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Parlez moi de….

Les invité·e·s du mercredi : Romain Taszek, Sophie Gourion, Isabelle Maroger et Coralie Delécluse

Par 15 mai 2019 Les invités du mercredi

Après avoir découvert ces derniers jours Perdus dans la jungle (et l’avoir beaucoup aimé), j’ai eu envie d’en savoir plus sur son auteur : Romain Taszek. Il a accepté de me parler de son parcours, de ses influences et d’autre chose encore. Ensuite, pour la rubrique Parlez-moi de…, je vous propose de revenir sur le génial Les Filles et les Garçons peuvent le faire aussi avec son autrice (Sophie Gourion), son illustratrice (Isabelle Maroger) et son éditrice (Coralie Delécluse). Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Romain Taszek

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
D’aussi loin que je me souvienne j’ai toujours su que je voulais raconter des histoires, et je me suis très vite aperçu que le moyen qui me plaisait le plus pour raconter ces histoires était le dessin. Du coup dès le lycée je me suis orienté vers une section STI Arts Appliqués. Après le BAC j’ai été un an à Corvisart dans une section illustration, puis ensuite les Arts Décoratifs de Paris dont je suis diplômé depuis bientôt 2 ans.

Présentez-nous le très beau Perdus dans la jungle
Perdus dans la jungle a d’abord commencé comme un projet d’école que j’ai réalisé durant mon cursus aux Arts Décoratifs. À la recherche d’une narration un peu singulière j’ai imaginé ce système d’images et de textes en décalage. Pour ce qui est de l’univers visuel j’ai beaucoup été inspiré par un voyage au Guatemala que j’avais fait quelques années auparavant. Grâce aux outils que m’offrait l’école j’ai pu réaliser cette première version en sérigraphie, ce qui lui a donné cette identité graphique forte.
Plus tard, j’ai présenté ce projet (parmi plein d’autres) aux Éditions du Trésor à l’occasion du salon du livre jeunesse de Montreuil et ils m’ont proposé de travailler d’abord sur un premier livre, Le trésor du perroquet pirate. Un livre d’énigme, avec à la clé comme récompense une vraie pièce de trésor pirate. Après la sortie de ce premier livre, ils m’ont dit qu’ils souhaitaient éditer Perdus dans la jungle. On l’a donc retravaillé ensemble pour que le livre soit plus adapté à l’édition (on a ajouté des pages, retravaillé la narration, affiné les illustrations, etc.).
L’objectif était de conserver l’aspect « sérigraphie » du livre original, j’ai donc adapté ma technique de travail en ce sens.

Quelles techniques d’illustrations utilisez-vous ?
Je tiens beaucoup à continuer de dessiner à la main. Je reste encore un peu méfiant du tout numérique. Du coup tous mes dessins sont faits à la main, que j’encre ensuite. Puis la mise en couleurs est faite par ordinateur. Cela me permet de garder le côté « souple » du dessin au crayon. Toutes mes formes sont faites à main levée, et cela évite (j’espère tout du moins) un aspect vectoriel.

Où trouvez-vous l’inspiration ?
Je suis un grand curieux et notamment un très grand amateur d’Histoire (avec un grand « H »).
Je m’inspire énormément des récits d’aventuriers, des découvreurs, des voyageurs. Et ce que je recherche encore plus à travers ces récits, c’est la petite histoire dans la grande histoire. Les détails insolites, rocambolesques. Récemment ce sont les pionniers de l’aviation qui m’ont beaucoup occupé. Comme je suis quelqu’un de très passionné j’ai donc lu beaucoup de livres sur le sujet, regardé beaucoup de films, de documentaires, je me suis déplacé dans les musées. C’est à peu près ma démarche pour tout nouveau sujet qui me fascine.

Il y a-t-il des illustrateurs et des illustratrices dont le travail vous touche ou vous inspire ?
Durant un stage aux Trois Ourses j’ai découvert le travail de Katsumi Komagata, de Bruno Munari. Ils m’ont beaucoup touché par leur modernité et leur simplicité. Et en creusant dans l’incroyable fonds d’archives de ces mêmes Trois Ourses j’ai fait la découverte d’illustrateurs russes des années 30 tels que Vladimir Lebedev, Vladimir Konashevich ou encore Mikhail Tsekhanovskij qui ont irrémédiablement marqué mon travail.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Enfant, en plus des grands classiques tels que ceux de Claude Ponti ou de Tomi Ungerer, je lisais tout ce qui me tombait sous la main en bande dessinée. La bibliothèque familiale étant plutôt fournie en classiques je lisais Astérix, Tintin, Lucky Lucke, Percevan, Titeuf…
Puis à l’adolescence j’ai lu beaucoup de manga (comme beaucoup d’ados de ma génération). Et c’est ma découverte du travail de Lewis Trondheim qui m’a réconcilié avec la bande dessinée dite « Franco-Belge ».

Sur quoi travaillez-vous actuellement ?
Je travaille notamment sur un album autour des Yokais (les fantômes japonais) et sur un livre/jeu dont vous êtes le héros dans une ambiance mésopotamienne !

Bibliographie :

  • Perdus dans la jungle, texte et illustrations, Les éditions du trésor (2019), que nous avons chroniqué ici.
  • Le trésor du perroquet pirate, illustration d’un texte de Matélo, Les éditions du trésor (2018).

Retrouvez Romain Taszek sur son site : http://romain-taszek.ultra-book.com.


Parlez-moi de… Les Filles et les Garçons peuvent le faire aussi

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur·trice, son illustrateur·trice et son éditeur·trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellé·e·s. Cette fois-ci, c’est sur Les Filles et les Garçons peuvent le faire aussi que nous revenons avec Sophie Gourion, son autrice, Isabelle Maroger, son illustratrice, et Coralie Delécluse, son éditrice..

Sophie Gourion, autrice :
Le premier jet de ce manuscrit a vu le jour il y a 6 ans. Cela faisait déjà 4 ans que je travaillais à l’époque sur les sujets d’égalité femmes/hommes et je m’étais rendue compte que les stéréotypes se construisaient dès le berceau puisque, selon des études, les larmes des nourrissons féminins sont associées à la peur, celles des bébés masculins à la colère. J’ai eu une fille et un garçon et j’ai pu constater à quel point les réflexions de l’entourage à leur égard étaient différentes : on complimentait beaucoup plus ma fille sur son physique et mon garçon sur ses aptitudes physiques par exemple. À un moment, ma fille en a eu tellement assez qu’elle répondait systématiquement à chaque compliment « Je ne suis pas belle, je suis intelligente ! ». Je lui ai appris qu’on pouvait être les 2 en même temps😊. Initialement, le livre était destiné aux 10-12, avec des références historiques et un texte bien plus détaillé. L’accueil des éditeurs avait été mitigé : on reprochait au manuscrit son côté militant, son manque d’histoire. Le seul éditeur qui m’avait apporté une réponse personnalisée était Gründ. À l’époque, ils m’avaient conseillé de retravailler le texte pour l’alléger et le rendre moins démonstratif. Le problème, c’est que je ne voulais pas rédiger de texte fictionnel pour servir le propos. Tout ce que j’avais en tête était trop caricatural. J’avais donc laissé ce texte dans mes tiroirs quand, l’année dernière, Gründ m’a recontactée à ma grande surprise ! Ils avaient ressorti mon manuscrit et me proposaient de le retravailler pour l’adapter aux 3-6 ans. L’idée du livre double-face a tout de suite jailli car elle permet de donner un côté ludique au livre et de montrer aux enfants que chacun peut véhiculer des stéréotypes et être victime de stéréotypes, fille comme garçon. J’ai travaillé sur des textes courts, qui riment, pour rendre la lecture chantante, comme une comptine. J’ai voulu à chaque fois une double-page qui ouvre le champ des possibles « tu peux aimer… » « ou préférer… ». L’idée n’est pas de diaboliser le rose, les poupées ou les paillettes pour les petites filles par exemple mais de proposer des alternatives en portant un message fort : tu peux être qui tu veux ! La double page permet également de ne pas créer d’injonction supplémentaire : il y a en ce moment beaucoup de livres qui encouragent les filles à être des super-héroïnes, à devenir présidente ou astronaute. C’est très bien mais ça peut parfois être pesant quand on a envie d’une vie moins « ambitieuse » ! La maman d’une de mes lectrices m’a d’ailleurs raconté que sa fille lui a dit après avoir lu le livre « Ah non mais moi je ne veux pas être présidente, c’est trop fatigant ! Je préfère m’occuper des animaux »😊. C’est tout le message du livre justement !

Isabelle Maroger, illustratrice :
J’ai été contactée une première fois par les éditions Gründ en fin d’année 2017 pour « Les filles/garçons peuvent le faire aussi ». J’ai été immédiatement séduite par le propos de Sophie.
Mais en même temps je me sentais sous l’eau à ce moment-là et j’avais peur de mal faire, de ne pas être à la hauteur… On a donc mis un petit moment à se caler avec l’éditrice et finalement, rassurée sur tous ces points, le projet a pu commencer en septembre 2018.
Au final c’était le timing parfait, je sortais de l’été, j’étais remise sur pieds et j’avais retrouvé l’envie d’avoir envie.
J’avais fait pas mal d’aquarelles pendant l’été et j’ai essayé de garder la spontanéité et les petits défauts de mes dessins premiers jets (C’est un vrai travail sur soi de comprendre et accepter que les défauts sont le sel de la vie).
Plus j’avançais dans le projet plus je réalisais l’importance du propos.
J’ai un petit garçon (4 ans à l’époque) et même si on l’éduque avec le plus d’ouverture d’esprit possible sur l’égalité des genres, je sens bien que certains petits copains de l’école lui mettaient de nouvelles idées en tête. Il refusait certains habits, avait arrêté de danser et commencé à sortir des « c’est pour les filles » à tout bout de champ et avec dénigrement.
J’ai offert le livre à la maîtresse pour le 8 mars, ils l’ont lu en classe et j’ai vraiment constaté des retours positifs des enfants sur la liberté que leur offraient ces mots. Les entendre de la bouche de leur maîtresse en classe avec leurs amis a eu un vrai impact et ils en ont beaucoup parlé entre eux.
Dire les choses simplement a débloqué plein de choses, et j’ai été surprise de revoir danser mon fils la semaine suivant la lecture simplement parce qu’il était rassuré sur le fait qu’il avait le droit de faire ce qu’il voulait. Que le c’est « pour les filles » « Pour les garçons » n’existait plus !

Coralie Delécluse, éditrice :
Nous avions reçu, il y a quelques années, un texte de Sophie Gourion intitulé « Interdit aux filles ? ». Le sujet du texte nous interpelait, mais il nous semblait trop documentaire et trop haut en âge (la cible était plutôt les enfants de 7-10 ans). De notre côté, nous avions remarqué que les stéréotypes de genre commençaient très tôt (dès la maternelle) et nous avions à cœur de faire un livre sur l’égalité filles-garçons destiné aux petits, dès 3 ans.
L’an dernier, j’ai contacté Sophie, pour lui demander si elle serait d’accord pour retravailler complètement son texte, pour les plus petits, filles et garçons. Il y a plusieurs albums jeunesse qui abordent l’égalité filles-garçons, mais ils s’adressent bien souvent aux filles, ou aux garçons, mais rarement aux deux. C’était vraiment important, pour Sophie et pour nous, de montrer aux filles comme aux garçons, qu’ils pouvaient faire ce qu’ils voulaient indépendamment de leur genre. Sophie, à ma grande joie, a accepté, et l’aventure a commencé !
J’ai tout de suite pensé à Isabelle pour les illustrations. Je la suivais depuis longtemps, et j’aimais beaucoup son style très moderne, très doux, mais en même temps très expressif. Je l’ai appelée l’an dernier pour lui parler du projet. J’étais convaincue qu’elle était la bonne personne pour illustrer cet album. J’ai tout de suite senti que le sujet l’intéressait et la motivait, mais elle avait besoin d’un peu de temps pour bien s’y pencher. J’ai attendu impatiemment les premiers crayonnés, qui m’ont tout de suite confortée dans mon idée : chaque planche venait relever avec poésie et humour le texte de Sophie.
Aujourd’hui, je suis très heureuse et fière du message que porte cet album. Il invite vraiment les enfants à être libres, sans jugement : jouer aux avions ou à la poupée, faire du judo ou de la danse, se déguiser en princesse ou en pirate. Fille ou garçon, tout est permis !


 

Les Filles et les Garçons peuvent le faire aussi
de Sophie Gourion, illustré par Isabelle Maroger
sorti aux éditions Gründ (2019),
chroniqué ici.

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Les invité·e·s du mercredi : Laurence Nobécourt, Nayel Zeaiter et Marie Bluteau

Par 8 mai 2019 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, on rencontre Laurence Nobécourt, la créatrice de la maison d’édition À pas de loups. Elle nous parle de son parcours, de son amour de la littérature jeunesse, de ses ouvrages phares et des nouveautés (on s’en lèche les babines d’impatience!). Et puis on revient avec Nayel Zeaiter et Marie Bluteau sur le formidable Histoires de France en 100 fiches : un ouvrage engagé, foisonnant, encyclopédique et stimulant ! Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Laurence Nobécourt

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
J’étais une professeure des écoles passionnée de littérature jeunesse. Durant mes années d’enseignement, j’ai eu la chance de pouvoir inviter de nombreux artistes dans mes classes, comme Mario Ramos, par exemple. J’ai aussi eu l’opportunité de participer avec mes élèves à l’écriture du livre Un bateau dans le ciel, paru aux éditions Rue du monde, une belle aventure menée par l’illustrateur britannique Quentin Blake avec mille huit cents enfants de tous les pays. Ces expériences et rencontres ont été décisives : j’avais envie de me lancer dans l’aventure en créant ma propre maison d’édition.

Quelles étaient vos lectures d’enfance ?
J’ai peu de souvenirs d’albums illustrés en dehors de Babar, de Caroline et ses amis et de quelques titres du Père Castor, j’étais abonnée aux magazines Pomme d’Api, Okapi et c’était une grande joie de les découvrir dans la boîte aux lettres ! J’ai grandi à la grande époque de la Bibliothèque rose et verte et dévoré les séries Fantômette, Le clan des 7, Alice, Les sœurs Parker

Comment est née votre maison d’édition ?
Cécile Gambini est venue dans ma classe pour une rencontre. Ça a été un déclic : j’adorais son album Bagbada, mais il était épuisé. Je me suis dit : « Si j’étais éditrice, je ressortirais ce livre ! » Quelques temps plus tard, j’ai découvert les premiers livres de Françoise Rogier, Sophie Daxhelet et Dominique Descamps, trois illustratrices belges. C’était le début d’une belle collaboration. Puis j’ai rencontré Albertine au festival des illustrateurs de Moulins. Elle m’a montré une série de croquis non publiés sur le thème du cirque, qui deviendraient plus tard le leporello Circus. Quel cadeau !
En 2013, je me suis lancée : j’étais professeure des écoles le jour et « apprentie éditrice » le soir. J’ai multiplié les rencontres avec les créateurs, les graphistes, les imprimeurs, les libraires, tous les acteurs de la chaîne du livre. En mai 2014, mes cinq premiers livres sont sortis.

D’où est venue l’idée du nom ?
C’est un clin d’œil à cette bête tantôt attachante, tantôt effrayante qui rôde dans les contes, figure incontournable de la littérature jeunesse. Je voulais arriver à pas de velours dans le monde de l’édition tout en étant bien présente pour stimuler l’imagination des petits loups. L’idée de cheffe de meute prête à défendre ses petits me plait bien !

Comment choisissez-vous les projets que vous éditez ?
Je reçois plus de mille projets par an ! Parmi eux, quelques pépites… La majorité des projets naissent de rencontres, certaines à mon initiative. Il m’arrive également de solliciter des artistes pour illustrer certains manuscrits, de faire des “mariages” entre auteur et illustrateur. Quand ça fonctionne, c’est très réjouissant. Dans tous les cas, ça commence toujours par un coup de cœur !

Pouvez-vous nous présenter les personnes qui travaillent au sein d’À pas de loups ?
Nous sommes une petite structure en pleine croissance ! En tant qu’éditrice j’en suis la première collaboratrice, investie à 200% sur tous les fronts. C’est passionnant !
Pierre-Jean, mon mari, m’accompagne et me soutient depuis le début de cette belle aventure. Il s’occupe principalement du suivi administratif et financier d’À pas de loups et participe également aux décisions éditoriales.
Aylin Manço a rejoint l’équipe cette année après un stage de 6 mois, elle m’assiste dans le travail éditorial.
Annaig Schmiedeberg, graphiste indépendante, travaille avec nous depuis la création des premiers livres.
Et depuis peu, Daniela Bonerba, agente littéraire, défend notre catalogue auprès des éditeurs étrangers.

Pouvez-vous nous citer quelques ouvrages « phares » d’À pas de loups ?
Les premiers ouvrages qui me viennent à l’esprit sont nos livres collectifs d’illustrateurs : À pas de loups, où 42 illustrateurs se sont exprimés sur le thème du loup, avec un texte de Germano Zullo et S’aimer de Cécile Roumiguière qui nous offre un dialogue, celui, duo, de l’amour, inspirée par 39 artistes. Un troisième livre collectif sortira en juin 2019 : Je t’emmène en voyage de Carl Norac. Mais je suis fière des 50 livres qui composent aujourd’hui notre catalogue ! Ce sont des livres originaux ouvrant de belles portes sur le monde à nos lecteurs.

Qu’est-ce qu’un bon livre jeunesse selon vous ?
C’est un livre qu’on aura plaisir à relire encore et encore pour les émotions qu’il procure ou parce qu’il se démarque par son originalité graphique ou par son style. En bref : un livre qui ne laisse pas indifférent.

Pouvez-vous nous parler des « nouveautés 2019 » ?
Pas tomber d’Annie Agopian et Audrey Calleja (mai 2019) : Cet album est une ode surréaliste à la puissance des jeux d’enfants. Le terrain de jeu contient tout à la fois : les fantasmes et les peurs, le passé et le futur, des marelles et des malles au trésor, voire même des crocodiles !
La fille qui cherchait ses yeux d’Alex Cousseau et Csil (mai 2019) : Fine n’a pas d’yeux. Elle peut donc imaginer le monde comme elle l’entend : le visage bleu de son frère, une forêt au plafond de sa chambre… Mais tout de même, elle aimerait bien voir pour de vrai. Accompagnée des mésanges qui nichent dans ses cheveux, elle part en ville, à la recherche de ses yeux…
Trois Koutchoulous sans histoire de Mandana Sadat (juin 2019) : Il était une fois trois Koutchoulous sans histoire. Ça leur pose problème, parce qu’ils sentent que des petits yeux les observent. Ce sont les yeux des lecteurs, et les lecteurs attendent sûrement une histoire… Comment en trouver une ? Les trois Koutchoulous vont partir à l’aventure.
Je t’emmène en voyage de Carl Norac (juin 2019) : C’est le dernier né de la collection d’ouvrage collectif d’À pas de loups ! « On ne fait pas un voyage, c’est le voyage qui nous fait. » Inspiré par cette citation de Nicolas Bouvier, nous avons invité quarante illustrateurs à s’exprimer librement sur le thème du voyage. Les illustrations ont ensuite été ordonnées et liées entre elles par un texte de Carl Norac.
Kini, le monde à bras le corps d’Ingrid Thobois et Géraldine Alibeu (sept 2019) : Cet album nous emmène sur la trace de l’écrivaine et aventurière Ella Maillart, depuis
les rives du Lac Léman jusqu’au périlleux Turkestan chinois, en passant par l’URSS et l’Afghanistan.
Calamity Jane, l’indomptable (septembre 2019) : Toute sa vie, Calamity Jane a écrit des lettres à sa fille sans jamais les envoyer. A partir de ces missives, cet album raconte l’histoire de cette éternelle rebelle. Et en filigrane apparaît une lettre d’amour au Far West et à la liberté.
Le petit chaperon rouge de Julia Chausson (octobre 2019) : L’illustratrice Julia Chausson s’approprie une version orale nivernaise du Petit Chaperon Rouge. Ses magnifiques gravures noires et rouges plongent le lecteur dans une atmosphère féroce et inquiétante. Entrez donc dans la forêt : vous n’avez jamais vu le Petit Chaperon comme ça !

Bibliographie (sélective) :

  • Paraquoi, texte d’Alex Cousseau, illustré par Éva Offrédo (2019), que nous avons chroniqué ici.
  • Jean-Kévin, texte de Cécile Roumiguière, illustré par Géraldine Alibeu (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Bienvenue, texte de Raphaële Frier, illustré par Laurent Corvaisier (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon chien, papa et moi, texte de Raphaële Frier, illustré par Marc Daniau (2018), que nous avons chroniqués ici.
  • Le kiwi du kiwi et Le dodo du dodo, d‘Éva Offrédo (2018), que nous avons chroniqués ici.
  • Dans l’atelier de Jean Dubuffet, de Sophie Daxhelet (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • La forêt d’Alexandre, de Rascal (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Kado, texte de Thomas Scotto, illustré par Éric Battut (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Les mots qui manquent, texte d’Anne Loyer, illustré par Bobi+Bobi (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Mur, texte d’Anne Loyer, illustré par Nathalie Paulhiac (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • S’aimer, texte de Cécile Roumiguière, illustré par un collectif (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Petite, texte d’Anne Cortey, illustré par Audrey Calleja (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Circus, d’Albertine (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Sur un toit, un chat, texte de Cécile Roumiguière, illustré par Carole Chaix (2014), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez les éditions À pas de loups sur : https://apasdeloups.com.


Parlez-moi de… Histoires de France en 100 fiches illustrées

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur·trice, son illustrateur·trice et son éditeur·trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Histoires de France en 100 fiches illustrées que nous revenons avec Nayel Zeaiter (auteur et illustrateur) et Marie Bluteau (éditrice).

Nayel Zeaiter (auteur et illustrateur) :
Ce livre est le développement d’un travail fait en 2014, dans le cadre de mon diplôme de fin d’étude aux Art Décoratifs de Paris. J’avais alors réalisé une série de 7 affiches couvrant l’intégralité de l’histoire de France. Leur forme, dessin et texte fléchés dans de longues compositions verticales, était inspirée à la fois des tableaux d’élocution d’école primaire et des images didactiques d’internet, les infothread, sortes de manuels à dérouler pour faire tout et n’importe quoi. Sur un plan historique, je traitais d’événements peu communs dans les manuels d’histoire actuels, et parfois très anecdotiques. Les éditions de la Martinière Jeunesse ont vu ce travail et l’ont beaucoup aimé. Ils m’ont proposé de développer ma série d’affiche en livre. Un livre de 160 pages, en grand format, avec une centaine de planches. C’est à partir de leur proposition que j’ai commencé à écrire et dessiner Histoires de France en 100 planches illustrées. Ma démarche historique a été celle d’un artiste. J’ai essayé de dessiner des scènes de l’histoire de France qui sont peu représentée, ou pas du tout. Je m’intéresse aux événements annexes, aux personnages secondaires que je mets au même plan que les grandes figures traditionnelles. Je parle beaucoup dans ce livre de conflits mineurs, d’attentats, de coups d’état ratés. Dans le même temps j’omets des grandes périodes, ou les résume en une courte phrase. C’est ce que je peux me permettre en tant qu’artiste : prendre une posture d’historien naïf. »

Marie Bluteau (éditrice) :
Lorsque j’ai rencontré Nayel Zeaiter pour la première fois, lors d’un rendez-vous organisé par notre directeur artistique, lui même sorti des Arts Décoratifs de Paris, je suis restée bouche-bée face à son travail. Il nous présentait des affiches réalisées pour son diplôme de fin d’étude et immédiatement, j’ai su que j’allais lui proposer d’en faire un livre.  Son travail m’est apparu fort et innovant et je trouvais que cette mise en scène unique était un véritable tour de force graphique pour redécouvrir l’histoire de France. Bien sûr, il s’agissait d’un vrai pari d’éditeur car je savais que cet ouvrage allait (d)étonner par son traitement, mais nous étions convaincus que cet énorme travail de documentation et le foisonnement graphique en ferait un livre percutant. Par ailleurs, c’était un vrai challenge que nous demandions à Nayel : réaliser 100 planches, 1000 dessins, cartes et autre galerie de portraits avec parallèlement la rédaction d’un contenu solide et la recherche d’un ton « d’auteur ».  Mais il s’est prêté au jeu avec détermination et nous a offert un ouvrage magistral dont il peut être aussi fier que nous le sommes. »


Histoires de France en 100 fiches illustrées 

de Nayel Zeaiter
sorti chez De la Martinière Jeunesse (2018),
chroniqué ici.

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Les invité·e·s du mercredi : Baptistine Mésange, Pascale Bougeault, Camille Génié et Laurence Carrion

Par 10 avril 2019 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, je vous propose de passer un moment avec l’autrice-illustratrice Baptistine Mésange, afin de mieux la connaître, puis on reviendra sur Comment maman a tué le chef des pamplemousses avec ses coautrices (Pascale Bougeault et Camille Génié) et son éditrice (Laurence Carion). Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Baptistine Mésange

Je connais votre travail depuis longtemps, mais au dernier salon de Montreuil j’ai découvert quatre nouveautés, toutes magnifiques, vous croulez sous les projets ?
Merci ! Oui, il y avait certaines de mes nouveautés au salon de Montreuil, notamment des cartonnés pour les tout petits et mon album Par la fenêtre tous trois aux jolies éditions Dyozol. Je crois que ces derniers mois ont représenté une période en effet un peu chargée pour moi, beaucoup de projets ont vu le jour en même temps. La fin 2019 sera assez remplie aussi. Cela me laisse peu de temps pour les projets personnels, mais dès qu’une petite pause se profile, j’en profite pour préparer de nouvelles choses. J’ai beaucoup d’envies créatives en tête, mais toutes ne verront pas le jour avant longtemps… j’aime les comparer à des petites graines, à qui il faut laisser du temps pour germer et pousser doucement.

Votre travail a évolué avec le temps, pouvez-vous nous en parler ?
J’ai commencé par l’écriture il y a quelques années puis peu à peu je me suis mise à illustrer mes histoires, puis d’autres. J’ai appris toute seule à dessiner, je dirais plutôt à trouver ma patte et je continue d’apprendre tous les jours. J’aime mon papier, mes crayons, mes outils. Je n’essaie pas d’avoir une maîtrise parfaite des couleurs et des matières mais plutôt de les exploiter et comprendre ce qu’elles peuvent apporter à mon univers. J’apprends aussi à me détacher de certains aspects de mon style avec par exemple une couleur plus présente, des visages plus réalistes… Parfois les éditeurs me demandent d’aller plus loin dans ce que je propose et j’apprécie ces expériences très constructives. Je trouve important de rester dans son propre univers sans s’y enfermer. J’aimerais que l’on voie dans mes dessins l’enfant en moi qui grandit.

Parlez-nous de votre parcours.
Si c’est de mon parcours professionnel dont il s’agit, je ne sais pas s’il est vraiment à l’origine de ce que je suis aujourd’hui. J’ai fait des études de lettres, me suis tournée vers l’enseignement. Je n’ai pas fréquenté d’école d’art, j’ai appris avec la vie, avec mes expériences et mes recherches personnelles.

Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
Il y a tellement de possibilités avec le traditionnel, j’ai envie de tout mêler sur le papier ! J’ai commencé au crayon, crayons de couleur et collage et cela reste mes techniques principales. Mais depuis peu, le crayon aquarellable a pris sa place au sein de mes illustrations, mais aussi l’encre et les petites touches de peinture. J’aime le mélange des techniques, des matières. Associer le papier découpé, les motifs, à la douceur du crayon, aux légères encres diluées… les rencontres ont lieu sur le papier, au sein d’une histoire, c’est ça qui me plaît.

J’ai particulièrement aimé votre travail sur deux de vos nouveautés, Le rêve de Chan-Hui et Madame automne et caetera. Pouvez-vous nous parler de ces deux albums et la façon dont vous avez travaillé sur ces illustrations ?
Madame automne et caetera aux éditions Points de Suspension m’a permis d’exploiter la technique du crayon aquarellable mêlé aux collages et crayon graphite. J’ai voulu de la légèreté et de jolies nuances tout en transparence pour accompagner les poésies de Palina, au fil des saisons.
Le rêve de Chan hui est à ce jour l’album que je préfère dans ma petite production. J’avais dessiné un panda endormi dans un tout petit carnet, et Heyna Bé a posé les bons mots, avec justesse. J’ai vraiment été inspirée par le rêve de cet animal emblématique, celui d’être un oiseau. On rêve tous au moins une fois d’être quelqu’un d’autre, d’appartenir à un autre règne ou de respirer sous d’autres cieux. De voler… Cette acceptation de soi est essentielle à la construction de chaque enfant, et l’aborder avec poésie dans un livre, voilà ce qui me touche particulièrement.

Où trouvez-vous l’inspiration ?
L’inspiration c’est comme la poésie. On la trouve partout ! Je me nourris un peu de tout ce qui m’entoure, je prête une grande attention aux choses simples de la vie. Un caillou dans une chaussure, la pluie sur le carreau, une rencontre inattendue, un mot d’enfant. Il y a les personnalités particulières, les anecdotes, les souvenirs aussi. Je crée surtout sur le fil de mes émotions, je suis à l’écoute de ma mélancolie, de mes sauts de joie. D’ailleurs, la nature y est pour beaucoup ! Ma saison préférée est l’automne et c’est à cette période de l’année que j’ai envie de tout reconstruire, et ça commence par mon univers créatif. Et quand tout cela est épuisé, je ferme les yeux. C’est ce que je réponds aux enfants quand ils me demandent où trouver des idées. En soi.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Enfant j’ai découvert les contes traditionnels grâce à un gros livre bleu de contes offert par mes parents, Il était une fois les contes que j’ai toujours d’ailleurs. J’en lisais beaucoup sans savoir qu’ils étaient les piliers de notre littérature. J’ai aussi adoré lire les livres des bibliothèques roses et vertes, je les dévorais ! Cependant aucun titre ne m’a particulièrement marquée, c’était une façon de répondre à mon envie de lire. J’ai adoré Béatrix Potter, Winnie the Pooh, la comtesse de Ségur, Roald Dahl un peu plus tard. Adolescente, j’ai découvert les grands auteurs français, la littérature anglaise, la poésie. Un roman m’a particulièrement touchée et inspirée par la suite, c’est Le vent dans les saules de Kenneth Grahame. Une pure merveille ! Enfin, s’il n’y a qu’une seule œuvre que je dois citer, c’est Le Petit Prince. C’est pour moi bien plus qu’un livre, c’est une philosophie de vie, ma Bible comme j’aime l’appeler. J’avais sept ans la première fois que je l’ai lu et à chaque relecture j’y découvre encore un morceau de poésie et de sagesse, d’une force infinie. Il y a son empreinte dans tout ce que je crée.

Parlez-nous de vos prochains livres qu’on va découvrir en librairie.
Je termine un album auquel je tiens beaucoup : c’est Boléro et Musette écrit par Maylis Daufresne, à paraître aux éditions Magellan et Compagnie en mai. Il évoque le deuil comme un voyage. Ce sera un album très doux, filant et défilant son histoire au rythme des saisons. Parmi mes sorties de fin d’année, je signerai mon premier album aux éditions Frimousse aux côtés d’Arnaud Tiercelin, une histoire tendre et pétillante. Puis, on retrouvera encore mes illustrations dans un album aux éditions Dyozol avec qui j’aime beaucoup travailler ! Ce sera un automne assez riche pour moi, avant un retour au calme en douceur.

Bibliographie :

  • Boléro et Musette, illustration d’un texte de Maylis Daufresne, Magellan et Compagnie (à paraître – mai 2019).
  • Par la fenêtre, illustration d’un texte d’Emma Robert, Éditions Dyozol (2018).
  • Une planète, illustration d’un texte de France Quatromme, Éditions Dyozol (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Madame Automne et cætera, illustration de textes de Palina, Points de suspension (2018).
  • Ainsi fait la pluie, illustration d’un texte d’Heyna Bé, Éditions Dyozol (2018).
  • Cœur d’artichaut, texte et illustrations, Cépages (2017).
  • L’enfant qui entendait les étoiles, illustration d’un texte d’Élodie Fondacci, Gautier Languereau (2017).
  • Le rêve de Chan-hui, illustration d’un texte de Heyna Bé, Cipango (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Célestin, illustration d’un texte de Pog, Cépages (2016).
  • Dans le ventre de la baleine, texte illustré par Loren Bes, Orphie (2015).
  • L’oiseau, l’enfant et le chat, texte et illustrations, Éditions Pour Penser (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La fabrique extraordinaire, texte illustré par Manju, Limonade (2011), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez Baptistine Mésange sur son blog : http://baptistinemesange.blogspot.com


Parlez-moi de… Comment maman a tué le chef des pamplemousses

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur·trice, son illustrateur·trice et son éditeur·trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Comment maman a tué le chef des pamplemousses que nous revenons avec Pascale Bougeault et Camille Génié, les co-autrices, et Laurence Carrion, l’éditrice.

Pascale Bougeault, autrice-illustratrice
Chaque album est pour moi un nouveau partage.
J’avais entendu parler de Camille, fille d’une amie de ma maman. Jeune femme combattante et maman d’un jeune enfant, atteinte d’un cancer virulent.
Sans m’y attendre du tout, je reçois d’elle un gentil mail, délicat, qui annonce le caractère guerrier de son auteure. « … par le cancer qui m’a anéantie il y a 3 ans, mais je garde une dose d’ironie certaine et réfute le larmoyant… Je fantasme l’idée que nous pourrions imaginer ensemble l’alliance de mes textes pour enfant avec votre talent d’illustratrice et votre expérience », m’écrit-elle.
Nous nous rencontrons à l’été 2017 et je découvre la combattante qui s’annonçait, pétillante, décidée, communicative. Allais-je être capable de relever ce défi. Je ne me prononce pas et lui promets d’y réfléchir… mais à peine l’ai-je quittée que son histoire m’habite, m’envahit, me devient évidente. Le scénario, les mots, les dessins se sont vite imposés.
Écriture à 6 mains, oui, mais il fallait faire accepter à mes inspirateurs, l’idée que je m’empare de leur histoire, que je la fasse autre pour toucher un large public. J’écoute toutes les remarques, les idées, les observations de la famille : Camille, Fabrice, le papa et d’Émile.
C’est ainsi que nous avons avancé ensemble.
Pourquoi, ce livre grave dans mes albums facétieux ? Parce que, par ma création, je souhaite transmettre mes émotions, partager ce que j’aime, partager mes rencontres.
Celle-ci fut forte. J’ai voulu mon album tendre mais sans détour.
Mettre des mots, faciliter l’échange autour de sujets graves et difficiles est l’un des rôles de l’album jeunesse.
Merci à Camille et aux éditions Rue de l’Échiquier de m’avoir fait confiance !

Camille Génié, coautrice
Passionnée par les arts vivants, j’ai débuté le théâtre en 2003. Aujourd’hui, je le transmets à de jeunes enfants et à des adultes. Je joue et je mets en scène au sein de compagnies établies en Bretagne, où je vis depuis 6 ans.
En parallèle, ma famille est touchée par de nombreux cancers et je me dis que ce monde parallèle nécessite une mise en valeur. Donner la parole au jeune aidant : l’enfant du parent touché par la maladie qui n’a pas le même niveau d’informations et les mêmes projections ou imaginaire du monde médical.
Maman d’un jeune garçon de 4 ans à l’époque de ma maladie, et comptant dans la bibliothèque familiale, à une place particulière, les créations de Pascale Bougeault, je me lance et lui envoie une missive, espérant que sa poésie pourrait révéler ce sujet. Nous nous rencontrons à Paris, où je lui conte une histoire, mon histoire. S’ensuivent de nombreux allers-retours, mon fils est partie prenante, il rêve aussi de la concrétisation du livre, s’intéresse à la façon dont les illustrations sont travaillées par Pascale, tous les détails sont scrutés, discutés. C’est un joli travail à 6 mains.
Aujourd’hui, je ne rêve que d’une diffusion la plus large possible, car la littérature jeunesse manque de propositions sur le sujet du cancer. Pourtant, ce fléau universel prend de l’ampleur : il est donc urgent de mettre dessus des mots et des dessins. Je sais que lorsque Pascale rencontre des enfants, dans les salons, les écoles, les médiathèques, elle leur lit parfois Comment maman a tué le chef des pamplemousses, et, ainsi récolte les commentaires finalement avertis des jeunes enfants, pour lesquels il est simple de discuter du thème, peut-être plus que pour les adultes !

Laurence Carrion, éditrice
Quand Pascale me parle pour la première fois de ce projet d’album, je lui dis que j’aimerais le voir. En même temps, le sujet n’est pas simple à aborder et si je suis convaincue que de tels albums doivent absolument exister, je sais aussi qu’en la matière, l’erreur n’est pas possible. Un album qui parle du cancer, destiné à de très très jeunes lecteurs…
L’enjeu est impressionnant et l’on voit très bien les écueils où l’on risque de se prendre les pieds.
Il faut que tout soit juste. Il faut absolument que les choses soient clairement exposées, sans tabous, sans évitement mais sans pathos. Il faut que le ton soit celui de l’intimité, teinté de suffisamment d’humour, parce qu’au-delà de ces épreuves, la vie continue.
J’expose toutes mes réserves à Pascale qui m’envoie ses premiers crayonnés quelques semaines plus tard, avec de gros points d’interrogation quant à notre désir à Rue de l’échiquier jeunesse, de vouloir prendre le risque de publier un tel titre. Mais ici, nous ne voyons pas les choses de cet œil-là…
Le résultat ? une véritable réussite ! Probablement parce que cet album est très largement le reflet d’une histoire vécue, le ton est d’une justesse incroyable. La tendresse, la poésie et l’intelligence de Pascale font le reste.


Comment maman a tué le chef des pamplemousses

de Pascale Bougeault et Camille Génié
sorti aux éditions de L’échiquier (2018),
chroniqué ici.
Retrouvez Pascale Bougeault sur son site : www.pascale.bougeault.illustratrice.org.

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Les invité·e·s du mercredi : Julien Béziat, Michaël Escoffier et Roland Garrigue

Par 27 mars 2019 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, nous partons à la rencontre de Julien Béziat, auteur de superbes albums et créateur de Berk le doudou ! Ensuite, Michaël Escoffier et Roland Garrigue nous racontent la naissance de l’adorable Princesse Kevin. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Julien Béziat

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Après des études d’arts plastiques longues (licence, master, agrégation et doctorat), j’ai été prof d’arts plastiques en collège puis à la fac de Bordeaux Montaigne, où j’enseigne à temps plein depuis 2011. En parallèle, j’ai toujours dessiné toutes sortes de choses, et j’ai très vite été attiré par les albums jeunesse, sans doute par leur forme brève et concise, à travers laquelle il faut arriver à dire beaucoup, avec peu.
J’ai proposé mon premier projet d’album aux éditions Pastel (antenne belge de l’École des loisirs) en 2010, Mäko, et il est sorti l’année suivante : c’était déjà formidable ! En plus, ce premier album a reçu ensuite une Pépite au salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, ce qui m’a encouragé à poursuivre… J’ai aussi la chance d’avoir rencontré Odile Josselin, éditrice chez Pastel, elle a choisi de publier mon premier livre, et m’a toujours suivi sur les projets suivants, même très différents des précédents. J’ai pour le moment 5 albums publiés depuis 2011 chez Pastel, un nombre limité car je suis donc enseignant-chercheur en Arts plastiques en même temps, difficile parfois de tout concilier d’ailleurs ! J’ai l’impression d’avoir encore beaucoup de choses à explorer, et pas mal d’envies et d’idées d’albums dans mes tiroirs… J’espère donc être encore un peu au début de mon parcours d’auteur illustrateur.

Où trouvez-vous l’inspiration pour vos histoires ?
Souvent des lieux et de ce qu’ils contiennent d’histoires, de rêveries et d’imaginaires. Par exemple, dans Le bain de Berk (Pastel, 2016), la première envie est de proposer un album qui se passera entièrement dans une baignoire. C’est à la fois très limité, et très stimulant : comme pour un enfant qui s’amuse avec ses jouets de bain, une simple baignoire peut devenir une piscine avec son plongeoir (le robinet…), une mer de brume, un océan déchainé, etc. J’ai très vite pensé que le bain c’est aussi un lieu particulier pour les sons, les glouglous, les bruits étouffés par la mousse. À partir de ces différentes situations, peu à peu le récit prend forme et se construit, et les personnages apparaissent en fonction de leur rôle dans l’histoire. À vrai dire, on n’a pas toujours une idée très claire au départ de ce que l’on veut faire, cela part d’une envie, d’un croquis, d’une anecdote, d’un détail observé, mais qui accrochent, nous touchent d’une manière particulière, et donnent envie de produire des images et des histoires.

Vous êtes à la fois auteur et illustrateur de vos albums : comment se passe l’élaboration de vos livres ? Travaillez-vous d’abord sur le texte ou sur l’image ?
Je commence toujours par dessiner, souvent de minuscules croquis, mais qui me permettent de penser l’histoire en images, d’avoir une vue d’ensemble sur la succession des images et la structure des doubles pages. Il y a aussi pas mal de dessins plus précis faits sur des carnets, de personnages, de lieux, de situations : beaucoup de ces croquis ne se retrouveront pas dans l’album au final, mais ils sont un passage nécessaire. Textes et images se précisent ensuite ensemble, et sont pensés simultanément car sont indissociables. Mes textes sont enfin toujours pensés à haute voix, car ce sont souvent des livres qu’on lit aux enfants, et j’aime jouer sur les sons, les bruits, les différences de rythme dans le récit, cela m’amuse beaucoup. J’espère donc que petits et grands s’amusent aussi à les lire !
Mais c’est une cuisine vraiment personnelle, et chaque auteur illustrateur travaille différemment, certains ont besoin d’écrire l’ensemble du texte par exemple avant de commencer à dessiner. Et ces manières de travailler diffèrent aussi selon les albums.

Votre dernier album, La nuit de Berk, met particulièrement en avant le travail sur la lumière. Quelles techniques d’illustration utilisez-vous ?
Pour La nuit de Berk j’ai fait plusieurs essais, et la présence du noir, des nombreuses zones d’ombre, m’a finalement encouragé à choisir une technique mixte avec une grande partie numérique et un dessin final à la tablette : cela me permettait d’ajuster les couleurs et lumières, car l’intérêt de cet album est de jouer sur le point de vue, ce que l’on perçoit et ce qu’on imagine, ce qui est dans la lumière ou dans l’ombre… Cela a d’ailleurs été un peu compliqué de trouver un équilibre dans les zones sombres, l’image est toujours plus claire et lumineuse sur un écran, et il faut travailler aussi en fonction des premières épreuves d’imprimerie pour essayer d’obtenir l’effet désiré sur le papier imprimé.
Dans tous les cas, j’aime chercher une technique qui va s’adapter au mieux à l’idée du livre. Pour les trois albums dans lesquels on retrouve le personnage de Berk par exemple, les outils utilisés sont différents en fonction des lieux représentés. Dans Le Mange-doudous (Pastel, 2013), tout se passe dans une chambre, il y a des tissus, des peluches… il fallait quelque chose de « chaud », et le plus pertinent a été de travailler sur un papier épais avec une technique très simple, peinture et gros crayons. Pour l’album suivant, Le bain de Berk, le lieu est différent : la baignoire, avec ses carreaux, ses brillances, ses transparences, ses jouets en plastiques… J’avais plus de mal à traduire cela avec peinture et crayons, et j’ai finalement trouvé qu’une technique tout numérique permettait de mieux travailler toutes ces textures, et cet aspect artificiel des matériaux.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Toutes sortes de lectures, il y avait beaucoup de livres à la maison. Des albums pour enfants, plein de bandes dessinées (j’ai deux grands frères, ce qui m’a permis d’arriver au milieu d’une belle collection de BD !), et des romans.

Quelques mots sur vos prochains projets ? Est-ce qu’une nouvelle aventure de Berk le Doudou est prévue ?
Peut-être que l’on verra un nouveau Berk en effet un de ces jours ! Mais avant, j’espère pouvoir faire un album encore différent. Il est difficile d’en dire plus car j’en suis au début, aux premières images, mais si tout va bien on devrait le voir sortir au printemps 2020.

Bibliographie :

  • La nuit de Berk, l’école des loisirs (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Le bain de Berk, l’école des loisirs (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Alors, ça roule ?, l’école des loisirs (2015).
  • Le Mange-doudous, l’école des loisirs (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Mäko, l’école des loisirs (2011).

Parlez-moi de… Princesse Kévin

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur·trice, son illustrateur·trice et son éditeur·trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Princesse Kevin que nous revenons avec Michaël Escoffier et Roland Garrigue. Nous n’avons malheureusement pas eu de réponse de l’éditrice.

Michaël Escoffier (auteur):
La première version de Princesse Kevin que j’ai écrite date de 2015.
Comme souvent, c’est le titre qui s’est imposé en premier. Je voulais vérifier l’hypothèse farfelue selon laquelle n’importe quel livre avec le mot Princesse dans le titre se vendait comme des petits pains. J’ai cherché quel autre mot on attendrait le moins après Princesse, histoire de jouer un peu avec les stéréotypes, et Kevin s’est imposé assez vite. Restait à imaginer la trame de l’histoire, les circonstances dans lesquelles un enfant nommé Kevin se retrouvait en princesse et jusqu’où ça le mènerait.
C’est en général le processus que je suis pour un nouveau projet. D’abord le titre, puis l’histoire. Je me comporte comme un lecteur qui déambule dans une bibliothèque remplie de milliers d’ouvrages, et qui va être attiré par un titre, ou une image de couverture, et va avoir envie d’ouvrir le livre pour découvrir ce qui s’y cache.
Un fois l’histoire achevée, je l’ai proposée à Roland Garrigue, avec qui j’avais envie de travailler depuis longtemps. Il me semblait capable d’insuffler à Kevin toute la légèreté nécessaire pour faire de la lecture de cette histoire un moment de plaisir. Le projet est passé entre les mains de plusieurs éditeurs avant d’atterrir sur le bureau de Karine Leclerc (P’tit Glénat). Ce n’est pas un album facile à défendre, et il fallait qu’on trouve la personne qui avait envie de nous accompagner sur ce projet, plus par conviction personnelle, parce qu’elle était sensible au sujet, que par intérêt financier (car nous n’imaginions pas en vendre beaucoup).
On a pas mal échangé sur ce qu’on voulait montrer et comment on allait le montrer. Il y a d’abord eu un casting pour savoir qui interpréterait le rôle de Kevin. Roland a dessiné tout un tas d’enfants différents et nous nous sommes accordés sur le même. Puis l’histoire a un peu évolué au fil des différents story-boards. C’est une étape souvent nécessaire pour tester différentes versions et mettre de l’huile dans les rouages de l’histoire. Est venu ensuite le choix des couleurs, et le rose s’est imposé assez vite. On avait conscience que c’était sans doute un obstacle pour pas mal de lecteurs potentiels. Un livre rose, avec un garçon comme personnage principal : on prenait le risque de se couper à la fois du lectorat masculin et féminin. Mais on voulait aller au bout de notre démarche, et Karine nous a suivis.
Finalement, le succès du livre est inespéré. Et j’ose croire que ce n’est pas uniquement parce qu’il y a le mot princesse dans le titre.

Roland Garrigue (illustrateur):
C’est Michaël qui m’a proposé le texte. Ce n’est pas si fréquent et ça mérite d’être souligné : l’auteur m’a directement envoyé son texte et non un éditeur… ce qui augmente le risque en travaillant sur un projet qui risquerait d’être refusé mais ce qui laisse le temps à la réflexion et aux premières recherches avant d’aller le proposer. En général ça laisse la possibilité d’aller dans des directions plus surprenantes et d’essayer de nouvelles techniques. Aussi j’ai tout de suite adoré le titre du projet : dès que je me le répète il me fait rire ! Je connaissais le travail de Michaël avec Mathieu Maudet et j’ai été séduit par ce projet surprenant et plein d’humanité. J’ai fait quelques essais et ensuite Karine l’a accepté ! Il n’y avait plus qu’à… Quand je fais des rencontres dans les écoles, je parle de mes livres en cours de réalisation aux enfants… j’ai immédiatement compris à quel point ce projet avait du sens et de l’importance en voyant la réaction des enfants et surtout des garçons quand ils découvraient les portraits de princesse Kevin !!! Les questions un peu provocatrices que l’histoire abordent avec subtilité et humour et en laissant beaucoup de liberté dans les réponses sont très adaptées aux enfants que j’ai vus. Je suis très content d’avoir eu un texte comme celui-ci à illustrer et j’aimerais assister à des lectures dans les classes ! Hihi !
C’est dans les classes aussi que j’ai acquis la conviction que la robe de Kevin devait être rose et même un rose flashy ! Karine nous a suivis en acceptant qu’on utilise un ton direct rose fluo. J’étais très anxieux du résultat parce que pour l’inclure dans des images faites à la main c’était expérimental et un peu risqué. En découvrant le livre (alors que ce n’est pas souvent le cas) ça a été une super bonne surprise ! 


Princesse Kevin

Texte de Michaël Escoffier, illustré par Roland Garrigue
sorti chez P’tit Glénat (2018),
chroniqué ici.

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Les invité·e·s du mercredi : Myren Duval, Claire Lebourg et Christelle Renault

Par 6 mars 2019 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, nous partons à la rencontre de Myren Duval, dont le dernier roman, Mon chien Dieu et les Pokétrucs, avait été un de mes gros coups de cœur. Ensuite, Claire Lebourg et Christelle Renault nous disent tout sur le délicieux Quelle horreur !. Bon mercredi !


L’interview du mercredi : Myren Duval

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Maternité – Picardie – Le Caire – Katmandou - ? – Tombeau

Votre roman Mon chien, Dieu et les Pokétrucs aborde la guerre en Syrie et l’accueil des réfugié·e·s, perçus à travers le regard d’une petite fille. Est-ce que ce sont des thèmes qui vous sont chers ? Et pourquoi avoir choisi ce point de vue pour l’évoquer ?
Parce que si vous dites à des adultes : « Il y a ces gens dehors qui n’ont nulle part où aller », ils répondent « oui horrible mais bon chômage tout ça pas évident danger choc culturel sécurité et puis toute la misère bah non dans le gymnase pas possible mardi j’ai Pilates », alors que les enfants sont plus pragmatiques, moins frileux, ils vous regardent comme si vous aviez oublié de réfléchir et ils disent : « ben ils ont qu’à venir chez nous ».

Y a-t-il des sujets que vous n’avez pas osé aborder dans ce roman ? Pensez-vous que l’on peut tout évoquer en littérature jeunesse ?
Pas osé, non, pas eu l’occasion, oui. J’imagine que l’on peut tout évoquer en littérature jeunesse, par petites touches, comme Marie-Sabine Roger dans À la vie, à la… Elle parle de la maladie/mort d’un enfant condamné avec des mots inventés, un univers tellement imagé et parlant. Le thème est dramatique, le livre est poétique et touchant.
Puisque vous me posez cette question et que je lis en ce moment My absolute Darling, de Gabriel Tallent, je pense évidemment à tous ces thèmes tabous : maltraitance, inceste, violences sexuelles, et je me demande s’ils ont déjà été abordés en littérature jeunesse et si oui, comment ? (on a le droit de poser des questions à l’interviewer ?)

Oui, on a souvent parlé de livres qui parlent de ces sujets, on vous donnera quelques conseils à l’occasion ! Mais revenons à nos moutons… Comment s’est passée la collaboration avec Charles Dutertre qui a illustré le texte ?
L’éditeur a envoyé le manuscrit à Charles Dutertre qui a accepté de l’illustrer. J’ai reçu les premiers dessins : Pauline en pantalon à rayures et en chaussettes. Comme j’adore les pantalons à rayures et que Charles adore les chaussettes, on a accepté de travailler ensemble.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Je ne sais pas/plus. Mes parents disent : La comtesse de Ségur, Le club des cinq, et le dictionnaire (?!) Enfant, je me souviens d’avoir beaucoup aimé Primprenelle et le poireau farceur (oui, pour moi aussi c’est mystérieux). Puis Mon bel oranger, de Jose Mauro de Vasconcelos dont je garde vraiment un souvenir intense, je trouvais ce livre formidable, cet oranger dans le jardin… celui-ci je vais le relire.

Avez-vous quelques coups de cœur en littérature jeunesse à nous faire partager ?
La rédaction, d’Antonio Skarmeta, un album puissant sur la dictature de Pinochet
Là où vont nos pères, de Shaun Tan, une BD magnifique, sans texte, sur l’exil.
Un petit chaperon rouge de Marjolaine Leray et C’est un livre de Lane Smith, qui m’amusent infiniment.
Et j’aimerais lire Les riches heures de Jacominus Gainsborough de Rebecca Dautremer parce que les illustrations sont splendides (pour mes proches qui liraient cette interview : j’aimerais vraiment lire ce livre mais malheureusement je ne l’ai pas).

Peut-on en apprendre un peu plus sur vos prochains projets ?
J’ai « terminé » un manuscrit qui est un presque huis-clos mère alcoolique/fillette, un texte que j’aime beaucoup dont mon éditeur doit précisément me parler demain (croisez les doigts s’il vous plaît, merci), un roman pour adolescents en cours d’écriture, et un très grand projet de livre illisible dont je ne peux absolument pas vous parler car évidemment c’est un concept inédit 😉

Bibliographie :

  • Mon chien, Dieu et les Pokétrucs, roman illustré par Charles Dutertre, Le Rouergue (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Emmène-moi Place Tahrir, roman, L’Harmattan Jeunesse (2014).

Parlez-moi de… Quelle horreur !

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur·trice, son illustrateur·trice et/ou son éditeur·trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur Quelle horreur ! que nous revenons avec son autrice et illustratrice Claire Lebourg et son éditrice Christelle Renault.

Claire Lebourg, autrice et illustratrice:
Parfois l’idée d’un livre démarre avec un dessin et c’est ce qu’il s’est passé pour Quelle horreur !
J’avais dessiné une petite fourmi en train de peindre dans son atelier pour l’offrir à une illustratrice amie dont j’aime beaucoup le travail : Colette Portal. C’était au moment où son livre La Vie d’une Reine avait été réédité par Michel Lagarde (un livre magnifique avec des dessins de fourmis qui me touchent beaucoup).
Voici le dessin en question :

Plus tard, je me suis dit qu’un petit insecte dans un atelier était une bonne idée pour démarrer un livre. Pour l’histoire, j’ai tout de suite pensé aux nombreux enfants que je croise dans les ateliers et rencontres scolaires. Il m’arrive d’être très surprise par leurs réactions. Parfois, un enfant fait un dessin magnifique mais se met à pleurer car il le trouve raté et n’arrive pas à gérer l’énorme pression qu’il s’est lui-même infligé.
Après avoir posé le décor, une artiste papillon dans son atelier, j’ai pensé que confronter ses œuvres au regard de ses amis (qui viennent gentiment poser), pouvait créer des situations très drôles et amener l’enfant à se poser la question de ce qui est réussi, de ce qui ne l’ait pas, bref de la subjectivité totale d’un dessin.
Paty finit par douter bien sûr, mais elle continue à travailler, ce qui me semble être un message important… Pour tout le monde !
Pour ce qui est des illustrations, j’ai moi-même beaucoup douté. Pour l’atelier en lui-même, c’était assez facile, je me suis inspirée d’ateliers d’artistes qui me faisaient rêver.

 

Mais cela a été plus difficile pour les personnages. Christelle (mon éditrice) a reçu de très nombreuses versions pendant de longs mois.
Même à la fin, quand je pensais avoir terminé, j’ai réalisé qu’une chose ne fonctionnait pas : j’avais dessiné moi-même les œuvres de Paty accrochées dans la galerie. Graphiquement, ça ressemblait trop aux dessins de mon livre, ça n’allait pas du tout.
De nouveau, j’ai pensé aux enfants et à leur manière de dessiner, souvent très expressive, que j’adore. J’ai donc demandé aux neveux d’un ami, Lucien et Louise, de faire les portraits d’Isabelle, Pierre et Mona. Je leur ai donné des plumes, de l’encre, de l’aquarelle et des papiers découpés pour qu’ils soient dans les mêmes conditions de création que Paty. Et ils ont fait des dessins superbes, naïfs et sensibles, drôles, touchants et surtout en parfait décalage avec mes propres dessins, ce qui était vraiment nécessaire.

Après ça, j’étais soulagée car il était très important que ces portraits soient réussis pour que l’histoire fonctionne.
J’ai aussi créé une page sur laquelle les enfants peuvent directement dessiner en espérant secrètement retrouver quelques œuvres d’enfants dans mes livres d’ici quelques années, dans un vide-grenier par exemple !

Christelle Renault, éditrice chez L’école des loisirs:
Quand Claire m’a envoyé son projet, j’ai tout de suite été charmée par son histoire (très originale), ses dialogues (très drôles), son héroïne (très touchante), ses modèles (très expressifs), et bien sûr son sujet (très pertinent) : qui est le mieux placé pour juger de la réussite d’un dessin, ou de la beauté d’un tableau ?
Les enfants, comme les adultes, sont inquiets de la manière dont les autres vont les percevoir, ils redoutent leurs réactions… et cet album montre cela de manière particulièrement élégante.
Le contraste entre les nombreux efforts déployés par Paty – qui s’applique vraiment pour chaque portrait, en utilisant différentes techniques – et la réaction effarée des modèles qui repartent tous fâchés, est réjouissant pour le lecteur impliqué dans cette mise en scène théâtrale.
Cerises sur le gâteau :
– le flap avec les portes de la galerie qui s’ouvrent sur l’exposition des tableaux, le soir du vernissage
– l’insertion de vrais dessins d’enfants exposés sur les murs de la galerie
– les toits de Paris avec vue sur les ateliers d’artistes (dont celui de l’héroïne)
– le tableau de la Joconde, avec le modèle furieux qui voulait le même genre de portrait
– l’ajout d’un cadre à la fin de l’histoire pour que les enfants dessinent ou collent un portrait directement dans le livre (on les encourage à le faire)
– la mise en abyme du travail artistique… et comme toujours avec Claire, le soin apporté à la fabrication de l’album, jusque dans les moindres détails !


Quelle horreur !

de Claire Lebourg
sorti à l’école des loisirs (2018),
chroniqué ici.

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