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Raphaële Frier

Les invité·e·s du mercredi : Anne-Claire Lévêque et Raphaële Frier

Par 1 mai 2019 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, c’est l’autrice Anne-Claire Lévêque que nous avons la chance de recevoir. Avec elle nous revenons sur son parcours et son travail. Ensuite, c’est l’autrice Raphaëlle Frier, qui nous livre ses coups de cœur et coups de gueule. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Anne-Claire Lévêque

Parlez-nous de votre parcours
J’ai grandi au milieu des livres… qui étaient partout chez mes parents ! Et le premier livre que j’ai « écrit » m’a valu une sacrée engueulade puisque j’avais naturellement choisi un « beau-livre » de photos, pour son grand format, son papier doux sous mes feutres et dont j’avais intégralement recouvert le texte imprimé de ma propre écriture illisible mais qui racontait une super histoire ! Bon… Par la suite, on m’a offert des grands cahiers, des petits carnets, du papier à lettres et j’ai pu m’en donner à cœur joie ! Bien plus tard, je suis entrée en école de journalisme avec l’envie d’interroger et d’écrire les histoires des autres. Et puis, j’ai enfin osé écrire un premier album qui est paru au Rouergue en 1998. Depuis, je mène une double vie !

J’aimerais que vous nous disiez quelques mots sur le très bel album que vous avez sorti à L’initiale il y a quelques mois, Mon ombre.
Mon ombre est un collage de « micro aventures géantes » vécues et juxtaposées comme dans un rêve, qui racontent tous les possibles d’un jeu à l’infini qui ne nécessite rien (sauf du soleil) et que tous les enfants expérimentent. Les illustrations de Sandra ont apporté du « liant » à mon texte et ajouté tout un pan d’imaginaire, qui en font un album que je trouve, moi aussi, très réussi !

Comment naissent vos histoires ?
De l’observation, d’un dialogue saisi au vol, d’un mot qui sonne, d’une scène dans la rue, d’un décor, d’un souvenir… Ces petits interrupteurs allument des idées de mini histoires que je note sur des bouts de papier et ça me rend joyeuse. Parfois cette étincelle suffit à me faire plaisir et c’est une histoire « à une place », parfois j’ai envie de la partager et d’embarquer les autres. Alors, je « sors de ma tête » et je bosse.

Vous faites aussi partie des autrices d’une collection qu’on adore, Je sais ce que je mange. Comment travaillez-vous sur ces documentaires ?
Comme pour un article journalistique. Je cherche de l’info auprès de sources fiables, je recoupe, j’interroge, j’accumule. Ensuite, je trie, j’élague en gardant toujours à l’esprit que mes lecteurs ont besoin de comprendre mais que ce que je leur raconte doit faire « sens » pour eux, sinon, c’est raté ! J’essaie d’être concrète mais drôle, rigoureuse mais légère… Un super exercice.

Cette collection est assez engagée écologiquement parlant, une préoccupation importante pour vous ?
Oui résolument… pour les pommes et les bananes, et d’une manière générale pour l’agriculture bio. Impossible de ne pas réagir à son échelle lorsqu’on se documente sur la question ! Pour le reste, comme beaucoup de gens, j’essaie de changer mes habitudes pas à pas.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente  ?
Hétéroclites mais passionnées ! J’adorais relire trois, quatre, dix fois un même livre qui m’avait plu. J’ai appris à lire avec Oui-Oui et j’étais insatiable. Je me souviens aussi vers 8 ans d’une collection géniale de chez Nathan (qui s’appelait encore Fernand) « La bibliothèque internationale », ces romans traduits de tous les pays du monde m’ont beaucoup marquée. Un peu plus tard : « Les quatre filles du docteur March », « Les trois mousquetaires », « Mon bel oranger » de J. Vasconcelos, Michel Grimaud… Nicole Claveloux dans Okapi avec l’insupportable Grabote et le lion Léonidas et les BD : « Philémon » de Fred, Gotlieb évidemment, Bretécher… Je piochais dans les bibliothèques de la maison et je découvrais au pif ! Je suis passée assez vite aux livres pour adultes car il n’existait pas vraiment de littérature ado…

Quelques mots sur vos prochains ouvrages ?
Un livre docu pour Les éditions du Ricochet. Trois histoires en chantier, dont un album pour L’Initiale pour parler de l’amitié… qui me tient à cœur !

Bibliographie sélective :

  • Tous à la danse !, roman illustré par Mary-Gaël Tramon, Belin (2019).
  • Dix à table, roman illustré par Mioz, Belin (2019).
  • Mon ombre, album illustré par Sandra Desmazières L’initiale (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Les bananes, album illustré par Nicolas Gouny Les éditions du Ricochet (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Les Pommes, album illustré par Nicolas Gouny, Les Éditions du Ricochet (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Qui porte le chapeau ?, album illustré par Caroline Dalla, L’initiale (2014).
  • Cœur élastique, album illustré par Arianna Tamburini, Les Éditions du Ricochet (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • La pluie et le beau temps, album illustré par Jérôme Peyrat, Les éditions du Ricochet (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Le p’tit déjeuner, album illustré par d’Amélie Falière, Les éditions du Ricochet (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Où est passé mon cœur ?, album illustré par Sandra Desmazières, Le Baron Perché (2006).


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Raphaële Frier

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur·trice, illustrateur·trice, éditeur·trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché·e, ému·e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il·elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé·e. Cette semaine, c’est Raphaële Frier qui nous livre ses coups de cœur et ses coups de gueule.

Je préfère commencer par le coup de gueule.
Allons-y par à-coups :

Il y a ce coup de poing que j’ai ressenti à l’écoute de ce milliard d’euros récolté en quelques jours pour sauver une cathédrale, si belle et grandiose soit-elle. Il y aurait assez d’argent pour la reconstruire deux fois ! Et pendant ce temps, tant de vies échouées, d’enfants, de femmes et d’hommes perdus, dans la rue, dans la mer, et dans l’indifférence.
Je ne comprends pas. Il n’y a pas eu un seul mort, ni même un seul blessé le 15 avril dernier, lors de l’incendie de Notre-Dame. Et puis, Notre-Dame n’est pas morte, notre siècle y laissera sa trace, comme d’autres avant lui.
Rappelez-vous, des immeubles se sont effondrés en novembre 2018 à Marseille. Huit personnes ont péri, dont une étudiante, qui avait l’âge de mes filles. Et combien ont rejoint le rang des mal-logés suite à cette catastrophe ? Où étaient, où sont les grands donateurs milliardaires touchés par ce drame ?
Bien sûr, notre rapport au passé est important. Mais je m’interroge quant à notre rapport au présent et à l’avenir.

Il y a ce coup de trop de notre ministre de l’Intérieur accusant il y a peu les ONG présentes en Méditerranée de complicité avec les passeurs ! Et ce coup au cœur que j’ai pris devant l’affiche publicitaire d’une certaine compagnie maritime qui propose à ses clients « La traversée que vous méritez », pendant que, chaque jour, d’autres non-méritants tentent la traversée et meurent en Méditerranée.
Et bien sûr, les villes se frottent les mains face aux retombées économiques des croisières. Et si on parlait de leur empreinte désastreuse sur l’atmosphère ? À Marseille par exemple, avec le développement du trafic des bateaux de grandes croisières, de véritables mini-villes flottantes peuvent rester plusieurs jours à quai tout en continuant à faire tourner leurs moteurs pour s’alimenter en électricité. Or, les carburants marins sont surtout constitués de fioul lourd (très épais, très peu cher, très polluant). Selon France Nature Environnement, un gros paquebot pollue autant qu’un million de véhicules. Vous imaginez l’effet des émissions des bateaux sur la santé et le climat… Et pourtant, le secteur aérien et le secteur maritime bénéficient de l’exonération fiscale sur le kérosène, ainsi que sur le fioul. Est-ce normal ?
Permettez-moi encore ce coup de blues que m’inspire la réforme des retraites et ce qu’elle va impliquer pour les auteurs, les artistes. Les revenus des auteurs sont déjà peau de chagrin. Que restera-t-il de la création dans quelques années ?

Bien sûr, d’autres coups de gueule me brûlent la gorge mais je ne veux pas qu’ils prennent trop de place sur ce papier.

Car heureusement, j’ai aussi des coups de cœur à partager :

D’abord, en photo, une « chaise haute » dans les Cévennes. Elle a fait écho à mon album Les chaises (Le port a jauni).

Je pense aussi à ces crocus aperçus mi-avril, perçant la couche d’herbes jaunies et couchées par la neige, dans le massif du Mézenc.

Je pense à cette jeune fille rencontrée en IME, à l’occasion d’un atelier d’écriture. Elle m’a tellement émue après que je lui ai demandé de m’énoncer ce qu’on pouvait trouver en forêt. Ma question est d’abord restée sans réponse. Alors j’ai insisté. C’était facile, elle pouvait déjà juste me parler des arbres. Mais elle a encore laissé passer un long silence, puis elle m’a dit : « des rêves ? ».

Je pense à nombre de mes lectures. Celle du moment par exemple : La Désorientale, de Negar Djavadi. Et Journal d’une fille chien, de Laura Jaffé.

Je pense à de nombreux originaux d’albums que j’ai la chance d’approcher régulièrement. Comme par exemple ceux de l’album La montagne (peintures sur bois de Manuel Marsol) ou ceux de la BD Portugal (de Cyril Pedrosa), vus début avril à « BD à Bastia ». Et tant d’autres !

Je pense aux belles rencontres et aventures qui m’ont régalée en festival ces derniers temps, ou à celles qui s’annoncent.

Je pense à ce colis rempli d’oranges que j’ai reçu la semaine dernière par la poste. Elles étaient délicieuses et venaient du jardin d’un ami après sa lecture de mon album « Bienvenue ».

Et puis, j’allais oublier… Je pense à ces moments magiques des lectures musicales autour du Tracas de Blaise par exemple. C’est nouveau pour moi, et j’adore ça !

Enfin, il y a eu ce gros coup de cœur pour le SLPJ de Montreuil dernier où Julien Martinière et moi avons eu l’immense joie de recevoir la pépite d’or pour notre album Le Tracas de Blaise. L’atelier du poisson soluble avait eu la bonne idée et fait le pari de le publier fin 2017.

Ça fait beaucoup de coups de cœur, et encore, je ne les confie pas tous, la liste serait trop longue ! Je veux dire Merci en tout cas à ceux qui m’ont réchauffé le cœur ces derniers temps. Et ils sont nombreux !

Raphaële Frier est autrice.

Bibliographie sélective :

  • Cache-cache Cocotte, album illustré par Nathalie Desforges, Bayard (2019).
  • Bienvenue, album illustré par Laurent Corvaisier, À pas de loups (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Mon chien, papa et moi, album illustré par Marc Daniau, À pas de loups (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Les chaises, album illustré par Clothilde Staes, Le Port à Jauni (2018).
  • C’est notre secret, roman, Thierry Magnier (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Tracas de Blaise, album illustré par Julien Martinière, L’Atelier du poisson soluble (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Malala pour le droit des filles à l’éducation, album illustré par Aurélia Fronty, Rue du Monde (2015).
  • Mauvais fils, roman Talents Hauts (2015).
  • Mon cher Van Gogh, roman, Bulles de Savon (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Je vous présente Gaston !, album illustré par Claire Franek, L’Edune (2012), que nous avons chroniqué ici.
  • La recette de Moi, album illustré par Audrey Pannuti, Naïve (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Angèle et le cerisier, album illustré par Térésa Lima, l’Atelier du poisson soluble (2011), que nous avons chroniqué ici.

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Deux albums poétiques et sensibles…

Par 26 février 2019 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose deux belles découvertes : le très poétique Stína de Lani Yamamoto qui nous conte l’histoire d’une jeune fille qui avait peur du froid et puis on fait la connaissance de Bienvenue une grande maison abandonnée qui recèle des secrets…

Stina
de Lani Yamamoto (traduit par Corinne Verdan-Moser)
Helvetiq
14 €, 203×268 mm, 46 pages, imprimé en Suisse, 2018.
Bienvenue
Texte de Raphaële Frier, illustré par Laurent Corvaisier
À pas de loups
16,50 €, 275×220 mm, 36 pages, imprimé à Bruxelles, 2018.

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Plus que des animaux

Par 2 octobre 2018 Cinéma et DVD, Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose deux albums avec de drôles d’animaux et un film qui sort en salle demain.

Mon chien, papa et moi
Texte de Raphaële Frier, illustré par Marc Daniau
À pas de loups
14 €, 160×200 mm, 40 pages, imprimé en Belgique, 2018.
Mon bison
de Gaya Wisniewski
MeMo dans la collection Les albums
15 €, 190×269 mm, 36 pages, imprimé en Europe chez un imprimeur éco-responsable, 2018.
Nico & Patou
de Mariko Härkönen et Ismo Virtanen
42 min.

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Les invité·e·s du mercredi : Thomas Gerbeaux et Raphaële Frier

Par 5 septembre 2018 Les invités du mercredi

Une nouvelle saison commence à La mare aux mots, et pour la débuter j’avais envie de mettre en avant deux très beaux romans que j’ai lus ces derniers mois. J’ai donc posé quelques questions à l’auteur du très bon L’incroyable histoire du mouton qui sauva une école, Thomas Gerbeaux puis j’ai proposé à Raphaële Frier de nous parler du très beau C’est notre secret. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Thomas Gerbeaux

Comment est née l’histoire de L’incroyable histoire du mouton qui sauva une école ?
J’étais au restaurant, à Los Angeles. En attendant un ami, je regardais la presse française sur mon téléphone et je suis tombé sur un petit article qui parlait de ce mouton inscrit dans une école de Saint-Nazaire, pour sauver une classe de la fermeture. Immédiatement, j’ai eu envie de raconter l’histoire de cette histoire, tellement drôle et absurde. Le titre s’est tout de suite imposé et je me suis demandé ce que pourrait être « l’incroyable histoire du mouton qui sauva une école »… l’adjectif incroyable permettant toutes les libertés, évidemment.

Est-ce que vous qualifieriez votre roman de militant ?
Est-ce que ce roman prend le parti des écoliers ? Oui. Mais le terme militant est fort et je ne crois pas que ça soit le rôle d’un livre pour les enfants ou les jeunes ados. Maintenant, une fois qu’un livre est publié, il n’appartient plus à son auteur. L’auteur raconte une histoire ; le lecteur est libre d’y voir le message qu’il souhaite.

L’histoire « vraie » qui vous a inspiré s’est déroulée à Saint-Nazaire, pourquoi avoir placé la vôtre sur une île ?
Situer l’histoire sur une île permet de créer un huis clos, un monde fermé où les personnages sont obligés de se rencontrer, de se débrouiller entre eux… Cela dit, le vrai mouton de Saint-Nazaire était un mouton de l’île d’Ouessant, une race de très beaux moutons couleur chocolat, et l’Île aux Moutons existe vraiment. Pauline et moi y avons souvent été lorsque nous avions l’âge de Jeanne, la petite fille du roman.

Je crois que vous connaissiez l’illustratrice du roman, Pauline Kerleroux, de longue date. Comment s’est passée votre collaboration ?
Pauline et moi sommes des amis d’enfance. Les illustrations sont nées en même temps que le texte et, même s’il ne s’agit pas d’un album, les mots et les images sont imbriqués, comme dans le Petit Nicolas. Les couleurs et le style des illustrations sont inspirés par la Bretagne : le bleu de l’océan, le orange des bouées de secours… Pauline est née à Quimper, elle est naturellement influencée par les peintres et céramistes locaux. La force des illustrations vient aussi, je crois, du mélange entre le trait un peu rétro et les couleurs très fortes.

Parlez-nous de votre parcours.
Le Mouton est mon premier roman. Jusqu’ici, je m’exerçais en écrivant des histoires et des textes pour la publicité. Pauline travaille aussi pour la pub. Sous le nom de Polinko, elle a créé les assiettes Service de Famille, qui invitent les enfants à jouer avec la nourriture en complétant des portraits à moitié dessinés !

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Roald Dahl évidemment. Maurice Sendak. Chez les Français, Le Petit Nicolas, Raymond Queneau, Jacques Prévert… des auteurs qui parlent autant aux futurs adultes qu’aux anciens enfants.

C’est votre premier roman jeunesse, êtes-vous déjà sur l’écriture du prochain ?
Oui. Toujours une histoire de l’Île aux Moutons et toujours avec Pauline.

Bibliographie :

  • L’incroyable histoire du mouton qui sauva une école, roman illustré par Pauline Kerleroux, La joie de Lire (2018), que nous avons chroniqué ici.


Parlez-moi de… C’est notre secret

Régulièrement, on revient sur un livre qu’on a aimé avec son auteur·trice, son illustrateur·trice et/ou son éditeur·trice. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un livre qui nous a interpellés. Cette fois-ci, c’est sur C’est notre secret, que nous revenons avec son autrice (Raphaële Frier). L’éditrice n’a malheureusement pas pu nous répondre.

Raphaële Frier (autrice) :
Cette histoire m’est venue après un court séjour loin de chez moi, où j’ai vécu d’étranges rencontres, de curieux instants, comme si j’étais dans un rêve où des lieux et des personnages insolites, parfois effrayants, m’interpelaient.
J’y ai croisé un maître d’hôtel obséquieux dont l’établissement douteux regorgeait d’immondes objets de décoration (comme cette sorte de tombeau orné de fleurs en plastique qui trônait dans la salle du petit déjeuner), une femme dans une posture laissant penser qu’elle allaitait son chien à la terrasse d’un café, la photo terrifiante d’un prêtre accusateur sur une immense silhouette cartonnée disposée dans l’église, une boutique de toilettage pour chiens d’un autre temps, la vitrine étonnamment fournie d’un magasin d’armes… Bref, cette succession d’épisodes inquiétants aurait dû m’encourager à prendre mes jambes à mon cou. Or… si rien de tout cela ne me donnait envie de rester, j’en garde pourtant un très bon souvenir car j’ai aussi et surtout, lors de ce séjour, rencontré de très belles personnes. Et c’est cette idée que j’ai eu envie de partager avec mes lecteurs : quoi qu’il advienne, ce sont les belles rencontres qui font que la vie vaut le détour, où que l’on se trouve. Partagez vos frissons et vos déboires en toute fébrilité, et vous êtes certain·e de prendre des fous rires, de vous lancer dans des confidences, de vous rapprocher de vos compagnons de route. Prendre une saucée en plein bivouac, dormir dans une grange infestée de puces, réparer un pneu de vélo sur un chemin désert avec un kit de rustines périmées, faire tomber sa chaussure dans un torrent, etc, etc. sont des galères que l’on n’aimerait pas vivre seul·e. À deux (ou plus), elles font partie de l’aventure et les désagréments partagés sont parfois le moteur d’une alchimie imprévisible. Toutes les rencontres ne sont pas magiques. Certaines seulement laissent perplexe, et c’est comme si l’on était alors témoin d’une valeur ajoutée, quelque chose de précieux qui n’existait pas avant et que l’on se sent heureux et chanceux de vivre. On dirait que je parle d’écriture, là ! Les embuches, les difficultés, les grains de sable ou les gros cailloux, tout cela fait partie de la vie, mais aussi de l’écriture. On peut avoir réussi un très bon texte après avoir surmonté, dans l’écriture, quantité d’obstacles plus ou moins prévus. Ce que l’on retiendra au final, c’est la joie que l’on a ressentie en avançant malgré tout, et la ligne d’arrivée qui vous dit : tu as réussi, tu es allé·e au bout, tu n’es plus la même (la fameuse valeur ajoutée !)

Dans cette histoire, j’ai pris le parti de ne pas déterminer le sexe du narrateur.  Tout en l’écrivant, j’ai compris que ce serait au lecteur d’en décider (ou pas !). Je n’ai pas voulu me positionner, afin que tous les lecteurs puissent se reconnaître dans cette histoire d’amour entre deux enfants. Lorsque je rencontre des classes qui ont lu ce livre, on me pose toujours la question : « Alors, est-ce que c’est un garçon ou une fille ? »
Je réponds que je n’en sais rien. Que c’est aux lecteurs de choisir.
« - Mais Jeanette est une fille, commence l’un d’eux. Donc le narrateur est forcément un garçon ! »
– Non, répond un autre, ça se peut aussi que ce soit une fille qui tombe amoureuse d’une autre fille.
– Hein ?! C’est bizarre !
– Ben moi je pense que c’est une fille, je pourrais pas dire pourquoi mais c’est ce que j’imaginais.
– Pas moi. Pour moi c’est un garçon.
Etc, etc. Le débat est lancé. Alors je souris, comme chaque fois que je vois mes lecteurs s’interroger et débattre à propos de mes histoires. Mon texte ferait réfléchir ? En voilà, un joli compliment !

Quant à ce qui se passe dans la grange obscure ? Cela aussi reste un secret et là encore je compte sur l’imagination du lecteur pour trouver une réponse.
Car il y a quantité de versions possibles de C’est notre secret !

Un grand merci la mare aux mots, merci Gabriel !


C’est notre secret

de Raphaële Frier
Sorti chez Thierry Magnier (2018).
Retrouvez notre chronique ici.

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Des livres jeunesse LGBTQ+ [CHRONIQUE EN ACCÈS LIBRE]

Par 29 juin 2018 Livres Jeunesse

Demain, à Paris, aura lieu la marche des fiertés, l’occasion une nouvelle fois pour nous de mettre un coup de projecteur sur des livres qui mettent en avant des personnages homosexuels (que ça soit les héro·ïne·s des histoires ou leurs parents), bisexuels ou transgenres. Pour rappel, nous avons déjà fait deux chroniques sur le sujet ici et , nous avons un tableau pinterest regroupant les livres chroniqués et nous préparons un dossier très complet… mais en attendant ce dossier voici donc quelques livres avec des personnages LGBTQ+ ! Pour cette chronique, exceptionnellement, je serai parfois obligé de vous révéler la fin, car c’est parfois dans les dénouements que l’on comprend le rapport avec le thème de la chronique… j’espère que vous ne m’en voudrez pas !

Des albums…

Camille aime Baptiste. Avant Baptiste, d’autres ont fait battre son cœur, mais aujourd’hui c’est Baptiste et ça, ça change tout ! Camille pense à lui sans arrêt, lui écrit des poèmes et rougit en les lui donnant… ce qui fait aussi rougir Baptiste… car Baptiste aussi aime Camille. Au fait, Camille est un garçon, et alors, qu’est-ce que ça change ?
Très beau texte d’une autrice dont on aime beaucoup la plume, Cathy Ytak. Un texte extrêmement délicat, poétique, sensible. Et les illustrations de Daniela Tieni l’accompagnent à merveille. L’autrice joue avec la surprise (nos visions hétérocentrées penseront d’abord que Camille est une fille). On est loin ici des clichés et, contrairement à la plupart des livres sur le sujet, rien n’arrive de négatif aux deux héros de l’histoire. À noter que ici, et c’est tellement exceptionnel qu’il faut le signaler, on parle de bisexualité car les héros ont aussi été amoureux de filles.
Un très bel album sur deux garçons qui sont amoureux, avec un texte très poétique et des illustrations qui le sont tout autant.

TA TAAA !!! AVIS À LA POPULATION ! C’est le grand jour, aujourd’hui le prince Jean-Georges doit se marier, son père, le roi Grobull, l’a décidé ! Toutes les vaches du pays sont invitées à se présenter, afin que le prince choisisse son élue. Mais aucune ne lui plaît… Ce n’est pas grave, le roi convoque les truies, après tout il ne veut qu’une chose que son fils soit HEU-REUX ! Le prince sait avec qui il veut se marier… mais comment le dire à son père… Pourtant si celui-ci veut à ce point qu’il soit heureux, il devrait accepter…
Beaucoup d’humour et de magnifiques illustrations en volume (la marque de fabrique de Christian Voltz) dans cet album où le prince se mariera finalement avec son ami le bélier. Ici non plus il n’est pas question de harcèlement, d’amours tristes… mais juste d’oser le dire à son père (qui finalement ne le prendra pas si mal, le tout c’est que son fils soit heureux, non ?)
Un album plein d’humour, avec un texte dont la lecture à voix haute est un régal, pour rappeler que dans la vie, le plus important c’est d’être HEU-REUX !


À noter aussi la réédition (avec quelques micro-changements et un format plus petit) de BOUM BOUM et autres petits et GRANDS bruits de la vie de Catherine Latteux et Mam’zelle Roüge aux éditions Pourpenser. On avait chroniqué ici ce joli album (à l’époque où il est sorti chez Frimousse) où l’on croise un jeune garçon amoureux d’un autre jeune garçon.

Des BD…

Dans la vie de Bichon, il y a un nouvel instituteur (le fameux remplaçant super beau de l’année dernière), sa copine Agnès (qui cache un secret) et toujours le beau Jean-Marc (qui vit quelques moments pas très drôles), mais en ce moment y’a plus trop sa grande amie Myriam (qui n’a plus le droit de jouer avec Bichon, sa mère le lui interdit). Ce qui préoccupe notre jeune héros, c’est les lettres d’amour qu’il vient de recevoir. Qui est amoureux·euse de lui ? Et quels sont les secrets qui semblent ronger tout son entourage ?
Quel bonheur toujours de retrouver Bichon, le fan de princesse Ploum qui craque sur le beau Jean-Marc. David Gilson a créé un héros gay qui plaît énormément aux enfants ! Ses aventures sont pleines d’humour (et d’amour). Dans cet album, on parle comme toujours des stéréotypes de genre, mais ici on parle beaucoup des choses que l’on cache alors qu’on devrait tout simplement vivre en étant soi-même. La toute dernière planche nous fait un peu peur… Est-ce le dernier tome ? On n’espère pas !
Une BD pleine d’humour avec un jeune héros gay.

Végétaline est une princesse qui vit en haut d’une grande tour et souffre d’une maladie étrange. Codette a fui son pays en guerre avec ses parents. Lors d’une soirée chez Végétaline (où celle-ci est alitée comme d’habitude) et suite à un pari, Codette s’introduit dans la chambre de Végétaline pour l’embrasser… Sauf que ce baiser va déclencher chez les jeunes filles des choses auxquelles elles ne s’attendaient pas…
Bienvenue dans l’univers barré de Lisa Mandel, ici l’on croise des animaux transgéniques, des inventeurs fous qui aiment visiblement se déguiser en Bioman, des filles possédées par d’étranges phénomènes… Et au milieu de tout ça, une belle histoire d’amour entre deux filles. Ici, ça fait partie de l’histoire, personne ne s’étonne ou se choque de l’amour des deux filles… et ça fait du bien !
Une super BD avec des héroïnes amoureuses.

Un beau jour, Yaichi voit débarquer le mari de son frère, mort quelque temps plus tôt. Pour ce Japonais qui élève seul sa fille, l’arrivée que cet homosexuel canadien n’est pas une chose qui le réjouit, ses premières paroles sont d’ailleurs assez violentes. Pourtant très vite, entre les deux hommes les relations vont se pacifier, notamment grâce à la petite Kana et sa naïveté d’enfant.
Le mari de mon frère est un manga (qui se lit dans le sens japonais) mettant donc en scène un homme plutôt homophobe et le mari de son frère. Le héros de l’histoire va s’interroger au contact de son beau-frère sur sa vision des homosexuels et se rendre compte que certaines idées reçues sont idiotes. On parle aussi du deuil (d’autant plus difficile pour le jeune veuf, car son beau frère est le frère jumeau de son ancien mari et la ressemblance le trouble énormément). Le manga est entrecoupé de deux « petits cours de culture gay » plutôt amusants. À noter que l’auteur est artiste érotique gay et ça se sent dans la façon dont il dessine les corps masculins (mais rassurez-vous si certain·e·s prendront du plaisir à voir ces corps sublimés, les plus jeunes enfants ne verront rien d’érotique dans ces planches).
La cohabitation difficile (dans un premier temps), entre un Japonais pas très homophile, son beau-frère homosexuel et une petite fille pleine de vie.

Des romans pour les plus jeunes…

Il y a un nouveau à l’école, il s’appelle Camille. Les moqueries commencent déjà dès l’annonce de son prénom « Camille c’est un prénom de fille ! », mais le jeune garçon ne se vexe pas, il explique calmement que ça fonctionne pour les deux genres. Si Camille ne s’énerve jamais, c’est qu’il a une règle d’or : ne pas faire à autrui ce que l’on ne veut pas qu’on nous fasse. Mais pour certains de l’école, c’est encore un sujet de moquerie voire pire…
Camille a un secret que l’on découvrira à la fin du roman, il vit avec ses deux pères. On pourra peut-être regretter que l’explication de l’étrangeté de l’enfant soit qu’il soit élevé par deux hommes (même si au final, Camille est un enfant bien plus philosophe et plus réfléchi que ses camarades), mais voilà là un très beau petit roman accessible vraiment aux lecteurs et lectrices débutant·e·s (sur ce sujet, ce n’est pas si fréquent). On parle donc ici d’homoparentalité, mais aussi de tolérance, de harcèlement scolaire, d’entraide, des secrets entre ami·e·…
Un petit roman très bien écrit sur un jeune garçon qui grandit dans une famille homoparentale et sur les regards extérieurs sur cette famille-là.

L'amoureux de papa Son père et sa mère sont séparé·e·s, mais l’entente entre les deux est bonne. Donc tout se passe bien pour Amandine, mais un jour son père a une annonce à lui faire, il veut lui présenter quelqu’un qui compte beaucoup pour lui. Mais quand Amandine voit arriver son instituteur et que son père lui annonce que c’est son amoureux, son monde bascule.
Là aussi un petit regret (disons-le d’emblée pour passer vite à autre chose et ne pas se focaliser dessus), la mère parle de l’homosexualité de son ex-compagnon alors qu’il aurait peut-être été plus judicieux de parler ici de bisexualité (sexualité désespérément oubliée dans la littérature jeunesse où les choses doivent être ou noires ou blanches, visiblement), mais là encore c’est un joli petit roman, parfait pour les jeunes lecteurs et lectrices (texte court, simple, richement illustré). Ce qui est intéressant ici, en dehors du fait que là encore ça s’adresse aux plus jeunes et que ce n’est pas si courant, c’est le rejet de l’héroïne, les choses ne peuvent pas se passer ainsi, ce qui rend l’histoire totalement réaliste (pas d’angélisme). Le nouveau couple va vivre des moments difficiles, jusqu’à décider de rompre par amour pour la petite fille (mais rassurez-vous, les choses ne se finiront pas aussi mal).
Un roman qui sonne juste sur une petite fille pas contente que le nouvel amoureux de son père soit un garçon, qui plus est son instituteur !

Il a eu 16 ans et il écrit à son père. Il lui écrit qu’il est heureux qu’il y ait Ludovic dans sa vie, Ludovic qui a été là dès la mort de sa mère, à s’occuper de lui, comme un père, justement. Alors aujourd’hui il écrit à son père pour lui dire qu’il faut stopper les mensonges, qu’il sait que Ludovic et lui s’aiment, mais qu’il faut qu’ils le fassent au grand jour, qu’ils doivent se marier maintenant que cela est possible !
C’est une belle déclaration d’amour qu’on trouve dans Mariez-vous ! d’Alain Germain en quatre lettres (deux à son père, une à Ludovic et la dernière à son amoureuse à lui). Une déclaration d’amour d’un fils à son père et à l’homme qui, dans l’ombre, était l’amoureux de son père et s’est occupé de lui. Une invitation à vivre un amour au grand jour, à ne plus vivre caché. En fin d’ouvrage, on trouvera le texte de la loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe.
Un roman court, mais fort, avec quatre belles lettres d’amour. Un bel hommage aux familles homoparentales.

Son oncle Mika il l’aime tellement. Toujours le mot pour rire, toujours attentif, attentionné. Alors Jérémie, sept ans, ne comprend pas pourquoi d’un coup il est sorti de sa vie, pourquoi il ne le voit plus. Il a bien surpris des paroles entre ses parents et ses grands-parents. Mais il ne les comprend pas. Que s’est-il passé ? Est-il mort ?
Gwladys Constant propose un très beau roman sur l’intolérance. Car ici l’oncle Mika a été rayé de la famille (avec interdiction de revoir son neveu) parce qu’il est homosexuel. Le texte est très joliment écrit et l’on se met à la place de cet enfant qui ne comprend pas, dans un premier temps, où est passé son oncle, et dans un second temps ce qu’il y a de mal à aimer les garçons… Rassurez-vous, il y aura quelqu’un qui saura apporter du bonheur à l’enfant (mais qui, comme dans la vraie vie, ne fera pas de miracles, la famille restera aussi bête et homophobe, malheureusement).
Un très joli roman, très bien écrit, sur la bêtise de l’homophobie dans une famille.

C’était en colonie de vacances, une fille avait fait battre son cœur. Il y avait eu les nuits où les duvets se rapprochaient, les confidences, la petite flamme dans les yeux devant la scène de baiser au cinéma. Et il y avait eu la dernière nuit de la colo, mais ça, c’est un secret…
Fallait-il mettre C’est notre secret dans cette chronique thématique, c’est un débat et je vous laisserai juger ! Car ici il n’est pas dit que la personne qui nous raconte cette histoire est une fille… mais il ne nous est pas dit que c’est un garçon non plus ! Raphaële Frier, en plus d’avoir une très belle plume, est très maline. Elle a écrit tout ce roman dans lequel on ne connaîtra jamais le genre du héros ou de l’héroïne. On pourra donc s’imaginer qu’il s’agit là d’une petite fille amoureuse d’une autre petite fille… moi c’est en tout cas ce que j’y ai vu.
Un très très beau petit roman, où l’on pourra voir une histoire d’amour entre deux filles… ou pas !

Des romans pour les plus grands…

Nous sommes en août 1947, le jeune Harvey Milk, 17 ans, vient de se faire arrêter par la police alors qu’il était juste en train de lire en bronzant dans un parc. Les rafles d’homosexuels sont de plus en plus fréquentes et Harvey a peur qu’on prévienne sa famille, sa mère ne sait pas que son fils aime les garçons. Quelques années plus tard, il deviendra pourtant l’un des plus célèbres défenseurs des droits des homosexuel·le·s, incitant ses semblables à annoncer leur homosexualité partout afin de faire avancer les choses.
Sorti dans la très bonne collection Ceux qui ont dit non, Harvey Milk, non à l’homophobie est bâti comme un roman. On rencontre ici cet homme, incarné au cinéma par Sean Penn dans le très beau film de Gus Van Sant, de sa jeunesse à sa mort (rappelons qu’il a été assassiné froidement par un homophobe). Le livre est un beau rappel des luttes passées et de celles qui sont encore à venir, d’ailleurs après l’histoire, l’ouvrage nous propose neuf pages sur l’homophobie, les victimes homosexuelles des camps nazis, les combats en France…
Un très beau roman pour rappeler qui était Harvey Milk ou pour rappeler combien la lutte contre l’homophobie reste une chose importante aujourd’hui.

Cent fois on le lui a dit. Cent fois. Qu’un garçon ne doit pas pleurer, qu’un garçon doit se battre pour se défendre, utiliser ses poings. Pourtant il n’y arrive pas. Il continue de pleurer quand on le frappe et ne réplique pas. Il encaisse. Il encaisse les « sale pédé », les autres qui tentent des records de side-kiks sur lui, la terre qu’on lui fait manger et les regards de son père qui font mal.
Une claque, voilà ce qu’est À copier 100 fois, une claque. Un roman court qui se lit d’une traite et dont on sort totalement secoué·e. Un roman extrêmement fort, écrit par une très belle plume (j’avoue que je n’avais jamais rien lu d’Antoine Dole avant ce roman), qui nous fait un nœud dans l’estomac. La relation entre le père et le fils, le harcèlement extrêmement violent dont est victime le jeune héros de 13 ans, ici tout fait mal. Voilà un livre qu’on devrait faire lire en classe…
Il paraît que les garçons ne doivent pas pleurer, je peux vous dire que moi j’ai versé des larmes en refermant celui-ci.

Nina a 15 ans, l’âge où les vacances avec les parents peuvent être de vraies galères… mais on n’a pas le choix. Pour Nina, ce voyage à Barcelone c’est quand même l’occasion de revoir le beau Jesus, un garçon qu’elle a embrassé sur la bouche la dernière fois qu’il et elle se sont vu·e·s… Mais les choses ne se passent pas comme prévu, Jesus est venu avec sa cousine et est plutôt distant, et Nina trouve un sac qui va lui faire faire de belles rencontres, de celles qui changent une vie.
C’est un très joli roman que nous propose Hélène Couturier aux éditions Syros. On y parle de la relation entre une mère et sa fille, entre une ado et sa petite sœur (un peu trop parfaite), des histoires d’amour des parents, des amours de vacances, mais aussi de transidentité. Car on trouvera ici un personnage transgenre que je trouve particulièrement intéressant (bien que le passage sur l’explication de la transidentité me semble un peu didactique). Toutefois, je trouvais intéressant de demander à quelqu’un qui, contrairement à moi, connait bien le sujet de la transidentité, d’avoir son regard sur ce roman. J’ai donc demandé à R (@libre__R sur twitter) son avis, le voici : « J’ai commencé à lire en ayant hâte de rencontrer ce personnage trans que je savais présent dans ce livre. J’ai donc vite déchanté en comprenant où menait l’intrigue : la transidentité comme révélation type « plot twist » vers la fin du roman. Ce personnage est un outil scénaristique pour les protagonistes, et il en devient inaccessible et peu crédible (surtout les propos et dialogues de personnages censés « savoir mieux »). Les questionnements et la réflexion de l’héroïne vont de naïfs à très pertinents, ce qui est cool ! Mais du coup c’était très étrange (et blessant) de voir que le personnage était mégenré jusqu’au bout. » Personnellement, j’ajouterai quand même que d’introduire un personnage transgenre dans ce genre de roman très grand public ne peut pas faire de mal et peut-être renseigner des gens qui connaissent peu le sujet (et on le sait, les haines viennent souvent du fait de ne pas connaître).
Un roman intéressant avec un personnage transgenre, mais qui décevra peut-être ceux et celles qui le liront en voulant lire un roman sur la transidentité.

Simon a 16 ans, il est homosexuel, mais personne ne le sait. Enfin, il y a Blue… Blue c’est un garçon de son lycée, mais il ne sait pas qui il est, ils échangent par mail suite à un message sur le blog du lycée. Et, même s’il ne connaît pas sa vraie identité, Simon craque sur Blue. Mais un jour, un camarade de Simon vient le voir pour lui dire qu’il a lu les mails…
Coup de cœur pour ce roman qui pourtant n’est pas de la grande littérature (on est proche de la lecture de plage, disons les choses), mais ici le suspense est très fort (mais qui est Blue ???), c’est bourré de scènes qui font du bien, c’est drôle, émouvant… Et puis, je dois l’avouer, j’ai versé quelques larmes au moment de la rencontre entre nos deux héros… C’est un roman que je n’arrivais pas à fermer (vous connaissez, le genre qu’on continue sur la route en sortant du métro pour en profiter encore quelques minutes) et j’ai été triste de quitter les héros… mais j’ai appris depuis l’existence d’une suite (Leah à contretemps) et je me réjouis d’avance de retrouver Simon. À noter que le livre sorti tout d’abord sous le joli titre Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens s’appelle désormais Love, Simon… comme l’adaptation qui vient de sortir au cinéma et que la jolie couverture a laissé place à l’affiche du film (ah les lois du marketing…).
Un roman extrêmement charmant, qui parle du coming out, des émois amoureux et de la découverte des codes du milieu homosexuel.

Ça change tout !
Texte de Cathy Ytak, illustré par Daniela Tieni
L’atelier du poisson soluble
16 €, 200×263 mm, 32 pages, imprimé en Espagne chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
HEU-REUX !
de Christian Voltz
Rouergue
13,50 €, 230×210 mm, 40 pages, imprimé au Portugal, 2016.
BOUM BOUM et autres petits et GRANDS bruits de la vie
Texte de Catherine Latteux, illustré par Mam’zelle Roüge
Pourpenser
10,50 €, 160×240 mm, 32 pages, imprimé en France, 2018.
Bichon – T3 – L’année des secrets
de David Gilson
Glénat dans la collection Tchô ! La collec
10,50 €, 215×295 mm, 48 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
Princesse aime princesse
de Lisa Mandel
Gallimard dans la collection Bayou
16,75 €, 175×245 mm, 124 pages, imprimé en Espagne, 2008.
Le mari de mon frère – T1
de Gengorah Tagame (traduit par Bruno Pham)
Éditions Akata dans la collection L
7,95 €, 130×180 mm, 180 pages, imprimé en Italie, 2016.
La règle d’or
d’Isabelle Minière
Éditions du Jasmin
8 €, 130×190 mm, 64 pages, imprimé en France, 2013.
L’amoureux de papa
Texte d’Ingrid Chabbert, illustré par Lauranne Quentric
Kilowatt dans la collection Les kapoches
7,30 €, 140×180 mm, 41 pages, imprimé en U.E., 2017.
Mariez-vous !
d’Alain Germain
Oskar Éditeur dans la collection Court-Mé-trage
6 €, 115×170 mm, 49 pages, imprimé en Europe, 2013.
L’oncle Mika
de Gwladys Constant
Oskar Éditeur dans la collection Court-Mé-trage
6 €, 115×170 mm, 48 pages, imprimé en Europe, 2014.
C’est notre secret
de Raphaële Frier
Thierry Magnier dans la collection Petite poche
3,90 €, 105×150 mm, 48 pages, imprimé en République Tchèque, 2018.
Harvey Milk – Non à l’homophobie
de Safia Amor
Actes Sud Junior dans la collection Ceux qui ont dit non
8 €, 112×177 mm, 96 pages, imprimé en France, 2014.
À copier 100 fois
d’Antoine Dole
Sarbacane dans la collection Mini-romans
6 €, 110×175 mm, 56 pages, imprimé en Bulgarie, 2015.
Trans Barcelona Express
d’Hélène Couturier
Syros dans la collection Hors-Série
15,95 €, 150×220 mm, 224 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2018.
Love, Simon (ou Moi, Simon, 16 ans, Homo Sapiens)
de Becky Albertalli (traduit par Mathilde Tamae-Bouhon)
Hachette Roman
17 €, 135×215 mm, 320 pages, imprimé en Espagne chez un imprimeur éco-responsable, 2015.

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