La mare aux mots
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Mélanie Decourt

Les invité·e·s du mercredi : Ella Charbon, Marie-Thérèse Davidson et Mélanie Decourt

Par 16 mai 2018 Les invités du mercredi

C’est un entretien avec Ella Charbon que je vous propose aujourd’hui, c’est quelqu’un que j’aime beaucoup et je suis ravi qu’elle ait accepté de répondre à mes questions sur son travail et son parcours. Ensuite, c’est à une nouvelle question bête, notre nouvelle rubrique, que Marie-Thérèse Davidson et Mélanie Decourt (Nathan) ont bien voulu répondre : « Quelle est la différence entre une éditrice et une directrice de collection ? » Bon mercredi à vous.


L’interview du mercredi : Ella Charbon

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
Je me suis pas mal cherchée avant de devenir illustratrice.
J’ai coché la case étudiante en Droit, puis en Histoire de l’art à l’école du Louvre. Ensuite, je suis devenue assistante photo dans le milieu de la mode.
Puis, avec l’arrivée de mon premier fils, je me suis lancée dans l’illustration.
Ma mère était sculpteur, j’ai donc quand même pas mal baigné dans un milieu créatif, ça vous rattrape !

J’aimerais que vous nous parliez de Mes petits moments choisis qui vient de sortir à l’école des loisirs. Comment est né cet album ?
Un jour, j’ai vu un clip de Cassius, Go upsur internet, qui m’a beaucoup amusée. À l’écran deux vidéos qui n’ont rien à voir ensemble sont associées, chacune occupe la moitié de l’écran et ça fonctionne.
Ma fille avait alors 2 ans et demi et à cet âge on veut tout faire très vite et si possible en même temps.
A germé alors l’idée d’associer sur une même double deux moments importants pour les enfants, mais qui n’ont, au premier abord, aucun rapport entre eux. On les découvre alors séparément, en ouvrant un volet après l’autre et enfin on associe les deux moments en ouvrant les deux volets en même temps.

Son concept est totalement original, sur chaque double, grâce aux flaps, on a quatre illustrations différentes, comment avez-vous travaillé sur ce projet ?
J’ai fait beaucoup d’essais, de crayonnés afin de voir si ça marchait.
Je suis partie de l’idée de Goûter/Jardiner. J’adore les cactus et je me suis dit que ça pouvait être rigolo de le retrouver dans un cône de glace. C’est parti de là. J’ai commencé le pliage, réalisé une maquette papier, fait les dessins sur les flaps, à l’intérieur, ça fonctionnait.
Une fois, le mécanisme trouvé pour une double, c’était plus évident d’imaginer les autres moments.
J’ai alors décidé de couvrir la journée d’un enfant du petit déjeuner au coucher (en passant par le jeu, le déjeuner, la sieste, le goûter, le bain, l’histoire du soir). Il y a ainsi un fil conducteur.

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
Je réalise d’abord un crayonné très détaillé : les expressions, les attitudes, tout est prévu à cette étape.
Ensuite, je redessine sur l’ordinateur avec illustrator.

C’est votre deuxième projet solo, je crois, vous trouvez ça plaisant de travailler seule sur un album ou ça vous manque de partager avec quelqu’un ?
J’avais déjà réalisé deux projets seule (chez Gautier-Languereau), quand j’ai commencé l’illustration, il y a quelque temps déjà.
Et puis, j’ai eu la chance de rencontrer Gwendoline [Raisson, NDLR], avec qui j’ai fait plusieurs livres, et plus récemment Jean [Leroy, NDLR].
J’adore travailler avec eux, à deux.
Le projet évolue grâce aux échanges. Chacun donne ses idées. C’est un vrai travail d’équipe. C’est très riche.
Quand on a des doutes, on peut les partager. On n’est pas seul face à soi-même.
Ces derniers temps, est revenue l’envie de développer un projet solo, ça m’a pas mal obsédée, j’avais besoin de me prouver que je pouvais le faire. J’ai eu l’idée de Caché-Trouvé, paru l’été dernier à l’école des loisirs, collection Loulou et Cie. Je revenais à ma première passion, la photo, ça m’a sûrement aidé à passer le cap. Caché-Trouvé, ce sont mes premiers mots d’auteur (c’est un livre sur les contraires), comme des premiers pas. J’ai aussi eu la chance que le projet plaise à Grégoire Solotareff [éditeur de la collection Loulou & Cie, NDLR]. Ça m’a beaucoup touchée qu’il le prenne, ce projet me tenait tellement à cœur.
J’ai l’impression que ça m’a débloquée (en tout cas pour le moment), j’ai enchaîné avec Mes petits moments choisis.
Ça m’a un peu décomplexée, je peux maintenant m’autoriser à imaginer des choses, seule.
Mais c’est très important pour moi de faire des projets en duo. Tout se complète, se nourrit.
Donc, si je peux continuer à faire les deux, ça m’ira très bien.

Pour revenir sur Gwendoline Raisson, vous avez réalisé de nombreux livres ensemble, parlez-nous de votre collaboration
Ah Gwendoline, ma très chère Gwendoline !
C’est une amie commune (Hélène pour ne pas la citer) qui nous a mises en contact. Je démarrais en tant qu’illustratrice, je me posais pas mal de questions, Gwendoline avait déjà publié de nombreux livres. Elle a été très à l’écoute, très généreuse… L’idée de travailler ensemble est venue naturellement. Et naturellement aussi, on est devenues amies.
On s’est créé un bureau dans un espace coworking… euh non, en fait, on se retrouve dans un salon de thé se situant exactement entre chez elle et chez moi (on habite à côté). C’est donc là, entourées de pâtisseries, tartes salées, sucrées que nous échangeons sur nos projets.
Le projet peut démarrer d’un texte que Gwendoline m’envoie, d’une idée que je lui propose, de dessins… tout est possible.
Et bien sûr, on part de cette idée et au fil de la discussion on en développe d’autres, c’est trop bon.
Mais toutes les bonnes choses ayant une fin, au bout d’un moment chacune rentre chez soi.
Je travaille alors les crayonnés à partir de son texte, on en discute cette fois par mail, par téléphone, on se renvoie le projet avec nos remarques, une agréable partie de ping-pong s’installe et enfin, quand on est satisfaites, on se dit que là, on peut présenter le projet.
Et voilà.

Où trouvez-vous votre inspiration ?
Un peu partout. Mes enfants, des expos, un film, une image, un livre, des mots…

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’ado ?
Un livre qui me vient tout de suite à l’esprit, que j’ai gardé et que je lis encore à mes enfants : Drôle de zoo de Mc Hargue et Foreman. Partir d’une situation du quotidien et la transformer en quelque chose d’extraordinaire grâce à l’imaginaire enfantin. L’enfant arrive à ses fins par ses propres moyens, sa frustration l’amène à trouver une solution.
Les ombres des personnages humains deviennent des animaux aux yeux de l’enfant, j’adore ce côté « transformation ».
J’adore aussi Le grand livre vert, les illustrations de Maurice Sendak sont incroyables, à la fois drôles et élégantes.
Héloïse de Kay Thompson, le dessin est aussi étonnant, le livre impertinent.
Dans ces livres, l’enfant est plein de ressources, intelligent, vif, malin.
J’ai aussi été bercée par Roald Dahl, j’écoute d’ailleurs ses histoires audio en travaillant.
Sinon, ado, je dévorais la BD, je la dévore encore maintenant.

Y a-t-il des illustrateurs ou des illustratrices dont le travail vous touche ou vous inspire ?
Maurice Sendak, Quentin Blake, Anthony Browne (Anna et le gorille, les cadrages sont très proches de ceux de la photo)… et beaucoup beaucoup d’autres… j’adore quand on sent un grain de folie, une malice dans les expressions.
Des auteurs de BD : Richard Thompson (Cul de sac), Emmanuel Guibert (L’enfance d’Alan…), Anouk Ricard, Jiro Taniguchi…
Je vais m’arrêter là, la liste serait trop longue…

Sur quels projets travaillez-vous actuellement ?
À l’automne, va sortir dans la collection Loulou et Cie, éditions l’école des loisirs, Nous, on répare tout ! On y retrouvera les personnages de La soupe aux frites, avec bien évidemment Jean pour le texte. On travaille aussi sur une nouvelle histoire.
Gwendoline et moi avons quelques projets en préparation… Surprise…
Et dans le coin de ma tête et d’un carnet, des projets persos… À moi de les mettre en forme, toute seule, comme une grande.

Allez une dernière question (tirée de Mes petits moments choisis)… Faire la sieste ou s’évader ?
Haha, et pourquoi pas les deux? Faire la sieste pour mieux s’évader…

Bibliographie sélective :

  • Mes petits moments choisis, texte et illustrations, l’école des loisirs (2018).
  • Caché-Trouvé, texte et illustrations, l’école des loisirs (2017).
  • Dodo, Super !, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, l’école des loisirs (2017).
  • La soupe aux frites, illustration d’un texte de Jean Leroy, l’école des loisirs (2017).
  • Un gâteau comment ?, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, l’école des loisirs (2017).
  • Raspoutine se déguise, illustration d’un texte de Jean Leroy, l’école des loisirs (2016).
  • La montagne, illustration d’un texte de Delphine Huguet, Milan (2016).
  • D’un côté… et de l’autre, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, l’école des loisirs (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Félix à Paris, illustration d’un texte de Géraldine Renault, Éditions Tourbillon (2014).
  • Debout, Super !, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, l’école des loisirs (2014).
  • Vite !, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, l’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le grand voyage d’un petit escargot, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, Circonflexe (2013).
  • De toutes les couleurs, illustration d’un texte de Gwendoline Raisson, Circonflexe (2012).
  • Des flots de bisous, texte et illustrations, Gautier-Languereau (2009).
  • Ani’gommettes, texte et illustrations, Gautier Languereau (2008).

Le site d’Ella Charbon : http://ellacharbon.ultra-book.com.
Une vidéo pour aller plus loin : https://www.youtube.com/watch?v=sFWcoWj53xM.


Ma question est peut-être bête, mais…

Régulièrement, on osera poser une question qui peut sembler un peu bête (mais l’est-elle vraiment ?) à des auteur·trice·s, illustrateur·trice·s, éditeur·trice·s… Histoire de répondre à des questions que tout le monde se pose ou de tordre le cou à des idées reçues. Cette fois-ci, j’ai demandé à Marie-Thérèse Davidson (directrice de collection chez Nathan) et à Mélanie Decourt (éditrice chez Nathan) « Quelle est la différence entre une éditrice et une directrice de collection ? ». Je vous propose de lire leurs réponses. Si vous avez des questions bêtes, n’hésitez pas à nous les proposer !

Marie-Thérèse Davidson
NOTE LIMINAIRE 1 : de même qu’autrefois, on utilisait les noms de métier au masculin même pour désigner des femmes exerçant ce métier, ici j’ai choisi de suivre l’exemple de l’auteur de la question et d’utiliser la forme féminine des noms de métier – ce qui ne signifie absolument pas que je souhaite l’exclusion des hommes encore présents dans le domaine de l’écriture et de l’édition !!
NOTE LIMINAIRE 2 : tout ce qui suit correspond à et seulement à ma propre expérience de directrice de collection (Histoires Noires de la Mythologie et Histoires de la Bible) des éditions Nathan.
La directrice de collection n’intervient que s’il y a collection (et encore, pas toujours : une éditrice peut en être chargée). Une collection, c’est un ensemble d’ouvrages reconnaissables à leur présentation identique, souvent réunis par leur genre (poésie, BD…), leur thème (souvenirs d’enfance, mythologie…), etc.
La première différence – de taille ! – entre l’éditrice et la directrice que je suis est que je ne suis pas une salariée de l’entreprise mais une contractuelle, rémunérée en droits d’auteur – droits qui ne sont pas en rapport avec le temps consacré au travail, mais avec le succès de l’œuvre. Par ailleurs, la rédaction d’une partie documentaire qui venait compléter le roman mythologique était incluse dans mon travail de directrice. Puis ce travail de rédaction, nettement plus important que ce qui avait été prévu, a été reconnu comme excédant les exigences de mon rôle, et méritant donc une rémunération supplémentaire.
Par ailleurs, j’interviens davantage comme « experte » dans les domaines couverts par mes collections, Bible ou mythologie, et moins dans le travail « littéraire » sur le manuscrit. C’est-à-dire que mon rôle principal consiste à veiller à ce que les mythes (ou la Bible) ne soient pas « trahis »*, qu’il n’y ait pas d’anachronismes, etc.
Mais en dehors de cela, j’ai les mêmes tâches que l’éditrice (choix des sujets, contact avec les auteurs, relecture et commentaire des manuscrits) et le plus souvent, c’est moi qui sers de médiateur entre l’autrice et l’éditrice (que je ne remplace donc pas). De même, je suis consultée quand il s’agit de choisir le titre ou l’illustration de couverture, mais les décisions se prennent toujours à deux, trois (en incluant l’autrice), voire davantage (d’autres employés de Nathan). Enfin, je n’interviens pas du tout dans la mise en page et les étapes finales de la publication.
Bref, je n’ai pas tant l’impression de diriger que de participer à l’élaboration de « mes » deux collections !

* Il faudrait un plus long développement pour préciser ce que peut signifier trahir un mythe (!) ou ce qu’est un anachronisme dans un récit notoirement fictif…
Marie-Thérèse Davidson est directrice de collection (Histoires noires de la mythologie) chez Nathan.

Mélanie Decourt:
L’éditrice, comme son nom l’indique, édite les livres : c’est-à-dire qu’elle permet à une œuvre d’être publiée sous forme de livre. Le travail sur le texte est le cœur de sa mission, mais elle ne se limite pas à cela.
La mission commence par le choix des manuscrits. L’équipe éditoriale choisit un projet selon de nombreux critères, à commencer par sa valeur littéraire et artistique (est-il bien écrit, bien illustré, bien raconté, bien construit ? a-t-il un style, un ton, une voix, un enjeu ? apportera-t-il quelque chose à ses lecteurs ?), l’adéquation à la ligne éditoriale de la maison d’édition ou de la collection (ce projet rentre-t-il dans la charte de la collection ? est-il en phase avec les valeurs de la maison ? fait-il doublon avec le catalogue ? ou au contraire apporte-t-il quelque chose de nouveau ? pourra-t-il être bien porté par nos équipes éditoriales et de diffusion ? sommes-nous la bonne maison pour le défendre ?), mais aussi le potentiel commercial, les risques éventuels, la notoriété de l’auteur, la qualité du sujet, etc. Dans le cas d’une collection, la directrice de collection intervient à ce stade pour donner son avis sur le texte et son potentiel.
Une fois le projet retenu, on entre dans la phase d’édition à proprement parler, à savoir la transformation du manuscrit en texte bon à publier. À cette étape, s’il y a une directrice de collection, c’est elle qui travaille avec l’auteur·trice. Plusieurs allers-retours sont nécessaires pour caler le texte : en passant du papier de verre gros grain (réécrire des chapitres entiers, revoir la structure narrative) au grain ultra fin (peaufiner le style, supprimer les répétitions).
Une fois le texte établi, l’éditrice le prépare pour la mise en page : chasse aux dernières fautes de grammaire, d’orthographe, de typographie.
Ensuite l’éditrice coordonne le travail de mise en page avec le ou la graphiste, l’illustrateur·trice, le relecteur ou la relectrice, jusqu’à ce que le texte soit bon pour l’impression.
C’est aussi elle qui s’occupe des choix de format et de papier avec l’équipe de fabrication.
Elle discute aussi des conditions de mise en vente du livre, en collaboration avec l’équipe marketing (date de sortie, prix, rayon, promotion, etc.)
C’est elle qui présente le projet à l’équipe de diffusion qui proposera l’ouvrage aux libraires.
On le voit son travail s’apparente à celui d’une chef d’orchestre : sans elle, rien ne fonctionne dans les temps (et dans le budget !).
L’éditrice est le plus souvent salariée d’une maison d’édition. (Certaines travaillent en freelance, auquel cas elles sont payées au forfait, sur facture.) Les auteur·trice·s ou directeur·trice·s de collection sont payé·e·s en droit d’auteur, proportionnel aux ventes du livre.
Mélanie Decourt est directrice éditoriale fictions découvertes chez Nathan.

 

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Par 22 juillet 2015 Les invités du mercredi

Cet été, comme l’été dernier, vous pourrez lire, tous les mercredis, une question d’enfant et la réponse d’auteur-e-s, illustrateur-trice-s, éditeur-trice-s… Aujourd’hui, c’est une question de Raphaël, 12 ans : « Est-ce qu’on propose à un auteur de roman plusieurs choix d’illustrations pour la couverture ? ». Les auteur-e-s Bertrand Santini, Cathy Ytak, Stéphane ServantCécile Roumiguière, Annelise Heurtier, Clémentine Beauvais et Gaël Aymon et l’éditrice Mélanie Decourt ont accepté de lui répondre, vous découvrirez, en même temps que lui leurs réponses. Le journal de GurtyChacune des questions retenues fait en plus gagner un ouvrage à l’enfant qui l’a posée. Cette question permet donc à Raphaël d’avoir la chance de recevoir, grâce aux éditions Sarbacane, Le journal de Gurty, vacances en Provence de Bertrand Santini, un super roman qui nous a fait beaucoup rire ma fille et moi (et que nous avons chroniqué ici).


« Est-ce qu’on propose à un auteur de roman plusieurs choix d’illustrations pour la couverture ? » (Raphaël 12 ans)

Bertrand Santini :
Cela dépend des éditeurs. Certains auteurs – comme moi – ont la mauvaise habitude de fournir une couverture avec le texte, ce qui vire généralement en pugilat avec l’éditeur. D’autres auteurs, par contre, ont une manie pire encore, celle de se désintéresser tout à fait de cette question. Enfin, une majorité d’éditeur conçoivent la couverture sans demander l’avis de l’auteur. Celui-ci, généralement timide, la découvre en faisant “Oh, c’est formidable” alors qu’il la trouve parfaitement  hideuse.

Le journal de GurtyBertrand Santini est auteur et illustrateur de romans et d’albums. Son dernier roman, Le journal de Gurty, vacances en Provence, est sorti il y a peu chez Sarbacane. Avant cela, il a sorti, entre autres, Le Yark et Jonas le requin mécanique chez Grasset Jeunesse.
Retrouver ici l’interview que nous avons réalisée de lui.

Cathy Ytak :
Ma réponse va sûrement te surprendre, Raphaël… En effet, la plupart du temps, les éditeurs choisissent les couvertures des romans sans même demander l’avis des auteurs !
Ce sont donc les éditeurs qui choisissent les illustrateurs, et décident avec eux ce qui figurera sur la couverture. Les illustrateurs font alors des projets qu’ils remettent à l’éditeur. À ce stade-là, certains éditeurs envoient un ou deux projets à l’auteur pour lui demander son avis et recueillir ses commentaires. Ces éditeurs sont à l’écoute des auteurs qui peuvent ainsi demander à corriger quelques « erreurs » sur l’illustration (un personnage qui ne correspond pas à la description qui en est faite dans le livre, par exemple).
D’autres éditeurs, au contraire, n’envoient aux auteurs que la couverture achevée et prête à être imprimée. Dans ce cas, l’auteur est obligé d’accepter une couverture qui peut ne pas lui plaire. Et c’est très dommage !

La seule façon de te parlerCathy Ytak écrit non seulement des romans jeunesse mais aussi des livres de cuisine. Et quand elle n’écrit pas ses propres histoires, elle traduit celle des autres ! Son dernier roman vient tout juste de sortir chez Nathan et s’intitule La seule façon de parler.
Son site : http://www.cathy-ytak.net.

Stéphane Servant :
Oui Raphaël, effectivement, cela se passe généralement ainsi. L’éditeur propose une ou plusieurs couvertures et demande son avis à l’auteur. S’il y a des hésitations, c’est l’éditeur qui tranchera au final car c’est lui le maître d’œuvre : c’est lui qui va assurer la promotion du roman et il est donc important que l’image mette en valeur l’objet livre. Mais c’est évidemment un choix subjectif – l’auteur et l’éditeur peuvent avoir des points de vue très différents.
En ce qui me concerne, j’ai la chance d’avoir choisi les photos des couvertures de mes deux derniers romans. Comme j’aime beaucoup la photographie, je suis à l’affût du travail des jeunes créateurs. Je vais voir des expos, je furète sur Internet. Parfois, le travail de ces artistes résonne particulièrement avec des textes en cours d’écriture : ça a été le cas avec Louise Markise pour Le cœur des louves, et avec Laura Makabresku pour La langue des bêtes. Sylvie Gracia, mon éditrice aux éditions du Rouergue, a été sensible à leurs univers. Nous étions entièrement d’accord pour dire que ces photos feraient de ces livres de beaux objets. Et c’est ainsi que leurs images se sont retrouvées en couverture de mes romans !

La langue des bêtesStéphane Servant alterne les romans et les albums. Son dernier roman Chat par ci/Par par là est sorti au Rouergue. À la rentrée on pourra découvrir son nouveau roman, La langue des bêtes, au Rouergue toujours et son nouvel album, Ma mère illustré par Emmanuelle Houdart, chez Thierry Magnier.
Retrouvez ici l’interview que nous avons réalisée de lui.

Cécile Roumiguière :
L’auteur peut recevoir les esquisses de la couverture, un peu comme des brouillons, des propositions. Et il peut dire celle qu’il préfère, mais c’est l’éditeur qui décide. Parfois même, l’auteur peut suggérer le nom d’un illustrateur pour réaliser la couverture. Chez d’autres éditeurs, l’auteur ne découvre que la couverture finale, il ne pourra rien y changer. Les couvertures de romans font partie d’un ensemble, d’une collection, il faut que le lecteur repère les livres de la collection au premier regard, c’est pour ça que souvent c’est l’éditeur qui choisit tout seul la couverture. Mais il est important que l’auteur soit fier de la couverture de son roman, il va vivre avec elle un certain temps…

LilyCécile Roumiguière est auteure. Elle alterne romans et albums, elle vient d’ailleurs de sortir un roman chez La joie de Lire (Lily) et un album chez À pas de loups (Sur un toit un chat). À la rentrée, on découvrira Mon chagrin éléphant (Thierry Magnier).
Le site de Cécile Roumiguière : http://www.cecileroumiguiere.com.

Annelise Heurtier :
Cela dépend des livres et des éditeurs.
Parfois, l’éditeur n’implique pas du tout l’auteur, qui découvre (avec bonheur ou pas !) la couverture au moment de vérifier le BAT (Bon à Tirer, il s’agit de la maquette du livre juste avant qu’il soit imprimé).
D’autres fois, l’éditeur (ou le directeur artistique s’il y en a un dans la maison d’édition) montre à l’auteur les différentes pistes proposées par la personne qui réalise la couverture : graphiste, illustrateur, ou photographe. Et le choix se fait de manière concertée !

RefugesAnnelise Heurtier est auteure de romans et d’albums. Son dernier roman Refuges est sorti chez Casterman. Son dernier album, Combien de terre faut-il à un homme, chez Thierry Magnier.
Retrouver ici une interview que nous avions réalisée d’elle.
Le site d’Annelise Heurtier : http://histoiresdelison.blogspot.fr.

Clémentine Beauvais:
En général, non, on en propose un seul. L’auteur a vraiment très peu de marge de manœuvre sur la couverture – on peut parfois dire qu’on préfère tel ou tel choix de couleur, telle ou telle police d’écriture, mais ces décisions sont très largement faites par les éditeurs.

Les petites reinesClémentine Beauvais écrit des romans (le dernier : Les petites reines, sorti chez Sarbacane) et des albums (le dernier : Lettres de mon hélicoptêtre, chez Sarbacane également). À la rentrée, on découvrira Les bébés ça pue chez Hachette.
Retrouver ici l’interview que nous avions réalisée d’elle.
Le site de Clémentine Beauvais : http://www.clementinebeauvais.com.

Gaël Aymon :
J’ai rarement mon mot à dire sur quoi que ce soit, illustrations ou couverture ! Mais je pense que si je détestais un projet de couverture, l’éditeur essaierait de trouver autre chose. Ça ne m’est jamais arrivé. J’aime presque toutes les couvertures de mes livres, même si je ne les ai pas choisies.

Les héros oubliésGaël Aymon alterne romans (Le conte des trois flocons, chez Bayard, et Aux portes de l’oubli, chez Actes Sud Junior, viennent de sortir) et albums (Perce-Neige et les trois ogresses, chez Talents Hauts est le dernier en date).
Retrouver ici l’interview que nous avions réalisée de lui.
Le site de Gaël Aymon : http://gaelaymon.com.

Mélanie Decourt :
La couverture (comme le titre) d’un roman sont du ressort de l’éditeur. C’est lui qui à la fois connaît le contenu du roman et sait à quel type de lecteurs-lectrices on le destine, dans quel type de librairies on va le vendre et donc à quoi le livre doit ressembler pour attirer son public. C’est l’éditeur ou l’éditrice qui, en accord avec toute l’équipe (auteur-e, illustrateur-trice, graphiste, directeur-trice artistique, fabricant-e, directeur-trice du marketing, cf. question de Madeleine) va décrire le type de couverture qu’il imagine :
– avec une photo, une illustration ou juste le titre ?
– avec un effet de fabrication : vernis sélectif, fer à dorer, embossage, encre pantone… ?
– le genre du livre : humour, peur, imaginaire, historique… ?
– l’âge des lecteurs-lectrices,
– ce que l’on doit mettre en avant sur la couverture  : les personnages ? le décor ? le genre ?
Ensuite c’est le directeur artistique ou graphiste qui la réalise : il fait faire une illustration ou trouve une photographie, puis cherche une typographie pour le titre et place le tout ensemble. Il ou elle fait plusieurs propositions et il y a plusieurs étapes, on corrige, on recommence, on cherche… puis on trouve ! Quand on hésite entre deux projets, on demande son avis à l’auteur.

Mélanie Decourt est directrice éditoriale (albums et fictions) chez Nathan après avoir été éditrice chez Talents Hauts, maison qu’elle a co-fondée.
Retrouvez ici l’interview que nous avons réalisée d’elle.

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Par 15 juillet 2015 Les invités du mercredi

Cet été, comme l’été dernier, vous pourrez lire, tous les mercredis, une question d’enfant et la réponse d’auteur-e-s, illustrateur-trice-s, éditeur-trice-s… Aujourd’hui, c’est une question de Madeleine, 7 ans : « Qui décide si un livre sera grand, moyen ou petit ? Pourquoi parfois le livre existe en grand et en petit format (comme par exemple Caca Boudin de Stephanie Blake) ? Qui décide s’il sera rectangulaire ou carré ou même rond ? ». Les éditeur-trice-s Laurence Nobécourt, Rafaèle Wintergerst, François David, Mélanie Decourt, Christelle Renault et Odile Josselin ont accepté de lui répondre, vous découvrirez, en même temps qu’elle, leurs réponses. CV_ZIZI_CARRES_RVBChacune des questions retenues fait en plus gagner un ouvrage à l’enfant qui l’a posée. Cette question permet donc à Madeleine d’avoir la chance de recevoir, grâce aux éditions Talents Hauts, Le zizi des mots de Élisabeth Brami et Fred L., un album qui dénonce le sexisme de la langue française (nous l’avions chroniqué ici).


« Qui décide si un livre sera grand, moyen ou petit ? Pourquoi parfois le livre existe en grand et en petit format (comme par exemple Caca Boudin de Stephanie Blake) ? Qui décide s’il sera rectangulaire ou carré ou même rond ? » (Madeleine 7 ans)

Laurence Nobécourt :
C’est l’éditeur qui choisit le format du livre mais on en discute  avec l’auteur/ l’illustrateur, on essaye de trouver ensemble le format le mieux adapté au projet de livre.
Pour les 12 premiers livres d’À pas de loups, nous avons 10 formats différents, c’est un choix : des petits livres carrés, de grands albums rectangulaires, des livres très étroits comme Une girafe sur le toit du monde qui suit la forme du cou de la girafe ou Un tour de cochons tout en hauteur comme l’arbre qui abrite la maison des cochons.
Circus est un leporello, c’est  un album accordéon qui mesure plus de 3 mètres lorsqu’on le déplie entièrement, l’illustratrice Albertine avait dessiné cette parade dans un carnet leporello et il a été imprimé quasiment à l’identique.
Il arrive parfois que des contraintes techniques ne permettent pas la réalisation de certains projets.
Nous venons de fêter le premier anniversaire d’À pas de loups et n’avons pas de livre réédité en petit format.

Laurence Nobécourt est l’éditrice d’À pas de loups.
Leur site : http://apasdeloups.com.

Rafaèle Wintergerst :
C’est toute une équipe qui décide si un livre sera grand, moyen ou petit. Il y a d’abord l’illustrateur et l’auteur qui ont souvent une idée de la taille qu’ils voudraient pour leur livre. La taille que l’on donne à un livre, c’est très important, car ça change complètement le rapport du lecteur avec le livre.
Si tu tombes sur un livre énorme, tu n’auras pas le même sentiment, la même attitude en l’approchant. Peut-être auras-tu envie de le montrer à tout le monde, de le lire à haute voix, de le regarder debout. Si un livre est au contraire, tout petit, mini mini, microscopique, tu auras certainement l’impression que c’est un sujet plus intime, que c’est un livre à découvrir tranquillement, caché dans sa cabane.
Une fois que l’auteur et l’illustrateur ont donné leurs avis, l’éditeur, s’il est d’accord avec eux, demande si l’imprimeur est capable de faire ce format pour un prix raisonnable.
Si c’est possible, c’est parfait.
Si c’est pas possible, trop cher, trop compliqué, il faut faire, malheureusement, des compromis.
Chez Winioux, nous avons publié Rien qu’une fois dans un tout petit format, parce que nous voulions donner envie au lecteur de le prendre partout avec soi. Dans sa poche, sous son oreiller, dans son sac, pour garder ses rêves à portée de main.
Pour répondre à ta seconde question, parfois, l’éditeur veut permettre au lecteur de voir le livre dans un grand format, mais ne veut pas non plus se couper d’un public qui n’aurait pas les moyens d’acheter cette belle version. Alors il fait aussi un petit format qu’il peut vendre moins cher.
Il peut y avoir aussi des éditeurs qui se trompent, qui impriment leur livre dans un format, puis qui se rendent compte que le livre ne rentre pas dans leurs étagères, alors, ils le réimpriment en plus petit…
Enfin, pour ta question de savoir qui décide s’il sera rectangulaire ou carré ou même rond, c’est une question qu’on se pose au tout début du processus. Parce que l’illustratrice ne peut pas commencer son travail avant de savoir le format du livre. Si elle fait des illustrations carrées, on aura du mal à les placer sur des pages rectangulaires. Il faut que tout le monde soit bien d’accord dès le début du travail.
Fabriquer un livre rond, ou dans une forme un peu plus originale (en forme de poupée, un livre troué…) coûte très très cher. La plupart de ces livres-là sont fabriqués en Asie.
Les éditeurs qui se creusent la tête pour parvenir à les fabriquer en France ou en Europe sont assez rares. Tu peux regarder au dos du livre, ou dans les mentions légales (ce qui est écrit en tout petit) où est imprimé le livre.
Chez Winioux, nous avons décidé de rester solidaires des imprimeurs français et belges. Si nous voulons une forme originale, il faut que l’on se débrouille pour arriver à le faire faire sur place. Il nous arrive donc parfois de faire du façonnage à la main. C’est rigolo, mais c’est un peu long.
Merci pour ces questions très intéressantes Madeleine !

Rafaèle Wintergerst est l’éditrice de Winioux
Leur site : http://editionswinioux.com.

François David :
Ta question est vraiment intéressante. Le choix de la forme d’un livre est en effet très important et cela me fait plaisir que tu y sois ainsi sensible. C’est l’éditeur toujours qui prend la décision finale, mais cela peut se faire sur les propositions de l’auteur ou de l’illustrateur. Chez Møtus, nous avons, comme tu l’indiques, un livre rond comme un visage (Mots d’enfants), et aussi un livre très très très haut et étroit (L’Homme), un livre tout noir (Noir/Voir), un livre tout blanc (L’enfant de la neige), un livre percé d’un large trou (La planète Avril), et également des livres-objets de formes très diverses et inattendues.  Par exemple le livre-objet Les bonbons-mots se présente comme un sachet de bonbons. Mais les bonbons, à l’intérieur, ce sont en fait des poèmes qui se dégustent avec délice. Là, pour répondre à ta question, c’est l’auteure, Aline Pirès, qui avait eu l’idée de cette présentation. Elle avait fait un modèle très proche de l’ouvrage tel qu’on peut le trouver. Møtus lui a seulement demandé d’écrire de vrais poèmes, au lieu de simples devinettes qu’elle avait d’abord proposées. Et comme le projet était un beau projet, précis, réalisable et quand même pas trop cher à fabriquer, Møtus a été très heureux de le publier. Et si tu le veux, tu peux maintenant savourer ces bonbons-mots.

François David est l’éditeur de Møtus
Leur site : http://motus.zanzibart.com.

Mélanie Decourt :
C’est l’éditeur ou l’éditrice, la personne qui est responsable du projet du livre dans la maison d’édition, qui décide du format et de la fabrication du livre, en accord avec l’auteur-e, et avec l’illustrateur ou l’illustratrice s’il y en a. L’éditeur prend les conseils de plusieurs personnes qui travaillent dans la maison d’édition :

  • le ou la graphiste, la personne qui fait la mise en page,
  • le directeur ou la directrice artistique, la personne qui s’occupe de l’aspect visuel des livres (couverture, illustrations, etc.),
  • le fabricant ou la fabricante, la personne qui est en relation avec les imprimeurs,
  • le ou la responsable du marketing, qui connaît bien le marché du livre, ce qu’attendent les libraires, les parents, les lecteurs et les lectrices.

On décide en fonction de plusieurs éléments. D’abord le public du livre.
Par exemple, un livre pour les tout-petits doit être très solide : tout en carton ou avec des pages qui ont l’air plastifiées (en fait pelliculées). Il doit être petit pour s’adapter aux petites mains : en général, ils ne dépassent pas 15 cm. On peut décider de faire des bords arrondis pour ne pas que les enfants se blessent.
Pour les lecteurs de ton âge, on privilégie les formats poche, faciles à tenir en main, avec beaucoup d’illustrations car vous commencez à lire.
On s’adapte aussi au projet, au sujet, au type d’illustrations. Un livre sur les girafes devra être plutôt en hauteur et grand. 😉 Un album sur un sujet intime, personnel, pourra être plus petit.
C’est vraiment le cœur du travail de l’éditeur-éditrice de trouver l’objet-livre qui correspond le mieux au projet et au public.
Quand un livre marche bien, on peut décider d’en faire une version poche, c’est-à-dire plus petite. Cette version touchera un vaste public parce qu’elle est moins chère. Elle est aussi moins lourde et plus pratique à transporter (dans ta poche, d’où son nom, ou dans ta valise de vacances par exemple !).
C’est le cas des romans que lisent tes parents, qui existent parfois en grand format et en poche C’est aussi le cas des albums que tu cites.

Mélanie Decourt est directrice éditoriale (albums et fictions) chez Nathan après avoir été éditrice chez Talents Hauts, maison qu’elle a co-fondée.

Odile Josselin :
Pour décider du format d’un livre il y a 2 grandes raisons :
Choisir un format qui renforce l’ambiance de l’histoire : petit pour une histoire intime avec des dessins minutieux, grand pour des dessins plus spectaculaires. Petit pour des petites mains, pas trop grand lorsqu’on d’adresse à des enfants qui commencent à lire et aiment bien avoir un livre de « lecture ». Grand pour rentrer encore plus dans un décor.
Horizontal si par exemple il y a des paysages de mer. Vertical si on est dans une maison, une forêt car ça donne plus l’impression d’être à l’intérieur. C’est selon les auteurs qui sont parfois plus à l’aise avec une taille et un sens pour leurs dessins. Dans les albums il y a parfois uniquement des double-pages remplies et parfois on alterne texte, image. Le format est aussi un moyen de reconnaître les livres d’un même auteur, d’un même personnage (ex : Lola de Claude K Dubois, Lou et Mouf de Jeanne Ashbé pour les petits, les livres de Mario Ramos). C’est un point dont on discute toujours avec les auteurs chez Pastel. Il y a une certain nombre de formats qui reviennent régulièrement pour des raisons pratiques.
La deuxième raison est une raison de production : Les machines des imprimeurs ont certains formats que l’on respecte afin de remplir au maximum les feuilles imprimées. Le carton des couvertures ne peut dépasser une certaine taille. Cela est important pour fixer un prix de vente qui ne soit pas trop cher.
À l’école des loisirs il existe des formats poche, la collection Lutin. Cette collection reprend certains livres du catalogue en plus petit format avec une couverture souple. Cela permet de proposer une même histoire moins chère, de l’emporter en voyage !
Il arrive qu’un même livre soit dans plusieurs formats. Chez Pastel nous avons plusieurs formats de Devine combien je t’aime car c’est une histoire qui parle à tout le monde. Il y en a donc un « normal », un tout en carton pour les petits, un avec une jaquette plus chic pour un cadeau et bientôt un avec un petit lapin comme un doudou.

Odile Josselin est éditrice chez Pastel.
Le site de Pastel

Christelle Renault :
C’est très souvent l’auteur qui décide du format original de son livre. On peut bien sûr le conseiller s’il hésite entre plusieurs tailles.
Quand le livre est publié pour la première fois, c’est en grand format, avec une couverture cartonnée.
Nous publions par la suite une version « poche » du livre, dans un plus petit format, avec une couverture souple, à un prix moins élevé.

Christelle Renault est éditrice album à l’école des loisirs.
Le site de l’école des loisirs

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Par 8 juillet 2015 Les invités du mercredi

Cet été, comme l’été dernier, vous pourrez lire, tous les mercredis, une question d’enfant et la réponse d’auteur-e-s, illustrateur-trice-s, éditeur-trice-s… Aujourd’hui, c’est une question de Raphaël, 12 ans : « À propos du titre d’un livre, est-ce que celui-ci est trouvé avant de commencer à écrire ou après ? Est-ce que ça pose parfois problème à l’auteur d’en choisir un ? Est-ce que l’éditeur peut demander à en trouver un autre ? ». Les auteur-e-s Jean-Luc Englebert, Charlotte Moundlic, Annelise Heurtier, Clémentine Beauvais, Gaël Aymon, Ghislaine Roman et Cécile Roumiguière et les éditrices Mélanie Decourt, Christelle Renault et Odile Josselin ont accepté de lui répondre, vous découvrirez, en même temps que lui leurs réponses. Chacune des questions retenues fait en plus gagner La pyramide des besoins humainsun ouvrage à l’enfant qui l’a posée. Cette question permet donc à Raphaël d’avoir la chance de recevoir, grâce à l’école des loisirs, La pyramide des besoins humains de Caroline Solé, un super roman qui raconte l’histoire d’un jeune SDF qui va devenir le héros d’une téléréalité.


« À propos du titre d’un livre, est-ce que celui-ci est trouvé avant de commencer à écrire ou après ? Est-ce que ça pose parfois problème à l’auteur d’en choisir un ? Est-ce que l’éditeur peut demander à en trouver un autre ? » (Raphaël, 12 ans)

Jean-Luc Englebert :
Le titre peut être trouvé au moment où j’invente l’histoire.
Mais le plus souvent je le trouve une fois que mon texte est écrit, voire même tout à la fin au moment de rendre mes illustrations à mon éditrice.
J’ai souvent du mal à trouver le bon titre, et j’en discute beaucoup avec Odile Josselin (éditrice chez Pastel).
Parfois je trouve un titre et mon éditrice me demande de le changer.
Ça arrive.
Parfois c’est juste un mot qui change : j’avais trouvé « Raconte-moi une histoire » et mon éditrice a préféré « Donne-moi une histoire ».

Donne-moi une histoireJean-Luc Englebert est auteur et illustrateur. Il vient de sortir Donne-moi une histoire (Pastel) dont il a fait le texte et les illustrations et Ulysse 15 de Christine Avel (l’école des loisirs) qu’il a illustré. À la rentrée, on découvrira Un ours à l’école (Pastel).
Son site : http://englebert.ultra-book.com/portfolio.

Charlotte Moundlic :
Cher Raphaël,
me concernant c’est pour chaque livre différent.
Il arrive que je n’aie pas d’idée de titre ou alors qu’elle soit mauvaise.
À ce moment-là s’engage une discussion avec l’éditeur où chacun donne ses propositions.
On dit tout ce qui nous passe par la tête, ça part dans tous les sens et puis d’un coup, il y en a un qui sort du lot et devient évident. On finit toujours par tomber d’accord.
Le pire c’est quand tout le monde trouve que le titre est bien, et qu’on réalise qu’il est déjà utilisé pour un autre ouvrage.
C’est alors très compliqué d’en trouver un autre, d’avoir une autre idée alors qu’on sait qu’elle est bonne.
Et même si on en trouve toujours un autre, on garde un petit regret pour celui qu’on n’a pas pu utiliser.

Je suis le fruit de leur amourCharlotte Moundlic est auteure. Elle alterne les albums et les romans. Son dernier roman, Je suis le fruit de leur amour, est sorti chez Thierry Magnier, son dernier album, Le papa de Simon (d’après une histoire de Maupassant, illustré par François Roca), chez Milan.
Retrouvez l’interview que nous avons réalisée d’elle ici.

Annelise Heurtier :
Bonjour Raphael !
Cela dépend des cas ! Pour chaque livre, le processus de choix du titre est une nouvelle aventure. Parfois, le titre s’impose de lui-même à l’auteur, avant même qu’il ne commence à rédiger, ou dès les premiers chapitres.
Parfois, c’est plus difficile. On hésite entre-deux, ou même, on ne trouve rien… Mon éditrice est d’avis que cela n’est pas bon signe : quand on n’a absolument aucune idée de titre, selon elle, c’est que l’histoire n’est pas claire ! Je crois qu’elle a raison.
En tous cas, le rôle de l’éditeur est déterminant : il valide ou non le titre (il doit d’ailleurs s’assurer qu’il ne s’agit pas d’un titre déjà utilisé pour un autre livre), aide l’auteur à en trouver un autre si besoin. Car le titre, comme l’image de couverture, est un élément très important. Il doit être accrocheur, facile à mémoriser, original, tout en représentant bien le roman et son style. Son choix est souvent propice à de nombreux débats  : doit-on choisir un titre un peu mystérieux, qui ne révèle rien de l’intrigue, ou à l’inverse, doit-on déjà faire en sorte que le lecteur comprenne de quoi il retourne… C’est aussi un peu subjectif, d’où les difficultés que l’on rencontre parfois pour se mettre d’accord sur un choix !

RefugesAnnelise Heurtier est auteure de romans et d’albums. Son dernier roman Refuges est sorti chez Casterman. Son dernier album, Combien de terre faut-il à un homme, chez Thierry Magnier.
Retrouver ici une interview que nous avions réalisée d’elle.
Le site d’Annelise Heurtier : http://histoiresdelison.blogspot.fr.

Clémentine Beauvais:
Ça dépend des livres ! Parfois, on trouve le titre tout de suite, voire avant même de commencer à l’écrire – c’est le meilleur cas de figure, parce que ça veut généralement dire qu’il est très bien, et qu’on n’a pas à se tracasser plus longtemps. Par exemple, pour mon livre Comme des images, j’avais le titre en tête depuis le début. Parfois, on met des semaines, voire des mois à trouver un bon titre. Ça peut être très stressant. Et oui, l’éditeur peut exiger de changer le titre et mettre un titre qui lui convient –  Les petites reines par exemple s’appelait « Les trois boudins » et l’éditeur ne voulait pas de ce titre-là !

Les petites reinesClémentine Beauvais écrit des romans (le dernier : Les petites reines, sorti chez Sarbacane) et des albums (le dernier : Lettres de mon hélicoptêtre, chez Sarbacane également). À la rentrée, on découvrira Les bébés ça pue chez Hachette.
Retrouver ici l’interview que nous avions réalisée d’elle.
Le site de Clémentine Beauvais : http://www.clementinebeauvais.com.

Gaël Aymon :
Je trouve certains titres avant même d’écrire l’histoire, comme « Le fils des géants ». Pour le roman Ma réputation, par exemple, j’ai terminé l’écriture sans avoir de titre et j’ai cherché les mots dans le texte qui résumaient le mieux l’histoire. Et puis il y a les titres sur lesquels on n’est pas tout de suite d’accord, l’éditeur et moi. Parfois, c’est l’éditeur qui finit par trouver le bon. Ça m’arrive très rarement je dois dire mais c’est le cas du roman Une place dans la cour.

Les héros oubliésGaël Aymon alterne romans (Le conte des trois flocons, chez Bayard, et Aux portes de l’oubli, chez Actes Sud Junior, viennent de sortir) et albums (Perce-Neige et les trois ogresses, chez Talents Hauts est le dernier en date).
Retrouver ici l’interview que nous avions réalisée de lui.
Le site de Gaël Aymon : http://gaelaymon.com.

Ghislaine Roman:
Choisir le tire d’un album, ce n’est pas rien. C’est un peu comme choisir le prénom d’un enfant. Ces mots vont le désigner pendant un temps qu’on espère, bien sûr, le plus long possible.
Parfois, quand j’écris un texte, le titre me vient en tête, comme ça, sans crier gare, en douce. Il s’impose à moi. Il semble évident. C’est ce qui s’est passé par exemple pour La poupée de Ting-Ting. À aucun moment je n’ai envisagé que cet album puisse s’appeler autrement.
Ce n’est pas toujours le cas. D’autres titres connaissent de drôles d’aventures. La mémoire de mon ordinateur en garde fidèlement la trace. Jusqu’à cinq titres en cours d’écriture ! Et au final, un sixième sur la couverture !
Quel est l’enjeu, au fond ? Il faut que les mots choisis en disent un peu, mais pas trop. Qu’ils donnent envie d’en savoir plus et qu’ils guident un peu le lecteur dans son choix. Ils ne doivent pas le tromper, l’égarer… mais ils doivent aussi le surprendre. Ce n’est pas si simple. D’autant plus qu’il sort des milliers de livres chaque année et que parfois, le titre est déjà pris. Ainsi Un jour, deux ours s’appelait à l’origine « Une rencontre ». Mais en consultant les bases de données en ligne, nous nous sommes aperçus que beaucoup de livres s’appelaient ainsi. Nous avons donc décidé de le changer pour lui donner une meilleure visibilité.
Il m’arrive aussi de ne pas trouver d’idée de titre. Bien sûr, j’en écris un en en-tête de mon manuscrit mais je sais qu’il ne convient pas, qu’il va falloir en discuter. C’est un titre « martyre », un titre dont je sais qu’il est provisoire et qu’il va donner l’occasion de réfléchir avec l’éditeur. On en parle ensemble, et il est même arrivé que ce soit l’illustrateur qui en suggère un et qu’il soit choisi. Cela s’est produit deux fois et j’ai trouvé ça génial.
Le plus douloureux, c’est le titre qu’on aime, dont on est fier… et qui se voit refusé ou modifié par l’éditeur. C’est un moment de frustration qui ne dure pas mais qui est tout de même très agaçant.
C’est ce qui m’est arrivé pour un de mes prochains albums et cela m’a tenue éveillée une nuit entière. J’en ai parlé avec des amis auteurs, illustrateurs et tous m’ont dit qu’ils avaient connu la même déception au moins une fois. Cela m’a aidée à prendre du recul et maintenant tout cela me paraît un peu dérisoire. Je comprends la position d’un éditeur. Cela coûte cher de faire un livre alors bien sûr, il essaye de mettre toutes les chances de son côté, du côté du livre, et donc de mon côté aussi. Parfois, c’est moi qui gagne la partie et je n’en suis pas mécontente. Pour OUF ! par exemple, j’ai tenu bon et le titre n’a pas été changé !
Un dernier point : en littérature de jeunesse, le rapport que le titre entretient avec l’image de la couverture est essentiel. S’ils se complètent bien, si « ça colle », cela crée une sorte d’énigme qui donne envie de tourner les pages et de partir à la découverte de l’histoire. C’est une chimie un peu mystérieuse et le rôle du graphiste est très important.
Tu vois, Raphaël, qu’on parle du titre ou d’un quelconque aspect d’un album, on finit toujours par arriver à la même conclusion : tout seul, on ne peut rien. Faire un livre, c’est un sacré travail d’équipe !

Ouf !Ghislaine Roman est auteure. Son album Un jour, deux ours (illustré par Antoine Guilloppé et édité par Gautier Languereau) vient de ressortir et son tout dernier album, Ouf ! (illustré par Tom Schamp et édité par Milan) est sorti le mois dernier.
Retrouvez Ghislaine Roman sur son site : http://www.ghislaineroman.fr.

Cécile Roumiguière :
Le titre arrive… quand il veut. Parfois, on commence à écrire une histoire à partir d’un titre, à partir de deux ou trois mots qui mis ensemble ouvrent tout un univers. D’autres fois, à la fin de l’écriture, on ne sait toujours pas comment s’appellera le livre, et l’éditeur peut donner son avis, bien sûr. Certains éditeurs même, adorent trouver des titres. Entre les deux, souvent, on hésite, on trouve un titre en cours d’écriture, puis il change. Et souvent, à la fin, ce sont les « commerciaux », c’est-à-dire ceux qui présentent nos livres aux libraires pour qu’ils aient envie de les proposer dans leur magasin, ce sont eux qui demandent à changer le titre pour qu’il soit « plus vendeur ». Et là, l’auteur résiste, discute, ou cède, ça dépend si le titre lui plaît beaucoup où s’il n’est pas très important pour lui. Il faut aussi vérifier que le titre n’existe pas déjà, il y a tellement de livres, de films, de chansons…

LilyCécile Roumiguière est auteure. Elle alterne romans et albums, elle vient d’ailleurs de sortir un roman chez La joie de Lire (Lily) et un album chez À pas de loups (Sur un toit un chat). À la rentrée, on découvrira Mon chagrin éléphant (Thierry Magnier).
Le site de Cécile Roumiguière : http://www.cecileroumiguiere.com.

Mélanie Decourt
Comme la couverture, le titre est du ressort de l’éditeur ou de l’éditrice. Et, pour les mêmes raisons que la couverture, car l’éditeur est la personne qui connaît le contenu du livre et sait à quel type de lecteurs-lectrices on le destine et donc comment il doit s’appeler pour attirer son public.
Parfois l’auteur a trouvé dès le départ un très bon titre et on le garde jusqu’au bout.
Parfois il n’y a pas de titre ou un titre pas terrible, alors l’éditeur fait des propositions qui seront débattues avec l’équipe de la maison d’édition et l’auteur.
Il est important de trouver le titre avant que le graphiste et l’illustrateur réalisent la couverture. En effet, le titre met en avant un des aspects du livre et l’image doit s’adapter à ce sujet. SI le titre change, c’est toute la couverture qui change.

Mélanie Decourt est directrice éditoriale (albums et fictions) chez Nathan après avoir été éditrice chez Talents Hauts, maison qu’elle a co-fondée.

Odile Josselin :
On en discute toujours avec les auteurs. Le titre est important, comme la couverture pour donner envie, intriguer. Certains auteurs y pensent très tôt et ça les stimule. Par exemple Michel Van Zeveren s’était amusé à trouver des expressions qui reviennent toujours chez les enfants : « Et, pourquoi », « C’est à moi, ça » « C’est pas grave ». Lorsqu’on est d’accord, je dois vérifier si le titre est encore disponible car sinon cela peut être embêtant pour les commandes des libraires.  C’est à moi ça s’appelait d’abord « C’est à moi ». On a rajouté un petit mot pour ne pas avoir de problème et il est très bien comme ça maintenant !
Il est vrai que parfois l’auteur n’a pas d’idée car il s’est concentré sur l’histoire, les dessins et toutes les autres questions. Alors on cherche ensemble. Certaines fois ça prend plus de temps.

Odile Josselin est éditrice chez Pastel. Elle est l’éditrice de Jean-Luc Englebert (cf plus haut).

Christelle Renault:
Cela dépend ! Certains auteurs trouvent leur titre avant d’écrire leur histoire, d’autres ne le trouvent qu’à la fin. Il se peut aussi que le titre change en cours de route. C’est très dur de trouver un titre accrocheur, original, attirant, qui résume bien l’histoire du livre, et qui ne soit pas déjà utilisé.
Donc oui, parfois, l’éditeur doit aider l’auteur à trouver un bon titre pour son livre.

Christelle Renault est éditrice album à l’école des loisirs.

 

 

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Les invité-e-s du mercredi : Mélanie Decourt et Matthieu Maudet (+ concours)

Par 5 novembre 2014 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, encore, nous voulions vous présenter une éditrice. Comme je le disais lors de l’interview d’Isabel Finkenstaedt, il y a peu, malgré le fait que l’on connaisse peu les éditeurs et les éditrices, ce sont aussi grâce à eux que les bons livres existent. Sans leurs choix éditoriaux, leur travail avec les auteurs et les illustrateur-trice-s, nous serions bien moins gâtés en librairie ! Et cette fois-ci, c’est Mélanie Decourt, une des éditrices (et cofondatrice) de Talents Hauts que nous voulions vous présenter. Nous vous parlons régulièrement de cette maison qui nous tient particulièrement à cœur puisqu’elle est spécialisée dans l’antisexisme, sujet ô combien important pour l’équipe de La mare aux mots. J’avais envie d’en savoir plus sur la démarche d’une telle maison qui va fêter ses dix ans l’année prochaine. À la suite de cette interview, je vous propose de tenter de gagner le magnifique album de Gaël Aymon et Peggy Nille, Perce-Neige et les trois ogresses, que nous avions chroniqué ici. Ensuite, nous partirons en vacances avec un auteur/illustrateur que nous aimons beaucoup, Matthieu Maudet. Bonne semaine à vous !


L’interview du mercredi : Mélanie Decourt, cofondatrice des Éditions Talents Hauts

© Caroline Deloffre.

© Caroline Deloffre.

Comment est né Talents Hauts ?
J’ai rencontré Laurence Faron en 1996, quand j’ai commencé à travailler dans l’édition (scolaire à l’époque). Nous avons travaillé ensemble, sommes devenues amies. En 2004, Laurence m’a proposé de créer une maison d’édition. Comme j’aime les paris fous, j’ai dit oui. Et c’était parti…
Alors nous avons discuté, réfléchi, rencontré des auteurs, des illustrateurs, des libraires, brassé des idées, élaboré des collections, fait des études de marché, testé des prémaquettes, lu des manuscrits, lu et relu des épreuves, remis mille fois le métier sur le tapis et… En octobre 2005, les quatre premiers livres sont sortis en librairie, parmi lesquels La princesse et le dragon, de Robert Munsch et Michael Martchenko, notre best-seller !

Comment est venue l’idée de vous consacrer à l’antisexisme ? C’était un sujet qui vous touchait particulièrement ?
À l’époque, j’étais présidente de l’association Mix-Cité, une des premières associations féministes avec des garçons. Nous alertions le grand public sur les inégalités femmes-hommes, par des actions médiatiques, coups de poing ou rigolotes. Comme j’étais La princesse et le dragonéditrice, je m’intéressais à la représentation des filles et des garçons dans les livres et j’avais pu constater que les livres de jeunesse étaient remplis de stéréotypes. Laurence, de son côté, en tant que mère lectrice, avait la même analyse.
Nous avions très envie de conjuguer nos convictions avec notre métier : la création de Talents Hauts l’a rendue possible.

En 2005, on en parlait moins qu’aujourd’hui.
Effectivement en 2005, ce n’était pas vraiment un sujet « tendance ». Au contraire. En littérature jeunesse (comme dans le reste de la société d’ailleurs), il n’y avait rien eu sur ce sujet depuis les années 1970 et les grands livres des Éditions des femmes et du Sourire qui mord.

Et depuis ? Vous avez vu une évolution depuis 2005 ?
Malheureusement, les choses ont empiré… On observe une multiplication des titres sexués, « pour les filles » et « pour les garçons », dans lesquels les univers sont visuellement distincts en fonction du sexe (rose paillettes/bleu), mais les qualités, les activités et les rêves d’avenir le sont aussi (pour les filles : être belle, faire des enfants et le ménage ; pour les garçons : être fort et jouer au foot, je caricature à peine). Ces ouvrages hyper sexistes se vendent par centaines de milliers, essentiellement en hypermarchés.
À l’opposé du spectre, sont publiés des livres qui parlent de personnages différents sur le Le fils du géantplan du genre : garçons qui jouent à la poupée, fille casse-cou, etc. En gros, chaque maison d’édition a au moins un livre sur le sujet (de même qu’elles ont un livre sur la mort, un sur le divorce, etc.), car le genre est devenu un sujet de société.
Entre les deux, les livres de jeunesse qui se disent « neutres », sont depuis toujours pétris de stéréotypes plus ou moins visibles (car quand on ne prête pas une attention particulière aux clichés, on les reproduit).

Et le rôle de Talents Hauts au milieu de ça ? Je précise ma question, pensez-vous que Talents Hauts fait avancer le débat ou que vos livres s’adressent à des parents déjà convaincus ? Les livres dont vous parliez à l’instant (les ouvrages sur le genre qui sortent chez d’autres éditeurs) rentrent peut-être plus facilement dans les foyers non sensibilisés à l’antisexisme.
C’est sûr que quand on publie La déclaration des droits des filles et La déclaration des La déclaration des droits des garçonsdroits des garçons (Élisabeth Brami/Estelle Billon-Spagnol), on annonce la couleur ! Chez Talents Hauts, nous ne prenons pas les lecteurs et lectrices en traître.
Pour autant, à côté de titres très visiblement engagés comme ceux-là, on trouve dans notre catalogue un livre comme Le fils des géants : en nous narrant le destin d’un jeune prince abandonné par ses parents et élevé par des géants, Gaël Aymon, un auteur découvert par Talents Hauts, questionne subtilement des sujets comme l’amour, la parentalité, l’adoption…

J’ai l’impression que souvent vous êtes attaqués… par des gens de votre camp ! Des antisexistes, etc. (et souvent sur des sujets qui semblent être de faux prétextes), comment expliquez-vous ça ?
Les attaques les plus violentes viennent plutôt des groupuscules réactionnaires « anti-gender », qui voient dans nos livres une dangereuse perversion de « nos chères têtes blondes ». Lors du récent débat sur le genre, Dînette dans le tractopelle, un joli album de Christos et Mélanie Grandgirard dans lequel les jouets de garçons et les jouets de filles se mélangent (très subversif comme propos, n’est-ce pas ?), a été plusieurs fois cité dans la liste des livres à brûler…
Du côté des antisexistes, ce sont moins des attaques que des attentes fortes : comme nous sommes le seul éditeur positionné sur le sujet, les gens qui partagent nos convictions veulent que nos livres soient « parfaits ». Or il faut bien reconnaître que nous avons fait quelques erreurs de jeunesse avec des livres dans lesquels le message passait avant la qualité artistique.
Nous sommes plus exigeantes dans nos choix et nous attachons à publier des livres qui Le rêve du papillon noirsoient avant tout des œuvres littéraires et graphiques très réussies. Le roman d’Anne Thiollier paru en mai, Le rêve du papillon noir, est emblématique de cette évolution : c’est un roman historique magnifiquement écrit, qui raconte la quête de liberté d’une jeune fille dans la Chine des années 30, un livre qui emporte le lecteur et qu’on a envie de partager, dont nous sommes très fières.

Aujourd’hui, tous vos ouvrages ne sont plus exclusivement étiquetés comme antisexistes, comment décririez-vous la ligne éditoriale ?
Nous sommes une maison d’édition jeunesse avec des valeurs, un éditeur responsable. Nous publions des albums et des romans, percutants, forts, et drôles, qui bousculent les idées reçues, qui ont du fond, une dimension humaniste. J’aime bien l’idée que les parents, les ados, les libraires, les bibliothécaires se disent que chez nous, il y a de très bons livres et la garantie d’une attention à la question du sexisme et des discriminations en général. Cette vigilance, c’est la valeur ajoutée de Talents Hauts.

L’année prochaine vous allez avoir 10 ans, comment allez-vous fêter cet anniversaire ?
Pour ses dix ans, Talents Hauts fait sa mue ! Une directrice artistique va assurer la cohérence graphique de la maison et de nos publications. Et nous insufflons un vent nouveau dans notre catalogue en recentrant notre fonds sur nos pépites et en développant de nouvelles collections. Nous publierons à la fois nos auteurs fétiches et des nouveaux, des talents reconnus et des découvertes, et nous vous préparons des livres aux petits oignons.

Quels sont vos projets ?Mauvaise connexion
Au premier semestre, nous publions un imagier de la géniale Élisabeth Brami illustré par Fred L., un illustrateur qui a commencé avec nous il y a dix ans (!), ce sera un pavé dans la mare du sexisme du langage. Le titre : Le zizi des mots.
Suivra J’aime PAS la danse !, un album hilarant que nous sommes en train de peaufiner avec Stéphanie Richard et Gwenaëlle Doumont.
Nous continuons l’aventure de la collection de romans pour ados EGO avec Trop tôt, de Jo Witek, auteure de Mauvaise connexion, un des grands succès de Talents Hauts, qui a reçu de nombreux prix et qui en est à sa sixième édition.
Et – breaking news en exclusivité pour La mare aux mots ! – après l’été, nous lançons deux nouvelles collections de romans : des romans d’humour pour les 8-12 ans et des romans historiques pour adolescents.
Bref, en 2015, on ne va pas s’ennuyer.

Parmi les nombreux titres du catalogue Talents Hauts

  • La lune nue, album de Marie Sellier et Hélène Rajcak (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Perce-Neige et les trois ogresses, album de Gaël Aymon et Peggy Nille (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Vibrations, roman de Raphaële Frier (2014).
  • Pour qui tu m’as prise ?, roman d’Isabelle Rossignol (2014).
  • Hors de moi, roman de Florence Hinckel (2014).
  • La compète, roman de Benoît Charlat, illustré par Thanh Portal (2014).
  • Des filles dans l’équipe, roman de Sophie Dieuaide, illustré par Fred L. (2014).
  • La déclaration des droits des filles et La déclaration des droits des garçons albums d’Élisabeth Brami et Estelle Billon-Spagnol (2014), que nous avons chroniqués ici.
  • Gros chagrin, album de Rémi Courgeon (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Série Oops et Ohlala, albums de Mellow et Amélie Graux (2013-2014), que nous avons chroniqués ici, ici, ici, ici, ici, ici et .
  • Le fils des géants, album de Gaël Aymon et (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Coup de talon, roman de (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • D’une île à l’autre, album de Nadine Brun-Cosme et Sylvie Serprix (2013), que nous avons chroniqué ici.

Le site de Talents Hauts : http://www.talentshauts.fr.

Concours :
Comme je vous le disais avant cette interview, grâce à Talents Hauts je vais pouvoir offrir à l’un de vous le très bel album Perce-Neige et les trois ogresses de Gaël Aymon et Peggy Nille (que nous avons chroniqué ici). Dites-moi, en commentaire, si pour vous c’est important qu’il existe une littérature spécifiquement anti-sexiste, si c’est un sujet qui vous tient à cœur. Je tirerai au sort parmi vos réponses. Vous avez jusqu’à mardi 20 h, bonne chance à tous !


En vacances avec… Matthieu Maudet

Régulièrement, je pars en vacances avec un artiste (je sais vous m’enviez). Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet artiste va donc profiter de ce voyage pour me faire découvrir des choses. On emporte ce qu’il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… 5 de chaque ! 5 albums jeunesse, 5 romans, 5 DVD, 5 CD, sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il veut me présenter et c’est lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est Matthieu Maudet qui s’y colle, merci à lui !
Allez en route !

5 albums jeunessePorculus

  • Le monstre poilu, Henriette Bichonnier et Pef
  • Porculus, Arnold Lobel
  • Toujours rien ? Christian Voltz
  • Perdu ? Retrouvé ! Oliver Jeffers
  • Contes de la banlieue lointaine, Shaun Tan

5 romans

  • Je mourrai pas gibier, Guillaume GuéraudTobie Lolness
  • Le passe-muraille, Marcel Aymé
  • Tobie Lolness, Timothée de Fombelle
  • Le parfum, Patrick Suskind
  • Manuel d’écriture et de survie, Martin Page

5 DVD

  • Le scaphandre et le papillon
  • Eternal sunshine of the spotless mindEternal sunshine of the spotless mind

Vus plus de 10 fois y a (très) longtemps (que je pourrai être tenté de revoir, c’est les vacances !) :

  • Léon
  • E.T.
  • Roméo et Juliette
Et pis, Breaking Bad aussi (si il fait un temps pourri)

5 CD

Tellement d’albums que j’écoute en boucle en travaillant… 5, c’est peu.

  • Keaton Henson, BirthdaysPatrick Watson, Adventures in your own backyard (et tous les autres albums)
  • Keaton Henson, Birthdays
  • Rover, Rover
  • Beirut, The rip tide
  • Julien Loureau, Groove gang
Mais pour des vacances, c’est pas ultra joyeux…

5 artistes

  • Miro
  • Gilbert Garcin
  • Felice Varini
  • Royale de Luxe
  • et tout les ceux qui font de l’art brut

5 BD

  • Blast, Manu LarcenetBlast Larcenet
  • Poncho et Semelle, Hugo Piet
  • Le bibendum céleste, Nicolas de Crécy
  • Ibicus, Rabaté
  • Jazz Club, Alexandre Clérisse

Et tant d’autres…
Mais bon, moi qui voyage léger d’habitude, là, c’est raté !

5 destinations

  • Un tour de bixi en automne à Montréal ^^
  • La pointe de Crozon, Saint-Malo.. la Bretagne, peut importe où, c’est beau!
  • Giant’s Causeway en Irlande, à 7h du mat.
  • Les bains d’eau chaude sous la pluie au milieu du parc national de Guadeloupe
  • Un petit bivouac au bord d’un lac dans les Pyrénées

matthieu maudetMatthieu Maudet est auteur et illustrateur.

Bibliographie sélective :

Retrouvez Matthieu Maudet sur son blog : http://matthieumaudet.blogspot.fr.

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