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Quand je crée

Les invité·e·s du mercredi : Stéphane Sénégas et Michaël Escoffier

Par 13 mars 2019 Les invités du mercredi

C’est Stéphane Sénégas que nous recevons aujourd’hui, afin de parler de La Ligne qu’il vient de sortir mais aussi de sa série Anuki. Ensuite, c’est un auteur (et pas des moindres) qui nous parle de quand il crée, Michaël Escoffier. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Stéphane Sénégas

Pouvez-vous nous parler de La ligne votre dernier album, qui est sorti il y a quelques semaines chez Frimousse ?
La ligne c’est un livre qui parle des frontières mais pas seulement de celles qui sont physiques, mais aussi de celles que nous avons aussi dans nos têtes. Dans ce livre Frédéric montre la naissance d’un conflit et surtout son évolution. Du moment où la parole se tait, que progressivement le dialogue disparaît, alors la colère nous envahit. Ce texte pourrait très bien s’adapter pour un couple qui se sépare ou encore des pays qui se font la guerre, mais en le traitant avec des enfants nous le rendons universel et de plus nous mettons les enfants en exemple du fait que eux, ils savent s’arrêter, les adultes beaucoup moins.
C’est un livre étonnant à traiter en classe, même avec les CP, je fais une lecture à haute voix mais sans montrer les images, puis nous en discutons, puis je refais une lecture en montrant de quelle manière et pourquoi je l’ai illustré ainsi, passionnant.

Avec Frédéric Maupomé vous signez aussi, notamment, la magnifique série Anuki. Parlez-nous de votre collaboration et de la façon dont vous travaillez.
Sur la série Anuki, c’est très différent, c’est beaucoup plus collectif.
D’abord nous partons d’une idée, d’une ambiance, d’une envie, puis Fred écrit une histoire. Une fois que nous sommes OK sur l’histoire il me propose un découpage page par page, et c’est là que les problèmes commencent…
À partir de ce moment je vais donc lui proposer un storyboard, et très rapidement nous allons travailler ensemble, partager nos idées de mise en scène ce qui donne souvent naissance à de nouvelles idées, rien n’est figé. C’est une BD qui n’est pas simple à créer, nous sommes sur un très jeune public, sans texte, c’est vraiment du théâtre ou du cinéma sans paroles, c’est très très précis dans la narration. C’est certainement le moment que je préfère dans la création, puis nous nous connaissons bien, il paraît que nous sommes un vieux couple.

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
Mon parcours… je viens d’un bac littéraire art plastique, à l’époque il se nommait A3, puis l’école Émile Cohl à Lyon, et mon premier album 2 ans plus tard aux éditions Kaleidoscope « Pourquoi les libellules ont le corps si long ? » qui était un de mes projets de diplôme.

Quelles techniques d’illustrations utilisez-vous ?
Mes techniques d’illustrations varient selon les livres ou mes envies du moment, cela peut aller du crayon à papier (HB puis 2B et enfin 8B) avec une mise en couleur sous Photoshop ou encore un mix avec des crayons de couleur ou parfois tout numérique avec la Cintiq.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
En ce qui concerne mes lectures d’enfant ou d’adolescent, j’ai toujours été et je le suis encore un gros lecteur de bande dessinée. Pendant mon enfance le choix des BD n’avait rien à voir avec aujourd’hui, cependant j’ai commencé avec les comics, Strange, Titan, spydey… pour basculer vers des auteurs majeurs comme Morris, Franquin, Goscinny, Uderzo…

Sur quelle nouvelle histoire travaillez-vous actuellement ?
Actuellement je travaille sur beaucoup de livres.
Tout d’abord nous sortons ce mois-ci, avec Frédéric un nouvel album chez Frimousse, On l’a à peine remarqué.
Puis je travaille sur le tome 9 d’Anuki qui sortira à la rentrée. Puis j’ai 3 livres en préparation, en solo. Et enfin Frédéric travaille aussi sur un nouveau projet BD mais pour un public ado-adulte.

Bibliographie sélective :

  • On l’a à peine remarqué, illustration d’un texte de Frédéric Maupomé, Frimoüsse (à paraître, mars 2019).
  • Série Anuki, coécrit avec Frédéric Maupomé, Les éditions de la gouttière (2011-2019), que nous avons chroniqué ici.
  • La ligne, illustration d’un texte de Frédéric Maupomé, Frimoüsse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Le chevalier blanc, illustration d’un texte de Michaël Escoffier, Frimoüsse (2017).
  • La Déclaration, , Kaléidoscope (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon père, chasseur de monstre, texte et illustrations, De la Martinière Jeunesse (2015).
  • Le chevalier noir, illustration d’un texte de Michaël Escoffier, Frimoüsse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • L’Enfant qui n’aimait pas les livres, illustration d’un texte de Martin Winckler (2014).
  • Y’a un monstre à côté, illustration d’un texte d’Ingrid Chabbert, Frimousse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le pêcheur et le cormoran, texte et illustrations, Kaléidoscope (2013).
  • L’éphémère, texte et illustrations, Kaléidoscope (2007).


Quand je crée… Michaël Escoffier

Le processus de création est quelque chose d’étrange pour les gens qui ne sont pas créateur·trice·s eux-mêmes. Comment viennent les idées ? Et est-ce que les auteur·trice·s peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur·trice·s, dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur·trice·s et/ou illustrateur·trice·s que nous aimons de nous parler de comment et où ils·elles créent. Cette semaine, c’est Michaël Escoffier qui nous parle de quand il crée.

Où commence la création ? Elle naît parfois d’un détail, d’un mot volé, d’une situation, autour de laquelle l’imagination va cristalliser. L’inspiration se nourrit de l’expérience, de la confrontation au monde physique, de l’exceptionnel toujours renouvelé du quotidien. En ce sens, la rue est mon terrain de jeu, la nature mon bureau, le monde ma chambre de création. Tout au long de la journée, je note mes idées dans des carnets.
Et puis, une fois ces petites graines récoltées, il faut s’asseoir et les examiner au microscope. Certaines se révèlent n’être que des grains de poussières stériles. D’autres au contraire sont pleines de promesses. Vient le temps de l’isolement, du silence, de l’immersion au cœur du magma intérieur. Pour cela, j’ai besoin d’un scaphandre, d’une bulle.
Lorsque je me suis assuré que j’ai plusieurs heures devant moi, que personne ne me dérangera, que les affaires courantes sont réglées, j’entreprends avec excitation, à la manière d’un archéologue, de découvrir quel trésor mes petites graines peuvent bien déceler.
Je travaille sur ordinateur, pour la souplesse que cela me procure. Car lorsque je commence une nouvelle histoire, je ne sais jamais où je vais. Sinon, ce serait sans intérêt. J’essaie tous les chemins possibles, je me trompe, je reviens en arrière, j’emprunte une autre voie. C’est une lutte permanente pour tenter de libérer l’imagination des stéréotypes, de la facilité, de l’évidence. Avec cette impression étrange que l’histoire que je suis en train d’écrire existe déjà, que je n’ai qu’à la déterrer.
Souvent j’échoue. Je ne parviens pas à extraire le meilleur de mes petites graines. Je me rends compte que certaines idées n’étaient pas si bonnes que ça. Ou que je me suis égaré en route. Pour un livre comme La tarte aux fées, par exemple, j’avais écrit une première histoire complètement différente de celle publiée. Kris Di Giacomo l’avait illustrée, et nous allions l’éditer. Et puis en prenant du recul, nous nous sommes aperçus que l’histoire n’était pas à la hauteur de la promesse du titre. Nous sommes donc repartis à zéro. J’ai réécrit une nouvelle histoire, et Kris a refait l’ensemble des illustrations.
Mais mon travail ne s’arrête pas à l’écriture du texte. J’aime accompagner les illustrateurs et les illustratrices avec lesquels je collabore. Nous échangeons beaucoup sur les projets. Nous cherchons ensemble des idées graphiques, et nous faisons aussi évoluer le texte au fur et à mesure que les images naissent. Je recherche toujours l’économie de mots. Si je me rends compte qu’une phrase n’est pas indispensable, autant s’en passer. Images et texte doivent être complémentaires. Je suis capable d’enlever et de remettre une virgule à la même place vingt fois de suite, ou de changer une scène quelques jours avant que le livre parte chez l’imprimeur. Après, c’est trop tard. Je n’ai plus aucun pouvoir sur le livre, il part vivre sa vie, et moi je glisse une nouvelle petite graine sous l’objectif de mon microscope.

Bibliographie sélective :

  • Princesse Kevin, album illustré par Roland Garrigue, P’tit Glénat (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • J’ai perdu ma langue, album illustré par Sébastien Mourrain Seuil Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Le monstre est de retour, album illustré par Kris Di Giacomo, Gallimard Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • La Déclaration, album illustré par Stéphane Sénégas, Kaléidoscope (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Un enfant parfait, album illustré par Matthieu Maudet, l’école des loisirs (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Le gardien des océans, album illustré par Antoine Guilloppé, Gautier Languereau (2016) que nous avons chroniqué ici.
  • Au voleur, album illustré par PisHier, Les 400 coups (2016) que nous avons chroniqué ici.
  • Grododo, album illustré par Kris Di Giacomo, Frimoüsse (2016) que nous avons chroniqué ici.
  • Ce n’est pas l’histoire, album illustré par Amandine Piu, Frimoüsse (2016) que nous avons chroniqué ici.
  • On verra demain, album illustré par Kris Di Giacomo, Frimoüsse (2014) que nous avons chroniqué ici.
  • Ouvre-moi ta porte, album illustré par Matthieu Maudet, L’école des loisirs (2014) que nous avons chroniqué ici.
  • Le chevalier noir, album illustré par Stéphane Sénégas, Frimoüsse (2014) que nous avons chroniqué ici.
  • La maîtresse vient de Mars, album illustré par Clément Lefèvre, Frimoüsse (2014) que nous avons chroniqué ici.
  • L’anniversaire, album illustré par Kris di Giacomo, Kaléidoscope (2013) que nous avons chroniqué ici.
  • La croccinelle, album illustré par Matthieu Maudet, Frimousse (2013) que nous avons chroniqué ici.
  • Le ça, album illustré par Matthieu Maudet, L’école des loisirs (2013) que nous avons chroniqué ici.
  • Trois petits riens, album illustré par Kris di Giacomo, Balivernes (2013) que nous avons chroniqué ici.
  • Le jour où j’ai perdu mes super pouvoirs, album illustré par Kris di Giacomo, Kaléidoscope (2013) que nous avons chroniqué ici.
  • Zizi, Zézette, mode d’emploi, album illustré par Séverine Duchesne, Frimousse (2012) que nous avons chroniqué ici.
  • 20 bonnes raisons d’aller à l’école, album illustré par Romain Guyard, Frimoüsse (2012) que nous avons chroniqué ici.
  • Bonjour facteur, album illustré par Matthieu Maudet, L’école des loisirs (2012) que nous avons chroniqué ici.
  • Sans le A, album illustré par Kris di Giacomo, Kaléidoscope (2012) que nous avons chroniqué ici.
  • Vacances à la ferme, album illustré par Nicolas Gouny, Balivernes (2011) que nous avons chroniqué ici.
  • Le moustoc, album illustré par Matthieu Maudet, Frimousse (2011) que nous avons chroniqué ici.
  • 20 bonnes raisons de croire au Père Noël, album illustré par Romain Guyard, Frimoüsse (2010) que nous avons chroniqué ici.
  • Moi d’abord !, album illustré par Kris Di Giacomo, Frimoüsse (2010) que nous avons chroniqué ici.
  • Le grand lapin blanc, album illustré par Eléonore Thuillier, Kaléidoscope (2010) que nous avons chroniqué ici.
  • Bonjour docteur, album illustré par Matthieu Maudet, L’école des loisirs (2010) que nous avons chroniqué ici.
  • La plume, album illustré par Nicolas Gouny, Frimousse (2009) que nous avons chroniqué ici.
  • Tous les monstres ont peur du noir, album illustré par Kris di Giacomo, Frimousse (2008) que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez Michaël Escoffier sur son blog : http://www.michaelescoffier.com.

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Les invité·e·s du mercredi : Philippe Nessmann et Rémi Courgeon

Par 13 février 2019 Les invités du mercredi

Je lis, avec toujours le même plaisir, les livres de Philippe Nessmann depuis plusieurs années. La sortie de son dernier documentaire, Dans tous les sens, un magnifique ouvrage était l’occasion de lui poser quelques questions. Ensuite, je vous propose de visiter l’atelier d’un auteur/illustrateur qu’on adore, Rémi Courgeon. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Philippe Nessmann

Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Quand j’étais enfant, il y a une question que je détestais par-dessus tout : « Qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand ? » Je n’en avais aucune idée ! Au lycée, comme je n’en savais toujours rien, mes parents ont décidé pour moi : puisque j’étais bon en maths et en physique, je serais ingénieur. Quelques années plus tard, mon diplôme d’ingénieur en poche, je me suis rendu compte que je ne me voyais pas faire ce métier toute ma vie – même si c’est un beau métier. Secrètement, j’avais envie d’écrire, mais je faisais alors le complexe du scientifique doué pour les chiffres, pas pour les lettres. J’ai donc repris des études : j’ai fait une maîtrise d’histoire de l’art, puis j’ai suivi des cours de journalisme. J’ai ensuite vraiment appris à écrire à Science et Vie Junior : ma double formation me permettait d’écrire aussi bien des articles sur les dernières découvertes scientifiques que sur les aventures passées des grands explorateurs. Depuis maintenant vingt ans, je vis uniquement des livres : j’ai écrit une quarantaine de documentaires sur les sciences, sur l’histoire ou sur l’art, onze romans historiques et un album.

J’aimerais que vous nous présentiez Dans tous les sens, le magnifique album documentaire qui vient de sortir au Seuil. Comment est né cet album ?
À l’origine, il y a la volonté d’Angèle Cambournac, éditrice au Seuil Jeunesse, de faire un documentaire sur les cinq sens. Lorsqu’elle m’a proposé de l’écrire, je me suis dit : « Oh non, encore un livre sur les cinq sens ! » Il faut dire qu’il y en a déjà beaucoup. J’en ai moi-même déjà écrit un il y a quinze ans dans la collection Kezako, que je dirigeais alors pour les éditions Mango. Mais lorsqu’Angèle m’a expliqué un peu mieux son projet, je me suis rendu compte que ce serait un livre différent des autres. Tout d’abord, sur le fond : elle voulait que, pour chaque sens, une double page soit consacrée à la science, une autre à l’art, une à un métier lié à ce sens, une à un personnage historique… Cela promettait d’être un livre d’une grande richesse. Ensuite, sur la forme : elle comptait confier l’illustration de l’ouvrage à Régis Lejonc, connu pour la qualité et la diversité de son travail.

À ce propos, les illustrations et la maquette sont absolument superbes, êtes-vous intervenu à ce niveau ?
Régis Lejonc et le graphiste Célestin, qui a réalisé la maquette, ont en effet fait un travail merveilleux. En ouvrant le livre, on ressent une impression de foisonnement, avec des dessins tour à tour drôles, poétiques, tendres… Je ne suis pas du tout intervenu à ce niveau-là. Lorsque je recevais par mail les dernières doubles pages mises en forme, je ne pouvais m’empêcher de me dire : « Wouah ! J’ai bien fait d’accepter de faire ce livre… Ce ne sera pas juste un autre livre sur les cinq sens. »

Même s’il est sorti il y a quelque temps déjà, j’aimerais que vous nous parliez de l’album Le Village aux mille roses qui m’avait beaucoup touché et qui est sélectionné pour le prix des Incos
Le Village aux mille roses est un livre un peu particulier dans ma production : c’est, à ce jour, mon seul album. Je l’ai écrit au lendemain des attentats du 13 novembre 2015, lorsque j’ai ressenti le besoin d’expliquer à ma fille, qui était alors en CE2, ce qui s’était passé. Je voulais lui fait comprendre comment des hommes en étaient venus à tuer des innocents au nom d’un Dieu ou d’une religion. La difficulté était de lui faire réaliser que le problème n’était pas Dieu ni la religion, mais la manière dont certains hommes les aimaient. J’ai alors imaginé cette histoire d’un village où poussent des roses de toutes les couleurs. Un jour, un vieux jardinier invente une rose d’une couleur toute nouvelle : noire comme la nuit, elle est magnifique. Le chef du village aime tellement la rose noire qu’il ne cultive plus que celle-là dans son jardin. Ne comprenant pas qu’on puisse aimer d’autres couleurs, il finit par interdire toutes les roses qui ne sont pas noires et par les faire couper. Petit à petit, le village sombre dans la tyrannie… Je suis content que le livre soit sélectionné pour le prix des Incorruptibles, car cela me permet d’aller à la rencontre d’écoliers et de leur parler de sujets qui me tiennent à cœur : la tolérance, la diversité, la liberté…

Vous avez écrit de nombreux albums documentaires, je suis particulièrement fan de Toutes les réponses aux questions que vous ne vous êtes jamais posées, j’aimerais savoir comment vous travaillez sur ces livres.
Comme souvent pour les livres documentaires, il y a au départ l’envie d’un éditeur. En 2004, Didier Baraud venait de créer les éditions Palette… Il souhaitait publier un livre documentaire amusant qui explique le dessous des choses : pourquoi le marathon se court-il sur 42 195 km ? Pourquoi le dollar a-t-il pour symbole un S et non un D ? D’où vient l’expression « payer en monnaie de singe » ? À chaque fois, il y a une raison historique que l’on a un peu oubliée. Le projet m’a tout de suite plu, car il mêlait histoire, sciences, sports, arts, culture, coutumes… J’ai pris beaucoup de plaisir à partir à la recherche de ces « questions que l’on ne se pose pas », et plus encore à en rédiger les réponses. Comme pour tous mes livres, je m’adresse à un public d’enfants, mais sans les prendre pour des enfants. Du coup, les adultes y trouvent aussi leur compte.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Enfant et adolescent, j’adorais les livres de Jack London (Croc blanc, les Contes des mers du Sud…), de Saint-Exupéry (Terre des hommes, Vol de nuit…) de Stevenson (L’Île au trésor)… Bref, les livres d’aventure avec de l’exotisme, du danger et des grands paysages. Ce n’est pas un hasard si c’est le genre de livre que j’ai eu envie d’écrire, devenu adulte. En 2005, j’ai créé pour Flammarion Jeunesse la collection de romans historiques Les Découvreurs du Monde. J’y raconte l’histoire vraie de la conquête du pôle Nord, de la découverte de la tombe de Toutankhamon, du tour du monde de Magellan, du voyage de Marco Polo ou encore de la conquête de la Lune.

Quels sont vos prochains ouvrages que l’on découvrira ?
Mon prochain livre est une fable écologique qui devrait paraître en septembre prochain. Dans ce projet, le plus intéressant n’est pas tant mon texte que l’éditeur qui le publiera. La Cabane Bleue est une maison d’édition en cours de construction. L’objectif de Sarah Hamon, une ancienne éditrice de chez Fleurus, et Angela Léry, ancienne chargée de communication chez Gulf Stream Éditeur, est, d’une part, de faire paraître des livres pour la jeunesse traitant d’écologie et, d’autre part, de les fabriquer de la manière la plus écologique possible. En effet, éditer un livre pour expliquer que notre planète va mal en utilisant une encre polluante, en l’imprimant en Chine puis en pilonnant les invendus, ce n’est pas très cohérent ! Le projet porté par la Cabane Bleue me semble donc particulièrement intéressant, et il vaut la peine qu’on le soutienne. https://www.facebook.com/editionslacabanebleue.

Bibliographie :

  • Dans tous les sens, documentaire illustré par Régis Lejonc et Célestin, Seuil Jeunesse (2019).
  • Éternité – Demain, tous immortels ?, documentaire, De la Martinière Jeunesse (2018).
  • Mission Mars, roman/documentaire illustré par Dofresh, Fleurus (2017).
  • Dans la nuit de Pompéi, roman, Flammarion jeunesse (2017).
  • Le village aux mille roses, album, texte et illustrations, Flammarion jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La fée de Verdun, roman, Flammarion (2016).
  • 50 inventions qui ont fait le monde, documentaire, Flammarion jeunesse (2016).
  • Quand j’étais petit (c’était avant), documentaire, Palette… (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • art & sciences, documentaire, Palette… (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Le livre de tous les jumeaux (petits et grands), documentaire illustré par Bruno Gibert, Le Baron Perché (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • Toutes les réponses aux questions que vous ne vous êtes jamais posées, album illustré par Nathalie Choux, Palette… (2005), que nous avons chroniqué ici.


Quand je crée… Rémi Courgeon

Le processus de création est quelque chose d’étrange pour les gens qui ne sont pas créateur·trice·s eux-mêmes. Comment viennent les idées ? Et est-ce que les auteur·trice·s peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur·trice·s, dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur·trice·s et/ou illustrateur·trice·s que nous aimons de nous parler de comment et où ils·elles créent. Cette semaine, c’est Rémi Courgeon qui nous parle de quand il crée.

Le mot créer m’a toujours un peu gêné. Le costume de Créateur est trop grand pour moi, surtout la longue toge blanche et la grande barbe. Trôner au-dessus du monde dans un fauteuil de nuages, ce n’est pas mon truc. Je me vois plutôt comme un créatif : un type qui creuse en se grattant les tifs.
C’est donc la main dans la tignasse que je vais tenter de raconter comment ça marche, la mécanique des idées.
Bien que ça soit souvent une énigme.
Pour commencer dans le concret : il est trois heures du matin, et comme suis réveillé depuis une demi-heure et n’arrive pas à me rendormir, je suis monté dans mon atelier pour compléter ma to-do-list. Là, j’ai pris mon carnet et fiévreusement, au stylo Bic, me voilà parti à rédiger cette réponse. Ces carnets s’appellent TOUT ET RIEN. Je les achète chez MUJI depuis une quinzaine d’années, par paquet de 3, ils sont tous datés et numérotés. Mes disques durs externes. J’en ai toujours un avec moi. Au fil des années, ils sont de plus en plus remplis. Avant je travaillais sur des feuilles volantes, que je n’arrivais pas à classer et que je perdais. À présent, tout mon travail y est concentré, textes et croquis, recherches de mise en page, cartes de visite ou tickets de musée collés. Ils s’appellent comme ça parce que je me donne droit à tout : de l’idée visuelle la plus nulle au Haïku le plus foireux. C’est là que démarrent les albums. Parfois, je relis un texte vieux de cinq ans et je me rends compte que presque rien n’a changé du premier jet au livre imprimé. Ces carnets d’idées, format A5, sont suivis de carnets à dessin A3, pour le travail de mise en scène des images. Ceux-là quittent peu l’atelier. Je les scanne pour faire des mises en pages en maquette sur l’ordi.
Où ça se passe ? Quand ça se passe ? Partout. Tout le temps. Pour ce qui est des idées, il n’y a aucune règle, mais le fait d’avoir mon carnet toujours dans le sac me permet de ne rien perdre. C’est rassurant.
Je travaille souvent sur 5 ou 6 projets à la fois, à des stades de maturation différents : du tout premier brouillon à la finalisation en couleurs des illustrations, prêtes à partir en gravure.
Ce que j’aime, c’est les longs trajets en train : quatre heures de grande concentration sur un sujet qui me brûle depuis plusieurs jours, c’est totalement jouissif. Mon rêve serait d’avoir un train à moi, avec un compartiment atelier, passant tout mon temps à écrire et illustrer en regardant les vaches défiler.
Mais revenons à la réalité : à l’atelier, je trie et je range : les mots dans une belle typo, les dessins bien dans leurs pages, les gammes de couleurs au bon tempo. Ça fait du bien !
Ah, oui, un truc important : j’aime dessiner les gens, je fais plein de portraits sur le vif. Fébrilement dans le métro, ou calmement en faisant poser un ami. Souvent des gamins dans les classes où je suis invité. Dessiner la réalité m’aide à inventer des fictions.
Mon atelier est le grenier aménagé de la maison où nous vivons. Une pièce lumineuse qui n’existait pas avant que nous venions nous y installer, ma petite famille et moi. C’est sous ce chapeau que ça fume.
J’ai pour voisines des pies dont le vol noir et blanc m’émerveille et des abeilles qui ont fait leur ruche dans une ancienne cheminée : mes collègues de travail.
Les illustrations de mes albums sont dessinées à la main, au stylo bille et pinceau, en noir, sur table lumineuse. Les dessins sont ensuite scannés et mis en couleurs sur ordi. Une cuisine un peu difficile à expliquer. En été, au bord de la mer, je fais des collages, sans but narratif. Parfois aussi un peu dans l’année, le matin, avant de travailler.
Ah oui, j’oubliais : la musique ? Jamais pour écrire, mais pour dessiner, c’est bien, ça rythme les gestes et invite à la couleur.
Tout le reste doit rester secret.

Rémi Courgeon. Février 2019.

Bibliographie sélective :

  • Série Timoto, texte et illustrations, Nathan (2017-2019), que nous avons chroniqué ici et et ici.
  • Tiens-toi droite, texte et illustrations, Rémi Courgeon (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • L’oizochat – Le fils caché, texte et illustrations, Mango Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Tohu Bohu, texte et illustrations, Nathan (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Passion et Patience, texte et illustrations, Mango (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • C’est l’histoire d’un poisson bavard, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • J’aime pas les clowns, illustration d’un texte de Vincent Cuvellier, Gallimard Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • L’oizochat, texte et illustrations, Mango (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Gros chagrin, texte et illustrations, Talents Hauts (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Le grand arbre et autres histoires, recueil d’albums, textes et illustrations, Mango (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Contes d’Afrique, illustration de textes de Jean-Jacques Fdida, Didier Jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Pieds nus, texte et illustrations, Seuil Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • oujours debout, texte illustré par Isabelle Simon, L’initiale (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Elvis Presley, illustration d’un texte de Stéphane Ollivier, Gallimard Jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Brindille, texte et illustrations, Mango jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Pas de ciel sans oiseaux, texte et illustrations, Mango Jeunesse (2012), que nous avons chroniqué ici.

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Les invité·e·s du mercredi : Claire Dé et Benjamin Chaud

Par 23 janvier 2019 Les invités du mercredi

Il y a quelque temps, je vous ai parlé (à plusieurs reprises) du magnifique Qui suis-je ? sorti chez Les Grandes Personnes, j’ai eu envie d’en savoir plus sur son autrice, Claire Dé. Je vous propose donc aujourd’hui, une interview dans laquelle elle revient sur son parcours et sur son travail. Puis c’est avec le grand Benjamin Chaud que l’on a rendez-vous, on se glisse dans son atelier pour en savoir plus sur la façon dont il crée. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Claire Dé

Comment est né Qui suis-je ?, votre magnifique ouvrage sorti chez Les Grandes Personnes et comment avez-vous travaillé sur ce projet ?
Qui suis-je ? est d’abord né de mon désir de poursuivre mon travail autour de la mise en appétit visuel et de mon amour pour les fruits qui sont de magnifiques supports esthétiques à la découverte des couleurs, des formes, des textures… Il y a trois ans, j’avais fait quelques portraits serrés de mes enfants jouant avec des fruits tout en expérimentant une nouvelle gamme de couleurs : du vert, du bleu cyan, du rose, de l’orange, du violet… Et puis j’ai mis ces images de côté… Après la sortie de Compte sur tes doigts en 2016, j’ai eu envie de créer un quatrième opus de cette série tout carton autour des mains sur les aliments. Peu de temps après, j’ai eu deux propositions de résidence dans le secteur de la Petite Enfance, l’une dans le réseau des crèches de la ville de Vaulx-en-Velin, l’autre dans un Multi-Accueil à Loudun dans le département de la Vienne. J’ai commencé par photographier chez moi dans l’atelier des compositions saisonnières de fruits et de fleurs que je souhaitais mettre en dialogue avec des petites mains touchant, jouant, manipulant ces mêmes fruits… Les premières tentatives d’images en crèche au cours de petites séances d’ateliers de découverte m’ont très vite fait comprendre que tout se passait sur le visage des enfants. Parti des mains, mon travail a alors naturellement glissé vers le portrait, les expressions des enfants, leurs regards d’une incroyable présence, leur complicité, leur malice, leur gourmandise… J’ai installé un petit studio photo dans la pièce de vie des structures Petit Enfance. Je me suis fixée une règle du jeu simple : venir avec des fruits, des fonds colorés, quelques tee-shirts assortis et laisser faire la magie des choses, l’alchimie des rencontres… Dans un second temps, je me suis amusée à créer – en écho avec les visages des enfants – des masques fruits. Un prolongement qui me permettait d’enrichir le projet de l’album et de l’emmener davantage vers le jeu créatif, l’imaginaire, la fantaisie… La forme de l’album s’est imposée naturellement : le leporello avec sa longue bande de papier pliée en accordéon correspondait bien à cette idée de galerie de trombinettes et de bouilles à croquer, une façon également de dérouler la succession des images dans le temps et de donner à voir d’un seul regard, cette magnifique diversité à travers l’ensemble des portraits, comme dans un dispositif d’exposition murale. Quand je regarde l’album aujourd’hui, deux mots me viennent en tête comme une évidence : tous ensemble !

Où trouvez-vous votre inspiration ?
Je trouve mon inspiration dans les émotions que peuvent me procurer les couleurs, les formes, les matières, les objets, la beauté des choses simples que je peux côtoyer au quotidien. Parfois un projet d’album naît tout simplement du désir de partager avec les futurs lecteurs, des sensations que j’ai pu éprouver, le plaisir du bon, du beau… À chaque fois que je termine un livre, je me dis : on efface tout et on recommence. Se remettre dans un état de disponibilité, faire de l’espace vide en soi est nécessaire pour créer mais c’est aussi très difficile…

Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
J’ai un parcours de curieuse qui a toujours besoin de jouer, de créer, d’inventer. J’ai fait des études de littérature tout en étant une dingue d’images, d’art et de littérature jeunesse. Je crois que je suis une bricoleuse touche-à-tout. Je ne me mets pas de limite de genre. Je déteste les cases. Je pratique la photographie comme un art minimal. Produire peu mais avec justesse par rapport à ce que je recherche. J’aime les croisements, les échanges. J’ai grandi dans les années 80-90 avec l’émergence des notions d’interculturel, de métissage, la théorie du rhizome de Gilles Deleuze et Félix Guattari où tout élément peut en influencer un autre en échappant à la subordination du schéma d’organisation pyramidale. Dans ma jeunesse, j’ai travaillé avec une compagnie de théâtre d’objets, j’ai monté un festival de cinéma arabe avec des copains, j’ai créé avec une autre équipée le magazine Paris mômes, j’ai collaboré avec des grosses institutions culturelles comme le Parc de la Villette, le Centre Pompidou. J’ai monté de nombreux projets avec l’école d’art pour enfants de Blois. Depuis l’an 2000, je développe essentiellement un travail de création visuelle, d’albums et d’installation jeu qui invitent les enfants à prolonger, à enrichir, à décloisonner l’expérience de la lecture, la rencontre avec l’art et la création.

Vous avez sorti plusieurs albums chez Les Grandes Personnes, parlez-nous de cette collaboration avec ce bel éditeur…
Cette collaboration repose sur la confiance, la complicité, le respect et bien entendu un partage de valeurs autour du livre d’images. Brigitte Morel sait que les projets ont besoin de temps pour prendre forme. Je travaille mes livres de façon assez artisanale puisque je les conçois entièrement, maquette comprise. Créer un livre est pour moi un tout, forme et fond confondus. Brigitte est extrêmement vigilante sur la qualité d’impression, ce qui est primordial pour un travail photographique comme le mien où la couleur joue un rôle essentiel. La photogravure, le choix du papier, le format du livre, rien n’est jamais laissé au hasard.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
J’ai beaucoup lu enfant même si les livres n’étaient pas nombreux. De tout. Des albums, des encyclopédies, des romans. Certains ont été déterminants dans ma formation esthétique et ma passion pour cet incroyable objet qu’est le livre. Je pense en particulier à 13824 jeux de couleurs, de formes et de mots de Patrick Raynaud que mes parents m’ont offert en 1973 alors que j’avais 5 ans. Un choc. Adolescente j’ai découvert des auteurs qui ont changé ma vie comme Virginia Woolf, James Joyce, Marguerite Duras, Yasushi Inoue, Kenji Miazawa… Je suis venue à Paris à 20 ans pour faire des études. Je crois que Paris et sa vie culturelle m’ont davantage formée que les études. Je pouvais enfin nourrir mon besoin d’art, d’images et de sensations en tout genre. Passer de la Goutte d’Or aux quartiers chinois, des grands musées aux rues populaires. Des galeries d’art aux grandes librairies. Actuellement, ma bibliothèque de quartier est fermée pour travaux. J’en suis très frustrée car j’aime aller chercher des livres comme on va s’acheter une baguette à la boulangerie. J’ai une passion pour les livres avec des images, que ce soit des livres d’art, d’architectures, de graphismes, de photographies, d’histoire…

Quelques mots sur vos prochains ouvrages ?
J’ai plusieurs marmites sur le feu… L’une sera sans doute prête avant les autres. Laquelle, je l’ignore. Il y est toutefois toujours question de nourritures, de mets colorés, de drôles de mélanges et d’un soupçon de pop attitude.

Bibliographie :

  • Qui suis-je ?, éditions des Grandes Personnes (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Compte sur tes doigts, éditions des Grandes Personnes (2016).
  • Devine à quoi on joue ?, éditions des Grandes Personnes (2015).
  • Imagine, c’est tout blanc, éditions des Grandes Personnes (2015).
  • Arti Show, éditions des Grandes Personnes (2010).
  • À toi de jouer !, éditions des Grandes Personnes (2010).
  • Ouvre les yeux !, éditions des Grandes Personnes (2006).
  • Big Bang Book, éditions des Grandes Personnes (2005).

Retrouvez Claire Dé sur son site : https://claire-de.fr.


Quand je crée… Benjamin Chaud

Le processus de création est quelque chose d’étrange pour les gens qui ne sont pas créateur·trice·s eux-mêmes. Comment viennent les idées ? Et est-ce que les auteur·trice·s peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur·trice·s, dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur·trice·s et/ou illustrateur·trice·s que nous aimons de nous parler de comment et où ils·elles créent. Cette semaine, c’est Benjamin Chaud qui nous parle de quand il crée.

J’aime beaucoup travailler au café peut-être parce que c’est un espace public, libre (je n’y paie pas de loyer) que je n’y suis pas dérangé par internet ou que je n’ai pas besoin d’être « rentable » comme à mon atelier. Tous les matins je passe une heure au café à faire semblant d’être occupé, à dessiner n’importe quoi, les gens qui passent, une bêtise qui me fait rigoler tout seul. C’est pas grave si c’est moche, bête ou raté, et petit à petit il y a des idées pour les livres sur lesquels je travaille qui arrivent, je les laisse venir toutes seules il ne faut pas que je les brusque, il faut qu’elles restent un peu sauvages, folles et ce n’est qu’ensuite à mon atelier que je les redessine au propre. En général il faut que je dessine mille fois la même chose avant de trouver un dessin qui me plaît, j’ai besoin de beaucoup rater.
J’ai vraiment l’impression d’être incapable d’avoir une idée valable à mon atelier et j’en suis tellement convaincu que c’est devenu vrai. Une fois à mon atelier (je ne peux pas passer toute la journée au café) je réponds à mes emails, je mets la musique ou la radio, je ne dessine jamais en silence c’est un travail trop solitaire ça m’oppresserait, et je dessine proprement les idées que j’ai eues au café. J’écoute toujours à peu près les même vieux trucs : Tom Waits, Nick Cave, Belle & Sebastian, Arcade Fire ou Nina Simone, ça ne me gène pas que ce soit toujours la même musique, c’est plus un problème pour ceux qui partagent mon atelier avec moi.
Et pour maintenir le lien je bois un truc chaud, thé ou café.
Je travaille aussi très bien dans le train parce que c’est impossible d’en sortir et je n’ai que ça à faire.
Pour écrire c’est différent, je ne parle pas tant de la narration que je construis en dessinant au café une quantité incroyable de chemins de fer, mais du choix des mots pour le texte de l’histoire. Là j’ai besoin de marcher et de faire rouler les phrases dans ma tête comme des petits sacs de cailloux jusqu’à trouver la bonne formule, le bon agencement et souvent après je l’oublie car bien sûr je marche sans carnet, c’est donc un processus assez long.
Et à la toute fin il y a le combat avec la couleur qui n’est jamais facile, que j’essaie de faire avec la même ouverture aux accidents que pour les crayonnés, j’essaie de me surprendre moi-même, de trouver de nouvelles choses, de prendre des risques fous (quitte à devoir recommencer un dessin) tout en respectant les dates de rendu car à ce moment-là je suis déjà un peu en retard. Et je me rends compte que malgré tous ces efforts de renouvellement je fais toujours à peu près la même chose, ça me désespère un peu sur le moment, cette incapacité à ne pas être quelqu’un d’autre, mais avec le recul, je vois mon petit chemin et je me dis tant mieux, c’est souvent une lubie cette volonté de changement et c’est bien qu’il y ait un semblant de cohérence dans le travail même si c’est involontaire.

Benjamin Chaud est auteur et illustrateur.

Bibliographie sélective :

  • Milo joue du tambour, illustration d’un texte d’Eva Susso, Cambourakis (2018).
  • Les Petits Marsus et la grande ville, texte et illustrations, Little Urban (2018).
  • Binta danse, illustration d’un texte d’Eva Susso, Cambourakis (2018).
  • Pompon ours dans les bois, texte et illustrations, Hélium (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Georgia, tous mes rêves chantent, illustration d’un texte de Timothée de Fombelle, Gallimard Jeunesse musique (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Le pire anniversaire de ma vie, texte et illustrations, Hélium (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • La vérité sur mes incroyables vacances, illustration d’un texte de Davide Cali, Hélium (2016).
  • Je suis en retard à l’école parce que…, illustration d’un texte de Davide Cali, Hélium (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • La fée Coquillette et la maison du bonheur, illustration d’un texte de Didier Lévy, Albin Michel Jeunesse (2014).
  • Poupoupidours, texte et illustrations, Hélium (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Je n’ai pas fait mes devoirs parce que…, illustration d’un texte de Davide Cali, Hélium (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Le petit Roro : Mon tout premier dico, illustration d’un texte de Corinne Dreyfuss, Actes Sud Junior (2012).
  • Coquillages et petit ours, texte et illustrations, Hélium (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Une chanson d’ours, texte et illustrations, Hélium (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Pomelo grandit, illustration d’un texte de Romana Badescu, Albin Michel Jeunesse (2010).
  • Adieu chaussette, texte et illustrations, Actes Sud Junior (2010), que nous avons chroniqué ici.
  • Le gros camion qui pue de mon papa, illustration d’un texte de Romana Badescu, Albin Michel Jeunesse (2006).
  • Pomelo est bien sous son pissenlit, illustration d’un texte de Romana Badescu, Albin Michel Jeunesse (2002).

Retrouvez Benjamin Chaud sur le site de La charte.

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Les invité·e·s du mercredi : Isabelle Gil et Daphné Collignon

Par 12 décembre 2018 Les invités du mercredi

Aujourd’hui je vous propose tout d’abord d’en savoir plus sur une autrice/illustratrice dont le travail est très original, Isabelle Gil, avec elle nous revenons sur son parcours et sur son travail. Ensuite, on part découvrir comment travaille l’autrice-illustratrice Daphné Collignon. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Isabelle Gil

Parlez-nous de votre parcours ?
J’ai commencé la photographie en autodidacte à 18 ans, puis j’ai arrêté la photographie pendant longtemps, puis j’ai repris la photographie en formation professionnelle d’abord par un CAP de photographe, puis par des études en Arts Plastiques et Photographie, à Paris 8, l’université de Saint-Denis.
Pendant les études, j’ai commencé à travailler sur des projets de livres.
J’ai suivi les cours d’un intervenant artiste, Alain Bernardini avec qui j’ai pu énormément avancer en étant tellement bien accompagnée dans mes recherches par son talent, son exigence et ses connaissances de l’art contemporain.
Ensuite pendant 4 bonnes années, j’ai envoyé mes multiples maquettes de livres à différentes maisons d’édition.
J’ai pris un travail à mi-temps pour subsister pendant mes recherches et démarches et pour pouvoir mener ce projet de faire des livres en photographie.
J’ai eu toutes sortes de retours, mais sont venus aussi des encouragements, une curiosité pour mon travail qui m’a aidé parfois à tenir et à insister.
Et tout à coup, comme je commençais tout de même à fatiguer un peu et à penser qu’il était vraiment difficile de faire des projets de livres, j’ai eu une réponse positive de Paul Otchakovsky-Laurens, le truc inouï, mon éditeur préféré ces années-là me dit qu’il trouve mon projet de livre très beau et qu’il aimerait le faire avec moi si je suis d’accord ! Quelle joie et quel trésor inoubliables d’avoir rencontré cette personne.
Mon premier livre s’appelle LOVE, chez POL donc, en 2006, et le raconter là c’est – encore – penser à lui tout particulièrement.
Par la suite, j’ai rencontré une troisième personne importante, artiste, illustrateur et cinéaste, également éditeur de littérature jeunesse, avec lequel je travaille aujourd’hui et c’est encore une incroyable chance car il a cette curiosité et une grande connaissance de l’illustration mais aussi ce goût de la photographie et son choix déterminé et rare de donner une existence à des projets de livre de photographies et notamment les miens !
Dans cette dernière rencontre, une évidence s’est montrée entre ces projets-là de livres et l’édition pour les enfants et la jeunesse.

Comment est venue l’idée de raconter vos histoires avec des photos ?
Je ne sais pas, depuis toujours. Il me semble que parlant peu, j’adorais la lecture et la photo qui dans mon enfance, me fascinait un peu et puis ça me semblait être un média très complexe en fait. Et très bavard.
Ça pouvait être du passé, du futur, de la beauté, de la mort, de la mise en scène, de la pensée, du faux.
Et puis la photographie parle beaucoup, seule, le texte est dans l’image.

Pouvez-vous nous raconter comment vous travaillez ?
Avec des images en tête, des paysages, des situations ou des expressions, littéraires ou imagées.
Comme prendre des bains de soleil, être zinzin, voir des éléphants roses…

Où trouvez-vous votre inspiration ? Comment naissent vos histoires ?
De ça, des choses en tête et également de certains objets que je trouve attachants ou intéressants en tout cas.
Pour leur banalité, leur disponibilité, ce sont principalement des objets du quotidien, et pour ce qu’ils peuvent offrir comme supports à l’imaginaire, comme représentations que l’on a du monde, pour ces petites ou grandes relations avec l’extérieur, pour ce qu’on y projette.

Pouvez-vous nous parler de votre dernier album, Le petit éléphant rose ?
J’ai pensé particulièrement à l’enfance, à cette capacité à se glisser dans la peau de ce que l’on veut, un chat ou un avion. Je suis ce que je veux. J’adore cette folie de l’enfance.
C’est une immense liberté, je parle aux chiens et là je ne marche pas, je vole.
Ce n’est pas un désir de régression, si ce n’est de garder l’enfant ou cette part-là, mais je trouve le lien de l’enfant au monde et au vivant très direct, drôle, très fou, très simple aussi, tout est possible.
Oui donc Le petit éléphant rose c’était pour associer cette expression « voir des éléphants roses » qui chez les adultes signifie un état de délire hallucinogène — je cherche d’ailleurs toujours un témoignage — et le monde de l’enfance où on s’étonne de tout et de rien à la fois !
Et mettre dans ce livre des souvenirs personnels et forts de paysages de jungle.

Travailler en solo sur un projet, c’est un plaisir ou parfois ça vous manque de partager des projets ?
Au début, c’était comme ça, j’avais des projets, donc je tente de les faire.
Depuis quelque temps, j’aimerais croiser d’autres personnes et compétences et s’embarquer joyeusement, on verra…

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Aucune en particulier, j’allais au bibliobus, j’adorais cet espace, j’ai dû lire Croc blanc, je ne sais plus trop, rien de marquant ou je me souviens pas, même si je restais dans cet étroit camion bleu des heures et des heures.
Et en vacances chez (ma) Mémé… j’ai tout lu, tout ce qu’il y avait sur place, des magazines étranges comme Point de vue, Nous Deux
Un jour je suis tombée sur le roman — Lady Chatterley — et je me suis dit que c’était pas mal le fond du jardin et après j’ai lu sans aimer ça à l’école, mais après j’ai lu tout ce que je pouvais, en tombant vers l’âge de 17 ans sur les Chants de Maldoror ou sur Crime et Châtiment, je me suis dit que je ne comprenais pas tout mais que ça allait être génial.
Je ne sais plus à quel âge, jeune adulte je pense, j’ai aussi découvert Crin blanc et Le ballon rouge de Albert Lamorisse et ça m’a beaucoup plu. Livres & films.
Et puis le Muppets show et Téléchat, Buster Keaton, Monty Python…

Quelques mots sur les prochaines histoires que vous nous proposerez ?
J’ai des pistes non poursuivies dans mes tiroirs, faut que je regarde de près…
Et un projet de livre photographies et texte pour adultes toujours en pause.
Rien à dire, avant des avancées… mais j’ai très envie de faire encore des albums.
Merci !

Bibliographie :

  • Le petit éléphant rose, texte et illustrations, l’école des loisirs (2018).
  • Le zinzin de la forêt, texte et illustrations, l’école des loisirs (2016).
  • Coquille, texte et illustrations, l’école des loisirs (2016).
  • Copain Copain, texte et illustrations, l’école des loisirs (2015).
  • Le magicien d’os, texte et illustrations, l’école des loisirs (2015).
  • Les vacances, texte et illustrations, l’école des loisirs (2014).
  • Le chapeau de Maman, texte et illustrations, l’école des loisirs (2014).
  • Le déjeuner sur l’herbe, texte et illustrations, l’école des loisirs (2013).
  • Le musée des ours, texte et illustrations, l’école des loisirs (2012).
  • Une ou deux bêtises, texte et illustrations, l’école des loisirs (2011).
  • L’aventure, illustration d’un texte de Jean Rolin, Les éditions de la Table ronde (2011).
  • Couleurs à sensations, texte et illustrations, Le Rouergue (2011).
  • À la mer, texte et illustrations, l’école des loisirs (2010).
  • Oursons, texte et illustrations, l’école des loisirs (2008).
  • LOVE, texte et illustrations, P.O.L. (2006).

Retrouvez Isabelle Gil sur son site : http://www.isabellegil.fr.


Quand je crée… Daphné Collignon

Le processus de création est quelque chose d’étrange pour les gens qui ne sont pas créateur·trice·s eux-mêmes. Comment viennent les idées ? Et est-ce que les auteur·trice·s peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur·trice·s, dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur·trice·s et/ou illustrateur·trice·s que nous aimons de nous parler de comment et où ils·elles créent. Cette semaine, c’est Daphné Collignon qui nous parle de quand elle crée.

Je fais de la BD et de l’illustration depuis plus de 15 ans maintenant ; j’ai donc écrit et dessiné dans de nombreux endroits, ayant beaucoup voyagé par le passé.
J’ai eu ma période café, où je faisais mes dessins et mes croquis avant de les mettre en couleur à la maison ; puis l’ère informatique est arrivée, et j’ai passé tout mon temps au café avec mon ordinateur portable. Une fois un album fini, je changeais d’endroit, parce que je ne pouvais plus remettre les pieds dans le café où j’avais travaillé pendant un an — ce qui pouvait s’avérer un peu ennuyeux quand il s’agit de lieux que nous aimions, mes proches et moi !… J’ai aussi beaucoup travaillé en bibliothèque, au milieu des livres et des lecteurs.
J’ai besoin d’un bruit de fond quand je dessine. Cela me rassure et me permet de mieux me concentrer. Le travail de dessinateur et de scénariste étant très solitaire, j’ai besoin de présences autour de moi.
Je n’ai cependant jamais pu travailler en atelier, et cela n’a pas été faute d’essayer ! Mais à chaque fois, j’étais trop déconcentrée par l’envie de discuter avec mes amis ou par les discussions qui se déroulaient autour de moi.
Le bruit d’un café ou l’ambiance d’une bibliothèque est impersonnel, alors qu’un atelier me sollicite plus intimement et ne me permet pas de me concentrer comme je le voudrais.
J’ai aussi travaillé beaucoup chez moi, ce qui est à la fois le meilleur endroit, et le pire ! C’est là que je suis le plus « dans ma bulle », et que les résultats sont les meilleurs. Mais c’est aussi très solitaire, et comme tous les gens qui travaillent à la maison, on n’a jamais vraiment l’impression de s’arrêter. En ce moment pourtant c’est là que je travaille. Mon rêve serait d’avoir mon atelier à moi, une sorte d’autre chez moi où je pourrais inviter des amis à partager des séances de modèle vivant ou à dessiner de temps en temps.
Je suis donc capable, a priori, de dessiner n’importe où pourvu que la lumière soit bonne et qu’on ne me parle pas, ou qu’on ne commente pas ce que je fais. Je déteste montrer mes images en cours de réalisation, n’étant jamais très sûre de moi, et sachant qu’elles vont évoluer. C’est un peu mon jardin secret, mon laboratoire intime.
J’ai même du mal à rester à côté de quelqu’un qui lit mes livres ! C’est parfois un problème en dédicace. 😉
Quand je dessine et que je fais de la couleur, j’écoute la radio ou des histoires. J’aime beaucoup lire, et j’ai trouvé sur internet des sites qui proposent des histoires à écouter. Depuis, j’ai dû écouter des centaines de livres ! Chacun de mes albums est relié à ces livres, et chaque page me les rappelle. C’est une manière pour moi de me concentrer, et de me plonger dans une sorte de bulle intime et personnelle.
Quand je dessine, je suis « en moi », je peux rester 6 ou 7 heures à la même place sans en bouger. Je ne sais pas si c’est la meilleure façon de faire, parce que je manque parfois de recul sur ce que je fais, mais ça me permet de m’immerger complètement dans les images.
Les interruptions téléphoniques sont plutôt malvenues en général, pour la même raison. Tout cela fait de moi une ourse solitaire !!
Depuis que j’ai une petite fille, mon rythme a un peu changé ; je suis obligée de faire des pauses, et j’ai dû modifier mes horaires.
Avant, je commençais en fin de matinée pour finir tard dans la nuit.
Aujourd’hui, je démarre tôt le matin après avoir posé ma fille à l’école, et je dessine jusqu’à la sortie des classes. Je me remets généralement au travail après qu’elle se soit couchée, jusque tard dans la nuit.
J’ai toujours énormément travaillé, et cela a toujours été mon activité principale ; j’ai un peu de mal à sortir de cette bulle qui s’est construite au fil du temps, et à ne pas percevoir le monde comme une matière à exploiter.
Je ne fais pourtant pas de carnet de voyage, parce que je suis nulle pour ça ! Je préfère m’imprégner des ambiances, des atmosphères, prendre des photos, profiter de l’instant, et le retranscrire plus tard sur le papier quand le besoin s’en fait sentir. C’est comme si j’avais une bibliothèque d’images dans la tête et le corps dont je me sers pour mes livres.
J’aime à penser, même si c’est un peu banal, que nous sommes tous des portes ouvertes sur des livres, par nos sensations et nos ressentis, par toutes les histoires que nous portons en nous. C’est plus qu’un travail. C’est une manière de vivre !

Daphné Collignon est autrice et illustratrice.

Bibliographie sélective :

  • Série Calpurnia, BD, dessins d’après un scénario de Jacqueline Kelly, Rue de Sèvres (2018).
  • Tamara de Lempicka, BD, dessins d’après un scénario de Virginie Greiner, Glénat (2017).
  • Avant l’heure du tigre : La voie Malraux, BD, dessins d’après un scénario de Virginie Greiner, Glénat (2015).
  • Série Le rêve de Pierres Pétra, BD, dessins d’après un scénario d’Isabelle Dethan, Vents d’Ouest (2014).
  • Ma vie de chien, album, illustration d’un texte de France Quatromme, Fleur de ville (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Le B.A. ba de la savate boxe française, illustration d’un texte de Victor Sebastiao, Fleur de Ville (2013).
  • Série Sirène, BD, scénario et dessins, Dupuis (2013).
  • Série Destins, BD, dessins d’après un scénario de Frank Giroud et Virginie Grenier, Glénat (2010)
  • Correspondante de Guerre, BD, dessins d’après un scénario d’Anne Nivat, Soleil (2009).
  • Série Cœlacanthe, BD, scénario et dessins, Vents d’ouest (2006-2007).

Le site de Daphné Collignon : https://www.daphnecollignon.com.

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Les invitées du mercredi : Sandra Le Guen et Christine Roussey

Par 28 novembre 2018 Les invités du mercredi

Interview un peu spéciale aujourd’hui, car si Sandra Le Guen est une autrice jeunesse, c’est également quelqu’un que je connais bien ! J’avais envie de parler avec elle de son parcours, de son métier d’autrice, de ses inspirations… Ensuite, on ira se glisser dans l’atelier de l’autrice-illustratrice Christine Roussey. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Sandra Le Guen

Bon tout d’abord on ne va pas faire croire qu’on ne se connaît pas, on a fait des papiers communs (avec ton blog, Maman Baobab), donc on laisse de côté le vouvoiement, même si on reçoit aujourd’hui l’autrice, ok ?
Nous nous sommes même connus avant au sein du collectif À l’Ombre du grand arbre, il y a quelques années maintenant, laissons donc tomber le vouvoiement, d’autant qu’à mon avis nous ne l’avons jamais utilisé !

Peux-tu nous parler de À l’horizon qui vient de sortir chez Maison Eliza, de la genèse de l’album, de ce qui t’a inspirée ?
C’est l’histoire d’un personnage féminin, Moon, qui vit seule au bord de l’eau dans une petite maison entourée d’un jardin luxuriant. Elle évolue sereinement au plus près de la nature tout en se questionnant sur le monde, celui qui existe au-delà de l’horizon et vers lequel elle envoie ses bulles de savon. Un jour, une ombre apparait au large, sur la ligne d’horizon. Une personne s’approche d’elle en bateau. Sans se connaître, curieux l’un de l’autre, ils vont spontanément se faire confiance et partir ensemble vers une destination qui nous est inconnue.
Le livre se termine ainsi, juste avant ce qui pourrait être le commencement de la véritable histoire. Ce serait en quelque sorte l’installation, libre au lecteur d’imaginer la suite. Une suite qui composera avec la fantaisie de Moon et l’exotisme incarné par ce personnage à la peau bleue, une couleur qui n’est volontairement pas humaine. Le sujet est là pour moi, amené – je l’espère – avec délicatesse : l’ouverture aux autres, à l’inconnu, la rencontre, la confiance, la découverte de l’autre autour des points communs et des différences. À l’horizon traite aussi – sans le dire dans le texte mais j’ai demandé à Popy de le dessiner – d’égalité : peu importe leur sexe ou leur couleur de peau, les deux personnages rament ensemble avec la même force, dans un même élan vers leur avenir.
La genèse de l’album, c’est à la fois les bulles de savon que nous faisions avec mes enfants quand ils étaient plus petits. Leur tendance à les éclater venait parfois chatouiller ma tendance à les contempler. J’ai fait partir ces bulles bien plus loin grâce à cette histoire, elles deviennent les grandes voyageuses quand je ne peux pas être pour l’instant.

Je crois que ta collaboration avec Popy Matigot s’est tellement bien passée que vous sortez un nouvel album ensemble en janvier, c’est bien ça ? Peux-tu nous en parler ?
Effectivement, très vite après cette première collaboration, nous nous sommes remises au travail et le 2 janvier paraîtra notre second titre commun, Petite Pousse chez Sarbacane. C’est encore une histoire de rencontre autour d’un personnage féminin dont la vie va être bouleversée par l’arrivée de son premier enfant. C’est ce dernier qui, in utero, porte la narration. C’est un texte que j’ai écrit dans un souffle et regardant quelques années derrière moi et que Popy a illustré avec sa force, sa poigne, son énergie. Et comme jamais deux sans trois, enfin du coup quatre, nous travaillons actuellement sur deux autres projets.

Une mère qui a des poux, une femme qui fait des bulles de savon… elles sont très proches de l’enfance les femmes de tes histoires
C’est vrai pour Moon et pour la nouvelle mère de Petite Pousse qui entrent chacune à leur façon dans le monde des adultes. C’est un peu moins vrai pour les autres je crois. D’ailleurs beaucoup de femmes sont mères dans mes histoires. J’aime bien les embêter, en collant des poux à l’une par exemple (autobiographie ?) ou en faisant faire des abdos à une autre après avoir mangé du chocolat. Toutes ces fois-là, je me moque de moi. D’autres mères sont moins dans la compréhension de leur enfant et donc pour le coup vraiment en rupture avec l’enfance. C’est le cas de la maman qui gronde Guillerm dans L’Apachyderme, de celle d’Anaïs dans La couleur du vélo : au début de l’histoire, il y a un vrai problème de communication entre elles.

Tu as toujours écrit, avant d’avoir ton blog tu étais journaliste, mais depuis peu tu as donc cette casquette d’autrice jeunesse. Déjà j’aimerais savoir comment c’est venu et ensuite si justement tu vois ça comme une continuité dans ton écriture ou une chose totalement nouvelle.
Écrire des histoires pour les enfants n’est pas du tout venu spontanément. Quand je tenais mon blog autour de la littérature jeunesse, j’écrivais régulièrement de longues introductions à mes chroniques de livres. Elles mettaient en scène ma vie parentale, familiale, mon quotidien et m’ont donné goût à l’autofiction. Je savais que j’avais envie d’en faire quelque chose – quelque chose en l’occurrence c’était un roman – mais pas pour les enfants évidemment. Ces textes ont touché quelques-uns de mes lecteurs et parmi ces lecteurs, il y avait des illustrateurs, dont Marjorie Béal et Stéphane Nicolet. Ce sont eux qui m’ont invitée à leur écrire des textes pour les enfants, l’aventure éditoriale a ainsi commencé. Pas tout à fait avec eux dans un premier temps, mais nous cosignons plusieurs livres à venir, dont deux de mes prochains albums à paraître en 2019.
Entre le journalisme et l’écriture de fiction pour les enfants, c’est le grand écart. Mais dans ce grand écart, il y a eu les textes personnels que j’écrivais sur le blog Maman Baobab et qui m’ont conduite à l’écriture d’histoires. Alors avec quelques demi-tours, pas de côté, pointillés et encore quelques textes très sérieusement informatifs à mon actif, ah ben oui ! Il y a une continuité. Heureusement que tu m’as posé la question, je ne l’aurais pas vue sinon !

Où trouves-tu ton inspiration, qu’est-ce qui t’inspire ?
Ça c’est une question à laquelle je ne suis pas sûre de pouvoir bien répondre.
Il y a des sujets forts dont j’ai besoin de parler parce qu’ils me bouleversent – le deuil, la situation des réfugiés, les inégalités, par exemple. Je peux me saisir d’anecdotes, de remarques ou de questions de mes enfants tout comme des sujets d’actu qui me crispent et font émerger (j’ai failli écrire déborder) un texte, mais aussi très simplement des sensations, des petits bouts d’enfance…
Je suis très contemplative. Je regarde l’océan, les fruits se transformer en confiture, je fais du jardinage, je regarde les bestioles, et pendant ce temps mon cerveau se promène tout seul… j’ai aussi vécu de grandes douleurs, de grands moments de solitude, des nuits sans sommeil, ces états sont propices à l’émergence.
Assez simplement, il y a des situations. Je regarde aussi à travers mon appareil photo et ce pas de côté face à la réalité m’offre cet espace de création ou d’inspiration.
Un texte peut aussi naître avec la rencontre d’un illustrateur ou d’une illustratrice qui m’invite dans son univers en me proposant un personnage, des images. J’adore ce type de collaboration même si elles ne sont pas toujours évidentes.

Tu parles d’appareil photo, c’est vrai que j’ai oublié une de tes casquettes… Tu fais des photos magnifiques ! Tu n’aimerais pas faire un album où tes textes seraient illustrés par tes photos ?
Merci beaucoup ! C’est vrai que j’ai commencé à faire de la photo pour illustrer mes textes de… presse ! Et puis j’y ai pris goût et je n’ai fait ensuite que de la photo qui n’illustrait plus de texte. Mais je ne suis pas une technicienne, pour moi la photo, c’est avant tout un regard sur le monde, un instant saisi, une émotion qui passe, du flou, de la lumière. J’ai l’impression déjà d’avoir tout dit quand je fais une photo. D’ailleurs, je viens de monter une exposition photo pour tenter d’expliquer le processus de création de mes textes parce que je ne trouvais pas toujours bien les mots. Du coup, écrire sur mes photos et pour les enfants, je n’y suis pas, j’ai l’impression que les images sont déjà trop pleines de moi, écrire dessus serait redondant. Par contre, proposer douze ou seize photos à autant d’auteurs qui porteront un tout autre regard que le mien, pourquoi pas ?

Qui sont tes premiers lecteurs ?
Tout dépend des textes. Ma plus fidèle lectrice – et la plus impitoyable (parce que c’est ce qui est important, il faut dire) – c’est ma fille. Du haut de ses neuf ans, elle lit par-dessus mon épaule, me demande des suites – « comment ça le chapitre n’est pas fini ? » « Heu, non, mais j’ai fait la vaisselle » – va chiper les impressions dans l’imprimante ou sur mon bureau, se plonger dans mes carnets, récupérer mes ratés dans la poubelle. Pour elle, peu importe s’il s’agit d’un album ou d’un morceau de roman, elle met en image facilement et va très vite mettre le doigt là où ça fait mal.
En général tout de même, pour les albums, mes premiers lecteurs sont mes binômes illustratrices – illustrateurs. Parfois directement les éditeurs ou éditrices quand je soumets un texte sans illustration. Quand les croquis arrivent, je montre à mon fils pour voir si cela fonctionne, il m’arrive aussi de tester une histoire lors d’une rencontre avec une classe. Pour les romans, je fais relire à mes proches. J’ai aussi écrit un roman l’année dernière dans le cadre du Feuilleton des Incos. Mes premiers lecteurs étaient donc une arène de dizaines de Cm2-6e exigeants. Le rythme était intense, et j’étais encore plus tendue de recevoir leurs retours sur le texte que ceux d’un éditeur, même si je n’ai pas toujours pris en compte leur avis, c’était intéressant d’avoir ce regard sur un travail en cours d’écriture.

Tu lis toujours autant de littérature jeunesse ? N’as-tu pas peur d’être influencée (d’une façon ou d’une autre) par tes lectures ?
Je lis moins beaucoup moins d’albums que quand j’en chroniquais une cinquantaine par mois, c’est sûr. Je crois qu’on est forcément, d’une manière ou d’une autre, influencé par nos lectures, celles d’aujourd’hui, celles de notre adolescence, de notre enfance qui ont forgé notre regard sur le monde. Mais tout comme on est influencé par les musiques, les films… Par exemple, j’ai été influencée par Irène de Thomas Fersen pour écrire L’Apachyderme, les deux univers sont très éloignés… Je crois que ce n’est pas une crainte alors. Si nous sommes plusieurs à traiter du même sujet, nous ne le traiterons pas de la même manière. Je laisse dans chacun de mes albums un petit morceau de moi, un bout de vrai (plus ou moins grand) et j’écris avec ma musique, mon flow en quelque sorte. D’ailleurs j’écris à voix haute et j’aime bien faire lire l’histoire à voix haute avant de la transmettre pour écouter si je retrouve cette musicalité, quand elle y est même dans la bouche de quelqu’un d’autre, je me dis que j’ai peut-être réussi à faire un quelque chose de singulier.

Quelles étaient tes lectures d’enfant, d’adolescente ?
Elles sont très nombreuses, j’étais une grande lectrice et les livres m’ont beaucoup marquée. Enfant, j’ai lu (et relu et rerelu) plutôt des romans comme ceux de La comtesse de Ségur ou encore Fantômette, Zozo la tornade, le petit Nicolas, Charlie et la Chocolaterie, Croc Blanc, Le Castor grog et sa tribu, Le club des cinq, Alice, Les jeunes filles en blanc…
Au collège, j’ai fait le grand écart entre des romans comme E=MC2 mon amour de Patrick Cauvin et Un sac de billes. J’ai lu des romans très « optimistes » qui m’ont donné un merveilleux regard sur le monde comme Le Journal d’Anne Franck, L’arbre de Noël – une histoire terrible où le môme meurt d’un cancer à Noël – et Sa majesté des mouches de Golding. J’ai lu un tas de livre sur les guerres, passant d’Erich Maria Remarque à Régine Deforges, j’étais à la fois terrifiée par les contenus et fascinée par l’écriture, les récits. En y pensant, je me demande si, quand elles ne sont pas humoristiques, c’est peut-être pour cela qu’il y a de la douceur dans mes histoires, même celles qui traitent de sujets difficiles…
En 4e -3e, j’ai découvert Zola en même temps que Pennac et ses Malaussène, double coup de foudre, encore un grand écart, j’ai tout avalé et je lisais ensuite Pennac à parution. Au lycée, j’oscillais entre Shakespeare et Orwell, Bradbury, kafka… Bon j’ai fini par faire des études de Lettres Modernes pour lire encore plus et que ce temps consacré soit socialement acceptable. Et ce n’est qu’adulte que je suis retombée dans la marmite de la littérature jeunesse, avec avidité.

En janvier on va donc découvrir Petite Pousse chez Sarbacane, mais tu as d’autres livres à sortir ?
Oui j’ai la chance d’avoir plusieurs parutions programmées en 2019, notamment :
– en mars Les pieds en éventail, un album pour les tout-petits avec Marjorie Béal chez Les P’tits Bérets ;
– en avril Refuge avec Stéphane Nicolet chez Les P’tits Bérets raconte la rencontre de deux petites filles qui vont devenir amies, malgré les frontières, les langues, les parcours, grâce à une passion commune.
– au printemps Correspondances une histoire d’ours, encore une rencontre, pour laquelle je retrouve Thanh Portal.
– en juin Taxi-Baleine avec Mauréen Poignonec chez Little Urban, une histoire poétique où j’aborde une nouvelle fois de la famille, cette fois-ci sous l’angle de la fratrie.

Bibliographie :

  • Petite Pousse, album illustré par Popy Matigot, Sarbacane (à paraître en janvier 2018).
  • À l’horizon, album illustré par Popy Matigot, Maison Eliza (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • L’enfant de la pluie, roman co-écrit avec Pog, illustré par Juliette Barbanegre, Frimousse (2018).
  • Maman a des poux, album illustré par Csil, Frimousse (2018).
  • Confettis confettis, album illustré par Marjorie Béal, Le Grand Jardin (2018).
  • La couleur du vélo, roman illustré par Thanh Portal, La Palissade (2017).
  • Le nid, album illustré par Coralie Saudo, Les Minots (2017).
  • L’Apachyderme, album illustré par Thanh Portal, La Palissade (2016).

Retrouvez Sandra Le Guen sur son site : http://sandraleguen.blogspot.com.


Quand je crée… Christine Roussey

Le processus de création est quelque chose d’étrange pour les gens qui ne sont pas créateur·trice·s eux-mêmes. Comment viennent les idées ? Et est-ce que les auteur·trice·s peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur·trice·s, dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur·trice·s et/ou illustrateur·trice·s que nous aimons de nous parler de comment et où ils·elles créent. Cette semaine, c’est Christine Roussey qui nous parle de quand elle crée.

Quand je crée.

Allez, je me lance !

Ma journée commence entre 9 h 30 et 10 heures, après avoir déposé mes minis à l’école et chez la nounou !
Un petit thé avec les copains de l’atelier et c’est parti !
Il est 17 h 30 et je rentre chez moi !


En vrai, si je dois écrire je m’isole dans un silence total et je déroule les fils. En général j’ai noté des bouts de phrases dans mon cahier, mon téléphone, etc., quand j’écris une histoire elle m’habite pendant plusieurs mois entre l’idée de début et le texte final.
Je l’emmène partout avec moi (vu que j’emmène ma tête partout… en général).
Parfois les mots coulent tout seuls tellement ils ont macéré longtemps en moi, parfois ça coince. Alors j’arrête et je passe à autre chose. Je veux que les choses soient fluides. J’aimerais faire comme l’a conseillé Hemingway à Roald Dahl, refermer mon ordi quand j’ai mon idée mais je suis une grosse inquiète alors quand j’ai mon idée je fonce et j’arrête quand ça coince, Hemingway disait que c’était aller au-devant de gros soucis….. Mais j’ai tellement peur de perdre l’élan que je ne peux pas me résoudre à arrêter quand l’idée est là tout en fleur.

Quand je dessine, il y a plusieurs temps, celui de la recherche personnelle, le travail de dessin « d’entretien », là c’est comme une boum avec moi-même, musique à fond, gros bordel sur mon bureau, et alors je laisse tout arriver ! J’aime cette idée chère aux « COBRA », qu’il faut retrouver son énergie d’enfant quand on dessine pour revenir à l’essence de ce qu’on est, et aussi créer dans la joie et le plaisir de faire sans but ! C’est difficile de se débarrasser de tout ce qu’on a appris mais il me semble que c’est essentiel pour continuer à avancer, à chercher, à découvrir. Alors voilà plusieurs fois par mois je dessine pour moi, pour rien et c’est souvent dans ces moments que naissent de nouvelles images et de nouvelles idées qui serviront ou pas pour mes projets futurs.

Il y a un autre temps, celui des recherches pour les albums. Le temps de recherche des personnages et de l’univers est proche de celui du temps de dessin pour moi. Je laisse tout venir, les couleurs, les personnages, dans un joyeux mélange pas du tout organisé nait la colonne vertébrale du projet à venir.
Ensuite quand je travaille les illustrations page à page dans un chemin de fer, c’est très silencieux et je suis très concentrée. Je dois être tout entière plongée dans les mots et l’enchainement des pages.
Parfois j’ai aussi noté des idées d’images sur mon cahier ou dans mon téléphone. Parce que le travail ne s’arrête pas aux portes de l’atelier rapport avec ma tête que je trimballe partout ;-).

Vient un autre temps qui est très agréable c’est la réalisation des images définitives, là j’écoute des émissions de radios, et je peux me souvenir de l’émission que j’écoutais pour telle ou telle image. Dans ce temps-là c’est comme si ma main dessinait sans avoir besoin de ma tête c’est très agréable après avoir été complètement habitée et concentrée sur les crayonnés et l’écriture.

Le dernier temps c’est le temps des adieux… J’emballe mes originaux et je les prépare à l’envoi chez mon éditeur. C’est un temps hyper émouvant, où on voit une dernière fois les planches toutes ensemble avant qu’elles deviennent l’album.
Et puis il faut dire au revoir aux personnages avec lesquels on a vécu de longs mois, partout, tout le temps ! C’est à ce moment je crois que le livre ne m’appartient plus, il va partir rencontrer ses lecteurs, il s’envole !

Il y a un temps hyper important pour moi qui fait aussi partie du processus de créations mais de manière indirecte, c’est le temps de rencontre avec les lecteurs !
Partager ce que l’on a couvé, et fabriqué du plus profond de nous avec des lecteurs c’est comme quand les invités se mettent à table quand on a passé l’après-midi à cuisiner ! On est heureux, impatient et un peu intimidé. C’est un grand temps de joie qui donne énormément de sens à mon travail. Lors de ces rencontres j’aime les questions, les grands yeux ouverts et l’attitude des petits lecteurs. Et c’est souvent pendant ces moments-là que l’envie de raconter une nouvelle histoire jaillit.

Je crois que c’est tout !

Sinon dans mes journées il y a aussi des litres de thé, des chansons ringardes, des heures de discussions sur la vie avec mes collocs d’atelier, des images sur les réseaux, des coups de fil avec mon éditrice, des grosses colères, des larmes de joie et de tristesse, des « oh putain c’est l’heure des enfants », et des fous rires… vachement !

Salut tout le monde j’y retourne, j’ai un cochon d’Inde sur le feu !!

Christine Roussey est autrice et illustratrice.

Bibliographie sélective :

  • Sous mon arbre, illustration d’un texte de Jo Witek, De la Martinière Jeunesse (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Le manchot qui en avait marre d’être pris pour un pingouin, illustration d’un texte de Nicolas Digard, Nathan (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Allez, au nid !, illustration d’un texte de Jo Witek, De la Martinière Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Dans mon potager automne, illustration de textes d’Alain Ducasse, Ducasse édition (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Mes petits cadeaux, illustration d’un texte de Jo Witek, De la Martinière Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • L’album de mon bébé, textes et illustrations, De La Martinière Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon lapin patate, texte et illustrations, De La Martinière Jeunesse (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Crotte !, illustration d’un texte de Davide Cali, Nathan (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Ma petite chambre, illustration d’un texte de Jo Witek, De la Martinière Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon chat boudin, texte et illustrations, De la Martinière Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Mes petites peurs, illustration d’un texte de Jo Witek, De la Martinière Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon chien qui pue, texte et illustrations, De la Martinière Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Ma boîte à petits bonheurs, illustration d’un texte de Jo Witek, De la Martinière Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Wilo et Mi, la légende de La Grise, illustration d’un texte de Séverine Vidal, L’élan vert (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Dans mon petit cœur, illustration d’un texte de Jo Witek, De la martinière Jeunesse (2013).
  • Les bras de papa, rien que pour moi, illustration d’un texte de Jo Witek, De la martinière Jeunesse (2012).
  • Les cocottes à histoires, illustration de textes d’Agnès de Lestrade, Milan (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • Toi dedans, moi devant : Le ventre de maman, illustration d’un texte de Jo Witek, De la martinière Jeunesse (2011), que nous avons chroniqué ici.

Le site de Christine Roussey : http://www.christineroussey.com.

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