011).
  • Mini Rikiki Mimi, illustration d’un texte de Christine Beigel, Benjamins Média (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Valentin…, texte et illustrations, Actes Sud Junior (2010).
  • L’enfant dans la tempête, texte et illustrations, Rouergue (2009).
  • Jour de pêche, illustrations, Actes Sud Junior (2008).

Retrouvez Laurent Moreau sur son site : http://zeroendictee.free.fr.

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