La mare aux mots
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Natalie Pudalov

Quand la Mort s’invite

Par 5 décembre 2013 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose deux contes qui parlent de la mort, deux très beaux albums, très esthétiques pour parler de ce sujet délicat. Ici, la mort est plus vue comme un personnage (comme dans les contes bretons), ce ne sont pas à proprement parler des albums pour parler de la perte de quelqu’un (même si forcément on parle quand même de la mort en tant que telle). Deux petits bijoux (tant au niveau du texte que des illustrations) découverts à Montreuil.

Jack et la MortLa mère de Jack était très malade, il savait qu’elle allait mourir d’un jour à l’autre, aussi quand il rencontra une silhouette élancée, vêtue d’une cape noire et le visage caché sous une capuche lui demandant de lui indiquer la maison de sa mère, Jack sut que c’était la mort. Le petit garçon ne pouvait se résoudre à lui indiquer le chemin, il décida de lui tendre un piège. Il lui demanda de se transformer pour lui prouver qu’elle était bien ce qu’elle disait être, d’abord très grande puis toute petite. C’est lors de cette dernière transformation que l’enfant en profita pour enfermer la mort dans un flacon. Sa mère se sentit tout de suite mieux… sauf que lorsqu’elle voulut prendre un bon repas les animaux ne pouvaient plus être tués, les légumes ne pouvaient plus être cueillis… Si rien ne mourait plus, il devenait impossible de se nourrir.

C’est un conte traditionnel britannique qu’a adapté ici Tim Bowley. Jack et la Mort parle du refus de voir mourir ceux que l’on aime et du fait de devoir s’y faire. On parle aussi de la vie et de la mort en général, de l’importance de cette dernière. Les illustrations de Natalie Pudalov sont comme d’habitude absolument superbes. C’est encore une merveille que nous sortent les éditions OQO.
Des extraits en ligne.

La Vieille dame et les brioches d’orUne vieille femme pensait que la Mort l’avait oubliée, pourtant un matin elle vint la chercher chez elle alors qu’elle préparait des brioches de Noël dont elle était la seule à connaître la recette. La vieille dame insistait pour les finir et sans qu’elle s’en aperçoive, la Mort se retrouva avec une cuillère de pâte dans la bouche. Ce fut un choc ! C’était exquis et la vieille dame lui dit qu’une fois cuit ça serait encore meilleur, bien sûr pour ça il lui faudrait attendre et revenir d’ici quelques jours. Pour la première fois, la Mort accepta de revenir plus tard.

Mais quelle merveille là aussi ! Les illustrations de Violeta Lopiz sont absolument magnifiques. Comme dans le précédent, La Vieille dame et les brioches d’or fait partie de ces livres qui ont un vrai univers graphique, une vraie esthétique. Le genre d’album qu’on ne se lasse pas de regarder. L’histoire de cette vieille dame qui repousse la mort (mais finira par l’accepter) et de cette Mort très gourmande est un très très beau conte sorti chez Cambourakis.
Des extraits sur le site de Cambourakis et sur le blog de l’illustratrice.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué un livre de Natalie Pudalov (Le mariage de Coquet le coq).
D’autres livre sur la mort sur notre fiche thématique.

Jack et la Mort
Texte de Tim Bowley (traduit par Marcelline Fouquet) illustré par Natalie Pudalov
OQO éditions dans la collection O+
15,50€, 220×280 mm, 32 pages, imprimé au Portugal, 2013.
La Vieille dame et les brioches d’or
Texte d’Annamaria Gozzi (traduit par Samuel Delerue), illustré par Violeta Lopiz
Cambourakis
13,50€, 200×285 mm, 32 pages, imprimé en Malaisie, 2013.

A part ça ?

La sorcière dans les airsSorti la semaine dernière, La sorcière dans les airs est encore dans près de 200 salles. Je l’ai vu avec ma fille de cinq ans et un de ses copains du même âge et on a tous les trois passé un très bon moment. Deux courts métrages accompagnent le film qui donne son titre au programme : Juste un petit peu dans lequel des animaux qui complexent tous sur un détail de leur anatomie (le corbeau a un trop long bec, le hérisson pas assez de piquants…) vont avoir la chance de rencontrer un crapaud qui exauce leur vœu le plus cher. Bien entendu ça sera de changer ce détail qui les gêne tant… et si c’était mieux de rester soi-même ? Un très joli court métrage sur les complexes et le fait de s’accepter tel que l’on est. Ensuite, c’est Un jour merveilleux qui nous raconte la journée d’un chat et de sa maîtresse, un joli court en pâte à modeler (j’avoue que j’ai moins aimé celui-là par rapport aux deux autres). Enfin, c’est donc La sorcière dans les airs qui entre en scène ! Un très beau conte en randonnée, tiré de l’album éponyme (dont nous parlerons bientôt) de Julia Donaldson et Axel Scheffler (les auteurs du Gruffalo). Une petite merveille d’humour et de poésie. L’histoire d’une sorcière qui va accueillir sur son balai de plus en plus de compagnons. On parle ici d’amitié, d’entraide, de partage. Trois courts métrages réunis pour un très bon moment avec les enfants dès 4 ans (d’après le dossier de presse, moi j’aurai même dit un peu avant) et devant lesquels les parents ne s’ennuient pas.
La bande annonce et bien d’autres choses encore ici.

Gabriel

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« La souffrance de ces gens fit palpiter le coeur du tailleur »

Par 8 décembre 2011 Livres Jeunesse

Comme je vous le disais avant-hier, à Montreuil il y a eu de bien belles découvertes. Parmi celles-là il y a les très jolies éditions OQO. Je ne connaissais pas trop cette maison d’édition espagnole, juste de nom mais j’ai rencontré sur le stand une personne passionnante et passionnée qui m’a donné envie de tout découvrir. Je suis rentré chez moi avec 4 albums… 4 merveilles !

Le cœur du tailleur raconte le voyage d’un vieil homme qui après avoir passé toute sa vie à coudre des vêtements luxueux décide de partir pour faire ce qu’il n’a jamais fait… coudre avec son cœur, sentir que dans sa poitrine un muscle faisait boum-boum. Il part donc sur les routes avec un coffre qui renferme quelques tissus et outils. Dans son périple, il va croiser (et aider) un peuple dont les femmes et les enfants doivent marcher des heures, pieds nus, pour aller chercher l’eau, les habitants d’un village qui va être inondé par un fleuve et ceux d’un autre où les hommes partent tous à la guerre, des hommes qui se perdent dans une nuit trop noire, des enfants dont le vent vole les jouets et une population menacée par l’éruption d’un volcan. Chaque fois ses talents de tailleur lui seront d’un grand secours. A la fin du voyage il aura trouvé ce qu’il était venu chercher…

Le texte est absolument magnifique et les illustrations superbes. C’est un album très poétique, très beau. Le genre de livre qu’on repose ému et dans lequel on a envie de se replonger. La fin est dure et belle. C’est vraiment un gros gros coup de cœur.

 

Une grenouille recherche un lion. Elle doit lui remettre une lettre qui sent bon l’herbe et les fleurs fraîchement cueillies. Elle va questionner plusieurs animaux pour savoir où le trouver, leur répétant à tous la même phrase. Mais tous lui apprennent que le lion est parti pour essayer de sauter sur la lune. Où est finalement le lion et que contient la lettre ?

Vous l’aurez compris il s’agit ici aussi d’un texte plein de poésie. Un très joli conte dont les illustrations de Géraldine Alibeu (Alexandra avait déjà parlé d’elle pour son album La bête et les petits poissons qui se ressemblent beaucoup sorti chez HongFei) ne feront pas l’unanimité, elles sont particulières avec ses animaux qui ont parfois des traits humains. Mais si on rentre dans cet univers on est très vite captivé par l’histoire. L’album est très esthétique : certaines doubles pages ne contiennent pas le moindre texte, les premières lettres de chaque page sont dessinées avec les attributs de l’animal présent à ce moment de l’histoire, un enfant absent du texte mais présent dans les illustrations parcourt avec nous le récit. Le livre se conclut par une très belle histoire d’amour.

 

 Pour vous, comme pour moi, le blanc c’est blanc ! Pas pour cet esquimau. La trace blanche laissée par son traineau n’est pas du même blanc que le blanc des ours, celui des nuages ou celui de l’iceberg.

C’est ici un texte très court, un bel album pour les plus petits. Le thème même de l’histoire (le fait que les esquimaux perçoivent plusieurs nuances de blanc là où nous ne voyons qu’une seule couleur) est original et, encore ici, très poétique. Ici les illustrations sont faites de collages et le blanc domine. Il y a un vrai travail, une vraie recherche sur la typo, la mise en page. L’album a reçu un prix en 2009 en Espagne… et ce n’est pas bien étonnant !

 

Coquet le coq a pour souhait de se marier avec Juliana, la laitière. La vache Régine va d’ailleurs l’aider à y arriver. Le mariage est annoncé, tous les animaux sont heureux… tous sauf la Renarde de la Pinède car elle est amoureuse de Juliana et elle sait que Coquet le coq n’a des idées derrières la tête en ce qui concerne ce mariage… Mais comment convaincre Juliana et comment la la séduire quand on ne connaît pas la galanterie, qu’on est sale et qu’on ne possède rien ?

J’ai tout de suite craqué sur les illustrations de Natalie Pudalov. Je trouve le livre magnifique esthétiquement et l’histoire ne m’a absolument pas déçu ! Quelle histoire d’ailleurs ! Alors forcément ce livre ne plaira pas à tout le monde (des histoires d’amour entre animaux et humains… et entre filles !) moi j’ai adoré ce côté décalé, poétique (oui encore !) et drôle. Les personnages sont de vrais personnages, je veux dire par là qu’ils ont des vrais traits de caractères, ils sont vivants, on les imagine bien. Ils sont hauts en couleurs, tant dans les illustrations que dans le texte, on pense à la commedia dell’arte. En lisant le livre j’imaginais un spectacle avec des marionnettes ou une pièce de théâtre. Le vaniteux coq est caché derrière un masque (qui est-il vraiment…), la petite petite fille avec ses longs cheveux et sa pâleur est toute innocente… Une fable originale et réjouissante !

 

J’espère que ces quatre ouvrages vous auront donné envie d’en savoir plus sur les éditions OQO. Moi en tout cas j’ai envie de connaître d’autres albums édités par eux. J’aime quand on sent une vraie cohérence dans une maison d’édition, qu’on sent un vrai travail de l’éditeur. Je ne me rendais pas tellement compte avant de me passionner pour la littérature jeunesse qu’il y avait comme ça des valeurs sûres en édition (comme HongFei par exemple). Des éditeurs qui systématiquement sortent de beaux livres (bon il y en a aussi qui ne sortent que de livres moches mais c’est un autre débat !).

Le cœur du tailleur de Txabi Arnal, illustré par Cecilia Varela
As-tu vu le lion ? d’Armando Quintero, illustré par Géraldine Alibeu
Les mille blancs des esquimaux d’Isabel Minhos Martins, illustré par Madalena Matoso
Le mariage de Coquet le coq de Juan Alfonso Belmontes, illustré par Natalie Pudalov
Tous chez OQO (allez faire un tour sur le site de l’éditeur, la présentation de chaque livre est complète), le premier coûte 15€, les suivants 13€50
Public : A leur lire / Lecteurs débutants (l’éditeur indique 4 ans pour Les mille blancs des esquimaux et Le mariage de Coquet le coq, de 3 à 7 ans pour As-tu vu le lion ? et + 8 ans pour Le cœur du tailleur)

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A part ça ?

Antoine Guilloppé expose en ce moment, du 1er au 31 décembre, à la Galerie Carole Kvasnevski à Paris dans le 17ème. Le vernissage est ce soir à 19h… et je vais tenter d’y passer (enfin si je n’y vais pas ce soir j’irai de toutes façons voir l’expo. Plus d’info : http://www.artcok.com/crbst_57.html

Gabriel

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