La mare aux mots
Parcourir le tag

Stéphane Servant

Au fond des bois

Par 12 décembre 2017 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, on plonge au fond des bois grâce à deux superbes albums : À l’intérieur des gentils (pas si gentils) de Clothilde Perrin (un vrai bijou !) et le très émouvant Gronouyot

À l’intérieur des gentils : pas si gentils
de Clotilde Perrin
Seuil Jeunesse.
19 €, 280×410 mm, 12 pages, imprimé en France, 2017.
Gronouyot
Texte de Stéphane Servant, illustré par Simone Rea
Didier Jeunesse.
14,20 €, 247×297 mm, 32 pages, imprimé en France, 2017.

You Might Also Like

Du berger à la bergère : de Stéphane Servant à Madeline Roth

Par 19 juillet 2017 Les invités du mercredi

Cet été, on vous propose à nouveau la rubrique du berger à la bergère tous les mercredis. Cette rubrique vous avait tellement plu l’été dernier, nous nous devions de la reprendre (il faut dire qu’à nous aussi elle plaît beaucoup) ! Donc tous les mercredis jusqu’à la rentrée, ce sont des auteur.trice.s et des illustrateur.trice.s qui posent trois questions à un auteur.trice ou une illustrateur.trice de leur choix. Puis c’est à l’interviewé.e d’en poser trois à son tour à son intervieweur.euse d’un jour. Après Régis Lejonc et Janik Coat, cette semaine c’est Stéphane Servant qui a choisi de poser des questions à Madeline Roth !

Stéphane Servant : Voilà une question que l’on me pose régulièrement (et à laquelle j’ai du mal à répondre) : Où se situe la frontière entre la littérature estampillée ado et la littérature générale ?
Madeline Roth : Moi aussi j’ai du mal à répondre à cette question ! Je pense que l’élément qui définit sans doute la littérature dite pour ado est l’existence d’un ou plusieurs personnages adolescents. C’est sans doute le cas de presque la totalité des romans publiés en littérature jeunesse, pour qu’il puisse y avoir identification du lecteur au narrateur, ou au personnage, je présume. Mais la littérature ado est très jeune, les éditeurs n’en publient que depuis peu. Quand moi j’étais ado, j’ai lu des romans « jeunesse » (surtout ceux publiés à l’école des loisirs) mais très vite j’ai été piquer des livres dans les étagères des adultes. Aujourd’hui il y a une offre gigantesque en littérature ado, dans tous les genres. La frontière, à mon avis, c’est l’éditeur qui la place, en choisissant de publier un texte dans une collection destinée à une tranche d’âge. Mais on peut espérer que cette frontière bouge, et qu’il y ait, par exemple, à l’avenir, de plus en plus de lecteurs adultes qui viennent chercher des textes à lire en littérature dite « jeunesse », parce que c’est une mine de richesse, d’imagination et de liberté.

Stéphane Servant : Ton écriture est sensible, sensuelle, avec toute l’intensité et la violence des premières fois. Est-ce la jeune fille en toi qui tient parfois le stylo ?
Est-ce que tu as gardé tes carnets d’adolescente (tu avais des carnets, n’est-ce pas ?) ? Est-ce que tu vas piocher dans ces textes pour construire tes personnages ?
Madeline Roth : Oui, j’avais des carnets, mais où je recopiais principalement des citations de livres que je lisais ou des paroles de chansons. J’ai écrit beaucoup de lettres d’amour, aussi ! Et bien sûr, j’ai gardé ces carnets, et il m’arrive de les relire, mais c’est plutôt dans mes écrits récents que je pioche. Il y a une douzaine d’années, j’ai participé à plusieurs ateliers d’écriture, et à l’époque, j’essayais d’écrire chaque jour (ce qui n’est plus du tout le cas aujourd’hui !). Alors oui, ta question est belle, c’est souvent la jeune fille en moi qui tient le stylo, parce qu’encore aujourd’hui, j’aime profondément l’espèce de démesure que les adolescents mettent dans tout : leur premier amour, leur première peine, tout est immense, insurmontable, neuf, violent. Et puis un texte, ça doit faire naître des sensations : ça fait ralentir ou accélérer le souffle, ça donne envie de toucher, de respirer, d’entendre, ça ancre dans la vie, dans ce qu’elle a de puissant, ça bouscule le corps (enfin pour moi). La littérature que j’aime lire, et celle que j’essaie d’écrire, elle est près du corps, elle bouscule, interroge, réveille, mais tout ça, c’est très physique, ça ne se passe pas juste dans la tête, ça vient gratter des plaies sur votre peau.

Stéphane Servant : Tu écris court. Pour aller droit au cœur ? Est-ce que l’intensité des sentiments peut résister à la longueur ?
Madeline Roth : J’écris court parce que j’écris peu, pour les raisons dont je viens de parler : écrire m’épuise, physiquement. J’ai toujours mille livres à lire au lieu de me mettre à écrire, ils sont ma meilleure excuse. Et puis j’aime le silence. Rien ne m’effraie plus que « les bavardages », cette manière de remplir le silence. Lorsque je commence l’écriture d’un texte, je sais assez vite que je ne tiendrais pas longtemps en sa compagnie, qu’il faut que je le termine vite. C’est très difficile pour moi d’être à la fois dans la vie et dans l’écriture. J’ai longtemps eu cette citation de Duras affichée sur mes murs : « Quand je pense à ma vie, je pense que j’ai été très absente […]. Il n’y a pas d’écriture qui laisse le temps de vivre, ou alors il n’y a pas d’écriture, vous ne pouvez pas faire l’économie de ça. On n’est personne dans la vie vécue, on n’est quelqu’un que dans les livres ».
Avec le temps, je suis de moins en moins d’accord avec sa dernière phrase, mais je sépare encore la vraie vie de l’écriture. Alors j’écris vite. Et l’intensité, tu sais, ce n’est jamais très long…

Madeline Roth : Il y a souvent, dans tes romans ados, un rapport charnel, brutal, avec la nature, la terre, et les animaux. Est-ce qu’ils sont là pour dire quelque chose de l’homme, de notre part animale ?
Stéphane Servant : Effectivement, je conçois la nature comme un miroir face auquel mes personnages ne peuvent pas tricher.
Elle révèle leur violence, leurs désirs et leurs peurs.
Tout ce qui se cache au plus profond d’eux est mis en lumière dans ce rapport-là.
Ainsi, mes personnages bataillent souvent avec les espaces sauvages, non domestiqués. Ils s’y égarent, ils tentent d’y survivre, ils s’y réfugient. Mais c’est en fait avec eux-mêmes qu’ils luttent. Avec leur propre nature.
C’est une mise à nu.
Parce que c’est aussi ce qui se joue à l’adolescence.
On tente de domestiquer cet élan sauvage qui vient de l’enfance.
On cherche à canaliser ce bouillonnement nouveau de désirs et de peurs.
Parce qu’on sait qu’au bout nous attend le monde en apparence si policé des adultes.
En parallèle de ce motif, je mets souvent en scène le besoin impérieux des hommes de dominer le vivant, le sauvage.
Dans Le cœur des louves, les hommes éradiquent les loups. Dans La langue des bêtes, ils rasent la forêt.
Et ce processus de domination est à l’œuvre, de la même manière, dans la société : les femmes indociles deviennent putains ou sorcières, les marginaux sont changés en ogres,…
Dès lors, mes personnages sont amenés à se questionner sur la norme et à se demander s’il faut vraiment éteindre tout ce qui palpite en eux.
Enfin, confronter mes personnages à la nature, de façon charnelle et brutale, me permet d’interroger l’homme d’aujourd’hui.
Une fois dépouillés de notre vernis civilisé, de nos prodiges technologiques, de notre confort matériel, que reste-t-il de nous ? Sommes-nous encore des hommes ? Ou plus tout à fait ? Sommes-nous capables de survivre ? Où se situe l’humanité ?

Madeline Roth : Tu mets en mots aussi, il me semble, la fuite, ou la quête : la fuite face à la violence des liens familiaux, la quête d’un autre rapport à son passé, pour pouvoir écrire un autre futur, peut-être. Est-ce qu’écrire répond aux questions que tu te poses en tant qu’homme ? Ou est-ce qu’au contraire, écrire pose toujours d’autres questions ?
Stéphane Servant : Alors, premièrement, sur cette notion de fuite ou de quête, sur ce rapport au passé et sur la manière d’écrire un futur, c’est vrai que c’est un motif central dans la plupart de mes textes.
Il me semble que c’est là aussi quelque chose qui se joue à l’adolescence.
Si on envisage l’adolescence comme un carrefour où tu viens d’arriver, imagine plusieurs chemins qui s’ouvrent devant toi. Tu ne sais pas vraiment où aller, il fait sombre, tu ne vois pas où les chemins te mèneront.
Imagine, en plus, tu portes des bagages. Ceux légués par ta famille. Tu sais que la route est encore longue. Que certains sentiers sont très étroits, escarpés. Dès lors, tu ne peux pas tout emporter. Certains des bagages sont très lourds. D’autres plus légers. Et tous n’ont pas la même valeur. Que vas-tu garder ? Que vas-tu laisser ?
Et enfin, imagine que derrière toi sont lancés les monstres de ton enfance.
Il faut te décider. Vite !
Voilà ce qui m’intéresse : les choix que l’on fait à l’adolescence, ceux qui font de nous des adultes plus ou moins libres.
Pour certains le chemin s’apparente à une balade, pour d’autres, comme mes personnages, c’est plus une course… et c’est beaucoup plus palpitant !
En ce qui concerne l’écriture, j’écris avant tout pour m’interroger, moi, sur le monde actuel, et pour partager ces interrogations avec le lecteur.
Je ne crois pas qu’on trouve de réponses dans les livres (sinon, ce n’est pas de la littérature mais de la propagande ou des notices de montage Ikea) mais d’autres questions, d’autres chemins à explorer… sans fin.

Madeline Roth : Tu alternes l’écriture de romans ados et celle d’albums pour les petits. Est-ce que les albums sont une respiration ? Est-ce que tu aimes autant les deux ? Est-ce que tu écriras un jour un roman « adulte » ?
Stéphane Servant : Une respiration ? Oui, peut-être, mais une respiration complémentaire.
Dans les romans, j’essaie de travailler le souffle. Dans les albums, on est plus dans une respiration ténue, chantante.
L’écriture d’album s’apparente pour moi à l’écriture poétique. Un art de l’épure. Un jeu de rythme. Un fragile équilibre, qu’on soit dans l’humour ou dans des motifs plus intimistes. C’est une mécanique très particulière, où il existe une très grande liberté dans le fond mais la forme, elle, est très contraignante. Premièrement, de par la pagination et le rythme qu’elle induit. Deuxièmement parce que beaucoup de choses ont été dites et très bien dites alors autant s’abstenir de publier de pâles copies. Et enfin parce qu’il faut toujours laisser une place à une écriture graphique qui n’existe pas au moment où tu écris.
Mais la magie toujours renouvelée, c’est de voir les mots prendre vie entre les mains d’un illustrateur ou d’une illustratrice. Ce moment-là est toujours très troublant. Deux imaginaires qui se rencontrent. Il y a de la joie, souvent, de la frustration, parfois. De la surprise, tout le temps. Voir les premières illustrations, c’est déjà accepter que le texte ne t’appartient plus tout à fait. Que tu le partages. Qu’il est devenu autre chose. Un album. Où texte et images sont intimement mêlés et racontent ensemble une histoire inédite.
Il y a un aspect très ludique dans la création d’un album. Un swing. Une effervescence.
L’écriture romanesque est a contrario un travail de longue haleine, solitaire et laborieux. Ce sont des centaines d’heures passées à batailler avec les mots. Où tu construis toi-même personnages, décors, costumes,… Tu n’es pas contraint par la forme. Tout est ouvert. Terriblement ouvert, parfois. Chaque nouveau roman est une aventure hasardeuse. Il y a du plaisir, bien sûr, mais beaucoup plus d’appréhension. Parce que tu ne sais pas pour combien de temps tu embarques. Un an ? Deux ans ? Tu ne peux pas vraiment savoir avant de commencer et pourtant, tu es le seul capitaine du navire. À toi d’inventer la route pour arriver jusqu’au livre… en essayant de ne pas t’échouer sur un iceberg !
Quant au roman « adulte »… ah ah ! Écoute, aujourd’hui, j’écris vraiment ce que j’ai envie d’écrire. Je ne triche pas. Je ne maquille pas. J’écris. Ce qui me plaît. Comme ça me plaît. Et il se trouve que je suis publié dans une collection jeunesse. Certains le regrettent. On pourrait discuter de la frontière ado/adulte, de la place dans les rayonnages. Mais là, ce n’est plus mon boulot, c’est celui de l’éditeur, des libraires, des prescripteurs. Et avant tout celui du lecteur. Moi, j’écris. Tout simplement.

Bibliographie sélective de Stéphane Servant :

  • Purée de cochon, album illustré par Laëtitia Le Saux, Didier Jeunesse (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Cinq minutes et des sablés, album illustré par Irène Bonacina, Didier Jeunesse (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • Ma mère, album illustré par Emmanuelle Houdart, Thierry Magnier (2015).
  • La langue des bêtes, roman, Le Rouergue (2015).
  • Chat par-ci/chat par-là, roman, Le Rouergue (2014).
  • Cheval océan, roman, Actes Sud Junior (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le gros goûter, album illustré par Cécile Bonbon, Didier Jeunesse (2014), que nous avons chroniqué ici.
  • Nos beaux doudous, album illustré par Ilya Green, Didier Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le cœur des louves, roman, Le Rouergue (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Boucle d’Ours, album illustré par Laëtitia Le Saux, Didier Jeunesse (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Le loup sous le lit, roman illustré par Benoît Morel, Oskar (2012)
  • Le crafougna, album illustré par Anne Montel, Didier Jeunesse (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Le masque, album illustré par Ilya Green, Didier Jeunesse (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • La culotte du loup, album illustré par Laëtitia Le Saux, Didier Jeunesse (2011), que nous avons chroniqué ici.
  • Ti Poucet, album illustré par Ilya Green, Rue du monde (2009)
  • Le machin, album illustré par Cécile Bonbon, Didier Jeunesse (2007), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez Stéphane Servant sur son blog : http://stephaneservant.over-blog.com.

Bibliographie de Madeline Roth :

  • Tant que mon cœur bat, roman, Thierry Magnier (2016).
  • À ma source gardée, roman, Thierry Magnier (2015), que nous avons chroniqué ici.
  • L’été de Léa, roman, Sarbacane (2015).

You Might Also Like

Des loups, des monstres et des éclats de rire !

Par 14 juillet 2016 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, on découvre deux très bons albums qui mettent en scène des méchants un peu désœuvrés face à des victimes pas bien effrayées !

Les monstres
Texte de Magdalena, illustré par Christine Davenier
Père Castor-Flammarion
13,50 €, 248×308 mm, 32 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2016.
Purée de cochons
Texte de Stéphane Servant, illustré par Lætitia Le Saux
Didier Jeunesse
12,50 €, 240×260 mm, 32 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2016.

You Might Also Like

De la musique et des sablés

Par 5 février 2016 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, on découvre deux beaux albums qui évoquent des sujets graves avec beaucoup de finesse.

You Might Also Like

Dis, tu peux lui demander… ? (Saison 2, 4/9)

Par 22 juillet 2015 Les invités du mercredi

Cet été, comme l’été dernier, vous pourrez lire, tous les mercredis, une question d’enfant et la réponse d’auteur-e-s, illustrateur-trice-s, éditeur-trice-s… Aujourd’hui, c’est une question de Raphaël, 12 ans : « Est-ce qu’on propose à un auteur de roman plusieurs choix d’illustrations pour la couverture ? ». Les auteur-e-s Bertrand Santini, Cathy Ytak, Stéphane ServantCécile Roumiguière, Annelise Heurtier, Clémentine Beauvais et Gaël Aymon et l’éditrice Mélanie Decourt ont accepté de lui répondre, vous découvrirez, en même temps que lui leurs réponses. Le journal de GurtyChacune des questions retenues fait en plus gagner un ouvrage à l’enfant qui l’a posée. Cette question permet donc à Raphaël d’avoir la chance de recevoir, grâce aux éditions Sarbacane, Le journal de Gurty, vacances en Provence de Bertrand Santini, un super roman qui nous a fait beaucoup rire ma fille et moi (et que nous avons chroniqué ici).


« Est-ce qu’on propose à un auteur de roman plusieurs choix d’illustrations pour la couverture ? » (Raphaël 12 ans)

Bertrand Santini :
Cela dépend des éditeurs. Certains auteurs – comme moi – ont la mauvaise habitude de fournir une couverture avec le texte, ce qui vire généralement en pugilat avec l’éditeur. D’autres auteurs, par contre, ont une manie pire encore, celle de se désintéresser tout à fait de cette question. Enfin, une majorité d’éditeur conçoivent la couverture sans demander l’avis de l’auteur. Celui-ci, généralement timide, la découvre en faisant “Oh, c’est formidable” alors qu’il la trouve parfaitement  hideuse.

Le journal de GurtyBertrand Santini est auteur et illustrateur de romans et d’albums. Son dernier roman, Le journal de Gurty, vacances en Provence, est sorti il y a peu chez Sarbacane. Avant cela, il a sorti, entre autres, Le Yark et Jonas le requin mécanique chez Grasset Jeunesse.
Retrouver ici l’interview que nous avons réalisée de lui.

Cathy Ytak :
Ma réponse va sûrement te surprendre, Raphaël… En effet, la plupart du temps, les éditeurs choisissent les couvertures des romans sans même demander l’avis des auteurs !
Ce sont donc les éditeurs qui choisissent les illustrateurs, et décident avec eux ce qui figurera sur la couverture. Les illustrateurs font alors des projets qu’ils remettent à l’éditeur. À ce stade-là, certains éditeurs envoient un ou deux projets à l’auteur pour lui demander son avis et recueillir ses commentaires. Ces éditeurs sont à l’écoute des auteurs qui peuvent ainsi demander à corriger quelques « erreurs » sur l’illustration (un personnage qui ne correspond pas à la description qui en est faite dans le livre, par exemple).
D’autres éditeurs, au contraire, n’envoient aux auteurs que la couverture achevée et prête à être imprimée. Dans ce cas, l’auteur est obligé d’accepter une couverture qui peut ne pas lui plaire. Et c’est très dommage !

La seule façon de te parlerCathy Ytak écrit non seulement des romans jeunesse mais aussi des livres de cuisine. Et quand elle n’écrit pas ses propres histoires, elle traduit celle des autres ! Son dernier roman vient tout juste de sortir chez Nathan et s’intitule La seule façon de parler.
Son site : http://www.cathy-ytak.net.

Stéphane Servant :
Oui Raphaël, effectivement, cela se passe généralement ainsi. L’éditeur propose une ou plusieurs couvertures et demande son avis à l’auteur. S’il y a des hésitations, c’est l’éditeur qui tranchera au final car c’est lui le maître d’œuvre : c’est lui qui va assurer la promotion du roman et il est donc important que l’image mette en valeur l’objet livre. Mais c’est évidemment un choix subjectif – l’auteur et l’éditeur peuvent avoir des points de vue très différents.
En ce qui me concerne, j’ai la chance d’avoir choisi les photos des couvertures de mes deux derniers romans. Comme j’aime beaucoup la photographie, je suis à l’affût du travail des jeunes créateurs. Je vais voir des expos, je furète sur Internet. Parfois, le travail de ces artistes résonne particulièrement avec des textes en cours d’écriture : ça a été le cas avec Louise Markise pour Le cœur des louves, et avec Laura Makabresku pour La langue des bêtes. Sylvie Gracia, mon éditrice aux éditions du Rouergue, a été sensible à leurs univers. Nous étions entièrement d’accord pour dire que ces photos feraient de ces livres de beaux objets. Et c’est ainsi que leurs images se sont retrouvées en couverture de mes romans !

La langue des bêtesStéphane Servant alterne les romans et les albums. Son dernier roman Chat par ci/Par par là est sorti au Rouergue. À la rentrée on pourra découvrir son nouveau roman, La langue des bêtes, au Rouergue toujours et son nouvel album, Ma mère illustré par Emmanuelle Houdart, chez Thierry Magnier.
Retrouvez ici l’interview que nous avons réalisée de lui.

Cécile Roumiguière :
L’auteur peut recevoir les esquisses de la couverture, un peu comme des brouillons, des propositions. Et il peut dire celle qu’il préfère, mais c’est l’éditeur qui décide. Parfois même, l’auteur peut suggérer le nom d’un illustrateur pour réaliser la couverture. Chez d’autres éditeurs, l’auteur ne découvre que la couverture finale, il ne pourra rien y changer. Les couvertures de romans font partie d’un ensemble, d’une collection, il faut que le lecteur repère les livres de la collection au premier regard, c’est pour ça que souvent c’est l’éditeur qui choisit tout seul la couverture. Mais il est important que l’auteur soit fier de la couverture de son roman, il va vivre avec elle un certain temps…

LilyCécile Roumiguière est auteure. Elle alterne romans et albums, elle vient d’ailleurs de sortir un roman chez La joie de Lire (Lily) et un album chez À pas de loups (Sur un toit un chat). À la rentrée, on découvrira Mon chagrin éléphant (Thierry Magnier).
Le site de Cécile Roumiguière : http://www.cecileroumiguiere.com.

Annelise Heurtier :
Cela dépend des livres et des éditeurs.
Parfois, l’éditeur n’implique pas du tout l’auteur, qui découvre (avec bonheur ou pas !) la couverture au moment de vérifier le BAT (Bon à Tirer, il s’agit de la maquette du livre juste avant qu’il soit imprimé).
D’autres fois, l’éditeur (ou le directeur artistique s’il y en a un dans la maison d’édition) montre à l’auteur les différentes pistes proposées par la personne qui réalise la couverture : graphiste, illustrateur, ou photographe. Et le choix se fait de manière concertée !

RefugesAnnelise Heurtier est auteure de romans et d’albums. Son dernier roman Refuges est sorti chez Casterman. Son dernier album, Combien de terre faut-il à un homme, chez Thierry Magnier.
Retrouver ici une interview que nous avions réalisée d’elle.
Le site d’Annelise Heurtier : http://histoiresdelison.blogspot.fr.

Clémentine Beauvais:
En général, non, on en propose un seul. L’auteur a vraiment très peu de marge de manœuvre sur la couverture – on peut parfois dire qu’on préfère tel ou tel choix de couleur, telle ou telle police d’écriture, mais ces décisions sont très largement faites par les éditeurs.

Les petites reinesClémentine Beauvais écrit des romans (le dernier : Les petites reines, sorti chez Sarbacane) et des albums (le dernier : Lettres de mon hélicoptêtre, chez Sarbacane également). À la rentrée, on découvrira Les bébés ça pue chez Hachette.
Retrouver ici l’interview que nous avions réalisée d’elle.
Le site de Clémentine Beauvais : http://www.clementinebeauvais.com.

Gaël Aymon :
J’ai rarement mon mot à dire sur quoi que ce soit, illustrations ou couverture ! Mais je pense que si je détestais un projet de couverture, l’éditeur essaierait de trouver autre chose. Ça ne m’est jamais arrivé. J’aime presque toutes les couvertures de mes livres, même si je ne les ai pas choisies.

Les héros oubliésGaël Aymon alterne romans (Le conte des trois flocons, chez Bayard, et Aux portes de l’oubli, chez Actes Sud Junior, viennent de sortir) et albums (Perce-Neige et les trois ogresses, chez Talents Hauts est le dernier en date).
Retrouver ici l’interview que nous avions réalisée de lui.
Le site de Gaël Aymon : http://gaelaymon.com.

Mélanie Decourt :
La couverture (comme le titre) d’un roman sont du ressort de l’éditeur. C’est lui qui à la fois connaît le contenu du roman et sait à quel type de lecteurs-lectrices on le destine, dans quel type de librairies on va le vendre et donc à quoi le livre doit ressembler pour attirer son public. C’est l’éditeur ou l’éditrice qui, en accord avec toute l’équipe (auteur-e, illustrateur-trice, graphiste, directeur-trice artistique, fabricant-e, directeur-trice du marketing, cf. question de Madeleine) va décrire le type de couverture qu’il imagine :
– avec une photo, une illustration ou juste le titre ?
– avec un effet de fabrication : vernis sélectif, fer à dorer, embossage, encre pantone… ?
– le genre du livre : humour, peur, imaginaire, historique… ?
– l’âge des lecteurs-lectrices,
– ce que l’on doit mettre en avant sur la couverture  : les personnages ? le décor ? le genre ?
Ensuite c’est le directeur artistique ou graphiste qui la réalise : il fait faire une illustration ou trouve une photographie, puis cherche une typographie pour le titre et place le tout ensemble. Il ou elle fait plusieurs propositions et il y a plusieurs étapes, on corrige, on recommence, on cherche… puis on trouve ! Quand on hésite entre deux projets, on demande son avis à l’auteur.

Mélanie Decourt est directrice éditoriale (albums et fictions) chez Nathan après avoir été éditrice chez Talents Hauts, maison qu’elle a co-fondée.
Retrouvez ici l’interview que nous avons réalisée d’elle.

You Might Also Like

Secured By miniOrange