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Sophie Adriansen

Les invité·e·s du mercredi : Delphine Monteil et Sophie Adriansen

Par 5 décembre 2018 Les invités du mercredi

À La mare aux mots, on aime les « petites » maisons d’édition, on aime les mettre en avant surtout quand elles font un beau travail. Aujourd’hui, c’est L’étagère du bas qu’on vous propose de découvrir… si vous ne la connaissez pas déjà ! Ensuite, c’est une autrice très talentueuse, Sophie Adriansen, qui nous livre ses coups de cœur et coups de gueule. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Delphine Monteil

Parlez-nous de votre parcours avant de créer L’étagère du bas.
Après un bac littéraire, j’ai fait des études de lettres modernes (Master 1) et beaucoup de stages chez des éditeurs de littérature générale où j’ai énormément appris. Au moment de se spécialiser, j’ai choisi le domaine de la correction en suivant une formation au Centre d’écriture et de communication puis j’ai été correctrice pendant cinq ans.

En 2016, vous avez créé votre maison d’édition, racontez-nous comment la maison est née.
Même si la correction est un métier passionnant, j’ai commencé à avoir vraiment envie d’aller vers autre chose et il y a un faisceau d’éléments concomitants. J’ai eu deux enfants et je me suis littéralement jetée dans la littérature jeunesse avec eux ! Petit à petit, les livres jeunesse ont pris de plus en plus place (au sens propre comme au sens figuré) et l’idée de créer un blog a fait son chemin… Mon blog (L’Étagère du bas) m’a permis de réaliser à quel point la littérature jeunesse était le milieu dans lequel je me sentais le mieux et que j’avais aussi envie d’en faire mon métier.
Avec mon mari Fredrik, nous avons décidé de nous lancer et de monter notre maison d’édition de livres pour enfants. Lui aussi est passionné de littérature jeunesse et, à l’origine, la maison a été créée pour donner vie à un personnage culte suédois qui s’appelle Plupp.

Pourquoi ce personnage en particulier ?
Fredrik (d’origine suédoise) a été très marqué par Plupp dans son enfance, il me l’a présenté et le courant est passé ! Avec une trentaine d’albums depuis les années 50, Inga Borg (auteure et illustratrice) a su imposer ce petit troll aux cheveux bleus (et tout son univers) qui est devenu l’une des figures incontournables de la littérature jeunesse suédoise.
Nous avons souhaité faire connaître Plupp aux petits Français car c’est un personnage très positif, bienveillant et qui les emmène dans de belles aventures au milieu d’une nature préservée. Nous avons publié deux albums : Plupp construit sa maison et Plupp fait un grand voyage. En 2020, le troisième verra le jour !

D’où est venu ce nom « L’étagère du bas » ?
Lorsqu’il a fallu trouver un nom pour la maison d’édition, cela a été compliqué car j’avais déjà beaucoup cherché pour trouver celui du blog et j’avais du mal à me détacher du nom de L’Étagère du bas. Premièrement, parce que je l’aimais beaucoup et que j’avais eu beaucoup de bons retours sur son côté « original » et évident à la fois : nous faisons des livres pour les enfants, plutôt les petits (3-7 ans) donc on espère que nos livres sont quelque part dans les maisons, les librairies, les médiathèques, accessibles aux enfants donc en bas…
Deuxièmement, c’est avec ce nom que les gens du milieu de l’édition jeunesse ainsi que mes lecteurs de blog ont commencé à me connaître, j’ai donc voulu profiter de cette visibilité naissante.

Quelle est la ligne éditoriale ?
À cette question, j’aime répondre qu’il n’y a pas de ligne éditoriale vraiment définie. Peut-être se définira-t-elle avec le temps mais, pour l’instant, je choisis les projets à l’instinct. Mais, ce n’est pas non plus complètement juste de dire qu’il n’y a absolument pas de ligne éditoriale… car il y a tout de même des caractéristiques communes à nos ouvrages : uniquement des albums, autant d’importance accordée au texte qu’à l’illustration, une fabrication soignée et des histoires qui – je pense – prennent en considération les enfants en leur apportant quelque chose. Nous faisons confiance à leur intelligence ! Notre ambition est de publier des livres accessibles et à hauteur d’enfants…

Vous parliez tout à l’heure de la Suède, c’est un pays qui tient une place importante dans la maison
Effectivement ! Pour les raisons que j’ai mentionnées plus haut et désormais, je peux dire aujourd’hui que c’est le pays que je connais le mieux après la France. La littérature jeunesse tient une place importante en Suède et il y a une grande qualité des ouvrages. Au-delà des livres de Plupp, nous avons aussi à cœur de publier des albums récents comme nous l’avons fait avec Les Voisins sauvages d’Ulrika Kestere. Nous avons eu un réel coup de foudre pour le travail d’Ulrika et nous avons hâte de vous présenter son deuxième album qui sortira à l’automne prochain : Un pull pour Otto. Dans les années à venir, nous allons publier plusieurs traductions d’albums suédois : des classiques des années 70 mais aussi d’autres albums de la relève de la littérature jeunesse suédoise ! Je me tiens très informée de la production des albums suédois et, avec Fredrik, nous avons vraiment à cœur de faire connaître nos préférés en France.

Qui compose l’équipe et quel est le rôle de chacun·e ?
Même si ce n’est pas très poli, je suis obligée de commencer par moi car je suis la seule qui travaille à 100 % pour la maison d’édition. Je m’occupe de l’éditorial, de l’administratif, de la presse, de la communication, des manuscrits, des relations avec l’imprimeur, etc.
Fredrik est mon associé, je le consulte donc énormément et nous prenons les décisions ensemble. Mais, il a un autre métier qui lui prend beaucoup de temps et, malheureusement, il ne travaille pas à mes côtés tout le temps. Dès qu’il le peut, il se rend disponible pour animer des ateliers, participer aux salons du livre et il gère aussi les relations avec l’étranger. Et il a traduit tous nos ouvrages qui viennent de Suède !
Marie Gosset rédige les fiches pédagogiques et est une formidable assistante multi-tâches ! Céline Robert est notre maquettiste, mais elle s’occupe aussi du site Internet et de la communication visuelle de documents, d’invitations, etc. Elle a un œil formidable… Sans oublier Laura Baudot qui nous donne de sacrés coups de main !

Quel est l’album qui a le plus marqué la maison ?
C’est trop difficile comme question, impossible de répondre ! Ce serait comme me demander si je préfère l’un de mes deux enfants… Chaque livre symbolise quelque chose et s’inscrit dans une étape de création du catalogue de la maison d’édition. En cette fin d’année, ce que je retiens, c’est que nous terminons 2018 avec dix albums. Ce n’est pas rien de passer à deux chiffres !

En plus d’être éditrice, vous êtes blogueuse, vous avez un regard particulier sur la création actuelle. Qu’est-ce qu’un bon livre jeunesse pour vous ?
À mon grand désespoir, j’ai de moins en moins de temps à consacrer à mon blog mais j’essaie tout de même… il y a tellement de bons livres qui voient le jour ! Selon moi, un bon livre jeunesse est un livre qui plaira autant à un adulte qu’à un enfant : un bon livre n’a pas d’âge. Un bon livre jeunesse est un livre qui interpelle d’une façon ou d’une autre que ce soit par l’émotion, la réflexion, l’humour, etc. Les lectures nous construisent et c’est d’autant plus vrai pour les enfants. Les éditeurs ont donc une grande responsabilité ! Je déborde un peu de la question, mais j’ai du mal avec les beaux livres très esthétiques qui font semblant de s’adresser aux enfants, les albums trop « médicaments » véhiculant un gros message bien lourd et, les pires, ceux qui prennent les enfants pour des abrutis… Pour finir sur une touche plus positive, nous avons une très belle production en France et, au retour du Salon de Montreuil, on constate qu’il y a un large public pour la littérature jeunesse. Qui a dit que les enfants n’aimaient pas lire ?

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Comme beaucoup de gens travaillant dans l’édition, je lisais beaucoup étant plus jeune. J’ai eu la chance d’être élevée dans une famille où il y avait des livres et, avec mes frères et ma sœur, on ne nous refusait jamais un livre ! Le Géant de Zéralda de Tomi Ungerer est ma première grosse trouille (enfin, celle dont je me rappelle). Je trouvais la couverture vraiment terrifiante ! Lorsque j’ai été capable de lire seule, je me souviens clairement d’avoir eu la sensation qu’un nouveau monde s’ouvrait à moi. Je me rappelle avec émotion (et je l’ai toujours) de La Maison qui s’envole de Claude Roy. Je lisais vraiment de tout : des albums, des romans, J’aime lire, des BD (un gros faible pour Tom-tom et Nana), la collection des Castor poche, Les Belles Histoires, la collection Rouge & or. Claudine de Lyon de Marie-Christine Helgerson m’a beaucoup marquée, j’aimais bien les histoires tristes, dures. J’avais aussi une petite obsession pour les histoires où il y avait des petites filles jumelles, ça me fascinait ! Le genre épistolaire me plaisait aussi énormément : je lisais beaucoup de livres avec des histoires d’amitié mettant en scène des échanges de lettres. En parallèle, on s’écrivait beaucoup avec mes ami·e·s et, adolescente, j’ai continué. À l’adolescence, je me suis tournée vers les classiques comme Hugo, Zola, Maupassant, etc. avec beaucoup de plaisir et pas seulement par obligation. Bref, j’ai continué à lire !

Quelques mots sur les prochains ouvrages que vous publierez ?
Ce sera donc l’année prochaine et 2019 promet de très beaux albums ! Il y en aura 9 en tout : 7 créations françaises et 2 traductions suédoises. La Vie rêvée de M. Maniac d’Adèle Tariel et Jérôme Peyrat (février), Moi mon ombre de Sébastien Joanniez et Evelyne Mary (mars), Minimichel de Pauline de Tarragon (avril, deuxième collaboration après Le Cri de Zabou), Marions-les ! de Éric Sanvoisin et Delphine Jacquot (mai), J’aimerais de Stéphanie Demasse-Pottier et Gérard DuBois (août), Capricieuse de Béatrice Fontanel et Lucile Placin (septembre), Un pull pour Otto d’Ulrika Kestere (octobre, deuxième collaboration après Les Voisins sauvages), Gustave Mouche d’Éva Chatelain (octobre) et La Chanson qui venait de l’autre côté de la mer de Emma Virke et Fumi Koike (novembre). Des albums avec des styles littéraires et des genres graphiques très différents ! Nous voulons continuer de proposer des histoires qui éveilleront l’imaginaire des petits lecteurs.

Bibliographie :

  • Riquet, d’Elsa Oriol (d’après Charles Perrault) (2018).
  • La Danse du Cygne, texte de Laurel Snyder, illustré par Julie Morstad (2018).
  • Les Voisins sauvages, d’Ulrika Kestere (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • La Disparition de Chou, texte de Stéphanie Demasse-Pottier, illustré par Élodie Perrotin (2018).
  • Comme son ombre, de Laurent Cirelli et Prune Cirelli (2018).
  • Quand j’étais petite…, texte de Sara O’Leary, illustré par Julie Morstad (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Louise, texte de Stéphanie Demasse-Pottier, illustré par Magali Dulain (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Plupp fait un grand voyage, d’Inga Borg (2017).
  • Le Cri de Zabou, de Pauline de Tarragon (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Plupp construit sa maison, d’Inga Borg (2016).

 


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Sophie Adriansen

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur·trice, illustrateur·trice, éditeur·trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché·e, ému·e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il·elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé·e. Cette semaine, c’est Sophie Adriansen qui nous livre ses coups de cœur et ses coups de gueule.

De retour du salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, je livre à chaud un coup de cœur et un coup de gueule liés à la manifestation, et dans cet ordre conformément au titre de cette rubrique.

Coup de cœur
J’aime le partage. J’ai toujours pensé que ce qu’on partageait bénéficiait autant à celui qui donnait qu’à celui qui recevait. Que tout le monde s’en trouvait gagnant.
Mercredi soir, lors de l’inauguration du salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil, a été lancé « émergences », recueil de douze nouvelles de littérature jeunesse issu du projet du même nom organisé par la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse. Ce projet est le pendant romanesque du désormais célèbre « voyage à Bologne » : un accompagnement de débutants dans le métier par des professionnels plus aguerris. En tant que marraine (parmi d’autres), j’ai pu conseiller plus particulièrement une autrice et un auteur avant de partager mon expérience avec l’ensemble des « émergents » le temps d’une après-midi d’octobre. Outre la publication du recueil, distribué gratuitement pendant toute la durée du salon et disponible également en langue anglaise, les douze lauréats ont rencontré des éditeurs dans le cadre de « speed-dating » littéraires organisés pendant le salon. J’ai eu des échos des deux côtés de la table : il semble que cela soit plein de promesses, de part et d’autre.
C’est inscrit dans l’ADN de la Charte, qui rassemble des auteurs et des illustrateurs pour la jeunesse depuis plus de quarante ans : la transmission ; l’union ; la réflexion commune ; la valorisation des singularités ; l’entraide ; le partage.
Et moi, j’aime le partage.

Coup de gueule
Traditionnellement, le ministre de la Culture se rend au salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil. Cette année, le nouveau nommé n’a pas daigné honorer le salon de sa présence, alors même que le monde de l’édition est chahuté par les rachats et autres regroupements, et que, du côté des auteurs et des autrices, on guette avec énormément d’inquiétudes les mesures gouvernementales qui promettent de tuer une profession que l’on refuse de considérer comme telle – avec le risque, en guise de dommage collatéral, de tuer le livre, déjà symboliquement enterré en juin dernier. Qu’il s’agisse d’un mépris ordinaire ou de l’ignorance de la nécessité de la lecture pour se construire, cette absence en dit long sur le rapport du gouvernement à la culture.

Sophie Adriansen est autrice.

Bibliographie jeunesse :

  • Papa est en bas, roman, Nathan (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Lise et les hirondelles, roman, Nathan (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Hors piste, roman, Slalom (2017).
  • Série Lucien et Hermine apprentis chevaliers, romans, Gulf Stream Éditeur (2017-2018).
  • Où est le renne au nez rouge ?, album illustré par Marta Orzel, Gulf Stream Éditeur (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • série Quart de frère quart de sœur, romans, Slalom (2017).
  • La vache de la brique de lait, album illustré par Mayana Itoïz, Frimousse (2017).
  • Les grandes jambes, roman, Slalom (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Max et les poissons, roman, Nathan (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Musiques diaboliques, roman, Nathan (2015).
  • La menace des fantômes, roman, Nathan (2015).
  • L’attaque des monstres animaux, roman, Nathan (2015).
  • Drôles d’époques !, roman, Nathan (2015).
  • Drôles de familles !, roman, Nathan (2014).
  • Le souffle de l’ange, roman, Nathan (2013).
  • J’ai passé l’âge de la colo !, roman, Éditions Volpilière (2012), que nous avons chroniqué ici.

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L’instant de la fracture
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Papa est en bas
de Sophie Adriansen
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Les invité·e·s du mercredi : Sophie Adriansen et Claire Fauvel

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Aujourd’hui, c’est tout d’abord avec l’autrice Sophie Adriansen que l’on a rendez-vous, pour parler de son très beau roman Lise et les hirondelles mais aussi de ses autres ouvrages et de son parcours. Ensuite, c’est Claire Fauvel qui nous ouvre les portes de son atelier. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Sophie Adriansen

Vous venez de sortir un très beau roman, Lise et les hirondelles, j’aimerais que vous nous disiez quelques mots sur Lise et ce qu’elle traverse dans cette histoire.
Lise est entrée simultanément dans l’adolescence et dans la guerre. Juive, elle porte une étoile sur ses vêtements et ses parents jugent plus prudent de la cacher chez des voisins… Et en ce mois de juillet 1942, c’est de leur fenêtre qu’elle assiste, impuissante, à l’arrestation de sa famille. Téméraire et déterminée, Lise prend son destin familial en main et décide de défier l’occupant…
Le roman la voit se cacher dans Paris puis quitter la capitale pour les plages du nord de la France, où la guerre prend un tout autre visage sans que la menace ne s’éloigne pour autant… On suit l’héroïne jusqu’au lendemain de la Libération.

Pouvez-vous nous raconter comment est née cette histoire ? Vous aviez déjà abordé la Seconde Guerre mondiale et la rafle du Vel d’Hiv dans le magnifique Max et les poissons, c’est un sujet que vous intéresse particulièrement ?
À l’adolescence, j’ai pendant une longue période lu uniquement des romans se déroulant pendant la Seconde Guerre mondiale. Ma fascination était liée, je crois, à mon incrédulité quant aux comportements dont les hommes se révèlent capables les uns vis-à-vis des autres…
Adulte, j’ai recueilli les confidences de la grand-mère d’un ami, qui a échappé à la rafle du Vel’ d’Hiv’. La force de ses souvenirs m’a fait imaginer le personnage de Max, le héros de Max et les poissons. À la parution du roman, en février 2015, j’ai réalisé que j’avais encore besoin d’écrire sur les événements de juillet 1942. Car si Max est forcé à quitter Paris, Hélène, elle, y est restée avec ses jeunes frères… C’est d’elle cette fois que je me suis plus directement inspirée pour camper le personnage de Lise, en mêlant à la trame, comme presque toujours dans mes livres, des souvenirs personnels. Ce choix m’a permis d’aborder également un sous-thème qui me tenait à cœur : la construction en tant qu’adolescente en l’absence des parents.
Après ces deux romans, je n’en ai pas pour autant terminé avec ce sujet. Parce qu’il continue, hélas, de résonner aujourd’hui, on le retrouvera sous d’autres formes dans d’autres de mes textes…

Vous citez de nombreux lieux qui n’existent plus, des marques de l’époque, des événements historiques peu connus… on imagine que tout ça vous demande énormément de recherche.
Pour Lise et les hirondelles comme pour Max et les poissons, je dois avouer qu’avoir passé des mois à discuter avec une dame née en 1926 m’a sacrément aidée. J’avais également en tête les souvenirs liés à mes lectures sur la période de la Seconde Guerre mondiale, et ceux liés à ma curiosité personnelle (visite de Drancy, des camps d’Auschwitz et Birkenau en Pologne, du Struthof en Alsace…). J’ai complété cela par des recherches, facilitées par les archives disponibles en ligne (j’aime utiliser les archives vidéo ou radio pour me replonger dans l’ambiance et la façon de s’exprimer d’une époque). Certains points du roman m’ont cependant donné du fil à retordre ; je pense par exemple aux stations de métro ouvertes en 1942 – la liste et les plans diffèrent selon les sources, pas simple de s’y retrouver même si l’on connaît bien le réseau RATP actuel. Ces difficultés font aussi partie du travail de romancière : je n’envisage pas, même dans une fiction, de ne pas coller au plus près à la réalité historique.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours et nous raconter comment vous êtes venue à l’écriture ?
Je dis parfois que dans une précédente vie, je travaillais dans la finance d’entreprise… en réalité, c’était bien dans cette vie-là. Mais c’était il y a une éternité : je me consacre totalement à l’écriture depuis sept ans maintenant. L’écriture est ma passion de petite fille, à laquelle j’ai décidé de donner sa chance à la parution de mon deuxième livre, après quelques années à écrire en catimini, le soir tard ou le week-end…
En revanche, je ne me suis autorisée à écrire pour la jeunesse que plus récemment, lorsque j’ai pris conscience de la présence toujours forte en moi de celle que j’étais à huit ans, à treize ans… Il m’a suffi de tendre l’oreille pour retrouver ces voix antérieures, et avec elles les façons dont je voyais le monde à mes différents âges.

Qu’est-ce qui vous inspire ? Parlez-nous de votre processus d’écriture.
J’écris quand je suis touchée par quelque chose. C’est un événement, une rencontre, une colère qui initie le processus. Ce point de départ est comme un flocon auquel se collent d’autres flocons, souvenirs, projections, espoirs, sentiments, cela fait boule de neige et donne de la consistance à l’idée initiale, l’emmenant parfois dans une direction absolument imprévue.
Je ne me mets devant l’ordinateur que quand l’histoire est prête à l’intérieur. J’écris le premier jet poussée par une forme d’urgence, d’impérieuse nécessité. Ensuite, le retravail du texte est plus long, mais nécessaire. Après cela, je laisse généralement reposer le livre un moment (de durée variable), car seul le recul me permet alors de déceler les ultimes points d’amélioration. J’arrive enfin au stade où je ne suis plus capable de quoi que ce soit sur mon texte sans un regard extérieur. Cela correspond à l’envoi soit à quelques lecteurs-test soigneusement choisis, soit à un éditeur…

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescente ?
Je lisais tout le temps, et de tout. Des classiques (La Comtesse de Ségur, Alain-Fournier, Hugo…), des contemporains publiés notamment à l’école des loisirs (une passion pour les romans de Marie-Aude Murail, démarrée avec la série des Émilien, ou encore pour ceux de Susie Morgenstern), des bandes dessinées…
J’ai conservé tous mes livres de jeunesse, ils occupent désormais un pan de ma vaste bibliothèque. Et j’en relis certains de temps à autre, puisque l’enfance n’est jamais loin…

Que lisez-vous en ce moment ?
J’ai découvert (des années après tout le monde semble-t-il) De mal en pis d’Alex Robinson (Rackham), formidable roman graphique qui se lit comme on regarde une série et conte, sur 600 pages, les mésaventures d’un écrivain et libraire et de son entourage.
Côté roman, je viens d’achever Une ombre au tableau, une troublante histoire de voisinage signée Myriam Chirousse.
Deux lectures que je recommande chaudement. Ainsi que toute la collection des imagiers de Jane Foster (Kimane éditeur), dans lesquels je suis plongée quotidiennement pour des raisons personnelles 🙂

Sur quoi travaillez-vous actuellement, quelles seront vos prochaines histoires que l’on pourra découvrir bientôt ?
Mes prochains romans à paraître traitent de sujets contemporains. À la rentrée de septembre, trois livres paraîtront : chez Nathan, Papa est en bas, le récit d’une jeune fille qui apprend à vivre avec la maladie dégénérative dont son papa est atteint ; chez Gulf Stream éditeur, mon premier roman graphique, Rackette-moi si tu peux (illustré par Clerpée), autour du racket à l’école primaire ; enfin, chez Slalom, le quatrième tome de la série Quart de frère quart de sœur, qui emmènera les deux héros à Londres pour un séjour scolaire riche en imprévus et autres catastrophes !
En 2019 paraîtra chez Nathan un roman dont le narrateur est un adolescent qui quitte son pays d’Afrique pour venir chercher de l’instruction et de quoi vivre décemment en France.
J’ai aussi quelques projets en cours en « littérature vieillesse » 😉 Et j’écris actuellement un roman pour adolescents autour de l’influence des mouvements sectaires…

Bibliographie jeunesse :

  • Lise et les hirondelles, roman, Nathan (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Hors piste, roman, Slalom (2017).
  • Série Lucien et Hermine apprentis chevaliers, romans, Gulf Stream Éditeur (2017-2018).
  • Où est le renne au nez rouge ?, album illustré par Marta Orzel, Gulf Stream Éditeur (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • série Quart de frère quart de sœur, romans, Slalom (2017).
  • La vache de la brique de lait, album illustré par Mayana Itoïz, Frimousse (2017).
  • Les grandes jambes, roman, Slalom (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Max et les poissons, roman, Nathan (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Musiques diaboliques, roman, Nathan (2015).
  • La menace des fantômes, roman, Nathan (2015).
  • L’attaque des monstres animaux, roman, Nathan (2015).
  • Drôles d’époques !, roman, Nathan (2015).
  • Drôles de familles !, roman, Nathan (2014).
  • Le souffle de l’ange, roman, Nathan (2013).
  • J’ai passé l’âge de la colo !, roman, Éditions Volpilière (2012), que nous avons chroniqué ici.


Quand je crée… Claire Fauvel

Le processus de création est quelque chose d’étrange pour les gens qui ne sont pas créateur·trice·s eux-mêmes. Comment viennent les idées ? Et est-ce que les auteur·trice·s peuvent écrire dans le métro ? Les illustrateur·trice·s, dessiner dans leur salon devant la télé ? Peut-on créer avec des enfants qui courent à côté ? Faut-il de la musique ou du silence complet ? Régulièrement, nous demandons à des auteur·trice·s et/ou illustrateur·trice·s que nous aimons de nous parler de comment et où ils·elles créent. Cette semaine, c’est Claire Fauvel qui nous parle de quand elle crée.

Je travaille dans un atelier (Marsopolis), avec 5 autres dessinateurs à Montreuil. Ce sont des amis, mais aussi des artistes que j’admire, et c’est un plaisir de bosser à leur côté.

Pour illustrer une BD, mon travail se fait en plusieurs étapes. D’abord ce qu’on appelle le « storyboard » qui consiste à dessiner de façon schématique la totalité de la BD afin de travailler la mise en scène et la mise en page. C’est un travail de concentration, j’aime le réaliser dans un endroit calme, le plus silencieux possible, seule chez moi si je peux. Ensuite vient le moment de dessiner et colorier les planches, ça demande moins de réflexion et je peux le faire à mon atelier. Cette fois-ci, c’est l’inverse, j’aime les ambiances animées, discuter avec les autres, ou écouter de la musique ou la radio, pour ne pas m’endormir et être efficace. J’aime par exemple écouter la « NovaBookBox » sur Radio Nova qui mêle musiques et extraits de romans insolites.

Comme pour beaucoup d’auteurs, la musique a une place importante dans mon processus de création. Pour chaque album, je réalise une playlist pour entrer dans l’ambiance/l’époque de la BD. En plus de cette playlist, j’écoute ponctuellement des musiques qui m’aident à m’immerger dans une scène en particulier, pour essayer d’en retranscrire au mieux les émotions. Cela crée une sorte de « B.O. » pour l’histoire, et ça va de pair avec ma façon de penser la mise en scène de chaque séquence, qui est assez cinématographique. Le risque, c’est que certaines scènes fonctionnent parfois moins bien sans la musique censée les accompagner !

C’est dur de dire quelles musiques j’écoute, car j’aime tous les genres et cela varie justement en fonction de chaque projet. On va dire que j’ai une préférence pour la pop et le rock, avec un faible pour les vieilleries pop, folk, et psyché des 60’s, la new wave et le post punk de la fin des années 70, début 80, et puis bien sûr un paquet de groupes plus récents, ce serait infini de tous les citer (Radiohead, Sufjan Stevens, the National, Chassol, King Krule, Django Django, Beach House, Frustration, Sleaford Mods, Parquet Courts…)

Enfin, c’est souvent un événement personnel, une rencontre, un livre lu, et/ou un sujet qui me touche qui sont à l’origine de projets personnels. Une fois l’histoire générale définie, je m’accorde du temps pour en imaginer les détails, ce qui implique avoir en permanence son histoire dans un coin de la tête, de jour comme de nuit. C’est sans doute un des privilèges du métier d’auteur de pouvoir être affalé dans un canapé à rêvasser et déclarer qu’on est en plein boulot !

Claire Fauvel est autrice et illustratrice.

Bibliographie :

  • Phoolan Devi, reine des bandits, scénario et dessins, Casterman (à paraître 30 mai 2018).
  • La guerre de Catherine, dessins d’après un scénario de Julia Billet, Rue de Sèvres (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Une Saison en Égypte, scénario et dessins, Casterman (2015).
  • Sur les pas de Teresa la religieuse de Calcutta, illustration d’un roman de Marie-Noëlle Pichard, Bayard Jeunesse (2016).

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14 €, 170×210 mm, 40 pages, imprimé en République Tchèque, 2017.
L’assistant du Père Noël
de Yukiko Tanemura (traduit par Manon Debienne)
Nobi Nobi dans la collection 1,2,3 Soleil
12,50 €, 217×262 mm, 40 pages, imprimé en Roumanie, 2017.
Où est le renne au nez rouge
Texte de Sophie Adriansen, illustré par Marta Orzel
Gulf Stream Editeur
14 €, 201×217 mm, 14 pages, imprimé en Chine, 2017.
Suzon et le sapin de Noël
Texte d’Émilie Chazerand, illustré par Amandine Piu
Gulf Stream Éditeur dans la collection Mes petits héros
9,50 €, 188×190 mm, 32 pages, imprimé en Pologne, 2017.
Max et Lapin – La belle nuit de Noël
Texte d‘Astrid Desbordes, illustré par Pauline Martin
Nathan
5,90 €, 170×170 mm, 24 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
Je chante avec le Père Noël
Collectif
Arc-en ciel
Autour de 10 €.

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