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Thomas Gornet

Les invité·e·s du mercredi : Alexandre Chardin et Thomas Gornet

Par 11 avril 2018 Les invités du mercredi

Aujourd’hui, je vous propose de partager avec vous l’une de mes plus belles rencontres de ces derniers mois… Alexandre Chardin. J’ai rencontré tout d’abord son écriture qui m’a instantanément séduit (mais Sarah m’en avait dit tant de bien que je n’ai pas été étonné), puis l’auteur qui est une personne extrêmement sympathique, chaleureuse, passionnée… Je lui ai donc posé quelques questions et je vous propose de lire ses réponses. Ensuite, c’est avec un autre auteur que j’aime beaucoup que je vous propose de continuer, Thomas Gornet partage avec nous ses coups de cœur et coups de gueule. Bon mercredi à vous !


L’interview du mercredi : Alexandre Chardin

Vous venez de sortir un roman absolument magnifique, Mentir aux étoiles, j’aimerais que vous nous le présentiez, que vous nous disiez comment il est né et qui est Léon, le jeune héros de cette histoire.
Pour commencer, merci pour l’adjectif qualifiant mon dernier roman qui prend une place particulière dans mon cœur et mon imaginaire. Il est difficile de se lancer dans une histoire avec des personnages aussi « vivants » et forts que Léon et Salomé, mais ils avaient une telle envie d’être écrits que je leur ai fait confiance. L’origine de cette histoire, cette fois, n’est pas un lieu, mais une situation qui m’a bouleversé. Il y a quelques années, j’ai eu deux élèves dans deux classes différentes (je suis enseignant) : un « Léon » en sixième, apeuré, fragile, sensible, et une « Salomé », en quatrième, ronde, brûlante de colère, de gros mots et de violence, mais avec qui je m’entendais très bien. Et puis, un jour, des « grands » ont fait tomber Léon dans le couloir et lui ont mis le sac sur la tête avant de partir avec des rires gras. Salomé m’a devancé pour réparer la barbarie. Elle a fondu sur Léon, l’a relevé, rassuré avec une empathie et une douceur de maman. J’ai laissé faire, ému. Ensuite, Léon « ramassé », elle est allée mettre quelques pifs-pafs aux grands qui n’ont pas répliqué… Et je n’ai rien vu, ou bien j’étais trop loin, ou bien…
Le sujet était là : une très grosse fille à l’immense sensibilité, et un « petit » garçon qui avait besoin d’elle pour s’émanciper, s’ouvrir, se découvrir et prendre courage. Le reste, n’est que fiction…

Ça veut dire que votre travail d’enseignant a une influence sur votre travail, que vos élèves vous inspirent ?
Mes élèves m’inspirent peu, généralement, mis à part pour Mentir aux étoiles, mais ils m’apportent de la matière, des regards, des mots, des attitudes, des postures, des rôles, des agacements, une énergie, des rires. Je me nourris de leur force, parfois aussi de leur mollesse, qui m’agace ou me fait rire (en fonction de ma forme…)
Une chose est certaine : enseigner et écrire, pour moi, vont de paire, comme se nourrir et nourrir en retour. Je reste donc un enseignant heureux, très heureux !

D’où vous vient votre inspiration alors ?
Mon inspiration vient le plus souvent de lieux que je traverse en courant dans la montagne, de parfums, de choses vues ou entendues, de voyages. J’appelle ça les pièces de mon puzzle. J’en ai des centaines, peut-être des milliers dans la tête. Elles s’accumulent jusqu’à ce qu’un jour un personnage se mette à placer des pièces et me révèle une histoire. Il ne me reste plus qu’à l’écouter pour transmettre au mieux ce qu’il veut raconter au lecteur. Je me considère comme un intermédiaire à l’écoute. Parfois, c’est délicieux de combler les trous du puzzle en faisant turbiner mon imaginaire, mais c’est difficile d’être à la hauteur des personnages…

Quand vous écrivez un roman, savez-vous à l’avance comment va se terminer votre histoire ?
J’écris en funambule. Je ne monte sur la corde, entre deux falaises, que lorsque je vois le bout de la corde. Écrire est vertigineux, je vise le bout, la fin, et ne regarde que très peu mes pieds pour éviter de tomber (ce qui m’est arrivé quelques fois). Une fois, la corde passée, je la reprends, me relis, jusqu’à la fluidité, avec l’aide de mes éditrices, précieuses et brillantes personnes, qui me rassurent quand je tremble. Et je doute beaucoup.

Parlez-nous de votre parcours, comment êtes-vous venu à l’écriture ?
J’ai passé un bac F7, biochimie, un BTS de biotechnologie, j’ai redoublé deux fois, je détestais lire, j’avais zéro à toutes mes dictées et j’ai toujours exécré l’école. Et… Je suis professeur et auteur… Cherchez l’erreur… La faute à JMG Le Clézio qui m’a offert lumière, chaleur et parfums avec Désert : ma révélation, ma première grande histoire d’amour littéraire ! Oui, cet écrivain a ouvert une porte en moi que je ne connaissais pas. Je lui dois beaucoup.

Quelles étaient vos lectures d’enfant, d’adolescent ?
Enfant, lire était une corvée, une souffrance. J’aimais les forêts, courir, faire du vélo, pêcher et rêver. J’ai découvert, bien plus tard, que je ressemblais à un personnage d’André Dhôtel ou de Giono… en rêveur éveillé. J’ai un très beau souvenir de Tistou les pouces verts de Maurice Druon ! Et de BD comme Boule et Bill, Les Schtroumpfs (Gargamel, j’adore !)

Que lisez-vous en ce moment ?
Actuellement, je suis un mauvais lecteur. Je lis comme un cuisinier, je picore, je n’arrive plus à finir de plat, parce que chaque livre que je commence me donne trop envie d’écrire ! C’est terrible ! Mais j’ai commencé Elena Ferrante, L’amie prodigieuse et c’est vraiment très bon ! J’ai envie de me laisser emporter, naïvement, délicieusement !

Je crois que vous avez quelques beaux projets qui arrivent, pouvez-vous nous en dire quelques mots ?
Concernant mes projets, deux albums sont à paraître le mois prochain chez L’Élan Vert (pour les 3-6 ans), un roman Les Larmes de Avalombres, chez Magnard jeunesse en juin (un grand roman d’aventures illustré par l’immmmmense Régis Lejonc !) et un roman très mystérieux chez Thierry Magnier, La Fosse au loup, un peu dans la veine de Mentir aux étoiles quant à l’atmosphère… qui paraîtra en janvier 2019. Et puis quelques romans non envoyés et cinq ou six romans qui voudraient être écrits…
Bref, la vie est belle, passionnante, surtout quand l’écriture me permet de multiplier les ombres du réel.
Merci pour ces questions. J’ai peur d’avoir été bavard… Je l’avoue…

Bibliographie :

  • Mentir aux étoiles, roman, Casterman (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Des vacances d’Apache, roman, Magnard (2017), que nous avons chroniqué ici.
  • Jonas dans le Ventre de la Nuit, roman, Thierry Magnier (2016).
  • Le goût sucré de la peur, roman, Magnard (2016), que nous avons chroniqué ici.
  • Adélaïde, ma petite sœur intrépide, album illustré par Mylène Rigaudie, Casterman (2015).
  • Petit lapin rêve de gloire, album illustré par Mylène Rigaudie, Casterman (2013).


Le coup de cœur et le coup de gueule de… Thomas Gornet

Régulièrement, une personnalité de l’édition jeunesse (auteur·trice, illustrateur·trice, éditeur·trice…) nous parle de deux choses qui lui tiennent à cœur. Une chose qui l’a touché·e, ému·e ou qui lui a tout simplement plu et sur laquelle il·elle veut mettre un coup de projecteur, et au contraire quelque chose qui l’a énervé·e. Cette semaine, c’est Thomas Gornet qui nous livre ses coups de cœur et ses coups de gueule.

Mon coup de cœur du moment est un coup de cœur qui dure depuis maintenant plus de 25 ans.
C’est un coup de cœur que je partage avec des millions d’autres personnes.
(on a toujours envie d’être un peu original, quand on parle d’un coup de cœur, non ? Genre on va faire découvrir un truc unique. Mais là, non. C’est pas original.)
C’est David Lynch. Ou plus exactement c’est le cinéaste David Lynch.
Et plus particulièrement Twin Peaks : The Return, aussi nommée parfois « troisième saison de Twin Peaks ».
C’est d’ailleurs plus qu’un coup de cœur, c’est une obsession.
Au-delà de la joie de revoir des acteurs et des actrices que j’ai connu·e·s il y a 25 ans, j’ai été estomaqué, à chaque épisode, par la liberté totale que se permet d’avoir Lynch.
Rien à faire des codes sériels d’aujourd’hui
Rien à faire de la linéarité
Rien à faire du rythme unifié et uniforme qu’ont tous les films et toutes les séries d’aujourd’hui
Aux chiottes les intrigues qui se ferment
À la poubelle les clifhangers
Rarement, en regardant un film ou un objet télévisuel, j’ai été traversé par autant de sentiments différents : l’exaltation, la terreur, la tristesse, la joie, l’impatience…
Et tout cela me redonne un peu confiance en l’avenir du cinéma et, pourquoi pas, du théâtre.
Car si Lynch peut se permettre ça, alors on doit toutes et tous pouvoir se le permettre aussi : créer ce qu’on veut, ce qu’on sent, sans penser à rien d’autre qu’à être fidèle à ce qu’on a dans la tête.

Je m’énerve tout le temps sur tout. Alors du coup, j’ai décidé de me calmer et d’arrêter de m’énerver sur tout et tout le temps.
Donc, finalement, mon coup de gueule, c’est moi-même.

Thomas Gornet est auteur.

Bibliographie :

  • Qui suis-je ? (nouvelle édition), Rouergue (2018), que nous avons chroniqué ici.
  • Sept jours à l’envers, Rouergue (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Je porte la culotte / Le jour du slip, coécrit avec Anne Percin, Rouergue (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • À bas les bisous, Rouergue (2012).
  • Mercredi c’est sport, Rouergue (2011).
  • L’amour me fuit, l’école des loisirs (2010).
  • Je n’ai plus dix ans, l’école des loisirs (2008).
  • Qui suis-je ?, l’école des loisirs (2006), que nous avons chroniqué ici.

Retrouvez Thomas Gornet sur son blog : http://thomasgornet.blogspot.fr.

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Héros de romans

Par 12 mars 2018 Livres Jeunesse

Aujourd’hui six romans qui ont des garçons pour héros. Des garçons fragiles ou combatifs, qui vivent des choses dures chez eux ou encore habitent sur l’Île imaginaire.

Mathieu Hidalf – Le génie de la bétise
de Christophe Mauri
Gallimard Jeunesse dans la série Mathieu Hidalf
12,50 €, 140×205 mm, 224 pages, imprimé en Italie chez un imprimeur éco-responsable, 2017.
Qui suis-je ?
de Thomas Gornet
Rouergue dans la collection doado
9,20 €, 140×205 mm, 80 pages, imprimé en France, 2018.
Mentir aux étoiles
d’Alexandre Chardin
Casterman
11,90 €, 145×210 mm, 192 pages, imprimé en Espagne, 2018.
La première fois que j’ai (un peu) changé le monde
de Martin Page
PlayBac dans la collection La première fois
9,95 €, 140×206 mm, 113 pages, imprimé en Bosnie-Herzégovine chez un imprimeur éco-responsable, 2018.
Les tarines au kétcheupe
de Marie-Sabine Roger
Rouergue dans la collection doado
9 €, 140×190 mm, 96 pages, imprimé en France, 2017.
Les saisons de Peter Pan
Texte de Christophe Mauri, illustré par Gwendal Le Bec
Gallimard jeunesse
14 €, 140×205 mm, 160 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2018.

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Les sentiments humains

Par 28 novembre 2014 Livres Jeunesse

Je sais bien que demain
Ira peut-être moins bien
Mais je n’aurais qu’à penser au passé
Tu sais celui qu’on s’est bâti
A coups de rires et de joie
Celui qu’on s’est donné le droit d’habiter
Tu sais celui qu’on a souvent touché du bout de nos doigts
Tu sais celui qui a grandi entre toi et moi
27-100 rue des partances, Pierre Lapointe

Sept jours à l'enversIl est mort. Il y a une semaine maintenant. Une semaine douloureuse avec les sourires forcés, le retour à l’école, la boule au ventre, les souvenirs qui rejaillissent et l’enterrement où tous ces gens font le même geste, une petite caresse sur la tête.
Sept jours à l’envers est un roman très fort de Thomas Gornet. Sept jours entre l’annonce de la mort et l’enterrement. À l’envers parce que tout commence par la fin, le roman s’achève sur la mort (tout au long du roman, on se demandera d’ailleurs qui est mort). À l’envers, c’est aussi l’état du héros. Sept jours à l’envers n’est absolument pas un livre larmoyant, on sourit régulièrement avec les souvenirs évoqués, les conversations pleines d’humour qu’échangeait le héros avec le disparu. Ce n’est absolument pas un roman plombant. En lisant ce très beau roman de Thomas Gornet j’ai pensé plusieurs fois à un auteur que j’aime beaucoup, Arnaud Cathrine.
Sept jours à l’envers c’est un beau roman sur la mort, sur la vie qui continue, sur le bouleversement qu’est la perte d’un proche.

Pas couchéQu’on ARRÊTE de le lui demander, Manon n’a pas couché avec Timothée ! Arrêtez de la saouler avec ça, elle n’en peut plus ! OUI, elle est hétéro et lui aussi, OUI ils passent leur temps ensemble, mais ils sont AMIS ! Vous savez ce que c’est un AMI ? On ne couche pas avec son ami ! L’amitié entre fille et garçons ça existe, eh oui ! Alors arrêtez de lui demander, elle ne couche pas avec Timothée !
Pas couché de Cathy Ytak se lit d’un seul souffle comme le dit la couverture, une sorte de monologue sans reprendre sa respiration. On entend les intonations de la jeune fille, sa voix (et l’on imagine parfaitement une adaptation théâtrale). On parle ici de l’amitié, de sa force, du regard des autres et de leurs visions étriquées, de l’ambiguïté. Cathy Ytak parsème son livre de musique (Manon et Timothée sont fans de vieux vinyles) et les amoureux de chanson française se régalent.
Un livre très fort, à lire d’une traite.

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des ouvrages de Thomas Gornet (Je porte la culotte / Le jour du slip et Qui suis-je ?) et Cathy Ytak (Petits ruisseaux).

Sept jours à l’envers
de Thomas Gornet
Rouergue dans la collection doado
8,70 €, 139×204 mm, 80 pages, imprimé en France, 2014.
Pas couché
de Cathy Ytak
Actes Sud Junior dans la collection D’une seule voix
9 €, 116×216 mm, 67 pages, imprimé en France, 2014.

Gabriel

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Les invité-e-s du mercredi : Isabel Finkenstaedt et Thomas Gornet (+ concours)

Par 22 octobre 2014 Les invités du mercredi

Le grand public connaît les auteurs et les illustrateur-trice-s des livres, parfois, mais rarement les éditeur-trice-s. Pourtant sans eux-elles, sans leurs choix, sans leur travail avec les auteurs, il n’y aurait pas d’aussi bons livres en librairie. À La mare aux mots nos aimons vous les présenter, vous les faire connaître. Généralement, nous choisissons d’interviewer ceux-celles que nous avons rencontré-e-s et avec qui nous avons sympathisé, Isabel Finkenstaedt en fait partie. Alors qu’elle doit être bien occupée par sa belle maison, elle est toujours accessible, par mail ou en vrai. Quand on va chez Kaléidoscope, on est toujours bien accueilli. J’avais envie de vous faire connaître cette éditrice passionnante et passionnée… et si chaleureuse. À la suite de cette belle interview, je vous propose de tenter de gagner le très beau recueil qui vient de sortir pour les 25 ans de Kaléidoscope. Ensuite, nous partirons en vacances avec un auteur que nous aimons beaucoup, Thomas Gornet. Bonne semaine à vous !


L’interview du mercredi : Isabel Finkenstaedt

Isabel FinkenstaedtParlez-nous de votre parcours.
Pour commencer, je n’avais aucune intention de travailler dans l’édition : je me voyais plutôt patronne de restaurant. J’aurais un mari cuisinier et ensemble nous régalerions notre clientèle amie de mets délicieux dans notre restaurant unique et chaleureux…
Après mon bac littéraire, je me suis donc inscrite à Ferrandi, l’école Française de gastronomie qui est aujourd’hui rue de l’Abbé Grégoire. J’y suis restée deux ans, j’ai d’abord passé un CAP de commis de cuisine, et l’année suivante un CAP de commis de salle. J’étais vraiment déterminée et je me suis totalement investie, mais six ans plus tard, l’évidence était là, ce métier ne voulait pas de moi. Non seulement mon prince charmant cuisinier ne se présentait pas, mais mes exigences de qualité me dirigeaient vers des restaurants gastronomiques où la brigade était 100 % masculine, les brimades en tout genre malgré des journées de 14 heures non-stop, ont eu raison de ma passion, mon avenir n’était pas dans la restauration.
C’est alors que mon père, éditeur, m’a proposé d’être « scout » pour la maison américaine, William Morrow. C’était un travail rêvé pour une fervente lectrice comme moi, je lirais tout ce qui sortait en France et j’enverrais les meilleurs romans à la maison d’édition new-yorkaise. Hélas, là non plus, la sauce n’a pas vraiment pris (les Américains sont très frileux quand il s’agit d’acheter des droits, tout était « too French »). Mais je suis quand même allée à New York pour un « summer job » l’été de mes 24 ans. Là, j’ai fait la Elmerconnaissance de Susan Hirschman, grande éditrice de livres pour enfants chez Greenwillow — et elle m’a proposé de revenir travailler pour elle l’été suivant. Je suis donc rentrée à Paris avec des albums et des romans jeunesse sous le bras – que j’ai dévorés.
Tout en continuant de travailler pour mon père, je me suis mise en quête d’un stage dans l’édition enfantine à Paris (je ne voulais pas arriver totalement ignorante chez Greenwillow – et je n’y connaissais franchement rien en matière de littérature enfantine !) et c’est Catherine Deloraine chez Flammarion Jeunesse qui a accepté de me prendre sous son aile. Et dans la foulée, comme elle n’aimait pas voyager, elle m’a demandé de la représenter au salon du livre de jeunesse à Bologne.
Une fois mon stage chez Flammarion Jeunesse terminé, j’ai intégré la fabuleuse équipe de Greenwillow où je suis restée deux ans. Puis je suis revenue en France en 1983 et Catherine Deloraine m’a proposé un poste d’éditrice assistante à ses côtés.

Cet élan est à moiEt donc il y a 25 ans vous créez Kaléidoscope, pourquoi avez-vous eu envie de créer votre propre maison d’édition ?
Je suis restée chez Flammarion Jeunesse pendant 5 ans. Nous y avons publié essentiellement des auteurs anglais ou américains et non des moindres, John Burningham, William Steig, Anthony Browne
En 1988, le Père Castor et Flammarion Jeunesse ont été réunis sous une même direction, et mes compétences de chercheuse de nouveaux talents étrangers n’étaient plus vraiment sollicitées. Quelle serait ma prochaine étape ? Londres ? J’ai appelé mon ami Klaus Flugge chez Andersen Press (éditeur de Ralph Steadman, David McKee et Tony Ross entre autres) – qui m’a dit « Fais comme moi, monte ta propre maison ! » « Ha ! » « Mais si, je t’assure, tu as les contacts, les compétences, il te suffit de trouver un diffuseur ! Je serai même actionnaire ! » Triple « Ha ! ».
De nature, je suis une pragmatique. Mais là, j’avoue que je suis rentrée à la maison (c’était un vendredi 2 décembre), et que j’ai passé le week-end à jouer avec les chiffres. Et à additionner les noms d’auteurs devenus amis au fil du temps. Est-ce qu’ils voudraient me suivre dans l’aventure ?
Le lundi je suis allée à la librairie Chantelivre acheter des cartes de vœux dessinées par Anthony Browne et je suis tombée sur mon ami Michel Gay, qui s’est enthousiasmé pour Sans le Ale projet et qui en a parlé à Arthur Hubschmid et c’est vraiment ainsi que Kaléidoscope est né.
D’un mélange de chance, d’amitié et d’opportunité.

Aujourd’hui, comment définiriez-vous Kaléidoscope ?
Nous avons choisi la devise : « lire, rire, grandir (des albums pour accompagner la petite enfance) ». C’est certainement notre objectif.
Nous n’avons pas toujours une réponse ou une solution aux questionnements d’un enfant, mais nous nous rappelons tellement bien notre propre enfance, nous espérons vivement que nos albums pourront aider ceux qui les lisent à se sentir moins seuls dans leurs émotions, et parfois même à en rire. Car l’enfance est un moment souvent effrayant. Le nombre d’expériences nouvelles et déroutantes est immense et souvent l’adulte, interrogé, répond que tout ça n’est pas grave, « tu comprendras plus tard. » « Non ! Maintenant ! » vous répondra la petite Isabel qui, forte de ses 30 ans d’expérience, choisit les publications avec son émotion de fillette de 5 ans.

J’ai remarqué autour de moi que souvent les gens associent Kaléidoscope à l’école des loisirs, alors que l’école des loisirs n’est que votre diffuseur ! C’est quelque chose qui vous énerve ?
Nous serions bien ingrats ! Nous avons une relation fabuleuse avec notre diffuseur – qui n’a pas son pareil en France pour trouver les meilleurs marchés pour nos albums.La vague
Mon père me disait qu’un excellent éditeur avec une mauvaise diffusion n’avait aucune chance de survie alors qu’un éditeur médiocre avec une bonne diffusion avait potentiellement une longue vie devant lui.
Alors un excellent éditeur (soyons modestes !) avec une excellente diffusion ?!
Nous n’avons qu’une chose à dire à l’école des loisirs : MERCI !
(Et tant pis si les uns ou les autres pensent que nous appartenons à l’école des loisirs… il est des filiations plus terribles !)

Cette année, pour fêter vos 25 ans, vous sortez un magnifique recueil regroupant 25 titres sortis ces 25 dernières années, comment s’est fait ce choix des titres ?
Nous sommes trois chez Kaléidoscope et nous travaillons de façon très collégiale. Alors quand nous a été soufflée l’idée de publier une anthologie, nous nous sommes amusées à Va-t'en, Grand Monstre Vert !faire chacune une liste d’albums « incontournables » en y glissant nos coups de cœur plus personnels.
Il a fallu écarter tous les titres avec trous (Va-t’en Grand Monstre Vert) ou rabats (plusieurs titres d’Emily Gravett par exemple), et comme nous nous sommes arrêtées au nombre 25, certaines de nos histoires préférées ne font pas partie de l’anthologie. Mais qui sait, peut-être publierons-nous un autre recueil un jour ?
En attendant, nous nous sommes beaucoup amusées et nous espérons surtout avoir honoré tous ces merveilleux auteurs et illustrateurs qui nous accompagnent parfois depuis nos débuts, et font la richesse de notre catalogue.

Ensuite il y aura Montreuil, je crois que vous préparez quelques belles surprises, vous pouvez nous en dire quelques mots ?
Outre nos auteurs français qui viendront signer sur notre stand, Anthony Browne et Emily Gravett ont aussi accepté de venir cette année.
Sinon il y aura une rencontre avec Geoffroy de Pennart le vendredi 28 novembre. prosper Et le lundi, je participe à une table ronde autour de la question « Littérature de jeunesse, 10e Art ? » Enfin, l’après-midi, nous prévoyons une présentation de Kaléidoscope autour de l’album de notre quart de siècle, Kaléidoscope d’histoires.

Que peut-on vous souhaiter pour les 25 prochaines années ?
Une bibliothèque française forte, une librairie indépendante et solide, un paysage éditorial diversifié et créatif – et PLEIN de nouveaux talents de tous horizons.

Nos dernières chroniques d’ouvrages Kaléidoscope :

  • Elmer de David McKee (traduit par Élisabeth Duval) (1989), que nous avons chroniqué ici.
  • L’anniversaire de Michaël Escoffier et Kris di Giacomo (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • À calicochon d’Anthony Browne (1986), que nous avons chroniqué ici.
  • Moi méchant méchant d’Alessandro Sanna (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Qu’est-ce que je m’ennuie de Christine Naumann Villemin et François Soutif (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Bonne nuit petit monstre vert d’Ed Emberley (traduit par Elisabeth Duval) (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Sinon…! d’Alice Bassié et Sylvain Diez (2009), que nous avons chroniqué ici.
  • Le Grand Livre des Bêtes d’Emily Gravett (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Jérémy dessine un monstre de Peter McCarty (2013), que nous avons chroniqué ici.
  • Dis papa, est-ce que les dinosaures sont morts ? de Julie Middleton (traduit par Elisabeth Duval) et Russell Ayto (2013), que nous avons chroniqué ici.

Le site de Kaléidoscope : http://www.editions-kaleidoscope.com.

Concours :
Un Kaléidoscope d'histoiresComme je vous le disais avant cette interview, grâce à Kaléidoscope je vais pouvoir offrir à l’un de vous le très beau recueil sorti à l’occasion des 25 ans de la maison, Kaléidoscope d’histoires. On y trouve notamment Mon singe et moi, Guili Lapin, À poil(s), Le Gentil P’tit Lapin, Perdu ? Retrouvé, Elmer… 25 albums complets ! Un bien bel ouvrage à l’édition soignée. Pour participer au tirage au sort, dites-moi en commentaire quel est votre album préféré chez Kaléidoscope (et si vous n’en avez pas dites-moi lequel vous tenterai le plus !). Vous pouvez vous aider de leur site. Je tirerai au sort parmi vos réponses. Vous avez jusqu’à mardi 20 h, bonne chance à tous !


En vacances avec… Thomas Gornet

Régulièrement, je pars en vacances avec un artiste (je sais vous m’enviez). Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais moi j’adore partir comme ça avec quelqu’un, on apprend à le connaître notamment par rapport à ses goûts… cet artiste va donc profiter de ce voyage pour me faire découvrir des choses. On emporte ce qu’il veut me faire découvrir. On ne se charge pas trop… 5 de chaque ! 5 albums jeunesse, 5 romans, 5 DVD, 5 CD, sur la route on parlera aussi de 5 artistes qu’il veut me présenter et c’est lui qui choisit où l’on va… 5 destinations de son choix. Cette fois-ci, c’est Thomas Gornet qui s’y colle, merci à lui !
Allez en route !

5 albums jeunesse

  • Jérôme par coeurTout contre Léo de Christophe Honoré
  • Une soirée au théâtre avec monsieur catastrophe John S. Goodall
  • Marcellin Cailloux de Sempé
  • Si un jour… de Malika Doray
  • Jérôme par cœur de Thomas Scotto et Olivier Tallec

5 romansPoint de côté

  • Point de côté de Anne Percin
  • Blonde de Joyce Carol Oates
  • La faute de l’abbé Mouret de Émile Zola
  • Dream Boy de Jim Grinsley
  • Le château de Kafka

5 DVD

  • Qu'est-il arrivé à Baby Jane ?Sunset Boulevard de Billy Wilder
  • Dark Crystal de Jim Henson
  • What ever happened to Baby Jane ? de Robert Aldrich
  • Miracle of life de Douglas Sirk
  • Le tombeau des lucioles de Isao Takahata

5 CD

  • B.O de Exotica (Atom Egoyan) de Mychael DannaBlanc Zbigniew Preisner
  • B.O de Blanc (Krzysztof Kieslowski) de Zbigniew Preisner
  • Concerto pour piano No.23 de Mozart
  • B.O de Twin Peaks (David Lynch) de Angelo Badalamenti
  • B.O de Trouble every day (Claire Denis) de Tindersticks

5 artistes

  • Stanley Kubrick
  • Roman Polanski
  • David Lynch
  • Franquin
  • Et je ne sais pas qui a fait ça (Der Lauf der Dinge)

5 destinations

  • La piscine de Hofsos en Islande Piscine Hofsos
  • Une forêt de châtaigniers près de Saint Avit Rivière en Dordogne (24)
  • La Bibliothèque Francophone Multimédia de Limoges (87)
  • Un restaurant indien de Hong Kong
  • La friterie près de la mairie de Croix (59)

Thomas GornetThomas Gornet est auteur.

Bibliographie :

Retrouvez Thomas Gornet sur son blog : http://thomasgornet.blogspot.fr.

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Animaux, garçons et filles

Par 28 juillet 2014 Livres Jeunesse

Aujourd’hui, je vous propose deux courts romans.

Ça déménage au 6BGrégoire n’est pas du genre élève brillant, au grand désespoir de ses parents qui se demandent ce qu’ils vont en faire. Sa sœur, elle, les satisfait. Grégoire a pourtant une passion : les NAC, autrement dit les Nouveaux Animaux de Compagnie. En cachette de ses parents, il élève dans la cave des serpents, araignées et scorpions. Mais un jour, l’électricité est coupée dans les caves et Grégoire doit trouver une solution d’urgence ou ses amis mourront…
On retrouve la Muriel Zürcher de Papa Yaga, roman pour lequel j’avais eu un énorme coup de cœur. Amitié transgénérationnelle (Grégoire va sympathiser avec un vieux monsieur qui vit dans l’immeuble), difficulté de dialogue avec les parents… et le tout raconté avec humour et tendresse. On y parle aussi d’amitié, d’amour, de différence, d’entraide, de la vieillesse, de tout ce que nous apportent les animaux de compagnie, de trouver sa voie.
Même si personnellement j’ai beaucoup de mal avec ces histoires de NAC (les animaux sont quand même mieux dans leur milieu naturel), encore un beau roman signé Muriel Zürcher, un roman fort, riche.

Quandje porte la culotte Corentin se réveille, il ne reconnaît plus sa chambre et surtout il s’aperçoit qu’il n’a plus de zizi ! Pour sa mère, ça semble normal, comme s’il avait toujours été une fille et à l’école c’est le même délire…
Quand Corinne se réveille, il lui arrive la même chose, mais en sens inverse, elle est devenue un garçon et ça semble ne choquer personne…
On avait beaucoup entendu parler de ce double roman Je porte la culotte (de Thomas Gornet) et Le jour du slip (d’Anne Percin) quand des illuminés avaient décidé de bombarder le blog La soupe de l’espace qui en parlait. En plein débat sur le genre, des jeunes qui changent de sexe, pensez donc !
C’est donc après en avoir énormément entendu parler que j’ai lu ce court roman… et je suis un peu embêté…
Je suis embêté, car j’aime beaucoup Thomas Gornet. Je lis en ce moment même L’amour me fuit, que je trouve vraiment très beau et j’avais beaucoup aimé Qui suis-je ? (chroniqué ici) qui d’après moi bousculait les clichés (sur l’homosexualité)… chose que je ne peux pas dire ici ! J’ai trouvé que Je porte la culotte et Le jour du slip étaient un catalogue de clichés sexistes. Les filles et les garçons ne se mélangent pas, les filles poussent des cris stridents en demandant à leurs copines de refaire leurs coiffures, les garçons ont des portes manteaux digimon et n’embrassent absolument pas leurs mères, les garçons jouent aux jeux vidéos et pas les filles, à la cantine les garçons sont resservis sans arrêt quand les filles, elles, doivent réclamer, les mecs ça pète ce qui fait rire les copains… AU SECOURS ! Je me serais cru dans une version pour ado de Les hommes viennent de Mars les femmes de Vénus
Le jour du slipDu coup, me rappelant à quel point un grand nombre de blogueurs avaient défendu ce livre je suis allé lire des billets, voir si c’est moi qui avais un souci (ou si je ne décelais pas l’ironie, la caricature sexiste pour faire réagir) et je vois que certains soulignent que ça montre bien les différences qu’il y a entre les filles et les garçons… et c’est là mon souci… je ne pense pas qu’un garçon et une fille soient différents ou du moins pas plus différents que deux garçons entre eux ou deux filles entre elles, je ne pense pas que ce qu’on a entre les cuisses fait qu’on est ceci ou cela, qu’on aime ceci ou cela, qu’on se comporte comme ceci ou cela. Personnellement, l’ado que j’étais était plus proche de la caricature des filles du roman que des garçons (quelqu’un qui pète ne m’a jamais fait rire, entre autres). Je trouve ça dommage de continuer à conforter ces idées sexistes dans la littérature jeunesse, de continuer de dire qu’un garçon doit être de telle façon et une fille d’une autre… sinon c’est qu’il y a un souci, un échange de sexe ! Si vous êtes différents, si vous n’êtes pas comme des caricatures genres c’est que vous avez un souci…
Écrire tout ça m’embête un peu, une nouvelle fois, car j’aurais aimé défendre ce roman descendu par des bas du front et, encore une fois, j’aime beaucoup Thomas Gornet, mais je ne peux pas dire du bien d’un tel roman…
Retrouvez les avis, plus positifs, de Maman Baobab, Les lectures de Liyah, Alias Noukette, Les livres de Dorot’, A lire au pays des merveillesBric a book, Qu’importe le flacon

Quelques pas de plus…
Nous avons déjà chroniqué des ouvrages de Muriel Zürcher (Série Livranimo, Cro-magnonLe tourneur de page, T.3 Au-delà des temps, Le gang des gigoteurs, Le voleur de lunettes, Papa Yaga, Krok Mais, Le tourneur de page, tome 2 : Vers l’inconnu, Le tourneur de page – T1 : Passage en outre-monde et La perle volée) et Thomas Gornet (Qui suis-je ?). Retrouvez aussi notre interview de Muriel Zürcher.

Ça déménage au 6B
de Muriel Zürcher
Éditions Thierry Magnier
7,20 €, 120×210 mm, 76 pages, imprimé en France, 2014.
Je porte la culotte / Le jour du slip
de Thomas Gornet et Anne Percin
Rouergue dans la collection boomerang
6,50 €, 120×168 mm, 64 pages, imprimé en France, 2013.

À part ça ?

Comment est né le Prince de Motordu ? La réponse de Pef.

Gabriel

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