La mare aux mots
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Oskar Éditeur

Homophobies [CHRONIQUE EN LIBRE ACCÈS]

Par 15 mars 2019 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose quatre romans qui parlent, chacun à leur manière, d’homophobie. Des réalités parfois difficiles à lire, mais il est toujours nécessaire de rappeler ce que subissent les lesbiennes, les gays et les bisexuel·le·s. Petite précision : afin de ne pas alourdir le texte je ne préciserai pas chaque fois qu’il s’agit peut-être de bisexualité et non forcément d’homosexualité (raccourcis souvent simplistes), mais chacun·e verra ce qu’il veut dans ces histoires.

Ils marchent dans la rue, pressent le pas, derrière eux fusent les « Salopes ! Pédales ! » et « Vous allez voir c’que c’est qu’des vrais mecs ! ». Puis ils sont rattrapés et les coups commencent, le sang qui coule, puis le noir. Un an plus tôt tout avait commencé comme beaucoup d’histoires d’amour : une fête, un copain qui a un peu trop bu et qui ne peut pas rentrer chez lui, un lit partagé et les choses dérapent…
Le roman de Florence Cadier est absolument magnifique. Si la scène d’ouverture nous happe, nous scotche et fait monter les larmes aux yeux (ou des envies de violence, c’est selon), on enchaîne très vite sur des choses plus douces, une belle histoire d’amour qui débute, la découverte de l’homosexualité et de la « sexualité » tout court (même s’il n’est pas réellement question de sexualité à proprement dit), mais aussi l’envie de partager avec les ami·e·s (pas évident quand on se sent différent·e), la réaction des parents et de l’entourage en général. L’autrice nous fait vivre les événements de façon chronologique (un an avant la scène de violence, six mois avant, trois mois avant…) et l’on découvre ainsi l’évolution d’une histoire d’amour, mais aussi le cheminement de l’acceptation d’un jeune gay. Certaines scènes sont très fortes (comme l’une des scènes de discussion parent-enfant ou la scène de tabassage), l’écriture de Florence Cadier est superbe et elle réussit à nous faire monter les larmes aux yeux, la chair de poule et l’envie de rencontrer ce jeune garçon, d’être son ami.
Un magnifique roman sur une belle histoire d’amour entre deux garçons, qui traite aussi d’homophobie.

Dans la classe d’Elsa, il y a une fille qui la trouble particulièrement, elle n’arrive pas à ne pas la regarder en classe. Elsa sait qu’elle est différente, alors quand une fille de l’école se fait traiter de lesbienne, elle décide de sympathiser avec elle, peut-être qu’elle pourra l’aider à comprendre qui elle est…
Magnifique portrait d’une ado qui se sent mal dans sa peau et qui n’en sait pas la cause (elle comprendra qu’elle est tout simplement attirée par les filles). Perrine Leblan parle aussi parfaitement des aprioris (ce n’est pas parce que quelqu’un nous semble gay ou lesbienne qu’il·elle l’est). Ici, on parle aussi d’homophobie (celui subi par une fille alors qu’elle n’est pas lesbienne, mais aussi un ami de la famille que le père refuse de voir parce que gay) et d’entraide. C’est un court roman efficace, qui laisse la parole à une jeune fille qui va grandir devant nous. La phrase de fin est absolument magnifique, mais je ne vous la dévoilerai pas ici.
Un court roman, très beau, sur l’histoire d’une jeune lesbienne qui apprend à se connaître.

Yvan est en prison, de deux coups de poing il a tué Sandra. Il est assis là, il ne comprend pas. Sonné. Grâce à lui, mais aussi à sa sœur et à Thomas, le petit ami de sa sœur, on va petit à petit comprendre comment les choses se sont passées…
Bon… j’avoue avoir très longuement hésité à mettre ce livre-là dans cette sélection. On y parle d’homophobie, mais ici la victime principale n’est pas de ce côté-là… Attention, pour vous en parler je vais vous dévoiler le dénouement (si vous ne le souhaitez pas, passez directement au livre suivant), mais de toute façon dès le départ, si vous savez que le livre parle d’homophobie vous allez deviner ce qui ne nous est révélé qu’à la fin. Thomas n’est en fait pas le petit ami de la sœur d’Yvan, mais d’Yvan lui-même. S’il a frappé Sandra jusqu’à la tuer, c’est parce qu’elle l’a menacé de révéler son secret. On parle donc bien d’homophobie ici et les deux garçons sont loin des clichés que l’on peut voir bien souvent dans les histoires où deux garçons s’aiment, et ils doivent se cacher, subissent des insultes, mais bien entendu on ne peut pas admettre la violence et le meurtre. Bref, si j’ai beaucoup aimé ce roman, je suis partagé, non pas sur le roman lui-même, mais sur sa place dans une sélection sur l’homophobie… je vous laisserai juger ! On y parle aussi beaucoup du non-dit, des conditions sociales, d’amour, d’oser affirmer être qui l’on est… L’auteur montre aussi avec beaucoup d’intelligence que tout n’est jamais noir ou blanc et que chacun·e a souvent sa propre version des choses tout en pensant que la sienne est la vraie.
Un court roman très fort sur la violence des mots et la violence des coups.

Jasmin Roy est une personnalité québécoise. Homme de télé et de radio, mais aussi acteur, c’est un homme connu et reconnu. Pourtant son enfance n’a pas été rose, il la raconte par petites touches, de courts chapitres, qui font froid dans le dos. Il a souhaité compléter son témoignage de ceux de gens qui ont vécu la même chose à notre époque, pour qu’on ne lui dise pas que l’homophobie qu’il a vécue dans les années 70 n’existe plus aujourd’hui.
Sale pédé, Pour en finir avec le harcèlement et l’homophobie à l’école est un livre absolument bouleversant, il y a bien sûr l’acharnement dont est victime Jasmin Roy, mais ça souvent il suffit de regarder autour de nous pour savoir ce qu’est l’homophobie, mais le plus fort, d’après moi, dans son témoignage ce sont les conséquences. Conséquences à l’époque, mais encore aujourd’hui. Il parle de sa peur, de ses crises d’angoisse, de son manque de confiance en lui, de sa peur des autres… toutes ces choses qui pourrissent sa vie d’homme adulte et qui sont liées aux traitements qu’il a subis dans son enfance. Les témoignages qui complètent le sien sont tout aussi bouleversants (on regrettera toutefois le peu de présence féminine, 1 témoignage de fille pour 9 de garçons). Que ce soit la première partie ou la seconde, on nous rappelle à quel point les adultes sont souvent complices de cette homophobie (sans doute l’une des choses les plus fortes dans ce livre) et qu’elle est souvent plus liée à une apparence ou à une façon d’être qu’à une réelle homosexualité.
Un témoignage extrêmement fort, complété de dix autres, pour rappeler l’horreur qu’est l’homophobie et à quel point elle détruit des vies. Un ouvrage qui devrait servir d’outil dans les écoles afin d’ouvrir les yeux.

On parle aussi d’homophobie, notamment, dans le roman Les maux bleus, les albums Les papas de Violette et Papa, c’est quoi un homme haut sèkçuel et dans les documentaires Discriminations, inventaire pour ne plus se taire et Riposte ! Comment répondre à la bêtise ordinaire. Tous les ouvrages LGBTQI+ que nous avons chroniqués sont répertoriés ici et nous préparons un webzine sur le sujet que vous découvriez en juin. N’hésitez pas à nous signaler en commentaires les livres que vous aimez sur le sujet.

Je les entend nous suivre
de Florence Cadier
Le Muscadier dans la collection Rester Vivant
9,50 €, 140×190 mm, 90 pages, imprimé en France, 2018.
La peur au placard
de Perrine Leblanc
Oskar Éditeur dans la collection Court MÉ-Trage
7 €, 115×170 mm, 77 pages, imprimé en Europe, 2015.
Le sens de l’honneur
de Roland Godel
Oskar Éditeur dans la collection Court MÉ-Trage
6 €, 115×170 mm, 83 pages, imprimé en Europe, 2014.
Sale pédé, pour en finir avec le harcèlement et l’homophobie à l’école
de Jasmin Roy
Les Éditions de L’homme
13 €, 154×229 mm, 165 pages, imprimé en France, 2016.

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Portraits de femmes [article libre d’accès]

Par 21 décembre 2018 Livres Jeunesse

Pour cette dernière chronique de l’année, j’avais envie de parler de livres qui mettent en lumière des femmes, un sujet qui, vous le savez, nous tient à cœur. Cette chronique est en accès libre, n’hésitez pas à la partager ! Comme chaque année, La mare aux mots fait sa seule coupure annuelle en hiver, on vous souhaite donc de bonnes fêtes de fin d’année et l’on vous retrouve le 7 janvier !

Rosa a grandi dans le sud des États-Unis, un état du nom d’Alabama. Cette petite fille qui détestait l’injustice grandissait en entendant parler des esclaves qui vivaient dans des conditions insupportables. Même si l’esclavage était aboli depuis cinquante ans, Rosa voyait que les noirs n’étaient toujours pas traités comme les blancs. Un jour, alors que Rosa était devenue adulte, elle refusa de laisser sa place dans le bus à un blanc qui avait priorité sur elle du fait de sa couleur.
Marie était née en Pologne, très vite elle sut qu’elle voulait être scientifique, pour ça elle dut quitter son pays, où les femmes ne pouvaient pas aller à l’université. C’est à Paris qu’elle devint très vite une célèbre scientifique et fut la première femme à recevoir le prix Nobel… et elle en reçut même deux !
Dian était passionnée par les animaux depuis toujours. Rien d’étonnant, donc, à ce qu’elle décida un jour de partir pour l’Afrique afin de rencontrer les gorilles. Ces grands singes n’étaient pas faciles à approcher, mais bientôt ils devinrent ses amis.
Anne avait 4 ans quand Hitler arriva au pouvoir. Anne était juive, et Hitler détestait les gens de cette religion. Ses parents décidèrent de fuir l’Allemagne pour échapper aux nazis, mais bientôt aux Pays-Bas aussi les juif·ve·s furent persécuté·e·s…
Gabrielle grandit dans un orphelinat, la couture la passionnait. Elle faisait même des chapeaux pour ses amies. Elle finit d’ailleurs par ouvrir une boutique, bientôt le monde entier la connue sous le nom de Coco Chanel.
Mais quel bonheur que cette collection ! J’en avais entendu parler à de très nombreuses reprises, la réputation des livres d’origine ayant dépassé les frontières du pays dans lequel ils ont été publiés au départ (l’Angleterre). Je crois d’ailleurs que c’est la première fois que même nous, à La mare aux mots, nous étions interpelés pour savoir si nous savions si un éditeur français allait éditer cette collection… c’est maintenant chose faite (merci Kimane) et la bonne réputation des ouvrages n’est pas usurpée ! Non seulement c’est bien écrit, les illustrations sont magnifiques, l’édition est soignée avec son papier épais, mais en plus c’est vraiment adapté pour des enfants très jeunes (ce qui est rare pour des livres de ce type). Pour donner un exemple précis, ma fille de six ans a tellement aimé ces livres qu’elle me demande depuis si l’on peut lire d’autres histoires de Rosa Parks (chose qu’on a pu faire avec d’autres livres chroniqués ci-dessous). En plus de l’histoire, quelques repères biographiques sont présents à la fin de chaque ouvrage (dans celui sur Rosa Parks, on a même une frise historique et des photos). C’est une collection que je recommande à tout le monde depuis que je l’ai découverte et que je vous conseille de découvrir très vite !
Cinq ouvrages présentant des femmes qui ont marqué l’histoire dans de super ouvrages adaptés aux plus jeunes.

Élisabeth Amélie Eugénie de Wittelsbach est née en 1837 à Munich. Celle qu’on appelait plus simplement Sissi ne tenait pas en place, avait un caractère fort, se moquait des bonnes manières. Pourtant un jour Sissi rencontra François-Joseph, l’empereur d’Autriche, et bien qu’il fût venu pour épouser sa sœur, c’est de Sissi dont il tomba amoureux… Elle devint donc impératrice.
C’est le vent qui nous raconte l’histoire de l’impératrice Sissi, que l’on connaît surtout à travers les films avec Romy Schneider. Ici, il nous raconte donc la vie de cette femme dont le destin fut bouleversé alors qu’elle avait 17 ans, en devenant impératrice, mais qui ne se laissa jamais faire. Une femme qui refuse les conventions et qui dut de battre. Les illustrations d’Odilon Thorel sont superbes et elles sont bien mises en valeur par un beau papier épais. Cette biographie destinée aux enfants à partir de 7 ans est un bien bel ouvrage, un album qu’on a envie d’offrir.
La vie de l’impératrice Sissi racontée dans un très bel album.

Marie, dite Marion, était née dans la pauvreté. Comme beaucoup de gens qui vivaient dans la misère, elle rêvait de richesse, de ne plus devoir mendier pour manger. Mais Marion n’était pas comme tout le monde, elle avait de la ressource, des idées… Elle devint bientôt l’une des cheffes de bande les plus redoutées de Bretagne et même de France, connue sous le nom de Marion du Faouët.
Connue en Bretagne (même quand on ne connaît pas son histoire, on connaît généralement son nom), Marion du Faouët est la première femme cheffe de bande. À la tête de toute une organisation, elle volait les riches (avec une certaine morale), nourrissait les pauvres (car elle se souvenait d’où elle venait), elle était crainte, y compris de ses hommes. À travers ce roman passionnant, on découvre donc non seulement la vie de cette voleuse de grand chemin, mais aussi la vie du XVIIIe siècle. Si j’ai regretté la présence trop appuyée de Dieu (qui parle à deux reprises dans le livre), j’ai été captivé par le récit, c’est le genre d’ouvrage qu’on lit d’une traite tant il est passionnant.
Un roman passionnant sur une figure bretonne importante, Marion du Faouët, la première cheffe de bande.

Rosa Luxemburg est née en Pologne en 1871, elle devint allemande quelques années plus tard. Toute sa vie, elle s’opposera à la guerre, elle se battra contre l’oppression. Ce qui lui vaudra des séjours en prison. Son histoire nous est racontée par quelqu’un qui la connaît bien, son chat.
Sorti dans l’excellente collection Ceux qui ont dit non, dirigée par Muriel Szac, Rosa Luxemburg, non aux frontières est un petit roman qui va nous permettre de mieux connaître cette militante d’extrême gauche qui n’a jamais cessé de se battre. Ici, c’est donc son chat qui raconte son histoire, un chat qui, parce qu’il s’ennuyait lors d’un séjour de Rosa en prison, a appris à lire et a donc lu ses carnets, journaux intimes… et peut donc nous restituer son histoire. En fin d’ouvrage, comme toujours dans cette collection, une partie documentaire sur d’autres personnes qui ont dit non, des conseils de lecture pour aller plus loin et des repères chronologiques.
L’histoire de la militante Rosa Luxemburg, vue par son chat

Mama Miti ça veut dire la mère des arbres, et c’était le surnom de Wangari Muta. Née au Kenya en 1940 dans une famille de 10 enfants, elle devint très tôt (à 3 ans) une toute petite paysanne. Tout en s’occupant des plus jeunes, elle observait sa mère semer ou récolter les céréales. Même si les filles n’allaient pas à l’école, celle-ci avait une tout autre vision des choses, et travailla dur pour payer une scolarité à sa fille. Bientôt, la jeune fille obtint une bourse pour aller étudier aux États unis…
Wangari Muta Maathai est la première femme africaine à avoir reçu le prix Nobel de la paix (en 2004). Dans ce petit livre sorti dans la très bonne collection Des graines et des guides (des petits livres pour les 8-12 qui nous dressent chaque fois le portrait d’hommes et de femmes qui ont changé le monde), on apprend donc à mieux la connaître, on suit son parcours et c’est tout simplement passionnant (on a d’ailleurs envie d’aller plus loin après avoir terminé l’ouvrage). C’est facile à lire, parfaitement adapté aux enfants, passionnant et bien écrit, décidément on adore cette collection !
Un petit livre pour mieux connaître l’écologiste kenyane Wangari Muta Maathai.

Qui était Cléopâtre ? Est-elle allée à l’école ? Qui étaient ses dieux préférés ? Est-ce qu’elle était aussi belle qu’on le dit ? Est-ce qu’elle a joué un rôle dans l’assassinat de Jules César et surtout… est-ce qu’elle peut me faire repousser les cheveux ?
Et Jeanne d’Arc alors ? Est-ce qu’elle savait lire et écrire ? Que pensait-elle des Anglais ? Est-ce qu’elle pouvait s’habiller comme elle le voulait ? Est-ce qu’elle disait des gros mots ? Et est-ce qu’elle était folle ?
Sortis dans la collection Cétéki ? de chez Tallandier Jeunesse, Cléopâtre et Jeanne d’Arc sont deux documentaires dans un format proche du roman sous forme de question-réponse… et ils sont passionnants ! Le principe question/réponses permet des chapitres courts (donc ce n’est pas rébarbatif), mais la réussite ici tient aussi aux illustrations (souvent très drôles) et même au ton des textes qui dépoussière les documentaires du genre ! Ici, on se demande si Cléopâtre changeait les couches de Césarion ou si elle avait le temps de faire la fête ! Bref, on parle de choses sérieuses, mais avec humour… et forcément c’est bien plus sympa !
Deux super documentaires sous forme de questions-réponses sur des femmes de caractère qui ont marqué l’Histoire.

Il y a Jane Austen qui a écrit Raison et sentiments, Orgueil et préjugés ou encore Emma, il y a Coco Chanel qui a révolutionné la mode, Mary Anning née au XVIIIe siècle et qui fut l’une des premières et des plus importantes paléontologues de l’Histoire ou encore la militante pour le droit de vote des femmes, Emmeline Pankhurst. Leur point commun ? Elles sont incroyables et elles ont changé le monde !
Sorti chez Kimane (comme la magnifique collection Petites et Grandes, voir plus haut), ce grand album nous présente treize femmes incroyables qui ont changé le monde. Pour chacune, c’est une double page richement illustrée avec des courts textes qui nous feront faire connaissance avec elles. Il y en a de très célèbres (comme Anne Frank et Rosa Parks) et d’autres un peu moins (comme Sacagawea ou l’Agent Fifi). En même temps que l’album est sorti un cahier d’activité (chroniqué mardi). Les textes sont très courts, mais sont parfaitement adaptés aux plus jeunes et sont une première approche qui donne envie d’aller plus loin.
Un album pour les plus jeunes, qui met en lumière des femmes inspirantes.

Elles s’appellent Beyoncé, Oprah Winfrey, Mary Shelley ou encore Sara Seager, Giusi Nicolini ou Sofia Ionescu. Ce sont les histoires de ces filles rebelles que l’on va vous raconter.
Impossible que vous soyez passé·e·s à côté du raz de marée Histoires du soir pour filles rebelles, énorme carton (60 000 exemplaires) sorti l’année dernière. Voici donc le tome 2 avec 100 nouveaux portraits. On garde le même principe (une page texte face à un grand portrait) et tant mieux, car c’est un principe qui fonctionne à merveille ! Les textes sont courts (mais sont une parfaite première approche) et les illustrations réalisées chaque fois par une illustratrice différente, ce qui fait que ce n’est jamais rébarbatif. On lit ces portraits comme on lirait un livre de contes, un ou deux chaque soir. Tout comme dans le premier, on regrettera ce titre qui laisse à penser que le livre ne s’adresse qu’aux filles, mais ne boudons pas notre plaisir et offrons-le autour de nous !
Le second tome d’un énorme carton de librairie où l’on retrouve 100 nouveaux portraits de femmes.

Anna Pavlova, Maria Montessori, Hypatie, Marie Curie, Mary Anning, Dian Fossey, Emmeline Pankhurst… 50 femmes qui ont fait bouger le monde.
Comme dans les deux ouvrages précédents (et dans le suivant), il s’agit ici de portraits de femmes qui ont marqué l’Histoire. Mais j’aime particulièrement la maquette de cet album qui est le seul de la sélection (avec le suivant, mais ici, c’est plus marqué) à intégrer des photos. Les textes sont bien écrits et vraiment intéressants à lire, on est proche ici du documentaire pur, avec de riches illustrations (photo donc, mais aussi des cartes ou encore des œuvres d’art les représentant), mais sans que ça soit jamais rébarbatif. Ici encore on pourra lire un portrait chaque soir, comme on lirait une histoire et même si ici c’est assez riche on pourra tout de même aller plus loin en lisant des livres plus complets sur celles qui nous auront le plus marqué.
Un très beau documentaire, avec une maquette claire et esthétique, pour mettre en avant des femmes aux parcours variés.

Il était une fois… Joséphine Baker, J.K. Rowling, Malala Yousafzai ou encore Valentina Terechkova… Il était une fois des femmes fabuleuses.
Le dernier ouvrage de la sélection est sorti chez Larousse et, vous l’aurez compris, ici on met encore en avant des femmes inspirantes. Elles sont dix dans cet ouvrage et les textes sont bien plus longs que dans les trois ouvrages précédents. Au-delà de la longueur des textes, leur forme aussi diffère, car ici on a vraiment l’impression qu’on nous raconte une histoire (l’autrice et l’auteur l’ont d’ailleurs écrit en premier lieu pour leurs filles, pour leur raconter la vie de ces femmes fabuleuses). Si, personnellement, j’ai eu plus de mal avec l’écriture de ce dernier ouvrage, la façon de raconter séduira certainement davantage les enfants.
Un ouvrage qui raconte le destin de dix femmes fabuleuses comme on raconterait une histoire aux enfants.

D’autres portraits de femmes que nous avons chroniqué (cliquez sur les images pour accéder aux chroniques).

 

Rosa Parks
Texte de Liseth Kaiser (traduit par InTexte), illustré par Marta Antelo
Kimane dans la collection Petite & GRANDE
9,95 €, 202×247 mm, 28 pages, imprimé en Chine, 2018.
Marie Curie
Texte de Frau Isa (traduit par InTexte), illustré par Ma Isabel Sánchez Vegara
Kimane dans la collection Petite & GRANDE
9,95 €, 202×247 mm, 28 pages, imprimé en Chine, 2018.
Dian Fossey
Texte d’Alessandra De Cristofaro (traduit par InTexte), illustré par Ma Isabel Sánchez Vegara
Kimane dans la collection Petite & GRANDE
9,95 €, 202×247 mm, 28 pages, imprimé en Chine, 2018.
Anne Franck
Texte de Sveta Dorosheva (traduit par InTexte), illustré par Ma Isabel Sánchez Vegara
Kimane dans la collection Petite & GRANDE
9,95 €, 202×247 mm, 28 pages, imprimé en Chine, 2018.
Coco Chanel
Texte d’Ana Albero (traduit par InTexte), illustré par Ma Isabel Sánchez Vegara
Kimane dans la collection Petite & GRANDE
9,95 €, 202×247 mm, 28 pages, imprimé en Chine, 2018.
Sissi, aussi libre que le vent
Texte de Sylvie Baussier et Jean des Cars, illustré par Odilon Thorel
Perrin/Gründ dans la collection Une histoire des histoires
14,90 €, 238×298 mm, 70 pages, imprimé en France, 2018.
Marion du Faouët, ou la révolte des gueux
de Margot Bruyère
Oskar Éditeur dans la collection Histoire et Société
9,95 €, 145×190 mm, 144 pages, imprimé en France, 2013.
Rosa Luxemburg, non aux frontières
d’Anne Blanchard
Actes Sud Junior dans la collection Ceux qui ont dit non
8 €, 110×176 mm, 96 pages, imprimé en France, 2014.
Wangari Maathai, celle qui guérit la Terre
Texte de Tanella Boni, illustré par Muriel Diallo
À dos d’âne dans la collection Des graines et des guides
7,50 €, 105×150 mm, 46 pages, imprimé en Union Européenne chez un imprimeur éco-responsable, 2016.
Cléopâtre, 50 drôles de questions pour la découvrir !
Textes d’Anne Terral, illustrés par Zelda Zonk
Tallandier Jeunesse dans la collection Cétéki ?
11,90 €, 146×200 mm, 128 pages, imprimé en Italie, 2018.
Jeanne d’Arc, 50 drôles de questions pour la découvrir !
Textes de Caroline et Martine Lafon, illustrés par Frédéric Rébéna
Tallandier Jeunesse dans la collection Cétéki ?
11,90 €, 146×200 mm, 128 pages, imprimé en Italie, 2018.
Ces femmes incroyables qui ont changé le monde
de Kate Pankhurst (traducteur·trice non crédité·e)
Kimane
9,95 €, 256×256 mm, 32 pages, imprimé en Chine, 2016.
Histoires du soir pour filles rebelles 2
Textes de Héléna Favili et Francesca Cavallo (traduit par Jessica Shapiro), illustrés par un collectif
Les Arènes
19,90 €, 185×250 mm, 214 pages, imprimé en Italie, 2018.
Les femmes qui ont fait bouger le monde
Textes de Katherine Halligan (traduit par Valérie Videau et Jean Pouvelle), illustrés par Sarah Walsh
Hatier Jeunesse
18,90 €, 260×299 mm, 112 pages, imprimé en Chine, 2018.
Il était une fois des femmes fabuleuses
Textes des Époux Von Grüt, illustrés par Jane Bodil
Larousse
14,95 €, 277×337 mm, 47 pages, imprimé en Espagne chez un imprimeur éco-responsable, 2018.

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Des livres jeunesse LGBTQ+ [CHRONIQUE EN ACCÈS LIBRE]

Par 29 juin 2018 Livres Jeunesse

Demain, à Paris, aura lieu la marche des fiertés, l’occasion une nouvelle fois pour nous de mettre un coup de projecteur sur des livres qui mettent en avant des personnages homosexuels (que ça soit les héro·ïne·s des histoires ou leurs parents), bisexuels ou transgenres. Pour rappel, nous avons déjà fait deux chroniques sur le sujet ici et , nous avons un tableau pinterest regroupant les livres chroniqués et nous préparons un dossier très complet… mais en attendant ce dossier voici donc quelques livres avec des personnages LGBTQ+ ! Pour cette chronique, exceptionnellement, je serai parfois obligé de vous révéler la fin, car c’est parfois dans les dénouements que l’on comprend le rapport avec le thème de la chronique… j’espère que vous ne m’en voudrez pas !

Des albums…

Camille aime Baptiste. Avant Baptiste, d’autres ont fait battre son cœur, mais aujourd’hui c’est Baptiste et ça, ça change tout ! Camille pense à lui sans arrêt, lui écrit des poèmes et rougit en les lui donnant… ce qui fait aussi rougir Baptiste… car Baptiste aussi aime Camille. Au fait, Camille est un garçon, et alors, qu’est-ce que ça change ?
Très beau texte d’une autrice dont on aime beaucoup la plume, Cathy Ytak. Un texte extrêmement délicat, poétique, sensible. Et les illustrations de Daniela Tieni l’accompagnent à merveille. L’autrice joue avec la surprise (nos visions hétérocentrées penseront d’abord que Camille est une fille). On est loin ici des clichés et, contrairement à la plupart des livres sur le sujet, rien n’arrive de négatif aux deux héros de l’histoire. À noter que ici, et c’est tellement exceptionnel qu’il faut le signaler, on parle de bisexualité car les héros ont aussi été amoureux de filles.
Un très bel album sur deux garçons qui sont amoureux, avec un texte très poétique et des illustrations qui le sont tout autant.

TA TAAA !!! AVIS À LA POPULATION ! C’est le grand jour, aujourd’hui le prince Jean-Georges doit se marier, son père, le roi Grobull, l’a décidé ! Toutes les vaches du pays sont invitées à se présenter, afin que le prince choisisse son élue. Mais aucune ne lui plaît… Ce n’est pas grave, le roi convoque les truies, après tout il ne veut qu’une chose que son fils soit HEU-REUX ! Le prince sait avec qui il veut se marier… mais comment le dire à son père… Pourtant si celui-ci veut à ce point qu’il soit heureux, il devrait accepter…
Beaucoup d’humour et de magnifiques illustrations en volume (la marque de fabrique de Christian Voltz) dans cet album où le prince se mariera finalement avec son ami le bélier. Ici non plus il n’est pas question de harcèlement, d’amours tristes… mais juste d’oser le dire à son père (qui finalement ne le prendra pas si mal, le tout c’est que son fils soit heureux, non ?)
Un album plein d’humour, avec un texte dont la lecture à voix haute est un régal, pour rappeler que dans la vie, le plus important c’est d’être HEU-REUX !


À noter aussi la réédition (avec quelques micro-changements et un format plus petit) de BOUM BOUM et autres petits et GRANDS bruits de la vie de Catherine Latteux et Mam’zelle Roüge aux éditions Pourpenser. On avait chroniqué ici ce joli album (à l’époque où il est sorti chez Frimousse) où l’on croise un jeune garçon amoureux d’un autre jeune garçon.

Des BD…

Dans la vie de Bichon, il y a un nouvel instituteur (le fameux remplaçant super beau de l’année dernière), sa copine Agnès (qui cache un secret) et toujours le beau Jean-Marc (qui vit quelques moments pas très drôles), mais en ce moment y’a plus trop sa grande amie Myriam (qui n’a plus le droit de jouer avec Bichon, sa mère le lui interdit). Ce qui préoccupe notre jeune héros, c’est les lettres d’amour qu’il vient de recevoir. Qui est amoureux·euse de lui ? Et quels sont les secrets qui semblent ronger tout son entourage ?
Quel bonheur toujours de retrouver Bichon, le fan de princesse Ploum qui craque sur le beau Jean-Marc. David Gilson a créé un héros gay qui plaît énormément aux enfants ! Ses aventures sont pleines d’humour (et d’amour). Dans cet album, on parle comme toujours des stéréotypes de genre, mais ici on parle beaucoup des choses que l’on cache alors qu’on devrait tout simplement vivre en étant soi-même. La toute dernière planche nous fait un peu peur… Est-ce le dernier tome ? On n’espère pas !
Une BD pleine d’humour avec un jeune héros gay.

Végétaline est une princesse qui vit en haut d’une grande tour et souffre d’une maladie étrange. Codette a fui son pays en guerre avec ses parents. Lors d’une soirée chez Végétaline (où celle-ci est alitée comme d’habitude) et suite à un pari, Codette s’introduit dans la chambre de Végétaline pour l’embrasser… Sauf que ce baiser va déclencher chez les jeunes filles des choses auxquelles elles ne s’attendaient pas…
Bienvenue dans l’univers barré de Lisa Mandel, ici l’on croise des animaux transgéniques, des inventeurs fous qui aiment visiblement se déguiser en Bioman, des filles possédées par d’étranges phénomènes… Et au milieu de tout ça, une belle histoire d’amour entre deux filles. Ici, ça fait partie de l’histoire, personne ne s’étonne ou se choque de l’amour des deux filles… et ça fait du bien !
Une super BD avec des héroïnes amoureuses.

Un beau jour, Yaichi voit débarquer le mari de son frère, mort quelque temps plus tôt. Pour ce Japonais qui élève seul sa fille, l’arrivée que cet homosexuel canadien n’est pas une chose qui le réjouit, ses premières paroles sont d’ailleurs assez violentes. Pourtant très vite, entre les deux hommes les relations vont se pacifier, notamment grâce à la petite Kana et sa naïveté d’enfant.
Le mari de mon frère est un manga (qui se lit dans le sens japonais) mettant donc en scène un homme plutôt homophobe et le mari de son frère. Le héros de l’histoire va s’interroger au contact de son beau-frère sur sa vision des homosexuels et se rendre compte que certaines idées reçues sont idiotes. On parle aussi du deuil (d’autant plus difficile pour le jeune veuf, car son beau frère est le frère jumeau de son ancien mari et la ressemblance le trouble énormément). Le manga est entrecoupé de deux « petits cours de culture gay » plutôt amusants. À noter que l’auteur est artiste érotique gay et ça se sent dans la façon dont il dessine les corps masculins (mais rassurez-vous si certain·e·s prendront du plaisir à voir ces corps sublimés, les plus jeunes enfants ne verront rien d’érotique dans ces planches).
La cohabitation difficile (dans un premier temps), entre un Japonais pas très homophile, son beau-frère homosexuel et une petite fille pleine de vie.

Des romans pour les plus jeunes…

Il y a un nouveau à l’école, il s’appelle Camille. Les moqueries commencent déjà dès l’annonce de son prénom « Camille c’est un prénom de fille ! », mais le jeune garçon ne se vexe pas, il explique calmement que ça fonctionne pour les deux genres. Si Camille ne s’énerve jamais, c’est qu’il a une règle d’or : ne pas faire à autrui ce que l’on ne veut pas qu’on nous fasse. Mais pour certains de l’école, c’est encore un sujet de moquerie voire pire…
Camille a un secret que l’on découvrira à la fin du roman, il vit avec ses deux pères. On pourra peut-être regretter que l’explication de l’étrangeté de l’enfant soit qu’il soit élevé par deux hommes (même si au final, Camille est un enfant bien plus philosophe et plus réfléchi que ses camarades), mais voilà là un très beau petit roman accessible vraiment aux lecteurs et lectrices débutant·e·s (sur ce sujet, ce n’est pas si fréquent). On parle donc ici d’homoparentalité, mais aussi de tolérance, de harcèlement scolaire, d’entraide, des secrets entre ami·e·…
Un petit roman très bien écrit sur un jeune garçon qui grandit dans une famille homoparentale et sur les regards extérieurs sur cette famille-là.

L'amoureux de papa Son père et sa mère sont séparé·e·s, mais l’entente entre les deux est bonne. Donc tout se passe bien pour Amandine, mais un jour son père a une annonce à lui faire, il veut lui présenter quelqu’un qui compte beaucoup pour lui. Mais quand Amandine voit arriver son instituteur et que son père lui annonce que c’est son amoureux, son monde bascule.
Là aussi un petit regret (disons-le d’emblée pour passer vite à autre chose et ne pas se focaliser dessus), la mère parle de l’homosexualité de son ex-compagnon alors qu’il aurait peut-être été plus judicieux de parler ici de bisexualité (sexualité désespérément oubliée dans la littérature jeunesse où les choses doivent être ou noires ou blanches, visiblement), mais là encore c’est un joli petit roman, parfait pour les jeunes lecteurs et lectrices (texte court, simple, richement illustré). Ce qui est intéressant ici, en dehors du fait que là encore ça s’adresse aux plus jeunes et que ce n’est pas si courant, c’est le rejet de l’héroïne, les choses ne peuvent pas se passer ainsi, ce qui rend l’histoire totalement réaliste (pas d’angélisme). Le nouveau couple va vivre des moments difficiles, jusqu’à décider de rompre par amour pour la petite fille (mais rassurez-vous, les choses ne se finiront pas aussi mal).
Un roman qui sonne juste sur une petite fille pas contente que le nouvel amoureux de son père soit un garçon, qui plus est son instituteur !

Il a eu 16 ans et il écrit à son père. Il lui écrit qu’il est heureux qu’il y ait Ludovic dans sa vie, Ludovic qui a été là dès la mort de sa mère, à s’occuper de lui, comme un père, justement. Alors aujourd’hui il écrit à son père pour lui dire qu’il faut stopper les mensonges, qu’il sait que Ludovic et lui s’aiment, mais qu’il faut qu’ils le fassent au grand jour, qu’ils doivent se marier maintenant que cela est possible !
C’est une belle déclaration d’amour qu’on trouve dans Mariez-vous ! d’Alain Germain en quatre lettres (deux à son père, une à Ludovic et la dernière à son amoureuse à lui). Une déclaration d’amour d’un fils à son père et à l’homme qui, dans l’ombre, était l’amoureux de son père et s’est occupé de lui. Une invitation à vivre un amour au grand jour, à ne plus vivre caché. En fin d’ouvrage, on trouvera le texte de la loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe.
Un roman court, mais fort, avec quatre belles lettres d’amour. Un bel hommage aux familles homoparentales.

Son oncle Mika il l’aime tellement. Toujours le mot pour rire, toujours attentif, attentionné. Alors Jérémie, sept ans, ne comprend pas pourquoi d’un coup il est sorti de sa vie, pourquoi il ne le voit plus. Il a bien surpris des paroles entre ses parents et ses grands-parents. Mais il ne les comprend pas. Que s’est-il passé ? Est-il mort ?
Gwladys Constant propose un très beau roman sur l’intolérance. Car ici l’oncle Mika a été rayé de la famille (avec interdiction de revoir son neveu) parce qu’il est homosexuel. Le texte est très joliment écrit et l’on se met à la place de cet enfant qui ne comprend pas, dans un premier temps, où est passé son oncle, et dans un second temps ce qu’il y a de mal à aimer les garçons… Rassurez-vous, il y aura quelqu’un qui saura apporter du bonheur à l’enfant (mais qui, comme dans la vraie vie, ne fera pas de miracles, la famille restera aussi bête et homophobe, malheureusement).
Un très joli roman, très bien écrit, sur la bêtise de l’homophobie dans une famille.

C’était en colonie de vacances, une fille avait fait battre son cœur. Il y avait eu les nuits où les duvets se rapprochaient, les confidences, la petite flamme dans les yeux devant la scène de baiser au cinéma. Et il y avait eu la dernière nuit de la colo, mais ça, c’est un secret…
Fallait-il mettre C’est notre secret dans cette chronique thématique, c’est un débat et je vous laisserai juger ! Car ici il n’est pas dit que la personne qui nous raconte cette histoire est une fille… mais il ne nous est pas dit que c’est un garçon non plus ! Raphaële Frier, en plus d’avoir une très belle plume, est très maline. Elle a écrit tout ce roman dans lequel on ne connaîtra jamais le genre du héros ou de l’héroïne. On pourra donc s’imaginer qu’il s’agit là d’une petite fille amoureuse d’une autre petite fille… moi c’est en tout cas ce que j’y ai vu.
Un très très beau petit roman, où l’on pourra voir une histoire d’amour entre deux filles… ou pas !

Des romans pour les plus grands…

Nous sommes en août 1947, le jeune Harvey Milk, 17 ans, vient de se faire arrêter par la police alors qu’il était juste en train de lire en bronzant dans un parc. Les rafles d’homosexuels sont de plus en plus fréquentes et Harvey a peur qu’on prévienne sa famille, sa mère ne sait pas que son fils aime les garçons. Quelques années plus tard, il deviendra pourtant l’un des plus célèbres défenseurs des droits des homosexuel·le·s, incitant ses semblables à annoncer leur homosexualité partout afin de faire avancer les choses.
Sorti dans la très bonne collection Ceux qui ont dit non, Harvey Milk, non à l’homophobie est bâti comme un roman. On rencontre ici cet homme, incarné au cinéma par Sean Penn dans le très beau film de Gus Van Sant, de sa jeunesse à sa mort (rappelons qu’il a été assassiné froidement par un homophobe). Le livre est un beau rappel des luttes passées et de celles qui sont encore à venir, d’ailleurs après l’histoire, l’ouvrage nous propose neuf pages sur l’homophobie, les victimes homosexuelles des camps nazis, les combats en France…
Un très beau roman pour rappeler qui était Harvey Milk ou pour rappeler combien la lutte contre l’homophobie reste une chose importante aujourd’hui.

Cent fois on le lui a dit. Cent fois. Qu’un garçon ne doit pas pleurer, qu’un garçon doit se battre pour se défendre, utiliser ses poings. Pourtant il n’y arrive pas. Il continue de pleurer quand on le frappe et ne réplique pas. Il encaisse. Il encaisse les « sale pédé », les autres qui tentent des records de side-kiks sur lui, la terre qu’on lui fait manger et les regards de son père qui font mal.
Une claque, voilà ce qu’est À copier 100 fois, une claque. Un roman court qui se lit d’une traite et dont on sort totalement secoué·e. Un roman extrêmement fort, écrit par une très belle plume (j’avoue que je n’avais jamais rien lu d’Antoine Dole avant ce roman), qui nous fait un nœud dans l’estomac. La relation entre le père et le fils, le harcèlement extrêmement violent dont est victime le jeune héros de 13 ans, ici tout fait mal. Voilà un livre qu’on devrait faire lire en classe…
Il paraît que les garçons ne doivent pas pleurer, je peux vous dire que moi j’ai versé des larmes en refermant celui-ci.

Nina a 15 ans, l’âge où les vacances avec les parents peuvent être de vraies galères… mais on n’a pas le choix. Pour Nina, ce voyage à Barcelone c’est quand même l’occasion de revoir le beau Jesus, un garçon qu’elle a embrassé sur la bouche la dernière fois qu’il et elle se sont vu·e·s… Mais les choses ne se passent pas comme prévu, Jesus est venu avec sa cousine et est plutôt distant, et Nina trouve un sac qui va lui faire faire de belles rencontres, de celles qui changent une vie.
C’est un très joli roman que nous propose Hélène Couturier aux éditions Syros. On y parle de la relation entre une mère et sa fille, entre une ado et sa petite sœur (un peu trop parfaite), des histoires d’amour des parents, des amours de vacances, mais aussi de transidentité. Car on trouvera ici un personnage transgenre que je trouve particulièrement intéressant (bien que le passage sur l’explication de la transidentité me semble un peu didactique). Toutefois, je trouvais intéressant de demander à quelqu’un qui, contrairement à moi, connait bien le sujet de la transidentité, d’avoir son regard sur ce roman. J’ai donc demandé à R (@libre__R sur twitter) son avis, le voici : « J’ai commencé à lire en ayant hâte de rencontrer ce personnage trans que je savais présent dans ce livre. J’ai donc vite déchanté en comprenant où menait l’intrigue : la transidentité comme révélation type « plot twist » vers la fin du roman. Ce personnage est un outil scénaristique pour les protagonistes, et il en devient inaccessible et peu crédible (surtout les propos et dialogues de personnages censés « savoir mieux »). Les questionnements et la réflexion de l’héroïne vont de naïfs à très pertinents, ce qui est cool ! Mais du coup c’était très étrange (et blessant) de voir que le personnage était mégenré jusqu’au bout. » Personnellement, j’ajouterai quand même que d’introduire un personnage transgenre dans ce genre de roman très grand public ne peut pas faire de mal et peut-être renseigner des gens qui connaissent peu le sujet (et on le sait, les haines viennent souvent du fait de ne pas connaître).
Un roman intéressant avec un personnage transgenre, mais qui décevra peut-être ceux et celles qui le liront en voulant lire un roman sur la transidentité.

Simon a 16 ans, il est homosexuel, mais personne ne le sait. Enfin, il y a Blue… Blue c’est un garçon de son lycée, mais il ne sait pas qui il est, ils échangent par mail suite à un message sur le blog du lycée. Et, même s’il ne connaît pas sa vraie identité, Simon craque sur Blue. Mais un jour, un camarade de Simon vient le voir pour lui dire qu’il a lu les mails…
Coup de cœur pour ce roman qui pourtant n’est pas de la grande littérature (on est proche de la lecture de plage, disons les choses), mais ici le suspense est très fort (mais qui est Blue ???), c’est bourré de scènes qui font du bien, c’est drôle, émouvant… Et puis, je dois l’avouer, j’ai versé quelques larmes au moment de la rencontre entre nos deux héros… C’est un roman que je n’arrivais pas à fermer (vous connaissez, le genre qu’on continue sur la route en sortant du métro pour en profiter encore quelques minutes) et j’ai été triste de quitter les héros… mais j’ai appris depuis l’existence d’une suite (Leah à contretemps) et je me réjouis d’avance de retrouver Simon. À noter que le livre sorti tout d’abord sous le joli titre Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens s’appelle désormais Love, Simon… comme l’adaptation qui vient de sortir au cinéma et que la jolie couverture a laissé place à l’affiche du film (ah les lois du marketing…).
Un roman extrêmement charmant, qui parle du coming out, des émois amoureux et de la découverte des codes du milieu homosexuel.

Ça change tout !
Texte de Cathy Ytak, illustré par Daniela Tieni
L’atelier du poisson soluble
16 €, 200×263 mm, 32 pages, imprimé en Espagne chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
HEU-REUX !
de Christian Voltz
Rouergue
13,50 €, 230×210 mm, 40 pages, imprimé au Portugal, 2016.
BOUM BOUM et autres petits et GRANDS bruits de la vie
Texte de Catherine Latteux, illustré par Mam’zelle Roüge
Pourpenser
10,50 €, 160×240 mm, 32 pages, imprimé en France, 2018.
Bichon – T3 – L’année des secrets
de David Gilson
Glénat dans la collection Tchô ! La collec
10,50 €, 215×295 mm, 48 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
Princesse aime princesse
de Lisa Mandel
Gallimard dans la collection Bayou
16,75 €, 175×245 mm, 124 pages, imprimé en Espagne, 2008.
Le mari de mon frère – T1
de Gengorah Tagame (traduit par Bruno Pham)
Éditions Akata dans la collection L
7,95 €, 130×180 mm, 180 pages, imprimé en Italie, 2016.
La règle d’or
d’Isabelle Minière
Éditions du Jasmin
8 €, 130×190 mm, 64 pages, imprimé en France, 2013.
L’amoureux de papa
Texte d’Ingrid Chabbert, illustré par Lauranne Quentric
Kilowatt dans la collection Les kapoches
7,30 €, 140×180 mm, 41 pages, imprimé en U.E., 2017.
Mariez-vous !
d’Alain Germain
Oskar Éditeur dans la collection Court-Mé-trage
6 €, 115×170 mm, 49 pages, imprimé en Europe, 2013.
L’oncle Mika
de Gwladys Constant
Oskar Éditeur dans la collection Court-Mé-trage
6 €, 115×170 mm, 48 pages, imprimé en Europe, 2014.
C’est notre secret
de Raphaële Frier
Thierry Magnier dans la collection Petite poche
3,90 €, 105×150 mm, 48 pages, imprimé en République Tchèque, 2018.
Harvey Milk – Non à l’homophobie
de Safia Amor
Actes Sud Junior dans la collection Ceux qui ont dit non
8 €, 112×177 mm, 96 pages, imprimé en France, 2014.
À copier 100 fois
d’Antoine Dole
Sarbacane dans la collection Mini-romans
6 €, 110×175 mm, 56 pages, imprimé en Bulgarie, 2015.
Trans Barcelona Express
d’Hélène Couturier
Syros dans la collection Hors-Série
15,95 €, 150×220 mm, 224 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2018.
Love, Simon (ou Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens)
de Becky Albertalli (traduit par Mathilde Tamae-Bouhon)
Hachette Roman
17 €, 135×215 mm, 320 pages, imprimé en Espagne chez un imprimeur éco-responsable, 2015.

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Amours d’ados…

Par 27 février 2018 Livres Jeunesse

Aujourd’hui l’on plonge dans les méandres amoureux adolescents grâce à deux superbes livres : une adaptation contemporaine de Cyrano de Bergerac par Arthur Ténor et le quatrième (et dernier tome) des aventures des Quatre sœurs de Malika Ferdjouk, illustré par Cati Baur…

Blaise Cyrano, le raté magnifique
d’Arthur Ténor
Oskar Éditeur
14,95 €, 129×210 mm, 192 pages, imprimé en France, 2017.
Quatre sœurs, 4. Geneviève
Scénario de Cati Baur et Malika Ferdjoukh, dessins de Cati Baur
Rue de Sèvres
15 €, 212×275 mm, 160 pages, imprimé en France, 2018.

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Saletés

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Aujourd’hui, une chronique qui pue. On commence avec une merveilleuse princesse qui pète sans arrêt et on continue avec un minuscule bousier qui essuie pas mal de moqueries.

Prout prout prout !
Texte de Laetitia Le Saux, illustré par Eléonore Zuber
Oskar dans la collection Trimestre
6,95 €
, 220 x 170 mm, 32 pages, imprimé en Chine, 2016.
Le Roi des cacas
Texte de Géraldine Collet, illustré par Hervé Le Goff
L´élan vert
12,70 €
, 230 x 290 mm, 32 pages, imprimé en France, 2017.

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