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Maurèen Poignonec

Les invité·e·s du mercredi : Émilie Chazerand et Maurèen Poignonec

Par 17 janvier 2018 Les invités du mercredi

C’est l’autrice Émilie Chazerand qui a accepté de répondre à nos questions aujourd’hui. J’adore sa série Suzon, j’avais envie d’en parler avec elle mais aussi d’en savoir plus son travail et son parcours. Ensuite, on va se glisser à nouveau dans un atelier et cette fois-ci c’est celui de Maurèen Poignonec ! Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Émilie Chazerand

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Où commence réellement un parcours, tiens… J’ai toujours aimé les livres et j’ose croire qu’ils me le rendent un peu. J’ai passé un bac littéraire puis me suis tournée vers des études d’infirmière. Je lisais moins, à cette période, ce qui participe à me faire penser que je n’étais pas très heureuse, ces années-là. À l’époque, j’avais un contact pour travailler dans un dispensaire réservé aux femmes et jeunes filles, en Inde, et, pendant que je gravitais dans différents terrains d’exercices pour asseoir mes compétences et fleurir mon CV, les bouquins ont pris de plus en plus de place. J’ai commencé à griffonner un peu, ça et là, des ébauches d’histoires, des idées marrantes, des trucs saugrenus qui me passaient par la tête. J’ai écrit la série Apocalypsis, pour Matagot/Nouvel Angle, dont le premier tome est sorti en 2011, mais je rêvais toujours de publier des livres pour enfants. Une lubie tenace de petite fille. Et c’est arrivé grâce à Rudy Martel, de chez Benjamins Média, avec Un frère en bocal. J’ai rencontré mon mari, aussi, ce qui m’a résolument ancré en France et dans l’écriture, par ricochets.

Comment vous viennent vos idées ?
Ça, c’est la question éternelle à laquelle je ne sais jamais répondre. J’ai toujours l’impression que l’idée s’invite, sans demander l’avis de celui qu’elle frappe par surprise (un peu comme ma belle-mère). Les miennes sont parfois les aboutissements d’une guirlande de réflexions bizarres. Ou tirées de remarques rigolotes de mes proches. Les gens, la vie ordinaire, sont des inspirations permanentes et hyper riches, quand on se tait deux minutes et qu’on regarde attentivement.

Comment est né le super personnage de Suzon qui donne son nom à la série parue chez Gulf Stream ?
Alors, à la base, Gulf Stream avait manifesté l’envie d’éditer une série avec un petit héros, pour les plus jeunes lecteurs. Je ne me sentais pas concernée parce que je pensais ne pas savoir écrire pour ce public-ci. Ma super copine Amandine Piu ne voyait pas les choses comme ça et m’a dit un truc comme « Hé, tu voudrais pas qu’on le tente, ensemble ? ». J’ai baragouiné une réponse geignarde et pessimiste mais une série avec Amandine ne se refuse pas, n’est-ce pas ? On a parlé toutes les deux avec Justine de Lagausie, d’Okidokid, qui est une sorte d’encyclopédie sur pattes de la littérature enfantine. Elle a mille idées à la seconde et elle est hyper enthousiaste, galvanisante. Elle nous a parlé des attentes de l’équipe de Gulf Stream, avec laquelle elle travaille, dans des détails plus techniques et, sans s’en rendre compte, elle me donne le personnage de Suzon. « Il faut que le héros ait un truc à lui, une particularité qui permette aux petits de s’émerveiller. Je sais pas moi : il vole, il respire sous l’eau, il parle aux animaux, ce que tu veux ! » Je me suis dit « Bah oui, ça, tiens. Hop ! » et j’ai tout de suite visualisé des récits courts, avec une formule redondante et identifiable. J’ai donné à la fillette un prénom désuet, genre Jocelyne ou Yvette, je ne sais plus, mais Justine n’était pas convaincue. J’ai proposé Suzon, tout de suite après, parce que je trouvais ça efficace, accrocheur et vitaminé. De son côté, Amandine a immédiatement dessiné Suzon, telle qu’on la connait désormais (même si Suzette est passée par toutes les teintes capillaires avant qu’on arrête notre choix). C’était une évidence graphique pour elle et pour moi, aussi, du coup. Son gribouillon capillaire et ses grandes lunettes rondes la rendent parfaitement unique.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Enfant, tout ce qui venait de l’École des Loisirs, qui avait réussi à se frayer un chemin jusqu’à ma petite école dans la pampa alsacienne et à atteindre ma maison, dont la majorité des livres avaient des pages brunes et rêches qui sentaient la poussière… Et puis Roald Dahl et Sempé, massivement. Des classiques de la bande dessinée, un peu, parfois. Adolescente, Kundera. Kundera, Kundera et Kundera. J’étais clairement mono-idéique… Et, puis des écrivains russes morts, des écrivains britanniques morts et quelques allemands, vivants ! Comme Isolde Heyne, qui écrit merveilleusement pour la jeunesse, par exemple.

Quelques mots sur vos prochains ouvrages ?
Alors, pour ce qui est « sûr certain », là, tout de suite :
un album chez Sarbacane, avec Aurélie Guillerey aux crayons, et qui s’appellera « Les choukachic magiques ». Une histoire pleine de fantaisie, d’humour et d’optimisme, je crois !
Un album avec Amandine Piu, à l’Élan Vert, est aussi en préparation : Le Grizzli-virus. Une sorte de fable moderne, loufoque et un brin cruelle !
Et puis un album chez Gautier-Languereau, dans la collection des Grandes thématiques de l’Enfance, avec Gaëlle Souppart qui avait déjà mis son style unique au service du livre Les papas de Violette, dans la même série. Ce livre s’appellera « La sœur des vacances » et abordera le sujet (un peu délicat parfois) de la famille recomposée.
Un roman 8-12 ans, dans la collection Pépix de Sarbacane, pour la rentrée. Enfin, si j’arrive à le terminer… !
Et espérons une Suzon, voire deux pour cette année ! J’ai plusieurs propositions sous le coude mais je ne sais pas encore lesquelles seront choisies d’abord… En tout cas, Amandine et moi faisons en sorte que notre rousse impétueuse vous réserve encore de jolies surprises !

Bibliographie sélective

  • La fourmi rouge, roman, Sarbacane (2017).
  • L’ours qui ne rentrait plus dans son slip, livre-CD illustré par Félix Rousseau, Benjamins Médias (2017).
  • Le génie de la lampe de poche, roman illustré par Joëlle Dreidemy, Sarbacane (2017).
  • Série Suzon, albums illustrés par Amandine Piu, Gulf Stream éditeur (2017), que nous avons chroniqués ici et .
  • Y en a qui disent…, album illustré par Maurèen Poignonec, L’élan vert (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Le bébé s’appelle Repars, album illustré par Isabelle Maroger, Gautier-Languereau (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Les papas de Violette, album illustré par Gaëlle Soupard, Gautier-Languereau (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • L’horrible madame mémé, album illustré par Amandine Piu, L’élan vert (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Jean-Jean à l’envers, album illustré par Aurélie Guillerey, Sarbacane (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La petite Sirène à l’huile, album illustré par Aurélie Guillerey, Sarbacane (2015), que nous avons chroniqué ici.


Quand je crée… Maurèen Poignonec

Le processus de création est quelque chose d’étrange pour les gens qui ne sont pas créateur·trice·s eux-mêmes. Comment viennent les idées ? Et est-ce que les auteur·trice·s peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur·trice·s, dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur·trice·s et/ou illustrateur·trice·s que nous aimons de nous parler de comment et où ils·elles créent. Cette semaine, c’est Maurèen Poignonec qui nous parle de quand elle crée.

Illustratrice profondément casanière, je dessine chez moi dans mon salon, assise sur mon fauteuil gris tout mou, les genoux contre le bureau, je ne m’assois jamais comme il faut, mes crayons sont éparpillés et classés par couleurs dans leurs pots face à moi, mes gouaches et encres à ma droite, et un mug de thé vert (voire infusion bizarroïde au curcuma et gingembre) à ma gauche. J’ai un besoin absolument maladif que tout soit rangé et organisé avant de travailler sinon je suis incapable d’être concentrée, si c’est le désordre sur mon bureau c’est le désordre dans ma tête.
Ma journée débute par un réveil situé entre 7 h et 9 h, ça dépendra de l’heure à laquelle je me suis couchée, je rampe mollement jusqu’à ma cuisine pour me concocter un petit déjeuner à base de porridge, des fruits, et du thé vert. Un vif coup d’œil à mon planning de la journée, je mets de la musique, et ainsi commence ma journée.
Vers 11 h je regarde des vidéos de recettes pour me donner des idées et me mettre l’eau à la bouche et hop petite pause de 11 h 30 à 12 h 30, et ensuite reprise jusqu’à 19 h et après 20 h je continue.
La musique est ma plus grande source d’inspiration et de motivation, elle vient creuser au plus profond de moi toute l’énergie nécessaire à la création de mes illustrations. En ce moment j’écoute en boucle Cascadeur, Chapelier fou, Mogwai, Agnes Obel et Camille, qui me donnent l’impression de partir en voyage, mais j’ai mes incontournables qui me suivent depuis toujours et qui me suivront encore des centaines d’années : les Beatles et David Bowie, qui procurent en moi autant de joie que de mélancolie.
La musique c’est pour les couleurs, ou quand je travaille sur l’ordinateur.
Pas de musique quand je suis à l’étape des crayonnés : c’est l’étape la plus cruciale dans la création des illustrations d’un album, j’essaie de faire au mieux et pour ça j’ai besoin de beaucoup de concentration et d’éviter toute source de distraction.
Quand je dessine dans le silence il y a des bruits qui m’empêchent d’être concentrée comme lorsque le chat des voisins miaule de désespoir au rez-de-chaussée, là j’ai qu’une envie c’est de dévaler l’escalier pour lui donner un bol de lait.
Je dois être dans l’état d’esprit le plus serein et confiant pour dessiner. Il suffit que je me pose trop de questions sur mon travail pour que je sois condamnée à regarder dans le vide, ou cas désespéré : rester au lit car je serai de toute façon incapable de poser quoique ce soit sur le papier, et quand ces périodes arrivent, j’ai juste à espérer rebondir très vite. Par exemple, ça faisait un an que je ne savais plus dessiner de personnages, j’ai eu beaucoup de projets cette année, ce qui signifie s’adapter à des demandes différentes dans un laps de temps très court, j’étais littéralement incapable de dessiner un personnage et d’en être fière, et c’est seulement il y a un mois ou deux que je pense avoir trouvé un truc qui me convient.
Mes idées et envies viennent un peu partout sans me prévenir, ça peut être quand je vais faire les courses, quand je prends le métro, quand je vois des familles qui discutent paisiblement ou qui s’enguirlandent, des pigeons, des canards, des gens amoureux, des vieux couples qui ne se regardent pas, ou ceux qui au contraire se regardent passionnément, des enfants qui courent, rigolent, gesticulent dans tous les sens… en gros tout ce qui bouillonne de vie m’encourage à dessiner.
Pour me détacher du travail, faire une petite pause, tous les jours dès que j’en ressens le besoin, je me pose sur mon canapé, et je regarde par la fenêtre, et j’arrive à ne penser à rien, ça m’apaise et après pouf petite piqûre de rappel que je dois continuer de dessiner.

Maurèen Poignonec est illustratrice.

  • Chez l’orthophoniste, illustration d’un texte de Léna Ellka, Milan (2018).
  • Une petite place, illustration d’un texte de Céline Claire, La Palissade (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Superfish, illustration d’un texte d’Orianne Lallemand, Kilowatt (2017).
  • Le livre de mes émotions, illustration d’un texte de Stéphanie Couturier, Gründ (2017).
  • Le collier de la fée Capucine, illustration d’un texte de Bernard Villiot, L’élan vert (2017).
  • Y’en a qui disent, illustration d’un texte d’Émilie Chazerand, L’élan vert (2017) que nous avons chroniqué ici.
  • On n’a pas allumé la télé, illustration d’un texte de Bénédicte Rivière, L’élan vert (2017).
  • Série Quart de frère, quart de sœur, illustration de textes de Sophie Adriansen, Slalom (2017).
  • Le Saule rieur, illustration d’un texte de Pog, Sarbacane (2017)
  • Le doudou de la directrice, illustration d’un texte de Christophe Nicolas, Didier Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • La grande inconnue, illustration d’un texte de Pog, Maison Eliza (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Tout le monde sait faire du vélo, illustration d’un texte d’Ingrid Chabbert, Kilowatt (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Les tourterelles, illustration d’un texte de Karine Guiton, La palissade (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Série La Famille Cerise, illustration de textes de Pascal Ruter, Didier Jeunesse (2016-2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Chrysalide, illustration d’un texte de Pog, Cépages éditions (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Histoires pour bien dormir, Collectif, Milan éditions (2016).
  • 10 petites souris cherchent une maison, illustration d’un texte de Pog, Gautier-Languereau (2015).
  • Le Vilain Petit Canard, illustration d’un texte de Magdalena, Castor Poche (dans la collection Contes du CP – 2015).

Son site : http://www.maureenpoignonec.com
Son book : http://maureenpoignonec.ultra-book.com

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Aujourd’hui, deux albums et deux thèmes forts. Dans le premier, une grand-mère part pour son tout dernier voyage et dans le second, on rencontre un oiseau qui n’est pas mais alors pas du tout prêteur !

Mamie est partie
Texte de Pog, illustré par Lili la Baleine
Gautier-Languereau
10,50 €, 240 x 210 mm, 28 pages, imprimé en France, 2017.
Une petite place
Texte de Céline Claire, illustré par Maurèen Poignonec
La Palissade
13,50 €, 210 x 270 mm, 32 pages, imprimé en France, 2017.

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Les Nuits de Lison
d’André Bouchard
Seuil Jeunesse
11,90 €, 210 x 270 mm, 64 pages, imprimé au Portugal, 2017.
Chrysalide
Texte de Pog, illustré par Maurèen Poignonec
Éditions Cépages
13 €, 260 x 190 mm, 28 pages, imprimé en France, 2016.

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Le rendez-vous
de Julie Colombet
Seuil Jeunesse
11,90 €, 197x238mm, 32 pages, imprimé au Portugal, 2017.
Y en a qui disent…
Texte d’Émilie Chazerand, illustré par Mauréen Poignonec
L’élan vert
12,20 €, 205×267 mm, 32 pages, imprimé en Chine, 2017.

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Cet été, on vous propose à nouveau la rubrique du berger à la bergère tous les mercredis. Cette rubrique vous avait tellement plu l’été dernier, nous nous devions de la reprendre (il faut dire qu’à nous aussi elle plaît beaucoup) ! Donc tous les mercredis jusqu’à la rentrée, ce sont des auteur.trice.s et des illustrateur.trice.s qui posent trois questions à un auteur.trice ou une illustrateur.trice de leur choix. Puis c’est à l’interviewé.e d’en poser trois à son tour à son intervieweur.euse d’un jour. Après Régis Lejonc et Janik Coat, Stéphane Servant et Madeline Roth et Patrick Pasques et Sévérine Vidal, cette semaine c’est Thanh Portal qui a choisi de poser des questions à Maurèen Poignonec !

Thanh Portal : Maurèen, tu as déjà un univers bien à toi à travers ton trait et tes couleurs particulières, les petits détails récurrents d’album en album, éprouves-tu l’envie ou le besoin de raconter une histoire dont tu serais l’auteure ?
Maurèen Poignonec : Merci pour ta question, oui, maintenant que je suis parvenue à trouver un univers dans lequel je suis bien installée (j’ai quand même encore des doutes sur les personnages que je dessine), j’aimerais beaucoup me poser quelques instants et réfléchir à des histoires qui seront vraiment les miennes… J’aimerais énormément écrire mes propres récits. Mais ça demande vraiment une maîtrise particulière d’écrire joliment, pour ne pas qu’il y ait de redondance, que l’histoire soit efficace et pas lourde… J’aurais un peu peur si jamais je parvenais à faire éditer un texte et que je doive lui apporter des modifications. Car corriger une illustration je suis habituée, mais corriger un texte quand on n’est pas auteur, ça doit être plus difficile… En tout cas je suis certaine que la première histoire que j’écrirai mettra en scène plein de petits animaux/monstres un peu bizarres probablement habillés et accessoirisés (lunettes et tout), dans une atmosphère bucolique et douillette, et surtout ce sera joyeux. Et je pense que j’écrirai plutôt des histoires contemplatives, sans véritable narration ni de personnage principal… Maintenant il faut plus que je m’y mette, l’année prochaine j’espère… mais j’ai hâte !

Thanh Portal : Nous vivons un métier dans lequel il est difficile d’exercer, qui n’est pas vraiment confortable. Au-delà de nos contraintes, as-tu un rêve éditorial ?
Maurèen Poignonec : J’apprécie d’avoir un rythme de travail assez dynamique et condensé, mais c’est un peu contraignant car je manque de temps pour m’approprier les textes au maximum. Du coup dans les années qui viennent, je rêverais vraiment de travailler sur un album tous les 3-4 mois. Cela me permettrait de vraiment bien cibler un récit qui me correspondrait à 200 %, et prendre le plus de temps possible sur chacune des illustrations : vraiment m’imprégner du récit et des personnages. Donc si un jour je parviens à mieux m’organiser et à donc avoir plus du temps, mon grand rêve éditorial serait de faire un album géant, les illustrations grouilleraient de détails, il y aurait plein de petites choses à découvrir dans les pages, de la végétation partout, des insectes, des animaux bizarroïdes, pourquoi pas des grandes bâtisses où on pourrait apercevoir plein de bonhommes et de monstres aux fenêtres, des planètes dans le ciel, des soucoupes volantes… Oui, vraiment avoir le temps de faire un très grand album serait le summum de la perfection ! J’aimerais bien aussi faire un roman graphique pour les adultes, plus sombre et plus froid, quelque chose qui changerait de mes albums pour les enfants… J’espère ne jamais me lasser de mon métier mais au cas où c’est vrai que ce serait plaisant d’avoir un jour la possibilité d’illustrer un livre pour les adultes, voir si j’en suis capable ou si je serais prise de pulsions à rajouter des cochons et des girafes partout. Au moins je serai fixée.

Thanh Portal : Qu’est-ce qui te motive pour accepter un texte ? Son sujet, le défi qu’il représente, la musique du texte ?
Maurèen Poignonec : D’abord, je lis très vite le texte et il faut que des images me viennent en tête, sinon je sais que ça va pas marcher et que j’aurai dû mal à être inspirée. Je sens à l’avance, avant même d’avoir commencé à poser mon crayon sur la feuille si je vais être contente de ce que je vais faire, car je ressens comme un bourdonnement en moi quand j’ai lu un récit qui m’a convaincu. Ce qui va me motiver dans un texte, ce sera vraiment l’aspect émotionnel entre les personnages, s’il y a un brin d’humour, le contexte de l’histoire, et évidemment si le texte fonctionne parfaitement, si je sens que les paragraphes vont bien se marier avec les futures illustrations… Quand il y a un « défi » comme tu dis ça m’attire, car j’aime bien quand il y a une prise de risque, c’est absolument pas apaisant mais très motivant.

Maurèen Poignonec : Thanh, comme je parlais d’un probable futur récit joyeux avec des animaux et de la nature qui grouille de partout, il y a des thèmes en particulier que tu aimes illustrer ? Et pourquoi ?
Thanh Portal : Nous avons des points communs dans nos univers, j’aime également les animaux, la nature, les petits détails que personne ne voit. Cela m’apaise.
J’aime aussi beaucoup illustrer les moments de solitude mais également les tâtonnements des premiers instants d’une rencontre, de l’amitié qui surgit. Je suis très attachée à la notion de joie qui me paraît essentielle pour supporter le monde à n’importe quel âge.
J’espère parvenir à mettre de l’humour dans certaines illustrations, j’aime aussi les choses simples et un peu « bébêtes ».

Maurèen Poignonec : Dans ta deuxième question, tu introduisais que nous étions sujets à des difficultés et contraintes, donc en période de stress, ou en période de travail tout court, comment tu fais pour dessiner et t’aérer l’esprit en même temps ? Musique, films, séries, écouter les oiseaux chanter ?
Thanh Portal : Je suis incapable de regarder un film ou une série pendant que je travaille. J’ai dû mal à me concentrer de manière générale, pour cela j’ai besoin de m’isoler avec mon casque audio : j’écoute de la musique au début d’un projet afin de lui donner un ton, j’associe chaque livre à une playlist. Puis j’écoute des podcasts de toutes sortes lorsque j’exécute : beaucoup de documentaires et quelques émissions critiques. J’habite en hauteur, je vois la cime des arbres de mon bureau ce qui m’apaise et m’inspire beaucoup.

Maurèen Poignonec : Tu es illustratrice autodidacte, est-ce que tu vois ça comme une vraie chance qui t’aurait évité d’être formatée ou conditionnée dans un style, ou au contraire tu aurais apprécié avoir fait une école en lien avec l’édition, le graphisme ou l’art en général ?
Thanh Portal : Je ne sais pas si c’est une chance ou pas, le fait est que je n’ai pas eu l’impression d’avoir eu le choix : plus jeune je n’avais ni les moyens financiers ni le temps nécessaire pour envisager une école. J’ai donc mis le désir de devenir illustratrice de côté et j’ai cessé de dessiner, bêtement.
Puis il y a quelques années, j’ai repris mes crayons et ma peinture, au départ simplement pour moi, et très rapidement j’ai eu le besoin de créer des illustrations au service d’un texte et je me suis lancée dans ce métier en formant des binômes notamment.
J’aurais aimé connaître le plaisir de former un groupe réuni pour apprendre, de fréquenter des gens qui partagent la même passion, d’être dirigée, guidée et formée.
C’est une vision un peu idéale de l’école d’art que j’ai ! J’apprends donc sur le tas et grâce à internet je rencontre des personnes du monde de l’illustration avec lesquelles je partage expériences, aides et avis. Cela forme une sorte d’émulation, cette communauté m’est très précieuse.

Bibliographie (sélective) de Mauréen Poignonec :

  • On n’a pas allumé la télé, illustration d’un texte de Bénédicte Rivière, L’élan vert (2017).
  • Série Quart de frère, quart de sœur, illustration de textes de Sophie Adriansen, Slalom (2017).
  • Le Saule rieur, illustration d’un texte de Pog, Sarbacane (2017)
  • Le doudou de la directrice, illustration d’un texte de Christophe Nicolas, Didier Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • La grande inconnue, illustration d’un texte de Pog, Maison Eliza (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Tout le monde sait faire du vélo, illustration d’un texte d’Ingrid Chabbert, Kilowatt (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Les tourterelles, illustration d’un texte de Karine Guiton, La palissade (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Série La Famille Cerise, illustration de textes de Pascal Ruter, Didier Jeunesse (2016-2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Chrysalide, illustration d’un texte de Pog, Cépages éditions (2016).
  • Histoires pour bien dormir, Collectif, Milan éditions (2016).
  • Lola et la machine à laver le temps, illustration d’un texte de Rolland Auda, Sarbacane (2016).
  • La classe de mer de Monsieur Ganèche, illustration d’un texte de Jérôme Bourgine, Sarbacane (2016).
  • Une histoire chaque soir, Collectif, Gautier-Languereau (2015).
  • 10 petites souris cherchent une maison, illustration d’un texte de Pog, Gautier-Languereau (2015).
  • Le Vilain Petit Canard, illustration d’un texte de Magdalena, Castor Poche (dans la collection Contes du CP – 2015).

Son site : http://www.maureenpoignonec.com
Son book : http://maureenpoignonec.ultra-book.com

Bibliographie (sélective) de Thanh Portal :

  • La couleur du vélo, illustration d’un texte de Sandra Le Guen, La Palissade (2017).
  • Le jour où on a mangé tous ensemble, illustration d’un texte de Thierry Lenain, Nathan (2017).
  • Le jour où la France est devenue la France, illustration d’un texte de Thierry Lenain, Nathan (2017).
  • Un jour dans la forêt Toc Bou Toc Zoï / Une nuit dans la forêt Toc Bou Toc Zoï, coloriage, La maison est en carton (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Les petits secrets, illustration de textes de Natalie Tual, Didier Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • La compète, illustration d’un texte de Benoît Charlat, Talents Hauts (2014).
  • Loup s’y perd, illustration d’un texte d’Isabelle Wlodarczyk, Les 400 coups (2014).
  • Sous le signe de la mouette, illustration d’un texte d’Arnaud Jomain, Orphie (2014).
  • Le petit principe : Voyageur des trous noirs, illustration d’un texte d’Eva Almassy, l’école des loisirs (2014).
  • Histoires de renards, illustration d’un texte d’Annie Caldirac, Rue des enfants (2014).
  • Léo et Célestin, illustration d’un texte d’Isabelle Wlodarczyk, L’escamoteur (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Oh les loups !, illustration d’un texte de Céline Alix, Paquet (2013).
  • Madoulaine, illustration d’un texte de Mary Aulne, Apeiron (2013).
  • Renardot et le souvenir volé, illustration d’un texte d’Isabelle Wlodarczyk, Éditions du Caïman (2013).
  • Sur mon arbre perché, illustration d’un texte d’Isabelle Wlodarczyk, Vert pomme (2013), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez Thanh Portal sur son book : http://thanh.ultra-book.com.

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