La mare aux mots
Parcourir le tag

Stéphane Poulin

Deux sœurs et des ours

Par 5 décembre 2016 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, deux très beaux albums. Dans le premier on rencontrera deux sœurs identiques physiquement et pourtant si différentes. Dans le second, des ours, beaucoup d’ours… et quels ours !

Passion et Patience
de Rémi Courgeon
Milan
16,95 €, 260×365 mm, 40 pages, imprimé en Union Européenne, 2016.
Un ours, des ours
Collectif
Sarbacane
25 €, 265×330 mm, 72 pages, imprimé en France, 2016.

You Might Also Like

Partir, partir…

Par 14 avril 2015 Livres Jeunesse

Le KojikiUn soir, après que son papa lui a souhaité bonne nuit alors que sa maman est absente, l’enfant entend dans le noir une voix qui lui demande comment tout a commencé et pourquoi il est lui-même. Effrayé par cette voix mais aussi par cette question à laquelle il ne parvient pas à répondre, l’enfant retourne auprès de son père, qui lui raconte alors l’histoire des origines. Une histoire qui met en scène le premier couple de la Terre, Izanagi et Izanami, et qui n’est pas sans rappeler plusieurs mythes plus connus en France, comme celui d’Adam et Éve ou celui d’Orphée et d’Eurydice. Embarqué dans le récit par une sorte de rêverie éveillée, l’enfant suit avec Izanagi et Izanami la création du monde, la naissance de l’enfant-feu, la mort d’Izanami, posant mille et une questions sur ce qu’il voit.
Kojiki est au départ un recueil de mythes racontant l’origine des îles qui forment le Japon. On dit qu’il serait le plus ancien texte japonais encore existant. S’en inspirant, Yan Allegret imagine une histoire dense (il y a quand même beaucoup de texte) et exigeante (même les adultes y trouveront des pistes de réflexion et de rêverie). Le questionnement existentiel sur la vie et la mort, mené par la naïveté sincère de l’enfant, est très beau et émouvant. Les illustrations mêlent des esquisses très sommaires au crayon (que j’ai un peu moins aimé) et des jeux de couleurs qui sont vraiment magnifiques : ça explose littéralement, c’est magique.
En résumé, c’est un album pointu et philosophique qui amènera sûrement beaucoup de questions de la part de vos enfants. Soyez préparés !
Le même vu par Sous le feuillage.

couv bateau de fortuneLa journée commençait mal pour l’ours Michao, la chevrette Marguerite et le petit renardeau. Arrivés à la plage, ils se rendent compte qu’ils ont tout oublié : les maillots, les serviettes, les seaux, les pelles et les râteaux. Personne ne sait quoi faire et la petite bande est bien déçue… Mais c’était sans compter sur le pouvoir de l’imagination : quelques algues, des bouts de bois et des coquillages, et l’ennui s’évanouit !
Voilà un bel album qui rappelle que la Nature a bien des cadeaux à nous offrir, il suffit d’imaginer. Avec ses textes courts et ses illustrations plein pot, il est idéal pour les soirs de vacances en bord de mer. De grandes illustrations un brin vintage, un soupçon de mystère (qui sont les personnages les uns pour les autres ?) et beaucoup de poésie : voilà la recette réussie de ce livre qui vous donnera des envies d’air pur et de simplicité !
Des extraits sur le site de l’éditeur.

couv - Le Roi de la pisteMonsieur Coin, un palmipède expert-comptable, s’évade le temps d’un week-end à Proupatel, un petit village de montagne. Il est tellement impatient qu’il dort avec ses skis aux palmes ! Le lendemain, il file sur les pistes, tel un bolide, profitant de cette liberté loin de ses dossiers, prêt à pulvériser le record de vitesse. Mais voilà qu’un ours en raquettes traverse la piste. Un dérapage contrôlé, et hop, Monsieur Coin évite l’ours brun de justesse. Celui-ci, étonné de voir ce skieur si pressé, le met au pari d’arriver le premier au café de la station. Sûr de gagner, notre palmipède tombe dans une crevasse dans laquelle il rencontre un ancien diplomate devenu ermite car dégoûté par l’hypocrisie des hommes. Enfin, c’est ce qu’il dit en tout cas…
Personnellement, je suis assez fan de Nicolas de Crécy, et cet album ne m’a déçu ! Le texte est assez dense (il vous faudra certainement plusieurs séances de lecture pour en venir à bout) mais j’ai retrouvé sa poésie, son audace (glisser les mots « palmipède », « hydrocarbures » ou encore « plantigrade » dans un livre recommandé pour les enfants dès 4 ans, on peut parler d’audace, non ?), son sens du récit et, bien sûr, ses illustrations très travaillées.

Papa hérisson rentrera-t-il à la maison ?Alors qu’il parcourt la nature à la recherche de victuailles pour sa famille, Papa Hérisson s’aventure dans un panier à pique-nique drôlement alléchant, dans lequel il se retrouve prisonnier. Enfermé dans un carton dans la cabane au fond du jardin (si ça se trouve, c’est Cabrel qui a fait le coup), il parvient à s’échapper. Commence alors un long périple, semé de dangers, comme la route sur laquelle filent les voitures ou la mort aux rats qu’il ingère par erreur, mais aussi d’amis…
Les noms de l’auteur et de l’illustrateur, Nicolas Hénin et Pierre Torres, vous disent peut-être quelque chose : journalistes reporters, ils ont tous deux été enlevés en juin 2013 et retenus en otage en Syrie jusqu’en avril 2014. Au cours de leur captivité, ils ont imaginé ce hérisson loin de sa maison, dont le seul but est de rentrer chez lui auprès de sa famille. Autant dire que cette histoire a une portée symbolique très forte. Au-delà de ça (vous n’êtes bien sûr pas tenu de raconter l’origine de l’ouvrage), c’est aussi un récit positif et plein d’espoir, qui invite à se mettre à la place de ces animaux qu’on cherche à apprivoiser et à mettre en cage, et de tout ce qui sont loin de chez eux (comme dirait Lââm).

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué d’autres livres d’Olivier de Solminihac (Le dragon dans les dunes), de Stéphane Poulin (Bartleby le scribe et Marius).

Le Kojiki, demande à ceux qui dorment
Texte de Yan Allegret, illustré par Carla Talopp
Gallimard Jeunesse Giboulées
16 €, 240×300 mm, 51 pages, imprimé en Europe, 2015.
Le Bateau de fortune
Texte d’Olivier de Solminihac, illustré par Stéphane Poulin
Sarbacane
15,50 €, 244×324 mm, 32 pages, imprimé en France, 2015.
Le roi de la piste
De Nicolas de Crécy
Cambourakis
15 €, 208×277 mm, 46 pages, imprimé en Lettonie, 2015.
Papa Hérisson rentrera-t-il à la maison ?
Texte de Nicolas Hénin, illustré par Pierre Torres
Flammarion
13,50 €, 247×308 mm, 30 pages, imprimé en France, 2015.

À part ça ?
Le Kojiki, demande à ceux qui dorment, c’est aussi un spectacle pour les enfants dès 8 ans, mis en scène par Yan Allegret. Il sera en représentation au théâtre Dunois, dans le 13e arrondissement de Paris, du 20 au 30 mai. Une merveilleuse façon de prolonger la lecture de l’album et la réflexion sur le monde.

Marie

You Might Also Like

En album

Par 29 mai 2014 Livres Jeunesse

Les deux (très) grands albums du jour sont issus de grands classiques, Herman Melville pour le premier, Jeanne-Marie Leprince de Beaumont pour le second. Deux albums pour les grands.

Bartleby le scribe Poulin« J’aimerais mieux ne pas », voilà ce que répond à une simple demande le nouveau scribe du cabinet d’un juriste. « J’aimerais mieux ne pas », que répondre à ça ? Et le souci c’est que plus le temps passe, plus il y a des choses que ce nouvel employé, nommé Bartleby, « aimerait mieux ne pas ». Le juriste va avoir bien du mal à comprendre cet étrange personnage.

J’avais lu ce grand classique de la littérature jeunesse il y a plusieurs années, le voici donc dans une nouvelle traduction (avec une langue plus facile à lire pour les enfants) et illustré par de très belles planches de Stéphane Poulin. Si vous ne connaissez pas ce texte, on parle ici d’un personnage étrange, sur lequel on va s’interroger (d’où vient-il, qui est-il…), c’est drôle et en même temps c’est aussi une réflexion sur la différence, sur notre rapport aux gens que l’on ne comprend pas, qui sont déroutants. Bartleby est une énigme, il nous attire autant qu’il nous repousse. On se demande ce que nous-même nous aurions fait à la place du juriste qui raconte l’histoire. Un magnifique album avec de grandes et lumineuses planches, reprenant un grand classique de la littérature jeunesse. À partir de 12 ans d’après l’éditeur.

La belle et la beteUn marchand de soie avait trois filles. Leur mère était morte et le marchand les avait élevées seul. Alors que les deux ainées ne vivaient que pour les fêtes et les parures, la plus jeune aimait profiter de la nature, apprivoisait les animaux. Un jour où le père devait aller à Venise pour ses affaires, il demanda à ses filles ce qu’elles souhaitaient qu’il leur ramène. Les aînées voulaient évidemment de nouvelles toilettes, la plus jeune demanda juste une rose… C’est pourtant cette si simple demande qui allait bouleverser leurs existences.

Qui ne connaît pas l’histoire de La Belle et la Bête ? Réécrite ici par Cécile Roumiguière, c’est Aurélia Fronty qui illustre ce superbe ouvrage (à l’édition particulièrement soignée avec une tranche bleue et une lecture dans le sens horizontal). Les illustrations pleine page de ce grand album mettent parfaitement en valeur le talent d’Aurélia Fronty. Elle réinvente toute l’esthétique de ce magnifique conte. Couleurs flamboyantes, omniprésence de la végétation, on sent une vraie recherche graphique. Une version extraordinaire d’un conte intemporel. À partir de 8 ans d’après l’éditeur.
Des extraits dans une vidéo.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des ouvrages de Stéphane Poulin (Marius), Cécile Roumiguière (Une princesse au palais) et Aurélia Fronty (Raja, Princesse Yong Hee et la perle de la nuit, Comptines de rose & de safran, Le roi de la montagne en hiver, Un jour grand-père m’a donné un ruisseau et Une si belle entente).

Bartleby le scribe
Texte de Herman Melville, illustré par Stéphane Poulin
Sarbacane
22 €, 267×380 mm, 60 pages, imprimé en Italie, 2013.
La Belle et la Bête
Texte de Cécile Roumiguière, illustré par Aurélia Fronty
Belin dans la collection Contes des mille et un lieux
20,90 €, 350×282 mm, 60 pages, imprimé en Italie, 2013.

À part ça ?

Les auteurs BD en danger.

Gabriel

You Might Also Like

Et si l’on parlait d’homoparentalité et d’homosexualité aux enfants ?

Par 24 septembre 2012 Livres Jeunesse

 

Extrait de Titiritesse, éditions OQO

L’homoparentalité on en parle de plus en plus, ça fait partie du quotidien des enfants (c’est de plus en plus courant que nos enfants aient, dans leur classe, un camarade qui a deux papas ou deux mamans) pourtant c’est un sujet rarement abordé dans la littérature jeunesse… Et quand on en parle c’est souvent de façon assez « pédagogique » (c’est souvent le thème principal du livre). Moi je rêve de voir un personnage récurent comme T’choupi ou Petit ours brun avec un copain qui a deux papas (et que ça soit juste une donnée, pas une thématique), cela ferait tellement avancer les mentalités… Avoir des parents de même sexe ça devrait être juste « banal », ça ne devrait même pas mériter une chronique spéciale ici ! Mais comme ça reste rare j’ai eu envie de le faire. J’ai décidé de parler aussi de livres qui parlent de l’homosexualité, ils ne concernent pas forcément les homosexuels eux mêmes, mais permettent d’ouvrir l’esprit des enfants, et peut-être répondre à quelques questions (tout comme ma fille qui a des parents de sexes différents n’est pas dérangée par une histoire où un enfant a des parents de même sexe). Personnellement quand je lis une histoire d’amour elle m’émeut si elle est belle et je ne regarde pas si ce sont deux personnes de même sexe ou de sexes opposés. On devrait proposer aux enfants des livres avec des couples de même sexe, des couples mixtes (je parle d’origine ethnique) ou des couples avec des différences d’ages… comme ils en croisent tous les jours. Les livres pour enfants ne devraient plus, en 2012, ne proposer que des histoires dont les parents sont jeunes, blancs, hétérosexuels avec deux enfants (un garçon et une fille évidemment) et un chien. Les livres pour enfants sont là pour faire évoluer les mentalités aussi, merci donc à tous ceux qui écrivent des livres qui sortent de ce schéma.

Donc je parlerai dans la première partie des livres sur l’homoparentalité puis dans la deuxième de ceux sur l’homosexualité (dans chaque partie j’ai classé par âge). Vous retrouverez, comme d’habitude, les références des livres en fin de chronique. Je vous proposerai quelques autres livres et des liens dans le Quelques pas de plus… et un livre sur l’homoparentalité dans le A part ça ? Retrouvez aussi tous les livres que nous avons chroniqués sur le sujet (et même les nouveaux viendront s’ajouter) ici.

Vous remarquerez que cette chronique (qui est la 500ème chronique de La mare aux mots !) est plus longue que d’habitude mais je pense que c’est justifié !

Dans la collection Les petites familles de L’école des loisirs on trouve Jean a deux mamans. J’avais déjà parlé de cette collection lors de ma thématique sur le divorce avec Camille a deux familles. C’est une collection relativement bien faite pour les plus petits : textes courts, pages cartonnées épaisses. Ophélie Texier sait, en quelques mots, faire passer le message. Ici donc Jean et ses deux mamans, Maman Jeanne qui l’a porté (et qui attend d’ailleurs un autre enfant) et Maman Marie. Peut-être un bémol toutefois, vous me direz ce que vous en pensez. Maman Jeanne qui donc porte les bébés fait la cuisine et joue avec les enfants pendant que Maman Marie va à la pêche et fait les travaux dans la maison… On remarque aussi que c’est Maman Marie qui offre un bouquet à Maman Jeanne. Une vision très hétérosexuelle d’un couple homosexuel d’après moi.

Quand Théo dessine son arbre généalogique à l’école, Pauline se moque de lui « hi, hi, hi… mais c’est pas possible ta famille ! » en effet Théo a deux mamans ! « mais dans une famille y’a un papa et une maman » d’après elle. Et pourtant… pourtant Théo n’est pas le seul à ne pas répondre à ce schéma : un de ses petits camarades vit seul avec sa maman, un autre a été adopté, un autre vit avec deux papas,… Voilà un livre bien fait et très sympa (bon les illustrations ne sont pas…). Ce n’est pas caricatural, c’est doux, l’histoire est simple mais percutante. Un livre qui plaira à tous les enfants qui n’ont pas une famille qui correspond aux canons habituels… et ça plaira aussi aux autres enfants !

Tango a deux papas et pourquoi pas ? En effet Silo et Roy sont deux manchots inséparables. Et au moment où tous les couples manchots font leurs nids, eux c’est ensemble qu’ils font le leur, entre mâles. Le souci c’est que les autres couples ont tous un œuf à couver mais pas Silo et Roy, un gardien du zoo va leur en confier un. Ils vont ainsi devenir papas. L’homoparentalité vu par les animaux c’est une très bonne idée. Les enfants adorent ce genre de façon de montrer les choses, ça passe tout seul. De plus les dessins sont magnifiques, l’histoire est vraiment réussie. Bref c’est un très bon album pour aborder l’homoparentalité mais aussi la différence et la tolérance.

Ulysse vit avec ses deux mamans et son chat, Capsule. Un jour son oncle Dédé à la drôle d’idée de lui offrir une souris. Les mamans d’Ulysse ont du mal avec cette idée, et Capsule… comment réagira-t-il ? Ce qui m’a plu dans ce livre c’est qu’Ulysse a deux mamans, c’est un fait mais ce n’est pas le but de l’histoire. C’est un détail dans le récit. Après… je trouve que ce livre n’est pas mémorable (histoire pas folichonne et illustrations assez moyennes) mais c’est sympa que ce genre de livres existent aussi. Un livre très « grand public » (le genre de livre qu’on trouverait en supermarché) qui, en arrière-plan, fait passer un message. Ça serait intéressant d’ailleurs qu’on trouve plus de livres avec une famille homoparentale dont ce ne soit pas le sujet principal.

Marius est un petit garçon de cinq ans qui a deux maisons, sa maman a un amoureux et son papa aussi. Il aime ses deux maisons et leurs différences (chez maman y a une maison de pirate, chez papa on n’est pas obligé de ranger sa chambre), par contre il n’aime pas quand sa mamie dit que deux hommes ensemble c’est pas bien…
J’ai adoré ce petit album aux illustrations qui peuvent surprendre, que l’on peut trouver un peu dures et que moi je trouve très esthétique. L’histoire racontée par l’enfant est à la fois touchante et absolument pas mièvre (souvent quand c’est un enfant qui parle on le fait parler de façon niaise). On parle donc d’un papa qui vit avec un homme, du regard de la grand-mère, de l’institutrice (scène que j’ai trouvé très drôle où Marius est puni parce qu’il dit que son père est homosexuel), de comment on fait les bébés,… Un très bel album sur un apprenti pirate qui mène sa vie comme n’importe quel enfant.

Rosalie vit avec celles qu’elle appelle ses amourEs : ses deux mamans, Natacha et Mélanie. Avec sa meilleure amie Lucie, elle se pose des questions, elles se posent des questions sur l’amitié et l’amour en général et sur l’amour entre deux femmes en particulier (comment elles s’aiment nues la nuit ?).
Ce petit roman illustré de façon très particulière par Thisou Dartois, est complètement décalé. Dans sa forme et dans le fond. Rosalie joue avec les mots, leur orthographe (on parle de « goût thé », d’ « en nuit »,…). Le roman ramène parfois à une page puis à une autre, par moment c’est écrit avec une  écriture manuscrite, les dessins semblent rajoutés à la main par-dessus le texte, bref on joue avec la mise en page. Le livre aborde des choses qu’on aborde rarement dans la littérature jeunesse (comme l’amour physique entre personnes du même sexe ou l’insémination artificielle par exemple) ou des choses plus courantes mais d’une façon décalée. Un joli petit roman pour jeunes lecteurs sur l’amour sous toutes ses formes.

Oh, boy ! Siméon (14 ans), Morgane (8 ans) et Venise (5 ans) viennent de perdre leur mère et leur père s’est volatilisé il y a quelques années… que vont devenir les enfants ? Ont-ils une famille ? Après recherche ils ont un demi-frère et une demi-sœur (qui ne l’est pas vraiment…). Qui aura la garde, l’antipathique Josiane ou le « pédésexuel » Bart ?
Oh, Boy ! est sans aucun doute l’un des meilleurs romans jeunesse que j’ai lu. Extrêmement drôle (même dans les scènes tragiques), écrit avec une grande finesse, on ne s’ennuie pas une minute, on a envie de connaître la suite, de savoir ce que vont devenirs ces enfants. Les personnages sont très bien croqués, du surdoué Siméon à l’adorable petite Venise qui fait faire l’amour à ses barbies en racontant des histoires où le passé simple est très utilisé et très approximatif, en passant par la juge des tutelles accro au chocolat ou la voisine battue par son mari et qui refuse de porter plainte. Car oui le roman aborde des tas de thèmes : l’homosexualité, l’adoption, la fratrie, la maladie, les femmes battues,… Alors peut-être seul bémol, j’ai trouvé le personnage de Bart assez caricatural… Enfin disons que des homos avec plein de manières, qui s’évanouissent à la vue du sang, parlent au féminin, cumulent les conquêtes,… bien-sûr que ça existe, mais est-ce qu’il faut forcément montrer cette image ? C’est un grand débat que j’ai commencé avec une fan du livre et nous n’étions pas du tout d’accord. Passé ce bémol, qui n’en sera pas un pour la plupart des gens, c’est vraiment un roman exceptionnel, un vrai bijou de la littérature jeunesse que je vous conseille grandement !

Après les livres sur l’homoparentalité, ceux sur l’homosexualité.C’est l’histoire d’une petite grenouille qui s’appelle Cristelle. Elle est la fille du roi et de la reine, et comme toutes les princesses elle doit rencontrer le crapaud charmant pour l’épouser. C’est aussi l’histoire de Crioline, grenouille parmi tant d’autres, dont les parents sont de modestes travailleurs. Crioline préfère jouer aux jeux rigolos des crapauds que de passer son temps à se mirer dans la mare comme les autres grenouilles de son âge. Et si c’était Crioline qui devait épouser Cristelle ?
Très belle histoire que celle de ces deux grenouilles, le texte est beau et touchant, ici aucune mièvrerie. On reprend un peu les codes du conte pour mieux les casser : la princesse va épouser non seulement une fille mais une fille du peuple. L’amie de Crioline se demande quelles seront les réactions des autres, ses copains crapauds, ses parents. Crioline a même peur de finir en prison à cause de cet amour interdit. Mais en fait tout ça n’arrivera pas, il semble naturel à tout le monde qu’une grenouille épouse une autre grenouille. On parle de l’amour, des picotements dans le ventre que ça procure, de l’adoption même. Un très très bel album, pas militant, qui parlera à tous les enfants.

Au royaume d’Avant-hier vivait la princesse Titiritesse. Elle rêvait de voir le monde, sa mère rêvait surtout de la voir mariée ! Pour échapper à tout ce que lui destine sa mère Titiritesse décide de s’enfuir. En chemin elle rencontre un roi dont la fille Wendoline a été enlevée, ni une ni deux elle part sauver la princesse, détenue par l’ignoble (pas si ignoble finalement) Avalesix Duncoup. Dès leur première rencontre, Wendoline tombe sous le charme de Titiritesse et adore son parfum sucré, les deux princesses sentent une brise qui leur fait des chatouillis dans la tête quand elles sont ensemble et la nuit elles rêvent qu’elles s’embrassent…
Titiritesse est un album OQO, et si vous suivez ce blog vous savez à quel point j’aime cette maison d’édition. Comme d’habitude c’est totalement original, cet album ne ressemble à aucun autre. On est ici dans un conte complètement farfelu avec un ogre qui rêve d’un nouveau pull, un âne sans nom, un mot qui fait rire tout le monde et des princesses qui se marient. Comme toujours chez OQO les illustrations sont particulières, certains vont adorer et les regarder longuement, scrutant les détails, d’autres vont y être hermétique (je fais partie des premiers, ma compagne des seconds). L’objet est beau avec son papier épais. Un très bel album plein de fantaisie, d’humour et d’amour.

Zoé se sent anormale et sale. Elle a ses premières règles et elle est amoureuse de Nina, sa cousine. Elle vit tout ça comme quelque chose qui la dégoûte. Son éducation catholique ne l’aide pas à trouver les choses « normales ». De plus dans sa vie ce n’est pas la joie : ses parents sont en pleine crise de couple.
Autant le dire tout de suite, je n’ai pas été fan de F comme garçon. L’histoire ne m’a pas emballé, le personnage pas séduit et je n’ai pas accroché au style. Le titre lui-même qui voudrait dire que qui dit lesbienne dit garçon ne me plaît pas. Pourtant ce roman pourra peut-être plaire à des jeunes qui connaissent ces situations : confusion entre homosexualité et expériences, premières amours, premiers émois, situation familiale tendue,… C’est un des rares romans pour ado, d’après moi, qui aborde ce sujet de la différence entre l’homosexualité et les expériences qu’on veut tenter ado, coucher avec quelqu’un du même sexe sans se sentir homosexuel. Après le fait que ça ne m’ait pas parlé c’est très subjectif ! Je ne trouve pas que ça soit un mauvais roman (sinon je ne l’aurai pas chroniqué) mais moi il ne m’a pas séduit.

Jérôme l’esprit de camaraderie, les conversations « viriles », les filles avec leur agenda « star » et leurs stylos roses, la musique à la mode, les baignades entre potes… ce n’est vraiment pas son truc. La rentrée de seconde le stress, il ne veut pas passer pour le mec associable, il faut se fondre au groupe, faire des concessions, paraître cool… et pour lui c’est une vraie épreuve… et dans la classe il y a Clément, un garçon qui le trouble de plus en plus sans qu’il n’en comprenne la raison.
J’ai adoré ce roman, j’ai trouvé ça bien écrit, drôle, fin, intelligent. Je me suis régalé ! Jérôme Lambert a une vraie plume et a su croquer ce garçon un poil misanthrope qui découvre son attirance pour les garçons. L’histoire d’amour est très belle, la relation avec les parents intéressante. C’est un des meilleurs livres sur le sujet, un personnage dans lequel beaucoup de garçons qui vivent tout ça vont se reconnaître. On n’est pas dans les clichés ici, tout sonne juste. On parle aussi du regard des autres (les copains, les parents,…). Le seul bémol c’est que j’ai été frustré par la fin, j’aurai aimé qu’il soit plus long, savoir la suite. En tout cas je vais regarder ce que Jérôme Lambert a écrit d’autre.

Scènes de vies : Vincent se fait ridiculiser à la gym, Vincent dans sa famille où l’on ne communique pas, Vincent et sa meilleure amie, Vincent rencontre le nouveau…
Construit sous forme de petits chapitres, comme si Vincent nous racontait des passages de sa vie (un peu comme un journal, un peu comme des séances de psy ou des confessions… un moment Vincent dit, à propos de son père « j’en parlerai dans un autre bouquin »), Qui-suis-je ? est un joli roman dans lequel un ado de 14 ans et demi découvre son homosexualité. Le roman ne véhicule pas de clichés, Vincent, bien qu’un peu en marge et nul en sport, est un adolescent type. Les scènes où il se rend compte de qui il est sont belles tout en faisant très réelles, ici pas de grandiloquence et pas d’effet de style, tout sonne juste. On parle aussi ici des mots « pédé » et « enculé » utilisés à longueur de temps comme insulte dans les cours de récré sans en chercher le sens et les conséquences. Un joli petit roman, facile à lire avec une écriture très fluide.

Quelques pas de plus…

Sophie de La littérature de Judith et Sophie a déjà parlé de Oh, Boy ! ici.
Un autre livre sur l’homoparentalité et dont nous avons parlé sur La mare aux mots : La fête des deux mamans d’Ingrid Chabbert et Chadia Loueslati.
D’autres livres qui parlent d’homosexualité et dont nous avons parlés sur La mare aux mots : On m’a oublié de Guillaume Le Touze (un jeune garçon passe quelques jours chez son oncle homo), Plan B pour l’été d’Hélène Vignal (le meilleur ami de l’héroïne est homo), Les petites marées de Séverine Vidal (l’héroïne est amoureuse d’un garçon qui se révèle être homo), Sur les quais d’Anne Loyer et Ingrid Chabbert (une histoire d’amour entre deux filles), Le mariage de Coquet le Coq de Juan Alfonso Belmontes et Natalie Pudalov (un album jeunesse dans lequel la laitière et la renarde se marient).
Sur d’autres blogs, Le faire ou mourir de Claire-Lise Marguier par La littérature de Judith et Sophie, par Les livres de Dorot et en lecture commune sur A l’ombre du grand arbre, Will & Will de John Green et David Levithan sur Les carnets de Nathan et Arc-en-cielles de Nina Emisson sur de Qu’importe le flacon pourvu qu’on ait  LIVREsse.
Et beaucoup d’autres livres sur le site Altersexualité (albums, bd, romans,…).
Et pour finir, vendredi le sujet des Maternelles, sur France 5 sera « Prévenir l’homophobie (parler d’homosexualité avec ses enfants) ».

Jean a deux mamans
d’Ophélie Texier
L’école des loisirs dans la collection Loulou & cie.
7,70€, 170×170 mm, 20 pages, imprimé en Malaisie.
Dis, mamans
de Muriel Douru
Éditions gaies et lesbiennes
8,01€, 28 pages, lieu d’impression non indiqué.
Tango a deux papas et pourquoi pas ?
de Béatrice Boutignon
Le baron perché
16,30€, 280×220 mm, 40 pages, imprimé en France
Ulysse et Alice
d’Ariane Bertouille, illustré par Marie–Claude Favreau
Les éditions du remue-ménage et Bouton d’or Acadie
18,35€, 245×340 mm, 40 pages, imprimé au Canada
Marius
de Latifa Alaoui M., illustré par Stéphane Poulin
L’atelier du poisson soluble
13,50€, 170×210 mm, 28 pages, imprimé en France
À mes amourEs
de Claudine Galéa, illustré par Thisou
Le Rouergue
6,50€, 120×170 mm, 112 pages, imprimé en France
Oh, boy !
de Marie-Aude Murail
L’école des loisirs, dans la collection Médium
8,50€ , 125×190 mm, 207 pages, imprimé en France
Cristelle et Crioline
de Muriel Douru
KTM éditions
14€, 170×210 mm, 32 pages, imprimé en France
Titiritesse
de Xerardo Quintiá, illustré par Maurizio A. C. Quarello
OQO dans la collection O
12€, 250×230 mm, 48 pages, imprimé au Portugal
F comme garçon
de Isabelle Rossignol
L’école des loisirs, dans la collection Médium
9,40€ , 125×190 mm, 152 pages, imprimé en France
Tous les garçons et les filles
de Jérôme Lambert
L’école des loisirs, dans la collection Médium
9,20€ , 125×190 mm, 111 pages, imprimé en France
Qui suis-je ?
de Thomas Gornet
L’école des loisirs, dans la collection Médium
8,70€ , 125×190 mm, 101 pages, imprimé en France

A part ça ?

Qu’est-ce que l’homoparentalité ? C’est ce à quoi tente de répondre Martine Gross dans un petit livre très complet. Ici tout est abordé, de la sémantique à l’aspect juridique. On y parle bien sûr de l’intérêt de l’enfant, de l’adoption, de l’insémination artificielle,… On y lit des vécus de parents et d’enfants, des témoignages d’experts (scientifiques, psychanalystes,…). On va aussi parler de ce qui fâche (les idées reçues du genre qu’un enfant élevé par un couple gay a plus de chance d’être abusé, des arguments des « anti-homoparentalité »), de ce qu’il reste à faire (gageons que ça change les prochaines années)… bref un petit livre très complet, une mine d’information pour tous les gens qui vivent cette situation.
Qu’est-ce que l’homoparentalité ? de Martine Gross. Éditions Payot-Rivages, 7,50€.

Gabriel

You Might Also Like

Secured By miniOrange