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Michaël Escoffier

Nuages et brouillard

Par 8 août 2019 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose d’évacuer le brouillard qui parfois obscurcit notre vue, et de suivre des nuages.

Malou
de Geneviève Godbout
La Pastèque
16 €, 203×305 mm, 32 pages, imprimé au Canada, 2019.
Le brouillard
Texte de Kyo Maclear (traduit de l’Américain par Mathieu Leroux), illustré par Kenard Pak
La Pastèque
15 €, 203×280 mm, 40 pages, imprimé en Asie, 2018.
Cumulus
de Guillaume Perreault
Les 400 coups
18 €, 172×238 mm, 80 pages, imprimé en Chine, 2019.
Si tu trouves un nuage
Texte de Michaël Escoffier, illustré par Kris Di Giacomo
Kaléidoscope
13 €, 218×306 mm, 28 pages, imprimé en Italie, 2018.

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Les invité·e·s du mercredi : Julien Béziat, Michaël Escoffier et Roland Garrigue

Par 27 mars 2019 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, nous partons à la rencontre de Julien Béziat, auteur de superbes albums et créateur de Berk le doudou ! Ensuite, Michaël Escoffier et Roland Garrigue nous racontent la naissance de l’adorable Princesse Kevin. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Julien Béziat

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Après des études d’arts plastiques longues (licence, master, agrégation et doctorat), j’ai été prof d’arts plastiques en collège puis à la fac de Bordeaux Montaigne, où j’enseigne à temps plein depuis 2011. En parallèle, j’ai toujours dessiné toutes sortes de choses, et j’ai très vite été attiré par les albums jeunesse, sans doute par leur forme brève et concise, à travers laquelle il faut arriver à dire beaucoup, avec peu.
J’ai proposé mon premier projet d’album aux éditions Pastel (antenne belge de l’École des loisirs) en 2010, Mäko, et il est sorti l’année suivante : c’était déjà formidable ! En plus, ce premier album a reçu ensuite une Pépite au salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, ce qui m’a encouragé à poursuivre… J’ai aussi la chance d’avoir rencontré Odile Josselin, éditrice chez Pastel, elle a choisi de publier mon premier livre, et m’a toujours suivi sur les projets suivants, même très différents des précédents. J’ai pour le moment 5 albums publiés depuis 2011 chez Pastel, un nombre limité car je suis donc enseignant-chercheur en Arts plastiques en même temps, difficile parfois de tout concilier d’ailleurs ! J’ai l’impression d’avoir encore beaucoup de choses à explorer, et pas mal d’envies et d’idées d’albums dans mes tiroirs… J’espère donc être encore un peu au début de mon parcours d’auteur illustrateur.

Où trouvez-vous l’inspiration pour vos histoires ?
Souvent des lieux et de ce qu’ils contiennent d’histoires, de rêveries et d’imaginaires. Par exemple, dans Le bain de Berk (Pastel, 2016), la première envie est de proposer un album qui se passera entièrement dans une baignoire. C’est à la fois très limité, et très stimulant : comme pour un enfant qui s’amuse avec ses jouets de bain, une simple baignoire peut devenir une piscine avec son plongeoir (le robinet…), une mer de brume, un océan déchainé, etc. J’ai très vite pensé que le bain c’est aussi un lieu particulier pour les sons, les glouglous, les bruits étouffés par la mousse. À partir de ces différentes situations, peu à peu le récit prend forme et se construit, et les personnages apparaissent en fonction de leur rôle dans l’histoire. À vrai dire, on n’a pas toujours une idée très claire au départ de ce que l’on veut faire, cela part d’une envie, d’un croquis, d’une anecdote, d’un détail observé, mais qui accrochent, nous touchent d’une manière particulière, et donnent envie de produire des images et des histoires.

Vous êtes à la fois auteur et illustrateur de vos albums : comment se passe l’élaboration de vos livres ? Travaillez-vous d’abord sur le texte ou sur l’image ?
Je commence toujours par dessiner, souvent de minuscules croquis, mais qui me permettent de penser l’histoire en images, d’avoir une vue d’ensemble sur la succession des images et la structure des doubles pages. Il y a aussi pas mal de dessins plus précis faits sur des carnets, de personnages, de lieux, de situations : beaucoup de ces croquis ne se retrouveront pas dans l’album au final, mais ils sont un passage nécessaire. Textes et images se précisent ensuite ensemble, et sont pensés simultanément car sont indissociables. Mes textes sont enfin toujours pensés à haute voix, car ce sont souvent des livres qu’on lit aux enfants, et j’aime jouer sur les sons, les bruits, les différences de rythme dans le récit, cela m’amuse beaucoup. J’espère donc que petits et grands s’amusent aussi à les lire !
Mais c’est une cuisine vraiment personnelle, et chaque auteur illustrateur travaille différemment, certains ont besoin d’écrire l’ensemble du texte par exemple avant de commencer à dessiner. Et ces manières de travailler diffèrent aussi selon les albums.

Votre dernier album, La nuit de Berk, met particulièrement en avant le travail sur la lumière. Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
Pour La nuit de Berk j’ai fait plusieurs essais, et la présence du noir, des nombreuses zones d’ombre, m’a finalement encouragé à choisir une technique mixte avec une grande partie numérique et un dessin final à la tablette : cela me permettait d’ajuster les couleurs et lumières, car l’intérêt de cet album est de jouer sur le point de vue, ce que l’on perçoit et ce qu’on imagine, ce qui est dans la lumière ou dans l’ombre… Cela a d’ailleurs été un peu compliqué de trouver un équilibre dans les zones sombres, l’image est toujours plus claire et lumineuse sur un écran, et il faut travailler aussi en fonction des premières épreuves d’imprimerie pour essayer d’obtenir l’effet désiré sur le papier imprimé.
Dans tous les cas, j’aime chercher une technique qui va s’adapter au mieux à l’idée du livre. Pour les trois albums dans lesquels on retrouve le personnage de Berk par exemple, les outils utilisés sont différents en fonction des lieux représentés. Dans Le Mange-doudous (Pastel, 2013), tout se passe dans une chambre, il y a des tissus, des peluches… il fallait quelque chose de « chaud », et le plus pertinent a été de travailler sur un papier épais avec une technique très simple, peinture et gros crayons. Pour l’album suivant, Le bain de Berk, le lieu est différent : la baignoire, avec ses carreaux, ses brillances, ses transparences, ses jouets en plastiques… J’avais plus de mal à traduire cela avec peinture et crayons, et j’ai finalement trouvé qu’une technique tout numérique permettait de mieux travailler toutes ces textures, et cet aspect artificiel des matériaux.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Toutes sortes de lectures, il y avait beaucoup de livres à la maison. Des albums pour enfants, plein de bandes dessinées (j’ai deux grands frères, ce qui m’a permis d’arriver au milieu d’une belle collection de BD !), et des romans.

Quelques mots sur vos prochains projets ? Est-ce qu’une nouvelle aventure de Berk le Doudou est prévue ?
Peut-être que l’on verra un nouveau Berk en effet un de ces jours ! Mais avant, j’espère pouvoir faire un album encore différent. Il est difficile d’en dire plus car j’en suis au début, aux premières images, mais si tout va bien on devrait le voir sortir au printemps 2020.

Bibliographie :

  • La nuit de Berk, l’école des loisirs (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Le bain de Berk, l’école des loisirs (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Alors, ça roule ?, l’école des loisirs (2015).
  • Le Mange-doudous, l’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Mäko, l’école des loisirs (2011).

Parlez-moi de… Princesse Kévin

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur·trice, son illustrateur·trice et son éditeur·trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Princesse Kevin que nous revenons avec Michaël Escoffier et Roland Garrigue. Nous n’avons malheureusement pas eu de réponse de l’éditrice.

Michaël Escoffier (auteur):
La première version de Princesse Kevin que j’ai écrite date de 2015.
Comme souvent, c’est le titre qui s’est imposé en premier. Je voulais vérifier l’hypothèse farfelue selon laquelle n’importe quel livre avec le mot Princesse dans le titre se vendait comme des petits pains. J’ai cherché quel autre mot on attendrait le moins après Princesse, histoire de jouer un peu avec les stéréotypes, et Kevin s’est imposé assez vite. Restait à imaginer la trame de l’histoire, les circonstances dans lesquelles un enfant nommé Kevin se retrouvait en princesse et jusqu’où ça le mènerait.
C’est en général le processus que je suis pour un nouveau projet. D’abord le titre, puis l’histoire. Je me comporte comme un lecteur qui déambule dans une bibliothèque remplie de milliers d’ouvrages, et qui va être attiré par un titre, ou une image de couverture, et va avoir envie d’ouvrir le livre pour découvrir ce qui s’y cache.
Un fois l’histoire achevée, je l’ai proposée à Roland Garrigue, avec qui j’avais envie de travailler depuis longtemps. Il me semblait capable d’insuffler à Kevin toute la légèreté nécessaire pour faire de la lecture de cette histoire un moment de plaisir. Le projet est passé entre les mains de plusieurs éditeurs avant d’atterrir sur le bureau de Karine Leclerc (P’tit Glénat). Ce n’est pas un album facile à défendre, et il fallait qu’on trouve la personne qui avait envie de nous accompagner sur ce projet, plus par conviction personnelle, parce qu’elle était sensible au sujet, que par intérêt financier (car nous n’imaginions pas en vendre beaucoup).
On a pas mal échangé sur ce qu’on voulait montrer et comment on allait le montrer. Il y a d’abord eu un casting pour savoir qui interpréterait le rôle de Kevin. Roland a dessiné tout un tas d’enfants différents et nous nous sommes accordés sur le même. Puis l’histoire a un peu évolué au fil des différents story-boards. C’est une étape souvent nécessaire pour tester différentes versions et mettre de l’huile dans les rouages de l’histoire. Est venu ensuite le choix des couleurs, et le rose s’est imposé assez vite. On avait conscience que c’était sans doute un obstacle pour pas mal de lecteurs potentiels. Un livre rose, avec un garçon comme personnage principal : on prenait le risque de se couper à la fois du lectorat masculin et féminin. Mais on voulait aller au bout de notre démarche, et Karine nous a suivis.
Finalement, le succès du livre est inespéré. Et j’ose croire que ce n’est pas uniquement parce qu’il y a le mot princesse dans le titre.

Roland Garrigue (illustrateur):
C’est Michaël qui m’a proposé le texte. Ce n’est pas si fréquent et ça mérite d’être souligné : l’auteur m’a directement envoyé son texte et non un éditeur… ce qui augmente le risque en travaillant sur un projet qui risquerait d’être refusé mais ce qui laisse le temps à la réflexion et aux premières recherches avant d’aller le proposer. En général ça laisse la possibilité d’aller dans des directions plus surprenantes et d’essayer de nouvelles techniques. Aussi j’ai tout de suite adoré le titre du projet : dès que je me le répète il me fait rire ! Je connaissais le travail de Michaël avec Mathieu Maudet et j’ai été séduit par ce projet surprenant et plein d’humanité. J’ai fait quelques essais et ensuite Karine l’a accepté ! Il n’y avait plus qu’à… Quand je fais des rencontres dans les écoles, je parle de mes livres en cours de réalisation aux enfants… j’ai immédiatement compris à quel point ce projet avait du sens et de l’importance en voyant la réaction des enfants et surtout des garçons quand ils découvraient les portraits de princesse Kevin !!! Les questions un peu provocatrices que l’histoire abordent avec subtilité et humour et en laissant beaucoup de liberté dans les réponses sont très adaptées aux enfants que j’ai vus. Je suis très content d’avoir eu un texte comme celui-ci à illustrer et j’aimerais assister à des lectures dans les classes ! Hihi !
C’est dans les classes aussi que j’ai acquis la conviction que la robe de Kevin devait être rose et même un rose flashy ! Karine nous a suivis en acceptant qu’on utilise un ton direct rose fluo. J’étais très anxieux du résultat parce que pour l’inclure dans des images faites à la main c’était expérimental et un peu risqué. En découvrant le livre (alors que ce n’est pas souvent le cas) ça a été une super bonne surprise ! 


Princesse Kevin

Texte de Michaël Escoffier, illustré par Roland Garrigue
sorti chez P’tit Glénat (2018),
chroniqué ici.

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Les invité·e·s du mercredi : Stéphane Sénégas et Michaël Escoffier

Par 13 mars 2019 Les invités du mercredi

C’est Stéphane Sénégas que nous recevons aujourd’hui, afin de parler de La Ligne qu’il vient de sortir mais aussi de sa série Anuki. Ensuite, c’est un auteur (et pas des moindres) qui nous parle de quand il crée, Michaël Escoffier. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Stéphane Sénégas

Pouvez-vous nous parler de La ligne votre dernier album, qui est sorti il y a quelques semaines chez Frimousse ?
La ligne c’est un livre qui parle des frontières mais pas seulement de celles qui sont physiques, mais aussi de celles que nous avons aussi dans nos têtes. Dans ce livre Frédéric montre la naissance d’un conflit et surtout son évolution. Du moment où la parole se tait, que progressivement le dialogue disparaît, alors la colère nous envahit. Ce texte pourrait très bien s’adapter pour un couple qui se sépare ou encore des pays qui se font la guerre, mais en le traitant avec des enfants nous le rendons universel et de plus nous mettons les enfants en exemple du fait que eux, ils savent s’arrêter, les adultes beaucoup moins.
C’est un livre étonnant à traiter en classe, même avec les CP, je fais une lecture à haute voix mais sans montrer les images, puis nous en discutons, puis je refais une lecture en montrant de quelle manière et pourquoi je l’ai illustré ainsi, passionnant.

Avec Frédéric Maupomé vous signez aussi, notamment, la magnifique série Anuki. Parlez-nous de votre collaboration et de la façon dont vous travaillez.
Sur la série Anuki, c’est très différent, c’est beaucoup plus collectif.
D’abord nous partons d’une idée, d’une ambiance, d’une envie, puis Fred écrit une histoire. Une fois que nous sommes OK sur l’histoire il me propose un découpage page par page, et c’est là que les problèmes commencent…
À partir de ce moment je vais donc lui proposer un storyboard, et très rapidement nous allons travailler ensemble, partager nos idées de mise en scène ce qui donne souvent naissance à de nouvelles idées, rien n’est figé. C’est une BD qui n’est pas simple à créer, nous sommes sur un très jeune public, sans texte, c’est vraiment du théâtre ou du cinéma sans paroles, c’est très très précis dans la narration. C’est certainement le moment que je préfère dans la création, puis nous nous connaissons bien, il paraît que nous sommes un vieux couple.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
Mon parcours… je viens d’un bac littéraire art plastique, à l’époque il se nommait A3, puis l’école Émile Cohl à Lyon, et mon premier album 2 ans plus tard aux éditions Kaleidoscope « Pourquoi les libellules ont le corps si long ? » qui était un de mes projets de diplôme.

Quelles techniques d’illustrations utilisez-vous ?
Mes techniques d’illustrations varient selon les livres ou mes envies du moment, cela peut aller du crayon à papier (HB puis 2B et enfin 8B) avec une mise en couleur sous Photoshop ou encore un mix avec des crayons de couleur ou parfois tout numérique avec la Cintiq.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
En ce qui concerne mes lectures d’enfant ou d’adolescent, j’ai toujours été et je le suis encore un gros lecteur de bande dessinée. Pendant mon enfance le choix des BD n’avait rien à voir avec aujourd’hui, cependant j’ai commencé avec les comics, Strange, Titan, spydey… pour basculer vers des auteurs majeurs comme Morris, Franquin, Goscinny, Uderzo…

Sur quelle nouvelle histoire travaillez-vous actuellement ?
Actuellement je travaille sur beaucoup de livres.
Tout d’abord nous sortons ce mois-ci, avec Frédéric un nouvel album chez Frimousse, On l’a à peine remarqué.
Puis je travaille sur le tome 9 d’Anuki qui sortira à la rentrée. Puis j’ai 3 livres en préparation, en solo. Et enfin Frédéric travaille aussi sur un nouveau projet BD mais pour un public ado-adulte.

Bibliographie sélective :

  • On l’a à peine remarqué, illustration d’un texte de Frédéric Maupomé, Frimoüsse (à paraître, mars 2019).
  • Série Anuki, coécrit avec Frédéric Maupomé, Les éditions de la gouttière (2011-2019), que nous avons chroniqué ici.
  • La ligne, illustration d’un texte de Frédéric Maupomé, Frimoüsse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Le chevalier blanc, illustration d’un texte de Michaël Escoffier, Frimoüsse (2017).
  • La Déclaration, , Kaléidoscope (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon père, chasseur de monstre, texte et illustrations, De la Martinière Jeunesse (2015).
  • Le chevalier noir, illustration d’un texte de Michaël Escoffier, Frimoüsse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • L’Enfant qui n’aimait pas les livres, illustration d’un texte de Martin Winckler (2014).
  • Y’a un monstre à côté, illustration d’un texte d’Ingrid Chabbert, Frimousse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le pêcheur et le cormoran, texte et illustrations, Kaléidoscope (2013).
  • L’éphémère, texte et illustrations, Kaléidoscope (2007).


Quand je crée… Michaël Escoffier

Le processus de création est quelque chose d’étrange pour les gens qui ne sont pas créateur·trice·s eux-mêmes. Comment viennent les idées ? Et est-ce que les auteur·trice·s peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur·trice·s, dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur·trice·s et/ou illustrateur·trice·s que nous aimons de nous parler de comment et où ils·elles créent. Cette semaine, c’est Michaël Escoffier qui nous parle de quand il crée.

Où commence la création ? Elle naît parfois d’un détail, d’un mot volé, d’une situation, autour de laquelle l’imagination va cristalliser. L’inspiration se nourrit de l’expérience, de la confrontation au monde physique, de l’exceptionnel toujours renouvelé du quotidien. En ce sens, la rue est mon terrain de jeu, la nature mon bureau, le monde ma chambre de création. Tout au long de la journée, je note mes idées dans des carnets.
Et puis, une fois ces petites graines récoltées, il faut s’asseoir et les examiner au microscope. Certaines se révèlent n’être que des grains de poussières stériles. D’autres au contraire sont pleines de promesses. Vient le temps de l’isolement, du silence, de l’immersion au cœur du magma intérieur. Pour cela, j’ai besoin d’un scaphandre, d’une bulle.
Lorsque je me suis assuré que j’ai plusieurs heures devant moi, que personne ne me dérangera, que les affaires courantes sont réglées, j’entreprends avec excitation, à la manière d’un archéologue, de découvrir quel trésor mes petites graines peuvent bien déceler.
Je travaille sur ordinateur, pour la souplesse que cela me procure. Car lorsque je commence une nouvelle histoire, je ne sais jamais où je vais. Sinon, ce serait sans intérêt. J’essaie tous les chemins possibles, je me trompe, je reviens en arrière, j’emprunte une autre voie. C’est une lutte permanente pour tenter de libérer l’imagination des stéréotypes, de la facilité, de l’évidence. Avec cette impression étrange que l’histoire que je suis en train d’écrire existe déjà, que je n’ai qu’à la déterrer.
Souvent j’échoue. Je ne parviens pas à extraire le meilleur de mes petites graines. Je me rends compte que certaines idées n’étaient pas si bonnes que ça. Ou que je me suis égaré en route. Pour un livre comme La tarte aux fées, par exemple, j’avais écrit une première histoire complètement différente de celle publiée. Kris Di Giacomo l’avait illustrée, et nous allions l’éditer. Et puis en prenant du recul, nous nous sommes aperçus que l’histoire n’était pas à la hauteur de la promesse du titre. Nous sommes donc repartis à zéro. J’ai réécrit une nouvelle histoire, et Kris a refait l’ensemble des illustrations.
Mais mon travail ne s’arrête pas à l’écriture du texte. J’aime accompagner les illustrateurs et les illustratrices avec lesquels je collabore. Nous échangeons beaucoup sur les projets. Nous cherchons ensemble des idées graphiques, et nous faisons aussi évoluer le texte au fur et à mesure que les images naissent. Je recherche toujours l’économie de mots. Si je me rends compte qu’une phrase n’est pas indispensable, autant s’en passer. Images et texte doivent être complémentaires. Je suis capable d’enlever et de remettre une virgule à la même place vingt fois de suite, ou de changer une scène quelques jours avant que le livre parte chez l’imprimeur. Après, c’est trop tard. Je n’ai plus aucun pouvoir sur le livre, il part vivre sa vie, et moi je glisse une nouvelle petite graine sous l’objectif de mon microscope.

Bibliographie sélective :

  • Princesse Kevin, album illustré par Roland Garrigue, P’tit Glénat (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • J’ai perdu ma langue, album illustré par Sébastien Mourrain Seuil Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Le monstre est de retour, album illustré par Kris Di Giacomo, Gallimard Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • La Déclaration, album illustré par Stéphane Sénégas, Kaléidoscope (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Un enfant parfait, album illustré par Matthieu Maudet, l’école des loisirs (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Le gardien des océans, album illustré par Antoine Guilloppé, Gautier Languereau (2016) que nous avons chroniqué ici.
  • Au voleur, album illustré par PisHier, Les 400 coups (2016) que nous avons chroniqué ici.
  • Grododo, album illustré par Kris Di Giacomo, Frimoüsse (2016) que nous avons chroniqué ici.
  • Ce n’est pas l’histoire, album illustré par Amandine Piu, Frimoüsse (2016) que nous avons chroniqué ici.
  • On verra demain, album illustré par Kris Di Giacomo, Frimoüsse (2014) que nous avons chroniqué ici.
  • Ouvre-moi ta porte, album illustré par Matthieu Maudet, L’école des loisirs (2014) que nous avons chroniqué ici.
  • Le chevalier noir, album illustré par Stéphane Sénégas, Frimoüsse (2014) que nous avons chroniqué ici.
  • La maîtresse vient de Mars, album illustré par Clément Lefèvre, Frimoüsse (2014) que nous avons chroniqué ici.
  • L’anniversaire, album illustré par Kris di Giacomo, Kaléidoscope (2013) que nous avons chroniqué ici.
  • La croccinelle, album illustré par Matthieu Maudet, Frimousse (2013) que nous avons chroniqué ici.
  • Le ça, album illustré par Matthieu Maudet, L’école des loisirs (2013) que nous avons chroniqué ici.
  • Trois petits riens, album illustré par Kris di Giacomo, Balivernes (2013) que nous avons chroniqué ici.
  • Le jour où j’ai perdu mes super pouvoirs, album illustré par Kris di Giacomo, Kaléidoscope (2013) que nous avons chroniqué ici.
  • Zizi, Zézette, mode d’emploi, album illustré par Séverine Duchesne, Frimousse (2012) que nous avons chroniqué ici.
  • 20 bonnes raisons d’aller à l’école, album illustré par Romain Guyard, Frimoüsse (2012) que nous avons chroniqué ici.
  • Bonjour facteur, album illustré par Matthieu Maudet, L’école des loisirs (2012) que nous avons chroniqué ici.
  • Sans le A, album illustré par Kris di Giacomo, Kaléidoscope (2012) que nous avons chroniqué ici.
  • Vacances à la ferme, album illustré par Nicolas Gouny, Balivernes (2011) que nous avons chroniqué ici.
  • Le moustoc, album illustré par Matthieu Maudet, Frimousse (2011) que nous avons chroniqué ici.
  • 20 bonnes raisons de croire au Père Noël, album illustré par Romain Guyard, Frimoüsse (2010) que nous avons chroniqué ici.
  • Moi d’abord !, album illustré par Kris Di Giacomo, Frimoüsse (2010) que nous avons chroniqué ici.
  • Le grand lapin blanc, album illustré par Eléonore Thuillier, Kaléidoscope (2010) que nous avons chroniqué ici.
  • Bonjour docteur, album illustré par Matthieu Maudet, L’école des loisirs (2010) que nous avons chroniqué ici.
  • La plume, album illustré par Nicolas Gouny, Frimousse (2009) que nous avons chroniqué ici.
  • Tous les monstres ont peur du noir, album illustré par Kris di Giacomo, Frimousse (2008) que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez Michaël Escoffier sur son blog : http://www.michaelescoffier.com.

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Petite princesse et réaction en chaîne

Par 20 septembre 2018 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, deux jolis albums pleins d’énergie ! Le premier nous fait découvrir les dangers de l’effet papillon, et le second nous présente un petit garçon très fier de son costume de princesse.

Et…
de Philippe Jalbert
Gautier-Languereau
10,50 €, 207x240mm, 32 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2018.
Princesse Kevin
Texte de Michaël Escoffier illustré par Roland Garrigue
P’tit Glénat dans la collection Vitamine
11 €, 213×257 mm, 32 pages, imprimé en Pologne chez un imprimeur éco-responsable, 2018.

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Par 26 juillet 2018 Livres Jeunesse

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J’ai perdu ma langue
Texte de Michaël Escoffier, illustré par Sébastien Mourrain
Seuil Jeunesse
11,90 €, 165×226 mm, 28 pages, imprimé en Chine, 2018.
Think twice
de Tête au Carré
Omaké Books
10 €, 148×211 mm, 130 pages, imprimé en Bulgarie, 2018.

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