La mare aux mots
Parcourir le tag

Mirion Malle

Du berger à la bergère : d’Elodie Shanta à Mirion Malle

Par 21 août 2019 Les invités du mercredi

Cet été encore, on vous propose à nouveau la rubrique du berger à la bergère tous les mercredis. Cette rubrique vous avait tellement plu les trois derniers étés, nous nous devions de la reprendre (il faut dire qu’à nous aussi elle plaît beaucoup) ! Donc tous les mercredis jusqu’à la rentrée, ce sont des auteur·trice·s et des illustrateur·trice·s qui posent trois questions à un·e auteur·trice ou un·e illustrateur·trice de leur choix. Puis c’est à l’interviewé·e d’en poser trois à son tour à son intervieweur·euse d’un jour. Après Fanny Joly et Catharina Valcks, Clémence Pollet et Sandrine Thommen, Marc Daniau et Natalie Fortier, Gaya Wisniewski à Gaëtan Dorémus, Ella Charbon et Claire Lebourg, Ghislaine Roman et Csil, cette semaine c’est Élodie Shanta qui a choisi de poser des questions à Mirion Malle !

Elodie Shanta : Est ce que tu écris depuis toute petite ? Quel genre d’histoires écrivais-tu ? Quel·le·s étaient les héro·ïne·s de tes histoires ?
Mirion Malle : Oui, j’ai chez mes parents des cahiers où j’écrivais des débuts de romans, je n’étais pas très persévérante et je m’ennuyais vite alors ça faisait au final rarement plus de 10 pages. Je me rappelle bien de quelques histoires, par exemple ma première rédaction en CP c’était sur un lion qui avait mal aux dents car la viande humaine (la nourriture des lions) les fait pourrir, alors il partait en quête d’un arbre à viande mais végétale… et aujourd’hui je suis vegan… donc bon… on peut voir que j’étais prédestinée… À 7 ans j’ai ensuite commencé une œuvre qui s’appelait « Trois petites chattes », les aventures félines de trois petites chattes, donc, qui s’appelaient Coquine, Chipie et Câline, tout simplement. À 8 ans j’ai écrit aussi une sorte de roman avec une fille cool et riche et populaire qui avait un dauphin domestique. Donc vraiment de bonnes œuvres d’art.
Mais les vrais retournements de situation c’est quand j’ai lu le Journal d’Anne Frank à 10 ans (j’ai ensuite essayé de tenir plusieurs journaux intimes que j’abandonnais au bout de trois entrées), puis quand j’ai eu les cours sur les nouvelles fantastiques de Maupassant au collège, à 12 ans je pense ? En tout cas, je me suis mise à écrire des tonnes et des tonnes de nouvelles à chute et hyper glauques. Cette fillette mal en point dont le récit parle ? Elle est en fait morte depuis le début ET dans un camp de concentration ! Surprise ! La rédaction de mon bac blanc de français ? Tout simplement l’histoire de l’assassinat d’une jeune femme qui est en fait, plot twist, la première victime de Jack l’Éventreur. J’étais donc : hyper fun.
J’ai longtemps voulu être romancière, je ne faisais pas tant de BD au final, à part de nombreuses tentatives d’histoires de magical girls clairement pompées sur les W.I.T.C.H.

Elodie Shanta : Je sais que tu es très inspirée par le cinéma mais y a-t-il des œuvres de BD qui t’inspirent également aujourd’hui ?
Mirion Malle : Oui, des tas !! Déjà, il y a celles de Julie Delporte qui ont su parler exactement à ce qui me plaisait dans l’autobiographie en BD et qui ont complètement modifié mon rapport à mon travail de narration, dans l’autobio mais aussi en général. Je pense que c’est une des artistes qui a le plus marquée et je ne sais pas si ça se voit dans mon travail, mais ça m’a vraiment fait reconsidérer beaucoup de choses dans ma façon de raconter.
Il y a aussi le travail de Debbie Drechsler, qui je crois m’a fait comprendre que la forme devait aller avec le fond, qu’on ne dessine pas pareil selon ce qu’on veut raconter. Et puis ça a vraiment été un bouleversement de lire ses livres.
Sinon, en ce moment je travaille sur ma première fiction longue, et Les petits garçons de Sophie Bédard m’a beaucoup motivée et inspirée, je trouve que Sophie est une des meilleures dialoguistes actuelles, et je valorise beaucoup les dialogues en général. Je l’ai lu et puis j’avais envie de me remettre tout de suite au travail ! Enfin, j’essaie aussi dans mon dessin de revenir à mes premières amours : les shōjo manga, et particulièrement ceux d’Ai Yazawa et Mihona Fujii. Parce que je trouve que c’est un dessin vraiment expressif et nuancé, très vivant et souvent moqué (comme par hasard), et j’essaie d’incorporer cette influence quand même majeure dans ma vie dans mes bandes dessinées.

Elodie Shanta : Tu peux composer la BD de tes rêves : thèmes/scénariste/dessinateur·ice. Ça ressemble à quoi ?
Mirion Malle : Une BD sur le thème de l’amitié, co-dessinée et écrite par Élodie Shanta et Mirion Malle…

Mirion Malle : C’est quoi l’histoire qui t’a le plus marquée quand t’étais petite ou adolescente ? Genre, que ce soit un roman, une BD, un conte, un film, ou même un fait divers ou une légende urbaine sur un skyblog d’horreur ?
Élodie Shanta : Il y en a vraiment beaucoup mais un des trucs qui m’a marquée à plusieurs niveaux c’est le film Willow. Aujourd’hui je le découvrirais, j’arriverais pas à en venir à bout mais petite fille ça m’avait rendu dingue. Y’avait de la bagarre, des blagues, des sorcières, de l’amour. Et les trolls, des créatures qui m’ont filé des cauchemars pendant des mois. Aussi j’ai eu mon premier crush en la personne de Mad Martigan joué par Val Kilmer.
Sinon, marquée de façon plus violente, quand j’avais 4 ou 5 ans je suis tombée sur la scène de la douche dans Psychose chez mes cousins !

Mirion Malle : Est-ce que tu lis beaucoup de BD toi ? Est-ce que tu as l’impression que ça te nourrit ou plutôt que ça te « déconcentre » par rapport à ce que tu veux faire ? C’est qui ton autrice/auteur préf (de tous les temps ou en ce moment, ou les deux) ?
Élodie Shanta : Je lisais pas mal de BD oui. L’intégrale de Calvin et Hobbes assez jeune et je pense que ça m’a influencé sans que ça soit trop obvious. Plus tard j’ai lu Donjon et puis aussi des mangas, ce qui m’a le plus épaté c’est Akira Toriyama, j’étais et je suis encore fan de sa narration et de son trait. Mon auteur pref à l’heure actuelle c’est sûrement Mortis Ghost pour la fraicheur de sa narration et son dessin trop beau.
Sinon, je suis plus influencée par mes lectures, romans contemplatifs etc. que par des BD bien précises. D’ailleurs je lis plus tant de BD que ça aujourd’hui.

Mirion Malle : Tu m’as posé une question sur le cinéma alors en voici une sur les jeux vidéos : si tu devais en inventer un, il ressemblerait à quoi ? Quel type, quelle histoire, on jouerait qui et est-ce que les graphismes seraient beaux ?
Élodie Shanta : Alors, déjà ça serait soit du cell shading comme dans Zelda wind waker ou bien une très belle 2D en pixel.
Ça serait un genre d’action RPG simulation.
On jouerait une fille ou un garçon au choix.
Il y aurait une quête principale vraiment variée avec une aventure et plein de lieux variés, pas trop de quêtes secondaires chiantes. On pourrait aussi planter des trucs et les vendre une fois qu’ils ont poussé. Y’aurait plein d’items avec des icônes adorables, des villages avec plein de maisons visitables. Plusieurs gameplays différents, parfois de l’action mais aussi parfois de la réflexion. Il faut aussi de la magie en quantité raisonnable.

Bibliographie de Mirion Malle :

  • La Ligue des Super Féministes, texte et illustrations, La ville brûle (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Les règles… quelle aventure !, illustration d’un texte d’Élise Thiébaut, La ville brûle (2017), dont nous avons parlé ici.
  • Commando Culotte, texte et illustrations, Ankama Éditions (2016).
  • Héro(ïne)s : La Représentation féminine en bande dessinée, collectif, éditions du Lyon BD festival (2016).
  • Intinimitié amoureuse, avec Thomas Mathieu, Warum, (2013).

Son site : http://www.mirionmalle.com.

Bibliographie d’Élodie Shanta :

  • L’énigme de l’objet mystérieux, illustration d’un texte d’Alexandre Fontaine-Rousseau, Lapin éditions (2019).
  • Crevette, texte et illustrations, La pastèque (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Jujub’ et Bleble, texte et illustrations, Lapin éditions (2018).
  • Madame Musaraigne change de maison !, texte et illustrations, Vide Cocagne (2017).
  • Les Malheurs de Jean-Jean, texte et illustrations, Des ronds dans l’O (2016).
  • Marcelin Comète se balade dans le cosmos, illustration d’un texte de Marc Lizano, Des ronds dans l’O (2015).

Son site : https://elodieshanta.weebly.com.

You Might Also Like

Combattre le sexisme ! [ARTICLE EN ACCÈS LIBRE]

Par 8 mars 2019 Livres Jeunesse

On vous parle d’antisexisme une bonne partie de l’année, ça serait dommage de ne pas le faire lors de la Journée internationale des droits des femmes ! Et en passant, on rappelle que notre webzine antisexiste est toujours téléchargeable gratuitement ici.

« Les filles ont peur de tout », « les déguisements de pirates, c’est seulement pour les garçons », « le football c’est pas pour les filles », voilà le genre de phrases idiotes que l’on peut entendre un peu partout, même dans les médias. Pourtant rien n’est interdit aux filles, comme rien n’est interdit aux garçons ! Que l’on soit fille ou garçon on peut pleurer, être gracieux·euse, courageux·euse, s’habiller en rose ou en bleu, avoir les cheveux longs ou courts, être le·la chef·fe…
Des livres pour dire que les filles peuvent ne pas aimer le rose et les garçons peuvent aimer la danse, on en a vu arriver quelques-uns ces derniers temps… mais celui-ci est particulièrement intéressant, d’après moi. Par sa forme déjà (d’un côté « fille » et de l’autre « garçon » si bien qu’on a les deux livres et ainsi garçons et filles pourront lire les deux « côtés »), ensuite parce que les illustrations sont vraiment réussies, enfin car ici on accepte aussi les filles qui aiment le rose et les princesses (on ne dénigre personne !). Bref, il est bien fait, bourré d’humour et esthétique (chez moi, mes filles de 5 et 10 ans ont tout de suite adoré). On notera aussi qu’il n’y a pas ici que des enfants blancs, et ça aussi ça fait du bien !
Un album extrêmement bien fait (et très esthétique) pour combattre les clichés sexistes et rappeler que ce n’est pas notre genre qui fait ce que l’on est.

Voilà que s’avance la ligue des super-féministes ! Avec elle, on va parler de la représentation des filles dans les œuvres, de l’égalité, du partage des tâches, des injonctions, des privilèges et même de l’écriture inclusive !
Voilà une BD extrêmement originale et bien foutue pour parler de féminisme (et de tout ce que ça englobe) aux enfants. C’est bourré d’humour, facile à lire et passionnant ! Mirion Malle (qui avait déjà illustré Les règles… quelle aventure dont on avait parlé ici) met en évidence des choses qu’on n’a pas forcément remarquées sur la représentation (par exemple sur les filles montrées souvent comme rivales quand les garçons sont montrés comme complices ou le fait que la fille d’un groupe n’a souvent comme seule caractéristique que d’être une fille). Comme dans le précédent, ici encore Mirion Malle montre toutes sortes de corps et de couleurs de peau. Mon seul bémol serait peut-être la minimisation de l’injonction à la virilité qui me semble dommage. Mais ça reste, encore une fois une très bonne BD qui aborde des tas de thématiques (on parle aussi d’homosexualité, de transidentité, d’intersectionnalité…) avec humour et intelligence.
Une BD pour devenir de super-féministes !

Les voix de femmes qui ont marqué l’Histoire. Celles de Rosa Luxembourg ou celle d’Angela Davis, celle de Simone Veil ou celle de Christiane Taubira, 20 femmes dont la voix a résonné ou résonne encore.
Des livres de portraits de femmes il y en a eu un paquet ces derniers temps (on en a parlé ici), mais ce bel ouvrage est plus original que ça. Ici, on nous présente bien sûr ces femmes qui ont marqué l’Histoire, mais on nous propose surtout de lire l’un de leurs discours. Sourire devant l’ironie de Rosa Luxembourg, avoir la chair de poule en lisant les mots de Gisèle Halimi, sentir monter les larmes en entendant encore la voix de Christiane Taubira défendant le mariage pour tous… Vingt discours à lire et relire pour se rappeler de l’évolution des droits,  de l’histoire de ces femmes qui se sont battues (et qui ont été bien souvent dénigrées), notre Histoire tout simplement. Chaque discours est précédé d’un rappel du contexte, afin de bien comprendre. Et c’est richement illustré de photos.
Un très bel album documentaire dans lequel on retrouve vingt discours de femmes qui ont marqué l’Histoire.

Amazones, Beauté, Simone de Beauvoir, Blondes, Cerveau, Contraception… classés par ordre alphabétique des mots qui ont un lien avec le sexisme. Jessie Magana et Alexandre Messager rééditent leur très bon ouvrage pour lutter contre le sexisme dans une version actualisée (« #meetoo » et « racisées » font leur apparition et s’il y a 4 ans le titre disait « parler » du sexisme, aujourd’hui il le combat) pour notre plus grand plaisir !
Un ouvrage à posséder absolument !

Pour aller plus loin, écoutez la super émission de Véronique Soulé, Écoute il y a un éléphant dans le jardin, spécial Combattre le sexisme (avec la présence de Jessie Magana) ici : https://podcast.ausha.co/ecoute-il-y-a-un-elephant-dans-le-jardin/uedlj-2019-03-06.

Les filles peuvent le faire aussi
Les garçons peuvent le faire aussi
Texte de Sophie Gourion, illustré par Isabelle Maroger
Gründ
12,95 €, 227×267 mm, 48 pages, imprimé en Slovénie, 2019.
La ligue des super féministes
de Mirion Malle
La ville brûle
16 €, 210×284 mm, 72 pages, imprimé en UE, 2019.
La voix des femmes, des grands discours qui ont marqué l’Histoire
de Céline Delavaux
De La Martinière Jeunesse
21,50 €, 192×256 mm, 210 pages, imprimé au Portugal, 2019.
Les mots pour combattre le sexisme
de Jessie Magana et Alexandre Messager
Syros
12 €, 121×170 mm, 168 pages, imprimé en France, 2019

You Might Also Like

Les invité·e·s du mercredi : Johan Leynaud, Élise Thiébaut, Mirion Malle et Marianne Zuzula

Par 28 mars 2018 Les invités du mercredi

Il y a quelques semaines, j’ai découvert la série Dou de Johan Leynaud, et j’ai trouvé ce nouveau personnage pour tout-petits vraiment réussi. J’avais envie d’en savoir plus sur son auteur, il a accepté de répondre à mes questions. Ensuite, c’est avec Élise Thiébaut, Mirion Malle et Marianne Zuzula que nous avons rendez-vous pour la rubrique Parlez-moi de… Ensemble, elles reviennent sur leur album, Les règles… quelle aventure ! Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Johan Leynaud

Pouvez-vous nous parler de Dou, votre série sortie chez Sarbacane ? Comment est-il est né ? D’où est venu ce héros ?
Dou est un petit ornithorynque qui vit avec tendresse et humour les aventures quotidiennes d’un enfant de 2 ans, environ. L’idée est apparue lors de mon premier rendez-vous chez Sarbacane. J’y allais pour parler du projet de mon premier album, et j’avais pris avec moi quelques dessins. Parmi ces dessins, il y avait un ornithorynque assez malicieux. Un corps de loutre, un bec et des pattes de canard, une queue de castor, je trouvais que ce drôle d’animal en construction résonnait particulièrement avec les enfants qui grandissent, petit bout par petit bout. Ce n’était pas encore Dou, mais j’ai vu que mes éditeurs l’aimaient bien. Ça m’a donné envie de le retravailler et de leur proposer ce petit héros. Ça m’a pris plus d’un an et demi pour les convaincre. Ils étaient intéressés, mais aussi réticents, car ce n’est pas facile de lancer une série pour les tout-petits. Après de nombreux allers-retours, tout s’est concrétisé quand ils ont été touchés par le design presque définitif de Dou. Je pense que ça a été l’élément déclencheur pour qu’on se lance tous ensemble dans l’aventure.

En plus d’être auteur/illustrateur, vous êtes aussi graphiste et réalisateur, parlez-nous de votre parcours.
J’ai fait mes études aux Beaux-arts de Marseille. Bien que j’y ai dessiné, j’y ai aussi découvert, avec passion, la vidéo. Après ma formation, j’ai travaillé dans l’audiovisuel à Paris, en tant qu’assistant monteur, puis monteur et graphiste vidéo, principalement dans le milieu de la publicité. Puis j’ai commencé à réaliser des petits films graphiques, avant de me lancer dans des projets d’animation. De mon métier de graphiste j’ai appris à être efficace. Et le montage et la réalisation m’ont permis d’exercer mon sens de la narration et du rythme. J’essaie de mettre toutes ces choses dans mes albums.

Quelles techniques d’illustrations utilisez-vous ?
Je travaille en équilibre entre le papier et la tablette graphique. Mes premières recherches et mes crayonnés se font toujours sur papier, puis mes couleurs finales et mon encrage se font sur tablette. Ça me permet de marier le plaisir des feutres et du crayon avec le contrôle très précis des lignes et des couleurs. Je ne cherche pas à avoir quelque chose de parfait, et je ne veux pas non plus quelque chose de maladroit. À ma manière j’essaie de trouver quelque chose de parfaitement imparfait.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Mes premières amours furent pour la BD. Beaucoup de comics, mais aussi Rahan, Gaston Lagaffe, Achille Talon. Puis j’ai grandi avec des auteurs comme Loisel, Comès, Moëbius, Bilal.
Du côté album jeunesse, mon premier souvenir de lecture seul est : Le dictionnaire des mots tordus. Ça a été un ravissement ! J’ai aussi été très marqué par un recueil des contes de Ceylan publié chez Gründ, qui était totalement envoûtant et magnifiquement illustré par Marian Capka.

Il y a-t-il des illustrateurs et des illustratrices dont le travail vous touche ou vous inspire ?
Il y en a plein ! Venant plutôt de la BD et de l’animation, beaucoup de ma culture de l’illustration est à faire et reste à faire. Grâce au Prince des mots tordus, j’ai un attachement particulier pour le travail de Pef. Puis, au-delà des classiques que j’adore comme Sempé et Tomi Ungerer, j’aime aussi beaucoup la générosité émotionnelle de Benoît Charlat, l’intelligence de Yusuke Yonezu et le sens de la forme de Janik Coat. J’ai aussi été très impressionné par l’élégance du travail d’Alexandra Pichard sur l’album Puisque c’est comme ça je m’en vais ! (écrit par Mim). Récemment j’ai eu deux coups de cœur pour le travail de Laurent Simon et d’Audrey Spiry. Le travail de Laurent Simon est plein d’énergie et de fraîcheur, et celui d’Audrey Spiry est un véritable tourbillon !

Quelques mots sur vos prochains ouvrages ?
Mes prochains albums seront de nouveaux épisodes de Dou. D’ailleurs en juin de cette année, on le retrouvera à la crèche ! En parallèle je pense aussi à d’autres projets pour les tout-petits mais aussi pour les plus grands ! Ce n’est pas les idées qui manquent, c’est le temps !

Bibliographie :

  • Dou s’habille, texte et illustration, Sarbacane (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Dou et son doudou, texte et illustration, Sarbacane (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Ma maman arc-en-ciel, texte et illustration, Sarbacane (2017).
  • Mon papa est un soleil, texte et illustration, Sarbacane (2015).


Parlez-moi de… Les règles… quelle aventure !

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur·trice, son illustrateur·trice et/ou son éditeur·trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Les règles… quelle aventure !, que nous revenons avec son éditrice (Marianne Zuzula), son autrice (Élise Thiébaut) et son illustratrice (Mirion Malle).

Marianne Zuzula, éditrice :
J’ai lu et adoré Ceci est mon sang, le livre d’Élise Thiébaut paru à la Découverte en début d’année 2017, et j’étais vraiment super enthousiaste à l’issue de cette lecture, avec tout de suite l’envie de faire un livre de ce style pour les préados. En effet parler des règles, c’est parler de féminisme, c’est parler du corps des femmes, c’est parler du patriarcat, c’est parler de sexualité, c’est parler de politique, bref, il me semblait indispensable de sensibiliser les ados à cette question, de leur montrer que les règles ce n’est pas juste un truc pénible qui arrive une fois par mois, mais que c’est un VRAI sujet dont il faut se saisir. J’ai regardé ce qui existait sur le sujet en jeunesse et là c’était vite vu : rien !!! Tous les livres sur la puberté, les bons comme les mauvais, traitent des règles, et consacrent une ou deux pages, voire même un petit chapitre, à ce sujet, mais c’est tout. Je me suis dit qu’il fallait y remédier immédiatement, et proposer un livre qui ne soit pas un documentaire, mais un essai, un livre qui prend parti, qui donne son avis et qui questionne. Donc j’ai contacté Élise, qui était partante (ouf !). Sur un tel sujet, où la question de la représentation est centrale, il ne fallait pas se louper dans le choix de l’illustratrice (je dis illustratrice car honnêtement ça ne nous est jamais venu à l’idée de proposer à un homme de faire les dessins !), c’est pourquoi j’ai proposé à Mirion Malle, la meilleure du monde si vous voulez mon humble avis, d’illustrer ce livre, et elle a accepté (ouf !). À l’arrivée, le livre est juste parfait, il est vraiment utile, il fonctionne bien et il fait son chemin… et ce n’est pas fini !

Élise Thiébaut, autrice :
Quand j’ai publié Ceci est mon sang, de nombreuses personnes me disaient « Ah si j’avais su ça quand j’étais ado, j’aurais bien mieux vécu mes règles ! » Pourtant, je n’envisageais pas d’écrire de nouveau sur le sujet, alors que j’avais déjà publié trois livres documentaires pour ados chez Syros. C’est uniquement parce que Marianne Zuzula m’a contactée avec ce projet que j’ai commencé à me dire que c’était une bonne idée, surtout quand j’ai vu les précédents livres de la collection Jamais trop tôt, écrits par les Pinçon-Charlot ou Caroline de Haas, qui sont géniaux… Mais ce qui m’a vraiment enthousiasmé dans cette aventure (ah ah), c’est de savoir que Mirion Malle allait illustrer le livre. J’aime beaucoup ses dessins et sa façon d’aborder les choses, avec une puissance et une originalité totalement bluffantes. Je pensais au départ adapter Ceci est mon sang pour un public jeune, mais très vite, j’ai compris qu’on était en train de faire quelque chose de plus audacieux, presqu’un manuel de féminisme : on a essayé de s’adresser à tout le monde, sans stéréotype et sans faux semblant, avec humour, pour que chacune, chacun soit à l’aise avec cette histoire qui produit encore aujourd’hui trop de honte. Ce n’est pas sain d’avoir honte de soi parce qu’on a ses règles, ça empêche d’avoir confiance en soi, de se respecter, de prendre soin de soi. Parler des règles de façon positive, c’est créer les conditions pour qu’elles se vivent mieux, et pour qu’on aborde ensuite la sexualité et la vie en général avec plus de confiance… Sang peur et sang reproche !

Mirion Malle, illustratrice :
Quand Marianne m’a contactée pour me demander si, éventuellement, si jamais l’autrice était d’accord, si le sujet m’intéressait, je voudrais bien illustrer un livre jeunesse sur les menstruations, je me suis dit que c’était trop beau : je voulais travailler avec La ville brûle depuis un bout, j’avais entendu parler du livre d’Élise, Ceci est mon sang, et faire de l’illustration jeunesse était pour moi un joli nouveau défi. Et en plus sur, tout simplement, le meilleur sujet !!! Ça me semble tellement incongru que ce soit le premier livre jeunesse entièrement consacré aux règles, alors que c’est quelque chose qu’il est nécessaire d’aborder le plus tôt possible, de façon claire, précise, sans mystère ou menace qui planent autour. Je repense toujours à ma grand-mère, à qui on n’avait jamais parlé des règles, qui en rentrant des courses quand elle était une toute jeune fille s’est rendu compte qu’elle saignait du sexe. Ses parents étaient absents, alors elle s’est ruée chez la voisine en hurlant qu’elle allait mourir, qu’elle perdait son sang, qu’elle était blessée ; elle était perdue et paniquée. Je ne sais pas ce que la voisine lui a dit exactement, je sais qu’elle l’a rassurée, mais des fois je me demande comment cette dame a réagi… J’imagine qu’elle n’avait pas plus envie de parler de ça à ma mamie que mes arrières-grands-parents, et qu’elle a dû se dépatouiller maladroitement avec cette tâche ingrate. Je pense à ma mamie qui devait ne rien comprendre et sur qui cette nouvelle assommante (tu vas saigner tous les mois pendant environ 40 ans) est tombée d’un coup. C’est crucial de parler de ça à celles et ceux qui sont concerné.e.s, aux jeunes filles, aux jeunes garçons, pour que les tabous et le dégoût qui les entourent disparaissent, que ce soit plus facile. Quand j’ai lu les textes d’Élise, j’ai été tellement heureuse que ça marche et qu’on puisse faire ce livre. C’est celui que j’aurais aimé avoir à 10, 11,12, 13 ans et même après !


Les règles… quelle aventure !

Texte d’Élise Thiébaut, illustré par Mirion Malle.
Sorti chez La ville brûle (2017).

You Might Also Like

Secured By miniOrange